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Message par Fleur de Lotus le Mar 27 Fév 2018 - 7:13

Ici et maintenant.

Une page est tournée, un livre fermé, et une vie peut recommencer, une nouvelle vie advenir, ou plus simplement dit, je reprends ma vie en mains.

Trois jours hors du temps, ce week-end, grâce à l’un d’entre vous qui a su m’inviter simplement, m’accueillir attentivement, partager sincèrement, et que je ne remercierai jamais assez pour tous ces échanges doux et constructifs que nous avons eus.

Partie inquiète, mais comme toujours volontaire pour plonger et rebondir, accueillie avec bienveillance, gentillesse, amitié et même Amour, celui de l’Agapé, par un quasi  inconnu, ayant petit à petit, au fil des heures, des partages et des échanges vrais, effacé les barricades qui m’enfermaient dans un questionnement sans fin sur le sens de la vie, j’ai pu laisser enfin émerger une vérité, la mienne, celle d’aujourd’hui. Je suis repartie fatiguée, car s’abandonner ainsi requiert énormément d’énergie, mais pleine d’un sens nouveau, et sereine.

Maintenant, je sais.

Je suis prête pour une troisième rencontre essentielle, de ces rencontres qui vous mettent sur votre chemin, pour un temps plus ou moins long mais néanmoins suffisant pour vous transformer durablement.

La première, avec le père de mes enfants, m’a tout à la fois faite mère et de nouveau enfant parmi les miens.  J’ai pu vivre l’enfance que je n’avais pas eue en la recréant,  et en même temps offrir à d’autres enfants, les miens, tout l’Amour dont j’étais pleine, et ce avec lui, cet homme que j’ai donc aimé pour ce partage là.

La seconde, avec celui qui, par amour pour moi, a assumé son genre masculin, un genre invisible mais inscrit en lui, m’a permis de devenir Femme. J’ai pu m’épanouir, intimement, comme la femme que j’étais bien, mais n’avait pas su jusque-là exprimer.

La troisième n’a pas encore eu lieu, en tout cas pas dans cette perspective, et elle m’amènera, avec celui qui aura nécessairement le même désir de vie, grâce à lui, et pour lui, sur un chemin qui englobera les deux précédents et qui sera coloré de questionnement artistique. Un questionnement essentiel au sens où, pour moi, l’Art dans son acceptation la plus large, délivre la quintessence de notre humanité.

Une vie créative est donc à venir,  une vie dont je ne connais ni les contours ni la teneur, mais qui, là aussi, devrait pouvoir se vivre à deux, tout à la fois côte à côte et face à face, deux êtres ayant ensemble le pouvoir de créer la  Vie, grâce à l’Amour transcendé par l’être humain, l’Art.

Ce n’est ni un rêve ni un acte de foi, c’est une évidence. Je le sais. C’est mon chemin de vie, je l’ai compris à l’issue de ce week-end hors du temps.

L’écrire ici, l’affirmer en public, et ainsi prendre le risque de me tromper et d’être moquée, est bien sûr un comportement qui me définit, mais c’est aussi une forme de prise directe sur le présent et donc sur le réel, le vrai réel, celui que l’on ne perçoit que très rarement.

Je le sais, un point c’est tout.  

C’est peut-être parce que je le veux très fort, ou peut-être parce que je l’espère comme rêvent les enfants qui croient que tout peut arriver, ou encore parce que j’ai besoin d’y croire pour vivre chaque jour qui passe, toujours est-il que c’est pour moi, au moment où je l’écris, une évidence : je me trouve sur le seuil d’une nouvelle aventure de vie, peut-être la dernière, ou peut-être pas,  et cela n’a pas d’importance.

Je ne suis pas pressée, puisque je suis déjà en route vers cet ailleurs qui m’appartient depuis toujours,  intimement. Je compte cueillir au fil des jours les cailloux et les roses qui se trouveront sur le chemin pour en faire l’expérience avec gourmandise, et tout comme j’ai raconté la seconde relation qui m’a construite, sur un autre fil,  j’ai envie de raconter ma quête, ici, sur ce fil, et maintenant, c’est à dire à chaque instant où je me poserai pour écrire un billet.

D’où le titre, ici et maintenant.
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Message par Zarbitude le Mar 27 Fév 2018 - 8:40

J'aime aussi beaucoup ces moments où "je sais" Wink
Remettre les compteurs à zéro aussi, j'aime bien. J'ai eu cette sensation le premier Janvier de cette année.
Une impression de "tout est possible".
As-tu lu des trucs sur le moment présent ?
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Message par Invité le Mar 27 Fév 2018 - 9:29

Long hug je suis heureuse pour toi, pour cette sérénité (re)trouvée..!

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Message par Fleur de Lotus le Mer 28 Fév 2018 - 10:36

Merci Zarbitude et Caméléonneandco.

En effet, j'ai (re)trouvé une sérénité et c'est grâce à ce week-end hors du temps. J'étais arrivée au bout d'un chemin et quelqu'un a su me tendre la main, m'accueillir, m'écouter, partager. Ce qui m'a permis de me remettre en route, en douceur.

J'ai lu des tonnes de trucs sur le présent, mais pas récemment. Tout était donc dans ma tête, pas forcément rangé et clair. C'était simplement le moment .... présent ...  de les ressortir, les utiliser, les expérimenter, les vivre et les exprimer ici Wink
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Re: Ici et maintenant.

Message par Fleur de Lotus le Mer 28 Fév 2018 - 10:39

Acte de foi.

Je pensais qu’il n’était pas question d’acte  de foi à propos de cette nouvelle aventure. Je me trompais, non pas sur le fait de croire envers et contre tout que je vais vivre « une nouvelle aventure », mais sur la question de l’Art.

Un acte de foi est une certitude affichée, que certains appellent croyance et qui dépasserait donc toute raison. Or j’ai cette certitude, annoncée de prime abord pour démarrer ce fil, que mon chemin de vie doit passer par l’Art, en tant que représentation de la Vérité.

Depuis toujours je suis en quête de vérité, et je me suis plongée très souvent dans l’analyse de mon comportement et de mon histoire personnelle pour tenter de me comprendre et de m’apprivoiser. J’ai le sentiment d’en avoir fait le tour, et j’ai compris que cette quête de vérité, que je croyais personnelle, était en fait universelle.

La question qui me taraude aujourd’hui ne porte donc plus sur l’identité de cette petite personne avec sa petite histoire personnelle, en l’occurence moi, mais sur la présence de cette entité vivante constituée de mon corps, ma personne, mes émotions, tout ce que suis, et donc
mon humanité, au monde. Je cherche la vérité du monde et non la mienne, car « chaque homme porte la forme entière de l’humaine condition » (Montaigne).

Devoir vivre nécessite de privilégier l’action sur la contemplation, tout simplement parce que vivre, c’est agir pour survivre. Travailler pour financer notre subsistance, courir pour rester dans le mouvement et ne pas se faire écraser, penser à demain pour s’assurer que tout est sous contrôle, toute notre attention est focalisée sur l’urgence que l’on ressent à devoir se protéger d’un réel perçu comme compliqué et dangereux et que l’on dit vrai.  

Dans un monde désormais hyper connecté qui défile H24 sur nos téléphones sous forme de snapchat, hashtag et autres « partages », nous avons le sentiment d’être en prise directe avec la réalité et d’être donc réalistes et armés pour affronter le quotidien. Parce que « la vie, c’est ça, et il faut faire avec ».

Mais est-ce que nous ne nous laissons pas berner par nos peurs et nos ignorances ? Est-ce que nous ne passons pas à côté de cette réalité que nous croyons pourtant capter à coups de giga bits affolés ?

Ce qui nous est donné à voir « ne frappe pas explicitement nos sens et nos consciences » écrit Bergson dans La pensée et le mouvant, car nous n’y sommes en général pas du tout attentifs ou même sensibles, occupés que nous sommes à courir dans tous les sens pour survivre, et donc vivre. Car cette réalité que nous percevons au fil des jours fait écran au Réel, à la vérité de notre présence, ici et maintenant.

En effet, la vision que nous avons du monde, de ce et de ceux qui l’habitent et donc de nous-mêmes est « une vision que notre attachement à la réalité, notre besoin de vivre et d’agir, nous a amenés à vider et à rétrécir » nous dit Bergson, alors que l’artiste, lui, a la capacité de nous donner à ressentir ce qu’il y a derrière le voile du quotidien. Ainsi « le poète et le romancier qui expriment un état d’âme, ne le créent pas de toutes pièces ; ils ne seraient pas compris de nous si nous n’observions pas en nous, jusqu’à un certain point, ce qu’ils nous disent d’autrui » (Bergson, ibid)

Je savais déjà combien l’Art, celui dans lequel je plonge, en écoutant, lisant, percevant dans les lieux où il se montre, comme j’ai pu le faire ce week-end, me touchait intimement et me rendait, voire me donnait la vie.

Je sais maintenant que je veux aller plus loin.

Je sais désormais que je veux partager ce que parfois je vois du réel, et qui pourrait se nommer Amour, en offrant ce regard en partage, et ainsi faire œuvre(s) d’Art.

Je suis, comme tout un chacun, une poussière d’étoile animée de Vie et, consciente de cette incroyable chance, je cherche à l’exprimer, voire l’incarner. Et j’affirme donc, puisqu’aujourd’hui j’en ai la certitude, que, me concernant, cette expression doit désormais être artistique. Il y a donc bien acte de foi, ou profession de foi, mais sans aucune religiosité.

« Il y a une minute du monde qui passe, il faut la peindre dans sa réalité » Cézanne.





