Études pour un zèbre

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Études pour un zèbre

Message par Arsène le Mar 10 Oct 2017 - 23:40

Je ne sais où commencer, étant un peu intimidé par la moyenne d'âge et la maturité du forum.
Bon.
Je suis en première année de prépa PCSI.
En sortant du lycée, je me considérais comme délivré d'un système ennuyant qui oprimait ma façon de penser.
Enfin, j'allais pouvoir rentrer dans le fond des choses, utiliser ma créativité et mon imagination.
Mais c'était faux.
Moi qui rêvait de science, je me retrouve à encore essayer de rentrer dans le moule.
Je ne sais plus quoi faire, ce système me dégoûte de tout.
J'adore la physique, les mathématiques, la chimie,... mais aussi les matières littéraires comme le français ou la philo. Mais aujourd'hui réviser est devenu une torture.
Je ne peux pas abandonner les études, mais je voudrais s'il y en existes compatibles avec mon mode de fonctionnement.
Y a t-il un peu d'espoir ? S'il-vous-plaît !
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Re: Études pour un zèbre

Message par Lyla le Mer 11 Oct 2017 - 8:27

Je pense que pour faire des études supérieures, ils faut toujours à un moment se conformer (au moins en apparence) à un moule. Moins qu'au lycée (surtout à la fac) mais quand même.

Personnellement, je n'ai pas fait prépa, j'y pensais un peu au lycée, mais je me suis dit que ce serait 2 ans de torture alors qu'à la fac c'est bien plus cool. Le rythme aurait été trop soutenu j'y aurais certainement abandonné mes études.

Les études sont prévues pour les gens non HPI cela dit, donc il faudra toujours t'adapter, mais peut-être que la prépa n'est pas faite pour toi. La réorientation pourrait être une idée, si tu réfléchis à un domaine qui te plait plus que les autres pour aller à la fac ou en IUT (sinon il y a aussi les doubles licences si tu ne peux pas choisir 1 seul domaine, ce que je comprends aussi Smile, mais c'est du boulot aussi)

Des efforts d'adaptation on devra toujours en faire, mais dans certains endroits moins que dans d'autres je pense. J'ai bien aimé mes années licence, j'ai fait une fac d'histoire, on était un petit groupe, on rigolait pas mal, on avait un peu les mêmes centres d'intérêts. Quoi qu'il arrive, j'ai toujours détesté réviser, je préférai les bons cours, ou lire, mais je me suis faite violence pour réussir mes partiels.

Les études, ça peut-être génial si ton sujet te plait, si tu es avec des gens bien et tout, mais, à moins de faire des études dans le domaine artistique voire littéraire, je n'en connais pas qui permettent d'utiliser créativité et imagination (j'ai toujours séparé les deux, écrivant des romans à côté de mes études)

Après peut-être qu'il existe des études idéales pour zèbres, mais ça m'étonnerait.
Enfin bref, n'abandonne pas tes études, réfléchis à ce que tu veux faire comme métier et si vraiment la prépa est une torture pense aux autres options pour faire des études (IUT, fac...)


Dernière édition par Lyla le Mer 11 Oct 2017 - 19:02, édité 1 fois

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Re: Études pour un zèbre

Message par Nathan le Mer 11 Oct 2017 - 9:37

Mais aujourd'hui réviser est devenu une torture.

Pour quelle raison ?

Je ne peux pas abandonner les études, mais je voudrais s'il y en existes compatibles avec mon mode de fonctionnement.

Peut-être l'école que tu vas intégrer à la fin de ta prépa ?

Je te déconseille d'abandonner maintenant, ce serait dommage. Pour répondre au titre, je pense qu'une prépa fait parti des études pour les zèbres.

