Petit extrait de mon livre "survivre et revenir"

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Message par zen50 Ven 20 Aoû 2021 - 10:08

C'est une auto-biographie (ouais je n'ai aucune imagination pour raconter une fiction). Voici l'histoire de mon enlèvement par un pédophile à l'âge de 3 ans. C'est une histoire vraie. J'écris pour avertir les parents et pour me rétablir. Bonne lecture !

Je vois les enfants, avec leurs pères et ça me bouleverse. Le mien est occupé, à essayer d’étrangler ma mère proprement. Je vois des familles heureuses et souriantes et moi, j’ai juste envie de pleurer. Mais, c’est interdit chez moi. Personne n’a le droit de pleurer, sauf le dernier né. Et encore, seulement pendant sa petite enfance. Autrement, verboten ! Si une larme coule, alors c’est toute la famille qui viendra moquer cette audace. Si je pleure, je me ferais traiter de bébé, alors je retiens mes larmes. Et j’attends. J'attends le moment où elle comprendra qu’il faut rentrer à la maison. Peu à peu, les adultes désertent la place publique, emmenant leurs marmots avec eux. Il ne reste que nous deux. Alors, il arrive.

Nous avons quitté l’appartement familial, en fraude. Trop de cris d’adultes. Mes parents sont enfermés dans leur chambre et je les entends se mettre en colère, l’un contre l’autre. Il existe des familles, qui ont perdu un enfant, pendant une disparition inquiétante, comme on dit. Certains, sont enlevés, par l’un de leur parent et on appelle cela, un enlèvement parental. L'inquiétant porte un nom bien étrange. Il définit, plus l’impression qu’il donne, que sa nature exacte.

On ne dit pas d’une agression, par un inconnu, qu’elle est « inquiétante ». C’est plutôt, il me semble, une agression, sans identification de l’agresseur. Quelque chose comme ça, approximativement. Le caractère dysfonctionnel d’une famille, ne peut pas, à lui seul, obligatoirement, entraîner un risque majeur d’enlèvement. C’est un acte subi, dans les deux sens du terme. N’importe quelle famille, peut être touchée par cet événement imprévisible. Même les parents attentifs peuvent se faire avoir, par un prédateur rusé. C’est difficile de ne pas en vouloir à mes parents, de ne pas m’avoir protégé. Et c’est également, très compliqué, de les charger de la pleine responsabilité de cette tragédie.

Avec ma grande sœur, nous allons voir ce qu’il se passe, courageusement, à l’intérieur de la chambre des parents. Une fois la porte entrouverte, discrètement, je vois la scène d’un film d’horreur. C'est-à-dire, mon père qui étrangle ma mère. Surpris, mes parents réagissent, en nous grondant, surtout ma mère. Entre deux respirations difficiles, elle nous ordonne de fermer la porte. A t-elle jamais compris, que nous venions de lui sauver la vie ? Je ne le pense pas.  Donc, choquée  par cette vision d’horreur de ma mère, victime de la brutalité de mon père, je retourne dans le salon. Je n’avais jamais vu mon père comme ça. Il était gentil, drôle, très drôle même. Même s’il travaillait beaucoup, il m’accordait toujours mon quart d’heure de jeu, dès qu’il rentrait. On jouait à « Aïe Kerchiiii(aïe mon ventre) ». Il s’allongeait sur le dos, par terre. Et moi, je sautais sur son ventre. Je lui tenais les mains et je sautais le plus haut possible. Il n’a jamais eu, ne serait-ce qu’une seule parole déplacée,  ou un geste ambigu avec ses filles. Au contraire, il mettait une distance entre nous, à partir d'environ 7 ans.

Un jour, il m’a convoqué dans le salon. Il m’a expliqué, très gentiment, que dorénavant, j’étais une grande fille. Alors, je devais rechercher des câlins auprès de ma maman. Car, un papa, ça ne doit pas être trop proche de sa fille. J’ai eu très mal au cœur ce jour-là, mais en même temps, je l’ai totalement admiré aussi. Il ne savait rien de l’enlèvement, mais il cherchait à me protéger. Trop tard, papa, le Bouloulou est déjà passé dans ma vie. Il ne devait même pas imaginer, qu’un bébé de 3 ans puisse être en danger, avec un adulte pervers. Lui, il adorait les enfants. C’est pour ça, qu’il en a eu 10. Il répétait inlassablement, qu’il n’avait aucune préférence pour l’un de ses enfants. « Vous êtes tous pareils », proclamait-il. Aucun droit, à une identité personnelle, ne nous serait donc jamais concédé. En outre, à l’époque, personne ne parlait de pédophilie. Et puis, nous n’avions pas encore la télévision. Mes parents ne savent ni lire, ni écrire et ils parlent le français avec un fort accent maghrébin.

Me voilà donc, en état de choc, errant dans la maison, en compagnie de mon anxiété infantile. Elle en a profité pour nous faire sortir dehors. Ma mère m’a expliqué, bien plus tard, qu’elle avait toujours été une enfant sociable avec les adultes et les enfants. Un peu mon opposée. J’étais, de mon côté, renfermée sur moi-même, timide et jamais pressée de sortir dehors. Je préférais la sécurité de mon foyer et mes dessins.

Des années d’enquête policière, sans formation ni diplôme, m’ont mené à l’élaboration de ce livre. J’ai interrogé, comme une inspectrice de police, tous les membres de ma tribu. Je les ai harcelé de questions, sans jamais leur révéler la cause exacte de cette recherche. Je prétendais avoir été traumatisée, par la violence de mon père. Alors, qu’en vérité, je cherchais à obtenir des réponses à mes questions. La plus importante étant : Mais, qu’est ce que je faisais dehors, avec ma sœur, le jour du diable ? Pourquoi personne ne m’a protégée du Bouloulou ? Et cette question, je vais me la répéter, en boucle, mentalement, consciemment ou inconsciemment, à perpétuité. Cette obsession a commencé lorsque j’ai eu 35 ans, au moment où je me suis souvenue du jour du diable.

Alors, le voilà, qui se présente à nous, ses futures proies. C’est un prédateur et un pédocriminel. Il y a plusieurs types de pédocriminels. Le notre faisait partie des « gentils ». Dans notre malheur, nous nous sommes trouvées, entre les griffes d’un prédateur sexuel, qui n’était pas sadique. Il a  charmé ma sœur, en lui proposant d’aller faire un tour dans son auto. Elle a entendu, « moto ». Alors, elle a accepté aussitôt. Il aurait pu, tout aussi bien, nous proposer des bonbons, un chaton, ou autre chose. Ça aurait fonctionné. Car, la nuit tombait, nous étions seules et fatiguées, par notre après-midi de frustration. Il pouvait difficilement m'inviter à monter dans son avion, sa calèche ou sur son beau cheval.  Alors, qu’une automobile, il en avait une, justement. Toute prête, pour un enlèvement d’enfants. Je me souviens d’une ombre gigantesque, qui s’approche de nous et qui fait peur.
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Message par zen50 Sam 21 Aoû 2021 - 12:10

Un autre extrait, qui montre à quel point il était difficile de se faire détecter HP à l'âge adulte, au temps de ma tendre jeunesse... Les charlatans ne manquent pas dans la profession de psychologues, malheureusement !


La psychologue musulmane :

- Si vous recherchez un coupable à votre histoire, alors il faut pointer du doigt votre mère, ensuite
votre grand-mère, les soldats, la guerre etc. Finalement le vrai coupable reste le diable, non ?
- Et alors je suis habitée ?
- Oui.
- Par quoi ?
- Un être de lumière,  comme un ange. Il n’a pas de corps solide, alors il a besoin de vous, pour faire du bien.
- OK (Et toi, t’es psychologue ? Sérieusement ? J’ai vraiment pas de bol. Il faut toujours, que je
tombe sur une cinglée. Même chez une psychologue.). Mais c’est quelque chose de masculin alors ?
- Oui pourquoi ? Ça vous dérange ?
- (Non pas du tout. Annonce moi que je suis transsexuelle, au point où j’en suis!) Oui un peu, je suis pudique. Est ce que je peux lui parler ?
- Bien sûr. Pour cela, il faut vous détendre, atteindre le calme parfait et écouter. Est ce que vous
voyez encore votre petit frère ?
- Non, c’est fini.
- Qu’avez vous vu exactement ?
- Il était assis à côté de moi, il me regardait.
- Il vous a parlé ?
- Non il ne faisait que me regarder, assis sur sa chaise, à côté de moi.
- Je pense qu’il vous garde, comme un ange gardien.
- Ensuite, il a pris ma main et j’étais dans le ciel avec lui. Nous volions dans le ciel bleu, c’était
magnifique. Il n’était plus agonisant sur son lit de mort à l’hôpital, mais on volait !
- Vous êtes médium.
- On me le dit souvent… Mais c’est quoi exactement ?
- Dans le coran, Allah parle des gens comme vous, les véridiques. Personne n’aime entendre la
vérité, alors vous êtes rejetée. Mais quand on vous connaît réellement, quand on sait comment vous avez survécu, on ne peut avoir que de l’admiration pour vous.
- Mais si j’ai une espèce d’ange en moi, pourquoi ne m’a t-il pas protégé ?
- Les gens comme vous vivent beaucoup d’épreuves, mais elles survivent à tout. Vous ne faites que frôler le danger ou la mort. Toutefois vous êtes sauvée, in extremis, à chaque fois. Avec un être de lumière, plus rien n’est impossible, vous pourriez avoir une très belle vie. Si seulement vous la désiriez vraiment cette belle vie.
- Mais, je n’ai rien d’un ange. J’ai fait un paquet de grosses bêtises dans ma vie.
- Dieu aime pardonner. Vous avez la capacité de vous faire pardonner, en faisant le bien autour de
vous.
- Et sinon ?
- Vous pouvez aussi vous retrouver piégée. Au mauvais endroit, avec la mauvaise personne. Le
diable. Il peut vous manipuler et vous pouvez faire du mal, avec votre don, sans même vous en rendre compte.
- Comment je fais pour éviter ça ?
- La prière. C’est la meilleure protection pour vous. Vous aimez le coran. Apprenez-en des sourates. Et apprenez à votre fille à se protéger également, de la même manière.

J’avais l’esprit placé entre les mains répugnantes d’une demi fanatique, et je ne m’en souciait nullement. J’avalais sa soupe à petites gorgées tout en construisant petit à petit ma future folie. Cette femme me dissociait encore plus, alors que j’étais déjà dans un sale état.

Un soir j’ai décidé de parler à cet “ange” qui “m’habitait” et tout comme Socrate j’ai créé mon compagnon de voyage en eaux troubles. Depuis, je l’entend me parler dans ma tête, pratiquement tous les jours. Je vis avec ! Merci madame la psychologue, quel plaisir de vous avoir rencontrer.
Bien plus tard, j’ai appris qu’elle projetait sur moi les problèmes qu’elle rencontrait avec sa fille adolescente. Cette dernière, en plein délire, avait accumulé des dettes auprès de différents hôtels de luxe. Elle leur a demandé d’envoyer la facture chez l’amie de la psychologue, que je connaissais bien, puisque c’est elle qui me l’avait conseillé.

Sa mère a fini par la faire interner une dizaine de jours. Je l’ai même rencontrée une fois, à la mosquée. En fait, à cette époque, je me rapprochais de plus en plus de la foi chrétienne. En vérité, je me suis toujours sentie chrétienne au fond de moi. J’ai toujours aimé la vision d’un monde où la violence n’existe pas.

