Epuisement et crise de la quarantaine

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Message par Suspendu le Mar 1 Déc 2015 - 11:11

Fusain a écrit:

Je ne crois pas que ça délivre. Parce que ça implique de violer ses limites physiques, de se faire souffrir, de souffrir aussi de ne plus donner autant que les autres réclament. Tu t'autodétruis tout simplement. Jacqueline de Romilly a vécu près de cent ans, autant dire qu'elle n'a pas dû appliquer réellement ce précepte. Sinon, elle serait morte à 60 ans maximum.

En revanche je ne crois pas qu'il soit bon ni même normal de systématiquement penser d'abord à soi. C'est le "d'abord" qui me gêne.

Tu fais le premier, tu tombes sur quelqu'un comme le second,
tu prends conscience alors que la vie c'est vachement long.

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Re: Epuisement et crise de la quarantaine

Message par Invité le Mar 1 Déc 2015 - 14:46

Quand je dis qu'un précepte de ce genre est susceptible de délivrer, c'est qu'il permet d'éviter de se reprocher d'avoir choisi son intérêt plutôt que celui des autres, et même déjà d'avoir dû peser l'un et l'autre.

Et bien en fait non, parce que tu passes ta vie à te demander si par hasard tu n'aurais pas oublié quelqu'un de ces Autres avant de te servir. Tu t'imposes de porter toute la merde, de peur qu'elle n'échoie aux autres. En te demandant sans arrêt si tu n'as pas posé une fois un acte qui te ferait passer, aux yeux d'un tel système, pour un monstre d'égoïsme.

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Re: Epuisement et crise de la quarantaine

Message par fleurblanche le Mer 2 Déc 2015 - 15:15

Cette pression que tu décris Fusain, c'est toi-même qui te la mets. Aucun être humain ne met une telle pression sur toi, même Dieu ne le fait pas.

C'est un processus d'auto-destruction enclenché par ton propre sentiment d'urgence, urgence toute subjective : ta vie que tu sacrifies ne fera peut-être pas la différence....  L'illusion que si tu ne t'y colles pas le monde va s'écrouler...

Spoiler:
Cette illusion n'est pas le fruit d'une intelligence renouvelée. Décharge-toi de ce fardeau comme Lui t'invite à le faire. Si encore, c'était une mission à toi confiée par Lui, tu ne serais pas si désemparé, parce qu'Il t'aurait donné la force de l'accomplir. Mais ce n'est pas le cas : tu es fatigué parce que tu le fais avec tes propres forces. L'Adversaire se réjouit de te voir dans cette situation, et de te voir l'entretenir. Aller bien, aller mieux, concernant ce problème, ne dépend que de TOI et de toi SEUL. C'est une question de VOLONTE, et non de pouvoir.

Oui, je sais que j'ai parfois un langage direct mais, on ne peut pas toujours tourner autour du pot.

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Re: Epuisement et crise de la quarantaine

Message par Invité le Mer 2 Déc 2015 - 16:59

[quote]Décharge-toi de ce fardeau comme Lui t'invite à le faire. Si encore, c'était une mission à toi confiée par Lui, tu ne serais pas si désemparé, parce qu'Il t'aurait donné la force de l'accomplir[/quote]

Là, c'est un peu simpliste quand même. Il existe une infinité de "missions" où nous nous sentons appelés alors que ce n'est pas l'un de nous qui va tout faire, mais nous tous réunis. Nous avons la force de faire une part, mais ce n'est pas parce que nous ne pouvons pas tout que nous pouvons nous décharger.
Je peux uniquement choisir d'en faire moins, et personne ne saura d'ailleurs jamais si, ce faisant, je fais plus, moins, on exactement ma part.
Le déséquilibre pour l'heure est criant mais la solution n'est pas dans le tout ou rien.