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Re: Études pour un zèbre

Message par Arsène le Mer 11 Oct 2017 - 22:17

En faite j'ai vraiment du mal à me conformer aux exigences de la prépa (les horaires qui laissent peu de liberté, les réponses standardisés).
Au final je fais des sauts de confiances en moi tout les jours. Des fois c'est le trou profond et des fois je culpabilise d'avoir une trop haute opinion de moi même.
J'ai prévu une porte de sortie, l'avantage de ne plus être au lycée. Soit la fac, soit l'utc qui me semble un meilleur choix. Mais j'ai peur que même si dans mes jours optimistes je trouve que l'utc est parfait pour moi, cela reste une déception supplémentaires.
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Re: Études pour un zèbre

Message par Invité le Dim 15 Oct 2017 - 21:15

Tu sais, peu importe où tu ira. Dessin, Droit, Mathématique, Botanique... tu devra toujours apprendre les bases : maitriser un outil pour pouvoir jouer avec ensuite, maitriser un raisonnement pour en découvrir de nouveaux, connaître tes acquis pour développer encore et toujours ce qui t'a permis d'aller jusque là.

Les premières années sont les plus durs parce qu'on ne s'amuse pas. Mais si tu as des objectifs, et idées de recherche à mener, alors accroche toi !

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Re: Études pour un zèbre

Message par Badak le Dim 15 Oct 2017 - 21:36

Arsène a écrit:En faite j'ai vraiment du mal à me conformer aux exigences de la prépa (les horaires qui laissent peu de liberté, les réponses standardisés).
Au final je fais des sauts de confiances en moi tout les jours. Des fois c'est le trou profond et des fois je culpabilise d'avoir une trop haute opinion de moi même.
J'ai prévu une porte de sortie, l'avantage de ne plus être au lycée. Soit la fac, soit l'utc qui me semble un meilleur choix. Mais j'ai peur que même si dans mes jours optimistes je trouve que l'utc est parfait pour moi, cela reste une déception supplémentaires.


Le problème c'est que même si on continue à l'université et qu'on se dirige vers une carrière académique, ça devient au final plus contraignant au'au Lycée. Au Lycée, les devoirs finis, hop, on est libre. Au doctorat, non. Au postdoc non plus.
On est libre de son horaire, ça oui, mais en ce qui me concerne, le problème était d'apprendre à me contraindre moi-même à suivre un horaire que je me ferais pour moi-même. Bref, on ne peut pas non plus se considérer comme pouvant toujours faire ce qu'on veut et c'est bien dommage...

Je connais un gars (surdoué sûrement aussi) qui après avoir obtenu un diplôme en chimie théorie et un autre en informatique, a fondé son propre café. Alors toutes la journées il prépare des cafés et de petits repas, tout en discutant de sciences, de psychologie ou de philo avec les étudiants et travailleurs autonomes qui viennent travailler à son café. Il se trouve moins contraint que dans une entreprise ou que dans le monde académique, encore qu'il lui faut jongler avec les problèmes concrets de loyers et de permis etc...
Bref on n'en sort pas complètement...

Je dis ça, mais il y aussi des profs qui s'éclatent en recherche, et qui parviennent à dénicher un labo qui ne les pousse pas trop dans le derrière pour publier et ou il est possible de ne pas faire trop de paperasse. C'est ce que j'aurais aimé, mais alors il faut être le plus discipliné et le plus productif AVANT d'en arriver là. On n'en ai pas tous capable non plus... ou ne veut pas nécessairement se plier à cela.

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Re: Études pour un zèbre

Message par Nathan le Lun 16 Oct 2017 - 9:57

A l'opposé de la prépa, il y a les cours par correspondance (ou l'inscription en candidat libre). Tu as une totale liberté au niveau des horaires, et tu peux gagner beaucoup de temps : tu n'es pas obligé de subir une heure de cours si tu as compris en 20 minutes.

Par contre je ne recommanderai les cours par correspondance qu'aux zèbres (j'ai peur qu'un normy se perde dans cette liberté). Mais ça tombe bien on est sur un forum de zèbres.

