Tu sais que tu es seul(e) quand...

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Tu sais que tu es seul(e) quand...

Message par Kadjagoogoo le Dim 19 Fév 2017 - 19:22

Sur le principe de cet autre topic, je propose que nous examinions ensemble les signes manifestes de notre profonde solitude. Pour comprendre que, à l'instar du principe qui veut qu'il n'y a pas d'amour mais des preuves d'amour, il n'y a pas de solitude mais des preuves de celui-ci, des "moments de solitudes" où nous pouvons toucher du doigt l'essence de cet état.

Je m'inspire là d'une vignette de la géniale BD autobiographique de Nicolas Mahler, L'art sans madame Goldgruber, dans laquelle le bédéaste autrichien se figure en train de dessiner, alors qu'il s'abîme dans la perplexité en avisant les rognures de gomme sur le coin de sa feuille : « Hum. Et si je ne jetais pas ces quelques rognures de gomme ? Ainsi, cela me fera un peu de compagnie... »
Voilà comment l'artiste saisit merveilleusement l'essence poisseuse et misérable de sa solitude, qu'il essaie de transcender là par l'humour.
Je vous invite donc, ici, à tenter de faire de même : saisir par l'anecdote dérisoire et la sensation infaillible l'exact sentiment de la solitude.

Par exemple, moi, hier soir : le téléphone sonne, alors que je suis avec mon (seul) ami. Je décroche, pour entendre un type réclamer un ou une « Gaël(le) ». Je lui explique qu'il fait manifestement erreur, et l'on en reste là. Après avoir raccroché, je me tourne vers mon ami : « Faux numéro. C'était pas loin, remarque : « Gilles » [mon prénom], pas si éloigné du « Gaël » que ce mec croyait appeler...  C'est presque dommage ! » Et de me rendre compte, dans un fou-rire, que je suis donc à ce point-là seul que je n'aurais pas craché sur un échange téléphonique prolongé avec ce parfait inconnu, pour exploiter là un quiproquo opportunément transmué en arrangement aussi approximatif qu'absurde.  Trinquons
La vielle, déjà, je discutais avec mon unique ami, quand j'ai eu souvenance d'une information qui m'a fait m'interroger : « Mais, avec qui donc ai-je récemment parlé de ça, déjà !? » Et de comprendre immédiatement, dans une consternation amusée, qu'il n'y avait pas là matière à la moindre hésitation facepalm : étant donné que je n'ai qu'un seul ami – celui qui était présentement face à moi, à m'écouter –, la source de cette information qui me revenait là ne pouvait être que... lui! Ah ah, on a bien ri face à ce constat, allègrement cruel, de ma solitude quasi-parfaite. C'était presque émouvant.

Bref. Tu sais que tu es seul quand :
- tu en viens à espérer, avec opportunisme et sans vergogne, qu'une erreur téléphonique puisse être susceptible de t'octroyer un peu de compagnie fortuite ("sur un malentendu, on ne sait jamais !") ;
- tu ne doutes absolument plus de qui a pu te dire telle ou telle chose, puisque, forcément, tu n'as en tout et pour tout qu'un seul interlocuteur possible - hormis toi, naturellement.

Dent pétée

Voilà pour vous donner le ton de ce topic qui ne prétend pas se prendre trop au sérieux pour évoquer l'essence d'un sentiment et d'un état – la solitude – qui n'est hélas pas suffisamment désamorcé par la dérision et le sarcasme (cette salutaire ironie tournée vers soi). Wink
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Re: Tu sais que tu es seul(e) quand...

Message par Kadjagoogoo le Mar 28 Mar 2017 - 2:00

Tiens, c'est curieux : il y avait pourtant eu une réponse à ce topic... Escamotée depuis !? Suspect  Pas facile d'assumer un témoignage documentant l'essence de sa solitude, n'est-ce pas... Bon, je vais pas en faire tout un fromage ni une tarteWink – , mais c'est intéressant, ce genre de phénomènes.
Je vais en remettre une louche, moi, éhontément – même pas mal ! Dent pétée :