J’hésitais entre Bouddha ou Jésus, mais comme je vivais dans un pays rempli d'églises, j’ai choisi la solution de facilité. Quand j’ai confié à ma psychologue mon désir de me faire baptiser, elle m’en a tout de suite dissuadé. Ce qui a bien entendu, augmenté mon désir de le faire. Heureusement pour moi, mon haut potentiel intellectuel me guidait et jalonnais ma route spirituelle, car cette femme avait tout à fait les moyens intellectuels de me convaincre.

Derrière son gentil visage de douce thérapeute, je voyais bien son arrogance et son orgueil. Elle avait tendance à répondre à toutes mes questions par un très rapide “mais bien sûr !”. Ça me faisait marrer de la lancer sur ce genre de pente savonneuse, en lui posant une question anodine, juste pour le plaisir de la voir se pavaner comme un coq dans sa basse-cour. Et en même temps, au fond de moi grandissait ma foi chrétienne, pour justement devenir humble et ne surtout pas lui ressembler.

Pendant une de ses consultations, elle m’a demandé de lui raconter mes rêves et justement j’avais rêvé d’elle. Depuis mon enfance, je me souviens très facilement de mes rêves. J’ai d’ailleurs appris à ma fille comment s’en souvenir. Car, je trouve dommage de ne pas profiter un maximum de quelque chose d’agréable, gratuit et accessible à tous. Je pense que le rêve est le siège de toute justice sociale offerte à tous. La première fois que j’ai pris conscience du temps considérable que chaque être humain passe à dormir et donc à rêver, j’ai refusé catégoriquement d’y perdre mon temps. Et j’ai commencé à m'entraîner avec mes sœurs, pour me rappeler de mes rêves. Puis, naturellement, j’ai accédé à des rêves lucides, de temps en temps, pour mon plaisir personnel. Quand ma psy a découvert ma faculté de rêver, elle est devenue à moitié hystérique. Elle ne prenait même pas la peine de me cacher sa joie. Par la suite, j’ai rencontré d’autres psychologues compétents, qui eux, maîtrisent leurs émotions pour le bien de leur patient, heureusement ! Et donc, je lui raconte mon rêve.

-”Oui je me souviens parfaitement de mon rêve de cette nuit. Parce que justement, vous en faisiez partie. Alors, j’étais dans un endroit inconnu et je voyais une porte. Je l’ouvre. Derrière, il y a mon père qui est malade. Il me demande de lui faire un massage et je lui répond que je ne peux pas, car je dois m’occuper de ma fille. Je tourne la tête et je vous vois. Fin du rêve.”

Elle ne me dit rien.

-”Et donc, ça veut dire quoi ? c’était bizarre de vous voir dans mon rêve non ?”

Apparemment, elle a du buggé, parce qu’elle s’est figée et elle ne me répondait toujours pas. Pour la réveiller un peu et la motiver à faire son travail, je décide de lui en raconter un autre.

-”Récemment j’en ai fait un autre, extrêmement troublant je trouve. J’étais avec le père de ma fille et nous étions en train de piloter le concorde. J’étais le pilote et lui mon co-pilote. Je me suis réveillée, parce que j’avais envie de pisser. Après un tour aux toilettes, je suis retournée dans mon lit, excitée par l’idée de retourner dans ce rêve magnifique. Hop, j’y retourne très facilement, et j’admire le ciel sans nuage tout autour de moi. Puis, je me tourne vers mon copilote qui est toujours mon ex et je lui dis la vérité. A savoir, que nous sommes dans un rêve et non dans la réalité malheureusement ! Il a buggé comme un film qui s’arrête brusquement. Et il a répété la phrase stupide qu’il avait prononcé juste avant ma révélation. J’ai immédiatement compris qu’il ne pouvait pas intégrer cette information. Donc, j’ai continué de profiter de mon rêve tranquillement, sans me soucier de lui. Après tout, il n’était que le copilote hein ?” Et je rigole de ma propre blague que je trouve hilarante.

Je lève les yeux vers ma psychologue et je la vois bouche ouverte et les yeux exorbités. Elle me fait un peu peur…

“Mais vous faites des rêves lucides ! C’est très rare, vous vous en rendez compte ?”
-”Ah bon ? Moi je me disais que si l’on peut faire ce genre de rêves, alors peut être que l’on peut également entrer dans le rêve des autres. Et du coup, je me demande comment peut-on protéger l’accès à ses rêves, afin de ne pas être envahi par les autres qui viendraient pour nous espionner ? Depuis, je n’arrête pas d’y penser. Cette idée m’accapare actuellement. Bien entendu, je ne peux en parler à personne, sans passer encore une fois, pour une cinglée, vous voyez ?”

C’était probablement le moment pour elle, de réfléchir à la possibilité d’être en présence d’une personne surdouée et de me proposer de passer un test QI. Mais non, elle a préféré continuer de me cataloguer “médium” complètement perchée. Celle que Dieu aime tellement. Sa frénésie pseudo spirituelle était sans limite. Et comme à l’époque, je n’avais même pas d’ordinateur, je n’avais accès à aucune information et par conséquent je lui faisais confiance. En bonne ex abusée, je me faisais encore une fois abusée, mais psychologiquement cette fois ci.

Une fois sortie de son problème de ralentissement mental, elle finit par me conseiller de continuer de noter mes rêves. Ce que je n’ai jamais fait, quel intérêt ? Elle était persuadée que dans un avenir lointain, la réalité concorderait avec ces rêves qu’elle soupçonnait être prémonitoires.

Bon, comme de mon côté, je n’avais aucune ambition de pilotage aérien, je n’en voyais pas du tout l’intérêt. Je préférais écrire mes chansons et mes poèmes. Mais pour lui faire plaisir, j’ai acquiescé docilement. Étant donné qu’elle me “soignait” gratuitement, il fallait bien que de temps en temps, j’abonde dans son sens, pour ne pas trop la dissuader de s’occuper de mon cas.

J’avais orienté ma copine Amel vers son cabinet de psychologie étant donné qu’elle subissait des violences conjugales et qu’elle avait besoin d’écoute. C’est en liant des liens étroits avec cette thérapeuthe qu’elle me conta bien plus tard, l’histoire de sa fille. Elle s’appelait elle aussi Amel et elle avait 17 ans. Une amie commune l’avait appelé par téléphone, pour lui demander pourquoi elle avait demandé à des hôtels de luxe parisiens, de lui transmettre une facture d’un montant astronomique correspondant à des frais de nourriture. Ma copine lui a affirmé qu’elle n’était pour rien dans cette histoire et qu’elle n’était pas la Amel qu’elle recherchait. En continuant ses recherches obstinément, notre amie commune finit par découvrir que la coupable était la fille de ma psychologue. Donc, elle lui expédia la facture en lui priant de bien vouloir la régler rapidement. C’est ainsi que nous avons appris que cette jeune fille de 17 ans causait bien du souci à sa mère et qu’elle changeait de personnalité, sans même se rappeler de ce qu’elle avait fait. Remplie de superstitions, ma psychologue en a conclu que sa fille était médium et qu’elle était habitée par un esprit qui la dominait. Mais, avant cela, elle l’a fait interner en hôpital psychiatrique pendant 15 jours. Les médecins n’ont détecté aucune pathologie mentale en elle.

Quelque temps plus tard, je me présentais à son cabinet pour des soins urgents, conseillée par notre amie commune.

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Message par zen50 Sam 21 Aoû 2021 - 13:42

Enlèvement parental


- Putain, je te l'avais dit. C'est un faux plan. Il a pris l'or de m'man et tu sais pourquoi ?
- Non...
- Parce qu'il va se remarier au bled et qu'il va donner l'or de notre mère à sa nouvelle femme. Et puis, depuis quand elle est enceinte m'man ? C'est des conneries. Il est en train de nous kidnapper là.
- Merde, qu'est ce qu'on fait ? Disons le aux douaniers. Maintenant, allez on sort de la caisse et on va leur dire.

Mon père revient vers nous, énervé. Il m'explique que les douaniers ne veulent pas nous laisser passer, alors il faut leur donner un pot de vin. Il y retourne, chargé de cadeaux pour les corrompre.

- Laisse tomber, on est pas en France. T'as vu le business entre le vieux et les douaniers ? Il est en train d'acheter leur silence.
- On a rien à perdre, il faut au moins essayer. En plus, on a la preuve avec les bijoux de m'man.
- Pourquoi ?
- Le douanier lui a demandé, s'il avait quelque chose à déclarer. A mon avis, de l'or, ça se déclare à une frontière.
- Ouais c'est pas con. On le balance et on leur demande de nous renvoyer en France. Oui, ça pourrait marcher.

Mon père revient, il nous regarde chacune avec un regard très mauvais. Il sait. Il a compris que nous organisions un semblant d'évasion. Je regarde la boîte à gant, que K a refermée. Avec mes yeux bio-ioniques, je vois très bien l'or caché à l'intérieur. J'examine la guérite des douaniers, en calculant mentalement le nombre de pas, qui me sépare d'elle. Et, j'entends le bruit du moteur qui démarre. C'est trop tard.

- Allô ? C'est encore moi maman.
- Ah ! J'entends que tu vas mieux.
- Oui t'inquiète pas, c'est passé et ça va. Y'a un truc que je ne comprends pas. Pourquoi le vieux avait-il ton or avec lui, quand on était en Algérie.
- Parce que je lui ai laissé. Je pensais à mes filles et je me disais que cet or vous reviendrait. C'est lui qui me l'a payé et je ne voulais plus rien de lui.
- OK et serais-tu d'accord pour me raconter ce que tu vivais en France, pendant que nous étions au bled ?
- Oui, j'ai plein de choses à dire. Moi aussi, j'ai besoin de vider mon sac. Quand ta sœur K. est venue me voir chez ta grand-mère...
- Hein ??? Elle t'a vu là-bas ? quand ?
- Oui, le lendemain de mon départ, elle est venue avec ton père. Elle m'a demandé de revenir à la maison, mais c'est ton père qui l'a forcé à le faire.
- Elle ne m'a rien dit, je pensais que tu étais peut-être morte.
- Elle avait peur de ton père.
- Tu parles !

Je ne vais pas insister avec ma mère, car elle défendra toujours K. N'oublions pas qu'elle est la seule victime d'un enlèvement pédophile, et qu'elle ne m'a jamais incesté. Je suis juste une future écrivaine pleine de talent et à l'imagination beaucoup trop fertile. Pour ma mère, je suis tellement perturbée que j'ai inventé l'inceste.