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Re: Études pour un zèbre

Message par Bénie-par-Cils-verts le Lun 16 Oct 2017 - 19:33

Salut,

J'espère que tu sais lire, car je te réponds par écrit, et ne pas te dévoyer.
Je comprends que tu attends de tes études qu'elles t'aident dans la vie.

Une difficulté pour toi semble être ta créativité vs le sillon des formations : n'hésite pas donner le statut d'étude à ce qui peut être remis en cause, sinon tu vas te faire gommer, oublier ce que tu cherchais.
Mais attention à la tentation réactionnaire : suivre un cursus, ce n'est pas s'amputer de soi dans un moule.  Il faut trouver un juste milieu, et motiver ses intérêts.
Au contraire, il n'y a pas officiellement de hors cursus type quête initiatique à tiroirs.

Mon exemple est sans grande aide : j'ai fait comme il faut un master 2, et puis, ça ne m'a pas assez aidé. Aussi, je recommence Smile
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Re: Études pour un zèbre

Message par Juliettebelay le Lun 16 Oct 2017 - 20:54

Salut, ton message et ta situation m'interpellent et me touchent particulièrement. pour te faire un tableau : J'ai eu un parcours scolaire relativement banal et fait d'obligations et d'exigences à me conformer, que je m'imposais. Après le lycée, ou comme toi je m'ennuyais profondément et ou en plus je me sentais incomprise par mes profs dans mes manières de faire et de réagir, je pensais aussi que les études supp seraient une petite délivrance. Je me suis inscrite en licence à la fac car ça me paraissait être le biais qui octroie le plus de "libertés" en terme d'entreprise et de pensée, j'ai eu ma première année mais ce que je faisais ne m’intéressait plus à la fin de celle ci, j'avais le sentiment d'avoir fait le tour de ce qui pouvait retenir mon attention et mon attrait était ailleurs, j'ai fait ça trois fois de suite. Aujourd'hui j'ai le bac depuis quatre ans et j’entame ma quatrième.... L1. La rentrée c'était à peine il y a un mois et déjà je divague, m'ennuie, et ai un sentiment d'incomplétude car comme toi tout m’intéresse! Comme toi aussi, je me refuse à abandonner les études mais aujourd'hui je suis malheureuse car plus j'avance (ou recule?) plus je m'ennuie des méthodes (qui déjà de base me bloquent) qui restent les mêmes bien que les sujets d'études changent, les gens sont de plus en plus jeunes et je me sens de plus en plus en décalage. Alors je n'ai pas de solution mais je te dis tout ça pour t'exprimer un ressenti et un avis : je regrette de ne pas avoir continué sur la lignée de ma première année, je me dis que j'aurais eu à prendre encore un peu sur moi mais aujourd'hui j'aurais ma licence et l'opportunité de me tourner peut être vers quelque chose qui m'épanouirait plus, hors du cadre "scolaire" encore bien présent dans les études supp. mais ça veut dire quoi : se résigner ? ça pose la grande question de que fait-on nous les zèbres? à l'école, à la fac et dans la vie professionnelle la même question revient et il n'y a pas d'étapes dans ce système qui soit délivrance. Alors comme cela a été dit plus haut : nous sommes toujours plus ou moins obligé de nous adapté mais ce n'est pas une fatalité je crois que ça dépend encore une fois de ce qu'on en fait. Pour m'aider je me dis désormais que ce n'est pas seulement moi qui m'adapte mais ce que j'ai en face qui va devoir s'adapter aussi, et je fais à ma sauce, je compose, je brode... mais je n'ai pas de solution miracle. Seulement à titre perso, je te conseillerais de ne pas arrêter maintenant quitte à t'orienter autrement à la fin de cette prépa. c'est bien malheureux mais plus tu prends "du retard" (chronologique) plus c'est difficile de rebondir. Malgré le moule etc nous sommes quand même une composante d'un système et d'une société et avoir au moins un diplôme assure une "sécurité". Quand tu dis "tu rêves de sciences" ça me fait écho, moi je rêve de cinéma et d'art visuel, de suivre mes passions et instincts mais il faut manger à la fin du mois! Ceci dit je n'apporte pas ça du tout comme une condamnation, une fatalité, je pense juste de manière pragmatique qu'il faut encore faire quelques efforts et une fois qu'on a une situation "assurée" alors la ce qu'il y a en toi peut s'exprimer, tu pourras entreprendre tes passions aussi varaiées soient-elles. Pour moi il faut retourner le système à son avantage (bien sûr quand tu ne te retrouves pas dans des filières d'études, sûrement plein de zèbres qui trouvent leur bonheur et leur passion dans leurs études et métiers!)
Ne te décourage pas cependant, c'est un avis perso lié à un vécu perso, mais par ailleurs je suis persuadée qu'un jour je parviendrai à m'éclater, ne baisse pas les bras et en tout cas quelque soit ta décision : bon courage et j'éspère que tu trouveras ta voie(x) Wink

