Des types en noir

Page 1 sur 3 1, 2, 3  Suivant

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas

Des types en noir

Message par le navet le Sam 13 Oct 2012 - 23:08

A trois ans, je bois sagement le lait qu’on nous donne à l’école (je déteste le lait, ça me dégoûte). Je ne dis pas à la jeune fille qui me garde qu’elle fait couler les bains toujours trop chauds (mes peaux sont rouge, ça brûle). A six, dix, treize ans, je confirme à ma grand-mère gentillement pieuse que oui, bien sûr, je fais ma prière tous les soirs (je ne crois pas en Dieu, je ne sais pas ce qu’est une prière, j’ai par ailleurs un Juge-Ténia Intérieur très glouton qui fait très bien office de).

Les années passent. Le temps consiste à, de façon systématique/automatique — sous peine de désintégration/anéantissement/abandon et rejet éternel, me conformer en surface à ce que je suppose qu’autrui attend de moi (imagination fertile, en mode intuition délirante et débridée, ON ne m’en demande pas tant). Je me contorsionne, mens, faux-semblantise, m’imposture, me taille en morceaux (à chacun le sien, je les brade). Ado, je rêve de transparence et de flotter au milieu d’eux, invisible. Ce n’est pas possible, alors je lis (addiction 1), je couche à droite à gauche, je dépressionne, je bois (pré-addiction 2). Plus tard, je fais semblant d’étudier, d’adulter, de travailler, de parentaliser.

Un jour, c’est sûr, des types en noir bien informés, spécialistes en turpitudes mentales, viendront me chercher à six heures du mat.

Quelqu’une, intuitive, me dit une nuit de fête festive, mais toi, on ne sait pas vraiment qui tu es (ce que tu penses, ressens, aime, déteste, etc.). Je souscris à cette pensée, la relègue aussitôt dans mon trou noir. Changement de lieu. Non loin il y a une haute falaise, bien dessinée, ah que la mer est belle et l’horizon lointain. Un collègue bien intentionné, cheveux longs et sales, œil vitreux, me raconte un jour que son père s’est jeté du haut. Comme ça. Un jour. Endroit propice, noté mentalement pour les moments où. Je m’y rends une fois pour m’y balancer — une carcasse de plus, il y a du brouillard, un couple s’étreint dans une voiture, ça sent la chair et le mouillé. Trois pas dans la brume, demi-tour, je repars, ridicule (à mimer le drame comme dans un mauvais film français). Je bois un peu plus, à mesure de l’insupportable. Encore un peu plus. La nuit, surtout. J’aime la nuit. Je bois du vin. Beaucoup de vin. Rouge, de plus en plus mauvais. Pour me délester, souffler, exploser en douce, (banalité affligeante, je sais bien).

Un jour de printemps, c’est le matin, un matin solitaire, je bois déjà (le café n'a pas fait long feu), je voudrais écrire, je n’écris rien, je fixe l’écran et bois jusqu’à tomber et c’est le soir, une heure pénible, une heure à boire encore pour oublier qu’on a bu, une heure à chercher à atteindre le dernier verre, et pour la première fois cette pensée, cette pensée qu’il faudrait à cette heure précise de ce jour précis trancher net, entre vivre et mourir. C’est vertigineux, parce que soudain cette idée très claire, limpide, que s’il s’agit de vivre alors ça ne peut plus être comme ça, de cette façon que j’ai orchestrée savamment depuis des lustres, depuis aussi loin que je me rappelle, en fait. Vertigineux aussi parce qu’il me semble que c’est maintenant, la confrontation réelle, tangible, au vide, à l’inconnu, à l’incertitude, au temps et à la mort, à la vie nue, quoi. Bien plus vertigineux que la plus vertigineuse des falaises à suicides un jour de brume, en fait.
C’était il y a un peu plus d’un an, la déchirure.

Ce que je perçois aujourd’hui, ce qui s’est joué, je crois, en partie, c’est en fait une séparation : séparation d’avec l’alcool (mon si maternel, mon si cadavérique breuvage), mais séparation plus profonde avec autrui, l’idée que je me faisais d’autrui. C’était une impasse, en réalité, pour moi, car soit je me conformais mais l’intérieur hurlait, soit je ne me conformais pas et il me semblait que j’allais en mourir (ou pire encore). Si je me place hors de cette dualité fantasmée, si je regarde l’altérité comme quelque chose de l’ordre de singularités radicales (et non de "différences" qui sous-entendent nécessairement de mystérieuses et implacables normes velues), alors bien sûr il est question de SOLITUDE, mais le danger de l’autre comme empiètement, colonisation ou à l’inverse la possibilité du même parfaitement comblant tombent, et quelque part, là réside pour moi une possibilité d’être, même si elle est floue, mouvante, non définie. Quelque chose de l’ordre d’une liberté, même infime, même postulée, et d’un échange possible et complexe avec autrui, autre que celui qui consiste soit à se mesurer l’ego, soit à se fondre illusoirement dans l’autre, dans une nostalgie fusio-réparatrice.

Bazardées, du coup, les injonctions à être soi, à se connaître, à se réaliser, tout en grenouillant dans l’Enfer généralisé des normes du bien-être, bien–faire, bien-produire, bien-paraître (étau fatal, tétanisation absolue). Liquidées, les culpabilités mortifères, les horizons inatteignables, les horribles déclinaisons d’identité/goûts et couleurs, les sourires figés, tandis que les plaies suintent et puent. Au cul, les mille et une obligations internes, interminables, intergénérationnelles, interchangeables, interconnectables, interfécondes, intertextuelles. Anéanties, les attentes folles, les souhaits d’un autre qui comprendrait tout de moi (banzaï !), les peurs insensées inversées d’un autre qui me contraint, m’enchaîne, m’inflige, me dicte, me projette, me tranche menu (banzaï ! bis). Au feu, la honte de se savoir si mauvais, les automatismes, les postures figées, le connu et archi-connu, les états-mécaniques, la souffrance pour la souffrance pour la souffrance pour la souffrance pour la souffrance (rajoutez en moi une louche, c’est jamais jamais jamais jamais jamais fini, d’expier).