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Re: Epuisement et crise de la quarantaine

Message par Fata Morgana le Mer 2 Déc 2015 - 17:03

Simpliste, ou simple ? Je suis assez d'accord avec fleurblanche - expérience faisant foi - il y a un moment où il faut discerner sérieusement d'où vient le problème.
Quand tu déplaces des montagnes PAR LA FOI, c'est Sa force en toi qui en fait une joie, et non une croix.
Prendre sa croix, c'est justement renoncer à ses propres forces, et crois-moi, ce laisser faire est bien ardu lui aussi, tant nous aimons revendiquer "nos" efforts, "nos" victoires et même "nos" échecs.
"Celui qui aime ne se fatigue pas et ne fatigue pas les autres" Jean de La Croix
Je cite cela à titre d'image, et non pas par ironie grinçante.
Il ne s'agit pas d'un "tout ou rien", c'est ça qui est simpliste, mais de savoir s'appuyer sur Lui. "Ni par puissance ni par force, mais par l'Esprit du Seigneur" dit un cantique. Et c'est précisément en cela seul que consiste la voie chrétienne.
"Tu ne peux rendre un seul de tes cheveux noir ou blanc", alors dépose dans la prière et laisse-Le faire.
Si la paix et la joie et l'amour sont les dons de l'Esprit, le trouble, la lassitude et l'aigreur viennent de l'autre. Embarassed

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Re: Epuisement et crise de la quarantaine

Message par Invité le Mer 2 Déc 2015 - 18:30

Je sais tout ça, mais je n'y arrive tout simplement pas. ça ne déclenche rien, pas d'écho, je ne sais pas comment faire.

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Re: Epuisement et crise de la quarantaine

Message par Fata Morgana le Mer 2 Déc 2015 - 18:45

Luc 11.13

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Re: Epuisement et crise de la quarantaine

Message par Pieyre le Mer 2 Déc 2015 - 19:47

Quand on veut apporter aux autres, ne faut-il pas parfois être exigeant, et même dur avec eux ? En effet ne vaut-il mieux pas leur montrer que nos dons sont conditionnés, non pas selon nos intérêts égoïstes mais selon leur mérite, enfin leur effort, leur prise de conscience... Alors est-ce que cela ne diminue pas notre charge de travail au bénéfice de tous, de façon immédiate le nôtre et à plus long terme le leur ? Certes il y a parfois des actions urgentes à mener, mais pas toujours. Ce qui est important n'est pas toujours urgent.

Personnellement je diffère trop ce que je peux apporter, en le reportant à des circonstances favorables qui n'arriveront peut-être pas. Mais, à te lire, Fusain, j'ai l'impression que tu ne diffères pas assez, comme si différer était forcément la marque d'une faiblesse. Au contraire cela peut correspondre à une exigence de responsabilité. N'y a-t-il pas là quelque chose à creuser ?

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Re: Epuisement et crise de la quarantaine

Message par Invité le Mer 2 Déc 2015 - 22:36

Quand on veut apporter aux autres, ne faut-il pas parfois être exigeant, et même dur avec eux ? En effet ne vaut-il mieux pas leur montrer que nos dons sont conditionnés, non pas selon nos intérêts égoïstes mais selon leur mérite, enfin leur effort, leur prise de conscience

Non ! L'amour du prochain est inconditionnel, ce n'est pas un marché.
Bien sûr qu'on espère un certain retour et que c'est mieux de voir fructifier un peu ce qu'on a semé, ce fruit pouvant prendre d'ailleurs des formes bien différentes d'un retour expressément dirigé vers nous-mêmes.

Au contraire cela peut correspondre à une exigence de responsabilité

Ben oui, mais qu'y vois-tu à creuser ?

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Re: Epuisement et crise de la quarantaine

Message par Pieyre le Mer 2 Déc 2015 - 23:27

L'amour est inconditionnel, mais là il s'agissait d'un investissement pratique : aide, échange, collaboration, etc. où des contingences apparaissent. L'amour n'est pas suffisant pour accomplir le bien, parce qu'il peut être souhaitable de susciter l'ennui ou l'irritation de l'autre (notamment par la frustration), si c'est pour son bien.

Ainsi je prends le cas que je connais, celui du professeur et de l'élève. Je ne considère pas le cerveau des enfants comme une cire vierge sur laquelle il s'agirait d'imprimer une connaissance uniforme avec tout l'amour d'un artisan délicat. Il est nécessaire de leur apprendre les notions et les méthodes, et de mettre en œuvre ces méthodes sur des exemples. Mais ne s'agit pas de les suivre au plus près dans l'apprentissage. Ce n'est pas l'enseignant qui transmet, sinon un squelette de connaissance; c'est à l'élève de faire le travail et de placer la chair sur ce squelette. Aussi on peut les suivre un temps, mais un temps seulement, d'abord parce que notre temps n'est pas extensible à l'infini, et puis parce que, pour leur bien il faut les laisser chercher, se creuser la tête, et même pour le bien de la communauté sociale il est nécessaire de juger sereinement de ceux qui sont capables d'accomplir d'eux-mêmes de qu'on leur demande et ceux qui n'en sont pas capables (sinon à leur consacrer un enseignant à temps complet, et encore).