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Re: Études pour un zèbre

Message par Invité le Ven 20 Oct 2017 - 13:46

Moi j'ai beaucoup aimé l'IUT, j'y ai trouvé le compromis idéal me permettant de naviguer plutôt bien dans un enseignement supérieur pas très zébro-compatible :

- plus de liberté qu'au lycée, à un âge où on en a marre d'être traité comme un enfant
- petits effectifs comme en BTS (30 pour ma part), donc profs accessibles
- IUT adossé à un centre de recherche, donc beaucoup d'enseignants chercheurs
- possibilité de conserver le choix de ce que je voulais faire après

Avec un DUT, on se ferme des portes hors du domaine étudié. Par contre dans le dit domaine du DUT, tout reste ouvert. Alors qu'en prépa au final, si tu n'est intéressé que par 1 ou 2 école d'ingé, tu as le risque de pas l'avoir. C'est ces qui m'a gêné, et je trouvais aussi débile d'en chier pour rien. Pousser les élèves à bout ne trie pas les meilleurs selon moi, juste ceux qui sont capable d'encaisser ce format d'études. Mais à quoi ça sert? Quand on voit ce qu'on fiche ensuite au boulot... pas la peine de se former comme des champions chinois...

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Re: Études pour un zèbre

Message par Invité le Ven 20 Oct 2017 - 20:17

Le problème avec les cours, c'est qu'ils bourrent les étudiants de théories et ils se retrouvent vite submergés et travail et perdent leur motivation. Ils ne se rendent pas compte que c'est la mauvaise méthode.

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Re: Études pour un zèbre

Message par Minuit le Ven 20 Oct 2017 - 22:23

Coucou Arsène,

J'ai écrit un truc long, mais le sujet de ce thread m’a inspirée...

...:
Pour avoir été également en prépa (littéraire) et avoir connu quelques personnes un peu rêveuses passées par des prépas scientifiques, je ne peux que te confirmer que ce système est une boucherie. Un peu moins en littéraire, puisque c'est évidemment plus porté sur les "humanités", et qu'avant de se laisser broyer par la logique de concours, tu as le temps d'étancher un peu ta curiosité. Je ne te dis pas ça pour te décourager, simplement pour te dire d'un point de vue extérieur et vaguement informé que, disons, il est normal que tu en chies dans la mesure où ce que tu vis n'est pas humain et ces études pas conçues pour te faire grandir "toi".

