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Message par Amocore Sam 6 Aoû 2022 - 21:00



Je connais un endroit où tout paraît meilleur, un endroit au soleil sans oiseaux de malheurs, là-bas aux Calanques, tu verras c'est le coeur.

Merci pour le son ! Je me mets à adhérer à ton rêve marseillais le Shadow Boxeur hehehe un jour, oui !

@ hum : merci de faire partie de la poignée de mes lectrices et lecteurs chéris, je vous aime, je vous envoie de l'amour.

Voici l'épisode sur l'homme tant attendu, rencontre déterminante qui m'a donné beaucoup de pouvoir personnel.



76. La bille du tunnel sans fin



Partie II : L'oiseau de Dieu



Regardez les oiseaux du ciel : ils ne sèment ni ne moissonnent, et ils n'amassent rien dans des greniers; et votre Père céleste les nourrit. Ne valez-vous pas beaucoup plus qu'eux ? Matthieu 6:26
***

J'osais attaquer le tabou de la Sainte Mère intouchable. Comme dans toutes les religions, tu honoreras ton père et ta mère. Mais que faire quand elle est monstrueuse ? L'honorer et se sacrifier ? La mère aimait à répéter qu'en Islam, le paradis de l'enfant se trouvait sous les pieds de sa mère. Mise sous pression et carte blanche à tous les abus. Bien plus tard, j'ai appris que cette phrase avait été tirée hors de son contexte : la mère, tel un arbre, offre ombrage, protection, fruits délicieux et repos à son enfant, ainsi le paradis se trouve à ses pieds. Seulement à ces conditions-ci. Dans mon cas, j'y avais trouvé l'enfer.

J'ai donc continué à faire mes recherches, à siphonner le web pendant des nuits blanches. J'ai ratissé très large, jusqu'à tomber sur les vidéos d'un exorciste youtubeur de la banlieue parisienne. Mahdy ibn Salah. Il tenait un discours singulier, en fracture totale avec tout ce que j'avais bien pu entendre de religiosité bien lissée et correcte.

Chez cet homme dévoué à Dieu, j'y ai trouvé la corrosive vérité de l'intimité cachée des familles qu'aucun religieux dans la communauté n'abordait : la perversion narcissique des parents, la maltraitance des enfants, les mères sorcières, l'inceste, l'utilisation de la religion comme arme de destruction des membres de la famille. Un homme en marge de la communauté, non reconnu, méprisé, considéré comme douteux. Un THQI qui osait des théories de psychologie religieuse, science qu'il développait au fil de ses recherches et de ses consultations. Un télépathe. Oh comme il m'a plu celui-là ! Je l'ai contacté et nous avons convenu d'un rendez-vous.

J'ai été reçu dans un local pauvre de Saint-Denis. On m'a demandé d'attendre dans une petite pièce. La porte entrouverte, j'ai entendu de la salle d'à-côté les cris et longs râles d'un homme qu'on était en train de torturer. Je me suis figée. Qu'est-ce que j'étais bien venir faire là moi aussi à aller traîner dans des endroits louches chercher la compagnie de gens tout aussi louches ?! Pourquoi je fais toujours ça ?!

Mahdy est sorti de la salle des tortures et m'a accueilli tout sourire. Il était grand, droit, bel homme, et au regard bienveillant.

— C'était quoi les cris ?
— Aaaah, juste un sortilège tunisien. La routine !
— Comment on peut t'aider ?

Il était accompagné de son jeune ami et élève, l'apprenti exorciste que j'allais rencarder. J'ai hésité, puis mise en confiance, j'ai déversé ma vérité. Ils m'ont écouté attentivement. Et cet homme de religion en réponse m'a validé. Tout simplement. Je recevais ce que j'étais venue chercher. Je n'étais définitivement pas folle de penser ce que je pensais et je n'étais pas destinée à l'enfer à dire l'abominable vérité. Merci. J'avais désormais la religion de mon côté, cet homme en étant un représentant avisé. J'avais sa bénédiction de couper les ponts.

Il m'a invité à revenir la semaine suivante pour une séance d'exorcisme. Ils m'ont rassuré en me disant que je n'allais pas crier, car mon mal était différent... J'ai hésité toute la semaine et puis acculée par la dépression et aimant les expériences qui sortent de l'ordinaire, je me suis présentée au rendez-vous comme convenu.

Dans la salle des tortures, ils m'ont dit de m'allonger, puis m'ont recouvert le corps d'un drap blanc. L'exorciste m'a demandé de me détendre et de fermer les yeux. Il a alors posé sa main sur mon front et a commencé à psalmodier des paroles sacrées. Sa voix était sublime. La grande beauté qui émanait de sa mélodieuse récitation m'a touché au plus profond du coeur. Je ressentais l'amour immense de cet homme pour l'humanité : il se mettait en danger à combattre les forces obscures pour sauver les âmes torturées, il utilisait sa foi surpuissante pour les guérir. Il était un canal direct de l'amour divin.

Cet amour divin m'a enveloppé, il s'est mis à réchauffer mon corps de l'intérieur. Profondément émue, les larmes sont montées. J'ai été envahie par un immense sentiment de soulagement et de bien-être. Le calme aussi, invité par cette certitude que la tourmente touchait à sa fin. J'ai pleuré doucement pendant toute la séance. Je me sentais si soulagée... Sur mes joues, toute ma peine a coulé. Moment hors de l'espace et du temps, j'aurais aimé qu'il ne finisse jamais. Un avant-goût de paradis.

En partant, Mahdy a refusé mon argent. Etonnée, je lui ai demandé comment il pouvait bien vivre, à vouer sa vie à soigner les âmes gratuitement. Il m'a répondu qu'il était comme l'oiseau dans la Bible, qui partait du nid le matin le ventre vide, et revenait le soir repu, le divin l'ayant nourri.

Quelle foi ! Cet homme, la plus belle âme au monde que j'ai été amenée à rencontrer.

Même si nous ne sommes pas restés en contact direct, car cela n'a pas marché avec son élève, il est devenu un de mes maîtres spirituels. Je le suis toujours sur YouTube. J'assiste parfois à ses assemblées en rêve. Il prend de mes nouvelles ainsi. Il m'a profondément inspiré et m'a guidé vers une foi personnelle enracinée.

Croire en sa fragile vérité intérieure quand tout autour de soi n'est que bruyante réalité mensongère.










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Message par Amocore Dim 7 Aoû 2022 - 19:44




On m'a demandé dans quelle mesure je romançais : j'ai vécu tout ce que je raconte, dont la série d'évènements et de cauchemars dans cet épisode. Je bricole pour tout faire rentrer dans un épisode, ici ils se sont déroulés pendant les cinq première années sans Pierre. Je ne me souviens plus du parallélisme exact entre les rêves et les évènements mais de leurs déroulements séparés, j'ai essayé de les imbriquer au plus près.

Pour les rêves en intro, je les ai tous fait depuis Janvier, en écrivant cette histoire. Je les poste dans le désordre, les choisissant selon la thématique de l'épisode. Je précise que je ne fais ni rêves lucides ni rêves éveillés. Je rêve quand je dors, et je ne contrôle rien dans mes rêves, tout est inconscient.

Le contexte étant posé, je suis allée voir récemment un Marvel au cinéma, Doctor Strange, à l'initiative de ma nouvelle bande de copines saoudiennes. Dans la première scène, il se bat contre les forces du mal pour protéger une jeune fille. Il se réveille en sursaut. Il croise cette même inconnue dans la journée qui lui dit : ce n'était pas un rêve, ce combat a bien eu lieu, nous étions dans une dimension parallèle.

Ca m'a fait bien bien rire.


04.06.2022


77. Combattre les démons en mode Marvel



Je rêve de magie noire. Je prends mon chat et je m'enfuis.
***

J'étais devenue grise à ne plus voir la lumière du jour, abonnée aux anémies et aux ampoules de vitamine D. Je m'étais résignée à vivre éveillée la nuit pour tenter d'échapper aux cauchemars. Je continuais toutefois à cheminer spirituellement, faisant grandir ma foi dans le divin. La terreur la nuit. Une personne à l'Eglise dont j'ai oublié le nom et le visage m'a alors fait cette suggestion : pourquoi ne pas Lui demander de t'aider à l'endroit de ton sommeil ? Je lui ai répondu : parce qu'Il a d'autres choses plus importantes à faire ?

J'étais sur la colline d'herbe derrière le bloc d'immeubles de mon enfance lorsqu'un loup blanc est apparu au loin, et a couru vers moi. Il s'est arrêté à quelques centimètres, et s'est mis à grogner, j'ai pris peur. Il l'a senti et a planté ses crocs dans mon avant-bras. Je suis me réveillée, choquée.

Le désespoir m'ayant mise à genoux, cette personne m'a soufflé que j'étais dans une position parfaite pour prier. Demande et tu recevras. Alors j'ai prié, acculée. J'ai acheté un petit livre de prière et j'ai appris par cœur une invocation de protection divine que je récite depuis toutes les nuits, avant de passer dans le monde onirique.

Je courais dans une maison délabrée, mon cœur battait la chamade. Paniquée, j'ouvrais des portes en enfilade. Les grognements des zombies de plus en plus forts. Je me suis réveillée avant qu'ils ne me trouvent. Tremblante.

L'invocation protectrice faisait effet, ils ne m'attrapaient plus. J'ai trouvé par hasard la bille dorée donnée par la mère. J'ai sillonné la toile en recherche de réponses. De la sorcellerie. J'ai contacté le religieux du quartier dans ma quête. J'ai intensifié les prières et l'écoute du Coran. J'ai supplié Dieu de me protéger.

J'étais au milieu de champs. Deux énormes bêtes noirs au poil brillant, de la taille de taureaux, un de chaque côté, s'approchaient lentement vers moi. Je savais que je n'allais pas être assez rapide en courant pour les semer. Je ne savais pas quoi faire mais étrangement, je ne paniquais pas. Ils se rapprochaient. Subitement, sans y penser, j'ai levé les bras au ciel. Un faisceau de lumière venant du ciel s'est abattu sur moi. Il m'a aveuglé. Je me suis réveillée, songeuse.

Mes recherches m'ont amené à me documenter sur la sorcellerie et la symbolique de mes cauchemars : des messages annonciateurs de sortilèges qui seraient faits contre le rêveur, et au fil des lectures, à étudier les différents rituels de magie, à décrypter les symboles oniriques. Sur des forums religieux évoquant le sujet, j'ai découvert qu'on pouvait aller plus loin que juste se protéger, et je me suis éduquée au combat. J'ai demandé à Dieu de m'insuffler Sa force de frappe en rêve.

Trois êtres maléfiques se tenaient en face de moi, dans l'ombre, à une dizaine de mètres. Ils me toisaient, prêts à me sauter à la gorge. A la place de la peur, j'avais un long et épais bâton dans la main droite. J'ai frappé fort au sol avec et j'ai fait un pas vers eux en leur criant « JE CHERCHE PROTECTION AUPRÈS DE DIEU CONTRE SATAN LE LAPIDÉ ». Ils ont trésailli, et sont restés figés. J'ai tapé à nouveau fort par terre en m'approchant et leur ai crié en arabe « LA HAWLA WA LA QUWATA ILLA BILLAH ». La force et la puissance ne proviennent que de Dieu. Ils tremblaient. J'ai refait un pas déterminé et ai levé mon bâton en l'air à nouveau. Je me suis réveillée avant qu'il ne touche le sol. Le sourire aux lèvres.

Je prenais le dessus, la foi devenant plus forte que la peur. Je ne buvais plus que de l'eau que je bénissais à la maison, j'ai appris à utiliser un chapelet et j'ai passé des heures à l'égréner. Je me suis préparée mentalement avec la ferme intention d'attraper les démons par la force divine. J'avais pour espoir l'identification de mes ennemis en rêve.

Je courais. J'ai jeté un œil en arrière : personne derrière moi. Je courais quand même, et en tournant la tête, je les ai vus : ils étaient trois devant moi à fuir ! Ceux de la dernière fois ! J'ai couru encore plus vite. Je les ai coincés dans une impasse, contre un mur. En arrivant à eux, ils se sont retournés et m'ont regardé, masqués. Face à face. D'un revers de la main, je leur ai arraché leurs masques. Trois visages de femmes. Trois visages connus. Trois visages proches. La mère, la grande sœur et la grande demi-soeur. Instant en suspens. Nous nous sommes fixées. Dans leurs yeux, la malice et la terreur se mélangeaient. Je me suis réveillée. Abassourdie.

Rencontre déterminante avec l'exorciste qui a fini de m'extirper du double-lien maternel infernal : « ta mère est une sorcière et elle te veut du mal. Obéis au Créateur et non à la créature. Tu dois lui désobéir et la déshonorer pour obéir au divin qui te demande d'être fidèle à toi-même et t'interdit de te sacrifier pour l'ego malade d'un humain, même ta propre mère, alors désobéis. Tu dois trahir le pacte démoniaque entre vous pour obéir au divin et t'en sortir. J'invoquerai Dieu en ta faveur. Vas en paix, tu as la bénédiction divine sur toi. »

La mère m'a foncé dessus avec un verre à la main. Elle a pris son élan pour me le fracasser sur le crâne mais je lui ai intercepté le bras en vol, et bam ! elle m'a frappé à la bouche avec son autre main. Je me retrouvais dans une posture défensive, sentant sa hargne et sa volonté de me détruire. J'allais la laisser me frapper, impuissance apprise. « Tu dois trahir le pacte ». Mon inconscient avait choisi. Je lui ai lâché le bras, pour lui écraser mon poing sur la joue. Bam ! Et une deuxième fois dans le visage bim !, et une troisième dans l'oeil, bang ! Elle est tombée par terre, j'ai enchaîné en lui donnant un gros coup de pied dans le ventre, bim ! et un autre bam !, je me suis déchaînée sur elle bing ! Bam ! Bam ! Je voyais rouge, je me suis défoulée bing bing bing ! Et me suis arrêtée pour la regarder. Une vieille femme battue recroquevillée. Ma mère ! L'idée de la tuer ne m'a pas traversé l'esprit. J'ai ouvert les yeux. Culpabilité me tapant à la bouche, suivie d'une vague de jubilation.

J'ai reçu dans les jours qui ont suivi un texto de sa part : elle était malade et avait mal de partout.

Mon dernier cauchemar. A partir de là, la teneur de ses textos allait être invariablement la même : elle était malade, elle pleurait tout le temps mon absence, elle souffrait. De mon côté, j'atteignais enfin la sortie de l'interminable tunnel de dépression et ai retrouvé la lumière du jour et un rythme de vie « normal », l'enchaînement avec mon stage de fin d'études aidant à restructurer mon sommeil. J'ai été diplômée cette même année. D'une bonne humeur stable, je n'ai plus connu d'état dépressif.








L'invocation protectrice:
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Message par Amocore Lun 8 Aoû 2022 - 18:36


Petit retour sur l'intrigue principale et grandes déclarations.

Dans l'épisode qui suit, vous pourrez noter le pouvoir de la narration, dont la maîtrise renverse la donne et jette un éclairage radicalement différent sur l'indisponibilité de Pierre. Tout se déroule parfaitement selon un ordre préétabli, que nous avons inconsciemment suivi à la lettre. Tout est parfait, tout fait sens. Vous me voyez en action utiliser ma paire de clés spirituelles, l'acceptation et la gratitude.

Le prisme d'interprétation est en grande partie inspiré de la prophétie amothéiste, j'ai complété le reste par mes déductions.

J'ai depuis consulté le gynéco : la disparition des règles est signe que le traitement fait effet.




09.06.2022


78. L'oeuf cristallisé


Je rêve d'avoir compris le système avec Pierre, ce qu'il s'est passé de l'intérieur.
***

Mon utérus s'est mis à économiser ses œufs depuis son retour. Je veux un enfant de lui. L'évidence ! Mes copines saoudiennes m'ont suggéré de les mettre au congélateur. Faudra-t'il attendre une éternité pour le retrouver ?

La maîtrise de la temporalité était totalement sienne, pendant ces dix dernières années l'un sans l'autre. Tout dépendait de lui, de sa progression.

Depuis notre séparation, il a dû cheminer vaillamment sur une pente ascendante pour trouver sa propre lumière. Devenir lumière et rayonner. Dans ses ténèbres, je ne pouvais pas le reconnaître. Voici le charme sous lequel j'étais. Pour le rompre et me réveiller, il se devait de briller sans moi. Apprendre à vivre et à s'aimer loin de moi, sa divinité qui lui a fait goûter à l'amour divin.

Sur son long chemin de croix, afin de lui enseigner l'amour, il a rencontré une autre femme, qui lui a pansé les blessures que j'avais réveillées et creusées. Elle lui a donné cette réassurance qu'il était aimable, elle lui a tenu chaud, elle lui a donné tout ce qu'il n'a pas reçu de moi, car je n'ai pas été missionnée pour cela. Je ne lui porte que son reflet, le meilleur comme le pire. Surtout le pire à l'époque. Sa compagne lui était indispensable pour continuer à avancer.

Il a eu avec elle un enfant, et en regardant dans les yeux de sa progéniture, il s'est souvenu de l'amour pur. Il le fallait pour qu'il se rende compte que je n'en étais pas la seule porteuse pour lui, et lui donner une responsabilité qui allait l'ancrer dans l'instant présent et le détacher de mon souvenir persistant. Il fallait que de leur union naisse un second enfant, qu'il se sente suffisamment entouré et aimé, et en temps que chef de famille, lui faire prendre conscience qu'il avait les épaules assez large pour prendre des responsabilités haut placées dans une société, et se déployer professionnellement. Trouver le début de sa mission de vie, de sa plénitude. Sans moi, sa divine moitié.

Ayant accompli cet exploit, sans que je n'en sache rien, je l'ai appelé à ce moment-là, seulement à ce moment-là, sous la tour Eiffel, suivant ma programmation inconsciente. Il est revenu à moi et je l'ai défié, une dernière fois, car j'avais ressenti sa langueur réactivée d'un passé révolu. Il restait un cheveu à casser, il n'avait pas totalement lâché prise, j'ai su que dans le recoin de son être, un espoir persistait. Il fallait l'éradiquer, qu'il ait la force de renoncer entièrement à celle qui l'avait marqué ado pour toute la vie de l'amour divin. Il était prêt car il avait tout trouvé en lui, sans moi.

En me recontactant, il m'a porté le souvenir de notre lien, et j'étais enfin disposée à le recevoir. L'amnésique retrouvait subitement la mémoire, celle de l'amour phénoménal nous reliant. La lumière aveuglante. Je l'avais guidé jusqu'à présent, inconsciemment, obéissant à l'ordre divin suivant : je continuais à le rejeter tant qu'il se rejetait, je le repoussais tant qu'il croyait que mon amour lui était vital, je le méprisais tant qu'il ne s'estimait pas, je ne lui montrais pas que je l'aimais tant qu'il ne s'aimait pas.

