Vos poèmes préférés

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Message par Pieyre le Mar 17 Déc 2013 - 11:04

On peut aussi associer l'amour et la mort.


    Quand au temple nous serons
    Agenouillez, nous ferons
    Les devots selon la guise
    De ceux qui pour loüer Dieu
    Humbles se courbent au lieu
    Le plus secret de l'Eglise.

    Mais quand au lict nous serons
    Entrelassez, nous ferons
    Les lascifs selon les guises
    Des Amans qui librement
    Pratiquent folastrement
    Dans les draps cent mignardises.

    Pourquoy doncque, quand je veux
    Ou mordre tes beaux cheveux,
    Ou baiser ta bouche aimée,
    Ou toucher à ton beau sein,
    Contrefais‑tu la nonnain
    Dedans un cloistre enfermée ?

    Pour qui gardes‑tu tes yeux
    Et ton sein délicieux,
    Ton front, ta lèvre jumelle ?
    En veux‑tu baiser Pluton
    Là bas, après que Charon
    T'auras mise en sa nacelle ?

    Apres ton dernier trespas,
    Gresle, tu n'auras là bas
    Qu'une bouchette blesmie;
    Et quand mort je te verrois
    Aux Ombres je n'avou'rois
    Que jadis tu fus m'amie.

    Ton test n'aura plus de peau,
    Ny ton visage si beau
    N'aura veines ny arteres :
    Tu n'auras plus que les dents
    Telles qu'on les voit dedans
    Les testes de cimeteres.

    Donque tandis que tu vis,
    Change, Maistresse, d'avis,
    Et ne m'espargne ta bouche.
    Incontinent tu mourras,
    Lors tu te repentiras
    De m'avoir esté farouche.

    Ah, je meurs! ah, baise moy !
    Ah, Maistresse, approche toy !
    Tu fuis comme un fan qui tremble.
    Au‑moins souffre que ma main
    S'esbate un peu dans ton sein,
    Ou plus bas, si bon te semble.

    — Ronsard, Stances


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Message par Invité le Mar 17 Déc 2013 - 11:59

(Notons que j'actualiserais bien l'index avec plaisir, mais quand j'essaie d'éditer mon post, les liens ont disparu... je ne sais pas ce qui ne marche pas, mais ça ne marche pas...)
Du coup, je me fais pardonner avec un poème de Jules Supervielle, parce que je suis comme ça :

Ce sont d'autres lèvres,
C'est un autre sourire
Si j'approche de vous.
Ah mon regard vous change
Vous rend méconnaissable
Même à vos familiers.
L'on s'étonne de vous
Au milieu de la pièce
Et prise alors de peur
Vous baissez les paupières
Sur des yeux inconnus.
De tremblants centimètres
Nous séparent à peine
Et je me sens aussi devenir étranger.
Il vous faut consentir
À me perdre à mon tour
Moi dont vous étiez sûre
Plus encor que de vous.
Et plus l'on se regarde
Plus vite l'on s'égare
Dans les sables de l'âme
Qui nous brûlent les yeux.

Dans Les Amis inconnus.


Dernière édition par Alphonsine le Mar 17 Déc 2013 - 12:16, édité 1 fois

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Message par Pieyre le Mar 17 Déc 2013 - 12:13

En effet, il y a des problèmes depuis quelques jours avec les formats. Je t'aurais bien proposé de modifier moi-même ton index mais tout est mêlé quand j'ouvre la fenêtre d'édition. C'est sans doute temporaire. Il suffit de garder l'espoir, malgré la leçon de Charles d'Orléans.

    D'espoir et que vous en dirais ?
    C'est un beau bailleur de paroles;
    Il ne parle qu'en parabole
    Dont un grand livre j'écrirais.

    En le lisant je me rirais,
    Tant aurait de choses frivoles.
    D'espoir, et que vous en dirais ?
    C'est un beau bailleur de paroles !

    Par tout un an ne le lirais.
    Ce ne sont que promesses folles
    Dont il tient chacun jour écoles.
    Telles études n'élirais
    D'espoir, et que vous en dirais ?

Pieyre

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Message par SeaTurtle le Sam 21 Déc 2013 - 13:16

En primaire j'adorais Baudelaire! (ce qui est toujours le cas!) surtout L'Albatros, A une Passante, La Mort des Amants et Remord Posthume.
Maintenant, je suis plutôt Tristan Corbière avec :

Le Crapaud

Un chant dans une nuit sans air…
– La lune plaque en métal clair
Les découpures du vert sombre.

… Un chant ; comme un écho, tout vif
Enterré, là, sous le massif…
– Ça se tait : Viens, c’est là, dans l’ombre…

– Un crapaud ! – Pourquoi cette peur,
Près de moi, ton soldat fidèle !
Vois-le, poète tondu, sans aile,
Rossignol de la boue… – Horreur ! –

… Il chante. – Horreur !! – Horreur pourquoi ?
Vois-tu pas son œil de lumière…
Non : il s’en va, froid, sous sa pierre.
. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
Bonsoir – ce crapaud-là c’est moi.

Ce soir, 20 Juillet.


Et de Lord Byron (désolé pour les non anglophones mais il est hors de question de vous donner la traduction!)


She walks in beauty, like the night
Of cloudless climes and starry skies;
And all that's best of dark and bright
Meet in her aspect and her eyes:
Thus mellowed to that tender light
Which heaven to gaudy day denies.
One shade the more, one ray the less,
Had half impaired the nameless grace
Which waves in every raven tress,
Or softly lightens o'er her face;
Where thoughts serenely sweet express
How pure, how dear their dwelling place.

And on that cheek, and o'er that brow,
So soft, so calm, yet eloquent,
The smiles that win, the tints that glow,
But tell of days in goodness spent,
A mind at peace with all below,
A heart whose love is innocent!

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Message par Pieyre le Mar 24 Déc 2013 - 2:09

    Le livre de la vie est le livre suprême
    Qu'on ne peut ni fermer, ni rouvrir à son choix;
    Le passage attachant ne s'y lit pas deux fois,
    Mais le feuillet fatal se tourne de lui-même;
    On voudrait revenir à la page où l'on aime
    Et la page où l'on meurt est déjà sous vos doigts.

    — Lamartine, Vers sur un album

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Message par Pieyre le Mar 24 Déc 2013 - 3:56

    Créature d'un jour qui t'agites une heure,
    De quoi viens-tu te plaindre, et qui te fait gémir ?
    Ton âme t'inquiète, et tu crois qu'elle pleure :
    Ton âme est immortelle, et tes pleurs vont tarir.

    Tu te sens le cœur pris d'un caprice de femme,
    Et tu dis qu'il se brise à force de souffrir.
    Tu demandes à Dieu de soulager ton âme :
    Ton âme est immortelle, et ton cœur va guérir.

    Le regret d'un instant te trouble et te dévore;
    Tu dis que le passé te voile l'avenir.
    Ne te plains pas d'hier; laisse venir l'aurore :
    Ton âme est immortelle, et le temps va s'enfuir.

    Ton corps est abattu du mal de ta pensée;
    Tu sens ton front peser et tes genoux fléchir.
    Tombe, agenouille-toi, créature insensée :
    Ton âme est immortelle, et la mort va venir.

    Tes os dans le cercueil vont tomber en poussière,
    Ta mémoire, ton nom, ta gloire vont périr,
    Mais non pas ton amour, si ton amour t'est chère :
    Ton âme est immortelle et va s'en souvenir.

    — Musset, dans Lettre à M. de Lamartine

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Message par Invité le Jeu 2 Jan 2014 - 11:18


WHEN we two parted
 In silence and tears,
Half broken-hearted
 To sever for years,
Pale grew thy cheek and cold,      
 Colder thy kiss ;
Truly that hour foretold
 Sorrow to this.

The dew of the morning
 Sunk chill on my brow —  
It felt like the warning
 Of what I feel now.
Thy vows are all broken,
 And light is thy fame :
I hear thy name spoken,  
 And share in its shame.