J'ai longtemps été résistante aux moules ; je le suis toujours, c'est l'horreur, et je ne sais pas beaucoup plus qu'à 20 ans ce que je veux précisément faire de ma vie, mais je peux néanmoins te donner mon point de vue après avoir renâclé, échoué des trucs, arrêté mes études, repris mes études, vu des gens les arrêter, les reprendre, les réussir ou les rater : je crois quand même que quand on est curieux de nature et qu'on fonctionne vite, on est de ceux qui regretteraient de n'avoir pas fait d'études si on les arrêtait trop tôt, quand on peut en faire. J'ai fini par arriver à cette conclusion après avoir erré dans les limbes à la recherche des "études idéales" pendant deux ans d'interruption. Et par comprendre et accepter que celles-ci n'existaient pas, qu'elles ne seraient que ce que j'en ferais.
A partir de ce moment-là j'ai commencé à envisager le cadre un peu différemment, ce qui n'est pas moins douloureux, mais te donne plus de force pour l'affronter, le tourner à ton avantage et en gros construire quelque chose à partir de ce qui t'est proposé, en te donnant peut-être une chance de le transformer à ta petite mesure en retour.

Et pour ce faire je ne connais qu'une voie qui permette de faire tenir ensemble les deux termes du compromis (i.e. la croissance de ton esprit avec l'adaptation aux irréductibles normes intellectuelles et sociales) de façon constructive et en créant un pont dynamique entre l'un et l'autre ; d'aucuns diraient que c'est naïf, mais pour ce qui me concerne c'est la seule chose qui marche : rêve grand. Très grand, trop grand. Tellement grand en fait que tu es sûr de ne jamais pouvoir atteindre ce rêve (type : la connaissance ultime, la réalisation ultime, l'amour universel, la paix dans le monde, etc.). Nos idéaux sont faits pour être chéris et entretenus, mais aussi et surtout éprouvés, métamorphosés, sculptés par la réalité.
Pour ma part ce à quoi j'ai fini par me résoudre (enfin, en gros, c'est pas la fête tous les jours), c'est à arrêter de les chercher dans la réalité, où ils ne sont pas, et à me dire que s'ils devaient être d'une quelconque utilité (je veux dire, pour qu'il soit, en terme de confort psychologique, si coûteux d'en avoir), ce devait être pour me permettre au contraire d'accéder à cette réalité et d’y trouver ma place, de la forger le cas échéant.
Donc mon conseil concrètement serait celui-ci : vraiment, rêve grand, c'est à dire, si tu en as besoin (ce qui semble être le cas à ce que je lis), n'aie pas de scrupules à regarder la vie du point de vue de l'idéal - ça peut tuer mais à l'occasion ça peut aussi soigner, et pas seulement ta pomme - ; mais ce, justement pour te permettre de tirer le meilleur parti de ce qu'on t'impose, de finir par savoir distinguer ce qui est bon à prendre de ce qui ne l'est pas.

L'essentiel des études se passent dans un ennui mortel et à mon avis notre société est dans une attitude trop destructrice vis-à-vis de ses jeunes générations, à tous les plans, pour proposer quoi que ce soit, en termes d'éducation, qui vise vraiment à promouvoir la vie et l'intelligence, mais il y a moyen de tirer son épingle du jeu (jusqu'à un certain point, je suis peut-être trop idéaliste pour le coup) et mettant les choses en perspective, et en articulant son petit scénario personnel à un scénario plus vaste qu'on vit avec tout le reste des autres, et dont on a tout intérêt à ce qu'il constitue quelque chose de sensé parce qu'on y participe. Et le spécimen de la jeune génération que je suis ne veut pas se résoudre à croire que la grande aventure humayne est irrémédiablement vouée à l'anéantissement et qu'il n'y a plus rien d'autre à espérer dans l'existence qu'à se trouver un petit job pas trop mal payé pour se caler devant une série dans son canap' Ikea en attendant l'Apocalypse. Une partie de moi, reliée aux angoisses de la collectivité, est réceptive à ce scénario ; une autre trouve que c'est mal écrit, et invivable.