Hier soir, je me réveille avec un appel manqué et un message vocal subséquent émanant d'un numéro que je ne connaissais pas. J'écoute le message pour y découvrir la voix d'une vieille amie, une ex-collègue perdue de vue depuis des lustres ! Une jolie surprise, donc, totalement inattendue.
Son message vocal était tronqué : quelques secondes faisaient défaut au début ; mais j'ai bien compris qu'elle n'était pas sûre du numéro et qu'elle cherchait à prendre des nouvelles. Certes, je n'ai pas entendu l'entame ; il manquait donc ce détail "Salut G. !"...
Du coup, je lui fais un beau texto, genre : Coucou, ça me fait super plaisir de t'entendre, depuis le temps ! Je serai ravi de discuter avec toi dès que tu pourras te libérer [je sais qu'elle est très prise par sa vie de famille et autres activités annexes]. Belle soirée à toi, Bises."
Et c'est là qu'on en revient à l'épiphanique moment de solitude : j'ai immédiatement obtenu ce SMS impersonnel et décourageant en écho : "Je suis désolé. Je fais l'erreur de numéro. Bon soirée".
Alors certes, D. est d'origine polonaise, mais je ne me souvenais pas que son français était aussi approximatif – ceci dit, notre relation, longue de près d'une décennie, passait exclusivement par l'oral. Mais surtout, gros LOL : elle m'explique là, tacitement, qu'elle n'avait carrément pas l'intention de m'appeler MOI ; c'était accidentel ! Et lorsque je lui réponds, visiblement dépité par cette malencontreuse fausse manip' de sa part, qui m'avait donné de l'espoir : « Ah, d'accord. Je pensais que tu voulais reprendre de mes nouvelles. Tant pis ! », elle renchérit dans le registre générique, potentiellement vexatoire : "Je suis pas chez moi actuellement. Désolée". Genre : "Lâche l'affaire, je te dis : j'te connais plus, toi. Retourne dans les limbes du souvenir biodégradable ! »
Il y a quelques années, lorsque ma vie était encore "normale », je pense que j'aurais pu me montrer susceptible et me formaliser de cette déconvenue et de son caractère ingrat. Mais plus maintenant, où j'ai appris à rire de ces ricanements que j'entends presque au-dessus de ma tête (suivez mon regard de mystique goguenard...). "Pire", même : je suis malgré tout content d'avoir eu un coup de fil, "sur un malentendu" (« on ne sait jamais ! »).
Surtout, ce que j'adore ici, cadeau de la providence, c'est le décalage absurde avec les clichés, les lieux communs qui voudraient nous faire croire, d'Hollywood à Copainsdavant en passant par Facebook (royaume ultime de l'amitié), qu'il reste tant de beaux sentiments entre les anciens (grands) amis. Dans la vie réelle, cela se passe plus sûrement ainsi. Le poète (en l'occurrence Emily Dickinson, dans Car l'adieu, c'est la nuit) a toujours raison :
On ne sait jamais qu'on part – quand on part –
On plaisante, on ferme la porte
Le destin qui suit derrière nous la verrouille
Et jamais plus on n'aborde.


Bref, tu sais que tu es seul quand :
— tu réalises que tes vieux potes ne cherchent même plus à faire semblant de s'arranger diplomatiquement lorsqu'ils te recontactent par mégarde ; et que tu vas même jusqu'à te délecter complaisamment de cette assumation crasse qui les fait assumer crânement de ne pas chercher à t'éviter une éventuelle blessure narcissique ;
— tu comprends que certaines relations "authentiques", soi-disant affermies par des années de connivence, n'ont plus lieu d'être sitôt qu'on n'est plus payés (salariés) pour être "ami" avec ces... vulgaires collègues ; que l'argent, élémentaire tronc commun, aide ainsi foncièrement (on parle encore de "fonds", pour qualifier le pécuniaire) au rapprochement des êtres, à leur bonne entente ("les bons comptes font les bons amis"), en favorisant la complicité dans le confort et l'obligation mutuelle, artificielle ;
— tu réalises que les poètes, les artistes, les écrivains, les philosophes, les gens dans la TV ou au cinéma, tous ces précieux étrangers, sont devenus plus intimes et nécessaires à ta survie affective et intellectuelle que cet aréopage de fantômes que tu te trimbalais inutilement, piteusement lesté de nostalgie régressive ;
— tu comprends mieux que jamais pourquoi et comment Siddhārtha Gautama a pu s'isoler six ans pour devenir Le Bouddha, ce prétendu philanthrope résolument en rupture avec la société humaine. Et de t'appuyer sur ce paradoxe édifiant pour saisir combien tu es dans le vrai, désormais, en fuyant méthodiquement la compagnie de tes « semblables ».

