Besoin d'avis francs sur mon texte.

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Message par Siegmeyer le Sam 15 Déc 2018 - 20:40

Bonjour,
Il est très compliqué d'être objectif sur ses propres créations, l'oeil ne pouvant se regarder lui-même.
J'ai toujours eu appétence pour l'écriture, et pourtant je ne m'y suis jamais vraiment mise ; je commence des trucs que je ne finis jamais, parce que je ne sais pas ce que ça vaut. "On écrit pour soi, pas pour les autres", me direz-vous peut-être. Certes, mais j'ai tout de même besoin de savoir s'il y a, disons, un certain potentiel dans ce que je fais. D'où la création de ce topic.
Je ne veux en rien influencer votre jugement, et ne vais donc pas en dire davantage.
Comme le titre l'indique, je souhaiterais des avis francs, sans ambages, merci par avance.

Contexte : J'avais demandé à ce que l'on me donne un sujet, et je devais produire un texte en 1h30.
Le sujet fut le suivant : Un ours dans le jardin.
Mon texte n'est pas terminé.

_____________________________________________________



« La véritable réalité est toujours irréaliste ».

Cette phrase, extraite du journal publié bien malgré lui de F. Kafka, ne peut avoir vraiment de sens pour qui n’a jamais eu à se confronter à l’étrange.
Les questions soulevées sont nombreuses – qu’est-ce que le vrai ? qu’est-ce que le réel ? qu’est-ce qu’être ? - et je n’ai pas la prétention d’affirmer connaître les réponses, que j’imagine complexes, multiples, et par trop anthropiques.
Ce que je peux néanmoins faire, c’est relater ce qui est arrivé cette matinée d’août 1938 alors que, comme chaque jour, je descendais à la cuisine me préparer un café avant d’enfiler ma veste et rejoindre mon lieu de travail, sans m’imaginer alors que jamais plus je n’aurais à m’y rendre.

Considérez d’abord que ce que je vous raconte n’est pas le fruit de l’imagination d’un fou ; je n’ai jamais eu à souffrir d’aucune pathologie mentale pouvant altérer mon jugement ou mes sens. Je ne me drogue pas, et s’il m’arrive de boire de l’alcool, c’est uniquement lors d’événements particuliers, et toujours avec modération.
Détrompez-vous si, croyant en ma sincérité, vous envisagez qu’il ne s’agissait que d’un rêve. Les littératures sont nombreuses, mais il serait vain ici d’exposer les différences entre la veille et le monde onirique : ce que je puis vous assurer, c’est que s’il s’agissait d’un rêve, je ne m’en suis jamais réveillé.

Si je prends soin de préciser cela, c’est que je crains n’être pas cru par beaucoup ; je ne leur en voudrais pas ; j’aurais certainement été le premier à remettre en cause cette histoire si je n’en avais été le témoin privilégié, mais il m’est impossible désormais de renier ce que j’ai vu.
Le passer sous silence serait étouffer l’incroyable sous prétexte qu’il ne colle pas à notre image du possible ; je ne sais pas si c’était possible, mais c’était.
L’incroyable existe, l’inexplicable aussi, - comme peuvent être pénibles ces vaniteux qui, quand ils n’arrivent pas à expliquer une chose, concluent à son impossibilité - et c’est en cette matinée grisâtre quoique déjà lourde que j’ai pu en avoir confirmation.

J’habitais en France, dans un village de Retz ne comptant pas plus de trois cents habitants, de ces villages principalement peuplés de paysans où rien d’extravagant n’arrivait jamais, sauf à croire les anecdotes bien connues mais jamais crues des plus anciens, tacitement tenus pour gâteux –