Bref, désolée, autrement dit, mon point est celui-ci : pour un zèbre en particulier, les études ou toute forme d'avancée dans une voie quelconque est très possible mais très difficile s'il ne carbure pas à l'idéal ; non pas forcément que ses études lui permettent de le "réaliser" (ce serait même encore plus dangereux, parce que la désillusion guette au premier coin de rue), mais qu'elles lui donnent le sentiment d'investir son énergie dans des buts et des réalisations qui ont valeur collective et qui participent à construire ce sur quoi une collectivité peut tenir sainement. C'est avec ça en tête, et une forme de "foi en l'humanité" quelconque et pas trop fanatique qu'une personne qui est tourmentée à la base par des ambitions élevées peut avoir envie de se donner les moyens d'être scientifique, artiste, politique, prof, médecin, juriste... en endossant les responsabilités - c'est à dire des défis difficiles et compromettants - que ce genre de métiers/places/vocations ayant rapport avec la structure de la collectivité impliquent, en trouvant l'énergie, et même une forme de bonheur, à surmonter des obstacles en les transformant en possibilités, à commencer par l’obstacle qui consiste à se laisser former.

Et je pense qu'a fortiori quand on nourrit certaines ambitions et qu'on souhaiterait bien en faire quelque chose, pas simplement les laisser à l'état de rêve, l'essentiel dans un premier temps, quand ces rêves ne sont pas particulièrement déterminés (il y a des gens qui s'intéressent, je ne sais pas, à la biologie depuis qu'ils ont 8 ans, mais ce n’est pas le cas de tout le monde), c'est peut-être dans un premier temps de se plier un peu au cadre (et je sais combien c'est difficile), mais en ne se focalisant pas trop dessus, et en se laissant un peu porter, guider. Je sais que c'est très abstrait ce que je dis, mais de fait, il n'est pas rare qu'en nourrissant en soi une certaine réceptivité, en apprenant à "reconnaître le visage de ses rêves" (berk, ça fait développement personnel californien, toutes mes excuses), on finisse par reconnaitre une piste quand elle s'ouvre, par savoir reconnaitre un indice et trouver qu'il vaut la peine d’être suivi, là où d'autres n'en voient pas, et c'est ce qui permet dès lors de faire des choix, d'avancer ainsi de pari en pari et de trouver là, les pieds sur terre, une forme d’idéal. C'est comme ça d'ailleurs que fonctionne la recherche dans n'importe quel secteur ; et que commence peut-être la vie d'un chercheur dans n'importe quel secteur. Alors d'ailleurs un cadre devient plus facilement un prétexte ; voire éventuellement, parfois, un socle, qui même chiant, est indispensable, notamment parce qu'il finit par constituer une part du matériau lui-même à partir duquel tu travailles (Cf. Thomas Kuhn, La structure des révolutions scientifiques). Par ailleurs ce genre de réceptivité n'est pas seulement un souci de soi intérieur ; elle permet de se situer par rapport à d'autres, et de faire de la situation des autres autour de soi un des éléments qui nous permettent de nous déterminer. Comme des joueurs sur un terrain de foot, comme des acteurs dans un sketch d'improvisation, ou… comme les rôles que l'on endosse dans une famille.

Je sais que ça a l'air bien abstrait, tout ce que je dis, mais ce sont des éléments, non pas nécessairement d'abstraction, mais de subtilité, qu'on oublie bien souvent et que tout le monde oublie avec nous au moment de faire des "choix d'orientation" - surtout au démarrage, quand on ne se connait pas du tout et que d’ailleurs personne ne nous connait non plus - et pour les remplacer souvent par une autre abstraction, californienne pour le coup et qui peut faire bien du mal, qui consiste à croire que tout le monde peut tout faire, dans n'importe quelles circonstances, que "quand on veut on peut", etc. Or ce n'est pas vrai, on dépend toujours d'un contexte, et on se construit en contexte, et dans le temps, très progressivement. C'est en quelque sorte en endossant complètement le destin/le cadre qu'on en conçoit une certaine liberté qui elle aussi se construit et s'aménage. Et c'est un fait bien connu que les gens qui font des trucs significatifs dans une discipline et qui dès lors peuvent y trouver une forme d'accomplissement sont des gens qui en ont absorbé les fondements. D'ailleurs, non pas à mon avis proprement en se laissant d'abord former puis en apportant leur singularité, mais en étant en quelque sorte d'emblée en confrontation avec leur formation, et en jouant avec ce qu'elle avait à leur donner. Ils se forment en modifiant dès le début à leur sauce ce qu'ils reçoivent, et d'ailleurs ainsi reçoivent-ils d'autant mieux, et arrivent-ils où ils veulent arriver. A mon avis, il n’y a en fait pas d’autre moyen d’apprendre véritablement : il faut apprendre dès le départ à ruser avec ce que l'on nous apprend ; et n'importe qui faisant des trucs intéressants dans une discipline est à l'origine quelqu'un qui a fermement refusé de se faire chier.