Lui qui m'avait tout donné et m'avait fait passé avant lui, il devait se choisir, faire sa vie, construire et avancer sans moi et surtout, avoir le courage de me rejeter, moi sa déesse. Et il l'a fait. Nous pouvons passer à l'étape suivante de notre initiation. Etant aussi mon miroir cruel, il m'a alors brutalement mise en face de la vérité. Je me suis moi-même rejetée, je me suis reniée, j'ai enterré une partie de ma personnalité et de mon intelligence, mes rêves, ma vocation, je me laissais mourir à petit feu dans les bras d'un vampire, je m'étais abandonnée au bord de la route. En me rejetant, il m'a jeté dans mes ténèbres, tout comme je l'avais jeté dans les siennes dix ans plus tôt. En me renvoyant à moi-même, au plus intime, il m'a forcé à aller voir là, cette blessure profonde et cachée et à prendre les mesures nécessaires au changement.

Mon tour est venu de devenir pleinement moi-même. Il m'a remis également le flambeau, je deviens gardienne de notre lien. Il se libère ainsi de cette charge, car à ce stade, il n'a plus ce besoin vital de m'avoir. Me voici dans ses chaussures d'il y a dix ans. Je me retrouve à ressentir une ardeur hors norme, un manque sans échappatoire, sans sa lumière, encore éblouie, déboussolée, seule. A mon tour de me préparer à l'expédition solitaire de la pente ascendante.

Je maîtrise la temporalité de mon retour dans sa vie car je suis porteuse de l'avenir. Cela dépendra de la vitesse de ma progression. Nos chemins seront amenés à se recroiser car tel est le plan divin. Nous sommes étroitement liés pour la vie, que nous le voulons ou pas. Nous avons le libre-arbitre de le refuser. J'ai finalement choisi de l'embrasser, car j'ai souffert le martyre à essayer d'y échapper. Et je souffre encore à résister à l'idée de contacter un homme marié, mais telle est ma programmation, je dois le recontacter, j'en meurs.

Alors, une fois prête, je reviendrai et je lui proposerai l'éternité, car une fois que nous nous retrouverons, il n'y aura plus jamais de séparation. Il pourra refuser bien évidemment, car il a son libre-arbitre. Il pourra choisir de rester avec son épouse, et continuer à cheminer avec elle. Cependant, son couple subira une pression le rendant difficilement tenable, il se délitera de lui-même à cause de l'appel constant de l'âme. Car notre connexion profondément spirituelle ne pourra être ni comblée ni remplacée par rien ni personne d'autre.

Il a tout le temps de me voir venir, et tout le loisir d'y penser, de profiter du moment présent, de son bonheur avec son épouse, qui, j'en suis persuadée, est douce avec lui. J'ai beaucoup d'amour et de respect pour elle. Je la remercie d'avance d'avoir bien pris soin de lui, de l'avoir accompagné sur son chemin de croix, de lui avoir donné des enfants qui le comblent de joie. Je la remercie de l'avoir préparé. Tout comme mon ex-mari m'a parfaite, à sa manière à lui, moins tendre. Grâce à eux, nous serons parfaitement prêts.




Don't think that I'm pushing you away when you're the one that I've kept closest.








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Message par Shadow Boxeur Lun 8 Aoû 2022 - 19:41

Laisse a Pierre le choix de sa liberté. Je crois.
Sans libre arbitre, comme tu sembles le suggérer sous le coup de l'amotheisme, sera-t-il Pierre. ?

Mais c'est toi la romancière !! 👍☺
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Message par Kinesis Lun 8 Aoû 2022 - 22:43

Salut,
cela fait plusieurs fois que je te lis et à chaque je suis interloqué : c'est ultra dur ce que tu racontes (voire carrément horrible parfois), mais il y a surtout et avant tout de telles force et puissance qui se dégagent de ta prose ! M'imaginer un seul pourcent de ce que tu as vécu me déchire déjà le cœur, alors j'accompagne ce message de toute ma compassion... Ensuite et pourtant, par delà douleurs et monstruosités, il y a les mots, le rythme, la mélodie, le sens : une certaine beauté. Une plume inimitable au style époustouflant, si elle pouvait elle me décoifferait. En vrai je me suis demandé quelle écrivaine pouvait bien se cacher derrière ce pseudo composé de mots fusionnés. Les flots, la profondeur dans toutes les dimensions, je trouve ça vraiment vraiment touchant ce que tu écris ; il y a toutes les couleurs, une palette complète. Lecteur discret content que tu aies débloqué ces lignes et noirci ces pages, c'est même un exemple à suivre à mes yeux. C'est d'autant plus poignant que ça en est difficile à lire, alors autant que faire se peut / ce peu, je partage ta souffrance, encourage ton activité salvatrice, en admire les produits, et espère que l'artiste ne disparaitra pas au profit de la création, comme dans celle vidéo de dDamage. Je te souhaite de réussir ce que tu as entrepris et que cela te satisfasse entièrement !
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Message par Amocore Mar 9 Aoû 2022 - 20:23



@ Gaski : dans l'épisode précédent, je ne fais que rapporter la prophétie amothéiste, le Titanic coulera d'après eux, après ça peut prendre dix ans. Je suis déchirée, je désire ardemment cet homme et je ne lui souhaite que du bien, même sans moi. J'ai encore espoir d'échapper à ma destinée, qu'il reste dans son terrier avec sa famille lapin tous heureux et que je me trouve une douce âme-soeur qui viendra en moi en profondeur me guérir du mal de l'ex pervers.

Je laisse à Pierre son libre-arbitre, je respecte sa volonté de ne pas le recontacter, et c'est pourquoi je ne le bombarde pas de mails. Il a juste oublié de préciser "en général", j'exerce ma liberté d'action m'adressant à lui ici han han

Le libre-arbitre à certains moments est très réduit, comme lorsque je lui ai envoyé le signal, d'après la prophétie, il a été harcelé par un besoin absolu de me recontacter. Le control freak n'a pas tenu deux semaines. Pour ma part, ça fait six mois que je tiens, mais au prix d'efforts surhumains, mon libre-arbitre, je l'exerce à fond ici, je me cramponne et m'étale sur ZC pour ne pas le recontacter. Je suis harcelée du réveil jusque dans la nuit, je n'ai pas de répit.

Mais tu soulèves une question qui me taraude beaucoup depuis le début de cette histoire : jusqu'à quel point sommes-nous libres ? Le sommes-nous vraiment (programmation inconsciente etc)? Pouvons-nous échapper à notre destin ?

@ Kinesis : merciiiiiiii  I love you  I love you  I love you  j'ai recopié ton commentaire sur mon troisième carnet de note qui m'accompagne dans cette aventure. Tu ne sais pas à quel point c'est important pour moi. Merci d'être sorti de la discrétion !!!!

Je ne comprends pas ta question, qui peut se cacher derrière ce pseudo ? Je raconte toute ma vie haha je ne me cache plus.

Ce que je raconte n'a rien d'unique, c'est une histoire de parcours accidentés, de rencontres, de solidarité, de résilience collective et d'aide invisible. En perdant ma famille d'origine, j'ai rejoint la grande famille humaine. Ce que j'ai vécu, j'ai été équipée pour y survivre, la vie est bien faite et le cerveau humain prodigieux. Tu ne sais pas, tu t'en serais sorti peut-être mieux que moi, tu es bien plus fort que tu ne le penses.


Je vous présente Manu, ma protégée, elle a écrit son premier spectacle et l'a mis en scène cet été, ça a été un succès. Une beauté de résilience.


13.06.2022



79. L'initiation de Manu, comédienne dramatique



Je rêve d'être partie au fond des océans trouver des réponses.
***

Je travaille à mon bureau, dans le coin des baies vitrés du salon. Je vois sur mon téléphone que Manu m'appelle. J'hésite, j'ai pris du retard. Elle m'avait écrit un message plus tôt dans la journée : elle stressait car elle allait se produire sur scène. Le travail peut attendre un quart d'heure, je prend l'appel.

Elle me dit qu'elle aimerait pleurer sans être triste pour autant, qu'elle ne sait pas ce qu'elle ressent, qu'elle s'est dissociée. Je lui offre un espace sécure pour explorer son état psychique. Sa dissociation. C'est elle qui m'a appris ce mot quand on s'est parlé pour la première fois, l'été dernier. C'était donc cela mes voyages dans les profondeurs des océans ! Ces déconnexions mentales de plusieurs heures, assise, immobile, hors de mon corps. Là sans être là, un corps en veille.

Passer une vie à rêver éveillée. Le retour à chaque fois plus pénible, la réalité entre temps se dégrade, devient de plus en plus glauque. Alors repartir en voyage, toujours plus longtemps, toujours plus loin. Et un jour se perdre en route. Vouloir revenir, avoir trop dérivé. Des années de lutte acharnée à ne faire que cela, chercher à revenir à la réalité, ballotée par les flots du non-sens, un quotidien en suspend, en attendant rien ne se construit. Les redoublements à la fac, la bourse d'étudiante pauvre pour survivre, le vieillissement, et dans les vagues tumultueuses de la déconnexion mentale s'épuiser à la nage pour tenter de retrouver le rivage. J'ai mis cinq ans pour revenir complètement. Depuis je prie et médite quotidiennement pour m'ancrer dans l'instant présent et ne plus jamais repartir.

Manu m'a trouvé l'été dernier par mon réseau parisien de la dimension parallèle, du cheminement spirituel. Ils m'avaient fait écrire le récit complet de ma vie et cartographier mon intériorité sur une décennie. De l'autre bout du monde, je m'étais connectée à un atelier d'écriture en ligne pour me donner du courage à continuer la préparation de mes demandes de pardon car je n'arrivais pas à avancer toute seule. Je pensais m'être acquittée de ma dette envers Pierre quelques mois plus tôt, il me fallait continuer avec les autres personnes que j'avais lésées. Liquider entièrement le passé.

Manu était là, elle était nouvelle, et dans notre discussion, elle a été particulièrement impressionnée par ma vie. Ah bon ? Oui l'expatriation en jette toujours plein la vue, mais j'avais une vie bien banale : un travail tranquille, un mec, un chat. J'étais à l'autre bout du monde donc loin de ma famille d'origine. Dans ses yeux, les étoiles. Et je me suis souvenue. Si je m'étais connectée là et si je payais mes dettes, c'était que je revenais de loin et que j'avais cheminé longtemps. Elle l'avait bien compris et avait deviné derrière ma bonne humeur, la dépression vaincue. Derrière ma vie active, des années d'autodestruction. Ma vie, une vie banale, une vie de rêve.

D'un ton léger, elle m'a raconté tout naturellement le pire de son histoire. Ce qu'ils lui avaient fait. Son récit m'a figé sur place en me tirant les traits et me sortant les yeux des orbites. Elle faisait usage de mots précis, de termes psychologiques techniques, dans un flot bien structuré. Il m'avait fallu des années de travail soutenu pour balbutier un tiers. Elle était lucide, détachée et son éloquence m'impressionnait. « Je suis désolée, mais je pense pas pouvoir t'apporter l'aide dont tu as besoin. » Je ne me sentais pas les épaules pour l'amener aussi loin que le potentiel immense que je percevais en elle réclamait. Elle a insisté, j'avais d'après elle ce qu'elle voulait acquérir. Elle a poursuivi en me dévoilant son quotidien. Elle avait abandonné la fac, elle mourait dans son lit, les poubelles s'entassaient chez elle, elle n'avait pas d'habits pour sortir car elle venait de prendre vingt kilos à cause des crises de boulimie.

Mon souffle s'est coupé et les larmes sont montées. La belle façade cachant la misère. La lucidité et la grande intelligence impuissantes face à la montagne des tâches les plus insignifiantes du quotidien. Je me suis souvenue quand j'avais pris dix kilos et que les coutures tendues de mon dernier jean menaçaient de craquer dans la rue. Je me suis souvenue des moûcherons dans la kitchenette avec le moisi vert sur la vaisselle. Je me suis souvenue d'avoir été la Belle au Bois dormant. Sa vie, la mienne dans un voyage temporel. Mon tour était venu, ils me l'avaient dit, je n'aurais pas d'autres choix que de répéter à une jeune paumée tout ce qu'ils m'avaient transmis. « Tu as frappé à la bonne porte, je vais t'aider ».

Je lui ai présenté le plan : m'appeler tous les jours « pour apprendre à se connaître et développer la relation de confiance », se connecter tous les jours aux rendez-vous en ligne, oui oui tous les jours pour ne pas rester seule dans sa tête et qu'ensuite j'allais la guider dans son travail d'écriture et lui apprendre à acquérir les outils spirituels que Catherine m'avait transmis. Et je me suis entendue lui dire toutes ces choses qu'ils m'avaient dit, qu'elle était forte, qu'elle allait s'en sortir, qu'il fallait s'accrocher, qu'elle avait tout mon soutien, que je voyais son potentiel et que je croyais en elle. Elle était submergée par cet amour que je lui offrais. Elle n'avait pas l'habitude. J'ai eu le même choc moi aussi, je l'ai souvent  eu, tous ces inconnus qui nous aiment plus que notre propre famille. On finit par s'y habituer et s'en nourrir.  Son rêve était de devenir comédienne et de faire une pièce de théâtre pour raconter son enfer familial.

— Ton rêve a été mis dans ton cœur pour être poursuivi, accroche-toi à lui, il va te tirer vers le haut pour te sortir de ton trou.
— Mais c'est ma famille quand même, je les aime...
— Bien sûr, c'est normal. De ce que tu me racontes, ils sont également des tortionnaires sadiques qui ont saccagé ton âme sans pitié et qui sont déterminés à continuer. C'est ton instinct de survie qui te pousse à te protéger d'eux et c'est une belle preuve d'amour pour toi-même.
— C'est vrai, t'as raison... Mais c'est ma famille !! J'ai peur de pas y arriver et de souffrir en coupant, je les aime...
— Ah oui, je vais pas te mentir, ça a été le choix le plus douloureux de ma vie, ça m'a arraché les tripes, mais après j'étais libre.
— Est-ce que tu pourras m'expliquer comment t'as fait ?
— Oui, ça je peux faire. Je vais te montrer comment te sortir de l'emprise familiale et prendre le large pour te reconstruire. Je suis partie un jour sans rien dire. Le silence porte la vérité et parle à ma place. Mon absence leur rappelle tous les jours depuis plusieurs années d'aller bien se faire foutre. Tu verras, ils vont pas y croire, ils vont nier ta détermination dans ton silence. Parce qu'ils vont devoir gérer leur merde eux-mêmes. Ils vont être forcés de se rendre compte que celle qu'ils avaient traité comme leur poubelle est en fait une magnifique personne au grand cœur.

Choqués, ils vont finir par l'admettre : Elle était sérieuse, elle est vraiment partie, ça fait un bail en fait qu'elle est partie.







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Message par Kinesis Mar 9 Aoû 2022 - 21:12

Content que ça t'aie fait plaisir, je le pense vraiment.
Pour la question, c'était une simple digression partagée : à un moment je me suis dit qu'on avait Leïla Slimani sur le forum, voilà c'est tout, un compliment déguisé à tes lettres en somme...
Bonne continuation Âme au corps !
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Message par Shadow Boxeur Mar 9 Aoû 2022 - 22:24

Salut Amo

Histoire de liberté et de citadelles, voilà un moment, on en reparlera.

"Mais tu soulèves une question qui me taraude beaucoup depuis le début de cette histoire : jusqu'à quel point sommes-nous libres ? Le sommes-nous vraiment (programmation inconsciente etc)? Pouvons-nous échapper à notre destin ?"
Il y a bientôt un an, tu reconnaîtras un prénom. Hasard. Sans réponses. Des mots. Qui te parleront j'en suis certain dans mon orgueil démesuré, au fond de ma citadelle. La soif...bordel...dont je parlais hier ou avant-hier...

Citadelle

C’est un orage qui m’a réveillé très tôt ce matin, au début de la fin de la nuit.

J’ai le sentiment d’avoir fait un long voyage en mon domaine, en mon territoire.
Dans un orage permanent qui ne savait éclater et m’accompagnait de ses nuages permanents et parfois ses éclairs de colère.
Je le sens enfin se déverser cet orage, pour demain fleurir mon domaine resté si aride.

Je crois qu’il restait contenu dans une citadelle de murs érigés pour m’en protéger.
Une citadelle construite de mes mains. Citadelle maudite dont il fallait fermer la porte pour que personne plus jamais n’y entre.
Même plus que cela. Dont il fallait faire disparaître la porte, une fois le dernier ouvrier sorti, et la dissimuler dans ces murs.

J’ai longtemps tourné autour de cette citadelle qui n’avait plus de porte, devenue monolithe de pierre noire.

Cette pierre noire cristallisée en ma mémoire. Pierre, comme l’APOTRE, première pierre de l’église.
Comme cette absence de porte dans ma citadelle de l’esprit, cette pierre première de l’église du culte d’un passé oublié. Cette A-PORTE.

Parfois cette porte de pierre noire à travers laquelle il n’est possible de rien voir vibre de certains murmures, libérant des chants mystérieux comme la coupe de cristal pur qui tinte d’un léger coup de baguette magique.

De ces MURMURES extérieurs qui ravivent parfois le souvenir des maléfices contenus dans la citadelle, dont le sens n’est même pas perceptible à l’oreille, cette porte absente vibre alors, et pour empêcher qu’elle ne risque de s’ouvrir, libère un SERUM pour consolider le MUR de la citadelle, me transformant moi-même en mur.
Mais ce sérum est parfois de vérité et permet de distinguer les contours de cette porte absente.

Absente de ce qui est devenu citadelle de l’esprit.
Peut-être prisonnier de cette citadelle de l’esprit, m’a toujours manqué une autre citadelle où me réfugier et me construire en mon domaine, celle bâtie au cœur des hommes. Que j’apercevais là-bas, au-delà de mes murs, entendant les murmures des hommes.

Citadelle est je crois le seul livre qui ne m’ait jamais quitté.
Ma marraine me l’avait offert pour ma communion je crois. Une belle édition de la pléiade des œuvres de Saint-Exupéry.
C’est Citadelle qui ne m’a jamais quitté.
Je crois ne jamais l’avoir lu d’une traite dans son ordre chronologique, mais toujours en passant par son lexique.
Citadelle n’était pas une œuvre achevée et n’avait pas encore de plan.

Citadelle m’a souvent fait pleurer à sa lecture, faisant vibrer en moi une porte absente.
Je ne sais pas ce que je vais achever ni même si je vais achever quelque chose.
Je n’ai ni le plan de ma citadelle de l’esprit ni de plan pour en sortir.

Mais j’ai un horizon par-delà mes murs, une autre citadelle à bâtir au cœur des hommes.

Dans ses premières lignes et pages, avant d’annoncer son projet de bâtisseur au cœur des hommes, Citadelle me parle profondément de la mienne, de mémoire enfermée du passé.