Dans l’idéal, pas encore tout à fait atteint (hum hum -les vieilles défroques-réflexes ont la vie dure), plus rien de tout ça, non. Juste marcher au bord du vide.

Sinon, je ne sais pas, pour HP ou pas (une psy a supputé récemment que, selon elle, sans doute, mais pas de test à ce jour et de mon point de vue de navet, ressenti plutôt carrément inverse). Je compte le faire, pour voir (en savoir un peu plus, sur le fonctionnement de mon cerveau. Oui les navets en ont un, les cons). Je viens par là parce que j’ai lu des trucs qui m’ont paru intéressants, et peut-être que je voudrais bien participer (enfin ce n’est pas si sûr, je ne m’avance pas trop, j’ai parfois des lubies qui passent aussi vite que l’éclair, et puis… je suis un tantinet sauvage, sous mes sourires de faux-cul).

le navet
Zèbre régulier
Zèbre régulier

Messages : 72
Date d'inscription : 05/10/2012

Revenir en haut Aller en bas

Re: Des types en noir

Message par Elijah Kvar le Dim 14 Oct 2012 - 0:07

Bienvenue dans le coin, navet, une présentation saisissante.
Réponse bien fade, mais enfin.

Si tu es intéressé par des autrui différents, tu pourrais tenter les rencontres qui se font dans ta région ! Ca ne demande aucun engagement de ta part à quoi que ce soit.

Je suis désolé de ne rien avoir à répondre de plus, merci simplement de ce partage de ta vie et tes ressentis.
N'hésite pas à continuer, si tu en ressens le besoin et y trouves une utilité.

J'espère que tu trouveras ici ce que tu es venu y chercher (et plus encore, tant qu'on y est !).

Elijah Kvar
Inconditionnel
Inconditionnel

Messages : 580
Date d'inscription : 20/04/2011

Revenir en haut Aller en bas

Re: Des types en noir

Message par le navet le Jeu 18 Oct 2012 - 11:35

Merci beaucoup pour ton accueil, Eleu Tessera, je vais de ce pas me rencarder du côté de Marseille, pour les rencontres.

Bon, j’ai passé le WAIS IV cette semaine. Me suis sentie tout à fait stupide (par moments, à ne pas savoir répondre correctement à des trucs pourtant faciles). Résultats pas avant un bail, on verra bien. Simplement contente d’avoir fait quelque chose pour moi, juste parce que j’en avais envie.

Indépendamment de ce machin secret, dont je ne sais pas trop ce que ça produira, comme effets (quel que soit le "résultat"), je sens poindre des choses nouvelles (bon, à l’état de frémissements). Un peu comme un passage du "il faut" global, terrassant, à "je veux". Rien ne m’oblige, en fait. Mais, si rien ne m’oblige, et que je me sens quand même contrainte, alors voir en quoi je fais, pourquoi je fais (je veux dire, sans le faire porter sur le bon dos de l’autre), examiner mes bonnes ou très grotesques raisons, ça dégonfle la colère, la frustration, tout le bazar bazardeux, et surtout, ça conduit à rechoisir, à choisir vraiment, en conscience (y compris de faire pour de mauvaises raisons). Et si je ne fais plus rien porter à l’autre, n’importe quel autre, alors je peux peut-être enfin l’entendre, le voir, le toucher, essayer de le comprendre (effet collatéral non négligeable).

C’est comme si tout était à reconfigurer, de mon rapport au monde, mais, peu à peu, il me semble que j’ai moins peur. Il me semble même que c’est terriblement joyeux, comme perspective.

le navet
Zèbre régulier
Zèbre régulier

Messages : 72
Date d'inscription : 05/10/2012

Revenir en haut Aller en bas

Re: Des types en noir

Message par Fa le Jeu 18 Oct 2012 - 12:09

Belle présentation. Peu tendre envers toi-même, mais très touchante.

Bienvenue Cool

Fa
Zébré et vacciné
Zébré et vacciné

Messages : 1849
Date d'inscription : 23/06/2012
Age : 37

Revenir en haut Aller en bas

Re: Des types en noir

Message par Invité le Jeu 18 Oct 2012 - 17:58

Après avoir lu ta présentation, ...... content de te voir la semaine prochaine. Les conventions, les adaptations, les addictions (quant à moi presque maîtrisées), la vie et son alternative absolument inefficace, la prise de conscience, la folle tension vers l'autre.... et la certitude chevillée dans le plancher du cerveau que non, c'est faux, mal fait, de biais, de pas grand chose du reste. Quand je sais, c'est plus vite plus loin plus fort. Quand je sens, c'est par tous les sens. Quand j'aime ou que je n'aime pas, c'est océanique. Quand je pense, c'est une fulgurance qui m'agresse presque et part dans tous les sens, ce n'est ni déductif, ni inductif, c'est artifice. Quand je fais, c'est pour de beaux yeux, sinon, je ne fais pas, cela ne m'intéresse pas.

Alors, si ce que j'ai lu de toi me parle et que tu liras de moi te parle, alors oui, je crois bien pouvoir te souhaiter la bienvenue chez toi.

Invité
Invité


Revenir en haut Aller en bas

Re: Des types en noir

Message par le navet le Ven 19 Oct 2012 - 9:27

Bonjour Ours, merci pour tes mots. Ils font des échos*.

J’aime bien les mots qui portent en eux-mêmes des sens si différents, si contraires parfois, qu’ils semblent cacher encore d’autres territoires secrets (un peu comme les gens). Je pense soudain au mot "trafic" que tu as employé quelquefois sur ton fil (que j’ai lu, enfin la plus grande partie, ainsi que d’autres). Je me disais ça ce matin, je me disais que je me suis délibérément (bien qu’en douce, sous des prétextes officiellement validés par la société, et au vague motif que ce serait provisoire, pour mieux réfléchir à que faire et où aller) exclue du trafic en arrêtant de travailler, il y a sept ans, mais que c’était pour mieux trafiquer (trafic au sens d’activité mystérieuse, compliquée). Bref.

Le mot "personne", aussi, je l'aime bien (son double sens abyssal).

