Vos poèmes préférés

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Message par Invité Mer 20 Mai 2020 - 12:14

Un contemporain... Eugène Pottier (un recueil)


CASERNE ET FORÊT

A Paul AVENEL (Lice chansonnière)

    J'espérais à Fontainebleau
Savourer les bois solitaires,
Mais par malheur ce lieu si beau
    Grouille de militaires.

Parmi la feuille et le granit,
Dès l'aube en soldat malhonnête
Réveille l'oiseau dans son nid,
    Au son de la trompette.

Le silence étend son velours
Dans le creux d'un vallon sauvage ;
Mais sur les rochers, des tambours
    Font leur apprentissage.

Refaisant le monde et chantant
L'avenir large et l'espérance,
On s'éveille en sursaut, heurtant
    Un pantalon garance.

Puant fort le vin et l'amour,
Des femmes à soldats font tache
Sur des prés où jusqu'à ce jour
    J'ai vu paître la vache.

Ne pourrions-nous pas - en secret -
Sans nuire au pouvoir qui gouverne,
Une nuit porter la forêt
    Bien loin de la caserne ?...


A Fontainebleau — Août 1867


La lice chansonnière:
La Lice chansonnière

Vos poèmes préférés - Page 8 149px-Centenaire_de_la_Lice_chansonni%C3%A8re

L'art de la goguette

découverte...:


Elisa Fleury, goguettière, seule femme admise à la Lice Chansonnière et autrice du Réveil-Matin

LE RÉVEIL-MATIN

I

Ma vieille tante Gribiche,
En fermant les yeux,
Ne laissa, n’étant pas riche,
Rien de précieux.


Hier on fit le partage
Du pauvre butin,
Et j’eus pour tout héritage
Son réveil-matin.

II

Or, cette samaritaine
Vient mal à propos :
Il faut à ma soixantaine
Beaucoup de repos.
Pour que le sommeil m’abrège
Un triste destin.
Voyons à qui donnerai-je
Mon réveil-matin ?

III

Ce petit clerc de notaire,
Que je vois là-haut,
A, dit-on, beaucoup à faire,
C’est ce qui lui faut.
Mais il lorgne la voisine,
Brune à l’œil mutin,
Qui lui tient lieu, j’imagine,
De réveil-matin.

IV

Ce monsieur, qui n’a ni rentes
Ni profession,
Suit les modes délirantes
De la fashion ;
Dans son logis que tapisse
Velours ou satin,
Les créanciers font l’office
De réveil-matin.

V

Cet autre, à l’œil de vipère,
Qui loge au grenier,
N’est bon époux ni bon père.
Il est usurier.
Au jour l’écho me rejette
Un son argentin,
Cet homme a dans sa cassette
Son réveil-matin.

VI

Voici la douce Marie
Dont le père est mort,
La pauvre enfant pleure, prie,
Soupire et s’endort ;
Orpheline, elle est sans armes
Contre le destin ;
Ne donnons pas à ses larmes
Un réveil-matin.

VII

Plus bas, quelle joie éclate ?
Bon, j’ai deviné,
L’heureux ménage d’Agathe
Compte un premier né.
Dieu, quand il met sur la terre
L’ange ou le lutin,
Attache au cœur d’une mère
Un réveil-matin !


VIII

Triste ou gai, dans cette vie,
Chacun a le sien,
Et personne, je parie,
Ne voudra du mien.
Si l’on me fait cette niche
J’irai, c’est certain,
Rendre à ma tante Gribiche
Son réveil-malin.


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Message par Sarty Mer 20 Mai 2020 - 21:21

Spoiler:
("La morale de la pensée consiste à ne témoigner ni d'un entêtement borné ni d'un détachement souverain, à mettre en oeuvre une réflexion qui ne soit ni aveugle ni vide, ni trop atomisée ni trop systématique. La duplicité de la méthode hégélienne, à laquelle la Phénoménologie de l'esprit doit sa réputation de difficulté insondable qu'elle a chez bien des gens raisonnables - cette double exigence qui veut simultanément laisser les phénomènes parler d'eux-mêmes, autrement dit le "pur regard", et cependant maintenir présente à chaque instant leur relation à la conscience comme sujet, c'est-à-dire la dimension de la réflexion - cette dualité est l'expression la plus exacte d'une telle morale dans toute la profondeur de ces contradictions auxquelles elle est confrontée." Theodor Adorno, minima moralia §46.)

Francis Ponge a écrit:
FAUNE ET FLORE

La faune bouge, tandis que la flore se déplie à l'œil.
Toute une sorte d'êtres animés est directement assumée par le sol.
Ils ont au monde leur place assurée, ainsi qu'à l'ancienneté leur décoration.
Différents en ceci de leurs frères vagabonds, ils ne sont pas surajoutés au monde, importuns au sol. Ils n'errent pas à la recherche d'un endroit pour leur mort, si la terre comme des autres absorbe soigneusement leurs restes.
Chez eux, pas de soucis alimentaires ou domiciliaires, pas d'entre-dévoration : pas de terreurs, de courses folles, de cruautés, de plaintes, de cris, de paroles. Ils ne sont pas les corps seconds de l'agitation, de la fièvre et du meurtre.
Dès leur apparition au jour, ils ont pignon sur rue, ou sur route. Sans aucun souci de leurs voisins, ils ne rentrent pas les uns dans les autres par voie d'absorption. Ils ne sortent pas les uns des autres par gestation.
Ils meurent par dessication et chute au sol, ou plutôt affaissement sur place, rarement par corruption. Aucun endroit de leur corps particulièrement sensible, au point que percé il cause la mort de toute la personne. Mais une sensibilité relativement plus chatouilleuse au climat, aux conditions d'existence.

Ils ne sont pas... Ils ne sont pas-
Leur enfer est d'une autre sorte.