« Mais celui-là que la mort a choisi, occupé de vomir son sang ou de retenir ses entrailles, découvre seul la vérité – à savoir qu’il n’est point d’horreur de la mort. Son propre corps lui apparaît comme un instrument désormais vain et qui a fini de servir et qu’il rejette. Un corps démantelé qui se montre dans son usure. Et s’il a soif, ce corps, le mourant n’y reconnaît plus qu’une occasion de soif, dont il serait bon d’être délivré. Et tous les biens deviennent inutiles qui servaient à parer, à nourrir, à fêter cette chair à demi étrangère, qui n’est plus que propriété domestique, comme l’âne attaché à son pieu.
Alors commence l’agonie qui n’est plus que balancement d’une conscience tour à tour vidée puis remplie par les marées de la mémoire. Elles vont et viennent comme le flux et le reflux, rapportant, comme elles les avaient emportés, toutes les provisions d’images, tous les coquillages du souvenir, toutes les conques de toutes les voix entendues. Elles remontent, elles baignent à nouveau les algues du cœur et voilà toutes les tendresses ranimées. Mais l’équinoxe prépare son reflux décisif, le cœur se vide, la marée et ses provisions rentrent en Dieu. »

« Ainsi ai-je longtemps médité sur le sens de la paix. Elle ne vient que des enfants nés, que des moissons faites, que de la maison enfin rangée. Elle vient de l’éternité ou rentrent les choses accomplies. […]
Car il m’est apparu que l’homme était tout semblable à la citadelle. Il renverse les murs pour s’assurer la liberté, mais il n’est plus que forteresse démantelée et ouverte aux étoiles. Alors commence l’angoisse qui est de n’être point. […]
Citadelle je te bâtirait au cœur de l’homme. »

« Il faut pacifier, cultiver et polir. Je suis celui qui recoud les fissures du sol et cache aux hommes les traces du volcan. Je suis la pelouse sur l’abîme. […] Je suis le bac qui a reçu de Dieu une génération en gage et la passe d’une rive à l’autre. […] J’ai enfermé mon peuple dans mon amour.
C’est pourquoi je protège celui qui reprend à la septième génération, pour la conduire à son tour vers la perfection, l’inflexion de la carène ou la courbe du bouclier. Je protège celui qui de son aïeul le chanteur hérite le poème anonyme et, le redisant à son tour, et à son tour se trompant, y ajoute son suc, son usure, sa marque. […] car je suis d’abord celui qui habite. O citadelle, ma demeure, je te sauverai des projets du sable, et je t’ordonnerai de clairons tout autour, pour sonner contre les barbares ! »

16 septembre 2021




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Message par Amocore Mer 10 Aoû 2022 - 19:56

@Kinesis : merci, j'ai l'ego chatouilleux à la flatterie. J'arrive à écrire car je n'ai aucune prétention, juste celle de raconter ma life sur un forum parce que je ne peux pas la raconter directement à celui qui en est le destinataire. Et c'est mieux ainsi.

@Shadow Boxeur : merci pour ce partage et le passage de ce livre qui t'a accompagné  I love you j'aime te lire.

L'épisode qui suit était censé être un des derniers, mais vu que j'ai été lancée sur les traumas et la famille monstrueuse, autant aller jusqu'au bout maintenant.



09.07.2022


80. La lugubre vérité de Marlène



Je rêve que je raconte longuement my life sur ZC, comment il m'a fallu être déclenché, triggered.
***


A l'Eglise, après ma première année de fréquentation assidue, j'ai été intriguée un petit groupe de gens lugubres qui, m'avait-on dit, racontaient des histoires lugubres. Ils se tenaient en marge, les autres les fuyaient comme des pestiférés chez les pestiférés de la société.

Je les ai observés de loin pendant des mois. Je faisais en parallèle des recherches sur la toile pendant de longues nuits blanches, et je grattais dans mes carnets secrets, allant de découverte lugubre en découverte lugubre. Jai ensuite chuchoté un charabia au creux de l'oreille d'une amie qui m'a fait oui de la tête et un soir d'hiver, je suis allée à leur rencontre.

Ils ne m'ont pas posé de questions, ils savaient pourquoi j'étais là. La belle Marlène m'a accueilli avec un sourire mélancolique. La cinquantaine, blonde décolorée aux cheveux ondulés, un manteau en moumoute léopard, le vernis à ongles rouge. Elle écoutait sûrement Noir Désir vu son style.

Je lui ai parlé de moi, je m'enfonçais en dépression et plus je m'y enfonçais plus je découvrais d'horribles vérités. Je lui ai parlé de mes recherches, et d'un terme psychanalytique qui m'avait intrigué et qui semblait poser un mot sur ce que j'avais vécu. Il signifiait : il y souffle le vent du crime mais le crime n'a pas eu lieu.

Ce terme a effacé son sourire et lui a fait relever un sourcil. « Je vois de quoi il s'agit... » Elle m'a posé des questions sur mon enfance, et par ce biais a relevé délicatement mes voiles pour accéder à la blessure cachée et l'observer.

— Elle est profonde.... ohlala surinfectée, pas soignée... Est-ce qu'il y a eu contact direct ?
— Non non ! Enfin..
— Enfin quoi ?
— Enfin je crois pas...
— Tu crois pas ?
— Pas que je me souvienne...
— Tu te souviens plus ?
— Pas à mon souvenir...
— Tu te souviens ou t'as oublié ?
— J'ai blackouté.
— Je vois... Normal... Combien de temps ?
— Il me manque trois ans. Je t'ai raconté ce qu'il s'est passé avant, je m'en souviens très bien et puis après le trou noir.
— Et ensuite ?
— Ensuite les hormones m'ont réveillé à l'adolescence et je me suis mise à picoler et à allumer les mecs compulsivement.
— Je vois...

Elle a posé ses deux mains sur mes avant-bras.

« Ecoute, je vais te raconter à mon tour mon histoire. Je viens d'un village paumé dans le Sud de la France. Mes parents sont des gens pauvres, bêtes, paresseux mais surtout des pourritures. Ils ont trouvé l'idée géniale pour devenir riche de me prostituer enfant à la jet set pédophile. Ils me mettaient une robe, me maquillait, m'emmenait là-bas, me droguait et ensuite je sombrais. Je suis tombée dans l'alcool jeune, je me suis enchaînée des pervers narcissiques, j'ai connu la déchéance. Aujourd'hui, grâce aux AA, je suis sobre depuis douze ans et je me reconstruis.

Ton truc là, psychanalytique, j'en ai entendu parler, c'est de la grosse connerie, ça embrouille les gens. Tu as bien fait de venir nous en parler. Soyons clair : quand y'a le vent du crime, ça veut dire que le crime a eu lieu. Tu vois, la blessure que je porte et la blessure que tu m'as montré, c'est la même. Plus ça a été fait de manière insidieuse et plus la victime en porte injustement le poids. Tout ce que tu me racontes avant même ton blackout où tu suspectes qu'il y a eu le crime, c'est déjà du crime. Et ce crime a un nom. Tu as eu le courage de sortir du déni et de venir nous voir pour regarder l'affreuse vérité en face. Maintenant, il faut avoir le courage d'appeler un chat par son nom. »


En sortant de sa bouche, le mot du crime m'a percuté violemment de plein fouet comme un énorme boulet de démolition. La violence du choc a éclaté ma frêle colonne vertébrale entraînant un effondrement psychique et me projetant dans les profondeurs d'une dépression noire dissociative pendant plusieurs années. Il allait entraîner un décrochage de la réalité et un état de décomposition avancée, devenue morte vivante, absente, absorbée par l'écaille du mur dans une ultime tentative d'échapper à l'agonie provoquée par cette lugubre vérité.








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Message par Shadow Boxeur Mer 10 Aoû 2022 - 22:03

Tu connais ta mémoire
Tu es allée la trouver
Ne force pas la porte
Tu la détruirais, elle en même temps que la serrure
Tu es maligne comme un singe
Tu l'ouvriras sans la forcer ni la briser
Ou miss frog passera sous la porte sans avoir besoin de l'ouvrir
Contorsionniste et grenouille. ...je dois avoir une photo sur le parvis des halles que tu connais

Noir désir. ...tu arrêtes ou sinon je met des titres aussi !

Écris bien et porte toi bien
N'oublie pas que je suis con a chaque lecture. ...histoire de te prémunir des méchants MOOONNNNSSTTRESSS ! 😉☺
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Message par Shadow Boxeur Mer 10 Aoû 2022 - 22:19

Amo,

Pardon, pardon, pardon. ...
J'ai rencontré des Imams. ...
Ils m'ont convaincu. ...il n'y a d'autre Dieu que la science.
Je vais me convertir.
En dépit de toutes mes études et diplômes, je restais un pêcheur envers le dieu de la science.
J'entame mon chemin de pénitence.

Je trouverai une molécule pour toi.

Car en dehors de la science point de salut, je le sais. ...pardon....je le crois maintenant.
CREDO ERGO EST.
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Message par Amocore Mer 10 Aoû 2022 - 23:25


Ooooh mon cher Gaski,

Je l'ai trouvé cette molécule, je te la montrerai sur l'Astéroïde, tu rentreras dans le culte scienfitique après ça, comme beaucoup ici. Tu crieras : Science Akbaaaaar !

Oui pour la mémoire je sais, j'ai forcé, ça m'a détruite. Ils m'ont dit que j'en savais assez et que je pouvais guérir avec ce que j'avais. Et c'est ce que j'ai fait.

Ouiiii soyons cons !
Soyons singes !
Soyons malins !
Soyons grenouilles et crapauds !


S'il te plaît ne te censure pas, inonde-moi de noirs désirs.
Parce que ça va être hardcore.

Tu as pris le ton parfait, merciiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiii
J'irai te pêcher la fameuse sardine qui a bouché le port de Marseille avec l'épée de la vérité et on fera une big grillade cyclops

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Message par Amocore Ven 12 Aoû 2022 - 18:57

Le plus intéressant pour moi dans ce récit, ce sont vos quelques messages privés, que vous vous racontiez vous aussi. Merci.
Les différents points de connexion de vous à moi, nous ne sommes pas seuls, égarés ici par hasard, non.


05.03.2022


La merveilleuse saison du pardon


« Les aventures terribles font croire que celui à qui elles sont arrivées est lui-même quelqu’un de terrible. »


J'ai rêvé que la vérité l'a fait fuir lui aussi.
***

C'est dans cette magnifique période de ma vie, la saison du grand pardon, que j'étais allée retrouver Pierre pour lui demander pardon l'an dernier.

J'avais réussi à me hisser à un point culminant de mon cheminement. Sur le pic d'une montagne de chagrin gravie avec tout autant de peine, le paysage était à couper le souffle. La contemplation  depuis cette hauteur donnait aux éléments qui le composaient – le dénuement, la douleur, le désespoir, l'absurdité – éléments peu attrayants en eux-mêmes, une esthétique d'ensemble harmonieuse et superbe, impossible à décrire. La beauté du malheur vaincu.

Un matin de début d'automne, il y a environ six mois, je travaillais à mon bureau dans le coin des baies vitrées du salon. Une mâtinée comme tant d'autres. Et puis un coup de fil. En voyant le numéro, le choix était vite pris : de ne pas répondre. Mais il persistait et insistait, rappelait et rappelait encore. Il me fait chier celui-là, j'ai pensé. J'appliquais avec lui la même règle impitoyable qu'avec la mère monstrueuse : imposer un silence et une distance impassibles. J'étais bien la fille à mes parents.

Avec lui, j'étais tout de même un peu moins inhumaine, je daignais lui parler de temps en temps au téléphone, privilège que la mère monstrueuse n'avait plus depuis près d'une décennie. Surtout rester superficielle, surtout ne pas dépasser la sacro-sainte limite des dix minutes de cordialité. Avec énormément de résistance, j'avais renoué avec lui il y a de cela plusieurs années, juste avant de rencontrer mon mari, par l'insistance de Catherine : me réconcilier avec mon père et lui pardonner dans l'espoir d'ouvrir la porte de mon coeur à un homme.

Pardonner à un homme qui ne m'avait pas protégé de la mère sorcière, qui m'avait abandonné à mon triste sort, qui avait lâchement fui le foyer, qui ne reconnaîtra jamais ses torts, qui ne demandera jamais pardon, qui fera toujours comme si tout allait bien dans le meilleur des mondes. Son déni l'avait rendu à moitié absent, à moitié idiot, alors que je soupçonne avoir hérité de lui ma grande intelligence. Me frayer un chemin dans ce magma de douleur et d'injustice m'a demandé beaucoup de temps, de courage et de détermination. Me rappellant que le pardon est une grâce que l'on s'offre d'abord à soi-même, pour se défaire d'un passé trop lourd et se tourner vers un futur radieux.

Sauf que je n'avais juste pas envie de lui parler. Son insistance a fini par me faire décrocher le téléphone. Depuis l'Afrique, il m'a fait savoir que la grande sœur l'avait appelé de Suisse pour l'informer que le grand frère, en France, venait de sortir du coma. Il avait fait une rechute suite à une opération d'une tumeur cérébrale. Le père était paniqué. Après lui avoir demandé le nom de l'hôpital, je l'ai réconforté un peu, mais pas trop non plus. Depuis l'autre côté de l'Atlantique, ma distance de sécurité, je me suis demandée quoi faire. Appeler le frère pour prendre des nouvelles ? Vraiment ? Il était sûrement sur son lit de mort.

Il avait arrêté de m'adresser la parole à ma puberté. Je n'avais eu le droit ensuite de sa part qu'à des coups et des regards de travers. Il avait été l'alliée de la mère monstrueuse, il l'aidait à me frapper quand je rentrais tard car je n'étais qu'une grosse pute. C'était il y a une vingtaine d'années, une éternité a coulé sous les ponts depuis, et le pardon aussi.

Dans cette belle saison de ma vie, j'ai décidé d'appeler l'hôpital pour lui parler. J'ai expliqué à l'infirmière de son service que j'étais la petite soeur qui habitait loin. Elle a hésité, et m'a finalement fait savoir que je n'étais pas sur la liste des membres de la famille, j'ai insisté, lui ai réexpliqué. Elle s'est excusée : « vous ne faites pas partie des membres de la famille ». Merci du rappel Madame, j'avais failli oublier.

J'ai récupéré son numéro de portable par le père. Je l'ai appelé. Il ne savait pas ce que j'étais devenue, je filtrais tout. Pour vivre heureuse, j'ai choisi de vivre cachée, surtout d'eux. Il m'a expliqué que le symptôme qui l'avait alarmé était une douloureuse pression de sa boîte cranienne qui lui avait fait perdre la vue de son oeil droit.

Il m'a alors avoué un secret : que notre soeur et moi avions bien fait d'être parties vivre loin car notre mère était ''complètement timbrée''. Il s'était retrouvé coincée avec, et attendait juste qu'elle finisse par crever la vieille peau. J'ai sauté de joie. Enfin !!!! Cela m'invitait à en faire de même.

— Je suis trop contente que tu l'aies compris !!! Et en plus, c'est une sorcière n'est-ce pas, on a pas grandi dans la religion mais en vrai dans le culte de Sheytan.
— Quoi ?! Mais de quoi tu parles ?!
— Ah, t'as pas encore capté ça... C'est okay... Je voulais te dire un truc.... Je t'ai pardonné.
— De quoi ?
— Tu sais, ce que tu m'as fait quand j'étais gamine, ça m'a totalement démoli, ça m'a volé ma jeunesse, j'ai fait beaucoup de dépression. Tu m'as détruite. J'ai failli en crever...
— De quoi ?!
— Mais t'en fais pas, je me suis battue, je m'en suis sortie, ça m'a pris une éternité, mais Dieu m'a sauvé.
— Mais de quoi tu parles ????!!!
— De notre secret.

Silence. Long silence.

— Je vois pas de quoi tu parles.

Déni. Gros déni. Il en paie le prix et c'est en train de le tuer.

— Sache que je t'ai pardonné, je te libère du passé. Tu es libre de tout ça maintenant. S'il te plaît fais pareil, pardonne-toi et guéris. Ta femme et tes trois enfants en bas âge ont besoin de toi. J'ai du travail, faut que j'y aille maintenant.


Aux dernières nouvelles, rapportées par la soeur de Suisse qui les a rapportées au père d'Afrique qui me les a rapportées jusqu'aux Amériques, il a, depuis la France, retrouvé la vue et a même pu reprendre le travail sur la chaîne de montage, l'ancien poste d'ouvrière que la mère monstrueuse a tenu toute sa vie, avant de le lui donner, pour la remplacer dans l'enfer de l'usine.

Le pardon guérit et rend libre. Le pardon arrive en dernier.






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Message par Shadow Boxeur Ven 12 Aoû 2022 - 19:19

Tu es très forte Amo.
Je n'ai pas besoin de te dire ce que tu dois dire/écrire de tes, vos secrets.
Tu le sais.
Ta force est extraordinaire.
Mes larmes suffisent a le savoir.
De douleur mais aussi d'une liberté a venir, déjà la.
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Message par Amocore Sam 13 Aoû 2022 - 21:20



Gaski, je suis désolée de t'avoir fait pleurer. Merci pour tes larmes, elles me sont précieuses.
Je t'exprime ma révolte face à tes choix.
Je parle d'arracher sa liberté, je parle d'autodétermination, je parle de pouvoir personnel.
Merde, je pensais ne pas avoir à enseigner à faire la grimace à un vieux singe.
Regarde comme elles sont belles mes grimaces. Prends-en de la graine (d'amour de soi).


Je découvre en écrivant ce récit que quitter une secte familiale se fait en trois temps : le premier est d'en sortir physiquement et de se mettre à l'abri. Le deuxième est celui que je décris ici, en sortir psychologiquement et faire le deuil. Le troisième est le plus dur car le plus sournois et je continue à le faire maintenant : finir d'enlever l'implant de contrôle pervers qui ne fait qu'attirer l'abus et se reconstruire sur la vérité, une estime de soi saine, sortir définitivement du mythe destructeur.

Manu en est à ce deuxième temps, elle a réussi à partir mais la culpabilité la ronge comme de l'acide. Elle m'aide plus que je ne l'aide. Elle m'a vu être soufflée par la déflagration et projetée dans la vallée des Larmes. Elle m'a vu me murer à nouveau dans le silence à cause de la souffrance. Pour elle, il me fallait tenir le coup et traverser, il fallait que je lui montre par l'exemple que les émotions ne tuent pas et que nous pouvons survivre à tout.



12.06.2022


82. L'écatombe assassine


Mon cœur était dans un cercueil que je faisais descendre lentement six pieds sous terre. Mon cœur était dans une dizaine de cercueils. Je m'endeuillais et m'enfonçais toujours plus dans la dépression, dans un no man's land émotionnel. Je m'enfonçais dans mon lit tombal. Je mourais avec eux. L'écatombe. Je pleurais à ne plus en finir.

Je les ai tué d'une mort lente, à mains nues, tous les jours un peu plus, je les étouffais en pleurant. Ca m'a pris deux ou trois ou quatre ans. J'ai suffoqué avec eux. Je les ai laissé un peu en vie à chaque fois car la culpabilité était trop forte. Et puis j'ai recommencé, je serrais leurs cous. Les crises de hoquet, les crises de pleurs. En les tuant, je tuais cette partie en moi, je me mutilais sciemment, je me charcutais sans anesthésiant au scapel de la Vérité. Mais je n'avais pas d'autres choix pour espérer survivre. Ma planche de salut face à leur folie qui me happait, au décrochage définitif de la réalité, à la noyade dans l'alcool, au mensonge mortel de ma vie. C'était eux ou moi. Toute ma vie, je les avais choisis eux. J'en avais presque perdu la tête.

Je tuais l'amour, je tuais l'espoir, j'attaquais au canif les liens sacrés du sang. Le massacre, il y en avait partout. Je tuais tous les membres de ma famille.