FaWantsBi, merci aussi. Pas très tendre, mais faut reconnaître que le tableau n’est objectivement pas joli-joli, brossé à grands traits. Et je sais bien que ça cache aussi un truc un peu plus retors, même si j’essaye d’en sortir (bon) qui consiste à s’auto-flageller au préalable (pour, illusoirement, prévenir d’atroces blessures susceptibles d’être causées par autrui, ou même par moi, si je regardais plus loin et plus finement les choses). Je ne le fais pas de façon consciente, je veux dire pour manipuler, mais par réflexe vain de protection. C’est une façon de présenter sa vulnérabilité, mais sans aller jusqu’au bout. En la masquant, encore, certainement. Je ne sais pas.

En douce, ouais, c’est ça. Tous les rares trucs importants (pour moi, je veux dire), je les ai faits en douce, par la bande. Je veux bien bazarder le faux- self/l’informe/le mou/le soumis dégueulasse tout ça, mais est-ce que ça veut nécessairement dire transparence, clarté absolues? Alors je ne pourrai pas, je crois. Je n’arrive à fomenter à la source de mes désirs, que dans le secret, le silence, l’opaque, le caché.

Comment faire ? Je ne sais pas, là. Et peut-être que je confonds tout, peut-être qu’il y a bien plus de strates, de possibilités, de nuances, de chemins de traverse que je suis encore tout à fait incapable d’imaginer. Peut-être que comme les mots on dispose chacun d’un noyau indicible, inatteignable, imprenable, peut-être qu’il suffit de penser cela pour se laisser aller à être, à être complètement, et pas en tranches? Peut-être qu'on peut passer de la seconde peau artificielle (sans visage derrière) aux masques ponctuellement et librement choisis, si besoin (le cas échéant)?

(*Sur ma soif, de toutes façons, elle est gigantesque, énorme, sans fin, intranquille, aussi impossible à rassasier que n’importe quel besoin de consolation… que je boive ou non de l’alcool n’y change strictement rien.)

le navet
Zèbre régulier
Zèbre régulier

Messages : 72
Date d'inscription : 05/10/2012

Revenir en haut Aller en bas

Re: Des types en noir

Message par Invité le Ven 19 Oct 2012 - 10:09

le navet a écrit:
En douce, ouais, c’est ça. Tous les rares trucs importants (pour moi, je veux dire), je les ai faits en douce, par la bande. Je veux bien bazarder le faux- self/l’informe/le mou/le soumis dégueulasse tout ça, mais est-ce que ça veut nécessairement dire transparence, clarté absolues? Alors je ne pourrai pas, je crois. Je n’arrive à fomenter à la source de mes désirs, que dans le secret, le silence, l’opaque, le caché.

Il ne s'agit pas non plus de se balader à poils, le cœur et le cerveau en bandoulière et sa souffrance à bout de bras. Je l'évoque d'autant plus librement que j'ai fait cela ici. C'est peut-être un passage nécessaire.
La révélation de ma douance (cela me fait tout bizarre d'écrire : "je suis surdoué" - ce n'est pas de moi que je parle, pas possible, peut-être un jour j'aurai complètement assumé (je me sens encore souvent très nul....)) et sa confirmation chiffrée m'ont permis au terme d'un chemin d'environ 6 mois de revivre, d'assumer et de réorienter 50 ans de vie consciente. Mais surtout, de savoir de quoi j'avais soif et de rencontrer des gens avec qui étancher cette soif. Curieusement, ce que je faisais en douce, quasi honteusement à mon seul profit en réponse à "la source de mes désirs" s'est trouvé mis en pleine lumière et a cessé de me miner.

J'ai cessé de m'autodétruire, comme si j'étais guéri d'une maladie auto-immune : "ma vie d'avant". Rein n'est simple, si tu as lu mon fil (80 pages et 2000 messages..... je suis impressionné) tu auras pu y sentir les affres par lesquels je suis passé. Pour être clair, c'est un parcours comme cela vers lequel tu t'engages. Personne n'a le même, mais tous y passent tôt ou tard. Mais après.... je peux te dire que je ne crains plus rien ni personne, que je me respecte parce que j'ai de la valeur du simple fait d'ETRE un homme. Et étonnamment, je craignais de verser dans l'orgueil, j'ai demandé à mes amis de veiller à me redresser au cas où, mais je ne me sens pas orgueilleux : je suis ce que je suis et n'ai pas honte de l'être, je pense ce que ......, j'aime et déteste ce que ..... Cela fait un bien fou.

C'est ce que je te souhaite : accéder à ta vérité, complètement, l'assumer et être capable de l'offrir.

Invité
Invité


Revenir en haut Aller en bas

Re: Des types en noir

Message par Invité le Ven 19 Oct 2012 - 10:16

Tiens, je viens de me rendre compte que j'ai en quelque sorte paraphrasé ma citation - signature.

Invité
Invité


Revenir en haut Aller en bas

Re: Des types en noir

Message par ♡Maïa le Ven 19 Oct 2012 - 12:29

Sacrée prez Monsieur le navet ! Une lucidité tranchante et touchante... en tous cas je suis touchée. Tellement de mots résonnent qu'il est presque inutile de les lister... Pour moi ce n'était pas une falaise mais les eaux noires et glauques de la Seine, pathétique comme tu dis, même pas cap' !
Pas besoin de résultats pour se définir et trouver ta place ici, sois le bienvenu dans ce lieu confortable et parfois bien utile pour accompagner nos transformations. Solitude, c'est vrai, pour toujours, c'est vrai aussi, mais partageable quand même... (et t'as de la chance, y'a du beau monde du côté de Marseille !)

♡Maïa
Zébré et vacciné
Zébré et vacciné

Messages : 1734
Date d'inscription : 06/03/2012

Revenir en haut Aller en bas

Re: Des types en noir

Message par Fa le Ven 19 Oct 2012 - 13:21

Changement de lieu.
Ces quelques mots me rappellent furieusement l'écriture de mes propres "flashes" d'un souvenir à l'autre lorsque je tentais désespérément de me définir, peu après la découverte du sujet.

"du sujet" Rolling Eyes
du sujet d'être "Z". Fait chier d'en être encore à cette pudeur, tiens...
bref.

Bien sûr, l'aspiration vers le vide, la lassitude de n'être rien et de n'aller vers rien, le sentiment de lâcheté... tout ça me parle.