Aussi, dans une relation de travail, ou de collaboration en général, quand une personne s'épuise ou ne se sent pas assez productive, c'est peut-être dû à ses limites propres, mais c'est peut-être dû aussi au fait que ses collaborateurs en attendent trop ou bien méconnaissent les difficultés rencontrées. Si la personne n'est pas tenue à un rendement par ses obligations de service, mais que c'est d'elle-même qu'elle s'oblige, ne faut-il pas se demander si elle ne se pose pas en sauveur, ou tout ou moins si elle n'aide pas les autres au-delà de ce qu'ils méritent dans la situation, c'est-à-dire pour le bien commun ? La responsabilité, n'est-ce pas aussi de se dire : par amour du prochain, je pourrais aller plus loin, mais il est peut-être bon que celui que je pourrais aider se débrouille un peu plus tout seul, et tant pis si c'est dur pour lui !

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Re: Epuisement et crise de la quarantaine

Message par Invité le Jeu 3 Déc 2015 - 10:04

Mouais, je suis prudent avec ce terrain-là. On a très vite fait d'en conclure qu'il faut laisser les gens dans la merde, voire les y foutre sciemment (ce qu'on appelle "les sortir de leur zone de confort") "pour leur bien", ce qui permet de justifier le sourire aux lèvres l'abandon de ceux qui ont besoin d'aide, voire tous les harcèlements professionnels. Tous jouent de cette rhétorique. Trop dangereux. Et puis, ce n'est pas ce qui me concerne, donc dans le cadre de ce topic, ça nous conduirait à des digressions un peu hors sujet. Je ne crois pas faire le travail des autres à leur place, mais il y en a assez pour épuiser dix régiments.
C'est plus abstrait que ça, comment veux-tu que je dise: je vais laisser tomber ce bénévolat-là parce que voyant ce boulot non fait, des gens vont se mobiliser à ma place ? Il y a un cas particulier où on pouvait le faire et où on l'a fait, une activité sur la paroisse, parce que là on a de manière visible pour un groupe défini une activité qui risque de prendre fin, et ça suscite, en effet, des vocations pour reprendre la chose en main. C'est ce qui s'est produit. Mais c'est loin d'être toujours aussi simple.
Imagine que toutes les associations de protection de la Nature disparaissent du jour au lendemain. D'ici trente ans, il se produirait des effondrements massifs d'écosystèmes avec des conséquences sur tout le monde, mais personne ne réagira avant ça. Déjà qu'on risque fort cet effondrement même en l'état...

Sinon, je reviens à cette histoire de "celui qui aime ne se fatigue pas". C'est dangereux aussi. ça peut renvoyer à celui qui se fatigue: "si tu faisais ça avec amour, tu serais capable d'en faire dix fois plus, bon à rien !" Ben même avec amour je ne crois pas que je pourrais descendre sous les 3 heures de sommeil sans encourir quelques ennuis graves.

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Re: Epuisement et crise de la quarantaine

Message par Fata Morgana le Jeu 3 Déc 2015 - 10:52


ça peut renvoyer à celui qui se fatigue: "si tu faisais ça avec amour, tu serais capable d'en faire dix fois plus, bon à rien !"

Tu as quand même un vrai don pour tourner les choses en négatif... Wink

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Re: Epuisement et crise de la quarantaine

Message par Invité le Jeu 3 Déc 2015 - 12:05

J'en ai croisé des personnes toxiques.

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Re: Epuisement et crise de la quarantaine

Message par Fata Morgana le Jeu 3 Déc 2015 - 12:41

Et moi donc...
Pour les renifler tu peux quand même faire confiance à ton discernement.

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Re: Epuisement et crise de la quarantaine

Message par Invité le Jeu 3 Déc 2015 - 13:00

Ce que je voulais surtout dire, c'est que ça ne m'avance à rien.
Il y a eu un temps où je n'avais pas de mal à faire ce que demandaient mes engagements. Et puis, ils ont pris de l'ampleur et dépassent mes forces. Seulement, revenir en arrière, c'est en rester sur son confort. Youssi ? Discours contradictoires. D'un côté "si tu le fais par amour ça ne te fatiguera pas". De l'autre "si ça ne te fatigue pas, si tu restes dans ta zone de confort, ça veut dire que tu ne fais vraiment pas grand-chose".