Ils n'ont pas de voix. Ils sont à peu de chose près paralytiques. Ils ne peuvent attirer l'attention que par leurs poses. Ils n'ont pas l'air de connaître les douleurs de la non-justification. Mais ils ne pourraient en aucune façon échapper par la fuite à cette hantise, ou croire y échapper, dans la griserie de la vitesse. Il n'y a pas d'autre mouvement en eux que l'extension. Aucun geste, aucune pensée, peut-être aucun désir, aucune intention, qui n'aboutisse à un monstrueux accroissement de leur corps, à une irrémédiable excroissance.
Ou plutôt, et c'est bien pire, rien de monstrueux par malheur : malgré tous leurs efforts pour « s'exprimer », ils ne parviennent jamais qu'à répéter un million de fois la même expression, la même feuille. Au printemps, lorsque, las de se contraindre et n'y tenant plus, ils laissent échapper un flot, un vomissement de vert, et croient entonner un cantique varié, sortir d'eux-mêmes, s'étendre à toute la nature, l'embrasser, ils ne réussissent encore que, à des milliers d'exemplaires, la même note, le même mot, la même feuille.
L'on ne peut sortir de l'arbre par des moyens d'arbre.

*

« Ils ne s'expriment que par leurs poses. »
Pas de gestes, ils multiplient seulement leurs bras, leurs mains, leurs doigts, — à la façon des bouddhas. C'est ainsi qu'oisifs, ils vont jusqu'au bout de leurs pensées. Ils ne sont qu'une volonté d'expression. Us n'ont rien de caché pour eux-mêmes, ils ne peuvent garder aucune idée secrète, ils se déploient entièrement, honnêtement, sans restriction.
Oisifs, ils passent leur temps à compliquer leur propre forme, à parfaire dans le sens de la plus grande complication d'analyse leur propre corps. Où qu'ils naissent, si cachés qu'ils soient, ils ne s'occupent qu'à accomplir leur expression : ils se préparent, ils s'ornent, ils attendent qu'on vienne les lire.
Ils n'ont à leur disposition pour attirer l'attention sur eux que leurs poses, que des lignes, et parfois un signa] exceptionnel, un extraordinaire appel aux yeux et à l'odorat sous forme d'ampoules ou de bombes lumineuses et parfumées, qu'on appelle leurs fleurs, et qui sont sans doute des plaies.
Cette modification de la sempiternelle feuille signifie certainement quelque chose.

*

Le temps des végétaux : ils semblent toujours figés, immobiles. On tourne le dos pendant quelques jours, une semaine, leur pose s'est encore précisée, leurs membres multipliés. Leur identité ne fait pas de doute, mais leur forme s'est de mieux en mieux réalisée.

*

La beauté des fleurs qui fanent : les pétales se tordent comme sous l'action du feu : c'est bien cela d'ailleurs : une déshydratation. Se tordent pour laisser apercevoir les graines à qui ils décident de donner leur chance, le champ libre.
C'est alors que la nature se présente face à la fleur, la force à s'ouvrir, à s'écarter : elle se crispe, se tord, elle recule, et laisse triompher la graine qui sort d'elle qui l'avait préparée.

*

Le temps des végétaux se résout à leur espace, à l'espace qu'ils occupent peu à peu, remplissant un canevas sans doute à jamais déterminé. Lorsque c'est fini, alors la lassitude les prend, et c'est le drame d'une certaine saison.
Comme le développement de cristaux : une volonté de formation, et une impossibilité de se former autrement que d'une manière.

*

Parmi les êtres animés on peut distinguer ceux dans lesquels, outre le mouvement qui les fait grandir, agit une force par laquelle ils peuvent remuer tout ou partie de leur corps, et se déplacer à leur manière par le monde, — et ceux dans lesquels il n'y a pas d'autre mouvement que l'extension.
Une fois libérés de l'obligation de grandir, les premiers s'expriment de plusieurs façons, à propos de mille soucis de logement, de nourriture, de défense, de certains jeux enfin lorsqu'un certain repos leur est accordé.
Les seconds, qui ne connaissent pas ces besoins pressants, l'on ne peut affirmer qu'ils n'aient pas d'autres intentions ou volonté que de s'accroître mais en tout cas toute volonté d'expression de leur part est impuissante, sinon à développer leur corps, comme si chacun de nos désirs nous coûtait l'obligation désormais de nourrir et de supporter un membre supplémentaire. Infernale multiplication de substance à l'occasion de chaque idée ! Chaque désir de fuite m'alourdit d'un nouveau chaînon!

*

Le végétal est une analyse en acte, une dialectique originale dans l'espace. Progression par division de l'acte précédent. L'expression des animaux est orale, ou mimée par gestes qui s'effacent les uns les autres. L'expression des végétaux est écrite, une fois pour toutes. Pas moyen d'y revenir, repentirs impossibles : pour se corriger, il faut ajouter. Corriger un texte écrit, et paru, par des appendices, et ainsi de suite. Mais, il faut ajouter qu'ils ne se divisent pas à l'infini. Il existe à chacun une borne.
Chacun de leurs gestes laisse non pas seulement une trace comme il en est de l'homme et de ses écrits, il laisse une présence, une naissance irrémédiable, et non détachée d'eux.

*

Leurs poses, ou « tableaux-vivants » : muettes instances, supplications, calme fort, triomphes.



L'on dit que les infirmes, les amputés voient leurs facultés se développer prodigieusement : ainsi des végétaux : leur immobilité fait leur perfection, leur fouillé, leurs belles décorations, leurs riches fruits.

*

Aucun geste de leur action n'a d'effet en dehors d'eux-mêmes.

*

La variété infinie des sentiments que fait naître le désir dans l'immobilité a donné lieu à l'infinie diversité de leurs formes.

*

Un ensemble de lois compliquées à l'extrême, c'est-à-dire le plus parfait hasard, préside à la naissance, et au placement des végétaux sur la surface du globe.
La loi des indéterminés déterminants.

*

Les végétaux la nuit.
L'exhalaison de l'acide carbonique par la fonction chlorophyllienne, comme un soupir de satisfaction qui durerait des heures, comme lorsque la plus basse corde des instruments à cordes, le plus relâchée possible, vibre à la limite de la musique, du son pur, et du silence.