(La p*** de synchronicité qui me fait relire le mot « semblables » exactement au moment où Cyril Mokaïesh le prononce dans Houleux ! Yahoo ! )
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Re: Tu sais que tu es seul(e) quand...

Message par Invité le Mar 28 Mar 2017 - 2:26

Coucou !

Je pense que l'absence de relai de ce topic dont l'idée me semble fort amusante, provient de ce que ta plume est bien aiguisée, precise, ciselée et qu'il faut certainement se sentir plus ou moins à niveau pour ne pas sembler ridicule. Je vais tout de même m'y essayer car je crois que l'autodérision permet en effet de mettre à distance des situations qui pourraient sembler parfois tristes.

L'anecdote :
Une dame, prénommée N, vient chaque jour à la maison pour m'aider à l'entretenir. C'est donc mon employée (devenue un membre de la famille au fil des ans).
Je suis à l'étage, je pensais parler à N. Après une tirade sur le comportement d'une de mes désagréables voisines, je m'étonnais de son silence.
Je descends et la cherche, sous le regard interloqué de ma chienne .
Je l'appelle à haute voix. Son silence persiste.
Je me décide à lui envoyer un SMS. Elle m'indique être partie de la maison dix minutes plus tôt.
....

Ce n'est pas caractéristique d'une solitude habituelle mais sur le moment je me suis sentie , et bien... tres seule .

Tu sais que tu es seule quand tu parles à ton chien pendant dix minutes.

Et désormais tu ne l'es plus sur ce fil.

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Re: Tu sais que tu es seul(e) quand...

Message par Kadjagoogoo le Mar 28 Mar 2017 - 3:16

Vivelavie a écrit:Tu sais que tu es seule quand tu parles à ton chien pendant dix minutes.

Et désormais tu ne l'es plus sur ce fil.
Effectivement, ton intervention, si qualitative (je l'aurais louée quand bien même elle ne l'aurait pas été) vient à point m'épargner le méta-post qui me pendait au nez, celui où j'allais devoir verser dans la mise en abîme pour ajuster logiquement à mon inventaire cette douloureuse occurrence : "Tu réalises que tu es seul quand tu crées un topic qui n'a pas l'heur d'intéresser le moindre zèbre à la ronde..."
Je t'en remercie, donc. Et merci aussi pour le partage de cette anecdote savoureuse, édifiante, oui !

Concernant l'éloquence pour laquelle tu me complimentes là, je suis flatté. Je pense qu'elle est exacerbée par le souci de transcender, dans une forme « étincelante », cette médiocrité marécageuse que je tente d'expier là, dans ces exercices de conjuration, aussi impudiques que cathartiques, je l'espère. Parce que oui, tu le dis bien : l'autodérision a cette vertu de permettre de mettre les mains dans la boue jusqu'au coude, précisément parce qu'on prétend ainsi alchimiser ce plomb de l'adversité pour en faire quelques pépites à partager, quelques perles à enfiler sur le chapelet de la lucidité, ce privilège de l'expérience (enfin) bien digérée.
Mais je crois que j'ai toujours fait plus ou moins ça, au fond : affecter de parler doctement de vétilles ; et inversement, parler avec désinvolture de choses importantes, dans le désir d'accentuer les contrastes. Cela peut donner des résultats intéressants, inattendus, à l'instar des artefacts de chambre noire, quand on abuse du bain révélateur...

Je renchéris, parce que j'ai des tonnes d’illuminations dans le domaine de la solitude, depuis que ma vie est devenue un  laboratoire expérimental dédié à cette grande et inquiétante question. Tu sais que tu es seul quand :
– tu parles à ta TV, et que tu n'as même plus envie de te ressaisir face au spectre de la pente glissante qui augure là de ta déchéance imminente... Parce que tu l'assumes crânement, cette prétendue glissade dans le marasme de la solitude totale ;
– tu regrettes de ne pas avoir un chien à qui parler quand la TV devient trop bavarde (déjà qu'elle ne se contente plus de se laisser regarder, mais qu'elle te scrute lorsque tu as sombré, englouti par le canapé, binge-watché de replay) ;
– tu penses que ta condition de marginal, désolé et incompris, devient toujours plus idoine pour te permettre de fantasmer ta prochaine carrière de prophète laïc, parce que l'idée de la vocation opportuniste ne te gêne pas, pas plus que ne te tuera le ridicule ;
– tu instrumentalises à dessein ta solitude, ici ou là, pour faire trembler quelque chose, pour émouvoir une autre solitude, qui sait ; parce que tu voudrais, toi aussi, que quelqu'un t'attende quelque part...