Lorsque je me suis levé cette matinée, ni le coq ni le voisinage ne s’étaient encore réveillés, voici la raison pour laquelle vous ne trouverez aucun autre témoin. Je vous encourage cependant à orienter vos recherches dans les journaux locaux du mois suivant, car cette même année, en septembre, nombreux faits à ce jour non-résolus furent recensés dans la région et chamboulèrent tout du moins temporairement notre vie paisible et monotone. Certains préférèrent ne jamais reparler de ces mystérieux événements, d’autres ne parlaient plus que de ça, certains se plaisaient à les évoquer de temps à autre : tous furent marqués à jamais et eurent à reconsidérer leur vision du réel que jamais auparavant ils n’auraient penser devoir questionner.
Lorsque je me suis levé, donc, je me suis installé dans la véranda après m’être servi une tasse de café, un peu nauséeux et pas tout à fait réveillé.
De mon rocking-chair, j’avais une vision dégagée de tout le jardin qui me faisait alors face, et c’est précisément à ce moment que j’ai vu ce que jamais je n’avais imaginé pouvoir voir : un ours. Dans mon jardin, entre le saule-pleureur et le bouleau, un ours, brun, gigantesque.
Assis, il fixait je-ne-sais-quoi au sol, et s’il ne semblait pas menaçant, j’étais non seulement éberlué, mais aussi terrorisé.
Après m’être plusieurs fois frotté les yeux, pincé, je me levai et retournai à la cuisine me passer de l’eau froide sur le visage.
Lorsque je revins dans la véranda, l’ours était toujours là.
L’hypothèse du rêve écartée, je me mis à envisager sans trop y croire une farce quand je le vis se lever et lentement s’approcher de moi qui, ébahi, restait là immobile, n’en croyant pas mes yeux. Si mon esprit eût pu concevoir comme dernier recours un ours fait de carton-pâte par des voisins malicieux, cette hypothèse ne tenait plus, et je constatai à ma grande stupeur que cet ours était fait de chair et d’os.
Fébrile je reculai à pas lents, prenant soin de ne faire aucun mouvements brutaux, pour regagner le salon et de là pouvoir contacter la police, ce que je fis tout en gardant la tête penchée de sorte à toujours garder l’ours , hirsute, à l’œil.
Le policier qui décrochait me somma de cesser ma plaisanterie et tenta de me faire culpabiliser, arguant de l’importance que revêtait sa mission d’ordre et de sécurité, et quand je répétai qu’il ne s’agissait pas d’une blague, peut-être fut-ce le ton de ma voix qui l’en convainquit, il me dit qu’il envoyait une voiture, et qu’il valait mieux pour moi ne pas l’avoir mené en bateau.

Je restai dans le salon face à la porte donnant sur la cuisine, elle même jouxtant la véranda, et de là observais l’étrange comportement de l’animal qui, quand il ne s’asseyait pas, tournait en rond et semblait attaquer quelque chose que je ne pouvais voir.
A ce moment encore, je doutais de la réalité et croyais devenir fou à lier. Peut-être hallucinais-je ? Comment le savoir ? Un fou n’est-il pas fou précisément parce qu’il croit en son délire ?
Ces questions sur ma santé mentale qui arrivaient par à-coup étaient entrechoquées par d’autres tenant pour réel ce que je voyais : Comment cet ours est-il arrivé dans mon jardin ?

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Message par Pieyre le Sam 15 Déc 2018 - 20:47

C'est d'un style bien tenu, ce qui est très appréciable (malgré quelques petites imperfections). Le problème principal selon moi, c'est qu'il n'y a pas de chute.

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Message par Siegmeyer le Sam 15 Déc 2018 - 21:14

Merci pour ton retour.
Lesquelles, imperfections ? (hormis les fautes d'orthographe).

En effet mon texte n'est pas terminé...

En fait, chaque fois que j'écris un texte, j'ai peur qu'il soit, n'ayons pas peur des mots, chiant, car j'ai du mal à avoir une écriture disons "réaliste", immersive, qui permettrait aux lecteurs de s'imaginer les scènes. C'est comme si je restais "en hauteur" ; (ce texte est celui qui, je crois, a le moins ce défaut).
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Message par Pieyre le Sam 15 Déc 2018 - 22:03

Ah, c'est toujours très compliqué, parce que, malgré toutes les précautions qu'on peut y mettre, on risque de passer pour un arbitre des élégances ou un donneur de leçons...

Je voulais t'écrire cela privé, mais allons-y ! Maintenant, ce ne sont que des suggestions.

Déjà, s'il s'agit d'un texte littéraire, à mon avis il vaudrait mieux adopter la présentation et la typographie consacrées : texte justifié et non aligné à gauche, paragraphes commençant par un alinéa, tirets cadratins ou demi-cadratins et non traits d'union, etc. Bon, là j'avoue que ce sont des détails : quand on envoie à un éditeur, c'est lui qui reformate. Par ailleurs, il y a certaines virgules que j'aurais transformées en points-virgules.

Ensuite, quelques modifications que je propose :

F. Kafka : Kafka ou Franz Kafka

anthropiques : terme un peu trop scientifique dans ce cadre, non ?

je n’ai jamais eu à souffrir d’aucune : je n'ai jamais eu à souffrir de la moindre

aucune pathologie mentale pouvant altérer mon jugement ou mes sens : susceptible de plutôt que pouvant

Les littératures sont nombreuses : expression un peu maladroite à mon avis s'il s'agit de faire allusion à la variété des œuvres littéraires

ni le coq ni le voisinage : les deux termes ne sont pas homogènes, entre un être vivant et une notion (mais c'est discutable)

tout du moins : tout au moins

leur vision du réel : la vision du réel

je n’avais imaginé pouvoir voir : je n'aurais imaginé voir

saule-pleureur : sans trait d'union

je-ne-sais-quoi : sans trait d'union (sauf sous sa forme substantivée)

aucun mouvements brutaux : aucun mouvement brusque

de sorte à : en sorte de

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Message par Siegmeyer le Dim 16 Déc 2018 - 0:45

