L'alcool comme exhausteur du réel

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Message par karkakoa Lun 21 Déc 2020 - 21:58

J'écris un peu en opposition à un autre sujet que je viens de lire sur ce forum. La personne mentionnait le fait que l'alcool était, pour elle, un moyen de retrouver le calme et d'apaiser certaines choses.

Chez moi, c'est tout l'inverse.

J'ai été convaincu depuis petit que j'avais envie de mourir à cause de plusieurs choses. Sur Zebra, j'avais notamment partagé mon désespoir absolu quant à mon avenir professionnel. Que ce dernier me conduisait à avoir envie de me défenestrer. Et, petit à petit, je ne sais même pas vraiment comment, j'ai coché les cases. En titubant comme un forcené j'ai réussi à obtenir tout ce que je pensais m'être inaccessible. Une indépendance professionnelle taillée pour moi, un cercle amical dense et aimant, la passion amoureuse. Je n'ai plus envie de mourir Laughing, je suis même plutôt heureux. Du moins, je n'ai plus vraiment d'élément à évacuer ou à chercher dans ma vie. Et je bois toujours. Je bois avec encore plus de ferveur !

En fait, c'est terriblement banal : je trouve la vie terne. Comme nombre d'entre vous, je n'ai jamais eu de passion. Ma mère me racontait que, petit, elle était horrifiée de voir qu'elle me posait quelque part et qu'il m'arrivait de rester des heures immobile à ne faire strictement rien. Évidemment, une fois que j'ai pu parler, j'ai aussi pu penser l'ennui et n'ai eu de cesse de m'en plaindre. Et rien n'a changé. Je fais du sport, je me suis essayé aux arts, j'ai des amis, je cuisine. J'ai tout essayé. Rien ne réussit si bien que l'alcool ! Je suis encore ce bébé qui reste assis à chercher une action à la hauteur des sentiments qu'il souhaite ressentir. Et qui choisit, à défaut, de ne rien faire.

La seule chose qui me donne envie d'arrêter c'est que je suis encore assez loin de la trentaine, que j'ai déjà 10 ans d'alcoolisme derrière moi. Et je n'ai pas envie de crever. Pas comme ça, en tout cas. C'est une mort beaucoup trop lente.

Pour tout le reste, l'alcool est une bénédiction. L'alcool me rend productif, l'alcool me tient au bureau pendant des heures, l'alcool me rend loquace, drôle, pertinent. L'alcool donne de l'intérêt et des couleurs à la vie. L'alcool m'aide à arrêter de manger et perdre du poids quand j'en ai envie. L'alcool m'a aidé à prendre les décisions les plus difficiles de ma vie. L'alcool m'a libéré de l'angoisse de la feuille blanche et libère mon potentiel artistique. L'alcool est mon ticket pour la fête, qu'elle soit sauvage et dansante, me mène à embrasser des inconnus, ou qu'elle consiste à discuter pendant des heures jusqu'à ce que le jour se lève sur des sujets qui, sobre, m'auraient laissé tiède. L'alcool, c'est des rencontres, tellement de rencontres. De gens à qui j'ai laissé leur chance parce que l'alcool les rendait intéressants. Qui ont fini par le devenir vraiment une fois que ma version ivre avait suffisamment gratté leur carapace.

Mes semaines de sobriété, quand je les regarde dans le rétroviseur, m'apparaissent comme les plus tièdes et les plus pathétiques de mon existence. Certes, c'est confortable. Il y a moins d'anxiété, moins de manœuvres ridicules à enchaîner les supermarchés à plusieurs km à la ronde pour ne pas que les caissiers remarquent que j'ai un problème. Je me réveille plus en forme. Je constate un léger calme intérieur qui est agréable. Mais vivre pour le confort, c'est attendre la mort. Et, sobre, je ne me sens pas mal, mais je m'emmerde. Je ne vis rien de notable, puisque ce qui est notable à mes yeux l'est toujours quand je suis ivre.