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Re: Epuisement et crise de la quarantaine

Message par Fata Morgana le Jeu 3 Déc 2015 - 13:12

si tu le fais par amour ça ne te fatiguera pas

Ce n'est pas ce que j'ai dis, ce que j'ai dis c'est que si le faire par amour est possible, tu le fais, sinon, tu le fais pas !
(La citation est de Jean de la Croix)
Après évidemment tout dépend de ton rapport au spirituel, moi je suis assez radical (envers moi-même hein !) Par exemple je crois en la providence. Mais si tu deviens amer, exténué, trainant la patte, franchement, y a un os.
SON fardeau est léger. Si c'est lourd...

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Re: Epuisement et crise de la quarantaine

Message par Invité le Jeu 3 Déc 2015 - 23:37

Des fois je me dis qu'en me fatiguant, au moins, je suis sûr d'avoir bonne conscience. Sinon, il y aura toujours une petite voix en moi pour me dire "hé, ho, tu pourrais pas te décoller de ton jeu vidéo et aller sauver la planète là ?"
Et s'il n'y a pas de petite voix en moi, il y en aura plein de grosses alentour.

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Re: Epuisement et crise de la quarantaine

Message par Petitagore le Jeu 3 Déc 2015 - 23:46

La perfection n'est pas de ce monde, et tout le monde a besoin de souffler... Comme dit dans Marc, VI, 30: "Venez à l'écart, dans un lieu désert, et reposez-vous un peu." Or, vingt lignes plus loin, c'est la multiplication des pains... Donc faut souffler, c'est le prélude à de grandes choses. Very Happy

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Re: Epuisement et crise de la quarantaine

Message par Fata Morgana le Ven 4 Déc 2015 - 8:20

Spoiler:
Bravo Petitagore ! Bravo !

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Re: Epuisement et crise de la quarantaine

Message par fleurblanche le Ven 4 Déc 2015 - 18:02

Fusain a écrit:Des fois je me dis qu'en me fatiguant, au moins, je suis sûr d'avoir bonne conscience. Sinon, il y aura toujours une petite voix en moi pour me dire "hé, ho, tu pourrais pas te décoller de ton jeu vidéo et aller sauver la planète là ?"
Et s'il n'y a pas de petite voix en moi, il y en aura plein de grosses alentour.

Cette petite voix, est-elle seulement la voix/voie de la sagesse ?

Et parmi les grosses voix alentour, il faut discerner ce qui est bon, et ce qui ne l'est pas. En général, tout est une question d'équilibre : savoir équilibrer les domaines de la vie, savoir équilibrer son budget, savoir équilibrer le temps passé avec son/sa partenaire et le temps passé dans le travail, savoir équilibrer son temps de repos et son temps de travail, etc.

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Re: Epuisement et crise de la quarantaine

Message par Invité le Ven 4 Déc 2015 - 20:41

Tout ça, ça nécessite de se dire: il y a des choses qui me révoltent, qui m'inquiètent, des catastrophes qui se préparent, et je ne vais rien faire du tout contre. Même pas lever le petit doigt.

Et ça, j'ai du mal. D'une part à cause d'une éducation qui disait texto: si un truc te gêne de par le monde, tu fais quelque chose contre. Tu écris à monsieur le président, tu crées ou rejoins une association, tu etc. Et si tu ne fais rien, alors 1/ tu ne parles plus, jamais, de ce problème, tu ne t'en plains plus, tu ne le soulèves plus et surtout 2/ tu endosses la responsabilité de la perpétuation du problème. Parce que même si tu n'est qu'un petit morveux de rien du tout, peut-être que si tu t'étais bougé les miches, ça aurait tout changé.
L'ennui est évidemment que j'ai beau faire, les causes qui me révoltent sont beaucoup plus nombreuses que celles face auxquelles je peux agir, surtout si je me mets à avoir envie de faire plus pour l'une ou l'autre d'entre elles qu'envoyer une lettre ridicule à un député ou signer une vague pétition en ligne.

D'autre part, comme je disais, parce que même quand je ne fais rien et sais que je ne peux rien faire, je rumine.
Je n'ai pas l'esprit tranquille. Même en pensant à tous ceux qui oeuvrent pour cette cause (et qui, réciproquement, ne font rien dans des domaines où je suis davantage présent).