They name thee before me,
 A knell to mine ear ;
A shudder comes o'er me —
 Why wert thou so dear ?  
They know not I knew thee,
 Who knew thee too well :
Long, long shall I rue thee,
 Too deeply to tell.

In secret we met —  
 In silence I grieve,
That thy heart could forget,
 Thy spirit deceive.
If I should meet thee
 After long years,  
How should I greet thee ?
 With silence and tears.


Lord Byron


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Message par une (gaufre) le Jeu 2 Jan 2014 - 11:29

Le Vampire
Toi qui, comme un coup de couteau,
Dans mon coeur plaintif es entrée;
Toi qui, forte comme un troupeau
De démons, vins, folle et parée,
De mon esprit humilié
Faire ton lit et ton domaine;
— Infâme à qui je suis lié
Comme le forçat à la chaîne,
Comme au jeu le joueur têtu,
Comme à la bouteille l'ivrogne,
Comme aux vermines la charogne
— Maudite, maudite sois-tu!
J'ai prié le glaive rapide
De conquérir ma liberté,
Et j'ai dit au poison perfide
De secourir ma lâcheté.
Hélas! le poison et le glaive
M'ont pris en dédain et m'ont dit:
«Tu n'es pas digne qu'on t'enlève
À ton esclavage maudit,
Imbécile! — de son empire
Si nos efforts te délivraient,
Tes baisers ressusciteraient
Le cadavre de ton vampire!»
— Charles Baudelaire
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Message par Fata Morgana le Jeu 2 Jan 2014 - 11:31

"Un sol schisté de soleil par suc d'or m'enrose, m'abeille dans le jardin blanc"...

Jean claude Renard
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Message par Aristippe le Jeu 2 Jan 2014 - 23:18

"Rectus vives, Licini, neque altum
Semper urgendo neque, dum procellas
Cautus horrescis, nimium premendo
Litus iniquum."

Horace, Livre second des Odes.
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Message par Killian le Jeu 2 Jan 2014 - 23:42

Talking In Bed

Talking in bed ought to be easiest,
Lying together there goes back so far,
An emblem of two people being honest.
Yet more and more time passes silently.
Outside, the wind's incomplete unrest
Builds and disperses clouds in the sky,
And dark towns heap up on the horizon.
None of this cares for us. Nothing shows why
At this unique distance from isolation
It becomes still more difficult to find
Words at once true and kind,
Or not untrue and not unkind.

Philip Larkin
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Message par Pieyre le Lun 6 Jan 2014 - 21:24

    Nous avons pensé des choses pures
    Côte à côte, le long des chemins,
    Nous nous sommes tenus par les mains
    Sans dire... parmi les fleurs obscures;

    Nous marchions comme des fiancés
    Seuls, dans la nuit verte des prairies;
    Nous partagions ce fruit de féeries
    La lune amicale aux insensés.

    Et puis, nous sommes morts sur la mousse,
    Très loin, tous seuls parmi l'ombre douce
    De ce bois intime et murmurant;

    Et là‑haut, dans la lumière immense,
    Nous nous sommes trouvés en pleurant
    Ô mon cher compagnon de silence !

    — Paul Valéry, Le bois amical


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Message par Invité le Jeu 9 Jan 2014 - 21:48

Et pour continuer avec Paul Valéry, La Jeune Parque (que je ne cite pas en entier ici, c'est un peu long).

Qui pleure là, sinon le vent simple, à cette heure
Seule, avec diamants extrêmes ?... Mais qui pleure,
Si proche de moi-même au moment de pleurer ?

Cette main, sur mes traits qu’elle rêve effleurer,
Distraitement docile à quelque fin profonde,
Attend de ma faiblesse une larme qui fonde,
Et que de mes destins lentement divisé,
Le plus pur en silence éclaire un cœur brisé.
La houle me murmure une ombre de reproche,
Ou retire ici-bas, dans ses gorges de roche,
Comme chose déçue et bue amèrement,
Une rumeur de plainte et de resserrement...
Que fais-tu, hérissée, et cette main glacée,
Et quel frémissement d’une feuille effacé
Persiste parmi vous, îles de mon sein nu ?...
Je scintille, liée à ce ciel inconnu...
L’immense grappe brille à ma soif de désastres.

Tout-puissants étrangers, inévitables astres
Qui daignez faire luire au lointain temporel
Je ne sais quoi de pur et de surnaturel ;
Vous qui dans les mortels plongez jusques aux larmes
Ces souverains éclats, ces invincibles armes,
Et les élancements de votre éternité,
Je suis seule avec vous, tremblante, ayant quitté
Ma couche ; et sur l’écueil mordu par la merveille,
J’interroge mon cœur quelle douleur l’éveille,
Quel crime par moi-même ou sur moi consommé ?...
... Ou si le mal me suit d’un songe refermé,
Quand (au velours du souffle envolé l’or des lampes)
J’ai de mes bras épais environné mes tempes,
Et longtemps de mon âme attendu les éclairs ?
Toute ? Mais toute à moi, maîtresse de mes chairs,
Durcissant d’un frisson leur étrange étendue,
Et dans mes doux liens, à mon sang suspendue,
Je me voyais me voir, sinueuse, et dorais
De regards en regards, mes profondes forêts.

J’y suivais un serpent qui venait de me mordre.

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Message par Invité le Jeu 9 Jan 2014 - 22:45

Les Chercheuses de poux :



Quand le front de l'enfant, plein de rouges tourmentes,
Implore l'essaim blanc des rêves indistincts,
Il vient près de son lit deux grandes sœurs charmantes
Avec de frêles doigts aux ongles argentins.

Elles assoient l'enfant devant une croisée
Grande ouverte où l'air bleu baigne un fouillis de fleurs,
Et dans ses lourds cheveux où tombe la rosée
Promènent leurs doigts fins, terribles et charmeurs.

Il écoute chanter leurs haleines craintives
Qui fleurent de longs miels végétaux et rosés,
Et qu'interrompt parfois un sifflement, salives
Reprises sur la lèvre ou désirs de baisers.

Il entend leurs cils noirs battant sous les silences
Parfumés ; et leurs doigts électriques et doux
Font crépiter parmi ses grises indolences
Sous leurs ongles royaux la mort des petits poux.

Voilà que monte en lui le vin de la Paresse,
Soupir d'harmonica qui pourrait délirer ;
L'enfant se sent, selon la lenteur des caresses,
Sourdre et mourir sans cesse un désir de pleurer.


Rimbaud


Dernière édition par neurone-indolent le Ven 10 Jan 2014 - 11:11, édité 1 fois

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Message par Pieyre le Jeu 9 Jan 2014 - 23:28

Voici un extrait du plan ancien poème que j'ai noté dans mon anthologie personnelle (d'où j'ai sorti tous ceux que j'ai postés ici), la Grièche d'hiver de Rutebeuf (1225-1285).
Je vous épargne pour cette fois la version originale (qu'on peut malgré tout consulter ici : Gallica, avec la traduction de Michel Zink), qui est autrement plus difficile à lire que le français du XVIe siècle. Mais je ne sais pas de qui est cette traduction. Je l'ai recopiée jadis sur l'une des anthologies que j'avais compulsées mais je ne prêtais pas attention alors aux références.