L'horrible vérité m'a surveillé pendant tout ce processus. Elle venait m'arracher les tripes au petit-déjeuner, elle me les arrachait et les bouffait. Elle revenait tous les jours me dévorer. Je passais le reste de la journée dans mon lit à partir loin, très loin de la douleur engendrée que ma psyché ne pouvait pas supporter. Je dormais pour anesthésier, pour oublier, pour fuir, pour avoir un peu de répit. Les jours, semaines, mois passaient. La douleur, elle, ne passait pas, elle restait. La vérité, quant à elle, repassait tous les matins pour être sûre que je ne l'oubliais pas, pour me faire réaliser que le film d'horreur n'était pas un film. C'était ma vie. C'était mon enfance. C'était ma famille.

Mais je ne réalisais pas. C'était moi qui débloquais, j'étais la menteuse, j'inventais pour me faire passer pour une victime, j'étais une mauvaise fille de les trahir ainsi, cela expliquait qu'ils se soient acharnés comme cela contre moi, j'étais tellement mauvaise, je ne méritais que cela dans le fond. Un déchaînement de haine journalier, les claques, les coups de poings, tous les jours me répéter que je n'étais qu'une sale pute. Quelle idée tordue que de croire que les mauvais c'était eux et de répandre ces calomnies sur eux en thérapie ! Alors, la vérité revenait me dévorer les tripes avec un appétit encore plus vorace. Elle n'arrêterait de me dévorer vivante que lorsque je la regarderais en face. Ma famille était monstreuse. Et que j'aurais agi en fonction : seulement lorsque je les aurais achevés. Tous. Un par un. Achever la famille monstreuse.

Il n'y aurait plus de vacances de Noël tous ensemble avec de grandes bouffes et de grandes claques dans ma gueule. Je n'irais pas au mariage de ma grande soeur, ni voir le dernier né de mon grand frère à la maternité. Je réalisais que j'étais maintenant vraiment seule au monde, même si je l'étais déjà avec eux, que s'il m'arrivait quelque chose de grave, je n'aurais pas de filet familial pour me rattraper dans ma chute, ni me recueillir, ni me protéger. Face à la terreur, je me rappellais que ce qu'il m'était arrivé de plus grave dans ma vie, c'était chez eux et que j'étais plus en sécurité seule à l'extérieur, comme lorsque je fuguais ado. Le plus grand danger ne se trouvait pas dans les rues que j'avais sillonné la nuit ni dans les boîtes de nuit dans lesquelles j'étais allée me réfugier. Il était dans le nid.

Ce souvenir m'a donné le courage de leur tordre le cou jusqu'au bout.

Voilà, ils étaient enfin tous morts. Qu'ils reposent en paix là où ils étaient. Et je savais où ils étaient : en enfer. L'enfer dont je cherchais désespérément la sortie. Je voyais la fin du deuil interminable de la famille idéale, du mensonge dans lequel j'avais grandi, d'une famille factice qui m'aurait aimé et protégé du mal extérieur. Je pouvais vivre dans la vérité.

Je n'avais pas de famille. J'étais seule dans la vie. J'étais une fille bizarre, honteuse, extrêmement vulnérable, qui n'avait pas de foyer. Qui n'avait ni mère, ni père, ni sœur, ni frère. Ni nièces, ni neveux.

Je me raccrochais à l'espoir, c'est tout ce qu'il me restait pour me sortir de mes abysses néantiques : l'espoir d'avoir un jour ma famille à moi, mon mari et mes enfants, une vraie famille, une famille aimante et pleine de soleil. Je mettais tous mes espoirs dans la construction de ma propre famille. L'avenir allait être bien différent du passé. L'avenir allait être radieux.



Et dans mes prières, je chuchotais :
Mon Dieu, j'ai tellement à perdre,
Mon Dieu, j'ai tellement à prouver.
Mon Dieu, ne me laisse pas perdre la tête.






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Message par Amocore Lun 15 Aoû 2022 - 19:21


Je n'ai pas réussi à le dire à Pierre, n'ayant qu'effleuré le sujet lors de ma demande de pardon. Je n'ai plus rien à perdre maintenant !


J'ai dit que ça allait être hardcore. Pardon Gaski si je te fais pleurer.


ET GARDEZ VOTRE PITIE POUR VOUS MERCI SINON ELLE VOUS


25.02.2022


83. La naissance d'une fille monstrueuse


Juste avant les épreuves du bac, elle rêve qu'elle doit se jeter par la fenêtre et traverser la route en rampant, le prix de la liberté. Elle sait qu'en se faisant, elle se cassera une jambe qui ne sera pas soignable par la suite, mais elle choisit de le faire quand même, elle saute.
***

L'enfant dévôte, première de la classe, battue, docile, voulant désespérément être aimée de papa et de maman s'était éteinte sous les sévices, laissée pour morte.

Quatorze ans, lente résurgence, bad trip tout gris, comme un épisode glauque de l'inspecteur Dereck, d'un ennui et d'un non-sens mortels. Quel goût ta glace ? Chocolat ou vanille ? Pistache peut-être ? Elle essaie de réfléchir, elle ne sait pas quel parfum elle préfère. Elle ne sait plus qui elle est. Quelle importance ? N'est-ce pas un mauvais rêve ?

Convocation chez le conseiller d'éducation principal, CPE du collège en zone d'éducation prioritaire. Les retards, l'école buissonnière, les notes en baisse, un comportement associal étrange et cette habitude de raser les murs et de fuir le regard. C'est sûr, elle s'est mise à se droguer. Il lui sort son dossier scolaire, et la regarde avec un dédain pervers : tu étais l'élève la plus brillante en entrant dans ce collège, les meilleurs résultats jamais vus.

Pourquoi lui dire ça en quatrième après l'avoir laissé crever de l'harcèlement scolaire en sixième, alors qu'elle l'avait supplié à genoux de l'aider ? A l'époque, elle pensait avoir une famille, un père, une mère, une grande soeur, un grand frère, des professeurs, un corps enseignant, et surtout Dieu. Personne, strictement personne, n'a levé le petit doigt pour la protéger. Pourtant elle a crié à l'aide, elle a supplié, pleuré, gémi longuement. Ils l'ont tous laissé crever, livrée à elle-même et à un déchaînement collectif de haine qui l'a complètement dépassée, et qui a fini par la fracasser.

Elle a le regard vide. Le CPE pervers lui donne des idées. Elle pense qu'elle n'y a pas encore touché et qu'il faut vite y remédier.

Elle se sent la dernière des sous-merdes du monde, la décharge publique de sa famille, de son collège, de tout son quartier qui viennent déverser sur elle leur haine, gratuitement et avec hargne. Proie facile, attaquée dans le nid, impuissance apprise et personne pour la protéger. Mais ils ont fini par se lasser de se déchaîner bestialement sur elle car elle ne répondait tout simplement plus aux attaques, elle était juste morte. Ils l'avaient laissée là et s'étaient détournés. La fille monstrueuse a ainsi pu naître.

Quatorze ans, la connaissance d'une prostituée expérimentée, éduquée sexuellement à de la pornographie à haute dose tous les mercredis matin. Son grand frère de sept ans son aîné devait la garder avec son copain pervers quand elle avait huit ans. Ils n'ont pas mis de Disney. Et puis après, elle a sombré, le cauchemar à la maison, le cauchemar à l'école, plus d'échappatoire sauf de se jeter sous les roues du bus. Maintenue en vie artificiellement par un blackout profond, ultime grâce divine, elle ne se souvient plus de ce qu'il s'est passé pendant les dernières années de sa pré-puberté. Juste de marques étranges sur le corps et bien plus tard d'abominables suspicions.

Quatorze ans, le corps androgyne se transforme et s'arrondit. Les hormones ramènent lentement son esprit éteint à la surface. Dans son quartier HLM pourri, parquée entre arabes de l'autre côté du périph', elle s'accoquine avec quelques jeunes rebelles. Elle découvre la drogue, l'alcool, les boîtes de nuit, et surtout le regard des garçons sur son corps. Elle se sent sale et hideuse, mais dans leurs yeux, elle comprend vite que sa plastique correspond aux standards de beauté et qu'elle détient ce qu'elle pense être son seul atout : celui d'allumer. Son unique source d'approvisionnement d'amour. De toutes façons, elle ne sert qu'à ça.

Quatorze ans, s'inventer une vie pour tenter de composer avec sa mort psychique. Le bouillonement hormonal, l'alcool et les garçons l'agitent, elle devient très énervée, décisive. Elle est persuadée d'être une sorcière aux pouvoirs maléfiques car malgré son désinvestissement scolaire total, elle continue à performer. Elle intègre que le seul moyen de se tirer de cet enfer à ciel ouvert, c'est l'école, même si l'école, c'est l'enfer aussi. A quinze ans, elle va faire des photocopies seule, prend le bus et le métro, contre les découragements de la mère monstrueuse qui veut la voir se disloquer complètement dans un spectacle sadique. Elle démarche quand même un lycée pour tenter d'échapper à la carte scolaire et à ses anciens persécuteurs. Acceptée dans cet établissement de centre-ville, elle va pouvoir s'y créer une nouvelle identité.

Dernier rempart face à la psychose, elle délaisse la funeste vérité pour entrer dans un déni massif, lui permettant de feindre vivre normalement avec sa famille monstrueuse dans leur maison infestée de cafards et de démons. Elle se construit un faux-self fragile mais prodigieusement crédible. Elle se construit sur une intériorité intégralement détruite qu'elle ne peut pas réparer car il faut survivre, l'énergie étant totalement déployée vers l'extérieur. Elle se contruit sur un énorme mensonge comme pilier bancal.  Mais elle se construit, et elle avance. Alors quand son ami virtuel Pierre lui dit qu'elle est superbement intelligente et qu'il l'aime d'un amour noble, ça glisse sur la façade lisse de son masque qu'elle continue à raffiner à son contact. Son pouvoir de séduction la fascine et son avidité de domination grandit. La perversion comme unique façon d'aimer.

Elle découvre le rock, adopte un style vestimentaire excentrique mais recherché, se définit métaleuse gothique. Elle se fond dans les soirées de ses camarades blancs enfants de profs, elle dévalise la bibliothèque et lit à grande vitesse, elle se passionne d'art, elle rattrape très vite ses lacunes sociaux-culturelles, elle devient cool, archi-cool, intégrée mais reste en marge car trop avant-gardiste. Elle efface ses origines étrangères, renie sa religion, elle veut absolument s'intégrer et être acceptée, mais pour quelqu'un qu'elle n'est pas. Dans cette configuration, l'amour ne peut pas rentrer, elle continue à crever de l'intérieur et sa vie devient la grande farce du syndrôme de l'imposteur. Alors, elle allume plus fort, boit jusqu'à en vomir et se pervertit toujours plus.

Parano, il faut tenir tout le monde à distance, et prétendre, prétendre et mentir et mentir encore. C'est qu'elle a appris de la mère monstrueuse, mythomane pathologique. Elle finit par y croire à tous ces mensonges, elle devient convaincue et convaincante. Mais au fond d'elle, elle sait que le temps joue contre elle, les dépendances, les insomnies, les fugues, les scarifications, les accès dépressifs rendent la vérité de plus en plus oppressante. Elle court du plus vite qu'elle peut, droit devant, pour tenter d'échapper à ses démons qui la poursuivent, elle court après le bac, qu'elle croit être la porte de sortie de son cauchemar éveillé.

Sans aucun système de repère, sabotée dans son intuition et sa guidance internes, en état d'anesthésie émotionnel puissant mais temporaire, démolie intérieurement, elle pompe ses dernières énergies vitales pour tenir le cap. Se sentant abandonnée de Dieu, seule avec ses secrets vénémeux, sans vrais amis, seule dans une famille perverse qui s'acharne contre elle, seule contre l'adversité, seule contre ses démons, désespérément seule, elle se bat, elle se débat, elle se déchaîne pour survivre et s'en sortir.

Elle ne se rend pas compte de l'importance de cette présence secrète, discrète et constante. Un ange gardien lui a été pourtant envoyé du Ciel et veille à distance sur elle. Il ne lui souhaite que deux choses : partir vivre loin de chez la mère monstrueuse et continuer les études. Ce qu'elle fera une fois le bac en poche.








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Message par Amocore Mar 16 Aoû 2022 - 18:15



Je suis désolée pour ma lectrice qui s'attendait à me lire en béatitude spirituelle, j'ai plus côtoyé l'enfer que le Ciel. C'est surtout l'histoire d'une repentie. Cet épisode est un peu violent et graphique, il serait préférable qu'elle ne lise pas.

A la sortie de mon mariage asexuel, on m'a soufflé qu'il n'y avait pas de mal à se faire du bien. Pas dans mon cas. Me faire du bien, c'est me détruire, c'est rouvrir une porte dont la fermeture m'a demandé des efforts colossaux dans un cloître austère. Donc je vais rester bien sage jusqu'à mon prochain mariage. En vérité, je ne me suis pas mariée devant Dieu par vertu mais par nécessité absolue.

Finissons le tour de table de mes démons !

Le tabou de l'addiction sexuelle au féminin, cassons du tabou. Sortons également des clichés. Cela n'est pas synonyme dans mon cas de nymphomanie ou de coucher avec cent hommes, mais d'une inclinaison sensuelle difficilement gérable, malgré tous mes efforts à essayer de la canaliser. C'est ce qui m'a le plus détruit, la haine de soi se nourrissant de l'incapacité à aligner mon comportement avec mes valeurs de dévôte profondément enracinées : j'aspirais à la pureté et je voulais me marier vierge. C'est loupé !

Je précise que tout ce temps, depuis mes quinze ans, j'ai cherché à me comprendre, je lisais du développement personnel, j'ai consulté ma première psy à dix-sept ans, j'ai cherché et cherché de l'aide. Mais j'étais encore mentalement embrigadée dans la secte de la famille monstrueuse. L'addiction comme anesthésiant à une souffrance sans nom.


05.08.2022


84. Démon sensuel et état-limite



Je rêve qu'une fois passé dans une autre dimension, on ne peut pas garder ses secrets.
***

Revenir d'un endroit où l'amour a été perverti par une sexualité interdite. La brèche béante a permis aux démons d'entrer et de s'installer. Récupérer tous les vices du grand frère, l'alcool, la drogue, la pornographie. Flirter avec la psychose. Au moindre choc, basculer de l'autre côté, rentrer dans un autre monde, un monde sans repères. Un monde angoissant.

Se détester de son anormalité, vouloir la cacher à tout prix, vulnérabilité qui attire l'abus, l'harcèlement. Vivre cachée, des autres, de soi-même, de cette intériorité brisée, s'écorcher à chaque petite excursion. Voyage de l'écorchement, s'écorcher sans cesse, se mutiler intérieurement avec les tessons de bouteilles de vodka flinguées. Courir dans le dédale des traumas. Courir, courir, courir. Entendre des voix, la voix de la mère sorcière, les échos. Sale pute. Grosse pute. Sale race. Dieu te donnera le sida. Grosse salope. Vite noter le nom du dernier mec. Un nom de plus, mauvais calcul, très mauvais calcul, un one shot.

Le tournis dans le petit lit, avoir encore trop bu. Adorer cet état, mais avoir peur de mourir en s'endormant bourrée. Avoir des visites. Des paralysies du sommeil depuis l'enfance. Les cauchemars les yeux ouverts, les hallucinations, ne pas pouvoir bouger, ni crier, ni fuir, voir les démons, les chauve-souris, les cafards infiltrés la piaule d'étudiante attardée. Se faire violer par eux. Vivre dans le monde des démons. Un monde dans lequel s'enfoncer car n'être qu'une sale pute. Autant l'être jusqu'au bout, où est la baise ? Où est-elle ? Devoir attendre de désoûler avant de s'endormir, alors aller sur Adopte un mec pour tuer le temps. Le site sur fond rose fluo de l'amour artificiel.

Boire pour tenter d'oublier le cancer qui ronge, faire la fête de façon énervée, s'amuser nerveusement, ne trouvant pas comment le soigner. Se sentir sale, se sentir comme une pauvre merde. Mettre un peu plus de paillettes sur les yeux, un peu plus de rhum dans le verre. Cacher la misère, étouffer le dégoût de soi, noyer la cassure intérieure. Et fuir en avant, se divertir de ses soucis sur la musique forte, danser jusqu'au bout de la nuit.

A l'abri dans le placard parisien, enlever le masque et badtriper. Se voir s'enfoncer dans le lit tombal, dormir la journée, ne pas répondre au téléphone, se sentir seule au monde. Ils sont allés pique-niquer au parc, trouver un prétexte bidon, remettre le masque pour une nouvelle nuit. Il faut choper un mec, et bien le choisir, pour tenir la route avec lui, ne pas me lasser trop vite, ne pas le haïr trop violemment, ne pas le rejeter avant l'heure, limiter la putain de liste. Avoir un boyfriend et faire comme tout le monde. Rester le plus longtemps possible avec.

Masturbation compulsive pour contenir l'angoisse, pour avoir des sensations, être certaine de ne pas être morte, non être définitivement encore vivante. Se sentir mourir, vouloir plus de sensations pour se sentir en vie, mettre la main dans le pantalon du prof de fac.

Maintenir les problèmes hors de vue, refuser l'introspection. Regarder à l'intérieur fait trop peur, c'est trop cassé. Le désespoir n'a pas de fond, un trou noir qui appelle. Se détourner et faire la fête plus fort. Boire désespérément pour anesthésier la douleur de se décevoir et de se salir sans pouvoir s'arrêter.

Se débattre avec ses démons. Mener une grande guerre contre eux, contre soi. Vouloir les tuer, vouloir se tuer. Courir en avant, fuir le tsunami à venir de la dette émotionnelle colossale d'une enfance cauchemardesque. Courir le plus vite possible pour se sauver de cette énorme vague qui menace d'engloutir et de tuer. Nécessité vitale de se maintenir loin de cette famille, de réussir les études, le seul espoir pour ne jamais retourner dans la maison des horreurs, pour s'en sortir dans la vie, pour s'extirper du milieu social d'origine, ne jamais plus vivre dans une banlieue pourrie HLM peuplée d'enfants bestiaux.

Chercher la sortie dans la mauvaise direction, chercher l'amour au mauvais endroit, chercher le remède dans le mauvais flacon, chercher la lumière en s'enfonçant dans les ténèbres.







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Message par Shadow Boxeur Mar 16 Aoû 2022 - 18:56

Parole de non croyant reconverti (pas en un Dieu, sinon peut-être un dieu en soi/l'autre, sois autre).

Quand on est non croyant, anges et démons ne sont que les deux faces opposées d'un même être, d'un même soi.
Au risque en chassant les démons de chasser et tuer les anges, sous les flèches de la culpabilité.

Quand on est croyant, anges et démons se livrent une guerre, mais plus en soi, et restent bien séparés dans leurs essences, ne sont pas de/la même nature.

Partir en guerre contre les démons, ses anges derrière soi ou aux côtés de soi est alors possible.

Non croyant reconverti, je crois en ton livre.

Bonne écriture !
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Message par Amocore Mer 17 Aoû 2022 - 19:27

Merci Gaski !

Pertinente ta remarque. Les opposés nécessaires et complémentaires, la vérité/le mensonge, l'expression/le secret, l'apesanteur/la gravité terrestre, le yin et le yang, font partie du champ de mes explorations et tu les retrouves en filigramme du fil de l'Astéroïde. J'invite à l'entrelassement de ces deux polarités sans cesse, en interpellant un homme trop sérieux et en l'invitant à me boire pour avoir un trip psychédélique, m'incorporer en lui, où encore en trouvant en lui cet aspect léger, l'élément eau, l'océan du Terrien afin que je m'y baigne dedans, que je retrouve mon élément en lui, moi l'Alien qui flotte dans l'espace. Je joue beaucoup beaucoup. J'aimerais écrire un épisode dessus mais j'ai encore besoin de matûrer, la philosophie taoïste et cet aspect sont nouveaux pour moi.