L'équilibre, il nécessite d'avoir l'esprit tranquille dans un monde qui file un putain de mauvais coton. Il nécessite de savoir se reposer en oubliant que l'arbitraire policier est en train de gangrener la France. Il nécessite de prendre un bouquin pépère à l'heure où un bulldozer va défoncer un des derniers marais. Il nécessite de profiter d'un bon repas pendant qu'un SDF crève de faim au bout de la rue.
Juste parce que je ne peux pas à moi tout seul inventer et instaurer la démocratie idéale, ni sauver tous les marais, ni tous les SDF, et qu'il y a du monde qui s'y emploie à l'heure même où je me repose, bouquine ou mange.
Pour moi, c'est impossible. Chaque laideur du monde est un caillou dans la chaussure ou plutôt un clou dans l'épaule puisque c'est ce que je ressens, physiquement (des contractures aiguës).

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Re: Epuisement et crise de la quarantaine

Message par Fata Morgana le Ven 4 Déc 2015 - 21:22

On peut justifier l'activisme de mille manières. Il y a un million, non deux, non trois, non quatre millions de problèmes (et 7 milliards de gens).
Le coup de la culpabilité est efficace. C'est très ecclésial ça.
Mais combien de fois des problèmes sont nés quand tout le monde s'est mis dessus pour les résoudre ? On ne fait dans la plupart des cas qu'agrandir la déchirure.
Il y a une chose que MOI je ME dis. Je me dis qu'en devenant meilleur, j'améliore les choses qui m'entourent, mais quand je lis le Livre, je ne vois annoncé de happy-end nulle part, bien au contraire. Faut-il prolonger le malade avec un acharnement thérapeutique de tous les instants, ou ATTENDRE un monde neuf qui solutionnera celui-ci ? Voici les questions que je me pose.
Une Thérèse de Lisieux du fond de sa cellule a sans doute fait plus que bien des agitations frénétiques de tout un tas de types. (ME dis-je. Curieux d'ailleurs qu'elle ait "agi" au moment où ailleurs un Nietzsche essayait de tout démolir...)
Et que justement peut-être que les choses vont de mal en pis à cause du renoncement à la contemplation.
"Dans le calme et la confiance était votre salut" écrit Isaïe.
Tout ne peut pas être sauvé, si les gens veulent vraiment mourir en accumulant les péchés contre ce monde, contre la justice, contre la beauté, la vérité et la bonté, qu'ils meurent, c'est leur choix.

J'aime lire "éloge de la paresse".

Pensées toutes personnelles tu l'auras compris.

si un truc te gêne de par le monde, tu fais quelque chose contre. Tu écris à monsieur le président, tu crées ou rejoins une association, tu etc. Et si tu ne fais rien, alors 1/ tu ne parles plus, jamais, de ce problème, tu ne t'en plains plus, tu ne le soulèves plus et surtout 2/ tu endosses la responsabilité de la perpétuation du problème. Parce que même si tu n'est qu'un petit morveux de rien du tout, peut-être que si tu t'étais bougé les miches, ça aurait tout changé.

Ça c'est typique de ce qui entraine un besoin de prière pour guérir le passé...

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Re: Epuisement et crise de la quarantaine

Message par Petitagore le Ven 4 Déc 2015 - 23:50

Fusain a écrit:D'une part à cause d'une éducation qui disait texto: si un truc te gêne de par le monde, tu fais quelque chose contre. Tu écris à monsieur le président, tu crées ou rejoins une association, tu etc. Et si tu ne fais rien, alors 1/ tu ne parles plus, jamais, de ce problème, tu ne t'en plains plus, tu ne le soulèves plus et surtout 2/ tu endosses la responsabilité de la perpétuation du problème.

Ben si c'est ça ton éducation, elle est un peu défectueuse sur les bords, parce que dans le genre fausse dichotomie elle se pose quand même un peu là. Entre 1) fermer sa gueule et s'en foutre complètement (comme la plupart de nos contemporains à qui tu ne ressembles vraiment pas beaucoup sur ce point) et 2) assumer à toi tout seul l'entière responsabilité de tout ce qui va mal pour les 7 milliards d'humains de la planète... il y a peut-être place pour quelques positions intermédiaires.