    Au temps où arbres se défeuillent
    Et qu'il ne reste en branches feuille
                        Qui n'aille à terre,
    Pour la pauvreté qui m'atterre,
    Qui de partout me fait la guerre
                        Au temps d'hiver,
    Beaucoup me sont changés les vers
    Et mon dit commence divers,
                        De pauvre histoire.
    Pauvre sens et pauvre mémoire
    M'a Dieu donnés, le roi de gloire,
                        Et pauvre rente
    Et froid au cul quand bise vente.
    Le vent me vient, le vent m'évente
                        Et très souvent
    Plusieurs fois je sens trop le vent.
    La Grièche en ses dés me vend
                        Ce que me livre.
    Bien me paye, bien me délivre :
    Pour un sou me rend une livre
                        De pauvreté.
    Toujours à elle suis livré,
    Toujours l'accès m'est accordé.
                        Ah! le riche homme !
    Je ne dors que le premier somme,
    De mon avoir ne sais la somme :
                        N'y en point.
    Dieu me fait le temps tout à point.
    Noire mouche en été me point,
                        En hiver blanche.
    Je suis tel l'oiseau sur la branche.
    En hiver pleure et me lamente
    Et me défeuille ainsi que l'ente
                        Au premier gel.
    En moi n'y a venin ni fiel.
    Ne me reste rien sous le ciel :
                        Tout va sa voie.

Pieyre

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Message par Invité le Lun 27 Jan 2014 - 0:43


Demain dès l'aube

Demain, dès l'aube, à l'heure où blanchit la campagne,
Je partirai. Vois-tu, je sais que tu m'attends.
J'irai par la forêt, j'irai par la montagne.
Je ne puis demeurer loin de toi plus longtemps.

Je marcherai les yeux fixés sur mes pensées,
Sans rien voir au dehors, sans entendre aucun bruit,
Seul, inconnu, le dos courbé, les mains croisées,
Triste, et le jour pour moi sera comme la nuit.

Je ne regarderai ni l'or du soir qui tombe,
Ni les voiles au loin descendant vers Harfleur,
Et quand j'arriverai, je mettrai sur ta tombe
Un bouquet de houx vert et de bruyère en fleur.


— Victor Hugo, Les Contemplations, 1856


(Je suis une copieuse.)

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Message par Invité le Ven 31 Jan 2014 - 1:19

.


Dernière édition par Seb le Jeu 20 Fév 2014 - 10:52, édité 1 fois

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Message par Invité le Ven 31 Jan 2014 - 1:25

I love it, Seb!

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Message par Invité le Mer 12 Fév 2014 - 1:39



La source tombait du rocher



La source tombait du rocher
Goutte à goutte à la mer affreuse.
L'océan, fatal au nocher,
Lui dit : - Que me veux-tu, pleureuse ?

Je suis la tempête et l'effroi ;
Je finis où le ciel commence.
Est-ce que j'ai besoin de toi,
Petite, moi qui suis l'immense ? -

La source dit au gouffre amer :
- je te donne, sans bruit ni gloire,
Ce qui te manque, ô vaste mer !
Une goutte d'eau qu'on peut boire.

VICTOR HUGO



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Message par iridium le Mer 12 Fév 2014 - 7:50

.


Dernière édition par iridium le Jeu 16 Avr 2015 - 0:09, édité 2 fois
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Message par Invité le Mer 12 Fév 2014 - 10:58

Colloque sentimental, Verlaine, Les fêtes galantes

Dans le vieux parc solitaire et glacé
Deux formes ont tout à l'heure passé.
Leurs yeux sont morts et leurs lèvres sont molles,
Et l'on entend à peine leurs paroles.

Dans le vieux parc solitaire et glacé
Deux spectres ont évoqué le passé.

- Te souvient-il de notre extase ancienne ?
- Pourquoi voulez-vous donc qu'il m'en souvienne ?

- Ton coeur bat-il toujours à mon seul nom ? Toujours vois-tu mon âme en rêve ?
- Non.

- Ah ! les beaux jours de bonheur indicible
Où nous joignions nos bouches !
- C'est possible.

- Qu'il était bleu, le ciel, et grand, l'espoir !
- L'espoir a fui, vaincu, vers le ciel noir.

Tels ils marchaient dans les avoines folles,
Et la nuit seule entendit leurs paroles.



Bon, je vous l'accorde, ce n'est pas très gai !! ...  

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Message par Invité le Mer 12 Fév 2014 - 12:02

J'oserais aussi :

Tears in rain soliloquy Roy Batty Character (Rutger Hauer) - Blade Runner, Ridley Scott

I've... seen things you people wouldn't believe...
Attack ships on fire off the shoulder of Orion.
I watched c-beams glitter in the dark near the Tannhäuser Gate.
All those... moments... will be lost in time, like tears... in... rain.
Time... to die...

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Message par Pieyre le Ven 14 Fév 2014 - 12:27

                              La mort du Loup


                                        I

        Les nuages couraient sur la lune enflammée
        Comme sur l'incendie on voit fuir la fumée,
        Et les bois étaient noirs jusques à l'horizon.
        – Nous marchions, sans parler, dans l'humide gazon,
        Dans la bruyère épaisse et dans les hautes brandes,
        Lorsque, sous des sapins pareils à ceux des Landes,
        Nous avons aperçu les grands ongles marqués
        Par les Loups voyageurs que nous avions traqués.
        Nous avons écouté, retenant notre haleine
        Et le pas suspendu. – Ni le bois ni la plaine
        Ne poussaient un soupir dans les airs; seulement
        La girouette en deuil criait au firmament;
        Car le vent, élevé bien au-dessus des terres,
        N'effleurait de ses pieds que les tours solitaires,
        Et les chênes d'en bas, contre les rocs penchés,
        Sur leurs coudes semblaient endormis et couchés.
        – Rien ne bruissait donc, lorsque, baissant la tête,
        Le plus vieux des chasseurs qui s'étaient mis en quête
        A regardé le sable en s'y couchant; bientôt,
        Lui que jamais ici l'on ne vit en défaut,
        A déclaré tout bas que ces marques récentes
        Annonçaient la démarche et les griffes puissantes
        De deux grands Loups-cerviers et de deux louveteaux.
        Nous avons tous alors préparé nos couteaux
        Et, cachant nos fusils et leurs lueurs trop blanches,
        Nous allions, pas à pas, en écartant les branches.
        Trois s'arrêtent, et moi, cherchant ce qu'ils voyaient,
        J'aperçois tout à coup deux yeux qui flamboyaient,
        Et je vois au delà quatre formes légères
        Qui dansaient sous la lune au milieu des bruyères,
        Comme font chaque jour, à grand bruit, sous nos yeux,
        Quand le maître revient, les lévriers joyeux.
        Leur forme était semblable et semblable la danse;
        Mais les enfants du Loup se jouaient en silence,
        Sachant bien qu'à deux pas, ne dormant qu'à demi,
        Se couche dans ses murs l'homme, leur ennemi.
        Le père était debout, et plus loin, contre un arbre,
        Sa Louve reposait comme celle de marbre
        Qu'adoraient les Romains, et dont les flancs velus
        Couvaient les demi-dieux Rémus et Romulus.
        Le Loup vient et s'assied, les deux jambes dressées
        Par leurs ongles crochus dans le sable enfoncées.
        Il s'est jugé perdu, puisqu'il était surpris,
        Sa retraite coupée et tous ses chemins pris;
        Alors il a saisi, dans sa gueule brûlante,
        Du chien le plus hardi la gorge pantelante
        Et n'a pas desserré ses mâchoires de fer,
        Malgré nos coups de feu qui traversaient sa chair
        Et nos couteaux aigus qui, comme des tenailles,
        Se croisaient en plongeant dans ses larges entrailles,
        Jusqu'au dernier moment où le chien étranglé,
        Mort longtemps avant lui, sous ses pieds a roulé.
        Le Loup le quitte alors et puis il nous regarde.
        Les couteaux lui restaient au flanc jusqu'à la garde,
        Le clouaient au gazon tout baigné dans son sang;
        Nos fusils l'entouraient en sinistre croissant.
        – Il nous regarde encore, ensuite il se recouche.
        Tout en léchant le sang répandu sur sa bouche.
        Et, sans daigner savoir comment il a péri,
        Refermant ses grands yeux, meurt sans jeter un cri.