[Je me suis servie de ce cours : http://www.philolog.fr/la-finalite-de-lart-bergson/ pour réfléchir]
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Re: Ici et maintenant.

Message par Zarbitude le Mer 28 Fév 2018 - 17:43

Il y a une chose que l'on perd parfois de vue, c'est que nous sommes des créateurs.
Tout d'abord les créateurs de nos propres vies, une fois sortis de l'enfance.
Et je me réjouis, vraiment, que tu le sentes aussi fort!
Vivre, c'est tout un art Very Happy
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Re: Ici et maintenant.

Message par Fleur de Lotus le Sam 3 Mar 2018 - 12:47

Esthétique de l’existence.



Semaine en apnée, car j’ai été très peu présente au monde social, ne me laissant pas atteindre par les multiples ondes négatives d’une semaine professionnelle de nouveau très chargée.

Une apnée lourde, gluante, enlisée, mais nécessaire, comme le marais dont renaît la fleur de lotus qui me représente ici. Une fleur que j’ai choisi en juin 2012 pour symboliser ce que je jugeais déjà être une renaissance.

Peut-être suis-je en effet replongée dans ce marais gluant pendant la semaine, pour à nouveau renaître à moi-même.

En fait, sans l’avoir décidé, je me suis remise à lire de la philosophie, faire des recherches autour de l’art, cherchant à structurer ma pensée, et non pas me laisser écrire de façon automatique, comme je l’ai fait sur le précédent fil. Et, plutôt que de me laisser écrire, lorsque je pouvais m’extraire du flux ambiant, j’ai lu un peu de Bergson, Heidegger, Foucault et des analyses de ces écrits, tous sur l’art et donc tous sur l’Être Soi.

Changement de désir, changement de quête, changement de style.

J’ai (re)commencé à travailler de manière structurée, comme lorsque j’écrivais des articles scientifiques pour cette thèse non finalisée. D’ailleurs je me verrais bien en reprendre une autre, en Philosophie et plus particulièrement en Esthétique, afin de pouvoir échanger avec d’autres chercheurs. Car c’est là, selon moi, le principal intérêt du parcours doctoral. Mon sujet porterait sur l’Art comme accès à la Vérité, appelée Nature ou Physis ou Dieu ou Source ou encore Énergie Universelle, selon les croyances, la culture, l’époque. Encore une question sur ce qu’est l’humanité, celle de tous et donc la mienne. Mais qu’y a-t-il d’autre à questionner qui soit plus essentiel ?

Je pensais ce matin à des phrases que j’ai pu entendre, ou lire, venant de personnes dites matures, c’est à dire autour de la cinquantaine. Ils ou elles cherchent un Autre pour « vieillir ensemble ».

Et il est là le problème, mon problème.

Je ne veux pas « vieillir », je veux évoluer, je veux continuer de grandir, je veux avancer, je veux naître, même.

Bien sûr mon corps évolue avec le temps et d’ailleurs je n’apprécie guère tous ces changements. Bien sûr aussi je m’inquiète du quotidien et des revenus nécessaires pour l’assumer, surtout quand on se retrouve complètement seule, sans héritage ni rente ni allocation, sans autre revenu que le salaire que l’on doit donc aller chercher chaque semaine. Bien sûr encore, je suis très loin du niveau de vie que j’avais auparavant, et je sais que j’ai peu de chances de le retrouver, sauf à « écrire une longue complainte qui tirerait à quelques centaines de milliers d’exemplaires » (Sempé)

Mais l’idée de « vieillir » ne m’intéresse pas, je refuse de voir ma vie comme un tunnel qui finit sur un mur et aurait des airs de terminal sans retour, ou une pente sur laquelle on devrait inexorablement glisser vers un puits sans fond. Je suis toujours à grimper vers le sommet de la montagne, et j’espère que je n’arrêterai jamais, j’aimerai mourir en grimpant, en me créant, avec joie et amour pour ce que je découvre du monde, ce que j’en apprends, toute cette connaissance de ce qu’est la vie, la mort, l’énergie qui nous anime, cet incroyable bouillonnement dont nous sommes partie prenante, acteurs, créateurs. Qu’ai-je à faire de vieillir alors que naître à soi-même et au monde ne cesse jamais.

Foucault parlait de faire de sa vie une œuvre d’art et il est mort du sida en défendant cette esthétique de l’existence. Bergson décrivait comment l’Art déchire le voile de la réalité quotidienne et nous permet d’accéder au Réel. Heidegger théorisait l’être-étant de l’Oeuvre d’Art comme nécessairement dérangeant et susceptible de nous ouvrir à l’en-deçà des choses, au sens originel du monde, au Réel (qu’il nomme Terre). Pas toujours simple à comprendre mais passionnant.

Il m’aura donc fallu cette semaine d’apnée, ou de remontée de ma plongée du week-end dernier, pour me ressaisir dans ma (petite) globalité, comprendre que par cet acte de foi annoncé en début de semaine je poursuivais ma quête de Vérité, que j’étais toujours sur mon chemin et surtout qu’ici je déchire le voile de la réalité quotidienne pour tenter d’accéder au Réel et que ce faisant je fais effectivement œuvre d’Art.

La voilà donc, l’Esthétique de mon Existence, avancer mon petit bonhomme de chemin, à mon rythme, avec mes moyens, percevoir la poésie du monde, la transcender, grimper ma montagne, et continuer vaille que vaille, même si parfois j’ai mal, même si je me sens seule, même si je pleure plus souvent qu’à mon tour, même si je doute, même si nul ne comprend.

La voilà ma quête, et elle est simple, finalement. Et il s’agit pour moi de tenter d’accéder au Réel en me dévoilant, ici et maintenant, si possible avec une pincée de poésie.

« Tout art est fondamentalement poème » Martin Heidegger dans Origine de l’Oeuvre.
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Re: Ici et maintenant.

Message par Fleur de Lotus le Dim 4 Mar 2018 - 17:37

Prise de conscience


Dîner ZC hier soir, apparemment comme les autres diners ZC, agréable, bienveillant, amusant, même si à plusieurs reprises, soit dans ce que j’ai entendu soit dans ce que j’ai dit ou émis, j’ai senti qu’il y avait « un truc qui clochait ». Mon inconscient captait ici et là des signaux qui m’alertaient mais cela m’arrive tellement souvent que je ne m’y suis pas arrêtée.

A la fin du repas, j’ai constaté qu’une plaque rouge était apparue sur ma joue droite, qui me chauffait, je l’ai même dit, évoquant une possible allergie, moi qui ne m’en connait (connaissait ?) aucune.

Puis je suis rentrée chez moi, j’ai joué un peu car je ne me sentais pas l’envie d’aller dormir, trop de pensées en tête qui se bousculaient,  et je me suis aperçue que c’était l’ensemble de mon visage qui chauffait et devenait rouge. J’ai commencé à m’inquiéter mais je me suis couchée.

Voir ma tête dans le miroir ce matin m’a réellement fait peur, paupières gonflées, visage rouge et très légèrement gonflé, une marque rouge foncé à la base du cou ressemblant à une strangulation. Une vague ressemblance avec un mongol bouffi au vin ! Je ne pouvais pas nier qu’il se passait « quelque chose ».

Après la première heure passée sur le net à chercher ce que cela pouvait être, à partir des symptômes, j’ai petit à petit réussi à me rassurer, à m'observer en train de réfléchir, baliser, prendre peur et tenter de me rassurer, et cela a entraîné une prise de conscience radicale.

Tout d’abord, je me croyais posée, sereine, forte, comme aux temps jadis. Faux.
Ensuite, je pensais m’être fait une raison sur une solitude « choisie ». Faux.
Ensuite encore, je philosophais sur mon désir d'Art qui semblait devoir être plus théorique que pratique. Faux.
Enfin j’avais le sentiment de gérer correctement l’espoir/envie/peur d’entamer une nouvelle relation amoureuse. Faux.

Faux, faux, faux, archi faux. En un mot, je me trompais sur toute la ligne.

Sensation étrange mais néanmoins réelle d’avoir dérapé et perdu le contrôle de ma personne,  et il n’y a rien de tel pour, d’un coup violent, dégommer un petit moi très malin pour me tirer vers le bas et m'éloigner du Chemin. Je reconnais à mon inconscient l’incroyable pouvoir de me réveiller.

Mais cette prise de conscience est tellement subite, et visible !,  que j’en reste atterrée. J’ai même pensé effacer ce fil, tellement je le trouve menteur, à postériori. Qui a écrit les trois premiers billets, à dire vrai je ne sais pas. Le vrai Moi, ou un nouveau faux-self qui s’est servi de ma faculté de penser pour empaqueter, contraindre, stériliser mes émotions. Je mise sur le faux-self.

Tandis que je suis avec une crainte amoindrie de me voir défigurée à vie par ce que je pense être une sorte de crise allergique psycho-somatique, je ne peux m’empêcher de triturer dans tous les sens ce que j’ai écrit cette semaine et ce que j’ai vaguement ressenti hier soir.

J’étais vulnérable et je ne voulais pas le voir. J’ai capté des signaux et je n’ai pas voulu les écouter. Je me suis mise en danger, comme souvent, comme toujours, mais sans du tout en  évaluer les conséquences et donc les risques. Or les risques ont bien changé.

Car désormais  je ne peux plus agir comme avant. Parce que, là, ici, et maintenant, je suis sortie de ma cave et je prends tout dans la tronche, tout dans la tête…. et ma tête du moment me signifie combien « ça » n’est pas passé hier soir et « ça » ne passe toujours pas.