Je crois que j'irai à la prochaine réunion de coproprios, tiens, pour changer. Perplexe
SOS


Dernière édition par Kadjagoogoo le Mar 28 Mar 2017 - 5:16, édité 1 fois
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Re: Tu sais que tu es seul(e) quand...

Message par Invité le Mar 28 Mar 2017 - 3:26

Laughing Smile

Je te reponds demain.

Merci j'ai ri ( beaucoup)

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Re: Tu sais que tu es seul(e) quand...

Message par Invité le Mar 28 Mar 2017 - 3:54

– Tu sais que tu es seul quand tu n'as pas de mot pour partager avec d'autres les idées que tu ressens, à l'heure où les couleurs du jour et de la nuit se mêlent mais que cela ne t'importe plus.
– Tu sais que tu es seul quand l'intérêt de ton quotidien repose sur l'instant éventuel où une fenêtre de chat s'allumera pour quelques minutes d'échange avec un rêve de l'autre côté du monde qui est à la fois tout sans exister vraiment.
– Tu sais que tu es seul quand tu t'émeus du frôlement perçu quand la boulangère t'a rendu la monnaie, que tu réalises que cette imprécision tactile sera ton seul contact charnel pour le mois à venir et que, d'ailleurs, les quelques mots échangés avec elle seront ta seule interaction sociale dans le monde réel jusqu'à ce que tu aies de nouveau faim.
– Tu sais que tu es seul quand tu souhaites ardemment que n'importe qui daigne t'envoyer un petit message de sympathie en privé mais que tu n'es pas sûr que tu aurais le courage ni l'envie d'y répondre et ne te sentirais de toute façon pas légitime à le faire.
– Tu sais que tu es seul quand tu as peur d'ennuyer d'autres solitaires à leur vendre des illustrations de ta propre solitude qui leur paraîtra à eux si ordinaire et quelconque de crainte que ta propre solitude soit dénaturée.
– Tu sais que tu es seul quand tu ne te sens pas légitime à t'avouer combien ce manque te pèse et que tu considères en ton for intérieur déjà comme une faiblesse ce besoin de le partager.
– Tu sais que tu es seul quand tu te laisses hypnotiser par cette blessure baigné dans une chimère d'ataraxie.

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Re: Tu sais que tu es seul(e) quand...

Message par Kadjagoogoo le Mar 28 Mar 2017 - 5:08

Vivelavie a écrit:Laughing Smile

Je te reponds demain.

Merci j'ai ri ( beaucoup)
Comme je te l'ai déjà dit par ailleurs, merci pour m'avoir rassuré à propos du bon équilibre que j'ai su encore tenir là, apparemment, entre confession impudique et examen sarcastico-bilieux d'une situation peu reluisante. On a beau dire qu'il faudrait toujours avoir la pudeur de la (auto)dérision, c'est pas toujours évident. Et même, lorsqu'on en fait finalement l'économie, le témoignage s'en trouve redoublé dans l'impact, comme ici, avec un Circé particulièrement touchant. Je vais me permettre de commenter certains points cruciaux que tu as évoqué là, sans vouloir dénaturer l'essence de ton précieux partage :

Circé a écrit:– Tu sais que tu es seul quand tu n'as pas de mot pour partager avec d'autres les idées que tu ressens, à l'heure où les couleurs du jour et de la nuit se mêlent mais que cela ne t'importe plus.
Pour le coup, je crois que tu as su les convoquer, ces mots insoupçonnés, si adéquats pour transmettre un sentiment contagieux ;

Circé a écrit:– Tu sais que tu es seul quand l'intérêt de ton quotidien repose sur l'instant éventuel où une fenêtre de chat s'allumera pour quelques minutes d'échange avec un rêve de l'autre côté du monde qui est à la fois tout sans exister vraiment.
Si Souchon devait ajouter un couplet contemporain à sa chanson "Ultra Moderne Solitude", il évoquerait probablement ces fenêtres de dialogue que l'on guette - tous -, que l'on espère vaguement ou plus fébrilement, qui sont les symptômes de l'inquiétude relative à la solitude sempiternellement renouvelée, en dépit des télécommunications - ou à cause d'elles, même ;