                                        II

        J'ai reposé mon front sur mon fusil sans poudre,
        Me prenant à penser, et n'ai pu me résoudre
        A poursuivre sa Louve et ses fils qui, tous trois,
        Avaient voulu l'attendre, et, comme je le crois,
        Sans ses deux Louveteaux la belle et sombre veuve
        Ne l'eût pas laissé seul subir la grande épreuve;
        Mais son devoir était de les sauver, afin
        De pouvoir leur apprendre à bien souffrir la faim,
        A ne jamais entrer dans le pacte des villes
        Que l'homme a fait avec les animaux serviles
        Que chassent devant lui, pour avoir le coucher,
        Les premiers possesseurs du bois et du rocher.

                                        III

        Hélas ! ai-je pensé, malgré ce grand nom d'Hommes,
        Que j'ai honte de nous, débiles que nous sommes !
        Comment on doit quitter la vie et tous ses maux,
        C'est vous qui le savez, sublimes animaux !
        A voir ce que l'on fut sur terre et ce qu'on laisse,
        Seul le silence est grand; tout le reste est faiblesse.
        – Ah ! je t'ai bien compris, sauvage voyageur,
        Et ton dernier regard m'est allé jusqu'au cœur !
        Il disait : « Si tu peux, fais que ton âme arrive,
        A force de rester studieuse et pensive,
        Jusqu'à ce haut degré de stoïque fierté
        Où, naissant dans les bois, j'ai tout d'abord monté.
        Gémir, pleurer, prier est également lâche.
        Fais énergiquement ta longue et lourde tâche,
        Dans la voie où le Sort a voulu t'appeler.
        Puis après, comme moi, souffre et meurs sans parler. »


        — Alfred de Vigny, Les Destinées

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Message par Aristippe le Dim 23 Fév 2014 - 18:51

Pieyre a écrit: La mort du Loup

Un chef d'oeuvre.
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Message par Soren le Lun 24 Fév 2014 - 19:19

J adore tout les poèmes d'Emily Dickinson , une poétesse Americaine , qui a vécu les 3/4 de sa vie dans une chambre reclue a écrire
Elle mal connue du grand public et bien heureusement LOL


Une âme en incandescence

Je me dis : la Terre est brêve –
L’Angoisse – absolue –
Nombreux les meurtris,
Et puis après ?

Je me dis : on pourrait mourir –
La Meilleure Vitalité
Ne peut surpasser la Pourriture,
Et puis après ?

Je me dis qu’au Ciel, d’une façon
Il y aura compensation –
Don, d’une nouvelle équation –
Et puis après ?

J’essayais d’imaginer Solitude pire
Qu’aucune jamais vue –
Une Expiation Polaire – un Présage dans l’Os
De l’atrocement proche Mort –

Je fouillais l’Irrécupérable
Pour emprunter – mon Double –
Un Réconfort Éperdu sourd

De l’idée que Quelque Part –
À Portée de Pensée –
Demeure une autre Créature
De l’Amour Céleste – oubliée –

Je grattais à notre Paroi
Comme On doit scruter les Murs –
Entre un Jumeau de l’Horreur –et Soi –
Dans des Cellules Contiguës –

Je parvins presque à étreindre sa Main,
Ce devint – une telle Volupté –
Que tout comme de Lui – j’avais pitié –
Peut-être avait-il – pitié de moi –
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Message par Aristippe le Lun 10 Mar 2014 - 15:56

Sénèque, Phèdre, acte II :

Nulle vie n'est plus libre et dénuée de vice,
Nulle n'est plus conforme aux coutumes antiques
Que celle qui, loin des remparts, se plaît aux bois.
La folie de l'argent ni la faveur du peuple
Infidèle aux vertus, ni la mode inconstante
Ni la funeste envie ne font flamber celui 
Qui voue son innocence aux cimes des montagnes,
N'est d'aucun roi l'esclave ou l'émule, et ne vise
Ni honneurs sans valeur ni périssables biens.
Ce n'est pas lui, libre d'espoir comme de crainte,
Que mord l'ignoble dent de la vorace envie,
Il ignore et la ville et la foule et leurs crimes,
Son âme en paix ne tremble pas au moindre bruit
Ses mots sont vrais? Il ne veut pas mille colonnes
Sous son toit opulent, ni ne plaque, insolent,
Ses lambris d'or massif, ni n'inonde de sang
De pieux autels, offrant cent boeufs aux cous neigeux
Enfarinés de blé selon le sacré rite,
Il a pour bien la vaste plaine, il erre, libre,
Innocent, sous le ciel, ne sait tendre qu'aux fauves
Ses pièges ingénieux, et, las d'un lourd labeur
Va retremper son corps dans l'Ilisos limpide.

L'original, pour ceux qui connaissent le latin :

Non alia magis est libera et uitio carens
Ritusque melius uita quae priscos colat,
Quam quae relictis moenibus siluas amat.
Non illum auarae mentis inflammat furor
Qui se dicauit montium insontem iugis,
Non aura populi et uulgus infidum bonis,
Non pestilens inuidia, non fragilis fauor,
Non ille regno seruit aut regno omminens
Uanos honores sequitur aut fluxas opes,
Spei metusque liber, haud illum niger
Edaxque liuor dente degeneri petit;
Nec scelera populos inter atque urbes sita
Nouit nec omnes conscius strepitus pauet
Aut uerba fingit; mille non quaerit tegi
Diues columnis nec trabes multo insolens
Suffigit auro; non cruor largus pias
Inundat aras, fruge nec sparsi sacra 
Centena niuei colla summittunt boues.
Sed rure uacuo potitur et aperto aethere
Innocuus errat. Callidas tantum feris 
Struxisse fraudes nouit et fessus graui 
Labore niueo corpus Iliso fouet;
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Message par Invité le Lun 10 Mar 2014 - 16:28

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Message par Princeton le Lun 10 Mar 2014 - 23:21

Merci beaucoup pour tous ces poèmes, je me suis régalé. J'allais poster Le loup de Vigny mais heureusement il vient d'être proposé. La nuit de décembre de Musset a été posté, personnellement j'aime beaucoup La nuit d'août, dont je reproduis un extrait :

Et que trouveras-tu, le jour où la misère
Te ramènera seul au paternel foyer ?
Quand tes tremblantes mains essuieront la poussière
De ce pauvre réduit que tu crois oublier,
De quel front viendras-tu, dans ta propre demeure,
Chercher un peu de calme et d'hospitalité ?
Une voix sera là pour crier à toute heure :
Qu'as-tu fait de ta vie et de ta liberté ?
Crois-tu donc qu'on oublie autant qu'on le souhaite ?
Crois-tu qu'en te cherchant tu te retrouveras ?
De ton coeur ou de toi lequel est le poète ?
C'est ton coeur, et ton coeur ne te répondra pas.
L'amour l'aura brisé ; les passions funestes
L'auront rendu de pierre au contact des méchants ;
Tu n'en sentiras plus que d'effroyables restes,
Qui remueront encor, comme ceux des serpents.
Ô ciel ! qui t'aidera ? que ferai-je moi-même,
Quand celui qui peut tout défendra que je t'aime,
Et quand mes ailes d'or, frémissant malgré moi,
M'emporteront à lui pour me sauver de toi ?