Avant…. avant de me dévoiler sur l’autre fil et d’exprimer toute cette sensibilité que j’avais appris à cacher… avant je gérais.

Avant je gérais ce que je ressentais des uns et des autres, leurs attentes, leurs désirs, leurs peurs, en laissant mes sensations derrière la porte tout en haut de cet escalier qui mène à cette cave où je me terrais.

Avant j’étais capable de me mettre mal, même parfois très mal, mais cela ne se voyait pas. Cela restait intérieur, invisible, non dit.

Avant je gardais mes douleurs pour moi. Je conservais mes perceptions par de-vers moi. Je taisais les maux, croyant m’en sortir avec les mots.

D’où mon admiration pour mon inconscient. Admiration qui ne date pas d’hier d’ailleurs.

Je l’imagine me voyant faire et se disant que « ça » allait bien mes petites cachoteries, et que puisque je savais si bien me mentir à moi-même, il fallait passer au stade supérieur, bien visible, bien inquiétant, bien moche. Et ça a marché. Du feu de Dieu même.

En voilà une expression intéressante, d’un point de vue psychanalytique.

Voyons voir, creusons.

Du feu de Dieu.. ce n’est pas Dieu qui m’interpelle là, mais le feu. J’ai les joues en feu, encore maintenant tandis que j’écris, comme lorsqu’on rougit violemment, de honte. On parle aussi d’avoir « le feu aux fesses » et il y de l’Eros qui traîne aussi par là, il me semble.

Hier soir, tandis que je racontais une partie intime et récente de ma vie et que je voyais les réactions à mes paroles,  j’ai eu le sentiment qu’il y avait quelque chose de morbide dans mon récit, d’exhibitionniste aussi.  Il m’a semblé tout à coup que je n’avais pas le droit, que cela aurait dû rester intime, réservé à peu, très peu de personnes, alors que j’ai raconté ici cette histoire avec M., j’en ai même parlé en colloques sur le genre. Je n’ai jamais cherché à cacher ce que j’ai vécu, au contraire. Mais il n'y avait pas, là, l'intimité qu'il y avait hier soir.



Je m’en suis en quelque sorte servie pour me définir. Shame on me. Je peux en rougir, car ce n’est pas moi. Cela a été ma vie, certes, c’est ce qui m’a fait basculer, plonger, ce qui m’a réveillée, ce qui m’a d’une certaine façon mise au monde, à nouveau, ou enfin, je ne sais pas, mais ce n’est pas moi.

En en parlant hier soir sans le voile pudique de la fiction, j’ai mal agi. Je le sens en moi, là, tandis que je me mets à pleurer. Moi qui ai écrit ici que je voulais déchirer le voile du quotidien pour accéder au Réel via l’Art, j’ai au contraire tissé un voile de mots qui ne rendent pas compte de la réalité de ce que j’ai vécu. Des mots pour des faits, mais où étaient les émotions vécues, l’Amour partagé, la Vie. Il n’y avait aucune poésie dans mes paroles hier soir, et j’en ai éprouvé de la honte, sur le moment, sans l’écouter.

Pourquoi ai-je agis ainsi ?

Je n’en suis pas sûre mais j’entrevois un faisceau de sensations, négatives et positives, liées aux personnes présentes. Des sensations qui me rappelaient que je restais vulnérable, et non pas sereine comme je l’ai écrit, de cela je suis sûre.

Une heure et demie à écrire.

Mon visage commence à reprendre forme humaine, même si les marques du temps semblent avoir soudainement pris de l’avance.

Alors finalement je reprends mes habitudes ?

Je ne sais pas, mais une chose est certaine, sans cette crise je n’aurais pas pris conscience de mes erreurs, non plus de mes peurs quant au temps qui passe, et je n’aurais pas pris la décision d’écouter mon inconscient qui m’a alertée hier soir.

A savoir comment je vais gérer cette décision…  ça c’est une autre histoire.
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Re: Ici et maintenant.

Message par Ours de la MAZ le Mar 6 Mar 2018 - 13:24

Un peu impudent et peu être imprudent de poser 3 mots sur ce fil, tant il est proche d'une conversation avec soi-même que l'on ne voudrait troubler.

Il me fait penser (partiellement) au ton de Cesare Pavese - Le métier de vivre.
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Re: Ici et maintenant.

Message par Fleur de Lotus le Mar 6 Mar 2018 - 19:54

Ni impudent, ni imprudent, bien au contraire, puisque tu m'offres là une référence que je n'aurais pas osé faire mienne, même partiellement, merci Smile
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Re: Ici et maintenant.

Message par Fleur de Lotus le Mar 6 Mar 2018 - 20:33

Esthétique de l’existence

Après le choc subi ce week-end je reviens à mon idée initiale.

Par chance je ne travaillais pas en extérieur hier,  et j’ai pu tout à la fois retrouver mon enveloppe physique ordinaire et me poser intérieurement, tout mon être ayant pris un rythme de convalescence qui ne m’a d’ailleurs pas quitté.

Alors que s’est déroulée ma plus grosse journée de la semaine, je suis restée posée, comme rassérénée, fatiguée psychologiquement et pourtant présente, attentive. J’ai raconté à la plupart de mes étudiants ce qui m’est arrivé, pour illustrer la problématique du lien entre corps et psyché, un des thèmes du cours de Culture Générale de cette année. Illustration très amusante pour eux, et assez instructive pour moi car j’ai pu ainsi continuer cette petite auto-analyse.

Que s’est-il donc passé ce week-end qui vaille la peine que j’y revienne encore ?

Lors de ce dîner pourtant anodin, mon inconscient a lancé un travail qui a dépassé mes espérances en terme d’introspection productive de sens. Car non seulement j’ai retrouvé le désir de me dévoiler, ce qui, j’en suis de nouveau persuadée, est pour moi source de bien-être, mais j’ai décidé me confronter à la réalité de mes ressentis de samedi. Qu’ils positifs ou négatifs je me dois de les exprimer, sous peine d’en être de nouveau meurtrie, mais au risque tout aussi grand d’être replongée dans les mêmes affres de culpabilité et de honte face au retour qui m’en sera fait.

C’est tout à coup comme si en faisant cette crise (en la créant donc) je m’étais obligée à déchirer le voile pour accéder au Réel, celui de mes ressentis.

Tandis que la journée s’est  déroulée doucement, j’ai donc fait le tour de cette petite affaire qui, maintenant que me revoilà avec ma tête de tous les jours, semble n’avoir jamais eu lieu. D’où l’extrême importance d’en garder une trace, ici et maintenant.

Ce matin j’ai pris le bus et j’ai donc pu lire, ou plutôt relire, « Art et Psychanalyse ». J-D Nasio y parle, entre autres,  de l’art de l’autoportrait de Valloton. «Un autoportrait est beaucoup plus qu’un dialogue intérieur, c’est une plongée en soi, une descente vertigineuse dans l’inconscient ». Or pour J-D Nasio, les autoportraits de Vallotton, dont on peut voir la douleur intérieure au travers de ses traits sur la toile, témoignent de la quête inconsciente de ce qui le traverse et dont il ne veut pas se séparer : La culpabilité de se croire responsable de la mort de trois personnes au cours de son enfance et l’amertume qu’il en éprouve, l’amertume étant un état triste et douloureux mais supportable, induit par la culpabilité.

« Vallotton préfère vivre l’amertume et se juger coupable une fois pour toutes que vivre dans la crainte de commettre une autre faute et d’être encore accusé. Il préfère sentir la douleur de penser que tout a déjà été perdu que sentir la crainte d’avoir à perdre une nouvelle fois. La douleur, c’est toujours douleur du connu, de ce qui arrive ou est arrivé, tandis que l’angoisse, c’est angoisse de l’inconnu, de ce qui pourrait surgir./...../. L’amertume est donc une rassurante garantie contre l’angoisse suscitée par deux périls imaginaires : la honte d’échouer et, le plus paradoxal, le bonheur de réussir ».

D’après J-D Nasio qui analyse les autoportraits de Vallotton, face à la culpabilité qu’il ressent toujours, le peintre choisit la douleur du connu (ses erreurs de jeunesse) contre l’angoisse (échouer de nouveau, ou pire, réussir). Si Mr Nasio venait lire ces autoportraits que sont mes dévoilements sur ce fil et le précédent, qu’y verrait-il, de la douleur ou de l’angoisse ?

Il me semble que tous nous avons tendance, à un moment ou un autre, à choisir la douleur plutôt que l’angoisse, dans nos vies quotidiennes. Petits mensonges entre amis, faux self et tutti quanti. C’est ce qui aurait dû se passer samedi soir. Accommodement quotidien et parfois douloureux d’une réalité voilée que l’on transforme en certitudes connues.

Samedi soir j’ai éprouvé de la culpabilité et la honte qui va avec, mais je ne m’en suis pas rendue compte.

Honte de parler ainsi de M. et donc d’occulter tout le beau de notre histoire.
Honte de ma lâcheté émotionnelle de n’avoir pas su faire un retour attendu.
Honte de ce faux-self de femme sereine, en pleine capacité d’assumer ses désirs.
Honte de mentir, à moi-même et donc aux autres.

J’étais dans la douleur du connu, alors mon inconscient, très créatif et créateur, et me sentant aveugle et sourde, s’est chargé de renverser la vapeur.