Pour ma part c’est comme ça que je m’en sors, assez difficilement je dois dire mais ça marche, et c’est ce que j’aurais envie de te dire en te lisant. Honnêtement, j’ai effectivement l'impression qu’à part à m'adapter à ce qu'on attendait de moi, et avoir pillé à l'occasion la substance d'un prof ou deux que j'admirais particulièrement, je n'ai véritablement rien appris dans mes études… que ce que j'ai pris la décision de mâcher, d'approfondir, de m'approprier complètement par moi-même et à partir de moi-même et du lien que j’ai avec quelques autres. Je suis dans une relation d’amour-haine avec ces études, c’est un mariage qui menace de s’écrouler tous les deux jours, mais qui a aussi ses jours de re-célébration, et je me dis fréquemment en regardant en arrière que je ne regrette pas de m’être un peu battue, et que j'ai justement beaucoup appris de cette adaptation elle-même, à partir de la confrontation avec le cadre ; et également compris progressivement que ce que je croyais que "j'avais à faire" n'avait pas forcément de nom ni de lieu déterminé a priori. "Caminante no hay camino, El camino se hace al andar...", etc.

J'ai bien conscience que je parle un peu du point de vue de Sirius, là, avec sans doute un recul disproportionné par rapport à toi qui as le nez dedans et qui galère concrètement (moi aussi, cela dit hein), mais je fais un peu exprès parce que je sais que c'est justement ce dont on manque dans cette situation, de recul. Et que même si tous les parcours sont différents, je persiste à croire que ce qui "fait le zèbre", c'est quand même sa volonté et sa potentielle capacité d'investissement dans le collectif, au niveau en particulier, je dirais, de ses "structures symboliques" (ce qui est tout sauf abstrait, n'en déplaise aux gens qui préfèrent le ras-des-pâquerettes). Le système peut le broyer, mais s'il joue bien ses cartes il peut y faire des merveilles ; de toute façon il a un faible spontané pour le martyre. Et pour le coup un peu abstraitement je dirais que je préfère voir un zèbre (entendre : de manière générale quelqu'un qui voit et sent un peu plus haut que le ras-des-pâquerettes) morfler un peu à se former, plutôt qu'à déprimer dans son coin pendant que des ânes passent toutes les portes en récitant leurs leçons. Pour le dit zèbre c'est pas forcément une expérience plus agréable mais à tout le moins c'est une expérience, instructive, à mon avis dont il a des fruits à tirer et à faire partager.

Donc pour résumer (ça marche pour moi même si ça tangue souvent ; ça pourrait ne pas marcher pour d'autres) : adaptation, réceptivité dans un premier temps, ruse, et prendre soin de ses idéaux pour les garder vivants et en faire des clés d'entrée dans la réalité plutôt que de dissociation ; dans la mesure du possible, mais ça peut commencer très simplement avec un petit carnet et un crayon, cette seule petite panoplie pouvant faire beaucoup pour ne pas dépérir. Je ne dis pas ça ironiquement, tout le monde a besoin de "nourriture spirituelle", mais certains ressentent ce besoin aussi fortement que n'importe quel besoin physiologique, et ne peuvent pas le négliger sans en mourir.