Tu es un humain parmi 7 milliards 350 millions d'êtres humains. Ta mission n'est pas de sauver le monde, mais de sauver plus que 1 / 7 350 000 000ème du monde. Suppose que tu fasses deux cents fois plus, que tu réussisses dans ta vie à améliorer la condition de deux cents personnes... ce serait déjà rudement balèze. Pourtant, ça ne représenterait toujours que 200 / 7 350 000 000èmes de sauvetage du monde, bref ça resterait peanuts à l'échelle de la planète. A ton échelle, en revanche...

Parce que même si tu n'est qu'un petit morveux de rien du tout, peut-être que si tu t'étais bougé les miches, ça aurait tout changé.

Tout, sûrement pas, je ne sais pas qui t'a mis ça dans la tête mais de toute évidence c'était quelqu'un qui ne savait pas compter. Un peu plus qu'un tout petit quelque chose pour une demi-douzaine à quelques dizaines de personnes... ça, ça reste faisable (et très ambitieux!).

L'équilibre, il nécessite d'avoir l'esprit tranquille dans un monde qui file un putain de mauvais coton.

Là encore, fausse dichotomie. Entre "avoir l'esprit complètement tranquille tous les jours de sa vie comme un plat de nouilles cuites sous tranquillisants" et "se mettre la rate au court-bouillon vingt-quatre heures sur vingt-quatre 365 jours par an", il y a peut-être place pour quelque chose d'un peu raisonnable; quelque part entre trois heures par mois et onze heures par jour, à toi de voir -- mais au-delà, ça devient quelque peu masochiste.

Apprends à chanter ''J'y pense et puis j'oublie'':


Jacques Lanzmann est un sage.

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Re: Epuisement et crise de la quarantaine

Message par Invité le Sam 5 Déc 2015 - 11:15

Il y a une chose que MOI je ME dis. Je me dis qu'en devenant meilleur, j'améliore les choses qui m'entourent, mais quand je lis le Livre, je ne vois annoncé de happy-end nulle part, bien au contraire. Faut-il prolonger le malade avec un acharnement thérapeutique de tous les instants, ou ATTENDRE un monde neuf qui solutionnera celui-ci ? Voici les questions que je me pose.

Là, désolé mais ça frise l'hérésie (nif... nif... trouvez pas que ça sent le fagot par ici ?) Parce qu'il y a cette question un peu gênante: "Qu'as-tu fait de ton frère ?" Tout le monde ne sera pas sauvé parce que certains, quoi qu'il arrive, refuseront de toutes leurs forces. Il n'empêche que nous ne pouvons qu'essayer de toutes nos forces. Laisser sciemment des catastrophes advenir en se disant que ça permettra un meilleur redépart, bref, laisser filer en espérant que la parousie (ou la disparition de l'espèce humaine, ou...) ça contrevient un peu à tous les Commandements et à toutes les morales à la fois.
D'autant plus que c'est une version complètement spécieuse que de lire les combats pour le bien commun actuels comme un "acharnement thérapeutique". Ce sont au contraire des tentatives désespérées de faire sortir le malade de la zone empoisonnée de vapeurs toxiques...
Il y aura des effondrements. C'est obligatoire. C'est trop tard. L'essentiel du travail consiste désormais à mieux se préparer aux chocs et à disposer encore de quelques bases pour redémarrer.

Tu es un humain parmi 7 milliards 350 millions d'êtres humains. Ta mission n'est pas de sauver le monde, mais de sauver plus que 1 / 7 350 000 000ème du monde. Suppose que tu fasses deux cents fois plus, que tu réussisses dans ta vie à améliorer la condition de deux cents personnes... ce serait déjà rudement balèze. Pourtant, ça ne représenterait toujours que 200 / 7 350 000 000èmes de sauvetage du monde, bref ça resterait peanuts à l'échelle de la planète. A ton échelle, en revanche...