(groupe de parole pour victimes d’inceste)

- Je voudrais dire en premier lieu, que je suis vraiment heureuse d'être parmi vous. C'est toujours difficile de venir en réunion mais, une fois que j'y suis, je ne le regrette pas. Ce qui a été dit précédemment me fait penser à ma famille. J'ai remarqué que lorsque je raconte l'histoire de l'inceste que j'ai subi, que ce soit à des amis, mon mari ou des thérapeutes, je sens qu'ils me croient. Ici aussi, avec vous, je ne ressens aucun jugement, aucune suspicion sur ce que je partage de mon enfance. Mais, quand j'essaye d'en parler avec ma famille, personne ne me croit et au mieux, ils ont pitié de la pauvre folle qui délire tellement, qu'elle invente une histoire sordide, pour se faire remarquer. Autrement, je suis purement et simplement rejetée par toute ma famille. Voila, donc je suis seule, sans famille.  Parce que j'ai révélé le secret qui pesait sur mon cœur depuis tellement d'années. C'est la double peine. Enfant, j'étais malheureuse de vivre dans cette famille de détraqués et maintenant que je suis adulte, ils me manquent. Enfin, c'est l'idée d'appartenance à un groupe qui me manque surtout. Par conséquent, avec vous, je rééquilibre un peu les choses. En venant ici, je redonne un peu de justice à mon enfant intérieur blessé, qui ne mérite pas d'être banni ainsi, loin des siens, parce que j'ai dénoncé l'abus sexuel que m'a imposé mon frère. Il vit encore chez mes parents, alors que j'ai dû fuir à 18 ans. Merci de m'avoir écouté.

- Bonjour. Je voudrais exprimer ma colère encore une fois. Depuis que j'ai porté plainte contre mon père, je discute beaucoup avec mon frère. C'est mon jumeau. Un  policier l'a appelé pour qu'il vienne témoigner. Avant de faire sa déposition au commissariat de police, il est venu me voir et nous avons revécu ensemble le passé. C'était intense. Nous nous sommes rendus compte que ce pervers l'éloignait toujours de moi, avant de m'agresser sexuellement. Mon frère culpabilise de ne pas avoir pu me protéger, mais il n'avait que 10 ans...

J'ai 48 ans et je viens d'apprendre, par ma mère, que K. la voyait, quand je me demandais si elle était encore en vie. Elle ne me l'avait jamais dit. Même des années après et pourtant nous avons souvent discuté de cet enlèvement parental. Parfois, j'ai envie d'aller la voir. Souvent, j'ai envie de lui arranger le portrait, à ma façon. Mais, je me retiens. Je préfère ne plus la revoir et de toute façon, elle souffre déjà le martyre. Elle a une maladie mentale et un handicap physique qui la paralyse et la torture. J'ai essayé de parler à ma mère de l'inceste, qu'elle m'a fait subir. Elle ne me croit pas. Elle fait semblant. Elle pense que je suis tellement perturbée que j'invente des histoires. Avec une amie concernée par l'inceste, et qui vit la même situation surréaliste, nous en sommes venus à penser que nous devrions écrire une série télé. Avec toutes ces histoires que nous inventons pour nous faire remarquer, nous devons avoir un talent exceptionnel pour l'écriture de scénario. E. a vécu l'inceste avec sa mère. Et, comme la majorité des victimes, sa famille ne la croit pas. Elle reçoit des lettres d'amour de sa mère, en même temps que je réceptionne celles de ma sœur, tout aussi ambiguës. Nous songeons sérieusement à les présenter l'une à l'autre.



E.

- J'en peux plus So', je crois que je vais me suicider aujourd'hui. Donc, je t'appelle, car je sais qu'avec toi, je vais bien rigoler.
- Exactement, tu as bien fait. Raconte-moi ! Que s'est-il passé ?
- Oh ! toujours la même. Ma mère qui m'a encore envoyé des courriers. Elle ose me réclamer une explication. Tu te rends compte ? Elle me demande pourquoi je ne veux plus la voir. Comme si elle ne le savait pas cette folle !
- OK, est ce que je peux me permettre de te donner un petit conseil ?
- Oui bien sûr.
- Pourquoi tu l'appelles "ma mère" ? Tu veux pas lui donner un surnom plutôt ?
- Oui, bonne idée... lequel ?
- SM c'est bien non ?
- SM, genre sado-masochiste ?
- Yes, ou sorcière maléfique.
- Oui ! J'adore ça. Ça lui va super bien, la sorcière maléfique, je l'adopte ! Et comment appelles tu ta sœur abuseuse.
- Elle a été baptisée par ma fille, qui a beaucoup d'imagination. A seulement 10 ans, elle lui a trouvé le surnom de "Yéti des bois". Elle est tellement monstrueuse physiquement et moralement, que j'ai trouvé l'idée géniale !
- Trop forte ta fille. Elle l'a abusé elle aussi ?
- Elle a essayé, je t'avais raconté non ?
- Non. Y'a plein de choses que tu ne dis pas So', il faut vraiment que tu reviennes nous voir en réunion. Raconte-moi !
- J'y arrive plus E. C'est trop intense les réunions. Après, je ne te dis même pas, le nombre de pétards, qu'il faut que je fume pour me calmer les nerfs. Quand ma fille était bébé, genre 2 ou 3 ans, elle l'a embrassé sur la bouche. Mais tu sais, pas un bisou "normal". Quoi que déjà, je trouve ça dégueu, d'embrasser un enfant sur la bouche.
- Idem, ça me dégoûte quand je vois certains parents le faire. Elle faisait comment alors ?
- Elle introduisait sa propre bouche à l'intérieur de la bouche de ma fille, pour lui embrasser l'intérieur de la bouche.
- Waouh ! Mais c'est tellement dégoûtant, ta pauvre fille.  Elle s'en souvient ?
- Non. La première fois que je l'ai vu faire, j'étais paralysée. Je n'ai pas du tout assuré. J'ai laissé cette saloperie de Yéti salir ma fille. Je me dégoûte en tant que mère indigne.
- Non, arrête c'est normal. Ça a dû te rappeler ce qu'elle t'avait fait. Et tu devais sûrement être aussi tétanisée pendant ses agressions de Yéti. Quand je refusais de "faire plaisir" à ma sorcière maléfique, elle me battait. Ces pervers sont doués pour effrayer les enfants et surtout pour nous faire  croire que nous sommes coupables de leurs perversions. Tu comprends ? Elle t'a surprise. Et, ce n'est pas toi qui a fait ce baiser de Yéti à ta fille. La coupable c'est elle.
- Merci E. Ça me fait du bien. Mais, merde c'est toi qui va mal et encore une fois j'assure pas. C'est toi qui devrait te plaindre et moi t'écouter.
- Non, c'est pas grave. Ça me fait du bien aussi d'avoir la version d'une mère, vis à vis de sa fille qui se fait abuser.
- OK. La deuxième fois qu'elle a essayé de refaire son baiser du diable, je l'ai arrêté avant. Et je lui ai dit de ne plus jamais recommencer. De toute façon, je ne l'ai plus jamais laissée seule avec elle. Et, on ne la voit plus depuis longtemps.
- Bravo ! Tu vois que tu es une très bonne mère. Tu as repéré l'abus et tu as défendu ta fille.
- Il faisait quoi ton père quand SM t'abusait. Il savait ?
- Bien sûr qu'il savait. Alors, d'après lui, j'ai tout inventé. J'ai beaucoup trop d'imagination et je ferais bien d'aller à l'hôpital psychiatrique.
- Non ? Mais c'est marrant, ma mère me dit exactement la même chose. C'est incroyable, ils s'échangent leurs textes ou quoi ?
- Tu me fais rire. Oui, probablement. Ils ont peut être une banque de données la dessus. Comme nous, qui nous regroupons entre victimes de l'inceste. Ils font peut-être la même chose.
- Ah oui, ça doit bien exister quelque part, les Pervers Anonymes. Bonjour, je m'appelle le Yéti et j'ai abusé ma petite sœur.
- Bonjour, je m'appelle la SM et j'ai abusé ma fille.
- Nous vous rappelons les règles, ici, nous n'acceptons aucune victime de l'inceste, seuls les perpétrateurs d'abus sexuels ont le droit de venir.
- Nous allons prier ensemble, Mon Diable, Donnez-moi plein de gosses à traumatiser...
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Petit extrait de mon livre "survivre et revenir" Empty Re: Petit extrait de mon livre "survivre et revenir"

Message par zen50 Sam 21 Aoû 2021 - 13:45

Mon père nous présente notre nouvelle location de vacances à Sidi Ouchar. Une petite pièce rectangulaire, vide. Posé sur le sol, il y a d'étranges structures métalliques, qui attirent notre attention. Le cinglé est totalement partit au pays des bisounours. Il nous décrit ce lieu immonde, comme une villégiature de vacances inoubliable, avec une literie luxueuse et très pratique, car pliable. Une fois dépliées, les structures se révèlent être des lits de camps militaires, que mon père nous exhibe fièrement. Nous n’échappons pas au petit couplet sur la guerre, l'armée, et l'utilité d'un lit de camp, lorsque l'on combat dans la jungle. Lui, dormira dans la caravane. Nous posons nos bagages sur le sol de notre nouvelle chambre, désespérées. La stupéfaction nous a brisé les cordes vocales, déjà bien entamées par le passage à la douane et le trajet jusqu'à Sidi Ouchar. Dès que nous avons passé la frontière algérienne, mon père a retiré son masque. Il nous a expliqué froidement que nous ne retournerons plus jamais en France.

- Vous voyez ces documents ? Ce sont vos passeports. On ne peut pas quitter le pays sans un passeport valide. C'est moi qui les garde. Et vous savez pourquoi ? Parce que nous allons vivre en Algérie maintenant. Nous ne retournerons plus jamais en France. J'ai vos passeports, alors dites adieu à la France.

Il sort de la pièce par une autre porte située sur la gauche, que je n'avais pas encore remarquée. Une fois ouverte, elle découvre la vue d'un petit puits au milieu d'une cour entourée d'arbres. Le soleil saharien s'est invité à l'intérieur de notre mystérieuse location et le calme alentour nous procurerait presque un apaisement bienheureux, après ses longues heures de voyages difficiles et tout ce stress accumulé, si seulement, nous avions notre mère avec nous. Il revient les bras chargés de sacs remplis de nourriture qu'il empile dans un coin de notre nouveau logis. Il disparaît.

- Il s'est barré ?
- Il m'a dit tout à l'heure qu'il allait se reposer dans la caravane. Viens voir, je te montre.
- W., tu bouges pas, on revient d'accord ?

Nous sortons de cette pièce étouffante et nous abordons notre petite terrasse accolée à la chambre. Sur la gauche, il y a un mur d'enceinte, qui entoure ce lieu. Nous sommes dans un petit lotissement, composé de 3 studios de vacances. Je vois les deux autres petites pièces comme la nôtre, pas très loin, mais elles ne sont pas occupées. Nous sommes les seuls occupantes de cet étrange endroit. K. m'explique que la caravane est garée derrière le mur d'enceinte. Nous y grimpons et je la vois. Perchées sur ce mur, au soleil, nous nous sentons alors soudainement très bien. Je viens de comprendre que nous allons être débarrassés du cinglé. Nous serons toutes les trois et nous organiserons notre vie, sans avoir à supporter son oppression. Des lézards courraient le long des murs. Nous nous amusions à les repérer et à nous comparer à eux, adossées contre le mur chaud, complètement inconscientes de l'enfer qui nous attendait. W. nous a rejoint, elle ne peut pas rester seule, même quelques minutes.

- Est ce que tu as vu le puits bibiche ?
- Non. Elle vient quand maman ?
- Regarde, il est là. Viens je te montre comment on puise de l'eau avec le sceau.