P. Katerine a écrit:Ils ne savent pas vraiment comment ils sont coiffés.
On dirait toujours qu'ils sont un peu bourrés.
La notion d'argent leur est inconnue.
Pour eux ça n'a pas d'importance d'être nu.
Ils peuvent d'un escargot se faire un ami.
Un ami délaissé pour un pissenlit.
Ils restent une heure dans leur caca et ça ne les dérange pas,
Avoir une grosse tête des p'tits bras,
Être bipolaire.
Les enfants de moins de trois ans,
C'est pas comme nous, c'est pas comme nous, c'est pas comme
nous, c'est pas comme nous, c'est pas comme nous.
Au cim'tière ils se remplissent les poches de graviers,
Quand autour du mort on est tous à pleurer.
Ils ne parlent jamais ni d'avenir ni de passé,
D'ailleurs ils ne savent pas conjuguer.
Ils comprennent des choses qu'on ne comprend plus.
Ils savent des choses qu'on ne sait plus.
Les enfants de moins de trois ans, les enfants de moins de
trois ans, les enfants de moins de trois ans, les enfants de
moins de trois ans,
C'est pas comme nous, c'est pas comme nous, c'est pas comme
nous, c'est pas comme nous, c'est pas comme nous.
Ils disent c'est beau une bouteille en plastique.
C'est vrai que c'est beau les bouteilles en plastique.
(C'est vrai que c'est beau les bouteilles en plastique,
c'est vrai que c'est beau les bouteilles en plastique, c'est
vrai que c'est beau les bouteilles en plastique)
Et le hérisson il est où?
Le hérisson il est où?
Il est en prison...


Dernière édition par Chine le Mer 26 Aoû 2020 - 23:46, édité 1 fois
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Message par Basilice Mer 20 Mai 2020 - 22:36

Arbres

Chevaux sauvages et sages
A la crinière verte
Au grand galop discret
Dans le vent vous piaffez
Debout dans le soleil vous dormez
Et rêvez.

Jacques Prévert
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Message par MoojiKadja Dim 24 Mai 2020 - 16:18

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Message par izo Dim 24 Mai 2020 - 18:16

Roger Notoire (2330-2431)

Je naquis sans savoir un mot,
à quinze ans j'en savais dix mille,
et n'étais pas plus avancé.  

A vingt ans j'en savais cent mille
mais je n'y comprenais rien,
sauf aux cris.  

A trente ans j'appris à hurler
quand je me sentis coupé
en deux mais toujours entier.

A quarante ans,
grâce à la patience de mes maîtres,
j'appris à dire quelques mots.  

A soixante ans je m'entourai
d'un rempart de discours
pour protéger mon silence.

A quatre-vingts ans,
à mes quatre-vingts petits enfants
je racontai six cent quarante mille histoires.  

A cent ans je fis mes bagages,
mis la clef sous le paillasson
et dis : bonsoir, la compagnie
izo
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Message par Invité Mar 2 Juin 2020 - 3:27

Si tu dois m'aimer, que ce soit pour rien,
sinon pour l'amour lui-même. Ne dis pas
"Je l'aime pour son sourire...son allure...sa façon
douce de parler, pour son esprit malin
qui s'accorde au mien et m'apporte
le bien-être exquis de tel jour. "
Car ces choses en soi, Aimé, peuvent
changer ou changer pour toi _et l'amour, ainsi tissé
peut se dénouer de même. Ne m'aime pas
pour les larmes qui coulent sur mes joues.
Elle pourrait oublier de pleurer, celle qui jouit
longtemps de ta présence, et ainsi perdre ton amour!
Mais aime-moi pour l'amour, pour aimer toujours,
dans l'éternité de l'amour.



- Elisabeth Barrett Browning

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Message par Invité Mar 2 Juin 2020 - 3:38

Toute chose, tout être
est une outre emplie de merveilles.

Sois connaisseur,
goûte avec délicatesse.

Tout vin peut t’élever
choisis comme un roi, choisis le plus pur.


- Rûmî

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Message par Sarty Mar 2 Juin 2020 - 13:27

Ces mille questions
    Qui se ramifient
N'amènent, au fond,
Qu'ivresse et folies ;
Reconnais ce tour
Si gai, si facile :
Ce n'est qu'onde, flore,
Et c'est ta famille !
Puis elle chante. Ô
Si gai, si facile,
Et visible à l’œil nu...
- Je chante avec elle -
Reconnais ce tour
Si gai, si facile,
Ce n'est qu'onde, flore,
Et c'est ta famille !... etc...

Rimbaud, Fêtes de la patience, IV
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Message par Invité Ven 12 Juin 2020 - 22:54

je suis...
mes ailes ?
deux pétales pourris
ma raison?
des petits verres de vin aigre
ma vie ?
un vide bien pensé
mon corps
une entaille sur la chaise
mon va-et-vient ?
un gong enfantin
mon visage ?
un zéro dissimulé
mes yeux?
ah! des morceaux d’infini

Au centre du poème il y a un autre poème,
au centre du centre il y a une absence,
au centre de l’absence il y a mon ombre.

Ivre du silence
des jardins abandonnés
ma mémoire s'ouvre et se ferme
comme une porte au vent

Alejandra Pizarnik

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Message par St'ban Ven 12 Juin 2020 - 23:03



"Dans la maison blanche se meurt
la perdition des hommes.
Cent pouliches caracolent
Leurs cavaliers sont morts.
Et sous la palpitante
constellation des lampes,
tremble sa jupe moirée
entre ses cuisses de bronze.
Cent pouliches caracolent.
Leurs cavaliers sont morts.
De longues ombres affilées
viennent du trouble horizon
et le bourdon d'une guitare
se rompt.
Cent pouliches caracolent.
Leurs cavaliers sont morts."

Federico Garcia Lorca
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Message par Invité Ven 19 Juin 2020 - 2:14

J'ai avalé une fameuse gorgée de poison. - Trois fois béni soit le conseil qui m'est arrivé ! - Les entrailles me brûlent. La violence du venin tord mes membres, me rend difforme, me terrasse. Je meurs de soif, j'étouffe, je ne puis crier. C'est l'enfer, l'éternelle peine ! Voyez comme le feu se relève ! Je brûle comme il faut. Va, démon !

J'avais entrevu la conversion au bien et au bonheur, le salut. Puis-je décrire la vision, l'air de l'enfer ne souffre pas les hymnes ! C'était des millions de créatures charmantes, un suave concert spirituel, la force et la paix, les nobles ambitions, que sais-je ?

Les nobles ambitions !