En effet, ne trouvant pas matière à s’exprimer visiblement au cours de la soirée -preuve que je gère assez bien ma forteresse intime et mes interactions sociales -, il s’est discrètement chargé de trouver un terrain d’expression plus visible, avec une toile à recouvrir, sur le vif, de couleurs honteuses, mon visage. Et cela a parfaitement fonctionné. Il s’est exprimé, mon angoisse est apparue dans sa splendeur dermatologique et je m’en suis trouvée alertée. Je m’étais contentée du connu, je n’avais pas été « vraie », je n’avais pas osé exprimer le Réel que pourtant je ressentais, il s’est cru obligé, manifestement, de me remettre sur le Chemin, grâce au seul média à sa disposition, mon corps.

Pour sublimer ces émotions, il ne me restait plus qu’à en « faire quelque chose » et transposer, ici et maintenant, les couleurs de la toile de mon visage en mots tout aussi signifiants sur la page de mon fil.

Cela veut-il dire que ce faisant je fais œuvre, autoportrait sensible et sans fard d’une femme en évolution permanente ?

Je me prête ce soir au jeu d’y croire.



«Création signifie, avant tout, émotion. Non pas émotion provoquée par la création mais émotion source de création, capable de faire surgir ce qui n’était pas encore ». L’art et la psychanalyse de J-D Nasio, Petite bibliothèque Payot, p. 24.

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Message par Fleur de Lotus le Jeu 8 Mar 2018 - 22:27

Derrière le voile

Mardi soir je suis rentrée en bus et depuis lors je réfléchis au sentiment qui m’est venu face à un homme qui s’est assis à côté de moi, au fond du bus, là où quatre personnes se trouvent face à face.

Il est arrivé très agité, pas très propre (c’est un euphémisme), accompagné de l’odeur caractéristique de ceux qui passent la plupart de leur temps dehors assis par terre à tendre la main. Encore assez jeune, mais déjà très marqué par les substances qui l’imbibaient et lui donnaient des airs de fou, il s’est quasi jeté sur le siège à côté du mien, prenant plus que sa place et inondant mon espace de sa présence dérangeante, tout en proférant des menaces en langage ordurier, s’adressant manifestement à quelqu’un avec qui il avait envisagé de se battre. Je n’existais pas, il était dans son monde.

J’ai immédiatement pensé me déplacer vers l’avant du bus mais je n’ai pas osé, par peur de le blesser, alors je me suis juste mise en face en murmurant simplement qu’ainsi nous aurions l’un et l’autre plus de place. C’est là qu’il s’est aperçu de ma présence. Il m’a regardée.

Tandis que je ressortais mon livre de Nasio, il s’est d’abord excusé de prendre autant de place, puis de ses paroles ordurières et, enfin, comme s’il avait su que j’étais sensible au langage, il a repris son soliloque en utilisant des mots que l’on n’utilise plus, sauf ceux qui font du théâtre ou du role play.

« Diantre, saperlipopette, quelle vilénie !»... il (me) racontait ce qui l’oppressait, mais sans me regarder,  il s’emballait, s’agitait presque à faire peur tandis qu’il jouait avec les mots, proférait des menaces en termes imagés, et faisait montre d’une sensibilité à fleur de peau qui peinait à se dire autrement.

C’est alors que j’ai peu à peu senti que « quelque chose » agissait en moi, sans que je le veuille.

Sur le moment je n’ai pas compris ce qui se passait, j’ai simplement ressenti ce « quelque chose » qui ressemblait à un mélange de curiosité amusée, d’intérêt bienveillant, mais aussi de crainte, ou de rejet. Mais je savais aussi que je n’avais absolument pas peur de lui. Alors quoi ?

C’est bien plus tard dans la soirée et le lendemain, hier donc, que j’ai pu commencer à détricoter ce qui s’était passé mardi soir dans le bus.


Parce que j’ai capté ce qu’il laissait transparaître derrière son agitation et son comportement dérangeant, je l’ai regardé et je l’ai vu, cet homme, vraiment vu. J’ai déchiré le voile de son apparence et j’ai accédé à sa vérité, du moins partiellement. Et j’ai eu peur de plonger avec lui.

Car l’espace d’un instant je me suis vue lui proposer de descendre avec moi pour prendre le temps de parler devant un café. Je me suis imaginée lui tendre la main pour l’aider à sortir de l’ornière où il se débattait. J’ai senti que c’était possible car il était là, quelque part derrière ce masque de « raté de la vie », et j’en ai éprouvé tout à la fois le sentiment fort que je pouvais, je devais l’aider, et une peur viscérale de tomber avec lui.

Or il me semble que c’est cette peur là, une peur terrible qui m’habite depuis toujours, mais que j’avais réussi à canaliser, qui est revenue en force avec mon premier dévoilement et la sortie de « ma cave ».

C’est cette peur là qui a, je crois, déclenché ma crise de samedi, en m’alertant, via mes émotions, et donc mon corps intérieur, puis extérieur.

C’est aussi cette peur qui m’incite à me questionner de nouveau sur cette activité professionnelle qui me pèse. Après tout cela fait bientôt dix ans que je suis prof, je pourrais bien bifurquer. Pourquoi pas me remettre à la psychanalyse, ou peut-être plutôt une sorte de  maïeutique psychothérapeutique.

C’est encore cette peur que je tâche de dépasser en proposant de rencontrer telle ou telle personne avec laquelle je me sens en affinités, fonçant parfois tête baissée pour ne pas trop tergiverser afin de sentir « de visu » quelle connexion sera opérante. Car j’en ai besoin, de ces connexions, c’est même vital.

….

J’ai peut-être enfin compris ce qui se trame parfois dans mon corps (émotions toujours très, souvent trop, fortes) et se transforme ensuite dans mon esprit (sentiments déroutants, angoissants, exaltants).

Et je me dis ce soir qu’il n’y a probablement que dans le cadre d’une relation parfaitement claire et codifiée (psy ou artiste), sans parler bien sûr de la relation totalement sincère et vraie, que cette connexion peut, me concernant,  exister et évoluer sans risques de me plonger en abîmes, puisque je ne peux plus désormais retourner me cacher dans « ma cave ».




« Nous n’apercevons de nos sentiment que leur écume. Nous ne saisissons de nos émotions que leur expression sociale, banale, celle que le langage fixe une fois pour toutes et pour tous. Incontestablement, la vérité brute de nos sentiments nous échappe. Eh bien, celui qui fera violence au langage, celui qui dédaignera l’usage pratique des choses et s’efforcera de voir virginalement la réalité même, sans rien intercaler entre elle et lui, celui-là sera un artiste. Mais ce sera aussi un psychanalyste, avec cette différence : le psychanalyste s’adresse uniquement à un être singulier, tandis que l’artiste s’adresse à une foule de gens, à nous tous pour nous faire éprouver des sensations et des émotions qui, somnolentes dans notre inconscient, attendaient le moment d’éclore. » Nasio, L'Art et la Psychanalyse.
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Message par Fleur de Lotus le Ven 9 Mar 2018 - 22:47

Se réinventer pour rester vivant

Une chanson de Ben Mazué, « Nous deux contre le reste du monde », écoutée ce matin au réveil a déclenché une nouvelle avancée dans mon auto-analyse du moment.





Premier flash : Mai 2012, Annecy, un pub qui reçoit un groupe différent chaque week-end, des habitués dont M. et moi, qui dansent jusqu’à trois heures du matin.  M., qui s’appelait encore A. et n’avait pas encore idée du parcours qui l’attendait, mais pouvait se faire passer pour un jeune homme, danse avec moi. Enlacés dans le groupe de danseurs anonymes nous sommes tellement imprégnés d’Amour et de Désir, tellement présents à l’Autre et absents au monde que, sans le vouloir, nous attirons les regards désapprobateurs. Une femme se penche vers nous et crache « Il y a des hôtels pour ça ! ».  Nous nous regardons et éclatons de rire. La femme s’aperçoit alors que M. est en fait une jeune femme. Elle en est toute retournée. Amusée j’enfonce le clou en la traitant d’homophobe.

La vie était pleine de joie et belle de notre folie.


Deuxième flash : Juin 2012,  mon ex-époux et moi, dans notre appartement annécien. R., qui est aux courant de tout depuis deux mois, m’avoue qu’il est allé m’épier dans ce pub où nous allons danser chaque semaine. Il m’a observée et m’a vue, abandonnée dans ses bras, debout au bord de la piste de danse, très amoureuse, « comme jamais je ne t’ai vue face à moi ». Il est triste, désemparé, perdu. Je ne sais que lui dire. Bien évidemment, je ne peux lui en vouloir d’avoir cherché à voir, à comprendre, voire même à imaginer se mêler à nous deux, puisqu’il en a été question. Mais comment lui expliquer que ce que j’éprouve depuis dix huit mois dépasse tout ce que j’aurais pu imaginer. Car il y a tout, entre M. et moi, surtout quand nous ne prenons pas garde au monde, aux autres,  à la réalité. C’est une connexion hallucinante avec de l’Eros à puissance dix mille, un Désir à l’état brut, pur, infini, réel.

Je ne voulais pas le blesser, voire même le quitter, mais comment pouvait-il lutter contre « ça ».


Troisième flash : Juillet 2012, un dimanche matin. Pour tenter de recréer une connexion entre R. et moi, A./M. m’a conseillé de tester la connexion érotique, car « C’est un mec, avant tout ». De fait, si je m’abandonne sans problèmes à son désir, je n’en éprouve plus pour lui depuis un certain temps. « Il faut que tu lui montres que tu as encore envie de lui, fais lui une fellation. Tu verras, c’est sûr, ça marchera pour lui, et peut-être que tu retrouveras en toi du désir ».  Soit, mais c’est bien plus facile à décider qu’à réaliser. Pourtant, avec 25 ans de vie commune, ce n’est pas comme si c’était la première fois !