Je joue avec ma petite sœur autour du puits ombragé. Nous ne sommes pas si mal. Le soleil brille, l'ambiance est paisible, l'air marin nous chatouille les narines. Ça me rappelle que la mer n'est pas loin. W. est de plus en plus bronzée, elle ressemble à une petite olive. Chaussée de ses sandalettes de plage et de sa jolie robe fleurie, elle est ravissante. Je lui coiffe ses longs cheveux noirs, après les avoir lavés à l'eau du puits. Mon père apparaît à nos côtés et il nous propose d'aller laver la voiture et la caravane avec lui, en utilisant l'eau du puits. Il va chercher dans la voiture, le produit de lavage et les grosses éponges. W. devient hystérique. Elle adore cette idée de pratiquer une activité ludique avec son père. Elle ne voit pas le mal qu'il dégage. Chaque mot qu'il prononce me fait trembler de peur et de colère. A chaque fois que son pied touche le sol, je prie pour que ce soit loin de moi. Ses sourires hypocrites me donnent la nausée. J'ai encore en tête, son petit monologue sur les conditions de sortie légale du territoire algérien vers la France. Il m'a séparé de ma mère, il m'a séparé de Marianne, et je ne veux pas vivre dans ce nouveau pays, dont je ne parle même pas la langue. Son regard fou, sa voix menaçante, son revolver caché tout au fond de la boite à gant de la voiture, sa deuxième arme sous le siège du copilote instauraient un climat malsain. Et pourtant, je n'avais pas encore lu Shining. Stephen King est mon auteur préféré, depuis que j'ai lu mon premier roman de lui. Ce livre a marqué ma vie pour toujours. Le bruit des feuilles quand je les tourne, bien calée au fond de mon lit, une couette bien chaude rabattue sur moi, l'inquiétant murmure à mes oreilles de la voix de l'auteur qui me chuchote son histoire angoissante, m'ont rappelé ma propre histoire avec mon père, quand je lisais Shining.

- C'est quoi son nouveau délire ?
- Ils vont laver la caravane et la voiture. Avec l'eau du puits, genre c'est la méga teuf !
- Putain de taré ! ! T'as le droit de rêver qu'on va la laver ta caravane, plutôt crever.
- Tu m'étonnes. J'ai trop envie de me fumer une clope.
- Oui, moi aussi, on va visiter les alentours ? Faut qu'on se trouve un tabac, il ne nous reste pas beaucoup de clopes.
- Vamos ! J'en ai trop marre de voir sa sale gueule de cinglé.

Nous passons l'énorme porte d'entrée du domaine. C'est une grosse porte en fer, qui masque aux yeux des passants inexistants, puisque nous sommes dans un endroit désert, la vue de notre luxueuse villa de vacances. En face de notre somptueuse résidence, se trouve un terrain de camping. C'est très beau. Séparé par un petit muret d'à peine 50 cm, se dresse devant nous, une forêt d'arbres majestueux, d'un vert captivant. Le ciel est d'un beau bleu hypnotique et la douceur de la brise marine fait chanter les feuilles qui clignotent sous le soleil. Nous vérifions que l'endroit est bien abandonné et effectivement, en y pénétrant, nous constatons qu'il n'y a personne. C'est l'endroit parfait pour une pause cigarette. En allumant ma dernière clope, celle du condamné, je confie à K. le sujet de mes inquiétudes :

- W. est à l'ouest, t'as vu ? Elle est trop petite putain...
- Ouais. Mais on n'a pas le choix. Ce soir, je lui parlerai.
- Tu vas lui dire quoi ?
- Je vais lui expliquer la vérité. Si, on attend, ce sera encore plus dur pour elle.
- Comment c'est relou.
- Non, t'inquiète, je m'en occupe. Oublie, là on va se concentrer sur la recherche du tabac du village. Viens !

En traversant les allées du camping, nous débouchons sur une petite rue centrale qui descend. Il n'y a aucune voiture, la largeur des routes, trop étroites, n'est pas accessible pour un véhicule. Pour un âne, par contre, ça peut le faire. Nous continuons de descendre la route, qui est devenu un chemin, sans voir âme qui vive. Il y a quelques petites maisons et enfin une petite place, avec un café, une petite épicerie et la population autochtone, les algériens.

O.

- Il n'avait pas des attitudes incestuelles ton père, vis à vis de toi ou de tes sœurs parfois ?
- C'est-à-dire ? C'est quoi l'incestualité ?
- C'est, par exemple, quand un adulte tient des propos impudiques, devant un enfant. Ou quand il se balade dénudé devant lui, tu vois ? Parce que vu qu'il s'est marié avec ta mère, qui n'avait que 15 ans, déjà ça fait pédophile.
- Je sais pas O., j'ai du mal à sortir du déni. Mais, non, il était distant.
- Mais il a quand même chercher à te marier à 13 ans, comme ta mère.
- Tu veux dire que ce serait une espèce de projection de l'inceste ?
- C'est grave So'. Toi, ta mère, tes sœurs, vous avez morflé d'une façon scandaleuse.
- Quand il s'est marié avec ma belle-mère, ils couchaient ensemble dans la caravane. Tous les soirs, ils nous imposaient le bruit de leur sexualité écœurante. Exact ! J'avais oublié. Mais c'est aussi la bipolarité qui entraîne une vie sexuelle débridée.
- C'est transgénérationnel souvent la problématique de l'inceste.
- Dans la famille Inceste, je demande le père. Ça me fait vraiment penser à un jeu des 7 familles.
- Je crois que le but de ce jeu, c'est justement de changer la donne. Nous avons survécu à l'inceste, et notre descendance ne le vivra plus. Nous pouvons être fières d'être celles qui rompent le lien maléfique, pour la sécurité des générations à venir. C'est ça être une survivante.

Hier, nous étions en Espagne, quelques jours auparavant en France, et à présent nous voilà en terre algérienne, paysanne et rétrograde. Mais nous ne le voyons pas. Notre esprit est resté en Espagne. Nous achetons nos cigarettes, des "Hogar" en paquet souple, la marque algérienne. Elles ont un goût très fort, mais on s'y habituera vite. Tous les villageois, et il n'y a que des hommes présents autour de nous, nous regardent. Ils scrutent nos vêtements, nos chaussures, notre façon de nous déplacer. Je commence à réaliser que nous détonnons beaucoup, à côté d'eux. Attablés sur la terrasse ou à l'intérieur, ils boivent un verre, en jouant aux dominos ou aux cartes. La mer est juste en face. C'est une petite plage de cailloux qui me fait penser à une décharge publique. Comparativement à la plage de Malaga, c'est une rare atrocité de la nature. K. dirige les opérations, comme d'habitude et elle semble très à l'aise. En sortant, je lui dit en verlan, que nous sommes espionnées par toute une population de blédards, aux regards insistants. Elle s'en moque ouvertement. Alors, je me détends et fume avec elle, une cigarette sur le chemin du retour. Il faut vite rentrer, avant que mon père n'ait deviné notre petite fugue.

Le premier soir que j'ai passé dans mon petit lit de camp a été un cauchemar. Nous avions passé la soirée à grignoter, en discutant avec mes sœurs, allongées sur nos atroces lits de camp, où un scorpion ne peut pas grimper, m'avait assuré mon père avec son sourire factice. Et puis, nous nous sommes endormis la lumière allumée, en nous souhaitant une bonne nuit et surtout beaucoup de courage, pour supporter notre nouvelle vie. Quelques heures plus tôt, K. avait organisé une réunion au sommet avec W. Pendant ce temps, j'écoutais de la musique avec mon walkman. Allongée, je leur tournais le dos. En qualité de vrai fan de Nick Kershaw, je me devais d'honorer sa musique, plusieurs fois par jour. J'adorais le timbre de sa voix, son style musical et aussi son look de gentil garçon à la coupe de cheveux ridicule. En l'écoutant, je me rapprochais de la liberté. J'essayais d'oublier l'instant présent pour me projeter dans le passé, avec ma mère, mes amis d'enfance, mon quartier, mon pays, ma chambre, mon lit superposé que je partageais avec K., mon futur lycée. Il faut absolument que je trouve une solution pour retourner en France, avant la rentrée prochaine. Je ne peux pas me permettre de manquer le début de l'année scolaire, alors que j'entre en seconde. Je suis brusquement rappelée à la réalité par les sanglots de W. Elle pleure toutes les larmes de son corps de petite fille de 7 ans, car elle sait dorénavant que le projet de mon père est de la séparer sadiquement de sa mère, à jamais. Ce n'est plus une séparation passagère ou pire un divorce. C'est devenu un enlèvement parental et un exil forcé. Elle vient se réfugier dans mes bras et je pleure avec elle. Seule K. ne pleure pas, elle nous renvoie l'image de la grande sœur solide et sur qui l'on peut compter. Une fois calmées, nous dévalisons les sacs de nourriture, laissés par mon père, où nous trouvons du pain, du poisson en boîte, et curieusement du corned-beef en conserve. Plus tard, mon père nous réservera un régime alimentaire basé exclusivement sur le corned-beef en boîte. Mais pour le moment, nous sommes très loin de nous en douter. Nous sommes déjà au summum de notre souffrance, écartelée entre un père mentalement déséquilibré et une mère absente. Nous pensions avoir atteint le maximum de la malchance et des mauvais traitements, en nous retrouvant prisonnières de mon père, en Algérie. Pourtant, ce n'était qu'une introduction à la grande symphonie de désenchantements saccadés et successifs, qu'il nous composait en catimini. Pendant la nuit, je sens un chatouillement le long de ma cuisse droite. A moitié endormie, je me souviens avoir mangé mon sandwich dans mon lit, je suppose que ma jambe est posée sur une miette. Donc, je glisse mon bras sous ma couverture à la recherche de la cause de mon irritation cutanée. Du bout des doigts je cherche l'intrus et pensant l'avoir trouvé, je l’attrape pour l'évacuer hors de mon royaume onirique. Quand je retire mon bras de sous ma couverture, je sens des picotements sur la paume de ma main droite, celle avec laquelle j'ai attrapé la miette. Je m'en étonne et je me redresse en ouvrant la main devant mes yeux. Stupeur ! Un gigantesque cafard remue méchamment à l'intérieur de ma main. Il est pris d'une crise de danse du ventre et s'agite encore plus, une fois baigné sous la lumière. En hurlant, je m'extraie de mon lit à la vitesse de l'éclair, mon cœur tambourine dans ma poitrine. Je crie à tue-tête en secouant mon pyjama et en sautillant sur place, me retenant de vomir mon dîner. Mes sœurs, réveillées par ma panique, me demandent la raison de ce raffut. Et lorsque, je leur révèle la présence d'affreux gremlins, dans mon lit, elles sortent également illico presto de leur couchette. Cette même nuit, je fus prise d'une envie de pisser fulgurante. Les toilettes étaient situées à l'extérieur, à côté du puits. Donc, il fallait que je sorte de la chambre, que je traverse la cour , que je contourne le puits, pour arriver à la cabane, qui était les toilettes locales. C'est la première fois que j'y vais en pleine nuit, alors je rassemble tout mon courage et je me lance. Équipée de ma lampe de poche, je me dirige vaillamment jusqu'à destination. J'ouvre la porte, méfiante, et je scanne le mur avec le faisceau lumineux de ma lampe de poche. Tout va bien, rien à signaler sur le mur en face de moi. Tranquillisée, je fais mon petit pipi , je me rhabille et je sors. Avant de fermer la porte de la cabane, je lance un dernier coup de lampe de poche en direction du mur. Je ne comprend pas, il est blanc. Quand je suis entrée, tout à l'heure, il était noir. J'abaisse un peu la lumière et c'est alors que je vois grosso modo, un milliard de cafards aussi énormes que celui rencontré plus tôt. Ils étaient tous agglutinés sur le sol qui lui aussi était devenus noir à certains endroits. J'ai piqué un sprint jusqu'à la chambre, tremblant de tous mes membres, complètement réveillée dorénavant. Dès le lendemain, je me suis fabriquée un pot de chambre, pour la nuit. Il était hors de question que je retourne, sans combinaison spatiale, au milieu de ce trou à cafards géants. Je n'ai pas dormi le restant de la nuit, j'écoutais de la musique et je pensais à ma mère. Elle me manquait terriblement, même si pour le moment, j'étais encore assez vigoureuse pour ne pas me laisser submerger par mon chagrin. Je montais la garde aussi. Sans bouger un seul muscle, je surveillais les lieux. En cas d'attaque d'insectes mutants, j'étais prête à sonner l'alarme. Au petit matin, mon père surgit avec entre les mains, un petit camping gaz. Il nous explique son fonctionnement et le relie à une bouteille de gaz.
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Message par zen50 Sam 21 Aoû 2021 - 13:45