Sans vouloir faire dans la "nostalgie fusio-réparatrice", je trouve heureux que tes pas t'aient mené jusqu'ici. Cet endroit (et l'échange, la rencontre d'autres Z, de différences et de similarités), peut donner l'occasion de rebondir. Peut-être car il permet de s'y mettre à nu, si on veut... comme dit ours, c'est peut-être nécessaire, je ne sais trop non plus.

Pour ce qui est de la démarche derrière le fait d'avoir durci la brosse de ton tableau, je t'entends. Fort bien. Protection. Sûrement en grande partie. Mais également, main dans la main, une grosse déchirure dans l'estime de soi. "Se libérer du faux-self", "être soi", je ne pourrai t'en parler. Pas aussi bien que d'autres qui te répondent ici, ou qui te répondront. Je n'en suis pas là, ces notions sont hors de ma portée. Mais j'ai tout de même l'impression diffuse, que simplement retrouver l'estime de soi, est un chemin vers tout ça.
Ou que c'est le carrefour vers ce chemin.
Ou même... que c'en est finalement l'arrivée.
"Savoir se pardonner"
C'est encore flou... mais selon moi c'est par là.

Je te souhaite une bonne et enrichissante plongée dans ce forum.

Fa
Zébré et vacciné
Zébré et vacciné

Messages : 1849
Date d'inscription : 23/06/2012
Age : 37

Revenir en haut Aller en bas

bienvenue...

Message par félindemars le Ven 19 Oct 2012 - 15:58

... dans ton monde.

Tes maux écrits me parlent, leurs orthographes n’est pas la même, mais le fond d’âme oui.
Seul « le fait de savoir » que tu peux transformer tes pensées envers toi te montre que le chemin existe.
C’est une belle balade.

Je n’ai que 10 jours d’avance sur toi sur ce forum.
Je peux juste te dire que lorsque j’ai rencontré pour la première fois un assemblage de zèbres, j’ai été à l’aise, comme si je les connaissais depuis très longtemps, comme si c’était des amis proches, et ceci AVANT d’avoir émis le premier mot !
C’était dans l’air, quelque chose d’indéfinissable, de protecteur, de curiosité enfin à la hauteur et à la variété demandée, une énergie calmante. On se pose. Enfin…

S’il y a des fautes de frappes, ne m’en veuillez pas, c’est mon chat qui me tient compagnie.
Il s’appelle capitaine Némo.
Comme le commandant de Jules Vernes qui a refusé la compagnie des humains et rejeté son propre nom pour prendre celui de Némo, qui veut dire « personne » en grec…
Rien n’est innocent (mais personne est coupable).

Tu as raison de penser à une reconfiguration, chacun ses propres mots, j’emploie celui de me centrer. Par apport à ce que JE pense.
Des nouvelles bases. De réflexions, de vie, d’existence. De futur coloré.
TOUT devient différent. Mieux.
Tu as raison d’émettre la pensée que c’est terriblement joyeux, car c’est ce qui ce passe pour moi.
Tellement gigantesque que j’aperçois même plus les limites de ce bonheur.
La vie 2.0 est belle.
Magnifique film de F.Capra, hymne à la vie.

A samedi !

félindemars
Zèbre régulier
Zèbre régulier

Messages : 68
Date d'inscription : 17/02/2011
Age : 54

Revenir en haut Aller en bas

Re: Des types en noir

Message par ♡Maïa le Ven 19 Oct 2012 - 16:14

félindemars a écrit:La vie 2.0 est belle.
J'adore Impec !

♡Maïa
Zébré et vacciné
Zébré et vacciné

Messages : 1734
Date d'inscription : 06/03/2012

Revenir en haut Aller en bas

Re: Des types en noir

Message par le navet le Sam 20 Oct 2012 - 21:54

Ours, félin, je crois que j’entraperçois de loin, d’encore assez loin, ce que vous cherchez à me dire. Il y a encore deux ans, ça aurait été impossible, et là, aujourd’hui, j’entraperçois. Il faut juste que je dépose les cadavres pendus autour du cou, sur le chemin. C’est comme si c’était à la fois très simple, redoutablement simple, et terriblement compliqué. Pour l’instant, c’est un peu comme se retrouver dans une zone d’attente, un non-lieu, un hall de gare. J’y fume des clopes (je sais, c’est mal, c’est interdit), je regarde les gens passer, j’entends des bribes de phrases, je songe. Je ne prends aucun train, mais j’envisage parfois d’y monter au hasard.

L’estime de soi, Fa, c’est un truc qui m’échappe totalement. Ou alors, je ne comprends pas ce que c’est. Je veux dire, je n’ambitionne pas de m’estimer (me jauger, même en bien), mais de me lâcher la grappe, cesser de tourner autour de mon nombril défaillant comme dans un navet en cage, en gros. L’autre soir, je discutais avec une amie, on parlait de ce qu’on mettait dans le mot aimer, aimer quelqu’un, et pour moi c’était de l’ordre, essentiellement, de ne jamais juger, d’accepter totalement, de laisser l’autre entièrement libre, le plus libre possible, de ne jamais vouloir le changer, le transformer, le mettre à sa sauce.

Si je le reporte à mon propre rapport à ce que je "suis" ( ?), c’est ça, je crois ; qu’il n’y ait pas d’échelle de valeur, de jugement intime qui pousse sans arrêt à se regarder faire (ou ne rien faire, assez souvent), à vouloir être autre, autrement, mieux, etc. Je voudrais que la question de l’estime de soi n’ait même plus lieu d’être, en fait. Qu’il s’agisse juste de vivre pleinement, comme quand on est petit et qu’on joue, et qu’on joue et que c’est à la fois si sérieux et si excitant. Qu’il y ait du ressenti et de l’agir, de l’incarnation, en somme, plutôt que de la rumination stérile, du dédoublement carton-pâte, de l’absence, pendant que la vie passe et pouf, the end.
J’aimerais bien cesser une fois pour toutes d’avoir honte du simple fait d’exister, comme tu l’écris, ours.