Il y a bien fellation, mais je suis prise d’une telle angoisse que j’en tremble, j’en transpire de peur, j’en panique même. Je vais tellement mal que R. ne peut s’empêcher de le percevoir, même s’il me laisse faire et tâche ensuite de partager un moment d’amour dont je n’ai aucun souvenir.

Je me trouve confrontée à mon désir et comme je l’ai appris dans une formation à la psychanalyse une quinzaine d’années plus tôt Désir et Angoisse sont les deux facettes d’une même notion que je nomme aujourd’hui le Réel tel qu’il nous est accessible.

Quelques heures plus tard, parce que nous partageons encore toutes nos pensées et nos analyses, nous essayons ensemble de décrypter ce qui s’est passé le matin. Cette peur panique qui m’a prise, d’où venait-elle donc ? Je me souviens avoir évoqué les scènes que j’ai racontées sur un autre fil. Je sais maintenant que ce n’étaient que des mots, du langage, une tentative d’explication, mais rien qui ne soit réellement compris.

….

Une heure plus, tard, tandis que je roulais doucement vers le lieu de mon travail, l’évidence m’a soudainement remplie d’émotion.

La connexion que j’avais avec M. était tellement belle, intense, pure, folle, incroyable, que je le laissais m’atteindre et me laissais l'accueillir.

Chaque fois que nous nous voyions, j’avais accès à ce flux d’énergie pure, mais cela restait encadré par cette vie compliquée qui était la nôtre. Dès que nous n’étions plus ensemble, je refermais cette porte intérieure qui me préserve du monde et cela restait vivable. Il n’y avait que le Désir, et très rarement l’Angoisse.

La vie commune nous a ensuite peu à peu éloignés l’un de l’autre, probablement parce que pour survivre face à lui au quotidien, je ne savais plus vraiment ouvrir la porte.

….

J’avais tort de croire que j’étais immunisée, que je gérais, que j’avais vraiment tourné la page, et mon inconscient s’est chargé de m’ouvrir les yeux.

Je ne sais pas si je retrouverai un jour cette pureté, cette intensité, cette beauté pour une connexion absolue,  totale et infinie, et donc aussi cette folie qui nous liait.

Je ne sais pas mais ça me manque, parfois.

Et c’est probablement ce qui me fait souffrir par moments.

….

"Comment se réinventer tout en restant fidèle à son désir » demande un lecteur de Philo Mag à Charles Pépin dans le dernier numéro.

Il faut, répond-il, tenter une synthèse entre l’apologie existentialiste sartrienne de la liberté totale de notre désir, et la volonté toute lacanienne d’être en tous points fidèle à son désir, et cette synthèse doit, dit-il, passer par l’action en conscience.

Me ré-inventer, il me semble que c’est précisément ce que je réalise, en fonçant parfois tête baissée et en me racontant, ici et maintenant.



«Passons à l’acte. Tentons et tentons encore. Essayons toutes les réinventions. Mais observons-nous. Soyons à l’ écoute de nous-mêmes. Si nous le vivons mal, si des symptômes apparaissent, c’est que nous sommes en train de nous trahir, de céder sur notre désir. Si nous le vivons bien, dans la joie du développement de nos facultés, c’est que nous sommes fidèles à notre désir. Que nous avons réussi à nous ré-inventer tout en restant sur notre axe, cohérents malgré tout, fidèles à notre quête ». Charles pépin, Philo Mag numéro 117, page 14.
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Message par Fleur de Lotus le Dim 11 Mar 2018 - 17:16

Et alors ?

Curieux week-end, pas vraiment comme je l’imaginais. Mais j’apprends, je grandis, et, oui, c’est assez douloureux, finalement, voire désespérant, parfois. Mais je suis encore à écrire ici, donc tout n’est pas perdu.



Hier, samedi près midi.

Il est perdu, fatigué, présent, mais inquiet face à moi. Impossible de ne pas ressentir la crainte que je lui inspire. Car cette crainte vient nécessairement de moi, de qui ou de quoi d’autre sinon, puisque nous sommes tous deux au milieu de la foule des touristes qui viennent admirer la vue sur Lyon depuis le mont Fourvière.

Nous sommes là à ma demande pour parler, se raconter, à deux plutôt qu’au milieu d’autres. J’ai proposé cette simple rencontre, portée par l’idée qu’il semblait en avoir envie, lui aussi, mais qu’il n’en ferait rien de lui-même. Il a accepté, et a choisi le lieu, le jour et l’heure.

Ce n’est pas que j’ai envie ou besoin de me raconter, je le fais ici et ce qui s’y passe m’apporte tout ce dont j’ai besoin pour aller mieux, moi toute seule avec moi-même. Lui par contre en a besoin, je le sens depuis notre première rencontre, et j’ai depuis quelques semaines le sentiment que nous pourrions trouver plaisir à nous voir de temps en temps, car par bien des côtés, il me rappelle mon ex-époux. Une vague similitude qui m’attire et me dérange, mais ne cesse de m’interpeller.

Bien évidemment moi aussi je suis inquiète, d’être seule face à cet homme que je connais à peine, mais d’une part je suis dans une dynamique que j’expérimente souvent, décider puis foncer, pour réfléchir plus tard, et d’autre part j’ai dû grimper la colline et venir à pied du centre-ville, faute de transport en état d’usage pour cause de manifestation, et je suis bien trop épuisée par une heure de marche pour me laisser emballer par le stress.

Lui par contre est franchement inquiet, je ne sais de quoi, et même si je suis ravie de le voir, je prends son inquiétude de plein fouet.


Nous cherchons un endroit pour nous asseoir devant un café, comme prévu, mais tout est fermé. Heureusement on peut compter sur l’Univers, le Hasard ou tout simplement le Présent pour nous proposer ce qui est bon pour nous. Puisque nous ne pouvons prendre un café « pour discuter », pourquoi ne pas en profiter pour visiter le musée gallo-romain qui est à proximité. Il y a justement une expo que je voulais voir.

Nous voilà à déambuler ensemble dans le musée. Nous évoquons nos connaissances croisées sur l’eau, les Romains, la physique, l’histoire, les siennes sont bien plus importantes que les miennes, la faute à cette mémoire qui trop souvent me fait défaut quand je l'interpelle. Nous jouons comme des gosses avec les manipulations proposées par l’expo. Il n’est pas question de moi, à peine de lui.  Mais la visite est amusante et sa crainte s’envole doucement, il semble devenir plus léger, plus gai, plus confiant.

Deux heures passent simplement et nous avons à peine  échangé quelques mots sur nous. A la sortie, je lui demande s’il veut quand même prendre un café mais il veut « rentrer pour travailler ».

Depuis qu’il est arrivé une part de lui est restée fuyante mais il a su être présent et les deux heures ont été agréables. Pourtant, là, je ressens de nouveau sa tristesse et c’est une piqûre douloureuse qui me fait douter de moi. Que suis-je encore venue faire dans cette galère. Qu’est ce que j’espérais donc. Quel est mon désir, pourquoi suis-je là, je n’en sais trop rien. Peut-être voulais-je réparer le mal que j’ai fait à mon ex-époux. Possible, mais alors c’est raté car il s’en va comme il est arrivé, triste et fuyant. Tout au fond de moi j’entends le claquement sonore d’une « cave » qui se referme. Il vaut mieux se terrer en soi plutôt que d’avoir mal, les « bons » réflexes sont toujours opérationnels.


Pourtant...

Plutôt que de se quitter devant l’entrée du musée, ce qui serait plus logique puisque sa voiture est un peu plus loin, il me propose de faire un tour sur l’esplanade qu’il a choisie comme lieu de rendez-vous. Un lieu anodin pour moi, hautement symbolique pour lui, c’est ce que je vais découvrir.

Il y a beaucoup de monde à regarder la ville, hommes, femmes, enfants, accoudés sur le parapet. Nous nous faufilons et jouons les touristes. Je l’observe, pourquoi cette détresse que je perçois en lui.

Je me risque à poser une première question, puis une deuxième et enfin la cause de sa tristesse, palpable, est évoquée. Il n’a rien fait pour se dire, mais ne refuse pas de le faire. Il s’agit d’une rupture imposée, improbable, incompréhensible, et donc mal digérée, déjà trois ans plus tôt.  Il me raconte, un peu, leurs deux vies distinctes, cette décision de vie séparée qu’il a voulu transformer en vie commune, ce qui a déclenché cette rupture toute en non-dits, puis il évoque les innombrables fois où il s’est garé pas loin pour descendre vers Lyon pour « la » retrouver. Souvenirs, odeurs, sons, touchers, espoirs, éclats de lumière et de joie. Revenir ici, trois ans plus tard, est effectivement hautement symbolique.

Il en parle avec un fond de rage mais surtout une immense tristesse.

Triste d’avoir été largué ? J’ose à peine questionner tellement sa blessure est à fleur de peau. Non, plutôt d’avoir été trahi et apparemment de ne pas savoir dépasser cette blessure d’ego. J’essaye de lui signifier qu’il commence certainement à s’en remettre grâce à cette colère qu’il exprime. « Écris » lui dis-je « moi cela m’a aidée, vraiment ». Il acquiesce « justement, j’aimerais rentrer pour m’y mettre ».

J’acquiesce à mon tour, contente pour lui, c’était donc ça le « travail » annoncé, tant mieux. L’énergie circule de nouveau en moi. En lui aussi, apparemment. Quelque part au loin, en moi, j’entends le glissement d’une porte qui s’ouvre de nouveau.