Et c'est encore la vie ! - Si la damnation est éternelle ! Un homme qui veut se mutiler est bien damné, n'est-ce pas ? Je me crois en enfer, donc j'y suis. C'est l'exécution du catéchisme. Je suis esclave de mon baptême. Parents, vous avez fait mon malheur et vous avez fait le vôtre. Pauvre innocent ! - L'enfer ne peut attaquer les païens. - C'est la vie encore ! Plus tard, les délices de la damnation seront plus profondes. Un crime, vite, que je tombe au néant, de par la loi humaine.

Tais-toi, mais tais-toi !... C'est la honte, le reproche, ici : Satan qui dit que le feu est ignoble, que ma colère est affreusement sotte. - Assez !... Des erreurs qu'on me souffle, magies, parfums faux, musiques puériles. - Et dire que je tiens la vérité, que je vois la justice : j'ai un jugement sain et arrêté, je suis prêt pour la perfection... Orgueil. - La peau de ma tête se dessèche. Pitié ! Seigneur, j'ai peur. J'ai soif, si soif ! Ah ! l'enfance, l'herbe, la pluie, le lac sur les pierres, le clair de lune quand le clocher sonnait douze... le diable est au clocher, à cette heure. Marie ! Sainte-Vierge !... - Horreur de ma bêtise.

Là-bas, ne sont-ce pas des âmes honnêtes, qui me veulent du bien... Venez... J'ai un oreiller sur la bouche, elles ne m'entendent pas, ce sont des fantômes. Puis, jamais personne ne pense à autrui. Qu'on n'approche pas. Je sens le roussi, c'est certain.

Les hallucinations sont innombrables. C'est bien ce que j'ai toujours eu : plus de foi en l'histoire, l'oubli des principes. Je m'en tairai : poètes et visionnaires seraient jaloux. Je suis mille fois le plus riche, soyons avare comme la mer.

Ah ça ! l'horloge de la vie s'est arrêtée tout à l'heure. Je ne suis plus au monde. - La théologie est sérieuse, l'enfer est certainement en bas - et le ciel en haut. - Extase, cauchemar, sommeil dans un nid de flammes.

Que de malices dans l'attention dans la campagne... Satan, Ferdinand, court avec les graines sauvages... Jésus marche sur les ronces purpurines, sans les courber... Jésus marchait sur les eaux irritées. La lanterne nous le montra debout, blanc et des tresses brunes, au flanc d'une vague d'émeraude...

Je vais dévoiler tous les mystères : mystères religieux ou naturels, mort, naissance, avenir, passé, cosmogonie, néant. Je suis maître en fantasmagories.

Écoutez !...

J'ai tous les talents ! - Il n'y a personne ici et il y a quelqu'un : je ne voudrais pas répandre mon trésor. - Veut-on des chants nègres, des danses de houris ? Veut-on que je disparaisse, que je plonge à la recherche de l'anneau* ? Veut-on ? Je ferai de l'or, des remèdes.

Fiez-vous donc à moi, la foi soulage, guide, guérit. Tous, venez, - même les petits enfants, - que je vous console, qu'on répande pour vous son coeur, - le coeur merveilleux ! - Pauvres hommes, travailleurs ! Je ne demande pas de prières ; avec votre confiance seulement, je serai heureux.

- Et pensons à moi. Ceci me fait peu regretter le monde. J'ai de la chance de ne pas souffrir plus. Ma vie ne fut que folies douces, c'est regrettable.

Bah ! faisons toutes les grimaces imaginables.

Décidément, nous sommes hors du monde. Plus aucun son. Mon tact a disparu. Ah ! mon château, ma Saxe, mon bois de saules. Les soirs, les matins, les nuits, les jours... Suis-je las !

Je devrais avoir mon enfer pour la colère, mon enfer pour l'orgueil, - et l'enfer de la caresse ; un concert d'enfers.

Je meurs de lassitude. C'est le tombeau, je m'en vais aux vers, horreur de l'horreur ! Satan, farceur, tu veux me dissoudre, avec tes charmes. Je réclame. Je réclame ! un coup de fourche, une goutte de feu.

Ah ! remonter à la vie ! Jeter les yeux sur nos difformités. Et ce poison, ce baiser mille fois maudit ! Ma faiblesse, la cruauté du monde ! Mon Dieu, pitié, cachez-moi, je me tiens trop mal ! - Je suis caché et je ne le suis pas.

C'est le feu qui se relève avec son damné.


Arthur Rimbaud - Nuit de l'enfer



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Message par ludion Ven 19 Juin 2020 - 8:46

Charles Baudelaire a écrit:
Alchimie de la Douleur

L'un t'éclaire avec son ardeur,
L'autre en toi met son deuil, Nature !
Ce qui dit à l'un : Sépulture !
Dit à l'autre : Vie et splendeur !

Hermès inconnu qui m'assistes
Et qui toujours m'intimidas,
Tu me rends l'égal de Midas,
Le plus triste des alchimistes ;

Par toi je change l'or en fer
Et le paradis en enfer ;
Dans le suaire des nuages

Je découvre un cadavre cher,
Et sur les célestes rivages
Je bâtis de grands sarcophages.
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Message par ludion Ven 19 Juin 2020 - 8:49

Marguerite Yourcenar a écrit:
Ceux qui nous attendaient

Ceux qui nous attendaient, se sont lassés d’attendre,
Et sont morts sans savoir que nous allions venir,
Ont refermé leurs bras qu’ils ne peuvent plus tendre,
Nous léguant un remords au lieu d’un souvenir.
Les prières, les fleurs, le geste le plus tendre,
Sont des présents tardifs que rien ne peut bénir;
Les vivants par les morts ne se font pas entendre;
La mort, quand vient la mort, nous joint sans nous unir.
Nous ne connaîtrons pas la douceur de leurs tombes.
Nos cris, lancés trop tard, se fatiguent, retombent,
Pénètrent sans écho la sourde éternité;
Et les morts dédaigneux, ou forcés de se taire,
Ne nous écoutent pas, au seuil noir du mystère,
Pleurer sur un amour qui n’a jamais été.
ludion
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Message par Kafka Mar 23 Juin 2020 - 1:48

Ses purs ongles très haut dédiant leur onyx,
L'Angoisse, ce minuit, soutient, lampadophore,
Maint rêve vespéral brûlé par le Phénix
Que ne recueille pas de cinéraire amphore

Sur les crédences, au salon vide : nul ptyx
Aboli bibelot d'inanité sonore,
(Car le Maître est allé puiser des pleurs au Styx
Avec ce seul objet dont le Néant s'honore.)

Mais proche la croisée au nord vacante, un or
Agonise selon peut-être le décor
Des licornes ruant du feu contre une nixe,

Elle, défunte nue en le miroir, encor
Que, dans l'oubli fermé par le cadre, se fixe
De scintillations sitôt le septuor.


Mallarmé, Sonnet en X
Pas un choix très original mais j'aime beaucoup ce poème en dépit de sa nébulosité.


Kafka

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Message par ludion Mer 1 Juil 2020 - 14:01

Théodore de Banville a écrit:
La Vie et la Mort

J’ai vu ces songeurs, ces poètes,
Ces frères de l’aigle irrité,
Tous montrant sur leurs nobles têtes
Le signe de la Vérité.

Et près d’eux, comme deux statues
Qui naquirent d’un même effort,
Se tenaient, de blancheur vêtues,
Deux vierges, la Vie et la Mort.

J’ai vu le mendiant Homère,
Le grand Eschyle au cœur sans fiel,
Chauve, et dans sa vieillesse amère
Insulté par le vent du ciel;

J’ai vu le lyrique Pindare,
L’élève divin de Myrtis
Dont un roi prenait la cithare,
Comme le chevreau broute un lys;

J’ai vu mon père Aristophane
Blessé par des mots odieux,
Et devant le peuple profane
Défendant Eschyle et ses Dieux;

J’ai vu buvant la sombre lie
De ses calices triomphants,
Sophocle, accusé de folie
Et maltraité par ses enfants;

J’ai vu portant l’affreux stigmate,
Ovide fugitif, buvant
Le lait d’une jument sarmate
Au désert glacé par le vent;

J’ai vu Dante en exil, et Tasse
Abandonné par sa raison,
Collant sa face morne et lasse
Aux noirs barreaux de sa prison.

Pareil au lion qui soupire
Sous le vil fouet de ses gardiens,
Hélas ! j’ai vu le dieu Shakspere
Aux gages des comédiens;

J’ai vu Cervantes, pauvre esclave,
Au bagne exhalant ses sanglots,
Et Camoëns sanglant et hâve
Luttant dans l’écume des flots;

J’ai vu, tant le destin se joue
En des caprices insensés,
Corneille marchant dans la boue
Avec ses souliers rapiécés,

Et Racine, cet idolâtre,
Tombant les regards éblouis
Par le tonnerre de théâtre
Que lançaient les yeux de LOUIS,

Et Chénier, dont le trait rapide
Atteignait sa victime au flanc,
Versant sur l’échafaud stupide
La belle pourpre de son sang.

Brillant de la splendeur première,
Tous ces grands exilés des cieux,
Tous ces hommes porte-lumière
Avaient des astres dans leurs yeux.

Lorsqu’elle frappait notre oreille
Avec le bruit du flot amer,
Leur voix immense était pareille
À la tumultueuse mer,

Et leur rire plein d’étincelles
Semblait lancer dans l’aquilon
Des flèches pareilles à celles
De l’archer Phœbus Apollon.

Pourtant sans foyer et sans joie,
Sous les cieux incléments et froids
Ils traînaient leur misère, proie
De la foule, ou jouet des rois.

Et dans ses colères, la Vie,
Brisant ce qui leur était cher,
D’une dent folle, inassouvie,
Mordait cruellement leur chair.

Les mettant dans la troupe vile
Des mendiants que nous raillons,
Elle les poussait dans la ville
Affublés de sombres haillons;

Sur eux acharnée en sa rage,
Et voulant les réduire enfin,
Elle leur prodiguait l’outrage,
La pauvreté, l’exil, la faim,

Et les pourchassait, misérables
Qui n’espèrent plus de rachats,
Ayant tous leurs fronts vénérables
Souillés de ses impurs crachats!

Mais enfin la compagne sûre
Venait; la radieuse Mort
Lavait tendrement la blessure
De leurs seins exempts de remord.

Ainsi que les mères farouches
Qui sont prodigues du baiser,
Elle les baisait sur leurs bouches
Doucement, pour les apaiser.

Sous leurs pas, ainsi qu’une Omphale,
Elle étendait au grand soleil
La rouge pourpre triomphale
Pour leur faire un tapis vermeil,

Et sur leurs fronts brillants de gloire
Devant le peuple meurtrier,
Avec ses belles mains d’ivoire
Elle attachait le noir laurier.
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Vos poèmes préférés - Page 8 Empty Re: Vos poèmes préférés

Message par Sarty Mer 26 Aoû 2020 - 23:32

« Eh ! quoi ! vous ici, mon cher ? Vous, dans un mauvais lieu ! vous, le buveur de quintessences ! vous, le mangeur d’ambroisie ! En vérité, il y a là de quoi me surprendre.
— Mon cher, vous connaissez ma terreur des chevaux et des voitures. Tout à l’heure, comme je traversais le boulevard, en grande hâte, et que je sautillais dans la boue, à travers ce chaos mouvant où la mort arrive au galop de tous les côtés à la fois, mon auréole, dans un mouvement brusque, a glissé de ma tête dans la fange du macadam. Je n’ai pas eu le courage de la ramasser. J’ai jugé moins désagréable de perdre mes insignes que de me faire rompre les os. Et puis, me suis-je dit, à quelque chose malheur est bon. Je puis maintenant me promener incognito, faire des actions basses, et me livrer à la crapule, comme les simples mortels. Et me voici, tout semblable à vous, comme vous voyez !
— Vous devriez au moins faire afficher cette auréole, ou la faire réclamer par le commissaire.
— Ma foi ! non. Je me trouve bien ici. Vous seul, vous m’avez reconnu. D’ailleurs la dignité m’ennuie. Ensuite je pense avec joie que quelque mauvais poëte la ramassera et s’en coiffera impudemment. Faire un heureux, quelle jouissance ! et surtout un heureux qui me fera rire ! Pensez à X, ou à Z ! Hein ! comme ce sera drôle ! »

Perte d'auréole

Malheureux peut-être l’homme, mais heureux l’artiste que le désir déchire !
Je brûle de peindre celle qui m’est apparue si rarement et qui a fui si vite, comme une belle chose regrettable derrière le voyageur emporté dans la nuit. Comme il y a longtemps déjà qu’elle a disparu !
Elle est belle, et plus que belle ; elle est surprenante. En elle le noir abonde : et tout ce qu’elle inspire est nocturne et profond. Ses yeux sont deux antres où scintille vaguement le mystère, et son regard illumine comme l’éclair : c’est une explosion dans les ténèbres.
Je la comparerais à un soleil noir, si l’on pouvait concevoir un astre noir versant la lumière et le bonheur. Mais elle fait plus volontiers penser à la lune, qui sans doute l’a marquée de sa redoutable influence ; non pas la lune blanche des idylles, qui ressemble à une froide mariée, mais la lune sinistre et enivrante, suspendue au fond d’une nuit orageuse et bousculée par les nuées qui courent ; non pas la lune paisible et discrète visitant le sommeil des hommes purs, mais la lune arrachée du ciel, vaincue et révoltée, que les Sorcières thessaliennes contraignent durement à danser sur l’herbe terrifiée !
Dans son petit front habitent la volonté tenace et l’amour de la proie. Cependant, au bas de ce visage inquiétant, où des narines mobiles aspirent l’inconnu et l’impossible, éclate, avec une grâce inexprimable, le rire d’une grande bouche, rouge et blanche, et délicieuse, qui fait rêver au miracle d’une superbe fleur éclose dans un terrain volcanique.
Il y a des femmes qui inspirent l’envie de les vaincre et de jouir d’elles ; mais celle-ci donne le désir de mourir lentement sous son regard.

Le désir de peindre

(Baudelaire, Spleen de Paris)
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Message par Invité Mer 7 Oct 2020 - 1:43

cette nuit j'ai vu
mais non.

personne n'a la couleur
du désir le plus profond.

- Alejandra Pizarnik


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Message par Invité Jeu 15 Oct 2020 - 0:48

Rimbaud a écrit:Ces poètes seront! Quand sera brisé l'infini servage de la femme, quand elle vivra pour elle et par elle, l'homme, - jusqu'ici abominable, - lui ayant donné son renvoi, elle sera poète, elle aussi! La femme trouvera de l'inconnu! Ses mondes d'idées différeront-ils des nôtres? Elle trouvera des choses étranges, insondables, repoussantes, délicieuses; nous les prendrons, nous les comprendrons.  

Et dans ces temps-là, quelqu'une écrivait déjà dans sa chambre :

I’m nobody! Who are you?
Are you nobody, too?
Then there ‘s a pair of us — don’t tell!
They ‘d banish us, you know.
How dreary to be somebody!
How public, like a frog
To tell your name the livelong day
To an admiring bog!

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Message par paຮލຮage Dim 8 Nov 2020 - 23:47

Renée Vivien

.


.


Vos poèmes préférés - Page 8 105487474_o

.

.


.


La marée, en dormant, prolonge un souffle égal,
L’âme des conques flotte et bruit sur les rives
Tout m’est hostile, et ma jeunesse me fait mal.
Je suis lasse d’aimer les formes fugitives.
Debout, je prends mon cœur où l’amour fut hier
Si puissant, et voici : je le jette à la mer.

Qu’une vague légère et dansante l’emporte,
Que la mer l’associe à son profond travail
Et l’entraîne à son gré, comme une chose morte,
Qu’un remous le suspende aux branches de corail,
Que le vouloir des vents contraires le soulève
Et qu’il roule, parmi les galets, sur la grève.

Qu’il hésite et qu’il flotte, un soir, emprisonné
Par la longue chevelure des algues blondes,
Que le songe de l’eau calme lui soit donné
Dans le fallacieux crépuscule des ondes
Et que mon cœur, soumis enfin, tranquille et doux,
Obéisse au vouloir du vent et des remous.

L’heure est vaste, les morts charmantes sont en elles,
Et je donne mon cœur à la mer éternelle.

.

.

.



Poème  :
Vos poèmes préférés - Page 8 220px-Ren%C3%A9e_Vivien_1

Natalie Barney:

Vos poèmes préférés - Page 8 220px-Carolus-Duran---Natalie-at-

Romaine Brooks:

Vos poèmes préférés - Page 8 188px-Romaine_Brooks%27_At_The_Seaside_Self_Portrait

Vérité:
paຮލຮage
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Message par Invité Dim 21 Fév 2021 - 17:38

Viens-tu du ciel profond ou sors-tu de l'abîme,
Ô Beauté ? ton regard infernal et divin,
Verse confusément le bienfait et le crime,
Et l'on peut pour cela te comparer au vin.

Tu contiens dans ton oeil le couchant et l'aurore;
Tu répands des parfums comme un soir orageux;
Tes baisers sont un philtre et ta bouche une amphore
Qui font le héros lâche et l'enfant courageux.

Sors-tu du gouffre noir ou descends-tu des astres ?
Le Destin charmé suit tes jupons comme un chien;
Tu sèmes au hasard la joie et les désastres,
Et tu gouvernes tout et ne réponds de rien.

Tu marches sur des morts, Beauté, dont tu te moques;
De tes bijoux l'Horreur n'est pas le moins charmant,
Et le Meurtre, parmi tes plus chères breloques,
Sur ton ventre orgueilleux danse amoureusement.

L'éphémère ébloui vole vers toi, chandelle,
Crépite, flambe et dit : Bénissons ce flambeau !
L'amoureux pantelant incliné sur sa belle
A l'air d'un moribond caressant son tombeau.

Que tu viennes du ciel ou de l'enfer, qu'importe,
Ô Beauté, monstre énorme, effrayant, ingénu!
Si ton oeil, ton souris, ton pied, m'ouvrent la porte
D'un Infini que j'aime et n'ai jamais connu ?

De Satan ou de Dieu, qu'importe ? Ange ou Sirène,
Qu'importe, si tu rends, - fée aux yeux de velours,
Rythme, parfum, lueur, ô mon unique reine ! -
L'univers moins hideux et les instants moins lourds.



Charles Baudelaire - Hymne à la beauté

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Message par Archiloque Dim 21 Fév 2021 - 17:49

Anna Akhmatova a écrit:
Insomnie

Quelque part des chats funèbres miaulent,
Je guette le bruit lointain de pas…
Comme elles bercent bien tes paroles :
Depuis trois mois je n'en dors pas.

Insomnie, de nouveau te voilà !
Ta face figée, je la connais.
Toi, ma belle, toi, sans foi ni loi,
Dis-moi, est-ce que ma chanson te plaît ?

Les fenêtres de blanc s'auréolent,
La pénombre bleuit au matin…
Quelle nouvelle de loin nous console ?
Pourquoi suis-je avec toi si bien ?
Archiloque
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Message par Invité2 Mar 6 Avr 2021 - 12:58

Je lis très peu de poésie. Je lis seulement les fleurs du mal, très lentement. Je n'ai lu que environ 30 pages sur environ 200 alors que j'ai le livre depuis pas mal de temps.

Mais j'aime bien. Quand ça parle de la nature. Et celui là j'adore, surtout à partir de envole toi.

Charles BAUDELAIRE
1821 - 1867

Élévation

Au-dessus des étangs, au-dessus des vallées,
Des montagnes, des bois, des nuages, des mers,
Par delà le soleil, par delà les ésthers,
Par delà les confins des sphères étoilées,

Mon esprit, tu te meus avec agilité,
Et, comme un bon nageur qui se pâme dans l'onde,
Tu sillonnes gayement l'immensité profonde
Avec une indicible et mâle volupté.

Envole-toi bien loin de ces miasmes morbides ;
Va te purifier dans l'air supérieur,
Et bois, comme une pure et divine liqueur,
Le feu clair qui remplit les espaces limpides.

Derrière les ennuis et les vastes chagrins
Qui chargent de leur poids l'existence brumeuse,
Heureux celui qui peut d'une aile vigoureuse
S'élancer vers les champs lumineux et sereins ;

Celui dont les pensers, comme des alouettes,
Vers les cieux le matin prennent un libre essor,
- Qui plane sur la vie, et comprend sans effort
Le langage des fleurs et des choses muettes !

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Message par pili Mar 6 Avr 2021 - 17:39

Jean Venturini. Mort pour la France à 19 ans dans un sous-marin en 1940, au large de l'Afrique.

Sang

Dans mes veines ce n’est pas du sang qui
coule, c’est l’eau, l’eau amère des océans
houleux…
Des bonaces, des jours pleins gonflent
ma poitrine, préludes aux blancs vertiges
des ouragans…
Des poulpes étirent la soie crissante de
leurs doigts et leurs yeux illunés clignotent
par mes yeux…
Des galions pourris d’or, des mâts, des
éperons de fer passent en tumulte dans
des marées énormes…
Tous les anneaux mystiques jetés aux
lagunes adriatiques, je les ai pour les donner
à celle que j’aime…
J’ai des ressacs mugissants dans mes mains
aux heures d’amour…
Et trop souvent j’étreins d’irréelles écumes
blanches qui fuient sous mon désir de chair…

© Jean Venturini ( Outlines )
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Message par Confiteor Mar 6 Avr 2021 - 17:47

Bien entendu dans mon cas :

Un matin nous partons, le cerveau plein de flamme,
Le cœur gros de rancune et de désirs amers,
Et nous allons, suivant le rythme de la lame,
Berçant notre infini sur le fini des mers.
/…/
Mais les vrais voyageurs sont ceux-là seuls qui partent
Pour partir, cœurs légers, semblables aux ballons,
De leur fatalité jamais ils ne s’écartent,
Et sans savoir pourquoi, disent toujours : Allons !
/…/
Amer savoir, celui qu’on tire du voyage !
Le monde, monotone et petit, aujourd’hui,
Hier, demain, toujours, nous fait voir notre image :
Une oasis d’horreur dans un désert d’ennui !


Charles Baudelaire in « Les fleurs du mal » 1858
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Message par izo Mar 6 Avr 2021 - 18:09

Vers de terre
Dans mon verre
Levé aux cieux
Nom de Dieu

Ambroise Pilon (1860-1911)
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Message par david50 Mar 6 Avr 2021 - 19:25

Las de l'amer repos où ma paresse offense
Une gloire pour qui jadis j'ai fui l'enfance
Adorable des bois de roses sous l'azur
Naturel, et plus las sept fois du pacte dur
De creuser par veillée une fosse nouvelle
Dans le terrain avare et froid de ma cervelle,
Fossoyeur sans pitié pour la stérilité,
— Que dire à cette Aurore, ô Rêves, visité
Par les roses, quand, peur de ses roses livides,
Le vaste cimetière unira les trous vides ? —
Je veux délaisser l'Art vorace d'un pays
Cruel, et, souriant aux reproches vieillis
Que me font mes amis, le passé, le génie,
Et ma lampe qui sait pourtant mon agonie,
Imiter le Chinois au cœur limpide et fin
De qui l'extase pure est de peindre la fin
Sur ses tasses de neige à la lune ravie
D'une bizarre fleur qui parfume sa vie
Transparente, la fleur qu'il a sentie, enfant,
Au filigrane bleu de l'âme se greffant.
Et, la mort telle avec le seul rêve du sage,
Serein, je vais choisir un jeune paysage
Que je peindrais encor sur les tasses, distrait.
Une ligne d'azur mince et pâle serait
Un lac, parmi le ciel de porcelaine nue,
Un clair croissant perdu par une blanche nue
Trempe sa corne calme en la glace des eaux,
Non loin de trois grands cils d'émeraude, roseaux.

Stéphane Mallarmé.

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Message par izo Mar 6 Avr 2021 - 21:30

Je muselle Pilon en faveur de Ruckert avec son tragique ici ben der Welt abhanden gekommen qui traduit donne ceci :

Je me suis retiré du monde
Où je n’avais que trop perdu mon temps
On ne sait plus rien de moi depuis si longtemps
Qu’on doit assurément me croire mort !
Et peu m’importe à dire vrai
Qu’on me tienne pour mort
Je n’a rien à y redire
Car je suis vraiment mort au monde
Je suis mort au tumulte du monde
Et me repose dans une contrée silencieuse
Je vis seul dans mon ciel
Dans mon amour, dans mon chant ...
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Message par Godzilla Mar 6 Avr 2021 - 22:02

Peter Sinfield, "Epitaph" (1969)

The wall on which the prophets wrote
Is cracking at the seams.
Upon the instruments if death
The sunlight brightly gleams.
When every man is torn apart
With nightmares and with dreams,
Will no one lay the laurel wreath
As silence drowns the screams.
Between the iron gates of fate,
The seeds of time were sown,
And watered by the deeds of those
Who know and who are known;
Knowledge is a deadly friend
When no one sets the rules.
The fate of all mankind I see
Is in the hands of fools.
Confusion will be my epitaph.
As I crawl a cracked and broken path
If we make it we can all sit back
And laugh.
But I fear tomorrow I'll be crying,
Yes I fear tomorrow I'll be crying.
Godzilla
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Message par david50 Mar 6 Avr 2021 - 22:17

Je suis un évadé.
Du jour de ma naissance
En moi-même reclus,
Je me suis fait transfuge.

Puisqu’il faut qu’on se lasse
D’être en un même lieu,
Pourquoi ne se lasser
D’être à soi toujours égal ?

De moi mon âme est en quête
Mais je bats la campagne,
Fasse le ciel qu’elle
Ne me trouve jamais.

N’être qu’un est une geôle ;
Être moi, c’est n’être point.
Dans la fuite je vivrai –
Pourtant bel et bien je vis.

F. Pessoa

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Message par espérance Lun 26 Avr 2021 - 11:45

O UBI CAMPI !

Ma campagne, ô cité, ne connaît pas tes fièvres,
Doux est son lait, amer ton vin dispendieux ;
Et tu n'as pas non plus son coeur mélodieux,
Et des chants maternels, nourrice tu me sèvres !

Oh ! rafraîchir aux purs baisers d'antan mes lèvres !
Dans la paix balsamique où vivaient mes aïeux,
Remonter les sentiers qui montent vers les cieux,
Pâtre enfant d'un troupeau cabriolant de chèvres !

A ma place au foyer familial m'asseoir,
Ouïr dans le pieux recueillement du soir
L'aïeule ouvrant son âme ainsi qu'un reliquaire !

Aux murmures des champs, des bois, oh! sans rancoeur,
Redevenu tout simple et pur comme naguère,
Endormir ma raison, laisser chanter mon coeur !

Gabriel Monmert.


Je trouve que ce poème est d'une grande beauté. Je voudrais attirer votre attention sur ces vers :

"A ma place au foyer familial m'asseoir
 Ouïr dans le pieux recueillement du soir
 L'aïeule ouvrant son âme ainsi qu'un reliquaire !"

Je ne sais pas ce que vous en pensez, et des retours à ce sujet m'intéresseraient beaucoup. Je suis particulièrement sensible à la poésie. De grands poètes ont superbement écrit, sur la nature, les sentiments, etc. Celui-ci n'a qu'une petite notoriété régionale. Là, étant donné la complexité de la vie cela m'est complètement indifférent. Mais je dois dire que ces vers me bouleversent comme je ne l'ai jamais été par aucune  autre poésie.

espérance

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Message par So Sûre 2 Mar 25 Mai 2021 - 16:32

http://poemes-sur-toile.over-blog.com/article-32686935.html#:~:text=Pour%20que%20son%20tourment%20soit%20au%20plus%20vite%20apais%C3%A9.&text=Comme%20jamais%20cela%20ne%20serait%20arriver%2C%20toujours%20et%20encore.&text=Pour%20l'emp%C3%AAcher%20de%20partir%20si%20je%20devenais%20un%20jour%20ind%C3%A9cent.

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Message par S'effacer Mar 1 Juin 2021 - 13:59




Les sanglots longs
Des violons
De l’automne

Blessent mon cœur
D’une langueur
Monotone.

Tout suffocant
Et blême, quand
Sonne l’heure,

Je me souviens
Des jours anciens
Et je pleure

Et je m’en vais
Au vent mauvais
Qui m’emporte

Deçà, delà,
Pareil à la
Feuille morte.

S'effacer

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Message par Sarty Mar 8 Juin 2021 - 20:00

Le Retour

Regarde, ils reviennent, vois leurs mouvements
Hésitants, et leurs pieds très lents,
Leur pas troublé, prêt
À chanceler !
Regarde, ils reviennent, l'un après l'autre,
Ils ont peur, ils dorment à moitié ;
Comme si la neige devait hésiter à tomber,
Murmurer dans le vent,
                et s'en retourner ;
Ils étaient la Terreur,
                 L'Interdit.

Les Dieux aux chaussures ailées !
Accompagnés de leurs meutes argentées,
                                 flairant l'air !

Oh! Oh!
          Prêts à tout ravager!
Et quel odorat fin !
Ô âmes de sang !

Lâchez la laisse,
                       hommes blêmes !

Ezra Pound, Ripostes, 1912


Tenzone

Allez-vous les accepter ?
       (c'est-à dire ces chansons).
Comme une fille craintive le centaure
       (ou le centurion),
Déjà elles vous fuient, hurlant de peur.

Serez-vous touchés par les vraisemblances ?
      Nul ne peut tenter leur vierge stupidité.
Je vous en prie, critiques amicaux,
N'essayez pas de m'offrir un public.

Indompté, je vis avec mes semblables
       sur les hauteurs escarpées ;
       leurs recoins secrets
Reconnaissent l'écho de mes talons,
       dans la froide lumière,
       dans l'obscurité.

Lustra, 1913

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Message par izo Mar 8 Juin 2021 - 20:11

Pound convoque et reçoit
Le manquant de ces lieux
Ici même sur ces lignes
Ignifugées de cet espace
Unique où chacun passe
Repasse disparaît puis soudain
N’est plus. Mais Ézra veille
Comme le chat ailé
Cher en notre fille
Qui légitime questionne
Ici même des doutes  
Clefs que d’autres ignorent.
Mais que se taisent
Ces mots opportuns
Qui ici ne peuvent
Avoir place car leur
Petitesse est trop faste.
Merci de ce retour.
izo
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