Merci pour ces rectifications, non pour le texte en lui-même mais pour certaines choses sur lesquelles je me renseignerai (la différence entre "d'aucune" et "de la moindre" , tout au moins/tout du moins). En revanche, c'est bien "leur vision" et "le coq et le voisinage" que je voulais écrire.
Et pour ce qui est des "nombreuses littératures", non il ne s'agit pas nécessairement d'oeuvres littéraires, mais de toute publication traitant d'un sujet.

A partir du moment où je demande avis et conseil, il n'y a aucune raison de se sentir gêné.
Comme je le disais lors de mon premier post, j'ai toujours la crainte que mes textes soient chiants à lire ; question sans détour donc, t'es-tu durant cette lecture ennuyé ? As-tu accroché ?

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Message par Pieyre le Dim 16 Déc 2018 - 8:33

Le ton n'est pas désagréable... en fait c'est ce que j'aurais dû dire plutôt que mentionner le style proprement dit, parce qu'à la relecture, il y a tout de même un certain nombre de petites maladresses de diverses sortes. Mais peut-être que la durée dont tu disposais était tout simplement trop courte. Alors, ce que je crois, c'est qu'il faudrait que tu termines ton texte et que tu le corriges par toi-même en le relisant attentivement. Ce n'est que là qu'il serait possible d'avoir un véritable avis me semble-t-il.

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Message par Arkhèss le Dim 16 Déc 2018 - 9:35

Perso, concernant le style, j'ai surtout tiqué sur "qu'il s'agissait" que tu emploies à deux reprises. Dans ce contexte, ça devrait être du subjonctif (qu'il s'agisse ou qu'il s'agît).

De même que le verbe être un peu plus loin qui lui aussi devrait être au subjonctif. Tu utilises l'imparfait deux fois pour obtenir un effet de style "je ne sais pas si c'était possible, mais c'était". C'aurait été plus correct de dire "je ne sais pas si ce fût possible, mais c'était". Mais du coup, tu perds un peu ton effet d'écho. Mais ça a l'avantage d'insister sur l'actualité de la chose. Et c'est l'effet que tu cherchais à obtenir, je crois.

Sinon, je ne suis pas super amateur de textes qui décrivent des situations à la fois trop contemporaines ou "peu extraordinaires". Un exemple grossier de ce que j'appelle "peu extraordinaires", c'est par exemple les films français sur le déménagement de cousine machin.
Là, ton texte est tout même assez contemporain et un ours dans le jardin, c'est insolite, et pour moi ça a semblé suffisant, d'autant que tu as amené cette part de mystère et ce questionnement philosophique du début. Je me suis demandé où tu nous emmènes, ce qui n'est pas une mauvaise chose.

Sinon, si tu parles anglais, il y a quelques liens qui pourraient t'intéresser :
https://tvtropes.org/
Terrible Writing Advice
Hello Future Me qui a une discussion intitulée "on writing" qui est assez intéressante.
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Message par ortolan le Dim 16 Déc 2018 - 10:26

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Message par Arkhèss le Dim 16 Déc 2018 - 10:29

J'avoue que je me suis aussi posé la question. Mais comme il s'agissait d'une situation hypothétique, ça semblait logique que le subjonctif soit utilisé. Après... J'ai pas un doctorat en lettres.
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Message par ortolan le Dim 16 Déc 2018 - 10:32

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Message par Pieyre le Dim 16 Déc 2018 - 10:36

Concernant les lieux où l'on peut poster ses essais littéraires et avoir des retours, il y a aussi en français le forum Jeunes écrivains (parmi d'autres sans doute, mais c'est celui que je connais).

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Message par Confiteor le Dim 16 Déc 2018 - 13:02

En 1938 il est plus que rare de pouvoir téléphoner aisément à la police surtout depuis un hameau de Bretagne profonde.

J'ose un conseil : alléger le style en étant plus direct, plus frontal, avec moins d'incises qui rendent la lecture un peu laborieuse.
L'art de la phrase complexe est très délicat ...

On attend la chute !
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Message par Arkhèss le Dim 16 Déc 2018 - 15:01

ortolan a écrit:L'éventualité tient déjà dans le verbe envisager, peut-être alors « qu'il n'ait pu s'agir que d'un rêve ».
Je viens de vérifier avec Antidote.

Pour la première phrase, avec "envisager", les deux formes sont correctes : s'agissait ou s'agît.
Pour la seconde, le "si" demande le mode indicatif.
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