Et puis, il repart. Nous ne le reverrons plus pendant des semaines. Au bout d’une semaine, la nourriture commençait à manquer. Nous maigrissions à vue d'œil. Avec K. nous décidons de rationner ce qu’il nous reste et surtout de favoriser ma petite sœur par des apports plus conséquent en nourriture. A 7 ans, elle n’était déjà pas bien grosse, donc nous étions inquiets pour sa santé. Un soir, elle a fait une poussée de fièvre et elle pleurait tant elle se sentait mal. Nous étions désemparées, car il n’y avait personne autour de nous pour nous aider. Au petit matin, je prends la décision de partir à la recherche d’un médecin. Avec la rage de celle qui n’a plus rien à perdre, je vais courir à toute vitesse jusqu’au village le plus proche et questionner les autochtones sur leurs façons de se soigner. Ils m’ont indiqué l’endroit où se trouvait un petit dispensaire. En Algérie, la médecine est gratuite pour tous, heureusement pour ma petite sœur. Le médecin me donne un thermomètre et je cours encore pour prendre la température de W. Et, je repars toujours en courant le plus vite possible jusqu’au dispensaire, le thermomètre à la main. Je le montre au docteur qui va me donner des médicaments, sans même avoir vu sa patiente. Tout le monde sait très bien dans la région que nous sommes seules et que mon père nous a enlevé. Mais, bien entendu, tout le monde s’en fiche. Pour eux, nous ne sommes que des traitresses vendues aux français. Ils nous appellent les esclaves de la France et nous méprisent ouvertement. W. se sentira beaucoup mieux après sa prise de médicament. Et, je peux enfin me détendre et me reposer. C’est suite à cette aventure effrayante que je prends la ferme décision d’organiser notre évasion, coûte que coûte. Mes sœurs veulent m’en dissuader et elles ne veulent pas venir avec moi. Très bien, alors j’irais seule et je leur ferais parvenir les secours. Je pars donc, et je marche le long de la route principale. Pendant des heures, je n’ai vu personne, ni aucune voiture passer, même pas un âne. Mais, je continue d’avancer vaillamment. Le soleil tape fort et la faim me guette mais je l’occulte pour me concentrer exclusivement sur la paire de jambes qui me portent. Quelques heures après, je vois au loin un garçon qui se promène. Il a l’air de s’ennuyer ferme. Il se dirige vers moi et entame la conversation. Comme il comprend vite que je ne parle pas l’arabe, il traduit en français, mais sans aucun accent algérien, ce qui m’étonne.

Qu’est ce que tu fais en Algérie ?
Mon père m’a enlevé avec mes sœurs. Ma petite sœur n’a que 7 ans !
Moi aussi, je suis né en France et j’ai été enlevé par mon père.
C’est vrai ?
Oui, ça fait 5 ans que je vis ici. Je suis arrivé à 10 ans. J’ai fait comme toi, je me suis échappé car il était trop violent avec moi. Il me battait sans arrêt. J’étais perdu dans la ville, je traînais et une femme très gentille m’a repéré. Depuis, je vis chez elle. Elle me considère comme son fils.

Non, moi je ne veux pas d’une dame gentille qui va bien prendre soin de moi. Je veux ma mère, celle que mon coeur aime de toutes ses forces. Alors, je fais demi-tour et je retourne vers mes sœurs.

Quelques jours plus tard, au petit matin, nous découvrons que nous avons des voisines. Enfin, nous ne sommes plus les seules habitantes de ce coin perdu. Sauf qu'à peine arrivées, elles nous ont volé tous nos habits, qui séchaient sur le fil à linge, à l’extérieur. L’une d'elle passe devant nous, en portant une de mes robes.

Oh ! les connaces, elles vous ont volé tous vos habits, t’as vu ?
Arrête de dire des gros mots W. et ne t'inquiète pas, on va aller les récupérer. Pour le moment, viens manger un peu.
Non, je vais aller leur parler
Ah bon ? Vas-y ! T’as pas peur petit dragon ?
Non, je ne suis plus un bébé !
ok

Je l’observe de loin, en grignotant un truc. K est occupée à ronfler peinard sur son lit de camp. Du haut de ses 7 ans, W. leur dit de manière très autoritaire, qu’il faut qu’elles nous rendent nos affaires, sinon ses sœurs vont s’énerver. Mais, elle me racontera ça plus tard, d'où je suis, je n’entends rien. Mais je vois. Et mon sang n’a fait qu’un tour, lorsque la blédarde s’est permise de gifler ma sœur. Sans réfléchir je cours vers elle, je m’élance. Lorsque je suis assez près, d’un bond je lui saute dessus, telle une lionne en furie. Elle est par terre et j’ai déjà une poignée de ses cheveux arrachés dans une main. Elle me balafre la joue avec ses ongles et sa sœur me donne des coups dans le dos. Mais je ne la lâche pas. Je lui met les doigts dans les yeux et elle hurle de douleur. Entre-temps W. est allée réveiller K. qui surgit elle aussi, armée de sa claquette. Et je l’entend crier “lâche ma soeur !”suivi par le bruit de sa claquette sur la peau nue de mon ennemie. C’était grisant de se battre dès le matin toutes ensemble. K. les a tellement lattés qu’elles abandonnent la bagarre et partent se réfugier dans leur petit appartement de location. Ces deux femmes étaient des adultes matures. Elles ont pris plaisir à nous voler et à nous insulter de “putes pour français”. Et pourquoi ? Nous n’en n’avions aucune idée. Avec K, nous rigolons encore et encore pour faire baisser la pression. W. est impressionnée par notre combat. Elle m’explique ensuite pourquoi elle s’est fait gifler. La dame lui a dit qu’elle n’était qu’une petite morveuse et elle a rétorqué qu’elle était une grosse pute. Et encore un gros mot !

Je ne t’avais pas dit d’arrêter avec les gros mots bibiche ?
Quand tu es arrivée et que tu lui as sauté dessus, c’était trop bien S.
Ah bon ?
Oui, on aurait dit comme une panthère, t’as sauté haut ! T’as pas vu K ?
Non, mais j’ai entendu les hurlements quand même, franchement je croyais que c’était un rêve avant que tu me réveilles. Et d’ailleurs, c’est très bien W., tu as super bien réagit en venant me chercher. Et moi je dis que ce sont effectivement deux très très grosses putes. Bon, Super Souris, tu vas garder sa touffe encore longtemps ?
Ouais, j’ai bien envie d'accrocher son scalp devant la porte.
Putain la conasse t’a bien balafré quand même, tu sens pas.
Non, ça fait quoi ?
Bah, t’as une grande griffure sur la joue, c’est moche. Fallait utiliser ta claquette aussi.
J’ai pas calculé tu sais.

Et c’est alors que mon père débarque en urgence. La propriétaire des lieux a dû le contacter, pour qu’il vienne s’occuper de ce problème d’agression. Il me fait la morale, en m’expliquant que je vais attraper le tétanos, à cause de cette blessure. Super ! Merci papa pour tes encouragements. Il ne sait pas cacher ses émotions et je lis en lui très facilement. Il ne peut pas s’empêcher de sourire car en vérité, il est fier de nous. Rien ne l’aurait plus horripilé, que de nous savoir vaincues. Mais, il ne nous félicite qu’avec son sourire et ses yeux pétillants. Je lui montre mon scalp.

C’est toi qui lui a arraché ses cheveux ?
Oui, elle avait tapé W.… Je baisse les yeux, car je sens qu’il va m’humilier.
Bon, ça va. C’est bien, tu as défendu ta sœur. Mais il ne fallait pas la laisser te défigurer. C’est l’Algérie ici, les gens meurent du tétanos, on est plus en France !
Bah ouais, je lui ai déjà dit. Elle aurait dû lui mettre des coups de claquettes, comme moi !
C’est vrai papa, elles ont des jambes toute rouges maintenant. K les a bien massacrés.
Et toi, tu n’as rien W. ?
Non papa, mes sœurs m’ont bien défendu. Et S. a sauté comme une panthère !

Comme d’habitude, mes sœurs fraternisent avec l’ennemi et je reste à l’écart. K. nous a recommandé plusieurs fois, de faire semblant d’être agréable avec mon père, pour qu’il ne nous laisse pas mourir de faim. Mais, je n’y arrive pas. Je ne m’habitue ni à ses changements d’humeur brutaux, ni à ma nouvelle condition d’expatriée. Donc, à la longue, un fossé s’est creusé entre mon père et mes deux sœurs d’un côté et moi de l’autre.

Il n’était plus question de solidarité entre nous, mais juste de survivre à la faim. Par conséquent, lorsque mon père leur proposa d’aller manger une glace sans moi, puisque j’avais été désignée comme responsable de notre bagarre, elles y sont allées sans hésitation. Elles sont même revenues, les mains pleines de chocolat dégoulinant, sans un regard pour moi. Bien entendu, je rongeais mon frein et je laissais faire passive. C’est ainsi que petit à petit, je suis devenue la solution à tous leurs problèmes. Dès que quelque chose clochait quelque part, c’était de ma faute. Jusqu’au jour où mon père m’a accusé de lui avoir volé 700 francs. Perché loin derrière la galaxie des personnes saines d’esprit, il m’interpellait de son monde de cinglé, les yeux flamboyant de haine et la bave écumante aux lèvres. Le portrait idéal du père aimant ! Personne ne m’a défendu. Mes sœurs étaient bien trop effrayées et fatiguées par la dénutrition pour réagir. Il a baragouiné un charabia incompréhensible sur mon délit. J’aurais fait exprès de lui prendre son argent, pour l’empêcher de vivre sa vie comme il l’entendait. D’après lui, je me serais introduite en douce dans la caravane, pour lui dérober son trésor. Et bien entendu, à cause de moi, nous ne pourrions plus jamais repasser la frontière algéro-française. Parmi toutes les privations et toutes les insultes, cette accusation a été la plus douloureuse. Car, j’ai toujours été la fille très honnête de la famille. Il venait de toucher à mon identité et à ma personnalité. Je suis donc passée à l’interrogatoire et cela chaque jour, pendant une éternité. Il me questionnait sans arrêt sur les raisons de ma trahison et m’ordonnait de lui rendre cet argent, que je n’avais pas. Je ne pouvais plus me faire consoler par mes sœurs, car elles s’étaient déjà écartées de moi. J’étais seule et je ne jouais pas le jeu que l’on voulait me voir jouer. Ce fut grâce à cette déveine, que ma situation a commencé à changer favorablement. En effet, un jour où je pleurai tristement dans un coin de la terrasse, quelqu’un m’a parlé. J’ai été vivement surprise, car je pensais être totalement seule. J’ai levé la tête et j’ai cru voir un ange. Un jeune homme d’une vingtaine d’années, avec des cheveux blonds comme les blés et des yeux bleus azur me fixait, avec beaucoup de compassion dans le regard.