Il me montre les lieux que l’on aperçoit du haut de l’esplanade, les nomme puis respire amplement en levant son visage au soleil, heureux de sentir la lumière sur sa peau. Je le sens plus léger. Il va mieux. « C’est agréable cette vue dégagée sur un horizon vaste et libre. Plus tard, j’aimerais déménager pour avoir ce genre de vue. Pourquoi pas les monts du Lyonnais ».

Il parle d’avenir. Une fenêtre s’est ouverte en lui, je la ressens, j’en perçois les possibles, il commence même à s’y envoler, prémisse de rédemption probable. Même s’il ne m’y emmène pas, car cela lui appartient, le sentir s’envoler m’allège, un peu.

Nous nous quittons avec la promesse d’une autre fois, d’un autre rendez-vous, sans pour autant y mettre de date ou de lieu sinon un « Promis, la prochaine fois on pourra vraiment s’asseoir quelque part et parler ».


Je suis rentrée à pied, comme j’étais venue. Descendre est plus facile que monter mais j’étais à mon tour un peu déçue, ou flottante, ou peut-être même lourde d’un certain désarroi. Seule et fourbue, la tristesse l’emportait hier soir, et je n’ai rien su faire d’autre que m’enivrer de fiction sur Netflix.

Que s’était-il passé là, très compliqué à démêler. En avais-je même envie... pas vraiment.


Aujourd’hui j’ai mal partout, vraiment partout, corps et esprit sont tous deux épuisés et cassés. Envie de rien sinon m’abreuver encore de fiction en continuant de coudre toutes les petites pièces que je vais ensuite reporter sur mes « bidules ». Travail digne d’une Pénélope pleine de patience, et d’Amour.



« Je sais qu’avoir mal permet de grandir mais j’en ai marre d’avoir mal et j’aimerais arrêter de grandir », me disait-il hier, juste avant que l’on se sépare.

« Mais on peut grandir sans avoir mal ! » lui ai-je opposé en riant, sans le convaincre. « J’espère pour ma part ne cesser de grandir qu’au jour de ma mort ».


Grandir peut se faire dans la joie, il suffît de le vouloir. Seul, c’est un choix purement personnel et « facile », pour peu que l’on cesse d’être conciliant avec soi-même. A deux c’est sans doute un peu plus compliqué, d’où mes déboires répétés, mais je reste confiante. Je reste sur mon chemin, la preuve, je réinvente ici ma vie.





« Le manque et l’ennui m’accompagneront peut-être jusqu’à mon dernier souffle. Et alors ? Bien sûr, de même qu’il rejette les mille et une imperfections du jour, le vouloir-vivre se cabre devant cette perspective. Toutefois, une volonté affranchie me propose de cohabiter avec la béance qui mourra sans doute avec moi. Au fond, ce n’est pas l’impossibilité d’un bonheur sans ombres qui nous rend malheureux, mais notre difficulté à accepter qu’il en aille ainsi. » Alexandre Jollien. La construction de soi. Un usage de la philosophie, Essais Points p. 74.
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Message par Fleur de Lotus le Mer 14 Mar 2018 - 18:50

Libre d’être, mais qui ?

Je suis comme en survol, de mon quotidien, de ma vie et donc aussi de moi-même. Je suis là et ailleurs, pas vraiment présente même si j’assume avec calme les cours qui défilent toutes les deux ou trois heures.

Une sorte de bienveillante indifférence m’habite, qui ressemblerait presque à l’assurance d’être à ma place, alors qu’au contraire je suis dans une réflexion qui me porte plus loin, en dehors de ce cadre professionnel que je trouve désormais vide de sens.

Je suis à nouveau dans cette question lancinante sur le sens de cette vie qui me pèse, d’autant qu’elle est compliquée à gérer (puisque je ne suis payée que huit mois sur douze) et au final pas si lucrative que ça au vu de mes « compétences », tout de même assez peu exploitées.

Pourtant je le sais, me questionner sur la poursuite de cette activité me la rend encore plus lourde et désagréable, et cela ne m’aide pas du tout à appréhender demain avec sérénité. Mais j’ai tout de même beaucoup de mal, depuis quelques jours déjà, à me projeter dans un avenir professionnel qui resterait tel qu’en lui-même. Surtout avec ce rythme scolaire qui ne me permet pas d’avoir un revenu régulier qui rassure.

Si cela me met aussi mal, et qu’en plus je le sais et me vois faire, alors pourquoi continuer à y réfléchir ? Pourquoi ne pas plutôt me dire que dans deux mois je serai libre pour les quatre mois suivants ? Certes avec vraiment très peu de revenus et aucune possibilité de bouger, mais libre d’écrire, par exemple ?

Peut-être parce que je mêle à ma réflexion cette vie personnelle affective qui reste désespérément vide, c’est possible.

Peut-être aussi parce que j’ai le sentiment qu’une relation aimante pourrait me faire dévier positivement de ce chemin, c’est probable.

Peut-être encore parce que je me berce d’illusion sur la perception que j’aurais alors, hypothétiquement, de ma vie, c’est certain.


Pourquoi ne puis-je pas avoir, me concernant, la même lucidité que celle que je propose à ceux que je côtoie ? Sans doute parce qu’il est plus facile de voir ce qui est bon quand on est dégagé du résultat.

Je peux offrir ma qualité d’écoute pour aider l’Autre à voir plus clair en lui et sortir de la prison qui l’enferme ou le contraint, mais ça ne me libère pas, moi, de ces chaînes du passé qui m’incitent aujourd’hui à vouloir encore une fois changer de boulot alors que je suis sur un tapis roulant bien rodé et que je n’ai qu’à attendre gentiment d’être arrivée au bout du chemin pour simplement quitter le tapis roulant et profiter des dernières années de ma vie pour....

Non mais !!! Rien que de l’écrire je me fais horreur !!!

Elle est où ma volonté de vivre, ici et maintenant ?!?!

.....

Depuis quelques jours, je pense énormément à mon ex-époux, j’en rêve même chaque nuit. Avec force détails nous nous retrouvons, vaguement amoureux, en catimini. Nous sommes bien plus jeunes, comme lors de nos premières rencontres. Dans ces rêves il y a de nombreuses personnes, une maison au bord de la mer - sa mère en a une que nous avons souvent envisagé de racheter - avec des enfants, les nôtres mais petits, et d’autres, et même sa femme actuelle dont il se cache pour me retrouver.

Je me réveille avec le sentiment que j’ai beaucoup de choses à faire, organiser, penser, afin que tout fonctionne correctement. Mais j’en suis heureuse.

C’est sûr que cela n’a vraiment rien à voir avec ma vie actuelle. Qu’ai-je donc à faire, organiser ou même penser qui ne soit pas purement personnel ? Rien.

Rien parce que suis célibataire.

Rien que ma petite vie de prof qui s’emmerde et se pose trop de questions.

Rien car je ne suis pas de ces mères qui gèrent de loin la vie de leurs enfants. Je suis disponible s’ils me le demandent, toujours, mais je ne demande jamais rien pour moi-même et je leur ai appris à être autonomes. Résultat je ne les vois que très rarement. Je ne suis pas sûre qu’ils n’aimeraient pas plus me voir, mais les distances n’aident pas, et je ne fais rien non plus pour garder un contact via Skype, par exemple,  comme certains le font (leur père). J’entends trop leurs critiques sur sa présence intrusive et j’ai bien trop souffert des intrusions de ma propre mère.

Je m’exclus moi-même, j’en suis consciente, mais je ne sais pas vraiment faire autrement, pour le moment.

A écrire ici je vois bien ce qui me dérange. Je me terre, alors que j’aimerais être avec eux plus souvent, jouer mon rôle de mère et même de grand-mère, mais pas seule. Pas question d’être un poids, du fait de ce manque affectif personnel que, j’en suis certaine, ils perçoivent comme difficile à vivre, à raison.

Tout casser, détruire ce que j’avais construit, faire voler en éclats la famille que j’avais pourtant désirée ... pour vivre une passion amoureuse hors du commun, c’est effectivement extraordinaire et « beau » au sens artistique du terme, esthétique donc, mais où cela m’a-t-il menée finalement  ? A ce rien, ce vide d’une vie qui n’a franchement pas grand chose d’exaltant, même si, en me racontant,  j’essaye de (me) faire croire le contraire.

…….

Bon. Donc j’en suis encore, à nouveau, à ne pas savoir me satisfaire de ce que j’ai, du présent, de moi. Comme je me trouve fatigante. J’ai même des idées de mettre fin à ma vie, sans du tout y croire, je rassure, au cas où. C’est juste une idée parmi d’autres avec laquelle je joue, pour tenter de cerner ce qui me donne envie de continuer.

Réussir à ne plus combattre, s’abandonner à la Vie, accepter ce qui a été fait hier, sans regrets, pour pouvoir affronter demain, sans hâte, sans combat d’aucune sorte,  et donc simplement être, ici et maintenant.  Libre d’être. Cela semble pourtant simple.
Il faut croire que non.

Après tout, si c’était si facile, il n’y aurait pas besoin de « jésus », « freud », « bouddha » et autres prophètes pour montrer le chemin.




« Je veux, pour m’en libérer, replonger dans le passé. Je sens que, pour me tourner vers l’avenir, je dois me dégager de la prison des habitudes, d’un état d’esprit qui me pousse à vivre le monde sur le mode du combat. » Alexandre Jollien, La construction de soi, un usage de la philosophie.