Je crois que je suis née sous le sceau de "pas la bonne personne" (déjà, une fille, c’était assez mal barré), et que j’ai passé mon temps à essayer de l’être (le pire, sans savoir qui elle serait vraiment, cette fameuse-là – les données étant assez contradictoires). Je croyais qu’il fallait absolument être aimée, et que ça marchait comme ça (et je détestais tout aussi absolument être aimée, du coup, bien sûr, puisque ça signifiait dans mon cerveau malade se mettre à la merci de l’autre, de devoir m’adapter sans arrêt, etc. — et des liens et des chaînes et des fouets et des prisons). Mais c’était-c’est moi toute seule, le bourreau des bourreaux (alias Super Navet).
Du coup, finalement, ça m’a fait beaucoup de bien, de devenir alcoolique (car le dire, ensuite, c’était comme signifier clairement à qui de droit, moi la première, eh bien voilà, je suis un monstre- dans l’idée de rupture nette avec la suradaptation, la fausse parfaititude du rien qui dépasse, je veux dire)…Et pas seulement pour ça, mais c’est une autre histoire.

Merci pour Jean-Navet, Mogwai, et tes petits mots chaleureux. La Seine, ça me rend toujours mélancolique, quand on l’évoque…

Comme la vie est lente
Et comme l'Espérance est violente




le navet
Zèbre régulier
Zèbre régulier

Messages : 72
Date d'inscription : 05/10/2012

Revenir en haut Aller en bas

Re: Des types en noir

Message par Invité le Dim 21 Oct 2012 - 9:48

le navet a écrit:
L’autre soir, je discutais avec une amie, on parlait de ce qu’on mettait dans le mot aimer, aimer quelqu’un, et pour moi c’était de l’ordre, essentiellement, de ne jamais juger, d’accepter totalement, de laisser l’autre entièrement libre, le plus libre possible, de ne jamais vouloir le changer, le transformer, le mettre à sa sauce.

Si je le reporte à mon propre rapport à ce que je "suis" ( ?), c’est ça, je crois ; qu’il n’y ait pas d’échelle de valeur, de jugement intime qui pousse sans arrêt à se regarder faire (ou ne rien faire, assez souvent), à vouloir être autre, autrement, mieux, etc. Je voudrais que la question de l’estime de soi n’ait même plus lieu d’être, en fait. Qu’il s’agisse juste de vivre pleinement, comme quand on est petit et qu’on joue, et qu’on joue et que c’est à la fois si sérieux et si excitant. Qu’il y ait du ressenti et de l’agir, de l’incarnation, en somme, plutôt que de la rumination stérile, du dédoublement carton-pâte, de l’absence, pendant que la vie passe et pouf, the end.
J’aimerais bien cesser une fois pour toutes d’avoir honte du simple fait d’exister, comme tu l’écris, ours.

Je ne peux que te témoigner, je n'ai pas de recette. Il y a 10 mois, j'ai débarqué en plein questionnement et certain d'avoir une tache mentale (voire d'être cette tache). J'essayais de découper ma vie en tranche, comme les anatomopathologistes découpent les tumeurs, pour voir où cela "merdait". Ne trouvant rien, j'avais une rapport affectif où le principal était de dire à l'autre : "regarde comme j'ai mal, fais quelque chose et dis-moi pourquoi et guéris-moi". Je n'ai aucun besoin de te dire combien ce pouvait être efficace !
10 mois après, j'ai à peu près compris ce que je suis et ce n'est plus un sujet. Et là tu interviens : "estime de soi", "amour" - Et bien oui, je ne pouvais pas y penser comme cela, mais tu as raison. C'est cela qui s'est installé. Je me coucherai moins con, ce soir, merci Smile

le navet a écrit:Je crois que je suis née sous le sceau de "pas la bonne personne" (déjà, une fille, c’était assez mal barré),


Ainsi "le navet" est une "Navette". J'avais bien vu les accords féminisés mais.... Tant mieux, je préfère les spécialités biscuitières provençales aux légumes à soupe. Ceci dit, j'ai un certain respect pour les raves, ces légumes qui ont alimentés nos ancêtres jusqu'à la période moderne

le navet a écrit:Du coup, finalement, ça m’a fait beaucoup de bien, de devenir alcoolique (car le dire, ensuite, c’était comme signifier clairement à qui de droit, moi la première, eh bien voilà, je suis un monstre

Tu es sous dépendance quotidienne ou as-tu pu mettre à distance ?

le navet a écrit:Comme la vie est lente
Et comme l'Espérance est violente


Merci pour cette citation !

Et comme c'est dimanche, alors, je déclare sunny pour ce jour. Nah, même si la météo ou le tempo moral n'y est pas.

Invité
Invité


Revenir en haut Aller en bas

Re: Des types en noir

Message par le navet le Lun 22 Oct 2012 - 12:01

ours a écrit:

Tu es sous dépendance quotidienne ou as-tu pu mettre à distance ?

Bonjour ours,

Tu écrivais plus haut, "maîtrise des addictions", et il est clair que pour moi, en ce qui concerne l’alcool, et pour l’instant en tout cas, c’est impossible.
Je sais que je ne peux pas boire un verre ou deux de temps en temps, mais que si je bois, il m’en faut des tonneaux (et cela, sans même plus avoir la sensation d’ivresse, celle que j’ai tant aimée quand j’ai commencé à boire, ado).

Je ne bois donc plus du tout (enfin si, beaucoup de thé), et c’est pour moi très salutaire, d’une part parce que mon espace psychique est enfin débarrassé de tous les questionnements qui finissaient par tourner exclusivement autour de ça (quand vais-je pouvoir boire, etc. — donc j’étais déjà et tout le temps, sous contrôle), d’autre part parce que je n’arrivais plus à rien, tout était accentué et atroce (le dégoût de soi, le repliement, l’incapacité à faire face, la déréliction, la phobie sociale, la coupure avec le corps, et j’en passe).

Quand j’ai arrêté, au début, j’ai eu l’impression de renaître, en fait. Et ce qui ce qui a compté, c’est aussi que personne ne m’a rien demandé, à ce sujet (personne ne savait rien, ou ne voulait rien savoir).