Un membre du forum a produit un poème qui s'appelle Le Crapaud. Il y en a un aussi de Victor Hugo qui est absolument magnifique. Pareil, un extrait :

Que savons-nous ? qui donc connaît le fond des choses ?
Le couchant rayonnait dans les nuages roses ;
C'était la fin d'un jour d'orage, et l'occident
Changeait l'ondée en flamme en son brasier ardent ;
Près d'une ornière, au bord d'une flaque de pluie,
Un crapaud regardait le ciel, bête éblouie ;
Grave, il songeait ; l'horreur contemplait la splendeur.
(Oh ! pourquoi la souffrance et pourquoi la laideur ?
Hélas ! le bas-empire est couvert d'Augustules,
Les Césars de forfaits, les crapauds de pustules,
Comme le pré de fleurs et le ciel de soleils !)
Les feuilles s'empourpraient dans les arbres vermeils ;
L'eau miroitait, mêlée à l'herbe, dans l'ornière ;
Le soir se déployait ainsi qu'une bannière ;
L'oiseau baissait la voix dans le jour affaibli ;
Tout s'apaisait, dans l'air, sur l'onde ; et, plein d'oubli,
Le crapaud, sans effroi, sans honte, sans colère,
Doux, regardait la grande auréole solaire ;
Peut-être le maudit se sentait-il béni,
Pas de bête qui n'ait un reflet d'infini ;
Pas de prunelle abjecte et vile que ne touche
L'éclair d'en haut, parfois tendre et parfois farouche ;
Pas de monstre chétif, louche, impur, chassieux,
Qui n'ait l'immensité des astres dans les yeux.
Un homme qui passait vit la hideuse bête,
Et, frémissant, lui mit son talon sur la tête ;
C'était un prêtre ayant un livre qu'il lisait ;
Puis une femme, avec une fleur au corset,
Vint et lui creva l'œil du bout de son ombrelle ;
Et le prêtre était vieux, et la femme était belle.
Vinrent quatre écoliers, sereins comme le ciel.
– J'étais enfant, j'étais petit, j'étais cruel ; –
Tout homme sur la terre, où l'âme erre asservie,
Peut commencer ainsi le récit de sa vie.


Et en voici un anglais, que j'aime bien :

“A mermaid found a swimming lad,
Picked him up for her own,
Pressed her body to his body,
Laughed; and plunging down
Forgot in cruel happiness
That even lovers drown.”


― W.B. Yeats

Parmi mes poètes préférés figure Charles Bukowski, mais ses poèmes sont en anglais. Peut-être aurais-je l'opportunité d'en mettre quelques uns plus tard ! Merci pour ce sujet et pour tous ces poèmes.
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Message par Pieyre le Ven 14 Mar 2014 - 19:22

        C'est un beau soir de mars, rugueux et froid.
    L'après‑midi, quelques fragiles anémones
            Ont fleuri toutes à la fois.
        À cette heure tombe le soleil jaune.

                    Merles et grives
            S'interpellent et se poursuivent
        Et s'écoutent siffler à pleine voix
        Ou bien encore grincent et se chamaillent
                    Parmi les mailles
        Des rameaux fins et divergents du bois.

            Au ras du sol poussent les herbes
            À petits brins, frêles et lisses.
            La surface des eaux se plisse
                    Au vent acerbe.

    Les villages, lavés par la neige et la pluie,
    Au bord de la grand‑route et des mares s'appuient
    Et reluisent, de loin en loin, parmi les champs :
    Tuiles rouges et volets verts et pignons blancs.

    — Émile Verhaeren, Clarté froide

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Message par Adikia le Mar 25 Mar 2014 - 3:18

*


Dernière édition par Adikia le Sam 11 Avr 2015 - 18:07, édité 1 fois

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Message par lyra22 le Jeu 27 Mar 2014 - 15:06

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Message par Chat Bleu le Dim 30 Mar 2014 - 20:58

Impossible de choisir un poème préféré mais mettons celui-là :

L'étranger

-Qui aimes-tu le mieux, homme énigmatique ? ton père, ta mère, ta soeur ou ton frère ?
-Je n'ai ni père, ni mère, ni soeur, ni frère.
-Tes amis ?
-Vous vous servez là d'une parole dont le sens m'est resté jusqu'à ce jour inconnu.
-Ta patrie ?
-J'ignore sous quelle latitude elle est située.
-La beauté ?
-Je l'aimerais volontiers, déesse et immortelle.
-L'or ?
-Je le hais comme vous haïssez Dieu.
-Eh ! qu'aimes-tu donc, extraordinaire étranger ?
-J'aime les nuages... les nuages qui passent... là-bas... là-bas... les merveilleux nuages !


Baudelaire, premier poème du Spleen de Paris
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Message par Pieyre le Dim 30 Mar 2014 - 21:23

    Le temps a laissié son manteau
    De vent, de froidure et de pluye,
    Et s'est vestu de broderye,
    De soleil luyant, cler et beau.

    Il n'y a beste, ne oyseau,
    Qu'en son jargon ne chante ou crye :
    Le temps a laissié son manteau
    De vent, de froidure et de pluye.

    Rivière, fontaine et ruisseau
    Portent, en livree jolie,
    Gouttes d'argent d'orfaverie,
    Chascun s'habille de nouveau :
    Le temps a laissié son manteau.

    — Charles d'Orléans, Rondeau

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Vos poèmes préférés - Page 3 Empty Aimons toujours ! Aimons encore

Message par Invité le Lun 31 Mar 2014 - 15:53


    Aimons toujours ! Aimons encore !
    Quand l'amour s'en va, l'espoir fuit.
    L'amour, c'est le cri de l'aurore,
    L'amour c'est l'hymne de la nuit.

    Ce que le flot dit aux rivages,
    Ce que le vent dit aux vieux monts,
    Ce que l'astre dit aux nuages,
    C'est le mot ineffable : Aimons !

    L'amour fait songer, vivre et croire.
    Il a pour réchauffer le coeur,
    Un rayon de plus que la gloire,
    Et ce rayon c'est le bonheur !

    Aime ! qu'on les loue ou les blâme,
    Toujours les grand coeurs aimeront :
    Joins cette jeunesse de l'âme
    A la jeunesse de ton front !

    Aime, afin de charmer tes heures !
    Afin qu'on voie en tes beaux yeux
    Des voluptés intérieures
    Le sourire mystérieux !

    Aimons-nous toujours davantage !
    Unissons-nous mieux chaque jour.
    Les arbres croissent en feuillage ;
    Que notre âme croisse en amour !

    Soyons le miroir et l'image !
    Soyons la fleur et le parfum !
    Les amants, qui, seuls sous l'ombrage,
    Se sentent deux et ne sont qu'un !

    Les poètes cherchent les belles.
    La femme, ange aux chastes faveurs,
    Aime à rafraîchir sous ses ailes
    Ces grand fronts brûlants et rêveurs.

    Venez à nous, beautés touchantes !
    Viens à moi, toi, mon bien, ma loi !
    Ange ! viens à moi quand tu chantes,
    Et, quand tu pleures, viens à moi !

    Nous seuls comprenons vos extases.
    Car notre esprit n'est point moqueur ;
    Car les poètes sont les vases
    Où les femmes versent leur coeurs.

    Moi qui ne cherche dans ce monde
    Que la seule réalité,
    Moi qui laisse fuir comme l'onde
    Tout ce qui n'est que vanité,

    Je préfère aux biens dont s'enivre
    L'orgueil du soldat ou du roi,
    L'ombre que tu fais sur mon livre
    Quand ton front se penche sur moi.

    Toute ambition allumée
    Dans notre esprit, brasier subtil,
    Tombe en cendre ou vole en fumée,
    Et l'on se dit : " Qu'en reste-t-il ? "

    Tout plaisir, fleur à peine éclose
    Dans notre avril sombre et terni,
    S'effeuille et meurt, lis, myrte ou rose,
    Et l'on se dit : " C'est donc fini ! "

    L'amour seul reste. Ô noble femme
    Si tu veux dans ce vil séjour,
    Garder ta foi, garder ton âme,
    Garder ton Dieu, garde l'amour !

    Conserve en ton coeur, sans rien craindre,
    Dusses-tu pleurer et souffrir,
    La flamme qui ne peut s'éteindre
    Et la fleur qui ne peut mourir !