« Toujours, le manque est présent. La plus grande sagesse qui me manque, c’est de savoir cohabiter avec ce qui me manque./…./ C’est drôle… je cours devant lui, je le fuis, et pourtant il  [le manque] me résiste et habite souvent le coeur de ma vie. /…/ La souffrance fait bel et bien partie de ma vie. A partir de ce constat, j’ai revisité mon désir de ne pas souffrir /…/ Je désire, parmi tout le fatras passionnel qui est moi, un peu plus de liberté, et j’avance, mû par ce désir ». A. Jollien Petit traité de l’abandon.
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Re: Ici et maintenant.

Message par Fleur de Lotus le Dim 18 Mar 2018 - 0:41

Jeudi

Il y a une forme d’acceptation qui grandit en moi, et j’ai beaucoup de difficulté à la voir comme positive car elle me pèse et rend mon quotidien lourd et fatiguant.

Pourtant j’ai le sentiment, vague mais bien présent, dense et lourd, que je m’attaque aux dernières couches d’un ego qui s’est depuis un an dépouillé de nombre d’illusions et que j’accèderais ce faisant au cœur de mon être véritable.

J’avance à tous petits pas car je suis enlisée, engluée dans le marais de mes souvenirs, perceptions, envies conscientes et désirs inconscients, peurs et angoisses, y compris celles de réussir, probablement.

C’est un état que jamais je n’aurais pu atteindre si je n’avais pas tout détruit, couple, famille, vie sociale, pour plonger dans un bain passionnel et totalement fou.

Mais se regarder faire, s’observer être, n’est jamais simple, c’est comme couper la branche sur laquelle on est assis. J’imagine que c’est donc normal, de se sentir lourde de toute cette acceptation que je dois encore traverser avant de pouvoir me remettre en route.

.....

Vendredi

Une image me revient, qui date d’il y a très longtemps, à l’époque de mes premières séances d’analyse : je me vois de dos. Je marche sur une immense plaine grise, vers des montagnes tout au loin, portant à bout de bras deux très lourdes valises qui me scient les épaules, et je peine.

Je souffre mais j’avance, je continue, malgré la douleur et la fatigue, car tel est mon destin. Voilà l’image qui me hantait lorsque j’ai démarré mon analyse.

Peut-être n’étais-je pas jusque-là en mesure de laisser tomber les deux valises, tout simplement parce que je les avais oubliées même si elles pendaient toujours au bout de mes bras. Et peut-être suis je en train de m’en défaire, ici, en me racontant au travers de ces billets.

A cette époque je ne voyais pas ce que signifiaient ces deux valises. Je pense aujourd’hui à mes deux frères. J’ai toujours pensé qu’ils étaient à ma charge, que je devais les emmener plus loin, les sauver du désastre familial. Désastre réel ou fantasmé, je n’en sais rien, mais c’est ainsi que je me voyais dans cette famille.

Si donc ces deux valises, dont j’étais effectivement chargée, représentent mes frères, comment et pourquoi devrais-je aujourd’hui m’en défaire alors que je ne les vois plus depuis plus de dix ans ? Parce qu’ils agissaient et agissent peut être encore, non pas dans la réalité de leur présence, mais dans la structure inconsciente de ma personnalité.

Je croyais devoir les sauver d’un désastre et cela m’a construite, avec des désirs, peurs et devoirs qui m’ont accompagnée toute ma vie et me freinent encore.

Il me semble possible que tout ce que j’ai pu vivre et raconter ici depuis un an m’a aidée à me débarrasser de ces poids virtuels et m’a donc libérée des chaînes du passé.

....

Samedi

Ceci étant,  je reste perplexe quant aux rencontres faites ces derniers temps, dans la vraie vie. Les mots d’un ami à qui son psychiatre lui avait demandé « s’il avait essayé les connes » résonnent curieusement en moi depuis quelques jours. Et si je me tournais de nouveau vers les gens « normaux »,  n’en serais-je pas plus heureuse ?

Or justement hier soir le hasard m’a offert une nouvelle rencontre, totalement fortuite, sur le jeu. En une heure de rôle play improvisé avec un inconnu, j’ai retrouvé le goût du RP et l’envie d’écrire de la fiction.

J’ai donc passé ma journée à préparer mon personnage en lui écrivant une histoire lui permettant d’intégrer la guilde du personnage rencontré hier.

Tandis que je perçois déjà, via le jeu, les petites joies simples que cette relation naissante me procure,  je commence à me dire que finalement j’aurais bien plus intérêt à me contenter de ce type d’émotions, même issues du virtuel, qu’à celles offertes par des personnes qu'immanquablement je fais fuir.

Pas très positive, comme idée. Peut-être le début de la fin.
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Re: Ici et maintenant.

Message par Fleur de Lotus le Jeu 22 Mar 2018 - 15:33

Accès au réel

Je ne pensais pas devoir et même pouvoir tomber plus bas, plonger plus profondément encore dans les méandres douloureux de mon inconscient. Pourtant c’est ce qui est en train de se passer.

C’est une rencontre sur le jeu qui a déclenché le dérapage vers une sous-couche que je n’avais pas imaginée.

J’étais déjà pourtant bien bas depuis ce rendez-vous manqué avec quelqu'un qui m’avait donné le sentiment que j’avais une personnalité qui ne pouvait que déranger et être fuie. Mais une rencontre fortuite sur le jeu il y a une semaine a achevé de m’anéantir.

Un peu avant l’heure de dîner, vendredi dernier, alors que j’étais en train de jouer tranquille sur un personnage sans aucune identité RP, un échange anodin HRP avec un inconnu s’est transformé en échange RP, étonnant, sincère et frais, qui a été repris deux heures plus tard pour durer toute la soirée, avec un plaisir partagé évident.

Le joueur, incarnant un personnage de marin militaire, ayant évoqué la possibilité que j’intègre sa guilde au moment de la déconnexion, dès le lendemain j’ai construit une identité pour mon personnage et j’ai dans la foulée posé ma candidature en vue de passer un entretien RP et intégrer la guilde, avec un petit texte de fiction reprenant une partie de la session de RP qui m’y avait incitée.

Est-ce parce que le maître de guilde m’a percée à jour, me connaissait, et ne voulait pas de moi, la joueuse, ou bien que ma présence contrecarrait ses plans, ou encore que mon personnage lui déplaisait fortement, toujours est-il que pour la toute première fois de ma vie de rôliste, et malgré un entretien RP sans problème d’aucune sorte, ma candidature a été rejetée.

J’étais en train d’écrire un second texte pour raconter la soirée de l’entretien lorsque sur le forum de la guilde j’ai vu apparaître la réponse négative.

Et cela m’a blessée à un point que je n’aurais pas imaginé.

Pire, le joueur qui lui même m’avait incitée à postuler et avec lequel j’avais échangé plusieurs fois ensuite pour évoquer des projets communs, parle de rendez-vous manqué comme il en arrive souvent et se dédouane de la situation en évoquant d’autres guildes pour mon personnage « sans doute non adapté » au RP de cette guilde.

Si je veux être honnête, mon personnage de médecin noble n’avait effectivement pas grand chose à faire dans cette guilde militaire et je l’ai senti le soir de l’entretien. J’y étais pour le joueur rencontré vendredi et la MG a dû le percevoir. Moi même je n’étais pas vraiment présente et je n’ai pas joué assez correctement mon personnage pour qu’il soit pris. Et ce qui s’est passé ensuite est assez logique.

Mais cela m’a blessée, et poussée encore plus dans un mal être dont j’ai grand peine à sortir.  J’ai même depuis trois jours une rage de dents. Rage « dedans ». Je suis en rage contre M., et surtout contre moi même, d’avoir démoli ma vie et de me retrouver aujourd’hui seule sans aucun avenir autre qu’une solitude que je n’ai pas choisie, en tout cas consciemment.


Pourtant….


« S’efforcer d’approcher son propre passé oblige à se comporter tel un homme qui creuse. Avant tout, il ne doit pas craindre de revenir sans cesse sur un seul et même complexe factuel, de le disperser comme on disperse de la terre, de le retourner comme on retourne le sol » écrit le  Philosophe Walter Benjamin cité par François Matheron dans le récit autobiographique de son  AVC, « L’homme qui ne savait plus écrire », Editions La découverte, un texte où il explique qu’avec la disparition totale de sa capacité langagière, il a eu accès au Réel, celui de la pensée pure d’avant le langage.

Or je pense que, malgré une tristesse lancinante et lourde, un déclic a peut-être eu lieu, avec ce rejet vécu mardi, salvateur pour ma personne intime. Peut-être enfin le cœur de ma névrose.

Car j’ai le sentiment d’avoir, en ces moments de douleur psychologique (je vais mal, c’est indéniable) et physique (ma rage de dents dure encore malgré la visite chez le dentiste hier, c’est même pire), comme un accès au Réel.

Je suis écrasée par la réalité physique, émotionnelle, sociale. Mais en même temps il me semble avoir accès à ce qui est derrière tout ça, une masse vibrante d’informations à l’état pur, à laquelle j’aimerais donner un sens.

Avant-hier matin, avec ma rage « dedans »  je me suis réveillée avec une nouvelle envie de reprendre les textes du premier fil de ZC et quelques textes RP récents avec l’idée de les classer, les remettre en forme, les insérer dans une trame réflexive afin d’en donner à lire un condensé remis en forme.

Peut-être qu’au sein de cette douleur je vais réussir à trouver un peu d’énergie créatrice pour écrire et surtout finaliser l’autobiographie d’une femme qui a tout détruit pour tenter de se construire elle-même.

Peut-être que tout ça n’est pas vain, que les pleurs qui ont tari en me laissant encore plus triste et lourde de cette prise de conscience, auront le bon goût de revenir et m’apporter toutes ces belles émotions qui m’ont quittée.