Circé a écrit:– Tu sais que tu es seul quand tu t'émeus du frôlement perçu quand la boulangère t'a rendu la monnaie, que tu réalises que cette imprécision tactile sera ton seul contact charnel pour le mois à venir et que, d'ailleurs, les quelques mots échangés avec elle seront ta seule interaction sociale dans le monde réel jusqu'à ce que tu aies de nouveau faim.
J'adore ta métaphore - délibérément filée ? - de l'appétit d'interactions sociales qui fusionne ici, idéalement, avec la faim, l'appel du ventre. Parce que, oui, au fond, c'est bien un élan viscéral qui nous pousse à rechercher la compagnie des autres, vaille que vaille ; un élan naturel, animal, perpétuellement contrarié par des contingences qu'il nous appartient de dépasser - ou pas. (Cf. cette autre métaphore, de Schopenhauer, mettant en scène des porcs-épics qui se rapprochent mutuellement pour se réchauffer, mais qui se blessent réciproquement par leurs piquants hérissés, pour souffrir alors à nouveau du froid et devoir obéir encore à ce tropisme convergent, ce mouvement perpétuel...)
En l'occurrence, ce n'est pas la main frôlée de ma boulangère qui m'aura ému, au fond de ma misère affective, mais le frôlement de la hanche de ma collègue - laquelle était d'ailleurs ouvertement lesbienne, ce qui rendit la sensation plus noble encore, car dénuée d'intention de part et d'autre. Mais j'aime bien cette anecdote dans le décor d'une boulangerie, car j'ai éprouve moi aussi des expériences édifiantes, d'un autre ordre que j'évoquerais peut-être ultérieurement - car elles sont indirectement liées à ma condition solitaire, oui ;

Circé a écrit:– Tu sais que tu es seul quand tu souhaites ardemment que n'importe qui daigne t'envoyer un petit message de sympathie en privé mais que tu n'es pas sûr que tu aurais le courage ni l'envie d'y répondre et ne te sentirais de toute façon pas légitime à le faire.
Ah, ça, le nombre de MP et de posts publics que j'ai hélas renoncé à honorer d'une réponse, ankylosé dans la gangue mixe de ma pudeur mal placée, de ma flemme (procrastination exponentielle, que tout le monde connait, non ?), de divertissements médiocres et autres baumes récréatifs (Xhamster ?! Passionné ) qui m'apportaient là l'opportun dérivatif pour épargner ma peine (car écrire, c'est un effort, bah oui, hein ! facepalm ) ;

Circé a écrit:– Tu sais que tu es seul quand tu as peur d'ennuyer d'autres solitaires à leur vendre des illustrations de ta propre solitude qui leur paraîtra à eux si ordinaire et quelconque de crainte que ta propre solitude soit dénaturée.
En l'occurrence, j'espère que tu n'aies pas trop agacé par ce long commentaire circonstancié de ton post, car non seulement tu ne m'as pas ennuyé avec cette lecture, mais au contraire, tu m'as transmis le sentiment d'être une autre sentinelle dans la nuit, à l'affut du besoin impérieux et vital de partager, d'échanger, de dire. C'est important, et la création de ce fil est d'ores et déjà justifié par vos participations inspirées travaillant l'universelle sensation, l'humaine condition ;

Circé a écrit:– Tu sais que tu es seul quand tu ne te sens pas légitime à t'avouer combien ce manque te pèse et que tu considères en ton for intérieur déjà comme une faiblesse ce besoin de le partager.
Je sais pas, cela me fait penser à cette réplique géniale d'Audiard dans Un Taxi pour Tobrouk : "Deux intellectuels assis vont moins loin qu'une brute qui marche." Et j'ai l'impression qu'on avance, quelque part, à violenter ("brutalement") sa nature prudente, sa circonspection face à la perspective d'une confession publique d'un sentiment si unanimement partagé. Si toi et moi laissons notre nature d'intellectuels nous gouverner dans cette occasion, nous resterons assis, aussi bêtes et inutiles que l'échec vain que dénonçait Socrate ("La chute n'est pas un échec ; l'échec est de rester là où nous sommes tombés.").
Je veux dire : je te parle, là, parce que la déréliction que tu documentes là me parle infiniment, nous faisant frères dans cet état fondamental, la solitude, dont on ne peut, au mieux, que se distraire dans la compagnie d'autres solitaires, plus ou moins convaincus, plus ou moins volontaires. Et si je te parle, tu es moins seul, moins unique, moins désolé. Et c'est comme si je te payais un pot virtuel pour te remercier de m'avoir inspiré ce fragment nocturne, assez inespéré, alors même que, pour avoir fait l'impasse sur le dîner, j'ai la dalle - la fameuse faim du ventre, qui se confond avec la voracité qui nous anime socialement. (Où je me répète, quelques jours après avoir posté ça dans un topic voisin : « "L'impératif créateur, notait Jung, accapare tout l'être, aux dépens de la santé et du bonheur humain." […] Qui nous fait penser que certains déséquilibres apparents, dus à un besoin fou de relation vitale — sainte Thérèse, Hölderlin, Van Gogh, Soutter — sont la marque d'un équilibre supérieur. Qui rétablit, en l'inversant, l'ordre de toutes choses. » — Georges Haldas, À la recherche du rameau d'or : Chroniques)