14.08.2022


85. Cerveau prodigieux




« Dieu n'impose à aucune âme une charge supérieure à sa capacité. » Coran (2:286)



Je rêve d'une petite fille qui sort d'une capsule verdoyante venue de l'espace. Il n'y a pas d'arbre là d'où elle vient.
***

« C'est extrêmement courageux de ta part de poser le juste mot sur ce que tu as vécu. Maintenant, tu vas aller plus loin en t'éduquant dessus et sur toutes ses implications. C'est tout un système complexe et le passage à l'acte physique n'est que la petite partie émergée et le dernier domino qui tombe d'une corruption générale. Ce genre de famille est un magma mortifère d'une extrême violence où l'individuation est interdite, où personne est à sa place, les enfants devant être les parents et leur époux, un endroit pervers où la vérité est interdite et le mal encouragé. Tu vas devoir t'en arracher pour devenir une personne à part entière, bien différente d'eux et remettre tout à l'endroit.

En gros, ta famille t'a fait exploser un obus dans ta psyché en développement. Ils ont clairement tenté de tuer ton âme. En explosant, les éclats se sont logés partout, ça a tout déréglé, ça a tout endommagé, rien n'a été épargné, toutes les zones de ton mode de fonctionnement, tous les aspects de ta vie ont été touchés. Ton estime de toi a été détruite, ils ont implanté la croyance que tu ne méritais pas l'amour, ton accès à l'intimité a été condamné, car aimer et se montrer vulnérable reviennent à se faire assassiner. Et tu t'es construite comme tu as pu avec ça dans ta tête.

Tu y as survécu, et c'est le plus important. Ton cerveau est prodigieux ! Tu as survécu !! Tu t'es pas suicidée !! Et tu nous as trouvé ! Tu vas pouvoir sortir de l'autodestruction et du mode survie maintenant et te soigner ! Chacun dans sa vie a une grande épreuve à surmonter. L'inceste est la tienne, et elle est franchement balèze. Mais si ça t'est arrivé, ça veut dire que tu es balèze aussi. Sache que les ressources ont été mises en toi pour dépasser tout ça. Le reste te sera apporté au fur et à mesure. Tu vas découvrir et développer ta force dans le processus. Une force que tu n'aurais même pas pu effleurer sans cette épreuve.

Je n'ai pas la solution et je ne pense pas qu'il y ait de solution miracle, je ne peux que te transmettre mon expérience, ce que j'ai appris sur mon cheminement. La reconstruction est tout à fait possible et réaliste. Elle prend du temps, il va falloir être patiente et persévérante, mais je peux te garantir que ta vie va s'arranger dans tous les domaines.

Il va falloir déloger les éclats d'obus un par un, ton territoire intérieur est miné comme après une guerre, et tu vas te les prendre en pleine gueule, c'est la mémoire traumatique. Tout ce qui va, de près ou de loin, être inconsciemment associé au trauma va la déclencher avec toutes les émotions extrêmes de détresse qui vont avec. Tu vas te croire folle à surréagir de façon complètement irrationnelle au moindre petit incident insignifiant, mais tu ne l'es pas. Tout a un sens.

Je vais te transmettre comment j'ai déminé, patiemment, une mine après l'autre, la façon dont je me suis réappropriée cette terre entravée, interdite, brûlée et impraticable, comment je l'ai travaillé pour que la vie y prenne le dessus et enfin en faire un verger tranquille.

Je vais te montrer les escaliers que j'ai empruntés pour sortir cet enfer, direction le paradis. »


« Ce qui importe au final, ce n'est pas ce qu'on a pu te faire, mais ce que tu en fais. » Catherine

Nous en faisons de l'art.













La mémoire traumatique

En cas de danger, l'amygdale produit les hormones du stress, adrénaline et cortisol. Quand le danger est trop grand, il en produit encore plus jusqu'au paroxysme. Là, l'individu est en danger de mort par intoxication de la surproduction de ces hormones, qui peut entraîner une crise cardiaque ou une mort neuronale.

Les actes de grandes violences provoquent l’effondrement des certitudes acquises et un sentiment d’impuissance, de détresse totale et de non-sens, c'est la sidération traumatique. Face au risque vital du survoltage, le cerveau déploie alors une voie de secours exceptionnelle : il produit lui-même une substance comparable à de la drogue dure, Kétamine-like, et se fait disjoncter, il déconnecte des parties pour les protéger, qu'elles ne grillent pas. Il plonge le corps et l'esprit en état d'anesthésie profond, il n'y a plus de sensation de stress, mais de détachement : ce sont la déréalisation et la dépersonnalisation.

Dans ce processus, l'encodage classique des évènements et de la mémoire ne fonctionnent plus. Les émotions intenses n'ont pas pu être traitées et la mémoire archivée. Tout reste piégé dans l'amygdale. Cette dernière reste vive, chargée de l'émotion initiale, mais sans représentation. C'est dormir en utilisant une bombe comme oreiller.

Privée de ses émotions, la victime est alors beaucoup plus à risque de subir de nouvelles violences. Quand elle sort de son état dissociatif, elle ressent avec acuité le stress, la terreur, le désespoir, les angoisses et les douleurs à chaque activation de leur trauma. Pour fuir ou atténuer la souffrance psychique et physique intolérable de sa mémoire traumatique, la victime met en place des conduites d’évitement et de contrôle des stimuli déclenchants, et découvrent rapidement des conduites dissociantes anesthésiantes : de déconnexion comme des mises en danger ou des conduites addictives.

Le cercle vicieux s'installe, sa vie devient un enfer et la probabilité de tomber dans l'alcool, les troubles alimentaires, les drogues ou de se suicider devient élevée.


Solution 

Dans un climat de grande sécurité, il s'agit d’identifier précisément tous les traumatismes, de ''déminer'' le terrain psychique, c'est-à-dire de reconnecter, d’identifier ce qui a été à l’origine de l’état de sidération psychique, l’analyse des stratégies de l’agresseur en fait partie, il s’agit de remettre tout ce qui a été vécu et ressenti en lien et en sens, et de reconnecter cortex et hippocampe, en travaillant sur les souvenirs et les symptômes, en analysant et en séparant ce qui appartient à la victime et ce qui provient de l’agresseur, en les conceptualisant le vécu traumatique pour l’intégrer en mémoire autobiographique narrative. Avec ce travail l'amygdale cérébrale est rebranchée et le reste grâce à l'action modulatrice et atténuatrice du cortex associatif et de l'hippocampe.


Article complet de Dre Muriel Salmona, psychiatre Présidente de l’association Mémoire Traumatique et Victimologie

https://www.memoiretraumatique.org/assets/files/v1/Articles-Dr-MSalmona/2020-article-Dunod-Memoire-Traumatique.pdf

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Message par Shadow Boxeur Mer 17 Aoû 2022 - 19:35

Chapeau.
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Message par Shadow Boxeur Jeu 18 Aoû 2022 - 19:10

Là, tout de suite, je pense à une longue histoire de maisons closes.
Je ne sais pas quels sont les 3 acteurs clés qui changent de rôle de génération en génération, mais dans 15 épisodes, j'aurais la réponse !

Bonne écriture !
Et bon déminage, j'attend la surprise finale avec la clé de ces maisons closes. Et ton envolée vers ailleurs. D'ailleurs où iras-tu après cet épisode 100 ?
Que tu connais déjà, mais tu nous fait mijoter.
Tout est déjà écrit...ou pas...
Trop forte !
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Message par Amocore Ven 19 Aoû 2022 - 19:07



@ Gaski : merci infiniment pour tes retours et d'être encore avec moi dans l'aventure.

Maison close ? Aucune idée. Je ne veux pas te décevoir, je navigue à vue... On en reparle sur le fil de l'anormalité.


Je reviens sur la sorcellerie et ses effets. Mon mal-être était d'origine principalement traumatique mais la sorcellerie est venue empirer ma situation et m'a poussé à la déperdition dans le décrochage de la réalité.

Ce que je raconte peut paraître complètement perché pour le visiteur type du forum : homme HPI adorateur du dieu de la Science. Mais les religions du Livre reconnaissent l'existence du mal occulte, de la sorcellerie et utilisent l'exorcisme via les paroles sacrées comme protection. L'Afrique regorge de sorciers et marabous. Ces pratiques sont connues des cercles spirituels occidentaux également. Il y a tout un marché en expansion en France.

L'exorcisme, tout comme le médicament solution du dieu Big Pharma, n'est pas une pilule magique, même s'il constitue un remède puissant. Et au-delà de la sorcellerie qui envoie des bugs dans l'inconscient, il est question ici de l'ennemi intime que nous portons tous en nous.



17.08.2022



La princesse saoudienne chauffeure Uber



« Il se peut que vous détestiez quelque chose alors que c’est un bien pour vous. Et il se peut que vous aimiez une chose alors qu’elle vous est néfaste. C’est Dieu qui sait, alors que vous ne savez pas. » Coran (2:216)


Quelques nuits après le rêve de magie noire, je rêve qu'on sonne à la porte d'entrée : ding dong ding dong diiiiiiiiing dooooooong. Hors de question que j'aille ouvrir ! C'était le facteur pour une livraison. Il a laissé un avis de passage. Dans le même rêve, je croise la mère qui se plaint : elle gémit qu'elle a mal. Retour à l'expéditeur du colis.
***


Avec mon amie Nouf, nous nous sommes accrochées l'une à l'autre pendant toute une année, étant arrivées sur le continent en même temps et n'ayant pas d'autres amies. Elle a eu la merveilleuse idée de me proposer d'aller à une fête strictement féminine de la diaspora saoudienne. L'objectif était clair : se faire de nouvelles copines.

En entrant dans la salle, mon regard s'est fixé sur une femme. Je lui ai foncé dessus et ai passé la soirée assise à côté d'elle. Je savais qu'elle avait une clé pour moi ou que j'en avais une pour elle. J'avais été attirée par la lumière qui éradiait de son visage et je devinais qu'elle prenait racine dans une profonde tristesse. Et en parlant avec elle, j'ai eu confirmation de mon intuition : approchant la quarantaine, elle n'avait pas réussi à se marier et n'avait pas d'enfants malgré l'envie et les opportunités. Sa mini-jupe était trompeuse, car elle était une femme de religion. J'avais devant moi une alchimiste qui avait transformé la souffrance qui l'avait creusé en une foi éclatante.

En tant qu'ex-prêtresse de l'amour, j'ai cherché à la sonder sur l'origine de son malheur. Je l'ai palpé en la faisant parler, elle se laissait faire en me racontant sa vie, et ne sentant aucune trace de violences sexuelles ou de traumas, je me suis permise d'évoquer la possibilité d'un blocage d'origine occulte. Elle ne l'a pas relevé et je n'ai pas insisté. Il a fallu nous revoir plusieurs fois, avec Nouf et d'autres femmes trentenaires célibataires de la soirée, notre nouvelle bande, avant qu'elle ne me prenne à part et se livre à moi :

— Ma meilleure amie m'a dit qu'il fallait absolument que je te parle. La première fois, quand tu m'as parlé de sorcellerie, j'ai ressenti un poids quitter mon cœur. Tu as été la seule à m'avoir instantanément comprise, je sais que mon blocage vient d'un sortilège qu'un membre de ma famille m'a jeté. J'ai fui l'Arabie Saoudite pour cette raison. C'est vraiment dur...

— Je te crois... Tu le sais, le dernier Prophète lui-même avait été atteint par la sorcellerie lui-même. Ne désespères pas à cause de ce que Dieu a écrit contre toi, car il se peut que ce soit la cause de ton bonheur : Dieu éprouve ceux qu'Il aime et tu as là une grande épreuve, qui va te dévoiler ta puissance et ta mission de vie. Cette épreuve va être un révélateur. Ta foi a déjà énormément grandi. Il faut continuer à avancer et chercher à te guérir.

— J'ai TOUT essayé : les exorcistes, marabous, le yoga, la médecine chinoise, les liseuses des lignes de la main, l'eau bénie. Je lis le Coran et je prie cinq fois par jour, j'ai l'amour de Dieu dans mon cœur, mais rien n'y a fait. Le reste de ma vie va très bien, je suis très heureuse de son aventure canadienne. 

— TOUT, vraiment ? Ca m'étonnerait...

— Si je te dis que j'ai TOUT essayé !! Je sais plus quoi faire...

— Il y a toujours une solution. A chaque mal, un remède. Il y a toujours un remède. Il faut trouver celui qui est approprié à ton mal. On peut explorer les différentes possibilités ensemble. »

Je lui ai à mon tour raconté mon histoire, la mère sorcière, les cauchemars de plus en plus explicites jusqu'à voir les visages des sorcières et combattre en rêve, avec l'aide de l'exorciste. Elle était ébahie.

— J'en ai entendu parler des gens qui voyaient des signes en rêve, quelle chance tu as ! Tu sais pas combien j'ai prié pour avoir des réponses en rêves, mais j'ai rien vu... Tu as un don à faire autant de rêves, quel don d'avoir résolu ton problème de cette façon ! Moi je rêve jamais...

— Tu te trompes, tu rêves beaucoup aussi, nous rêvons tous au moins trois fois un quart d'heure chaque nuit, la science l'a démontré avec les phases paradoxales du sommeil. C'est pas un don que j'ai mais une habitude, un entraînement du cerveau. Pour se souvenir de ses rêves, il suffit de faire comprendre à son inconscient que c'est important, avoir un carnet des rêves à proximité du lit, prendre le réflexe de les noter dans le coltar et persévérer à installer l'habitude. Et puis, j'ai pas fait que ça, je t'ai raconté seulement la fin avec les rêves.

Au cours de la séance d'exorcisme que j'ai faite, j'ai ressenti toute ma souffrance remonter à la surface, la torture de mon âme, et j'ai été clairement en contact avec un gémissement venant du plus profond de mon être, une grande fatigue, la volonté de baisser les bras et d'en finir pour de bon. Juste mourir. Ce gémissement constant en moi... Et au fil de la récitation, cette voix qui souffrait la mort, je me suis mise à m'en dissocier et je me suis rendue compte que ce n'était pas moi, mais une voix dans ma tête, d'un être qui souffrait la mort et qui était suicidaire. Ca n'était pas moi, cette voix n'était pas ma voix intérieure. La méditation transcendentale continue à m'aider à entendre la petite voix parasite, à la conscientiser et à surtout pas m'y identifier. En fait c'est tellement subtil que la plupart du temps, on fait pas attention et on croit que c'est nous.

— Mais je l'entends clairement cette voix !! Elle me tétanise. Elle m'hurle aux oreilles que laisser un homme s'approcher me fait courir un grand danger !! Je fuie à chaque fois me mettre à l'abri et après l'oppression et la terreur s'arrêtent.

— Je vois... Tu sais moi ça m'a atteint par rapport aux études. L'école, c'était toute ma vie, c'était ma raison de vivre. J'étais faite pour ça, pour faire une thèse. Quand j'ai été atteinte, je pouvais plus aller en cours, je m'y sentais trop mal, j'ai commencé à faire des crises d'angoisses à répétition. J'étais incapable de rendre mes devoirs. Juste ouvrir un livre de cours me donnait envie de m'écorcher, de m'ouvrir les veines et de regarder le sang couler. Je me suis mise à échouer à répétition. J'ai coulé en dépression, je me suis battue de toutes mes forces, je me battais contre moi-même. Je me haïssais de pas y arriver, je voulais me tuer. Car je croyais que c'était moi qui débloquais et qu'il fallait me faire plus violence pour y arriver. Ca m'a rendu complètement folle. Ca m'a aussi montré mes limites : aussi acharnée et intelligente que je puisse être, je n'y arrivais pas. Ca m'a forcé à m'abandonner au divin entièrement, n'ayant pas d'autres alternatives.

Si tu l'entends cette voix, c'est parfait ! Cette voix c'est pas toi !! Cette voix est une menteuse ! Tu sais ce que j'ai fait après l'avoir compris ? J'ai écrit mes mémoires de fin d'études avec cette souffrance, comme si j'utilisais mon sang comme encre, tout en sachant que c'était pas vrai. J'avais l'impression que j'allais m'évanouir de douleur. J'ai pas abandonné. Jamais. J'ai rien lâché. L'illusion est forte. Cette entité en toi est collée à ton corps émotionnel et sa mission est de t'empêcher, de te mettre des bâtons dans les roues. Donc quand tu vas contre, ça la tue et tu sens sa douleur. Sa douleur n'est pas la tienne même si tu la ressens. C'est capital de faire la différence et de te désidentifier d'elle. Je me suis faite violence mais autrement, en sachant que j'étais courageuse et que c'était une épreuve, en étant de mon côté cette fois-ci, j'avais pas d'autre choix pour dépasser mon blocage, il fallait que j'aille jusqu'au bout de mes études. Et j'ai pas eu à tout faire toute seule, j'ai été assisté par le divin qui m'a appris la défusion émotionnelle.

— J'ai déjà conquis plusieurs de mes peurs ! Tu sais en Arabie Saoudite, je me déplaçais toujours en taxi. J'ai appris à conduire, je me suis achetée une voiture et je suis chauffeure Uber maintenant. Mon appartement actuel, d'une cinquantaine de mètres carré est aussi grand que ma chambre à coucher au pays. J'ai vécu là-bas dans la richesse comme une princesse. J'ai dépassé ma peur du regard des gens et je suis fière de mon travail et d'être autonome financièrement.

— C'est génial ! Il faut continuer ! Et est-ce que tu rencontres des hommes et flirtes avec ?

— Non !

— Pourquoi ça ?

— Parce que j'ai peur !!

— Eh ben voilà, nous l'avons trouvé ta solution ! Tu n'as pas TOUT essayé : tu dois affronter cette peur !! Tu sais, pour un examen aux rattrapages, j'avais fait une nuit blanche, j'étais dans un état d'angoisse pas possible, j'avais pas révisé parce que j'arrivais pas à me concentrer, j'étais harcelée par des oiseaux de malheur qui m'attaquaient dans ma tête. J'ai lutté pour prendre le métro et aller à la fac quand même. Il fallait que je me présente à l'examen.

En attendant dans la salle, j'ai cru que j'allais devenir folle, j'étais à un stade d'oppression maximale dans ma tête, j'ai lutté de toutes mes forces pour pas craquer nerveusement, j'ai prié en boucle, en boucle, en boucle, je faisais une crise d'angoisse. Et une fois le pic atteint, tout est redescendu. J'avais cinq minutes avant de commencer. J'avais rien préparé. Je sais pas pourquoi, j'ai sorti le livre d'une centaine de pages sur le sujet du cours et j'ai lu deux pages au hasard.

Le prof est arrivé, il m'a donné la feuille avec le sujet d'examen : deux questions, portant sur les deux pages que je venais de lire. Je me suis jetée dessus à gratter aussi vite que j'ai pu pour encrer les informations toutes fraîches. J'ai réussi l'examen en atteignant la moyenne ric-rac. Et j'ai fini par être diplômée. J'ai mis deux fois plus de temps que la normale, dix ans de souffrance. Mais ce que j'ai gagné, c'est pas seulement d'un bout de papier de la fac, mais un diplôme spirituel beaucoup plus précieux qui n'apparaît pas sur mon CV.