    — Victor Hugo, Les Contemplations



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Vos poèmes préférés - Page 3 Empty Ne vous contentez pas, madame, d'être belle

Message par Invité le Lun 31 Mar 2014 - 15:54


    Ne vous contentez pas, madame, d'être belle.
    Notre cœur vieillit mal s'il ne se renouvelle.
    Il faut songer, penser, lire, avoir de l'esprit.
    Être, pendant dix ans, une rose qui rit,
    Cela passe... — La vie est une triste chose,
    Un travail de ruine et de métamorphose
    Qui fait d'une beauté sortir une laideur.
    Fixez votre œil charmant, parfois un peu boudeur,
    Sur les deux termes sûrs d'une vie achevée,
    Sur le point de départ et le point d'arrivée,
    Chemin que parcourront, hélas ! vos pas tremblants,
    — Dents blanches, cheveux noirs ; — dents noires, cheveux blancs !
    Moi, j'estime la femme, humble et sage personne,
    Qui ne s'éblouit pas, belle, veut être bonne,
    Songe à la saison dure ainsi que les fourmis,
    Et qui fait pour l'hiver provision d'amis.
    Vieillir, c'est remplacer par la clarté la flamme ;
    Le cœur doit lentement rentrer derrière l'âme.

    — Victor Hugo



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Message par Chat Bleu le Lun 31 Mar 2014 - 16:24

La nuit du Walpurgis classique

C'est plutôt le sabbat du second Faust que l'autre,
Un rhythmique sabbat, rhythmique, extrêmement
Rhythmique. - Imaginez un jardin de Lenôtre,
Correct, ridicule et charmant.

Des ronds-points; au milieu, des jets d'eau; des allées
Toutes droites; sylvains de marbre; dieux marins
De bronze; çà et là, des Vénus étalées;
Des quinconces, des boulingrins;

Des châtaigniers; des plants de fleurs formant la dune;
Ici, des rosiers nains qu'un goût docte effila;
Plus loin, des ifs taillés en triangles. La lune
D'un soir d'été sur tout cela.

Minuit sonne, et réveille au fond du parc aulique
Un air mélancolique, un sourd, lent et doux air
De chasse : tel, doux, lent, sourd et mélancolique,
L'air de chasse de Tannhäuser.

Des chants voilés de cors lointains, où la tendresse
Des sens étreint l'effroi de l'âme en des accords
Harmonieusement dissonants dans l'ivresse;
Et voici qu'à l'appel des cors

S'entrelacent soudain des formes toutes blanches,
Diaphanes, et que le clair de lune fait
Opalines parmi l'ombre verte des branches,
- Un Watteau rêvé par Raffet ! -

S'entrelacent parmi l'ombre verte des arbres
D'un geste alangui, plein d'un désespoir profond;
Puis, autour des massifs, des bronzes et des marbres,
Très lentement dansent en rond.

- Ces spectres agités, sont-ce donc la pensée
Du poète ivre, ou son regret, ou son remords,
Ces spectres agités en tourbe cadencée,
Ou bien tout simplement des morts ?

Sont-ce donc ton remords, ô rêvasseur qu'invite
L'horreur, ou ton regret, ou ta pensée - hein? - tous
Ces spectres qu'un vertige irrésistible agite,
Ou bien des morts qui seraient fous ? -

N'importe ! ils vont toujours, les fébriles fantômes,
Menant leur ronde vaste et morne et tressautant
Comme dans un rayon de soleil des atomes,
Et s'évaporant à l'instant

Humide et blême où l'aube éteint l'un après l'autre
Les cors, en sorte qu'il ne reste absolument
Plus rien -absolument- qu'un jardin de Lenôtre,
Correct, ridicule et charmant.


Verlaine
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Message par Invité le Mar 1 Avr 2014 - 11:00


Ce qui n’est pas dans la pierre,
Ce qui n’est pas dans le mur de pierre et de terre
Même pas dans les arbres,
Ce qui tremble toujours un peu
Alors c’est dans nous...

Guillevic, Sphères

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Message par Pieyre le Mar 1 Avr 2014 - 11:34

    J'ai voulu ce matin te rapporter des roses;
    Mais j'en avais tant pris dans mes ceintu­res closes
    Que les nœuds trop serrés n'ont pu les contenir.

    Les nœuds ont éclaté. Les roses envolées
    Dans le vent, à la mer s'en sont toutes allées.
    Elles ont suivi l'eau pour ne plus revenir;

    La vague en a paru rouge et comme enflam­mée.
    Ce soir, ma robe encore en est tout embau­mée...
    Respires‑en sur moi l'odorant souvenir.

    — Marceline Desbordes-Valmore, Les roses de Saadi

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Message par Aristippe le Jeu 3 Avr 2014 - 10:07

Quand le Seigneur, levant au ciel ses maigres bras, 
Sous les arbres sacrés, comme font les poètes,
Se fut longtemps perdu dans ses douleurs muettes,
Et se jugea trahi par des amis ingrats;

Il se tourna vers ceux qui l'attendaient en bas
Rêvant d'être rois, des sages, des prophètes...
Mais engourdis, perdus dans le sommeil des bêtes,
Et se prit à crier : << Non, Dieu n'existe pas ! >>

Ils dormaient. << Mes amis; savez-vous la nouvelle ?
J'ai touché mon front à la voûte éternelle;
Je suis sanglant, brisé, souffrant pour bien des jours !

Frères, je vous trompais : Abîme ! abîme ! abîme !
Le dieu manque à l'autel, où je suis la victime...
Dieu n'est pas ! Dieu n'est plus ! >> Mais il dormaient toujours !

Nerval, Mysticisme, I.
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Message par Plume88 le Jeu 3 Avr 2014 - 20:52

BLEU KLEIN

Un jour tu es entré dans le bleu
comme on pénètre dans la vraie vie
tu es entré dans le bleu
tu as fait le pari de l’immensité
et ce fut comme un sésame
un passage sur l’autre versant du miroir
ce ciel qui emplissait tout
la respiration des galaxies
la cadence des univers
le souffle magnétique de la Grande Ourse
un jour tu es entré dans le bleu
pour n’en plus jamais revenir
ce bleu ardent électrique
invulnérable
tu t’es plongé dans un bain d’indigo
au centre de l’horizon
pour voir tout en bleu
ligne de ciel
ligne de coeur
pour te faire la belle
la belle bleue
avec tes pinceaux vivants
l’intensité l’intensité l’intensité
pour devenir bleu d’émotion
découvrir ce lâcher de ballons bleus
au fond du cœur
ce saut dans la poésie
où la création recommence
à chaque instant
où l’éternité a la grâce des funambules
une énergie capable de forcer la pesanteur
une vie vouée au judo du bleu
une fête de l’infini
pour les marcheurs d’aurores


ZÉNO BIANU
Plume88
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http://tribulations-poete.blogspot.fr/

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Message par Pieyre le Ven 4 Avr 2014 - 3:42

    Sitôt que votre souffle a rempli le berger,
    Les hommes se sont dit : « Il nous est étranger. »
    Et leurs yeux se baissaient devant mes yeux de flamme,
    Car ils venaient, hélas ! d'y voir plus que mon âme.
    J'ai vu l'amour s'éteindre et l'amitié tarir;
    Les vierges se voilaient et craignaient de mourir.
    M'enveloppant alors de la colonne noire,
    J'ai marché devant tous, triste et seul dans ma gloi­re,
    Et j'ai dit dans mon cœur : « Que vouloir à présent ? »
    Pour dormir sur un sein mon front est trop pesant,
    Ma main laisse l'effroi sur la main qu'elle touche,
    L'orage est dans ma voix, l'éclair est sur ma bouche;
    Aussi, loin de m'aimer, voilà qu'ils tremblent tous,
    Et, quand j'ouvre les bras, on tombe à mes genoux.
    Ô Seigneur ! j'ai vécu puissant et soli­taire,
    Laissez‑moi m'endormir du sommeil de la terre !

    — Alfred de Vigny, Poèmes antiques et modernes. Livre mystique. Moïse (extrait)

Pieyre

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Message par Invité le Ven 4 Avr 2014 - 10:24

Depuis ce matin j'ai ce poème accompagné de la mélodie et voix de Brassens en tête.