Et puis... donne-toi peut-être aussi si besoin, si vraiment c'est très compliqué dans ta vie et que tu en as les moyens d'une manière ou d'une autre, le temps de te planter et de faire une pause pour regarder les choses d'un peu plus loin. Encore une fois, chaque cas est unique, il faut faire les choses seulement si on les sent, mais une pause dans un cursus n'est pas un crime, c'est une chose dont on n'a pas conscience en sortant du bac ; et en ce qui me concerne, sans cela je ne serais jamais repartie (je n'avais même pas prévu de reprendre d'ailleurs, j'y suis revenue par envie).

Après je ne suis pas plus tirée d’affaire que vous, ceux que j'ai lus ici. Mais voilà ce que j’avais à dire. To be continued...

May the Force be with you. Hamster

PS : ce que je dis là concerne surtout les gens tentés par les "longues études", celles dans lesquelles on plonge avec beaucoup de rêves, pas seulement dans l'idée de se former professionnellement sur un truc précis, et initialement en les idéalisant. Tout ceci donc pour inviter à modérer ses ardeurs, et en même temps dire que si, si, et dans ce genre d'études plus qu'ailleurs, il me semble pour moi-même que la dimension de rêve n'est pas du tout un truc cul-cul la praline dont il faut se débarrasser et destiné de toute façon à être piétiné, mais aussi au contraire ce qui permet d'avancer sans trop se paumer, et même d'être efficace à condition d'apprendre à "manier" cette faculté...

PS2 : Et sinon pour des conseils plus concrets et dans les filières qui te concernent, je viens d'aller faire un tour, la catégorie "L'école, les études" est bien fournie en threads intéressants...
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Re: Études pour un zèbre

Message par MoojiKadja le Dim 5 Nov 2017 - 21:19

À Minuit, tout est permis:
Merci pour ces paroles vibrantes d'espoir – d’un espoir de bon aloi, j’entends ; pas de ceux, trop californiens, prémâchés et véhiculant le prêchi- prêcha prêt-à-penser d’un développement personnel si impersonnel.
« Rêve de grandes choses, notait Jules Renard dans son journal à la date du 9 mai 1894 : cela te permettra d'en faire au moins de toutes petites. »
Et cette autre citation, que l’on attribue tantôt à Oscar Wilde, tantôt à Spinoza : « La sagesse, c'est d'avoir des rêves suffisamment grands pour ne pas les perdre de vue lorsqu'on les poursuit. »

Jon Meacham semble, lui aussi, épouser ton propos généreux et ta farouche exigence sensée dans sa biographie de Thomas Jefferson : « Jefferson croyait au potentiel de l'humanité. Il faisait de grands rêves mais il savait que les rêves ne deviennent réalité que lorsque ceux qui les portent sont assez forts et habiles pour plier l'histoire à leur volonté. D'une manière générale, les philosophes pensent et les hommes politiques manœuvrent. Le génie de Jefferson, c'est qu'il était les deux à la fois et qu'il pouvait faire les deux, souvent en même temps. C'est cela l'art du pouvoir. »

Te lire m’a fait un bien fou, ce soir. On a tant besoin de croire encore aux vertus de la démesure et de l’opiniâtreté, à cette témérité de l’endurance dans la croyance d’une alternative au fatalisme ambiant – celui qui nous cloue au sol, au ras-des-pâquerettes, oui. Tu n'aurais certainement pas pu davantage aider Arsène qu'en restant aussi opportunément « abstraite » dans ton invitation au rêve et à la persévérance idéaliste. En effet, l’aspiration absolutiste au sublime et à l'irréductible ne souffre pas le prosaïque.
« Caminante no hay camino, El camino se hace al andar... » : « Toi qui marches, il n'existe pas de chemin ; en marchant on fait le chemin… » Mano Solo ne disait pas autre chose qu’Antonio Machado, à sa manière abrupte et écorchée : « Ce qui compte, c’est pas l’issue, c’est le combat ! »

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MoojiKadja

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