La sorcellerie n'est qu'une illusion.

La peur n'est qu'une illusion.

La petite voix dans ta tête n'est qu'une illusion.

Tu as conquis tes peurs l'une après l'autre. Ne t'arrête pas cinq minutes avant le miracle. Vas jusqu'au bout du bout. Conquiers celle-là.

L'antidote est dans le poison. »



Elle m'a envoyé un texto le lendemain de notre discussion pour me faire savoir qu'elle s'était réveillée à trois heures du mat' pour noter ses rêves, elle s'était souvenue de tout. Des voix entremêlées à la mienne lui criaient « This is the cure ! This is the cure ! ».






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Message par Amocore Ven 26 Aoû 2022 - 18:04

Pour Gaski banni qui attendait avec impatience mon prochain épisode, merci de continuer à m'accompagner malgré tout. Détrompe-toi, je n'ai pas tout dit.

SUR CE FIL JE CHERCHE A DIRE MA VERITE, PAS A DEBATTRE.

Vous avez le droit de ne pas être d'accord avec moi, soyez libre d'en débattre, mais ailleurs, pas ici, pas avec moi.

Je suis volontairement provocatrice et je grossis le trait, j'explore ma liberté d'expression.

Pour une fois, je vous propose de commencer directement en musique.





Immersion garantie.







Je me souviens parfaitement d'un tableau de l'INSEE que le prof nous avait distribué, quand je suis arrivée en classe prépa, arrachée de ma banlieue. Un enfant d'ingénieur avait une chance sur deux de devenir lui-même ingénieur, un enfant d'ouvrier la même chance de devenir ouvrier. Aujourd'hui, ce serait autour de 70% de probabilité mais je n'ai pas réussi à retrouver la statistique. Chaque année, plus de 100 000 ados sortent du système scolaire sans diplôme. Avec le chômage des jeunes qui explose, que deviennent-ils ? Le mirage de l'ascenseur social ne contenant plus la détresse des perdants d'une reproduction sociale impitoyable, laissant pour compte des centaines de milliers d'ados sans futur, sans espoir. Le désespoir pousse à faire des choses désespérées.

Je ne suis pas déterministe au sens sociologique, j'en suis la preuve, juste une cynique partie rêver ailleurs pourquoi pas aller voir le mirage du rêve américain de plus près. Ne me méprenez pas, j'aime la France et je la remercie pour tout, mais j'aime aussi cracher dans la soupe que je ne mange plus. L'ingrate.


25.08.2022



87. Dans mes veines coule la violence urbaine


Je rêve que je suis revenue sur le territoire de mon enfance, y réparer les bancs cassés.
***

Diiiiiiiing dooooong diiiiiiiing doooooong diiiiiiiing dooooooong.

La sonnette nous a réveillé d'un coup. On se zombifiait devant les shows décervelants de TF1, un soir de semaine, il était tard, vingt-deux heures environ. J'avais collège le lendemain mais on s'en foutait. J'ai levé le nez, on s'est regardé avec la mère, le frère a rappliqué. On attendait personne, qu'est-ce qu'on nous voulait à cette heure-ci ? La mère s'est levée, on l'a suivi. Elle a regardé à travers le judas, elle a entrouvert la porte. La voix de la voisine a crié « ta Clio ! Ta Clio ! Elle est en train de cramer!! ». La mère a sursauté, on a tous enfilé les pantoufles et on a couru sur le parking avec les voisins qui nous suivaient.

Avec eux, on s'est retrouvé attroupés à regarder les flammes transformer en carcasse la petite voiture pourrie de la mère. « Comment je fais pour aller à l'usine demain ??? Comment je fais ??? » Elle s'est plaqué fort les mains sur les joues en gémissant. J'ai resserré ma robe de chambre. On est tous resté hypnotisés devant le triste spectacle, jusqu'à que les pompiers finissent par arriver et éteindre le feu.

Quelques années plus tard, même scénar'. La voisine est venue nous chercher, on a enfilé les pantoufles et on a couru sur le parking. La mère a sauté de joie dans une impudeur qui m'a gêné, ça n'était pas sa voiture pourrie mais celle d'à-côté qui avait été visée. « Vite grouillez-vous les pompiers !! Grouillez !!! Le feu va la toucher !! ».

Combien de voitures ai-je vu brûler ? Je me souviens qu'on tenait les murs avec les autres ados du quartier parce que les bancs restaient cassés et qu'on n'avait pas d'activités après l'école. On s'est mis à fumer du shit, à sécher les cours et à faire du vol à l'étalage à Carrefour. Il fallait faire attention aux débris de verre de l'abri-bus en attendant le bus. Je me souviens qu'on passait à travers les trous des grillages défoncés qui encerclaient nos immeubles comme raccourcis, des bènes en plastique vert fondues et noircies. Je me souviens d'avoir été encerclée par les blocs gris d'habitation aux minuscules fenêtres dont les rideaux bougaient car chacun s'épiait, entassés les uns sur les autres, du ciel gris à l'horizon fermé, des carcasses de voiture, de mon obsession de trouver une issue et de m'y échapper à tout jamais.

A la télé, le loisir du pauvre, on regardait les stars, la jetset sur leur jetski kiffer leur vie, on voyait les strass et les paillettes en mangeant les mêmes pattes tous les soirs entre quatre murs qui ne nous appartiendront jamais, quatre murs envahis par les cafards qui viennaient régulièrement pondre leurs œufs dans nos placards.

Toujours manger ces pattes pourries ont contribué à me rendre malade, des colliques terribles entraînant de nombreuses hospitalisations. Mais elles n'étaient qu'une cause secondaire. Toujours manger l'injustice de vivre du mauvais côté du périph', abandonnée par la société française et ses promesses « égalité, liberté, fraternité » qui ne viennent pas nous rendre visite dans notre prison bétonnée, à tourner en rond nerveusement dans notre cage. Les parias, les chômeurs, les immigrés pauvres, les réfugiés, les handicaps, les désocialisés, les cas sociaux parqués dans le même endroit.

La cocotte-minute sur un gaz bien alimenté, la pression ne faisant que monter, explosions à répétitions. A quoi d'autre nous attendre ? Que pouvons-nous espérer d'autre ? Prévisible dénouement qui se répète encore et encore.

Et avec la même télé, notre moyen d'évasion, au JT, on nous répétait que nous n'étions qu'une bande de parias, que de profiteurs de la CAF, qu'un ramassis de merde, source des maux de la société française. Les sales arabes et noirs vandales, le problème des banlieues, ces sauvages du Tiers-Monde qui se sont incrustés sur le territoire des gens civilisés. Après avoir été colonisés, rendus esclaves, appelés dans les années 60 à venir comme esclaves travailleurs, nos parents voulaient juste avoir leur chance comme tout le monde, voici celle qu'on leur a donné.

Ils se lèvent à l'aurore pour aller sur les chantiers se casser le dos à construire vos bâtiments, récurrer vos chiottes avant l'ouverture des portes, livrer vos colis pour que vous restiez au chaud, remplir en rangées alignées vos supermarchés de pleins de douceurs qu'ils ne peuvent pas se payer, balayer vos rues pour qu'elles restent bien propres. Leurs enfants veulent du travail, de quoi se rendre utile, gagner leur vie dignement, c'est tout.

Mais si vous le prenez comme ça. D'accord. La relève sera différente, nous la nouvelle génération et celle qui grandit.

Nous serons ce que vous voulez que nous soyons. Si c'est notre seul moyen d'exister.

Nous serons des parasites, sauvageons, dealers de drogue ou drogués, ou les deux, voleurs à l'arrachée, braqueurs, vandales, casseurs, violeurs, tabasseurs, meurtriers, prisonniers, pyromanes. Nous avons la haine et nous allons tout casser. Si c'est ce que vous nous martelez tous les soirs à la grande messe du décervelage de masse, nous serons disciplinés et constants dans notre violence. Nous jouerons à la perfection le rôle que vous nous avez donnés dans la grande farce de l'égalité des chances et de l'hypnose collective de l'identité nationale.




Nous serons responsables de tous les problèmes de la société.
Nous serons la cause de la montée du FN et du racisme banalisé.
Nous serons porteurs des dysfonctionnements que les politiques pourris déchargent sur nous.
Nous serons vos moutons noirs.
Nous serons vos moutons arabes.
Nous serons vos bouc-émissaires.
Nous allons brûler la France comme demandé.
Elle est déjà en feu.








Douce France,
Cher pays de mon enfance,
Bercée de tant d'insouciance,
Je t'ai gardé dans mon cœur.

Oui je t'aime et je te donne ce poème.
Oui je t'aime, dans la joie ou la douleur.




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Message par Amocore Lun 29 Aoû 2022 - 6:25



France, je t'aime et un jour je reviendrai et je te payerai mes impôts avec gratitude, te redonner pour tout ce que tu m'as donné, contribuer au vivre-ensemble. C'est du premier degré, j'aime l'impôt, l'impôt est le liant de notre société, une correction des inégalités par la redistribution à la marge des richesses.

On a dit que c'était comme les Simpsons, aucun lien entre les épisodes.

Ici, c'est quand la petite voix dans la tête me répète que ma vie n'a pas de sens, que je ne sers à rien et autant en finir maintenant. Sur des années. Cet épisode est dans la boîte depuis mars mais j'ai réécrit la fin cette nuit.


05.03.2022



88. Tisser le fil de l'absurdité




Cette nuit, Pierre m'explique en rêve que dans la vie, il faut absolument trouver son talent et que c'est un devoir de le développer. Et que pour moi, c'est l'écriture et qu'il va falloir gratter.
***

Je suis la tisseuse qui s'est bousillée les doigts à tisser pendant dix ans de sa vie, tisser, tisser, tisser, pour survivre, pour me raccrocher au fil conducteur de ma vie, pour occuper mes mains et mon esprit, face à ce sens qui se perdait, face à mes démons qui m'harcelaient pour jouer dans les terrains vagues de la folie.

J'ai tissé avec l'énergie du désespoir, je tissais n'importe quoi, n'importe comment, ça ne ressemblait à rien du tout, c'était moche, mal fait, de mauvaise qualité, qu'importe, j'ai tout de même continué à tisser. J'ai tissé pour tisser, la finalité n'était pas de fabriquer des habits, mais de tenter de donner du sens à ce que je traversais en le symbolisant, en le rendant concret, en créant un patchwork émotionnel inesthétique.

Et dans la monotonie, la répétition, la grande fatigue, j'ai développé sans le remarquer des techniques, une certaine habileté, le mouvement s'est accéléré, plus ample, et mine de rien, le geste mécanique est petit à petit devenu artistique. J'ai pris goût au processus, il m'apaisait, créer pour créer, sans me soucier de la finalité. De toutes façons, je gardais bien tout à l'abri des regards, c'était ma pratique privée pour symboliser les émotions violentes qui me transperçaient, tenter d'extraire le poison du ressentiment qui m'intoxiquait, mettre la main sur le serpent du suicide qui s'enroulait autour de mon cou, embrasser la dépression qui me plaquait au sol, boire l'immense chagrin dans lequel je me noyais.

J'ai tissé pour me rencontrer, pour m'apprivoiser, pour me guérir, pour apprendre à me connaître, pour me pardonner, pour me faire confiance, pour me consoler, pour m'amuser comme une gamine, pour rigoler et me détendre, pour régler mes comptes, pour retrouver mon chemin, pour trouver le courage de prendre celui de la rédemption, pour persister à sillonner celui du pardon, pour courir celui du marathon de la résilience. J'ai tissé pour m'accompagner dans l'agonie, et me voir renaître par le miracle du divin.

Le tissage a été le moyen choisi par l'Eglise qui m'a repêché afin de m'extirper péniblement des sables mouvants du vécu traumatique, du magma de l'emprise familiale, pour me reconstruire, une trame après l'autre, pour ne plus subir les évènements du passé, mais au contraire transformer la souffrance en une force tranquille et quadrillée afin de me réinventer.

Je suis la vaillante petite couturière s'est faite déchirer en lambeaux sa précédente robe de princesse pauvresse dans la Vallée, la robe qui avait remplacé la peau d'âne de la mendiante qui mangeait la viande pourrie dans le caniveau de l'amour. Placide face à l'effort sisyphéen, je me suis confectionnée à nouveau une robe, sous vos yeux, un épisode après l'autre, plus légère, plus souple, qui épouse les formes de mon vrai moi, les mettant en valeur, tout en cachant leur pudeur. La robe d'une aspirante reine extra-terrestre qui a tissé comme une acharnée toutes les nuits depuis le début de l'année pour la coudre. La robe de la victoire, celle du malheur vaincu. La robe qui célèbre la vie tout en embrassant la mort, la robe brôdée avec le matériel humain du pire qui côtoie le meilleur, la cruauté, le sadisme en lignées parallèle à la bienveillance et au pardon. Sa brôderie est faite du désespoir, ses perles de la résilience, les fins lacets du mensonge et le corset du déni.

Je vous la montrerai. Peut-être vous donnera-t'elle l'envie d'en faire de même. Tisser, peu importe avec quoi, des mots, des notes de musique, de la peinture, du chant, du dessin, des arts martiaux, du sport, du spectacle vivant, de la scupture, de l'artisanat... Juste tisser pour devenir l'ami intime de ses émotions et l'artiste de sa vie.

Cette saga sera mon oeuvre d'art, mon exploit intime. Ce sera mon monument personnel, un phare pour lorsque je serai partie. Ainsi, quand le moment sera venu, je pourrai dire que j'ai fait tout cela avec amour. J'aurai tout fait par amour.







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Message par Amocore Mar 6 Sep 2022 - 19:01



Merci à ma lectrice spirituelle pour ton petit coup de boost en me voyant calée  I love you promis je prendrai de la hauteur sur la fin.


Quand on croit qu'il n'y en a plus, il y en a encore !

La personne qui osera me traiter de folle aura affaire à mon bodyguard de la téci HLM. Nan je blague ! (pas). Moi j'ai le droit de le dire : j'en ai marre de faire semblant d'être normale, oui je suis marbrée, complètement marbrée, mais j'en ai conscience et je reste en contact avec la réalité. Une vie dans les clous est tout à fait possible avec un mode de vie cadré et de la thérapie. Beaucoup de thérapie. Ma vie est une thérapie.

Je continue le tour de table de mes démons, celle-ci était de mèche avec le démon sensuel dans mon autodestruction, elle a voulu m'assassiner par auto-éviscération.


05.09.2022


89. Kill-Bill, la vengeresse obsédée par l'Hara-Kiri


« Si tu ne peux combattre ton ennemi, embrasse-le. »


Je rêve de rencontrer mes doubles sur une aire d'autoroute et la boss qui les unifie. Je vois un homme rencontrer ses doubles également.
***

Vous avez pu assisté aux attaques bourrines de mon caïd brutasse verbale contre le déchaînement de mon ex-pervers qui voulait me rendre folle. Vous avez également pu lire la prose lubrique de ma diablesse sensuelle sur le fil de l'Astéroïde. Moi, je suis le Cerveau, qui vous a décrit ma façon rationnelle et pragmatique de procéder lorsque Pierre m'a tiré dessus tandis que je regardais la partie émotionnelle de mon être agoniser de douleur.

J'ai choisi délibérément d'écrire le roman de ma vie sur un forum afin de la sauver et de ne pas le recontacter. J'aime par dessus tout garder le contrôle sur moi-même et prendre des décisions réfléchies. Je gère le chaos intérieur avec une main de fer et veille à garder un équilibre d'ensemble par un mode de vie assez ascétique.

Des lecteurs m'avaient dit avoir l'impression de vitre polarisée, de me lire en posture d'observatrice dans ma voix, une sorte de mise à distance émotionnelle dans mon récit. J'en ai bien conscience, j'aime garder à distance mes émotions intenses afin qu'elles n'interfèrent pas, je me dois de rester lucide. Oui je sais c'est plus monotone quand j'écris. Parfois, je change de voix pour vous distraire un peu.

En parlant de mon projet d'écriture, une des femmes qui m'accompagne a été étonnée par ma mise en scène de mes différentes facettes. Et encore plus de Kill-Bill. Je n'avais jamais parlé d'elle auparavant. C'était mon petit délire secret entre moi et la mort. Je l'ai évoqué par hasard pour expliquer ce qu'il s'était vraiment passé quand j'avais voulu me suicider au départ de Pierre il y a dix ans.

Dans mes réflexions de l'époque, j'en avais conclu qu'en tuant Kill-Bill, la menaçante vengeresse, j'allais régler tous mes problèmes. Le raisonnement se tenait, car ça n'était que de l'auto-défense après tout, elle voulait me zigouiller la première. Dans ma lutte à mort contre cette entité incontrôlable et destructrice qui rendait ma vie chaotique, j'avais juste omis un paramètre crucial : elle faisait partie de moi !

La thérapeute m'a expliqué qu'à la suite de mes lourds traumas, dont l'obus qui a implosé dans ma psyché, mon être s'était fragmenté pour survivre et sauver mon âme. Un fragment avait le souvenir oublié de l'enfance mais je n'avais pas accès à lui. L'amnésie traumatique l'a mise sur la piste d'un trouble dissociatif de l'identité, anciennement appelé trouble de la personnalité multiple.

Je vois déjà le popcorn des clichés de la pensée mainstream qui éclate devant vos yeux et vous invite à le manger. Comme pour d'autres notions abordés, gardons l'esprit ouvert. Non, il ne s'agit pas de Split avec la Bête cannibale, ou de Fight Club où l'homme à la tête d'un gang ne suspecte rien de ses activités criminelles. Je n'ai perdu la mémoire qu'une fois dans ma vie et je suis tout à fait consciente de tout ce que je dis et fais.

J'ai fait le choix en conscience de lâcher ma partie violente sur mon ex-pervers à un moment où il voulait m'achever psychologiquement. Par contre, ma facette cachée de chaudasse dragueuse m'a échappé sur l'Astéroïde et je l'ai laissé faire comme exutoire face à un stress intense et l'harcèlement constant de recontacter un homme marié. Ce moyen s'est révélé redoutablement efficace pour garder un certain contrôle sur la situation qui devenait clairement incontrôlable et insupportable. Une crise existentielle et l'envie irrépressible d'un homme indisponible constituent d'excellentes raisons atténuantes.

Au tour de la dangeureuse Kill-Bill. Petite présentation avec les écrits de l'époque. Rassurez-vous, ça a pris beaucoup de temps et de patience, mais elle m'a finalement pardonné depuis et elle s'est bien calmée, ma brave samouraï, j'ai été libérée des pulsions suicidaires depuis plusieurs années. Elle s'amuse comme une fofolle avec vous, elle vous embrasse.











26.04.2012

Dans mon intro ZC, premier post effacé, sur mon fil « une Zèbre qui s'ignorait » :

Je me rends compte maintenant, que je me suis abandonnée sur le bas côté, il y a de ça plus de dix ans, quand j'ai baissé les bras, quand je n'ai plus eu la force de me battre face à l'adversité, quand j'ai décidé qu'il était bien moins douloureux d'introjecter ses pires ennemis que de les affronter.