Circé a écrit:– Tu sais que tu es seul quand tu te laisses hypnotiser par cette blessure baigné dans une chimère d'ataraxie.
J'ai naturellement envie de trinquer avec celui qui emploie là, avec sensibilité, un mot qui m'obsède totalement, ces jours-ci ! Trinquons
Merci.
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Re: Tu sais que tu es seul(e) quand...

Message par Invité le Mar 28 Mar 2017 - 17:00

mieux vaut être seul que mal accompagné  Dent pétée

J'ai eu des amis décevants, m'empêchant d'a-cé-van
J'suis loin d'un passé blanc, mais l'créateur est assez grand
J'ai vu les limites de l'amour, y'a longtemps qu'j'fais plus la cour
Oui j'en ai fait des tours, dans la tess, dans la cour
En fait, j'suis fatigué, c'est les codes qui m'ont bassiné
Ma vie j'ai consumé, j'suis mieux seul car les gens faut les assumer
Aucune envie d'avoir des comparses ou des rivaux
J'traque les dérivés, j'fais ma life solo




Spoiler:
tu sais que t'es seul quand tu cherches des excuses pour dire que c'est cool d'être seul Crazy  


Dernière édition par truth le Mar 28 Mar 2017 - 17:11, édité 1 fois

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Re: Tu sais que tu es seul(e) quand...

Message par Invité le Mar 28 Mar 2017 - 17:06

Quand toi est content de toi, ou comment la solitude développe la schizophrénie affective.

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Re: Tu sais que tu es seul(e) quand...

Message par Invité le Mar 28 Mar 2017 - 17:07

C'est très profond ce que tu dis là Narkyss.

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Re: Tu sais que tu es seul(e) quand...

Message par Invité le Mar 28 Mar 2017 - 17:20

ouais c'est vrai que c'est bien vrai

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Re: Tu sais que tu es seul(e) quand...

Message par Invité le Mar 28 Mar 2017 - 18:11

Kapla tu devrais être écrivain pour solitaires.
Quand tu écris je me sens moins seule.

Narkyss, ca ou le miroir, l'important c'est de s'aimer

The truth : t'es sur de toi?

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Re: Tu sais que tu es seul(e) quand...

Message par Godzilla le Mar 28 Mar 2017 - 18:19

Tu sais que tu es seul que tu n'essaies même pas de faire de l'esprit sur ce topic.

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Re: Tu sais que tu es seul(e) quand...

Message par Kadjagoogoo le Mer 29 Mar 2017 - 3:37

Vivelavie a écrit:Kapla tu devrais être écrivain pour solitaires.
Quand tu écris je me sens moins seule.
Appelle-moi "Kapra" (Capra), et je te ferai voir la vie plus belle :
Ravi de que mes mots sachent peupler ta solitude.  Amis
C'est intéressant, ce que tu me suggères là, car figure-toi que j'ai vaguement envisagé de me reconvertir en écrivain public, pour donner aux autres les moyens de s'exprimer. Hélas, cela serait essentiellement pour remplir de la paperasse administrative et autres joyeusetés glamour, du coup... Pas sûr