Mais ce dont j’ai conscience, c’est que l’alcool m’a permis d’aller loin, dans le noir, le fond du (de mon) trou, les gouffres, et que, d’une certaine façon, c’est à ce moment-là que, comme dans un sursaut vital, le désir de vivre est réellement apparu (ou réapparu, je ne sais pas).

Globalement, je n’ai plus envie/besoin de boire, et, quand ça arrive parfois, c’est toujours très instructif (de me demander pour quoi, pourquoi). Dans ces cas-là, je me retire en moi-même, et j’examine ce qui se passe. Et j’attends, et ça passe (tout passe toujours, c’est effrayant et libérateur à la fois, cette pensée-là).

Et il y a aussi que j’ai deux minots (dont un avec pas mal de difficultés/handicaps, et un autre pré-ado dont je me demande s’il n’est pas surdoué, sans savoir pour l’instant), et un amoureux, et que si ces circonstances-là ne m’ont pas empêchée de sombrer (en accentuant la honte et la culpabilité, facteurs non négligeables de recherche d’oubli, serpents qui se mordent la queue), elles sont aujourd’hui plutôt des moteurs, pas pour une image qu’il y aurait à rebâtir, mais bien au contraire pour me trouver un peu plus derrière les sous-couches de mauvaises peintures, et d’être enfin à même, aussi, d’être avec ces autres-là, si proches, si aimés.
Ne plus tout détruire de ce qui m’importe.

Je crois que j’en ai à peu près fini avec la honte liée à ça, même si tout reste à faire, du point de vue existentiel… Et c’est sans doute jamais terminé…
(tant mieux)

Pour le choix du navet, c’est juste qu’il me semblait que c’était un truc un peu neutre, qui limitait les projections (bon, je l’avoue, j’ai quand même pris soin d’ôter tout accord, dans mon premier message, j’aimais bien l’idée qu’on ne sache pas). Et j’aimais bien aussi l’idée que ce que j’allais écrire ensuite, ça serait comme un scénario un peu pourri, pour un film un peu naze.
Sinon, pas trop fan de la fleur d’oranger (au goût)...

Merci pour tes mots, c'est quand même assez chouette de lire d'autres chemins, d'autres possibles, et de penser que rien n'est jamais foutu.

le navet
Zèbre régulier
Zèbre régulier

Messages : 72
Date d'inscription : 05/10/2012

Revenir en haut Aller en bas

Re: Des types en noir

Message par Fa le Lun 22 Oct 2012 - 12:16

le navet a écrit:(enfin si, beaucoup de thé)
Pennyroyal Tea ? What a Face
J'espère que ça vit encore tout de même Wink

Marrant, ça... pour la navette. Comme ours, j'avais le même sentiment, et quand mogwai a dit "monsieur", je me suis dit "bin non !"... Mais sans raison valable, car j'ai sur le coup relu le 1er post, et... et aucun accord, en effet (ce qui me fait me sentir d'autant plus proche, ayant déjà utilisé la technique des auxiliaires avoir en d'autres temps Razz)
Ca doit donc se sentir quelque part, mais je ne sais à quoi ça tient Wink
J'en profite pour bisouiller ours Bisous

Pour ce qui est de l'estime de soi... je pense comprendre ce que tu dis en voulant que la question ne se pose même pas, que ça n'ait pas lieu d'être.
Mais je crois, au fond, que lorsqu'on y parvient, c'est alors, qu'elle ne se pose plus (ou c'est qu'elle ne se pose plus, enfin, c'est intriqué. Ou flou ^^ au choix).
Il n'est plus question d'échelle, lorsqu'on accepte de s'aimer quoi qu'il arrive.
En filigrane, l'idée que ça permet d'être plus apte à aimer tout court, je crois. En commençant par ces proches auxquels tu tiens. Content de voir que tu es sur ce chemin Very Happy

Fa
Zébré et vacciné
Zébré et vacciné

Messages : 1849
Date d'inscription : 23/06/2012
Age : 37

Revenir en haut Aller en bas

Re: Des types en noir

Message par BR le Lun 22 Oct 2012 - 12:27

Mais, comment ai-je pu rater cette présentation ?!

Bref, je n'ai pas le temps d'écrire quelque chose d'intelligent, mais je montre le bout de mon nez, avant de revenir plus tard...

Bienvenue !

BR
Zèbre fidèle
Zèbre fidèle

Messages : 255
Date d'inscription : 08/08/2012

Revenir en haut Aller en bas

Re: Des types en noir

Message par félindemars le Lun 22 Oct 2012 - 16:01

j'avais ressenti quelque chose d'étrange, d'arrangé effectivement dans les accords de tes premiers posts, un masquage volontaire qui m’a inquiété, je l’avoue.
mais j’ai souri lorsque j’ai lu que tu montrais ta féminité. se dévoiler suppose une certaine mise en confiance..


L’addiction est la conséquence, l’origine de la cause (mal-être) doit être identifié et transmuté en sa vraie réalité.
Les gens nous inculquent une mauvaise image de soi, c’est à nous à constater qu’ils se trompent lourdement, car eux, c’est eux et nous, c’est nous.
Nous sommes ce que nous sommes.
La connaissance et l’acceptation de soi amène à l’estime de soi.
L’estime de soi amène à s’aimer (destruction à construction).
S’aimer amène à aimes les autres.
S’aimer soi et les autres amènent à la sérénité intérieure.

Avant de passer à l’étape d’être aimé, il y a l’étape s’aimer.
On ne peut pas sauter une étape sur ce plan là.
Malheureusement, beaucoup de personnes, volontairement ou non, n’aide pas à la fabrication de cette étape essentielle dans l’enfance.