18.05.2012

Des crises, dans la nuit bien entamée, me saisissent, de plus en plus fortes.

La colère qui bout, les mâchoires qui claquent, les dents qui grincent, et je commence à voir rouge.

L'anesthésiant se dissipe, la douleur se réveille, galopante, elle me prend violemment au ventre. Les tripes me brûlent maintenant ouvertement.

Depuis le temps, j'avais presque oublié. Logé dans mon bassin, au creux de mes reins. L'entaille profonde, la plaie gangrénée. L'Hara-Kiri n'a pas été mené à son terme.

A l'époque j'avais commencé, courageusement. Face à l'adversité, j'avais lutté. Je m'étais battue, débattue, de toutes mes forces. Mais seule, la bataille était perdue d'avance. Quel dénouement peut espérer une enfant de onze ans, avec ses petits poings serrés et sa haute conscience du code d'honneur ?

La lame y est encore.


21.04.2012

L'impression d'être une complète alcoolique. Quand je me réveille à point d'heure, je suis pleine de remords. J'ai les paupières gonflées, un fichu mal de tête, les mains qui tremblent. J'ai expliqué déjà, j'ai dit que pour moi c'était pire que l'alcool. J'envie presque les AA. Pour eux, l'ennemi est clairement identifié. Une vulgaire bouteille, d'allure inoffensive.

Moi, c'est Kill-Bill.

Ses contours deviennent de plus en plus nets. Sa personnalité s'affirme. Elle frappe en plein jour. Je pleure tous les jours. Elle tape si fort, acharnée dans sa lutte.

Je l'ai abandonné sur le bas côté de la route. Elle avait onze ans. Depuis, elle bout de colère. Elle n'a pas arrêté de ressasser. Une colère sourde, une haine rentrée, une vengeance préparée. Froidement, à l'ombre. Elle a patiemment attendu le moment critique.

Et maintenant, elle sort de l'ombre et elle frappe. Elle frappe, elle frappe, elle frappe. Elle ne s'arrête pas de frapper.

Enfin, le grand jour !

Je suis terrifiée.










Trouble dissociatif de l'identité


Dans le trouble dissociatif de l’identité, autrefois appelé trouble de personnalité multiple, deux ou plusieurs identités prennent tour à tour le contrôle d’une même personne.

Près de 90 % des personnes atteintes de ce trouble ont été sévèrement maltraitées (physiquement, sexuellement, ou émotionnellement) ou négligées durant l’enfance. Ce stress extrême durant l’enfance les a empêché d’intégrer leurs expériences au sein d’une identité cohésive.

Plusieurs symptômes sont typiques du trouble dissociatif de l’identité.

Amnésie

Des événements personnels passés que l’on ne peut pas se remémorer : par exemple, la personne peut ne pas se souvenir de certaines périodes de l’enfance ou de l’adolescence.

Des événements actuels quotidiens et des compétences apprises dont on ne peut pas se souvenir.

La découverte de preuves de choses que les personnes ont faites mais dont elles ne se souviennent pas.


Plusieurs identités

Dans la forme avec possession, les différentes identités sont facilement apparentes pour les membres de la famille et d’autres observateurs. La personne parle et agit d’une manière différente de façon évidente, comme si une autre personne ou un autre être avait pris possession d’elle.

Dans la forme sans possession, en général les identités différentes ne sont pas aussi apparentes pour les observateurs. Les personnes atteintes de cette forme de trouble peuvent se sentir détachées de certains aspects d’elles-mêmes (une affection appelée dépersonnalisation), comme si elles se regardaient dans un film. Elles peuvent se mettre brusquement à penser, ressentir, dire, et faire des choses qu’elles ne contrôlent pas et qui ne semblent pas leur appartenir. Leurs attitudes, opinions, et préférences (par exemple, concernant la nourriture, les vêtements, ou les centres d’intérêt) peuvent changer d’un coup, puis revenir à ce qu’elles étaient.


Autres symptômes

De nombreuses personnes atteintes de trouble dissociatif de l’identité souffrent de dépression et d’anxiété. Elles sont enclines à se faire du mal. Des troubles liés à l’usage de substances, des épisodes d’automutilation, et des comportements suicidaires (pensées et tentatives) sont fréquents, tout comme les troubles de la fonction sexuelle.


Article complet : https://www.msdmanuals.com/fr/accueil/troubles-mentaux/troubles-dissociatifs/trouble-dissociatif-de-l-identit%C3%A9


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Message par Shadow Boxeur Mar 6 Sep 2022 - 19:42

Fil bleu, fil rouge, fil vert, fil jaune. ...
Des fils se rejoignent pour désamorcer des bombes humaines ...je crois
Bravo pour ta relance des épisodes
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Message par Orphane Mer 7 Sep 2022 - 9:09

Je n'adhère pas du tout à cette façon de dealer avec ses différentes personnalités en leur donner un nom, un âge et une existence propres et en les laissant switché à l'envi, tout en l'affichant et le revendiquant au monde. Pour ma part, je pense que cela nourrit le délire et rend vraiment fou. Je trouve qu'il y a une complaisance malsaine à le faire et à en parler ainsi « j'ai une équipe de foot dans ma tête, on s'amuse comme des fous »

Bonjour,

Je te conseille ce genre de lecture :


https://troublesdissociatifs.wordpress.com/2020/11/11/comparaison-entre-le-tdi-et-latds/

Ce site est une source très intéressante de connaissances, d'informations.
Je crois qu'il ne nous est pas possible de juger une personne souffrant de TDI et/ou de l' "accuser" de mécanismes inhérents à ce trouble, mécanismes qui lui permettent justement de faire face aux affres des traumatismes et à leurs conséquences sur le psychisme. La personne ne nomme pas elle même ses alters, ceux-ci s'installent et prennent place, en se présentant à la "vue" du monde selon les émotions traversées, la situation présente vécue et le besoin de protection/sécurité requis pour y faire face.

Si le sujet t'interpelle et que tu souhaites en connaître davantage les rouages, ce site est également une jolie mine d'apprentissages :
https://www.partielles.com/troubles-dissociatifs/

Ainsi que les vidéos associées :

https://www.youtube.com/c/PartiellesTroubleDissociatifdelIdentit%C3%A9/videos

Et pour les très "gourmands" ^^  (on en prend, on en laisse.... mais on apprend ) :
   
https://psyclinicfes.files.wordpress.com/2020/03/dsm-5-manuel-diagnostique-et-statistique-des-troubles-mentaux.pdf
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https://unebullepourorphane.wordpress.com/

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Message par Amocore Sam 10 Sep 2022 - 23:04

@ Gaski : nos fils n'arrêtent pas de se répondre hihi j'adore


La maladie mentale:



La fameuse Eglise qui m'a sauvé la vie, le mouvement spirituel, la « secte »... Comment vous montrer ma gratitude infinie pour cette bande de fous ? J'ai déjà parlé d'eux sans vous dire qui ils étaient vraiment, ou allusivement. Les cercles concentriques. Nous y voilà. Je suis entrée dans le mouvement par une porte et j'ai changé de bataillon en route, ayant trouvé ma place chez les plus extrêmes. Ces gens m'ont transformé intégralement sur une décennie, du départ jusqu'au recontact de Pierre, retour qui m'en a fait sortir brutalement. Impossible d'y retourner depuis.


09.09.2022


90. La dernière chance : chez les cinglés de l'autodestruction


« Si tu veux entrer dans ta forêt intérieure et savoir qui tu es vraiment et pourquoi tu en es arrivé là, il faut abattre l'arbre qui la cache. Il faut que tu deviennes abstinente de tes addictions. »


Je rêve de retourner dans un groupe de parole et de parler longuement.
***

Deux ans après le départ de Pierre, j'étais une boule de souffrance à la dérive. Je décrochais de la réalité, je passais mon temps à fuir dans le sommeil, j'avais le crâne dégarni, le visage bouffé par des boutons enflammés, les cernes violacées et de grosses chutes de tension quand je suis entrée en collision avec le grand navire rock'n'roll qui repêche les épaves de la mort.

‒ Mais je suis pas une droguée !
‒ Qu'est-ce que tu viens bien foutre là alors ? T'as vu de la lumière t'es rentrée ?
‒ Si c'est pas une tox, qu'elle se barre !
‒ Je savais plus où aller...
‒ Mais bien sûr ! Genre c'est un hasard ! A moi tu me l'as fait pas ! Y'a pas de hasard quand tu débarques chez nous. Y'a du déni.
‒ Ouais c'est trop ça ! Moi je me plantais une seringue dans le bras et je disais aussi que j'étais pas un tox. Le gros gros déni quoi ! On l'a tous sorti celle-là « j'ai pas de problèmes de drogue » !
‒ Nan mais vraiment j'me suis jamais piquée...
‒ Y'a pas que des héroïnomanes ici, on se rétablit de toutes les drogues.
‒ Nan mais je prends pas de drogues...
‒ Tu prenais quoi alors ??
‒ Elle a pas dit qu'elle venait des AA ?
‒ Aaaah les AA c'est la mifa ! Et ici pareil, on rigole pas avec l'alcool, attention. C'est une drogue comme une autre, on se sèvre de tout ici. T'es la bienvenue chez toi.
‒ Nan mais je suis pas alcoolique !!
‒ Elle est pas sérieuse... Le déni de ouf !
‒ Franchement arrête-toi deux secondes de parler. Tu t'es vue ?
‒ Hahaha ouais t'as vu sa tronche !
‒ Sérieux, regarde-toi deux secondes et écoute-moi. Ecoute-moi bien. T'es en train de te noyer là, ça se voit, t'es désespérée, t'es au bout de ta vie. Tu vas devenir folle pour toujours si tu restes comme ça, tu vas mourir. On est des mecs gentils, on t'envoie la bouée pour te sauver la vie et toi tu chipotes sur la couleur de la bouée ! T'es en train de crever et tu fais des chichis sur la couleur ! ‒ Tu te rends compte ? Y'a pas de hasard quand on débarque chez nous. Juste arrête de dire que t'es pas une tox, accepte que t'as un problème d'addiction, prends cette putain de bouée et accroche-toi à nous. On va te sortir de ton merdier. 

J'ai pris la bouée. Ils étaient les seuls à ce moment-là de ma vie à pouvoir m'aider. Ils m'ont accepté parmi eux car j'avais tous les symptômes d'une personne qui avait abusé des produits, perchée un peu trop haut et restée coincée dans cet état. Cela faisait pourtant deux ans que j'avais arrêté toute substance modifiant le comportement et que j'avais intégré le mouvement. La souffrance était telle que j'envisageais de tout plaquer, et j'étais obsédée par l'idée fixe d'avaler un max de médicaments pour ne plus jamais rien ressentir. Mourir. Ils étaient ma dernière chance.

Ces gens, des camés, des mecs accrocs aux putes et au porno, des piliers de bar, des ex-tôlards, des brigands, des suicidaires, des violents, des malades mentaux, des boulimiques vomisseuses, une bande de sacrés barjots de l'autodestruction, déchiquetés par la vie. Mes initiateurs spirituels. Ils se sont servis de ma souffrance pour finir de me faire plier complètement, me mettre à genoux et  capituler totalement, admettre que je n'y arrivais vraiment plus et enfin lâcher. Le cheminement spirituel allait pouvoir réellement démarrer.

L'adhésion à leur mouvement est gratuite et libre mais extrêmement coûteuse : il faut être brisé et désespéré, il faut être agonisant pour être prêt. Etre prêt à laisser derrière soi tout ce qu'on a connu, cru, pensé qu'on était, ses certitudes sur la vie, sa croyance ou incroyance, ses repères, et surtout son ego. Leurs portes sont grandes ouvertes, faut-il encore les trouver, il y a beaucoup de nouveaux adeptes, mais très peu restent, très peu accrochent, très peu vont jusqu'au bout la démarche.

Car leurs méthodes sont hardcores, marche ou crève, marche en boitant, avance en rampant s'il faut, mais avance et nous marcherons avec toi et nous crèverons avec toi et ensemble nous renaîtrons sous une forme sauvée, nous nous réintégrerons à la société et nous nous éleverons jusqu'au ciel.

Ils se soignent en complète autogestion, avec des psys, assos, hôpitaux, centres de cures comme « alliés naturels » gravitant autour. Ils se sèvrent ensemble, ils se soutiennent, ils se guident, ils s'encouragent, ils s'éduquent à l'art exigeant de la maîtrise des pulsions autodestructices. Ils se reconstruisent brique par brique en commençant par dynamiter les anciennes fondations. La solidarité du groupe fait leur force.

Leur mission est de ramasser les âmes en ruine et les initier à la spiritualité comme rempart contre l'autodestruction. Les discipliner par le cadre rigide du déroulement des séances. Les exhorter à suivre les règles et faire ce qui est attendu d'eux par la pression du groupe : reconnaître avoir failli complètement et ne plus avoir aucun contrôle sur sa vie, accepter les enseignements, les intégrer, se faire embrigader mentalement par une nouvelle compréhension de la vie, axée sur le rétablissement de la maladie spirituelle de la dépendance, jouer le jeu et se montrer vulnérable, raconter ses pires secrets devant le groupe, se frayer un chemin vers le divin, se mettre à genoux et prier.

Par l'influence du groupe, les inviter à un nouveau mode de vie radicalement différent. Les rendez-vous au fond des églises, quotidiens, plutôt que le bar, les mauvais fréquentations ou la solitude. Parler autour d'un café au lieu de narcotiser. Pleurer dans des bras chaleureux pour ne pas s'anesthésier. Apprendre tout un jargon afin de poser les mots appropriés sur ces flux sauvages qui nous ont tous dévastés : nos émotions.

Ils m'ont appris à maîtriser mon énergie, le déchaînement des impulsions, les tsunamis d'émotions traumatiques, non plus en luttant, car ils sont plus puissants mais en reconnaissant humblement mon impuissance, en faisant appel à une aide extérieure, l'aide du groupe, mais surtout l'aide divine afin de ne pas donner à l'impulsion ce qu'elle veut. Accueillir le flux, l'accompagner afin de le dévier, surtout ne pas le combattre, mais lui trouver un exutoire, une sortie, un moyen d'exister : verbaliser, parler mais surtout écrire. Ils m'ont fait gratter toute sa vie, cartographier mon intériorité en suivant un guide de milliers de questions afin de passer des étapes spirituelles une à une. Ainsi passer de l'autre côté de la souffrance et en soutirer de précieuses leçons de vie.

J'ai développé l'intransigeance d'ex-camés dans ma ligne de conduite, car pour eux flancher, c'est mourir. Il m'ont montré comment changer radicalement de positionnement, ouvrir les poings et laisser partir. Lâcher prise totalement sur la tournure des événements et faire confiance. Renoncer à vouloir tout contrôler ou à forcer, mais plutôt à chercher la volonté divine et à coopérer. Croire au plan divin de bonté pour moi, croire aux lendemains heureux en pleine dépression. Ils m'ont réconcilié avec le divin et partagé leur sagesse. Ils ont tenu leur promesse faite quand je suis arrivée : nous t'aimerons jusqu'à que tu t'aimes toi-même.

Ils m'ont fait trouver le point immobile en moi, mon ancre à laquelle je peux me raccrocher à tout moment pour ne pas m'envoler. En découle la certitude que tout peut exploser autour de moi, mes repères peuvent voltiger, ce point ne bougera jamais, il est mon seul vrai repère et l'unique ressource essentielle dans ma vie : mon lien au divin.

Ils m'ont fait aller chercher le sens caché de ma peine ; avoir le courage et l'outillage d'arrêter de la fuir ou de l'anesthésier et choisir de la ressentir pleinement, consentir à la laisser me transpercer, à la laisser me briser, me crucifier, et faire son œuvre de transformation.











Traitant toutes sortes d'addictions, les fraternités suivent toutes le modèle des Alcooliques Anonymes.


Les douze étapes des Narcotiques Anonymes


1. Nous avons admis que nous étions impuissants devant la maladie de la dépendance ‒ que nous avions perdu la maîtrise de notre vie.

2. Nous en sommes venus à croire qu'une puissance supérieure à nous-mêmes pouvait nous rendre la raison.

3. Nous avons décidé de confier notre volonté et notre vie aux soins de Dieu tel que nous Le concevions.

4. Nous avons procédé sans crainte à un inventaire moral, approfondi de nous- mêmes.

5. Nous avons avoué à Dieu, à nous-mêmes et à un autre être humain la nature exacte de nos torts.

6. Nous étions tout à fait prêts à ce que Dieu élimine tous ces défauts.

7. Nous Lui avons humblement demandé de faire disparaître nos défauts.

8. Nous avons dressé une liste de toutes les personnes que nous avions lésées et nous avons consenti à réparer nos torts envers chacune d’elles.

9. Nous avons réparé nos torts directement envers ces personnes dans la mesure du possible, sauf lorsqu'en ce faisant, nous risquions de leur nuire ou de nuire à d'autres.

10. Nous avons poursuivi notre inventaire personnel et promptement admis nos torts dès que nous nous en sommes aperçus.

11. Nous avons cherché par la prière et la méditation à améliorer notre contact conscient avec Dieu tel que nous Le concevions, Lui demandant seulement de connaître Sa volonté à notre égard et de nous donner la force de l'exécuter.

12. Ayant connu un éveil spirituel comme résultat de ces étapes, nous avons alors essayé de transmettre ce message à d'autres dépendants et de mettre en pratique ces principes dans tous les domaines de notre vie.

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Message par Amocore Mer 14 Sep 2022 - 19:02



Je suis trop excitée, on commence le compte-à-rebours ! Merci pour votre lecture !  I love you

La (relative) pauvreté ne m'a pas rendue vertueuse. Elle m'a fait devenir une crevarde. Pour info, je travaille aujourd'hui aux services de Google et je suis bien payée pour le vent que je produis. Mais bon c'est une histoire feel-good avec de belles leçons de vie, allons-y !


13.09.2022


91. Dans la dèche, trouver l'abondance africaine


« Très certainement, Nous vous éprouverons par un peu de peur, de faim et de diminution de biens, de personnes et de fruits. Et fais la bonne annonce aux endurants qui disent, quand un malheur les atteint : Certes Nous sommes à Dieu, et c'est à Lui que nous retournerons. » (2 :155-156)

Je rêve de pâtes au beurre.
***

J'avais décroché de la fac, mes nouveaux copains m'ont dit d'aller chercher un travail pour remonter la pente. Ils avaient tout un tas de combines et de contacts, ils m'ont refilé le numéro de Rachid, travailleur social à la ville de Paris, qui embauchait en contrat aidé des gens en voie de réinsertion. Il avait un bureau au service d'addictologie de l'hôpital psychiatrique de Saint-Anne.