Godzilla a écrit:Tu sais que tu es seul que tu n'essaies même pas de faire de l'esprit sur ce topic.
Tu résumes bien là la problématique de ce topic, où la dérision le dispute pudiquement à la nécessaire exhibition des témoignages. J'ignore si c'est patent, mais je m'efforce ici de trouver le bon dosage dans la bipolarité requise par ce sujet - un exercice de documentation de l'essence de la solitude - à la fois tragique et dérisoire, lancinant et drolatique, en cela qu'il se prête aussi bien à la gravité nerveuse qu'au dynamitage potache. A ce titre, je pense qu'il touche précisément à cette dualité distinctive qui nous fait humains : si certains éthologues s'accordent pour dire que les animaux se pensent et rient, ils ne poussent pas l'analogie anthropomorphique jusqu'à prétendre que ces mêmes animaux peuvent rire d'eux-mêmes, de leur condition à la fois grotesque et sublime. Il s'agit là d'une prérogative indéniablement propre à l'Homme.
(Sacrée digression ! WTF What a Face )
Bref, tout ça pour dire que parfois, c'est effectivement lorsqu'on suspend le parti-pris potache que l'on peut témoigner plus qualitativement - d'un phénomène potentiellement drôle, même ! clown

Ce n'est pas moi a écrit:Quand toi est content de toi, ou comment la solitude développe la schizophrénie affective.
Totalement d'accord avec toi. Je suis actuellement occupé à identifier ces sensations intimes, ce déploiement intérieur, presque schizoïde, oui, qui vient alors irriguer une vie affective que l'on pourrait croire exsangue dans cette rupture avec l'afflux social, la transfusion humaine ; alors que notre vie affective est, au contraire, certainement moins innervée lorsqu'on est soi-même en train de se trémousser, "comme tout un chacun, dans cet univers aberrant" - la société. Ainsi, je comprends enfin, depuis que je suis dans cette solitude quasi-parfaite, la prière d'Anaïs Nin que j'avais jadis confusément notée  dans mon carnet (j'avais l'intuition qu'elle me parlerait pleinement, un jour) : « Aidez-moi à protéger ma vie personnelle. C'est le laboratoire où la poésie est produite. »
La poésie, on la comprend effectivement mieux dans la solitude, dans cet état où l'on peut prendre particulièrement soin de soi, de sa sensibilité, de sa vulnérabilité, qui n'est plus menacée par quiconque – au contraire : ce qui était fragilité devient puissance, tour de force réalisé dans cette soi-disant adversité : l'isolement. Se découvrir ainsi fort, capable de cette douceur aimante (« qui n'est que l'autre nom de la force », nous dit Christian Bobin) dirigée vers soi-même, voilà bien un motif d'auto-satisfaction légitime, oui.

Tu sais que tu es seul quand :
— tu comprends enfin la chose poétique, pour la toucher du doigt « à l'insu de [ton] plein gré » ; car lorsque Rilke nomme la dépression « existence en surnombre », tu ne peux saisir cette formulation poétique de l'état dépressif qu'une fois que le parasitage extérieur a opportunément cessé ;
— tu réalises que lorsque les gens s'en vont, l'existence peut paradoxalement (?) proliférer, devenir surnuméraire, avec des journées (qui sont en fait des nuits, blanches et productives) prétendument « oisives » plus toniques que celles que d'aucuns occupent laborieusement ;
— tu comprends Emily Dickinson comme une âme sœur spirituelle, providentielle, lorsqu'elle prétend qu' « Il y a une oisiveté - plus Tonique que le Labeur - » ( « There is an idleness - more Tonic than Toil - » — L275, mi-novembre 1862, à Samuel Bowles).
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Re: Tu sais que tu es seul(e) quand...

Message par Pat Redwey le Mer 29 Mar 2017 - 4:10

Tu sais que tu es seul quand tu te rends compte que tu ne te rappelles plus à quoi ressemble la sonnerie de ton téléphone.

C'était juste pour dire que ce topic est très intéressant.
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Re: Tu sais que tu es seul(e) quand...