L'idée, c'est que si tout le monde se dit "je ne peux rien faire", personne ne bouge et rien ne change jamais. Alors que si chacun envoie sa lettre au député (je n'y crois pas, hein, mais je prends cet exemple pour la facilité de l'exposé) il y en a une qui sera celle par laquelle la pétition atteindra le seuil fatidique qui fera réagir le ponte en question, soudain inquiet pour les prochaines élections. Et tu ne peux jamais savoir si tu n'aurais pas été celui-là.
Globalement, on est d'accord que c'est une vision inepte et qui prépare le terrain à tous les burn-out. Sauf que la réalité se joue non pas globalement, mais de manière segmentée. Un problème se présente et personne ne comprend que tu ne t'y engages pas "avec les discours que tu tiens, tes soi-disant valeurs etc". On raisonne à l'échelle de ce seul dossier. Ton employeur a la responsabilité de gérer ta charge de travail et de ne pas te filer du boulot pour 120 heures par semaine. Hors boulot, tu n'as pas un employeur unique, mais des sollicitations dispersées, et, tu peux faire le test: l'argument "désolé mais je ne m'engage pas ici car j'ai déjà des engagements par-dessus la tête" n'est jamais entendu, jamais accepté. ça ne se fait pas, socialement, de répondre ça. Pourquoi ? Parce que ça nécessite de dévoiler à ton interlocuteur ton planning personnel, en quelque sorte, et que ça non plus ça ne se fait pas. Donc que tu sois déjà au CA de dix associations et qu'il soit déraisonnable pour cette raison d'en rejoindre une onzième, ça ne le regarde pas, ce n'est pas son problème, c'est ton intimité et tu n'as pas à lui en parler. Si tu le fais, il n'en tiendra pas compte. Tu ne peux que lui dire "oui" ou "non" mais sans donner la raison et assumer le fait de passer pour un immonde salaud. Ce qui, en plus, peut te nuire, car il s'empressera de balancer à tout son réseau que tu as refusé de rejoindre son combat. Ta seule chance est alors que les gens qui liront ses messages se disent "mais enfin, il est au CA de notre asso, on le connaît, qu'est-ce que c'est que ce guignolot qui le traite d'égoïste qui refuse de s'engager ?" C'est généralement ce qui se passe et amortit les conséquences.

Mais tout ce que toi et les autres dites là, qu'il est normal de limiter le nombre et l'ampleur de ses engagements et dire non quand la limite est atteinte, c'est ce qu'on dit toujours quand on aborde le sujet sous cet angle, mais quand une demande se présente, on ne peut pas utiliser cet argument. Socialement, ça ne se dit pas, ça ne se fait pas plus que de poser culotte au milieu d'un salon.

Là encore, fausse dichotomie. Entre "avoir l'esprit complètement tranquille tous les jours de sa vie comme un plat de nouilles cuites sous tranquillisants" et "se mettre la rate au court-bouillon vingt-quatre heures sur vingt-quatre 365 jours par an", il y a peut-être place pour quelque chose d'un peu raisonnable; quelque part entre trois heures par mois et onze heures par jour, à toi de voir -- mais au-delà, ça devient quelque peu masochiste.

Le problème n'est pas là; il est de réussir à avoir l'esprit tranquille ne serait-ce que deux heures par jour ou un jour par quinzaine, alors que etc. Explique-moi comment tu stoppes les pensées relatives aux "problèmes du monde" sur commande, deux heures par jour. Si tu me donnes un truc autre que s'absorber dans un jeu vidéo débile, ce sera avec grand plaisir, mais on ne sait plus faire.
Il y a quelques années, on a acheté toute une palanquée de jeux de société, pour pouvoir se distraire autrement qu'en restant sur les ordis, et aussi pour remplacer des loisirs "connectés" énergivores par d'autres qui ne nécessitent rien de plus que quelques hectogrammes de papier et de carton imprimés, et qui offriront leurs services pendant des décennies, sans panne ni obsolescence programmée.
On n'y touche plus, on n'y a tout simplement plus le coeur.

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Re: Epuisement et crise de la quarantaine

Message par Fata Morgana le Sam 5 Déc 2015 - 11:28

Fusain, tu as réponse à tout. On a fait de notre mieux ! Wink

Voici les questions que je me pose.
Oui, cela fait partie de mes questions. Nous arrivons à un seuil où tout est tellement bloqué, intriqué et nous (en tout cas moi) avons si peu de manettes dans les mains...

"Sortez d'elle (Babylone) de crainte d'avoir à souffrir de ses plaies."

Personnellement je m'occupe du voisinage - Albert totalement dépressif et mutique, Christiane, cancéreuse, qui vient de perdre son conjoint par suicide, Philippe, qui ne s'est jamais remis du décès de sa femme et a tendance à boire et de temps en temps mon fils autiste. Gilbert, qui crève de solitude... Tout ça en étant moi-même handicapé. Je me dis ça: que tout le monde le fasse. Mais en même temps, je sais que tout le monde ne le fera pas.
Et je ne fais pas plus pour l'instant au risque de me déséquilibrer moi-même.

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Re: Epuisement et crise de la quarantaine

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