J'avais mis un joli chemisier et me suis présentée avec mon CV. Il m'avait mise à l'aise et m'a dit que ce n'était pas un vrai entretien, du coup j'ai dit la vérité :

‒ Alors Mademoiselle, eeeeeeeuh tu es diplômée de la Sorbonne ??
‒ Oui c'est bien ça.
‒ Et maintenant tu prépares le CAPES ?
‒ Oui... Mais pas trop en fait, je me suis inscrite parce qu'il fallait m'inscrire quelque part, ils m'ont refusé en dernière année de Master... Et pour avoir la bourse... J'essaie d'y aller mais j'y arrive pas trop... Je veux pas gratter le système vous voyez, je suis pas comme ça...
‒ Okaaay.... et du coup tu cherches un emploi chez nous ? Quel genre d'emploi ?
‒ Un copain m'a parlé de faire des tours de cimetière à vélo, ça me conviendrait bien.
‒ Pardon ???
‒ Oui oui c'est pas marqué sur mon CV mais euuh dans mes centres d'intérêts, j'aime le vélo, même si je suis pas très sportive et euuuh la mort, ça m'intéresse, certains pensent que c'est glauque mais j'y pense beaucoup.
‒ Ohlala ohlala ohlala !
‒ ?
‒ T'es bardée de diplômes et tu veux faire des tours de vélo au cimetière ?! T'es sérieuse ?!
‒ Ah oui oui je suis venue pour ça, je suis travailleuse. Ca veut rien dire ces diplômes, j'ai besoin de travailler...
‒ Ohlalala ! Je suis désolé mais t'as raté l'entretien ! Je te donne pas le job, t'as pas le profil. Sérieusement, t'as pas besoin de travailler mais de te faire soignée ! Tu gâches ta vie là, je peux pas te laisser comme ça... attends, bouge pas, j'appelle ma collègue, elle va te prendre en charge.

Saint-Anne, l'équipe de choc. Rachid, la psychologue, l'addictologue Kjetil, l'assistante sociale, des gens dévoués et compétents. Ils m'ont menacé de m'interner si je ne prenais pas des anti-psychotiques. Je les ai pris, pendant quelques mois. Ils m'ont fait comprendre que j'étais vraiment à la ramasse et que mon obsession de m'anesthésier complètement n'était que folie. Ils ont bien pris soin de moi, ils m'ont soigné en me disant que les troubles de l'humeur et la dépression allaient se tasser avec le temps d'abstinence. Je leur ai expliqué pourtant mais tout le monde pensait que j'étais une menteuse de toxico.

Quelqu'un a dit sur le forum qu'on ne pouvait pas survivre pauvre à Paris. Il ne sait pas de quoi il parle. J'ai tenu avec 600 balles par mois pendant quelques années. Il ne connaît pas le monde parallèle des parisiens pauvres.

J'avais été accepté en résidence étudiante publique par erreur administrative, je payais un loyer moitié moins cher que le prix du marché, en plein Paris. Une fois payé, il me restait quelques sous pour manger. Je n'ai pas pu m'acheter d'habits ni sortir de Paris intramuros pendant toute cette période. Je n'ai pas pu me payer un café en terrasse pendant une année complète, alors le resto, un luxe inaccessible pendant deux ans. J'étais en dépression carabinée, incapable de travailler. Je n'ai pas demandé d'aide à ma famille d'origine qui attendait de me voir faillir et revenir comme une gueuse, brisée. JAMAIS.

Dieu merci, j'ai toujours mangé à ma faim mais d'une manière milimétrée, d'une façon dépouillée, qui m'a épuré du superflu pour me ramener à l'essentiel. Pas de produits transformés au supermarché, pas de marque, pas de gâteries, regarder vers le bas dans les rayons du supermarché discount afin de ne prendre que les produits de base premiers prix : farine, sucre, oeufs, lait. Et aller acheter des fruits et légumes à la fin du marché aux puces. Pour dix euros, je rentrais les mains pleines de fruits et légumes.

Avec mes voisines sénégalaises, embarquées dans la même galère, j'ai appris à cuisiner. A partir de quelques produits de base, des épices, du savoir-faire, créer des mets succulents. Avec elles, j'ai fait mon premier couscous, mon premier tagine, mes premiers makrouts. Manger avec elles, avec leur chaleur humaine et nos petits moyens, m'a rendu plus heureuse que tous les restos de luxe du monde.

Elles m'ont montré comment utiliser un chapelet. J'ai acheté un livre et un tapis de prière dans une librairie religieuse du quartier et elle m'ont enseigné la foi musulmane. J'ai énormément prié auprès d'elles. Nous avons jeûné ensemble aussi. Elles m'ont arabisé, elles m'ont islamisé, elles m'ont africanisé, elles m'ont parfaite dans ma nouvelle identité. Elles cherchaient toutes à se marier et m'ont parlé longuement des bienfaits du mariage religieux. Elles m'ont préparé à devenir une bonne épouse africaine. Elles m'ont surtout entouré de tout leur amour pendant cette période noire de ma vie.

Et puis, je n'ai plus eu assez d'argent pour me payer l'abonnement de métro. Un vélo est alors tombé du ciel. Je me suis mise à pédaler difficilement pour me déplacer. Je suis devenue petit à petit sportive, j'ai regagné en santé physique et mentale, par la thérapie forcée de la bicyclette. J'ai pu travailler dix heures par semaine comme nounou.

J'ai été acceptée en Master dans la banlieue bleue, là-bas, une autre approche de l'économie, des relations internationales et de la politique qu'à la Sorbonne, beaucoup plus subversive. Saint-Denis, département le plus pauvre de France, un des derniers bastions communistes.

Je me faisais aider pour remplir mes déclarations d'impôt, j'étais relancée alors que non-imposable. Tout en bidouillant avec la CAF et la bourse d'Etat, j'ai écrit mon mémoire sur la non politique fiscale européenne et le grand pillage des géants du numérique américains. J'étais depuis toujours obsédée par le pouvoir et l'abus de pouvoir, du coup j'ai étudié la politique. J'ai ensuite compris que ça ne se passait pas au niveau national, j'ai étudié les mécanismes au niveau européen puis mondial. L'argent étant le nerf de la guerre, j'ai été passionnée par la macroéconomie internationale. A la fin, j'ai fait un grand mix de tout ce que j'avais étudié.

L'impôt a arrêté d'être juste en reposant principalement sur le travail, la TVA (l'impôt le plus injuste) et de moins en moins sur les entreprises. Les petites entreprises continuent à déguster mais les multinationales ont carte blanche. La Commission européenne s'est posée en justicière à coups médiatiques face aux GAFAM mais n'a pas dit qu'elle était de mèche car les conseillers qui l'aidaient à faire la loi européenne étaient les mêmes qui faisaient la compta des vilains ricains, les Big Four, avec tout un tas de conflits d'intérêts. Zéro théorie du complot, je me suis basée sur les communiqués de presse officiels, les articles du Monde, les sites officiels des institutions et j'ai juste fait des recoupements. Ah oui et les Zorros qui dénonçaient tous les méchants, le consortium de journalistes ICIJ étaient eux-mêmes financés par des fondations américaines telles que celles de George Soros, le pourri de la finance, et Ford, c'était indiqué sur leur site officiel, il suffisait de lire et de suivre le fil de l'argent, d'où il venait où il allait. Quel intérêt avaient les ultracapitalistes de payer ceux qui étaient censés révélés leurs vilains secrets ? J'ai été déçue, j'avais cru à leur façade de journalisme impartial.

Fascination mortifère par le pouvoir narratif hypnotique de la Commission européenne et tout le système bien huilé. Mettre des amendes symboliques pour faire son coup de com' lorsqu'en arrière fond, les méchants font la loi pour les méchants par les méchants. Ensuite, on nous parle longuement des fraudeurs de la CAF, les vrais méchants. La CAF en réalité ne perd pas d'argent, l'argent de ceux qui ne vont pas récupérer les quelques deniers d'aide dont ils ont droit compense la fraude. Les pauvres qui ont droit au parcours du combat et les fils de queue de plusieurs heures pour se faire radier car ils ont oublié de cocher une case dans leur montagne de paperasse, alors que Google créée indirectement des masses de précaires par la non redistribution de l'impôt qu'il a volé. Le vrai pouvoir réside dans la narration.

A cette période de réflexion intense sur l'argent et l'impôt, j'en suis venue à croire que l'argent était une énergie faite pour circuler, que les GAFAM se créaient un énorme karma à voler l'argent public ainsi et que le système était bien plus pourri qu'on ne le pensait. Pas besoin d'un bac+5 en sciences politiques pour le savoir, épargnez-vous cette misère. J'ai soutenu mon mémoire avec mention très bien et ensuite l'ai jeté au fond d'un tiroir, je ne voulais plus rien entendre parler au sujet de l'Europe. J'ai eu le cœur europhile brisé. Je ne voulais qu'une chose : partir loin.

Etrangement, à cette période, dans mon dénuement financier, et mes recherches financées par le bon Français moyen, je ne me suis jamais sentie aussi riche de vie, d'expériences, de rencontres, de repas exotiques, de prières, d'idées. En restant à Paris, le Sénégal est venu à moi et l'Europe m'a habité. En étant limitée financièrement, je suis devenue créative, illimitée dans mes possibilités de prendre la vie du bon côté. Dans cette dépression, je me suis sentie millionnaire car bénie. Mon compte en banque ne voulait strictement rien dire, la sécurité matérielle était illusoire. Je sentais chaque jour que ma subsistance venait de Dieu.








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Message par Shadow Boxeur Mer 14 Sep 2022 - 19:26

Plaisir de te lire.
On partagera un jour,  ou pas,  un simple repas sans rien dire sinon le partage. Et l'élan vers l'autre dans la préparation d'un repas, d'un partage,  silencieux mais non moins réel.
Plus que 9 épisodes pour te mettre a table Amo.

Tu te rends compte de ce que tu as fait ?
De ce que tu as mis sur la table pour tes invités ?

C'est a toi de t'asseoir maintenant les pieds sous la table. ...et de déguster tout le travail que tu as fait,  pas pour toi,  ce ne serait pas vrai,  mais pour partager en silence un long travail qui ne se dit pas.

Ajout : fais toi une bonne bouffe et partage le truc unique de cuisiner avec ta coloc. Quatre heures ou plus en cuisine ensemble. ...un truc que j'ai découvert avec mes filles. ...un "lieu" d'échange très particulier.
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Message par Amocore Ven 16 Sep 2022 - 18:26


Maintenant que vous savez ce que je pense du dieu digital, je vais être obligée de me bouger et de changer d'employeur afin d'être en alignement avec mes valeurs.

@Gaski : Mais je compte bien t'inviter à manger des sardines grillées au port de Marseille ! J'ai écrit le précédent épisode trop vite, je n'ai pas parlé de mon crew les Intuitives, mes deux amies artistes très connectées, je voudrais te les présenter, tu vas les adorer.

J'ai cuisiné une soupe au légumes, ça faisait une éternité. Trop assaisonnée pour ma Fée, mais j'ai prévu une longue liste de soupes de toutes les couleurs pour cet hiver avec elle, on va prendre bien soin l'une de l'autre, c'est prévu.

La référence à Game of Thrones de cet épisode me vient d'ailleurs d'elle. Elle s'en est servie pour qualifier judicieusement ma façon de progresser, qui m'était jusqu'alors restée inconsciente. Du coup, ma belle latine m'a donné de la suite dans les idées.

Pour ceux qui comme moi n'auraient pas suivi, Daenerys blonde platine veut devenir reine et fait preuve d'une détermination hors du commun pour y arriver. Elle reçoit une prophétie mystérieuse qui lui donne la marche à suivre (la citation en début d'épisode). Pour ceux qui auraient suivi, oui je détourne un passage dans le clip de fin, mais je fais juste comme les journalistes, je donne aux images le sens qui m'arrange.

Parmi la joyeuse clique dans ma tête, il y a mon Dragon, l'incarnation du Censeur qui m'a brûlé et saigné émotionnellement pendant toutes mes années étudiantes, il m'empêchait d'écrire mes dissertations. Il m'avait laissé tranquille ces dernières années, étant restée à distance du territoire qu'il défendait. J'en ai parlé rapidement à l'épisode 8 'le droit de s'exprimer' et de la parade que j'avais trouvé pour le neutraliser partiellement afin d'écrire pour la fac.

Quand j'ai plongé en crise existentielle en début d'année, mon lourd outillage de gestion émotionnelle transmis par mes initiatieurs les ex-camés est subitement tombé HS. Je me suis raccrochée au seul moyen trouvé, l'écriture de ce que je vivais, sur ce forum. Ecrire pour m'en sortir, et pour cela, me confronter à nouveau à mon Dragon, cette fois-ci avec la nécessité vitale de le dominer complètement.

Cet épisode fait exception, le monologue est purement fictif, mais largement inspiré par mes recherches chez les amothéistes. Sans elles, je me serais arrêtée à une porte close et serais très probablement retourner en dépression. Elles expliquent merveilleusement bien pourquoi Amo met un temps long après sa prise de conscience pour recontacter Pierre. Je reprends ici le format de conte initiatique qui m'est cher.


23.08.2022


92. La guerre du chemin retour


« To go north, you must journey south. To reach the west, you must go east. To go forward you must go back, and to touch the light you must pass beneath the shadow. »


Je rêve de me réapproprier le territoire de façon masculine.
***

Infiltrée parmi les Pierrettes du culte digital amothéiste, j'ai bu leurs enseignements tous les jours religieusement depuis le début de l'année. Elles m'ont donné les moyens du chemin retour.

« En te projetant dans la Vallée des Larmes, Pierre a fracassé le verrou de ton cœur. Il a libéré brutalement l'amour intense que tes défenses ont réprimé depuis toujours. Sauf que maintenant il t'a rejeté, il a fait sa vie, il a une femme et des enfants pendant que tu souffres le martyre de l'aimer à en devenir folle. Et c'est parfait ainsi. Par définition, tu devais te réveiller trop tard, c'en était la condition. Mais, tu as une chance de le retrouver. Si c'est ce que tu veux et nous t'encourageons de tout cœur à le choisir, prends la direction opposée. Nous allons te montrer la bonne manière de procéder.

Surtout ne désespère pas. Détache ton regard de ce que tes deux yeux voient, un réveil trop tardif, une apparente impasse, un rejet définitif, et laisse-nous te montrer ce qui se joue au-delà du visible. Nous te donnerons accès à son cœur et à la mécanique de son mental, de par notre connaissance de nous-mêmes, car nous sommes taillées avec la même pierre.

Il est marié ? L'histoire ne s'arrête pas là. Tu l'es toi aussi, non ? Dans notre monde, tout est mouvement, sauf la nature immuable de ce qui nous lie. Nos conjoints, loin de nous séparer, nous rapprochent en nous préparant. Sa femme est ton alliée, elle travaille pour ta cause. Elle l'a aidé à gravir sa montagne et à atteindre le Saint Graal loin de toi pour pouvoir te réveiller. Cette épreuve de désolation est extrêmement difficile, crois-nous, il n'aurait pas pu y arriver seul. Beaucoup n'y arriveront jamais. Maintenant, elle t'aide en lui rappelant chaque jour qu'elle n'est pas toi et que tu restes irremplaçable, elle ne comble pas ta place vide, le temps qui passe inlassablement joue en ta faveur. Laisse-la faire, aie confiance en elle, en Pierre, en votre destin et recule !

Il t'a demandé le silence ? Offre-le lui généreusement. Ne sous-estime pas le pouvoir du silence. Laisse-le accuser le coup et réfléchir. Ton réveil a eu l'effet d'une bombe émotionnelle pour lui. Donne-lui du temps. Pierre t'aime encore, n'en doute jamais. S'il a fermé la porte, c'est qu'il a trop souffert. Il faudra le reconquérir et lui montrer le changement. Alors en silence, prépare ton retour. Tu prendras le chemin le plus long, la voie contre-intuitive. Prépare-toi à une guerre intérieure, tu pars en croisade, car en le choisissant, tu te choisis toi, tu choisis de libérer ta lumière en guerroyant contre tes ténèbres. Nous allons te guider.

En route, tu auras tes plus grandes peurs à affronter, la peur du rejet, laisser tomber le masque du faux-self et te montrer authentique, montrer au monde qui tu es vraiment. Tu devras quitter ta tour d'ivoire qui t'a protégée toute ta vie, sortir de ton labyrhinte de mensonges, te lancer dans le monde. Tu auras à démanteler tes barricades prenant source dans tes traumas, que si tu laisses quelqu'un entrer, tu mourras et t'ouvrir à l'amour véritable. Il faudra faire confiance et te forcer à aller à l'encontre de tes réflexes, avoir le courage de rouvrir la porte que tu as verrouillée dans ton enfance.

Tu vas devoir changer ta vie, quitter ton conjoint parasite, trouver de l'aide pour ne pas rechuter en dépression et soigner tes blessures, libérer ton potentiel, avancer sur le début de ta mission de vie, passer à l'action et reprendre ta vie en main. Il te faudra pour cela développer ton énergie masculine, directe, affirmée, dans l'action. Cela t'équilibrera et ainsi Pierre pourra se voir en toi et créer un pont entre vos deux mondes.

C'est pourquoi tu devras apprendre notre langage et façon de fonctionner afin que Pierre puisse te comprendre, car ton langage est crypté et trop subtil pour nous : tu te montreras déterminée, la plus explicite possible, insistante, en faisant usage de mots forts. Je sais à quel point cette langue est difficile pour vous les énigmatiques et taciturnes Amos, mais c'est la seule bonne façon de délivrer ton message d'amour. Chez nous, les preuves comptent beaucoup, l'engagement sur la durée aussi, il faudra alors le montrer en les répétant haut et fort, crier ces mots d'amour, car à chaque fois que tu le feras, tu lui enverras une forte vibration qui annoncera ton retour. Laisse-toi guider par ton intuition qui t'emmenera aux endroits qui portent ta voix.

Ensuite, ton plus grand défi sera de croire en la prophétie, de garder une foi sans faille en votre lien et dans le plan divin, d'embrasser sans réserve ton destin et d'incarner qui tu es vraiment. Cela passera par sortir d'une posture sacrificielle de victime, de ta sous-estime béante et de te battre pour récupérer tes pouvoirs. Enfin, l'obstacle le plus difficile à surmonter sera de laisser Pierre te choisir comme tu l'as choisi, te sentir à la hauteur de son amour et prête à le recevoir. Tu devras consentir que tu puisses être la fin de son mariage comme il l'a été pour le tien. Tu ne pourras pas revenir si tu lui interdis de te faire de l'espace pour t'accueillir.

En prenant la route la plus longue, la voie contre-intuitive, tu surmonteras ainsi ces défis riches d'enseignements, tu collecteras toutes les ressources intérieures et tu apprendras les leçons nécessaires à ton retour, car tu deviendras pleinement toi-même dans le processus. Tout ce chemin de retour vers lui te préparera et te transformera. Tu ne viendras pas te présenter à lui en haillons rampante mais en égale, en reine avec son royaume revenue d'un long voyage. Tu auras alors ta chance de reprendre ta place de divine moitié.

Ta décision est courageuse, nous souhaitons toutes que nos Amos fassent le même choix. Car le voyage pour y arriver sera éreintant, surpassant tes limites, c'est pourquoi, malheureusement, beaucoup se désespèrent, rebroussent chemin, tandis que d'autres partent dans une dérive émotionnelle incontrôlable. Mais aujourd'hui tu es en lambeaux, tombée du quarantième étage, brisée par la violence du double choc : ton mari est pervers et Pierre marié à une autre.

Ta première expédition sera la traversée de la Vallée des larmes, mourir de chagrin, mourir à toi-même, laisser ton ancien toi partir en fumée pour renaître dans une forme supérieure de ton être. Tout brûlera. Tu devras accompagner et même être active dans le processus de destruction intérieure afin d'en sortir au plus vite.

Que la force de notre culte soit avec toi, délicate Amo. »







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