Message par Invité le Mer 29 Mar 2017 - 4:36

Kadjagoogoo a écrit:Je suis actuellement occupé à identifier ces sensations intimes, ce déploiement intérieur, presque schizoïde, oui, qui vient alors irriguer une vie affective que l'on pourrait croire exsangue dans cette rupture avec l'afflux social, la transfusion humaine ; alors que notre vie affective est, au contraire, certainement moins innervée lorsqu'on est soi-même en train de se trémousser, "comme tout un chacun, dans cet univers aberrant" - la société. Ainsi, je comprends enfin, depuis que je suis dans cette solitude quasi-parfaite, la prière d'Anaïs Nin que j'avais jadis confusément notée  dans mon carnet (j'avais l'intuition qu'elle me parlerait pleinement, un jour) : « Aidez-moi à protéger ma vie personnelle. C'est le laboratoire où la poésie est produite. »
La poésie, on la comprend effectivement mieux dans la solitude, dans cet état où l'on peut prendre particulièrement soin de soi, de sa sensibilité, de sa vulnérabilité, qui n'est plus menacée par quiconque – au contraire : ce qui était fragilité devient puissance, tour de force réalisé dans cette soi-disant adversité : l'isolement. Se découvrir ainsi fort, capable de cette douceur aimante (« qui n'est que l'autre nom de la force », nous dit Christian Bobin) dirigée vers soi-même, voilà bien un motif d'auto-satisfaction légitime, oui.

Oui c'est vrai, il y a bien un processus de distanciation avec le collectif et de rapprochement à l'individu. Ce qui est dans la même mesure paradoxale que cette fragilité qui devient puissance, puisque, se rapprocher de l'individu, c'est se rapprocher de sa nature pour dire vulgairement, de l'unique pour citer Stirner. Et c'est seulement dans ces conditions il me semble, que l'Homme peut "s'apprendre", s'appréhender.
La force du sentiment semble s'ancrer, verticalité ou la raison devient la meilleure allié.
Merci de ton partage.


Tu sais que tu es seul(e) quand :

Tu t'en fous
Tu t'en fous
Y'a personne chez toi
Tu t'en fous

Pat Redwey a écrit:Tu sais que tu es seul quand tu te rends compte que tu ne te rappelles plus à quoi ressemble la sonnerie de ton téléphone.

Haha ! aussi. Et que d'un coup tu te rends compte que tu n'as pas la main dessus "depuis quand déjà ? et il est où ?" et que d'un coup tu te mets à imaginer "ça se trouve on à essayer de me joindre" et que tu le cherche en pensant à la possibilité qu'en le trouvant le Mexique allait débouler chez toi.
Et que toi te tourne en dérision et que tu te marre avec.
Et que tu t'en fous.

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Re: Tu sais que tu es seul(e) quand...

Message par Invité le Mer 29 Mar 2017 - 4:45

Non là j'avoue, faudrait peut-être un topic Tu sais que la folie s'est emparé de toi quand.. Perplexe

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Re: Tu sais que tu es seul(e) quand...

Message par Pat Redwey le Mer 29 Mar 2017 - 4:51

Quand la solitude et la folie s'embrassent :
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Re: Tu sais que tu es seul(e) quand...

Message par Invité le Mer 29 Mar 2017 - 4:54

Pat ne me dis pas que ce magnifique œil en amande est le tien!

@ narkolepiss : alors la tu vas saturer zc, rien qu'à moi toute seule j'ai 56 anecdotes


Dernière édition par Vivelavie le Mer 29 Mar 2017 - 4:56, édité 1 fois

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Re: Tu sais que tu es seul(e) quand...

Message par Pat Redwey le Mer 29 Mar 2017 - 4:55

Vivelavie a écrit:Pat ne me dis pas que ce magnifique œil en amande est le tien!
D'accord, je me tais. Cool
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Re: Tu sais que tu es seul(e) quand...

Message par Invité le Mer 29 Mar 2017 - 5:01

La lucidité se tient dans mon froc!

Le désespoir est une forme supérieure de la critique. Pour le moment, nous l´appellerons "bonheur", les mots que vous employez n´étant plus "les mots" mais une sorte de conduit à travers lesquels les analphabètes se font bonne conscience.

Merci Pat ! Je découvre.

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Re: Tu sais que tu es seul(e) quand...

Message par Invité le Mer 29 Mar 2017 - 6:00

Narkyss tu as dormi ? Pourquoi on dort pas et on se retrouve seul, sur ce fil?

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Re: Tu sais que tu es seul(e) quand...

Message par Invité le Mer 29 Mar 2017 - 6:08

Je m'y rends au sommeil.
Le voilà.
Là.

La réponse est dans la question.


Dernière édition par Ce n'est pas moi le Mer 29 Mar 2017 - 6:11, édité 2 fois

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Re: Tu sais que tu es seul(e) quand...

Message par Pat Redwey le Mer 29 Mar 2017 - 6:09

Tu sais que tu es seul.
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Re: Tu sais que tu es seul(e) quand...

Message par Invité le Mer 29 Mar 2017 - 6:12

Oui, quand on se rend aux évidences.

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