Peut-être suis-je en train de m’extraire du vide pour renaître à moi-même.

Peut-être.

Je suis revenue ici alors que l’envie de me dire avait bien disparu. Alors, oui, peut-être, pourquoi pas.
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Re: Ici et maintenant.

Message par Fleur de Lotus le Jeu 29 Mar 2018 - 12:25

Vérité singulière

Me voilà de nouveau plutôt confiante, positive, active sur mon livre, animée du désir d’être moi-même et c’est grâce au jeu, qui m’a relancée et me soutient, encore une fois et de nouveau.

Je n’en suis pas fière. C’est même le contraire, car je perçois très bien l’ironie de ma situation, mais peu importe, c’est moi et en ce sens, de l’exprimer ici est un pas de plus vers ce que je suis réellement, à savoir mon Désir et donc ma Vérité Singulière, comme aurait dit Lacan. Or c’est le but de cette introspection.
.

Samedi dernier, dans le jeu, l’un de mes personnages s’est trouvé debout à côté d’un des personnages du « danseur », apparemment par hasard, mais d’une part, là bas comme ailleurs, ce genre de hasard n’existe pas vraiment et surtout, j’étais occupée sur mon ordinateur depuis quelques minutes lorsque je l’ai vu sur mon écran, debout lui aussi à l’arrêt, comme « attendant » que je le vois.

Ce n’était pas la première fois, il n’était peut-être pas conscient de ce qu’il faisait (cela reste possible), mais là je n’ai pas pu m’empêcher de profiter de la situation pour lui écrire un « Coucou ! Ravie de te revoir ici ». Puis, dans la foulée, passées les quelques minutes vides qui ont suivi son lapidaire « Hé salut », je lui ai demandé des explications pour réaliser un objet du jeu qu’il savait faire.

Il n’était pas encore midi lorsque je l’ai topé. Nous nous sommes quittés vers 17h30, après avoir donc passé l’après-midi à jouer ensemble, donjons, conseils pour améliorer ma technique, mon équipement, etc. Il est parti pour se reposer, n’ayant apparemment pas dormi depuis plus de 24 heures et étant resté avec moi malgré la fatigue. Et moi j’avais retrouvé sourire et joie de vivre.

Ma fille venant le soir même, j’ai pu lui raconter cette après-midi et lui expliquer que si j’allais bien mieux que la veille, c’était uniquement pour cette raison.

Elle m’a demandé si je l’avais questionné, sur son absence, ou si j’en avais parlé avec lui, et ma réponse a été immédiate. « Non, absolument pas ». Non seulement cela aurait été certainement désagréable pour lui d’avoir à s’expliquer, mais en plus il est fort probable qu’il n’ait pas eu totalement conscience de l’impact de cette absence sur mon mental. Et puis la connexion a été instantanée, comme si rien ne s’était passé de grave, avec même quelques petites références à des moments passés ensemble au cours de l’été dernier. Je n’allais pas risquer de briser cette complicité retrouvée en cherchant des explications qui n’avaient aucune place dans ce Présent.

Le lendemain je suis allée au Musée d’Art Contemporain avec ma fille et j’ai bien senti que « quelque chose » avait bougé en moi. J’étais vraiment joyeuse, heureuse d’être là, avec elle, à regarder cette expo, en profiter avec elle. Et fait notable, je percevais mon entourage social différemment. Je m’en suis aperçue car je regardais avec intérêt et amusement (de moi-même) les hommes matures, et non plus les jeunes, étonnamment. Comme si d’avoir retrouvé une expression émotionnelle dans le jeu me rendait la vie réelle plus ouverte et donc plus belle.

Le soir même j’ai repris mon personnage RP,  laissé de côté depuis quelques semaines. J’avais de nouveau envie de la jouer, de m’amuser, de faire des rencontres simples et joyeuses, d’écrire avec elle et pour elle.  Et bien évidemment, cela a fonctionné. Je lui ai même trouvé un travail qui a été l’un de mes (nombreux) projets IRL. La voilà devenue écrivain public et les premiers retours de la communauté RP du serveur confirment le bien-fondé de ma proposition. Ce faisant elle a déjà rencontré plusieurs personnalités qui veulent l’aider, l’accompagner et partager des moments. Voilà donc un personnage qui va de nouveau évoluer avec plaisir, et moi avec.

Bref, le goût du jeu de rôle et de tout ce qu’il m’apporte me soutient à nouveau, et pour autant je ne me sens pas non plus enfermée dans le jeu, puisque j’ai retrouvé l’envie de sortir, d’aller au musée ou au cinéma, même seule, ou que j’envisagerai presque d’aller aux IRL du vendredi (selon le lieu tout de même).


Alors bien évidemment, cela me questionne.

Que s’est-il passé samedi dernier qui puisse ainsi me redonner goût à la vie, objectivement et inconsciemment ?

Objectivement, j’ai simplement pu partager un moment de jeu avec une personne, en fait un homme, c’est important, dont je ne sais quasiment rien, mais que je « capte » dans sa vibration intime. Et ce faisant j’ai pu trouver un écho à la mienne.

Objectivement encore, je sais parfaitement que je ne rencontrerai jamais ce joueur, même si j’ai pu y penser l’été dernier, avant de comprendre qu’il était tout de même bien cassé et donc incapable, lui, d’envisager une rencontre. Il s’agit donc d’une relation virtuelle, sans incidence sur mon quotidien autre que l’engagement que j’y mets au moment où je le décide. Ce qui ne m’empêche pas d’y être toute entière, avec sincérité, quand il est lui-même disponible (ce qui pour le moment reste très rare).

Mais peut-être qu’inconsciemment je joue avec cette idée d’une rencontre et que cela soutient mon mental au quotidien ? Peut-être aussi qu’il y a là, entre nos deux personnes qui ne se voient pas, comme un transfert psychanalytique, l’un servant de support aux projections de l’Autre ? Peut-être enfin que dans ces moments de jeu, le fait de pouvoir évoluer en dehors des difficultés de la vie réelle (argent, social, corps, etc), offre la possibilité de s’ouvrir à l’Autre avec bien plus de sincérité, et d’être plus « vrai », tout masque tombé, pour peu qu’en face il y a ait écho ?


Si cela était, qu’est ce que cela signifierait ?

Que j’ai besoin de la fiction plus que du réel…. Non, car samedi dernier, il n’y avait aucun jeu de rôle, c’était un moment de partage tout ce qu’il y a de plus réel, bien que virtuel. En dehors des difficultés de la vie quotidienne, et donc en un sens enfantin, c’est un fait, mais non pas ancré dans la fiction.

Que j’ai besoin de rêver l’Amour plutôt que de le vivre… Non plus, je ne crois pas. Même si j’ai été comme amoureuse de ce joueur, je suis restée consciente du processus projectif. De plus il s’agit ici de connexion et donc de vibration d’âme à âme, plutôt que d’Amour.

Que j’ai besoin d’une connexion forte et vraie avec une personne mais sans la crainte de perdre ma liberté, ou d’emporter l’autre avec moi…  Peut-être.

Que donc je souffre de ne pas pouvoir m’exprimer entièrement dans la vie réelle alors que, lorsqu’il y a connexion, comme avec ce joueur, je peux être moi même sans peur d’aucune sorte… Possible. Il est clair que lorsque je ressens une connexion forte avec un homme susceptible de pouvoir passer au statut d’amoureux, dans la vie réelle, tous mes warnings se mettent à clignoter et je suis à l’affût de tout risque de dérapage, d’un côté comme de l’autre. Ce qui m’éteint partiellement. D’où l’avantage de la rencontre ludique virtuelle, une liberté d’être soi-même que seuls les vrais joueurs en ligne peuvent comprendre.

Qu’en m’exprimant sincèrement comme jamais auparavant, puis aimant de même, et ce grâce et via le jeu, j’ai entamé en 2010 avec M. le difficile parcours qui mène à ma Vérité singulière et que toute nouvelle rencontre singulière dans le jeu me remet sur ce chemin... Probable.

Que ce chemin est difficile à emprunter lorsqu’on est seule, et que, ne pouvant partager cette expérience dans la vraie vie, j’en suis à me projeter sur un Autre virtuel pour me soutenir dans cette quête difficile… Certain.

.......

Autrement dit, l’introspection comme je le vis ici est nécessaire mais non suffisante. Elle me permet de comprendre qui je suis,  d’avancer sur le chemin de ma Vérité, elle me permet aussi de créer, de me créer, et peut-être même de faire Oeuvre. Mais elle ne me soutient pas émotionnellement.

C’est le problème de la page blanche pour l’écrivain ou de la toile vierge pour le peintre. Il faut aller creuser en soi pour extirper de la masse informe du Réel ce qui pourra être donné à voir, lire, entendre et fera Oeuvre. Et c’est épuisant.

Etre Soi, c’est une belle aventure. Trouver sa Vérité intérieure est probablement la seule action qui fasse sens ici bas. Mais quand cette vérité intérieure consiste à être vivant et partager l’Amour, comme je l’ai écrit sur un autre fil, comment le vivre si on est seule ?

La Foi est un moyen. L’Art en est un autre. Mais il reste évident que si la place de l’Autre reste vacante, cela risque de rester relativement stérile. Car malgré tout, je reste à penser que toute Vérité intime, bien que singulière, se trouve dans l'échange.
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Re: Ici et maintenant.

Message par Invité le Jeu 29 Mar 2018 - 13:55

Etrange résonnance...
je comprends, je pense,
ce que tu vis...
et te lis.

Tu écris bien et analyse justement.
Merci.

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