Allez, je vais dire un secret. Vous ne le répéterez pas, ok ?
Je fais parti des personnes qui collectionnent les navets du monde entier. Les pires films au monde.
Et je peux vous dire, en tant que spécialiste es navets et autres légumes, qu’il y a des perles parmi ceux-là !
Des films qui ne se démodent pas, des films qui font rire, des films sans un sou, mais qui existent,
Des films originaux, des films qui valent plus que certains grands films.
Oui, il existe des excellents navets !




félindemars
Zèbre régulier
Zèbre régulier

Messages : 68
Date d'inscription : 17/02/2011
Age : 54

Revenir en haut Aller en bas

Re: Des types en noir

Message par Invité le Lun 22 Oct 2012 - 16:04

félindemars a écrit:
Allez, je vais dire un secret. Vous ne le répéterez pas, ok ?
Je fais parti des personnes qui collectionnent les navets du monde entier. Les pires films au monde.
Et je peux vous dire, en tant que spécialiste es navets et autres légumes, qu’il y a des perles parmi ceux-là !
Des films qui ne se démodent pas, des films qui font rire, des films sans un sou, mais qui existent,
Des films originaux, des films qui valent plus que certains grands films.
Oui, il existe des excellents navets !

Partage !
Je connais un ou deux Z cinéphiles qui vont être enthousiastes !

Invité
Invité


Revenir en haut Aller en bas

Re: Des types en noir

Message par le navet le Lun 22 Oct 2012 - 22:06

FaWantsBi a écrit:

Marrant, ça... pour la navette.
Ca doit donc se sentir quelque part, mais je ne sais à quoi ça tient Wink


J'aimerais bien savoir, quand même (plus généralement s'il existe une façon d'écrire sexuée, quand on parle de soi, ou même en général, tiens, pendant qu'on y est... ça m'intrigue)

Sinon, Fa, oui, I’m a thief and a liar, mais j’ai l’impression que ça frétille encore un peu, derrière, dessous, enfin je sais pas trop où (et je préfère quand même le thé fumé).

Félin, bien sûr que l’addiction est une conséquence, pour moi (et pas une simple habitude qui aurait mal tourné), et je crois saisir à peu près où elle s’enracine. Mais je pense qu’elle est extrêmement liée, ensuite, à la construction à mon insu consciente de ce faux-self, qui, d’asile protecteur (de fous) est devenu goulag, et ce n’est tout simplement pas tenable de vivre là-dedans, sans quelques petites compensations droguesques qui ne font qu’accentuer, au final, l’enfermement.

La dépression comme l’alcool ont été les moyens que j’ai trouvés pour souffler, pour m’extraire du cirque qu’il me semblait obligatoire d’arpenter, en bon clown—soldat qui a peur. En ce sens-là j’aime à croire que l’addiction n’est pas qu’un problème psychologique et individuel, mais touche également à la société (il y aurait comme un acte transgressif, mais mal fichu, qui se retournerait in fine contre l’individu auto-saboteur de lui-même, à défaut d’autre chose).

C’est insupportable pas seulement parce qu’on n’existe pas, mais parce que l’idée même du double mine la réalité entière de toute existence. Le monde et le réel disparaissent, en quelque sorte. Il n’y a plus rien, que des fantômes et des ombres, des représentations. C’est vers le réel que j’ai maintenant envie d’aller, tout le réel, prendre tout ce qui est. Et c’est très troublant, en un sens, parce que tout ce que je croyais était faux (par exemple, je me pensais très lucide, non pas que je le sois plus maintenant, mais disons que c’était encore bien pire). Je ne voyais rien, et pourtant j’y croyais dur comme fer. Et j’attendais dans ma grotte je ne sais quel miracle, alors qu’elle était ouverte sur le monde et que si ça se trouve, il faisait même presque beau, dehors (quoique j’aime bien la pluie, et l’automne, enfin bref).

« … et c’était démoralisant de vivre éternellement dans la cave de ses torts, d’attendre éternellement que quelqu’un prenne pitié de vous… » (Les corrections de Franzen que je suis en train de lire, ça m'a fait penser à ce que ours a écrit plus haut).

Il me semble que c’est par là (par la plongée dans le réel) que se niche la possibilité de l’allégresse, quel que soit les drames et les bonheurs vécus. Du coup c’est pas tellement la sérénité qui m’intéresse (comme état possiblement constant), mais plutôt l’acuité, la perception, l’expérimentation, la pensée libre (ou moins dupe), le "et si je passais par là plutôt que par ici, et on verra bien" (ce qu’il y a à voir).
Quant aux navets, je veux bien que tu me donnes quelques pistes...

Salut Brutus, au passage, j’aime beaucoup cette citation de Céline que tu as posté quelque part

c’est peut-être cela qu’on cherche à travers la vie, rien que cela, le plus grand chagrin possible pour devenir soi-même avant de mourir

– (aparté) c’est drôle à chaque grand chagrin, ou très grande peur, j’ai ressenti comme du soulagement, quelque chose de l’ordre du c’est mérité, ou plutôt enfin une vraie bonne grosse raison objective, pour souffrir, plutôt que cette sensation diffuse de fabriquer toute seule ma petite fange, ma plaie, un truc pas flamboyant du tout, un truc de rat katoupourêtreureu et faut encore qu’il emmerde le monde…

le navet
Zèbre régulier
Zèbre régulier

Messages : 72
Date d'inscription : 05/10/2012

Revenir en haut Aller en bas

Re: Des types en noir

Message par wkndmarkt le Lun 22 Oct 2012 - 22:28

le navet a écrit:Il me semble que c’est par là (par la plongée dans le réel) que se niche la possibilité de l’allégresse, quel que soit les drames et les bonheurs vécus. Du coup c’est pas tellement la sérénité qui m’intéresse (comme état possiblement constant), mais plutôt l’acuité, la perception, l’expérimentation, la pensée libre (ou moins dupe), le "et si je passais par là plutôt que par ici, et on verra bien" (ce qu’il y a à voir).
!!! je n'ajoute rien parce que ça sera moins juste que ce que tu dis là, mais je n'en pense pas moins.
un douloureux bonheur de précision.

bonsoir

wkndmarkt
Zèbre fidèle
Zèbre fidèle

Messages : 146
Date d'inscription : 07/12/2011
Age : 49
Localisation : Parijs

Revenir en haut Aller en bas

Re: Des types en noir

Message par Invité le Mar 23 Oct 2012 - 6:41

le navet a écrit:
Il me semble que c’est par là (par la plongée dans le réel) que se niche la possibilité de l’allégresse, quel que soit les drames et les bonheurs vécus. Du coup c’est pas tellement la sérénité qui m’intéresse (comme état possiblement constant), mais plutôt l’acuité, la perception, l’expérimentation, la pensée libre (ou moins dupe), le "et si je passais par là plutôt que par ici, et on verra bien" (ce qu’il y a à voir).