Les Passantes - Antoine POL

Je veux dédier ce poème
A toutes les femmes qu'on aime
Pendant quelques instants secrets
A celles qu'on connaît à peine
Qu'un destin différent entraîne
Et qu'on ne retrouve jamais

A celle qu'on voit apparaître
Une seconde à sa fenêtre
Et qui, preste, s'évanouit
Mais dont la svelte silhouette
Est si gracieuse et fluette
Qu'on en demeure épanoui

A la compagne de voyage
Dont les yeux, charmant paysage
Font paraître court le chemin
Qu'on est seul, peut-être, à comprendre
Et qu'on laisse pourtant descendre
Sans avoir effleuré sa main

A la fine et souple valseuse
Qui vous sembla triste et nerveuse
Par une nuit de carnaval
Qui voulut rester inconnue
Et qui n'est jamais revenue
Tournoyer dans un autre bal

A celles qui sont déjà prises
Et qui, vivant des heures grises
Près d'un être trop différent
Vous ont, inutile folie,
Laissé voir la mélancolie
D'un avenir désespérant

A ces timides amoureuses
Qui restèrent silencieuses
Et portent encor votre deuil
A celles qui s'en sont allées
Loin de vous, tristes esseulées
Victimes d'un stupide orgueil.

Chères images aperçues
Espérances d'un jour déçues
Vous serez dans l'oubli demain
Pour peu que le bonheur survienne
Il est rare qu'on se souvienne
Des épisodes du chemin

Mais si l'on a manqué sa vie
On songe avec un peu d'envie
A tous ces bonheurs entrevus
Aux baisers qu'on n'osa pas prendre
Aux coeurs qui doivent vous attendre
Aux yeux qu'on n'a jamais revus

Alors, aux soirs de lassitude
Tout en peuplant sa solitude
Des fantômes du souvenir
On pleure les lèvres absentes
De toutes ces belles passantes
Que l'on n'a pas su retenir

en musique :

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Message par UK09 le Dim 6 Avr 2014 - 14:40

Vous connaissez certainement Guy Fawkes, le "gunpowder treason and plot" qui sert d’inspiration au créateur de V for Vendetta.
T.S. Elliot a écrit un poème sur ce passage de l'histoire anglaise et sur ce qu'il en reste aujourd'hui, Bonefire Night. Très bien écrit - de toute évidence - c'est surtout sa lecture à voix haute, la performance que ce texte nous oblige à faire qui rend ce texte si extraordinaire pour moi.

Je vous poste la version originale et sa traduction, qui rend le texte totalement insipide à mon goût.

The Hollow Men :
The Hollow Men: Text of the Poem

Mistah Kurtz—he dead.

A penny for the Old Guy

I
We are the hollow men
We are the stuffed men
Leaning together
Headpiece filled with straw. Alas!
Our dried voices, when
We whisper together
Are quiet and meaningless
As wind in dry grass
Or rats' feet over broken glass
In our dry cellar

Shape without form, shade without colour,
Paralysed force, gesture without motion;

Those who have crossed
With direct eyes, to death's other Kingdom
Remember us—if at all—not as lost
Violent souls, but only
As the hollow men
The stuffed men.

II
Eyes I dare not meet in dreams
In death's dream kingdom
These do not appear:
There, the eyes are
Sunlight on a broken column
There, is a tree swinging
And voices are
In the wind's singing
More distant and more solemn
Than a fading star.

Let me be no nearer
In death's dream kingdom
Let me also wear
Such deliberate disguises
Rat's coat, crowskin, crossed staves
In a field
Behaving as the wind behaves
No nearer—

Not that final meeting
In the twilight kingdom

III
This is the dead land
This is cactus land
Here the stone images
Are raised, here they receive
The supplication of a dead man's hand
Under the twinkle of a fading star.

Is it like this
In death's other kingdom
Waking alone
At the hour when we are
Trembling with tenderness
Lips that would kiss
Form prayers to broken stone.

IV
The eyes are not here
There are no eyes here
In this valley of dying stars
In this hollow valley
This broken jaw of our lost kingdoms

In this last of meeting places
We grope together
And avoid speech
Gathered on this beach of the tumid river

Sightless, unless
The eyes reappear
As the perpetual star
Multifoliate rose
Of death's twilight kingdom
The hope only
Of empty men.

V
Here we go round the prickly pear
Prickly pear prickly pear
Here we go round the prickly pear
At five o'clock in the morning.

Between the idea
And the reality
Between the motion
And the act
Falls the Shadow
For Thine is the Kingdom

Between the conception
And the creation
Between the emotion
And the response
Falls the Shadow
Life is very long

Between the desire
And the spasm
Between the potency
And the existence
Between the essence
And the descent
Falls the Shadow
For Thine is the Kingdom

For Thine is
Life is
For Thine is the

This is the way the world ends
This is the way the world ends
This is the way the world ends
Not with a bang but a whimper.

Les hommes creux:
LES HOMMES CREUX

I

Nous sommes les hommes creux
Les hommes empaillés
Cherchant appui ensemble
La caboche pleine de bourre. Hélas !
Nos voix desséchées, quand
Nous chuchotons ensemble
Sont sourdes, sont inanes
Comme le souffle du vent parmi le chaume sec
Comme le trottis des rats sur les tessons brisés
Dans notre cave sèche.

Silhouette sans forme, ombre décolorée,
Geste sans mouvement, force paralysée ;

Ceux qui s’en furent
Le regard droit, vers l’autre royaume de la mort
Gardent mémoire de nous – s’ils en gardent – non pas
Comme de violentes âmes perdues, mais seulement
Comme d’hommes creux
D’hommes empaillés.

II

Les yeux que je n’ose pas rencontrer dans les rêves
Au royaume de rêve de la mort
Eux, n’apparaissent pas:
Là, les yeux sont
Du soleil sur un fût de colonne brisé
Là, un arbre se balance
Et les voix sont
Dans le vent qui chante
Plus lointaines, plus solennelles
Qu’une étoile pâlissante.

Que je ne sois pas plus proche
Au royaume de rêve de la mort
Qu’encore je porte
Pareils francs déguisements: robe de rat,
Peau de corbeau, bâtons en croix
Dans un champ
Me comportant selon le vent
Pas plus proche -

Pas cette rencontre finale
Au royaume crépusculaire.

III

C’est ici la terre morte
Une terre à cactus
Ici les images de pierre
Sont dressées, ici elles reçoivent
La supplication d’une main de mort
Sous le clignotement d’une étoile pâlissante.

Est-ce ainsi
Dans l’autre royaume de la mort:
Veillant seuls
A l’heure où nous sommes
Tremblants de tendresse
Les lèvres qui voudraient baiser
Esquissent des prières à la pierre brisée.

IV

Les yeux ne sont pas ici
Il n’y a pas d’yeux ici
Dans cette vallée d’étoiles mourantes
Dans cette vallée creuse
Cette mâchoire brisée de nos royaumes perdus

En cet ultime lieu de rencontre
Nous tâtonnons ensemble
Evitant de parler
Rassemblés là sur cette plage du fleuve enflé

Sans regard, à moins que
Les yeux ne reparaissent
Telle l’étoile perpétuelle
La rose aux maints pétales
Du royaume crépusculaire de la mort
Le seul espoir
D’hommes vides.

V

Tournons autour du fi-guier
De Barbarie, de Barbarie
Tournons autour du fi-guier
Avant qu’le jour se soit levé.