Pourquoi est-ce que tu pleures ?
Je pensais à ma mère…. Vous êtes qui ?
Je suis un étudiant, en droit, je vais à l’université de Tlemcen. Je suis venu passer dire bonjour à ma tante. C’est la propriétaire des lieux. Est ce que tu es toute seule ?
Oui, mon père est avec mes sœurs à la plage.
Et toi, tu n’y va pas ?
Non, moi je n’en ai pas le droit.
Ma pauvre. Je vais t’aider. J’ai eu ta mère au téléphone tu sais ? Elle vous cherche tes sœurs et toi. Il faut que tu sois courageuse encore quelque temps car tu finiras par la revoir.

J’ai éclaté en sanglots. Quelqu’un venait de mettre des mots sur mon rêve le plus précieux. Mais, j’étais si fatiguée, que je n’ai même pas réagi à cette bonne nouvelle. Il est reparti les yeux mouillés.

Longtemps après, ma mère m’expliquera que cet homme a participé activement à notre évasion et j’espère un jour avoir l’opportunité de le remercier de vive voix. Mon père a déposé mes sœurs devant la porte et il est reparti. Aussitôt, l’ange revient et cette fois s’adresse à ma grande sœur. Elle est revenue sans rien m’expliquer, à part qu’il avait dit, que de nous deux, j’étais la plus laide. Evidemment, je l’ai cru et j’ai pleuré de plus belle, mais intérieurement cette fois ci.
Une grosse dame est apparu un large sourire aux lèvres, la propriétaire, la fameuse tante. Elle nous demande de la suivre et nous découvrons qu’elle habite juste à quelques mètres du puits.
Mais sa maison est cachée par les oliviers. Elle nous invite à profiter de sa salle d’eau personnelle. C’est une gigantesque salle de bain, située dans sa cour et équipée de tout le nécessaire pour un bon décrassage. Comme elle ne parle pas le français, elle nous montre comment procéder et nous aide à nous laver. Elle m’explique qu’elle a parlé à ma mère qui est très inquiète et qu’elle lui a promis de bien s’occuper de nous. En voyant l’eau noire de saleté couler à mes pieds, je commence à réaliser à quel point nous sommes dégoûtantes, et depuis longtemps. Avec seulement un puits à ciel ouvert et une cabane de WC envahie par les cafards, nous ne savions pas comment faire notre toilette. Nous n’avions même pas une bassine ou un sceau pour nous laver. J’avais l’impression de profiter d’une oasis dans le désert. L’eau coulait à flot sur mes cheveux, mon corps et nous ne pouvions plus nous empêcher de rire. Cet épisode a ressoudé notre sororité et K m’a révélé un secret. Elle avait vu un homme rôder, puis entrer dans la caravane en l’absence de mon père. C’était donc lui le voleur de 700 francs. De plus, K m’a assuré qu’elle l’avait déjà vu palabrer avec mon père. Donc, il connaissait sa victime. A cette époque, nous pouvions encore discuter tranquillement sur notre petite terrasse et nous y passions tout notre temps. Pour nous occuper, nous montions de petites pièces de théâtre, en nous déguisant. Ou sinon, nous écoutions de la musique et dansions comme des folles. Mais, c’était sans compter sur la grande curiosité des habitants du coin. Un matin, en nous levant, nous entendons des rires sarcastiques venant du ciel. En levant la tête, nous voyons éberluées, une meute de garçons perchés sur les branches des arbres entourant notre logis, et qui nous fixent de leurs yeux obséquieux. Ils ne vont pas bouger de leur poste d’observation et ils se relaieront à tour de rôle, pour ne rien manquer de notre vie passionnante. On aurait dit une armée de chimpanzés juchés sur les branches des arbres et vers laquelle, nous aurions pu jeter des cacahuètes. Cependant, nous avons préféré nous réfugier à l’intérieur de notre chambre, volets et portes closes, dans l’obscurité. Ma petite sœur, Warda, était devenue l’objet de notre envie de pédagogie naissante. Quitte à s’ennuyer en famille, autant lui enseigner notre savoir. Elle nous posait des tonnes de questions sur tout, et nous lui faisions un cour magistrale, à tour de rôle K. et moi. Et puis, après des jours et des jours de monotonie carcérale, nous avons été surprises par un événement se produisant dans le monde du dehors. La vieille et obèse propriétaire des lieux, fustigeait les jeunes primates, pour qu’ils décampent sur le champs de son territoire. Très gentiment, elle est venue nous informer, que nous pouvions désormais sortir en toute quiétude et qu’elle partait de ce pas, appeler la police. Quelques minutes plus tard, les policiers sont bien venus constater l’intrusion des manants, mais sans remarquer notre présence incongrue sur les lieux. Seules, sans parents ni tuteurs, nous étions plus transparentes que l’air qu’ils respiraient. Leur intervention a au moins eu l’effet escompté par la propriétaire et le calme est revenu aussitôt. Ils ont bien essayé de revenir le lendemain, mais aidés par la propriétaire, nous leur lancions des pierres, des pommes de terre, enfin tout ce qui nous passait sous la main. Notre résignation fataliste avait cédé le pas à une envie furieuse de nous battre contre nos oppresseurs. Par la suite, cette aventure nous ayant redonné de la vitalité, nous avons décidé de sortir et de les affronter courageusement. Je ne sais pas si l’effet de la malnutrition agit sur la volonté, mais dans notre cas, estimant que nous n’avions plus rien à perdre, elle nous a donné l'allant pour sortir de notre prison. Pour faire plaisir à Warda, nous prévoyons d’aller faire un tour à la plage. Comme si de rien n’était, nous nous sommes habillées en conséquence et nous sommes sorties. K. nous avait convaincu de nous rebeller face à ces abrutis et nous partîmes ensemble, déterminés à profiter, au moins une fois, de la mer. Dehors, nous tremblions de peur à chaque pas et nous ne cessions de regarder derrière et autour de nous. Mais, personne ne nous suivait et nous n’avons croisé aucun être humain, sur notre chemin. Alors, nous nous sommes détendus et nous avons même réussi à nous amuser un peu. K. et moi étions constamment préoccupés par le bien être de notre petite sœur de 7 ans et c’est pour elle que nous nous montrions courageuses ou plutôt inconscientes. Arrivées sur la plage, je plonge directement dans l’eau et je vais nager au loin, trop contente d’être enfin libre et légère, portée par les flots de la Méditerranée. K. ne sait pas nager et Warda a peur des vagues, alors elles restent sagement sur le sable, pendant que je m’éloigne lentement d’elles. C’est mon père qui m’a appris à nager, car lui-même est un homme-poisson. Avant sa radicalisation, il aurait trouvé ça normal de venir se baigner avec nous. Mais, aujourd’hui tout est péché pour lui, et bien entendu, l’amusement aussi. Je fais la planche sur le dos, pour reposer mon corps fatigué, mais pas pour longtemps. Effectivement, j’entends du bruit et en me retournant j’aperçois une nuée de nageurs excités qui s’approchent rapidement de moi. Alors, je file à toute allure vers la plage et je vois mes sœurs qui me crient d’aller plus vite. C’est une véritable chasse à la jeune fille qui se déroule sous leurs yeux effrayés et pour changer, c’est moi la proie. Enfin arrivée, je m’habille à toute vitesse et sans même nous consulter, nous courons en même temps en direction des falaises proches et nous entamons leur ascension, dans la panique la plus totale. Warda traîne un gros sac et je lui arrache des mains pour l’aider à le porter.

Mais qu’est ce que c’est Wardoudou ?
Des pierres, c’est K. qui m’a dit de les ramasser.
T’inquiète grimpe, je t’expliquerais.

Je me retourne brièvement et je vois le troupeau des obsédés en rut, sortir de l’eau, le sourire aux lèvres. Apparemment, ils n’en reviennent pas de cette aubaine qui s’offre à eux aujourd’hui. Alors, ils sourient pour exprimer toute leur obscénité de détraqués. En nous écorchant les pieds sur la pierre rugueuse, nous arrivons enfin en haut d’un promontoire qui nous dissimule de leurs regards. Et je comprends enfin à quoi vont servir les pierres.

C’est bon ? je peux ?
Non, attends encore un peu Warda, attend… attends… Feu à volonté !

Et nous avons procédé à leur lapidation, dans les règles de l’art. La plus petite d’entre nous a commencé par lancer la première pierre et nous avons enchaîné les tirs, sans aucun répit pour nos ennemis. Nous les avons entendus hurler, rire comme des débiles, et nous insulter, pendant qu’ils recevaient notre pluie de caillasses en plein visage. L’un d’entre eux a saigné et son sang coulait le long de son visage.

Après cet épisode de notre vie “à l’extérieur”, nous avons évidemment cessé de sortir. Les jours passaient inlassablement entre le puits, la chambre et la terrasse. Pendant ce temps, ma mère apprenait que nous étions prisonnières de la folie de mon père et elle s’adressait à Interpol, pour nous faire rapatrier. Malheureusement, à cette époque, la France n’avait pas encore passé d’accords avec l’Algérie, pour interdire ces enlèvements d’enfants binationaux. Par conséquent, elle ne pouvait rien faire légalement, pour nous sauver. De mon côté, je ne savais plus si j’avais rêvé ou non de l’ange aux cheveux blonds et bouclés. Et je n’osais pas en discuter avec K., de peur qu’elle ranime mes complexes, en me détaillant la façon dont il avait mentionné ma laideur. J’avais pratiquement oublié son intervention et je commençais à m’habituer à l’idée de finir ma vie ici, dans ce pays qui n’a jamais été le mien.
Mon père est revenu, accompagné d’un homme très âgé, qui me reluquait bizarrement. Dès qu’il arrivait, nos regards se portaient automatiquement vers sa main droite et plus précisément sur le contenu du sac de commissions qu’il portait. La nourriture était notre seule obsession de chaque jour. Je me souviens d’un jour mémorable, où il a surgit de nul part, en nous balançant méchamment des pommes de terre et des poivrons crus, au visage, alors que nous dépérissions dans l’obscurité. C’était à l’époque des singes espions. Nous avons laissé pourrir ces aliments, car nous n’avions pas de casserole pour les cuire. Il ne s’en rendait pas compte. Il nous voyait à peine. Et, le lendemain, il nous apportait des glaces, avec un grand sourire. Sur un coup de tête, il a décidé de nous emmener à la plage, à quelques kilomètres de là. Il nous a présenté cette excursion comme un guide touristique, affairé à bien satisfaire sa clientèle. Et, nous ne pouvions que le suivre dans son délire, pour ne pas l'énerver. Nous en étions à un tel point de désespérance, que même la vue idyllique des paysages ne nous concernait plus. Indifférentes à tout, nous surnagions difficilement, en essayant de suivre son rythme effréné. Il était encore en pleine crise maniaque. Donc, il ne se nourrissait que très peu, ne dormait pratiquement plus et était constamment surexcité. Il a décidé de trouver la meilleure place sur la plage, alors il nous a fait marcher pendant très longtemps, sans aucune pitié pour nos pauvres corps fatigués. Nous avancions comme des zombies résignés, attendant impatiemment l’heure de la pause. Et quelqu’un nous a hélé par nos prénoms. Un groupe de femmes, d’hommes et d’enfants, regroupés autour d’un petit barbecue, étaient occupés à frire des sardines sur la plage. Il se trouve que le hasard nous avait conduit jusqu’à notre cousine Amara et sa petite famille. Lorsqu’elles nous ont reconnus, elles avaient les larmes aux yeux. Nous étions devenus blanches comme la craie et pratiquement squelettiques. C’est dans leur regard que nous avons vu notre misère. Autrement, nous ne nous en rendions pas vraiment compte. Elles nous ont offert du poisson, du pain, de la salade, des desserts, un vrai festin ! J’avais l’impression de vivre en apnée ou dans le coma, ce que je vivais ne me semblait plus réel. Elles ont convaincu mon père de les laisser nous emmener chez elle et elles nous ont pris en charge. Chez elles, c’était le paradis ! Il y avait une énorme salle de bain, à manger à volonté, des lits confortables et surtout leur gentillesse ineffable. Notre éruption dans leur monde avait créé un véritable petit scandale local. Autour de nous, les gens murmuraient et l’on entendait souvent le mot “mesquina” (la pauvre) sortir de leur bouche. Ils étaient outrés de l’attitude de mon père envers nous et comptaient bien lui faire savoir. Lorsqu’il est venu nous chercher, elles lui ont fait la morale pour qu’il s’occupe de nous, ou mieux, qu’il nous rapatrie vers notre mère. Ca partait d’un bon sentiment et c’était probablement une bonne idée de tenter de le raisonner. Seulement, dès qu’elles ont prononcé le nom de ma mère, il s’est énervé et nous avons dû repartir avec lui illico presto. Quelques jours plus tard, il revenait avec cette étrange personne âgée, qui me regardait avec insistance. Après son entretien avec lui, mon père m'annonça qu’il comptait me marier avec lui. Je suis restée sans voix, tellement j’étais terrorisée par sa nouvelle lubie.