Petit ajustement par rapport à ce que j'appelle la sérénité : savoir qu'au fond de soi, on est désormais assez solide pour plonger dans le réel pour effectivement vivre l'allégresse.

Bonne journée


Dernière édition par ours le Mar 23 Oct 2012 - 10:52, édité 1 fois

Invité
Invité


Revenir en haut Aller en bas

Re: Des types en noir

Message par Renarde20 le Mar 23 Oct 2012 - 6:49

Pour savoir que nous tomberons encore et encore mais que nous trouverons l'énergie de nous relever et d'y croire ... dans ces infimes pépites de bonheur éphémères ?

Renarde20
Vieux de la vieille
Vieux de la vieille

Messages : 7209
Date d'inscription : 16/08/2011
Age : 45
Localisation : Lyon

http://www.zebrascrossing.net/t11058p20-le-debut-de-tout-le-rest

Revenir en haut Aller en bas

prendre conscience

Message par félindemars le Mar 23 Oct 2012 - 10:06

les effluves du café encore dans le fond de ma gorge,
les lumières s'allument petit à petit dans mon crâne,
je viens de m’apercevoir, au vu de vos mails, qu'il existe plusieurs définitions de la sérénité!
on y met donc chacun ce qu'on recherche.

perso, c'est le calme dans ma tête.
savoir ce que je veux, qui je suis, où je trouve mon "allégresse". pour y aller.
plus de tempête tropicale en permanence, plus de longueur pour faire des choix, plus cette désagréable sensation qu'on me juge,
vivre comme je le désire, basta les beaux penseurs, je suis le seul juge de mes actes.
en gardant la multitude éclectique de mes pensées.
j'y suis arrivé. c'est donc possible!
j'ai une lanterne à ma main, regardez au loin, dans le brouillard de vos pensées, vous devriez l'apercevoir...


ours, TU es solide. et d'un niveau qui va te surprendra.
il suffit "juste" que tu en prennes conscience.
prendre le chemin de cette recherche est déjà accompli, il me semble.
savoir que ce chemin à une fin est un élément important maintenant.
une fois arrivé à cet endroit, tu verras le tournant.
j’espère voir ton sourire, révélateur de ton bien-être intérieur.

navet, ton chemin est différent,
tes buts apparemment aussi.
apparemment.
il y a le blanc et le noir, il existe des contraires en tout.
lorsqu'on pense "... que se niche la possibilité de l'allégresse", il faut savoir que son contraire EXISTE.
pas de niche (nietzsche ;-) ), de petite alcôve, mais de grands espaces aérées où tout est possible,
pas de possibilité, mais une certitude, une existence, une réalité, un fait réel.
dans ce monde libre, TU peux penser comme tu veux, te foutre de l'avis des autres, Vivre sans le regard des juges et t'accomplir.
enlève ces regards.

bonne journée à tous!





félindemars
Zèbre régulier
Zèbre régulier

Messages : 68
Date d'inscription : 17/02/2011
Age : 54

Revenir en haut Aller en bas

Re: Des types en noir

Message par le navet le Mar 23 Oct 2012 - 21:50

ours a écrit:
Petit ajustement par rapport à ce que j'appelle la sérénité : savoir qu'au fond de soi, on est désormais assez solide pour plonger dans le réel pour effectivement vivre l'allégresse.

Ours, je crois saisir ce que tu veux dire, et ça me séduit assez, à ma sauce ça donnerait devenir aussi réelle que le réel, en gros (car l’idée de la solidité, je crains que ça ne soit pas possible —mais là je parle pour ma pomme, et pourtant c’est bien ce que je suis sans doute aller chercher, en passant ce foutu test, donc tout cela est encore très flou et bourré de contradictions).

Ce que je veux dire c’est qu’il me semble confusément que justement le réel (et le soi réel) n’est pas solide, au sens de stable et définissable (toujours un rien qui échappe), et que bien qu’il soit ainsi, il existe. Au contraire du faux qui n’existe pas mais s’échine à la permanence et à l’assignation.

Ou alors, ce serait pour moi le solide de l’existant en tant qu’il ne l’est pas (solide) et ne vise pas à l’être (pfffou, pardon, ce que j'essaye d'écrire est très très confus…).

Pour le dire vite j'ai peur que chercher une solidité comme préalable/passeport d'accès soit le meilleur moyen pour moi, non seulement de ne jamais l'atteindre (la solidité), mais de rester encore à côté (du monde, de la vie), derrière la vitre.

Donc je traduirai ta phrase, en l'état actuel du théâtre de mes opérations, en quelque chose comme:
savoir qu'au fond de soi, on est désormais assez solide pour renoncer au solide et plonger dans le réel.

Mais je suspecte aussi, comme félin, que nos buts ne sont pas très différents (même si tu es plus avancé que moi on the road), et bien sûr je retiens ça :

"de grands espaces aérées où tout est possible,
pas de possibilité, mais une certitude, une existence, une réalité, un fait réel.
dans ce monde libre, TU peux penser comme tu veux, te foutre de l'avis des autres, Vivre sans le regard des juges", merci félin
(la petite alcôve que tu cites avant me fait penser à une vraie, une vraie et douceâtre et rose, alcôve-geôle)

Bonsoir renarde, j’aime bien ton image des pépites, bien que peut-être il n’y ait pas à y croire mais juste à les éprouver ; et j’aime bien aussi l’idée d’une énergie qui servirait à se relever, plutôt qu’à être morte avant d’être morte. Merci à toi.

(wkndmarkt, « douloureux bonheur de précision », bon ben là, c’est moi qui n’ajoute rien. Merci)



le navet
Zèbre régulier
Zèbre régulier

Messages : 72
Date d'inscription : 05/10/2012

Revenir en haut Aller en bas

Re: Des types en noir

Message par Contenu sponsorisé Aujourd'hui à 19:22


Contenu sponsorisé


Revenir en haut Aller en bas

Page 1 sur 3 1, 2, 3  Suivant

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut

- Sujets similaires

 
Permission de ce forum:
Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum