Poème : Thésée et la jalousie des Amazones

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Message par Verticordia le Sam 19 Sep 2020 - 19:09

J'aimerai vous partager ma dernière création. En espérant que vous apprécierez.

Thésée et la jalousie des Amazones


« Il y a, mon amour, un vent glacial de Thrace
Qui emporte avec lui la hurlée de ma race,
Les regrets de l'amour, le frisson de la mort,
La guerre troublante, sa peine et son effort.

Mon amour adoré, est-ce déjà l'hiver ?
Sans son printemps fleuri, son azur et son vert ?
Sans le souffle automnal de la braise des arbres ?
Déjà le froid, le blanc, son lourd manteau de marbre ? »

Les boucles de Thésée dans les doigts de sa femme
Ondulaient lentement tel l'onde de la lame,
Deux corps illuminés sous l'aube d'un amour
Qui évoquaient les nuits et oubliaient les jours.

« Tes mots ralentissent mon aimante caresse.
J'ai aussi souhaité un amour tout en liesse.
Le devoir m'impose la douceur, Antiope,
Mon cœur t'est l'Olympe, seul mon esprit galope.

Ta venue dans ma vie fut le bras du passeur -
Amour, je redoute la furie de tes sœurs -
D'un littoral hanté où s'apeurait mon âme
Je goûtai au bonheur où nous nous embrassâmes.

Crains, Antiope, crains, la vue de ta terreur
N'entachera mes yeux de chagrin ou d'horreur.
Roi, je contemplerai l'ire des Amazones
Comme les cieux, les dieux, le chêne de mon trône. »

-----

Embrumée de chaleur par l'été languissant,
L'Attique effarouchée par Euros le froissant
Accueillait sombrement sur ses terres usées
La guerre des steppes aux javelots musés.

Le galop des chevaux avait ce tambour rauque
Et l'écho des vallons cette mélodie glauque
De blondes guerrières aux plaintes de busard
Déferlant la bise tel l'orée d'un blizzard.

Athènes regardait depuis ses hauts remparts
S'agiter dans ses prés l'or des tresses en harts
Qui pendaient des têtes et qui jetaient au vent
La moisson piétinée et le pleur survivant.

« Jeune Calimatos, cette pierre est ton droit.
Le mortier sèche encore et le mur est étroit.
Athènes est jeune, ses seins poignent à peine,
Mais elle nous protège, majestueuse et sereine.

Entends-tu les huées, la rancœur qu'elles crient ?
Contre les barbares notre loi a écrit
Que les seins d'Athènes abreuvent le guerrier,
Pour dresser ses temples comme son bouclier.

- Vieil ami, je ne crains la femme que j'ignore,
Même celles aux lances et aux crinières d'or.
Si je dois les craindre, si je dois les chasser,
De l'inconnaissance je dois me délacer.

Ma jeunesse feule, pourtant je me réveille,
Que savons-nous à peine extirpés du sommeil ?
Le doux sein d'Athènes, la mère que j'adore,
Trémule ce matin ; elle sera mon aurore. »

-----

C'était le silence qui avait harangué.
La femme de Thésée avait tous intrigué,
Le regard opalin des princesses des steppes,
Les muscles arrondis et les hanches de guêpe.

Thésée s'était confié tel un brave à des braves,
Ordonnant au champion comme au vieillard hâve
Qui étaient absorbés par la fauve beauté
Qui offrait à la mort ses vœux de loyauté.

La hurlée des steppes, l'orage des galops
Qui assombrissaient le soleil d'un halo
Grondaient vers les guerriers des villages d'Athènes
Le cri de l'empyrée des légendes anciennes.

« Mon cœur tambourine comme l'averse lourde.
Comment m'en détourner ? Comment devenir sourde ?
Il s'affole aujourd'hui. S'il bat c'est que je t'aime,
Car elles chevauchent pour ce qu'en moi tu sèmes.

Mon amour adoré, ta semence est fauchée,
Pousse-t-elle à l'ombre de ton cœur, ce rocher,
Ou tel la plaine en fleurs que mes tribus piétinent ?
Mon cœur bat, il n'est rien des jours qu'il me destine.

Mon amour, je pleure, mais sur mes joues ruissellent
Non le déclin de nous mais en moi l'étincelle
D'avoir senti le vent qui soulève les cœurs
Et qui traîne avec lui le parfum du bonheur.

Je lève ma lance tel mon cœur s'est levé,
Vers les cieux de douceurs où l'âme inachevée
Est un vieux vestige dont j'égare le nom,
Dont je me régale du torrent des saisons. »

-----

La clameur s'éteignait sous le ciel aurifère,
Le courage et les corps avaient assez souffert.
Elles cueillaient enfin, tel la fleur de printemps,
Le trépas d'un amour ou du cœur le portant.

Les Grecs pour Athènes, Thésée pour son amour,
Eux pour la paix des nuits, lui la douceur des jours,
Avaient meurtri la chair des belles, des splendides,
Sous le regard triste de leurs désirs avides.

Le vent soufflait ailleurs, refoulé vers les plaines ;
Elles, tel ce souffle, glaciales et soudaines,
Partaient dès que chanta ce refrain de conquête
D'une sœur qui rendait par sa mort une dette.

Allongée l'herbe fripée et empourprée,
Antiope dormait parmi les fleurs de pré,
Le visage accablé par l'effort et la peur,
Son sourire figé dans l'éternel bonheur.

« Mon amour, ton départ n'est ni début, ni fin,
Dans mon cœur tu allas jusqu'aux tendres confins
Et tu me rappelas, par tes mots, par tes lèvres,
Que l'or du firmament est celui de l'orfèvre,

Que le temps s'adoucit comme mon cœur farouche,
Que ton frisson de joie est le vent qui me touche,
Que rien n'est à savoir pour mon âme qui t'aime,
Que j'étais adoré faible, rageur et blême.

Je verserai mes pleurs, car tu étais ma vie.
Tu m'auras enseigné à être un asservi
Pour le régal du cœur, la beauté des aurores,
Pour notre mariage, pour ta liesse que j'adore.

Pars, Antiope, pars, plus grand que moi t'appelle,
Et il t'emportera là où tu seras belle,
Sous mes chaudes lèvres comme dans ma mémoire.
Nous, Grecs, avons perdu, moi, voici ma victoire.

Les cieux sont d'or, amour, et en moi rien ne change,
Je souffre plus de toi que cette guerre étrange.
Il vient un jour enfin où de mes maux je ris,
J'aurai ton rire aimé pour mon âme meurtrie.

Les blessés m'appellent, leur temps est un torrent,
Le tien est désormais un doux fleuve fleurant.
Je pars, mon cœur, je pars, ta sagesse en mon cœur
Que l'amour que nous lie est dans chaque couleur. »
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Message par Kyriakos le Lun 28 Sep 2020 - 22:02

Molpadia de sa vie aura payé
les larmes du jeune Hippolyté
d'une flèche en son cœur adressée
par l'âme soeur d'Antiope, Thésée

Kyriakos

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