Entre l’idée
Et la réalité
Entre le mouvement
Et l’acte
Tombe l’Ombre

Car Tien est le Royaume

Entre la conception
Et la création
Entre l’émotion
Et la réponse
Tombe l’Ombre

La vie est très longue

Entre le désir
Et le spasme
Entre la puissance
Et l’existence
Entre l’essence
Et la descente
Tombe l’Ombre

Car Tien est le Royaume

Car Tien est
La vie est
Car Tien est

C’est ainsi que finit le monde
C’est ainsi que finit le monde
C’est ainsi que finit le monde
Pas sur un Boum, sur un murmure.
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Message par Zwischending le Ven 11 Avr 2014 - 1:52

Tous ceux qui parlent des merveilles
Leurs fables cachent des sanglots
Et les couleurs de leur oreille
Toujours à des plaintes pareilles
Donnent leurs larmes pour de l'eau

Le peintre assis devant sa toile
A-t-il jamais peint ce qu'il voit
Ce qu'il voit son histoire voile
Et ses ténèbres sont étoiles
Comme chanter change la voix

Ses secrets partout qu'il expose
Ce sont des oiseaux déguisés
Son regard embellit les choses
Et les gens prennent pour des roses
La douleur dont il est brisé

Ma vie au loin mon étrangère
Ce que je fus je l'ai quitté
Et les teintes d'aimer changèrent
Comme roussit dans les fougères
Le songe d'une nuit d'été

Automne automne long automne
Comme le cri du vitrier
De rue en rue et je chantonne
Un air dont lentement s'étonne
Celui qui ne sait plus prier

Mais l'oeil demeure au tard d'hiver
Le transfigurateur du temps
Aux arbres nus rend le jour vert
Et verse aux autres dans son verre
Le vin nouveau d'avoir vingt ans

Louis Aragon, Chagall VI, in ''Les Adieux''.
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Message par Invité le Ven 11 Avr 2014 - 2:00

Merci ZwiZwi, j'adore ce poème.

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Message par Zwischending le Ven 11 Avr 2014 - 2:08

Avec plaisir, supercalifragilis Smile

mis en musique par Ferrat:
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Message par Invité le Ven 11 Avr 2014 - 2:34

Merci !  Et si j'ose
Long hug ?

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Message par Invité le Jeu 29 Mai 2014 - 14:11

Tu seras un homme mon fils
Si tu peux voir détruit l’ouvrage de ta vie
Et sans dire un seul mot te mettre à rebâtir,
Ou perdre en un seul coup le gain de cent parties
Sans un geste et sans un soupir ;

Si tu peux être amant sans être fou d’amour,
Si tu peux être fort sans cesser d’être tendre,
Et, te sentant haï, sans haïr à ton tour,
Pourtant lutter et te défendre ;

Si tu peux supporter d’entendre tes paroles
Travesties par des gueux pour exciter des sots,
Et d’entendre mentir sur toi leurs bouches folles
Sans mentir toi-même d’un mot ;

Si tu peux rester digne en étant populaire,
Si tu peux rester peuple en conseillant les rois,
Et si tu peux aimer tous tes amis en frère,
Sans qu’aucun d’eux soit tout pour toi ;

Si tu sais méditer, observer et connaître,
Sans jamais devenir sceptique ou destructeur,
Rêver, mais sans laisser ton rêve être ton maître,
Penser sans n’être qu’un penseur ;

Si tu peux être dur sans jamais être en rage,
Si tu peux être brave et jamais imprudent,
Si tu sais être bon, si tu sais être sage,
Sans être moral ni pédant ;

Si tu peux rencontrer Triomphe après Défaite
Et recevoir ces deux menteurs d’un même front,
Si tu peux conserver ton courage et ta tête
Quand tous les autres les perdront,

Alors les Rois, les Dieux, la Chance et la Victoire
Seront à tous jamais tes esclaves soumis,
Et, ce qui vaut mieux que les Rois et la Gloire
Tu seras un homme, mon fils.


André Maurois a traduit (ou plutôt s'est inspiré) If de Rudyard Kipling

L'original:
If you can keep your head when all about you
Are losing theirs and blaming it on you,
If you can trust yourself when all men doubt you.
But make allowance for their doubting too;
If you can wait and not be tired by waiting.
Or being lied about, don’t deal in lies,
Or being hated, don’t give way to hating,
And yet don’t look too good, nor talk too wise:

If you can dream —and not make dreams your master
If you can think —and not make thoughts your aim
If you can meet Triumph and Disaster
And treat those two impostors just the same;
If you can bear to hear the truth you’ve spoken
Twisted by knaves to make a trap for fools.
Or watch the things you gave your life to broken,
And stoop and build’em up with worn-out tools:

If you can make one heap of all your winnings
And risk it on one turn of pitch-and-toss,
And lose, and start again at your beginnings
And never breathe a word about your loss;
If you can force your heart and nerve and sinew
To serve your turn long after they are gone,
And so hold on when there is nothing in you
Except the Will which says to them: “Hold on!”

If you can talk with crowds and keep your virtue,
Or walk with Kings —nor lose the common touch,
If neither foes nor loving friends can hurt you,
If all men count with you, but none too much;
If you can fill the unforgiving minute,
With sixty seconds’ worth of distance run.
Yours is the Earth and everything that’s in it,
And —which is more— you’ll be a Man, my son!
 

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Message par Pieyre le Mer 25 Juin 2014 - 21:49

    Midi, roi des étés, épandu sur la plaine,
    Tombe en nappes d'argent des hauteurs du ciel bleu.
    Tout se tait. L'air flamboie et brûle sans haleine;
    La terre est assoupie en sa robe de feu.

    L'étendue est immense, et les champs n'ont point d'ombre,
    Et la source est tarie où buvaient les troupeaux;
    La lointaine forêt, dont la lisière est sombre,
    Dort là‑bas, immobile, en un pesant repos.

    Seuls, les grands blés mûris, tels qu'une mer dorée,
    Se déroulent au loin, dédaigneux du sommeil;
    Pacifiques enfants de la terre sacrée,
    Ils épuisent sans peur la coupe du soleil.

    Parfois, comme un soupir de leur âme brûlante,
    Du sein des épis lourds qui murmurent entre eux,
    Une ondulation majestueuse et lente
    S'éveille, et va mourir à l'horizon poudreux;

    Non loin, quelques bœufs blancs, couchés parmi les herbes,
    Bavent avec lenteur sur leurs fanons épais,
    Et suivent de leurs yeux languissants et superbes
    Le songe intérieur qu'ils n'achèvent jamais.

    Homme, si, le cœur plein de joie ou d'amertume,
    Tu passais vers midi dans les champs radieux,
    Fuis ! la nature est vide et le soleil consume :
    Rien n'est vivant ici, rien n'est triste ou joyeux.

    Mais si, désabusé des larmes et du rire,
    Altéré de l'oubli de ce monde agité,
    Tu veux, ne sachant plus pardonner ou maudire,
    Goûter une suprême et morne volupté,

    Viens ! Le soleil te parle en paroles sublimes;
    Dans sa flamme implacable absorbe‑toi sans fin;
    Et retourne à pas lents vers les cités infimes,
    Le cœur trempé sept fois dans le néant divin.

    — Leconte de Lisle, Midi

Pieyre

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Vos poèmes préférés - Page 3 Empty Re: Vos poèmes préférés

Message par Bacha Posh le Jeu 26 Juin 2014 - 2:22

Smile



Dernière édition par Jas le Lun 4 Aoû 2014 - 20:36, édité 1 fois

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Vos poèmes préférés - Page 3 Empty Re: Vos poèmes préférés

Message par Bacha Posh le Mer 2 Juil 2014 - 23:54


Musique

Puisqu'il n'est point de mots qui puissent contenir,
Ce soir, mon âme triste en vouloir de se taire,
Qu'un archet pur s'élève et chante, solitaire,
Pour mon rêve jaloux de ne se définir.

Ô coupe de cristal pleine de souvenir ;
Musique, c’est ton eau seule qui désaltère ;
Et l'âme va d'instinct se fondre en ton mystère,
Comme la lèvre vient à la lèvre s’unir.

Sanglot d'or !… Oh ! voici le divin sortilège !
Un vent d’aile a couru sur la chair qui s"allège ;
Des mains' sur nous promènent leur douceur.

Harmonie, et c'est toi, la Vierge secourable,
Qui, comme un pauvre enfant, berces contre ton coeur
Notre coeur infini, notre coeur misérable.

Albert Samain, Au jardin de l'infante


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