L’hyperacousie

Ma mère s’est fait opérer du cerveau en Algérie, il y a 6 ans. Pendant la nuit de son opération, j’ai vécu des phénomènes étranges. Je me suis réveillée en sursaut, ne sentant plus ni mes jambes, ni le reste de mon corps, sauf les mains et la tête. Ce fut une expérience terrible qui dura quelques minutes. Le lendemain matin, lorsque je me suis réveillée, le monde avait complètement changé. Tous les sons avaient été amplifiés bien obscurément. Et puis, la douleur est arrivée. Violente, acharnée. On venait de me greffer deux tournevis en feu à l’intérieur de mes deux oreilles. C’est ainsi que commença l’installation de mon hyperacousie, la faculté étrange d’entendre tous les sons sur le même niveau sonore, et de façon exagérée. Le son qui autrefois n’était même pas existant dans ma conscience mentale, envahissait toute mon attention jusqu’à ne plus pouvoir bouger, tant la douleur était intense. Après 6 ans, aucun médecin n’a réussi à me guérir de ce handicap, je dois faire avec. Donc, avec le temps, j’ai appris à relativiser et à accepter la diminution de mes capacités physiques et sociales. Je me suis protégée, en s'isolant du bruit le plus possible. Et ça a bien marché. Aujourd’hui, tant que je n’abuse pas des sorties et des interactions sociales, je peux vivre paisiblement.

Au début de cette maladie, j’accusais la terre entière d’injustice et de cruauté. J’étais révoltée d’avoir encore à subir des souffrances. Comme si ma vie n’avait pas été assez dure et compliquée. J’étais à la limite du désespoir, lorsque j’avais mal, que je vivais cloîtrée dans ma chambre. Je portais des boules quiès et un casque anti-bruit. Je ne pouvais assister à aucun spectacle organisé par l’école de ma fille, ou par son club de danse ou de théâtre. C’est elle qui s’occupait de faire les courses de bon cœur. Car, D. a toujours été très volontaire pour s’émanciper et mener sa vie à sa manière. J’étais exaspérée de la voir être obligée d’aider sa mère. Comme si elle n’avait pas déjà assez à faire avec ses propres soucis. Comme sa précocité intellectuelle, la séparation de ses parents, ou la mort de ses poissons rouges. J’en voulais à mon corps de me trahir de cette façon machiavélique. Par moment, je me sentais maudite.

Et puis, avec le temps, beaucoup de temps, j’ai fait la paix avec la providence. Ma fille m’a énormément aidé, lorsqu’elle me rappelait que je ne pouvais pas envisager de m’exposer au bruit, même pour aller la voir sur scène. Elle voyait mieux que moi, ce que je vivais. Le déni était mon compagnon fidèle et attentionné. Décidément, la vie ne m’acordait aucun répit. A peine sortie d’une malencontreuse situation, une autre se présentait et s’imposait sans vergogne sur mon chemin pour me ralentir.

Et puis, elle m’a quitté. Cette maladie étrange a disparu aussi subitement qu’elle est apparue.

L’Algérie suite

En réunion extraordinaire, dans notre unique pièce disponible, K. et moi réfléchissions sur la présence incongrue de la personne du 3ème âge, qui me fixait du regard. Il me regardait déjà, comme une bonne affaire déjà acquise. Et mon père ne me voyait plus depuis longtemps déjà. K. voulait m’aider. Alors, elle décida de discuter de notre avenir, avec celui qui nous servait de père. Le soir venu, elle prépara un petit repas sommaire, et elle invita le cinglé à venir manger avec nous. La conversation débuta normalement, comme dans toutes les familles. On aurait pu croire que nous faisions partie du monde ordinaire des gens normaux. Mais, bien entendu, cela ne dura pas plus que quelques minutes. Dès qu’elle aborda le sujet de mon potentiel mariage, l’ambiance a radicalement changé. Mon père s’est lancé dans un monologue effrayant, sur son intention de toutes nous marier, le plus vite possible. K. a essayé de le raisonner, en lui proposant de plutôt nous inscrire à l’école. Mais, c’était peine perdue. Le père que nous avions autrefois et qui prônait une éducation d’excellence n’existait plus. Toutes les ficelles sur lesquelles tirait ma soeur ne fonctionnaient plus. Personnellement, j’avais arrêté de l’écouter au moment où il avait osé inclure ma petite sœur de 7 ans dans son délire matrimonial. Mon cerveau avait buggé sur l’image de son futur viol, ma pire hantise. Et, je ne savais pas comment réagir. Heureusement, que W., ne comprenait pas réellement les termes de sa future vente à un inconnu. Et heureusement que son cerveau ne se préoccupait que de survivre au manque de sa mère. Rien d’autre ne la touchait. Elle vivait et respirait comme nous autres, mais toutes ses pensées étaient tournées vers sa maman.

C’est la première fois que je voyais K. vraiment inquiète et dépassée par les évènements. D’habitude, elle relativisait beaucoup et elle trouvait toujours une issue positive à chacun de nos malheurs. Mais, là, elle calait.
La seule solution et elle devenait urgente était la fuite. Mais comment ? Nous étions mineures et sans papier. La loi algérienne ne nous protégeait pas de notre père tout puissant. Nous ne pouvions qu’espérer que le cinglé change d’avis et d’attitude.
Pendant ce temps, de l’autre côté de la méditerranée, ma mère commençait à s’inquiéter de notre disparition suspecte. Au départ, elle était contente de nous savoir partie en vacances. Cela lui donnait plus de temps pour nous préparer une nouvelle vie, chez ma grand-mère.
Nous avions la chance d’avoir une grand-mère munie d’un grand pavillon et décidée à nous récupérer. Elle aussi sentait que notre retour allait être problématique. Elle encourageait ma mère à se remuer un peu plus, pour nous rechercher. Par conséquent, ma mère alla voir un avocat, pour se renseigner sur ses droits et les nôtres. Même si elle ne savait ni lire, ni écrire, elle pouvait toujours parler et écouter. C’est ainsi qu’elle apprit qu’aucune loi internationale ne nous protégeait. A partir du moment où mon père avait réussi à nous faire passer la frontière algérienne, il était devenu le seul responsable de notre sort. A cette époque, l’Algérie et la France n'avaient pas encore signé d’accords internationaux, concernant le rapatriement des enfants binationaux vers leur pays d’origine. En Algérie, nous étions sous le joug de la loi algérienne qui accordait d’office notre garde à mon père. Ma mère a même contacté Interpol pour déclarer notre enlèvement. Sans rien obtenir de plus que notre inscription sur un dossier administratif.
Le bel angle blond avait réussi à s’entretenir régulièrement avec ma mère et il lui avait révélé les violences que nous subissions, ce qui décida ma mère à agir, à sa façon.
Elle a commencé par utiliser le fameux téléphone arabe. Elle contacta tous ceux qu’elle connaissait en Algérie, famille, amis, relations. Et, elle leur demanda de l’aide pour nous récupérer. Petit à petit, mon père s’est retrouvé cerné par des personnes connues ou inconnues qui lui demandait des comptes sur la façon dont il traitait ses filles. Il détestait ça. Dès qu’il se trouvait dans une situation où il devait se justifier, il s’énervait et perdait les pédales. Avec son tempérament paranoïaque, il vivait très mal le fait d’être ainsi espionné par tous ou presque.
C’était très agréable de le voir paniquer ainsi.

Le fou du village et la sorcière

J’ai faim et j’en ai vraiment marre de l’ambiance qui règne autour de nous, alors, n’ayant plus rien à perdre je sors dehors. A quelques mètre de l’entrée de la maison de la gentille obèse, s’est monté une tente de bédouin. Elle est posée au bord du chemin, bien en face de l’entrée de la propriété. Je ne peux absolument pas la louper. Mais, bien entendu, cela n’éveille pas mes soupçons, anesthésiée comme je le suis par la fatigue mentale. Une femme qui a laissé sa tente bien ouverte, s’y tient à l’intérieur et elle se prépare un thé à la menthe. L’odeur qui se dégage de ce bivouac est plus qu’allégante. Elle m’accoste aussitôt et m’invite à venir manger des gâteaux et boire du thé avec elle. Je suis Gretel face à la sorcière mais je ne le sais pas encore. Sa maison de pain d’épices a juste été remplacée par la tente en makrout. Elle se montre extrêmement maternelle avec moi et elle me parle de ma mère. Elle m’explique très gentiment qu’elle l’a bien connu. Bien entendu, par la suite, ma mère reniera cette personne qu’elle n’a en vérité jamais fréquenté ni en Algérie ni ailleurs. Par conséquent, je me sens en confiance avec elle. C’est idiot mais, la simple mention de l’existence de ma mère, a automatiquement retiré toute méfiance de mon esprit affamé de contacts sociaux “normaux”. Je vis mon fantasme en direct. Intérieurement je m’imagine en compagnie de ma propre mère et nous partageons un moment intense d’entente familiale. Dans ce rêve qui est devenu réalité, je suis la seule à bénéficier de sa tendresse et de son attention maternelle. Donc, je ne vais pas en parler à mes sœurs. Après tout, aucune d’elles ne veut se ranger à mon opinion, quoi que je dise, alors je décide de garder ce moment pour moi exclusivement. La sorcière déguisée en gentille maman, me donne rdv le lendemain pour continuer à me bercer de l’illusion que j’ai trouvé une alliée sincère qui va m'offrir encore et encore son amour et son soutien. Régulièrement, je l’a retrouve dans sa tente et je lui confie mes pires angoisses d’exilée involontaire. Un jour, elle m’explique qu’elle va déménager pour les collines alentours mais que je suis toujours la bienvenue pour une visite dans son nouveau terrain. Sans aucune méfiance, je la suis et grimpe avec elle, à travers la forêt, les centaines de mètres qui aboutissent au culminant de la petite colline verdoyante et bien ombragée. Arrivée sur les lieux, je constate qu’il y a déjà tout un tas de matériel installé là et qu’un homme l’accompagne. Elle me le présente comme son fils. Il doit être âgé d’une vingtaine d’années et il est aimable et distant. Ce qui me convient parfaitement et aussitôt je pense être en sécurité avec cette famille civilisée et tellement respectueuse. Au fil de la conversation, elle me décrit sa vie et sa famille, composée de 2 fils. Le deuxième n'est pas avec nous, il est plus âgé de quelques années que son cadet. Le pauvre est affublé d’une maladie qui le rend original et il ne peut pas vivre en société. C’est pour cela qu'ils vivent dans la forêt loin du monde. Je la trouve évidemment admirable de se préoccuper autant de son confort, allant jusqu’à sacrifier sa vie de femme et sa vie sociale. A force de faire des sorties en solitaire régulières, ma sœur K. commence à se douter que quelque chose se trame derrière son dos. Elle m’interroge et, de guerre lasse, je finis par lui révéler mon secret garni de gâteaux délicieux et de famille retrouvée. Je suis aussi assez fière de lui montrer que toute seule, j’ai trouvé un semblant de solution à ma situation tragique. Mais, ça ne marche pas avec elle. Elle sent tout de suite l’entourloupe. Et, elle décide de m’accompagner pour rencontrer et voir de ses yeux cette soi-disant bonne samaritaine au cœur tendre. En marchant à mes côtés, elle essaye d’éveiller ma vigilance et mon intelligence en me rappelant qu’ici, dans ce pays, les gens ne donnent rien sans rien. Mais non, lui rétorque ai-je, cette femme est juste en manque d’une fille dans sa vie, étant donné qu’elle n’a eu que des garçons.

K : - C’est juste pour tes beaux yeux qu’elle veut te voir tous les jours ? T’es sûre qu’elle ne cherche pas autre chose. Tu sais, petite sœur, t’es une grande naïve et il n’y a que toi qui ne le vois pas.

Moi : - N’importe quoi ! C’est plutôt toi qui vois le mal partout. Ça va, détend toi un peu. Moi, j’ai la dalle et tu verras on va bien manger. Après, t’es pas obligée de venir non plus !

K : - Si ! je ne le sens pas du tout ton plan alors, je vais juste lui dire que je suis ta grande sœur et que je viens voir si tout va bien. Après, promis, si c’est une femme bien et s’il n’y a aucun danger, je vous laisserai entre vous. Toi et ta nouvelle mère.

Moi : - Putain t’es relou, c’est juste une amie. En plus, je t’ai dit qu’elle connaît m’man, c’était sa pote avant.

K : - Bah voilà, justement ! je vais juste lui poser deux-trois questions pour vérifier ça. Tu lui a demandé à quoi elle ressemblait notre vraie mère ? Ou tu l’a cru sur parole comme la conne que tu es ?

C’est vrai que mon discernement a commencé à se ranimer en écoutant ses paroles et heureusement car la suite de l’aventure va vite dégénérer. Au départ, je sentais ma sœur me coller aux basques et déranger mon planning. A présent, je trouve sa présence rassurante et de bon aloi. Vaillamment, nous continuons notre route en forçant sur nos jambes, car le chemin devient de plus en plus abrupt. L’envie et la gourmandise sont de très bons guides, j’écoute leurs indications joyeusement.
Au loin, nous apercevons la fumée d’un feu de camp, ce qui nous permet de repérer plus facilement l’emplacement de ma pâtisserie préférée. Je vois une femme qui agite ses bras et je reconnais bien l’allure de ma protectrice. Elle nous crie de venir vers elle. Toutefois, du coin de l'œil, c’est une autre silhouette qui se profile. Et celle-ci n’a rien de sympathique. En même temps, K et moi, nous nous dévisageons, la peur plein les yeux. Ce que nous voyons est complètement irréel. La gentille maman nous crie que tout va bien, qu’il est inutile d’avoir peur. Alors que sur notre gauche, se rapproche de plus en plus rapidement, un dément mesurant pas moins de 2 mètres, puissant de corpulence et qui vocifère des paroles incohérentes et en version originale de surcrôit. Il est inutile de maîtriser le dialecte local pour comprendre que ses intentions sont à l’opposé du pacifisme et qu’il court vers notre direction, tout simplement pour nous attraper. K me touche l’épaule et elle crie : “COURS !”
Nous dévalons la colline en sens inverse, à toute allure. Bizarrement la fatigue que je ressentais 5 minutes plus tôt à totalement disparu pour laisser la place à une nouvelle forme olympique. J’entend vaguement la bédouine nous crier que cet énergumène en furie est juste son fils et qu’il est inoffensif. Mon cerveau analyse brièvement cette nouvelle information tout en continuant d’ordonner à mes jambes d’accélérer la cadence. A ce moment précis, je bénis sincèrement mon professeur de judo. Quand je pense que je me plaignais de la dureté de nos entraînements, je réalise qu’il aurait dû les rendre encore plus douloureux. Le bruit de ma course se mêle à la voix puissante de cet homme qui me dit “hajimé” (commencez en japonais). Je me revois sur le tatami face à mon adversaire. Mon esprit se calme à la vue de mes mains attachant ma ceinture autour de ma taille, par-dessus mon kimono. K. est juste devant moi et elle m’encourage en me criant de courir plus vite, plus vite encore. Comme au dojo, lorsque nous combattions l’une contre l’autre, nous unissons nos deux courages, nos deux volontés d’être fortes physiquement et mentalement. Le fou nous poursuit et comme il a de grandes jambes, il court très vite. Aujourd’hui, je suis d’accord pour céder à ma sœur toute volonté, parce que je ne sais pas quoi décider. Je sais que ma petite sœur nous attend et que nous diriger vers l’appartement de location c’est lui amener sur un plateau ce dangereux psychopathe. Mais où pourrions nous aller ? Nous sommes au milieu d’une forêt complètement seules avec juste un homme monstrueux à nos trousses. Malgré tout ce qui a pu nous opposer, malgré toutes nos disputes, je sais que je peux compter sur K pour réagir promptement et de la meilleure manière. Je la suis et je constate qu’elle tourne vers notre prison. Pratiquement, à chaque fois que nous mettions le nez dehors, un piège se refermait sur nous. Et encore une fois, le destin nous prouvait que tout notre environnement proche n’était que haine et danger. Je ne ressentais même pas de colère contre ma fausse bienfaitrice, pas encore tout du moins. J’étais juste préoccupée par ce nouvel évènement terrorisant, qui me percutait en pleine face, brisant en mille morceaux tout le décorum de mes illusions de tranquillité. Enfin, nous arrivons devant la porte de notre logis et nous pénétrons à la vitesse de l’éclair à l’intérieur tout en bloquant la porte en fermant le gros verrou. Le fou dangereux est juste derrière la porte et il commence à tambouriner de toutes ses forces sur la porte, tentant de la défoncer. W. qui ne comprend pas ce qu’il se passe ouvre de grands yeux mais elle ne pleure pas. Elle ne versera pas une seule larme. Elle a perdu son innocence de petite fille de 7 ans, elle s’est aguerrie maintenant. Nous la plaçons derrière nous et nous faisons barrage de nos deux corps pour la protéger, au cas où la porte sauterait. K attrape un canif et elle me donne une rame du bateau gonflable. Elle nous dit :
“ W., tu restes bien derrière moi, toujours, ok ? S’il entre, je le planterai et tu lui mettra un bon coup de rame en même temps, ok Super Souris ? Il va se barrer, n’ayez pas peur, il ne peut rien faire. Nous sommes armés et pas lui.”
Et pendant de très longues minutes, il va continuer d’essayer de forcer la porte en se projetant de tout son corps contre le bois massif. Mais, grâce au ciel, il a finit par abandonner et repartir vers sa destinée de malade mental en mal de gentilles petites proies innocentes. Je me souviens que W. nous avait dit qu’elle voulait elle aussi avoir une arme entre les mains. K. lui a donné une bouée et elle ne s’est même pas rendu compte du ridicule de la situation. Après la terreur, nous avons rigolé ensemble pendant un bon moment.
“Bon W., tu peux lâcher ta bouée, il est partit.”
“Je l’aurais assomé avec ma bouée et K. l'aurait poignardé en même temps que tu l’aurais frappé au visage avec ta rame. Il a bien fait de se sauver ! Celui-là, il ne connaît pas mes deux sœurs hein ?”
“T’as raison, on l’aurait bien massacré toute ensemble. Et on ne laissera jamais personne te faire du mal, jamais. On sera toujours là pour te protéger bibiche.”

Après avoir bien vérifié que le danger était loin, nous sommes allés à la rencontre des quelques habitants qui étaient venus voir le spectacle, sans réagir bien entendu. Il nous ont reproché d’avoir provoqué la colère du fou du village, bien connu de tous. D’après eux, nous avions commis la très grande faute de lui avoir parlé. Ils le connaissaient tous très bien, et parmi la petite foule attroupée devant notre porte, un vieux monsieur nous expliqua, que golgoth 13 avait l’habitude de demander de l’argent aux autochtones et que dans ce cas, il fallait absolument obtempérer, autrement il se transformait en l'incroyable Hulk et devenait extrêmement violent. Mais ce n’était pas de sa faute, il était malade. Mais bien sûr, c’était donc nous les coupables, tout simplement ! Nous avons donc abrégé la conversation passionnante que nous entretenions avec ce groupe de débiles et nous sommes retournées à nos activités d’otages incomprises. Dans le fond, nous avions la nette impression que tous autant qu’ils étaient, nous vouaient une haine féroce, juste parce que nous venions de France et qu’ils regrettaient que notre mésaventure ne tourne pas à la tuerie sanglante, histoire de faire un exemple. Nous étions bien trop libres de nos mouvements à leurs yeux et il aurait fallu que nous le payons de notre peau. Probablement pour évacuer toutes leurs frustrations accumulées contre la France à cause des années de colonisation, dont nous devions également être responsables… Les jours suivants, surveillant les alentours et toujours aux aguets, nous avions organisé des tours de garde, chacune notre tour, pour prévenir toute attaque de l’aliéné. Exactement, comme après un tremblement de terre, les survivants surveillent les répliques à venir. Il s’est montré quelquefois toujours aussi énervé. Mais, comme la fois précédente, nous nous réfugions illico presto dans notre refuge et nous ne sortions plus de la résidence. A la longue, il s’est fatigué et n’est plus revenu.





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Petit extrait de mon livre "survivre et revenir" Empty Re: Petit extrait de mon livre "survivre et revenir"

Message par zen50 Sam 21 Aoû 2021 - 15:11

Ma grande soeur K. s'est suicidée l'année dernière et ma petite soeur W. est devenue toxicomane et SDF. Moi ça va !

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