Résultat, je me remets toujours à boire. Pas parce que je ne peux absolument pas me passer d'alcool, pas parce que j'ai besoin de calmer quelque chose en moi, pas parce que je vais mal. Juste parce que je m'emmerde. Je perds mon temps. Même si je ne m'ennuie pas totalement, je sais que ce sera tellement plus vibrant une fois saoul. Et je me fous d'aller bien ! À quoi ça sert d'aller bien et de fonctionner ? Il faut être fou pour sacrifier une poignée d'heures de plaisir complet uniquement pour les louches d'heures compliquées qu'il faut ensuite payer. Si seulement mon foutu corps me laissait le choix, je les paierais volontiers, ces heures.

Je crois que mon problème, c'est que j'ai trop conscience que je suis mortel. J'ai le sentiment permanent qu'il faut vivre intensément, le plus intensément possible. C'est aussi une conviction intellectuelle. Rien chez moi ne chasse l'alcool sinon mon corps. J'ai goûté à l'intensité et je ne veux rien d'autre.

Je pars dans tous les sens. Et comme d'habitude, je ne sais pas exactement pourquoi j'écris. Je ne cherche pas de conseils. Les thérapeutes, le sport, la méditation, j'ai tout essayé. Je crois que je cherche juste des témoignages similaires au mien, ou qu'on me rentre dedans. Qu'on m'explique comment avoir envie d'être sobre. Comment être content de pouvoir se lever le matin le dimanche pour aller faire le marché alors qu'avec l'alcool on peut discuter jusqu'à 1h, danser jusqu'à 5h, et baiser jusqu'à midi. Qu'on peut être content de boire une tisane en regardant une série quand je peux avoir des frissons de plaisir, me sentir extatique en dansant tout seul chez moi, le soir, avec une bouteille.

Voilà. Bisous, et à la vôtre.
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Message par Confiteor Lun 21 Déc 2020 - 22:57

Je ne suis pas addictologue.

On pourrait peut-être inverser la situation et la description.
Lorsque tu es sobre tu te sens mal parce que tu es en manque. Lorsque tu est bourré tu te sens mieux parce que tu ne l'es plus.
C'est ça être dépendant, non ?
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Message par Invité Lun 21 Déc 2020 - 23:04


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Message par karkakoa Lun 21 Déc 2020 - 23:18

Confiteor a écrit:Je ne suis pas addictologue.

On pourrait peut-être inverser la situation et la description.
Lorsque tu es sobre tu te sens mal parce que tu es en manque. Lorsque tu est bourré tu te sens mieux parce que tu ne l'es plus.
C'est ça être dépendant, non ?

Oui, totalement. Mon problème étant que j'ai le sentiment d'avoir été un dépendant en puissance, puis de l'être devenu. Je n'ai jamais été rien d'autre. Je n'ai jamais été heureux, je n'ai jamais eu de l'intérêt pour les choses, je me suis toujours ennuyé. J'ai toujours eu un appétit plus gros que ce que la vie sobre m'apporte. Je n'ai jamais connu rien d'autre, même avant de connaître l'alcool.
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Message par karkakoa Lun 21 Déc 2020 - 23:59

Invité a écrit:

J'adore cette chanson. Je sens sa vibe et je sais ce qu'elle fait ici. Mais je ne sais pas quoi répondre.
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Message par noixdecajou Mar 22 Déc 2020 - 16:07

Quelle est ta consommation disons une semaine type? C'est pas gros déchirage chaque soir? Tu as l'air de bien fonctionner petite amie boulot amis. Tu as l'air d'arrêter facilement (?).

Je connais aussi alterner les différentes épiceries. A l'époque où ça a vrillé je suis monté à 8/9 L de biere par jour ou 1 à 2 bouteilles de gin par jour - ou 3/4 bouteilles de vin enfin tout ce qui me tombait sous la main - je bougeais plus seul à la maison je fonctionnais plus du tout binge totale. Du coup hosto pendant 3 semaines et valium, ça a marché super. Mais j'étais complètement despéré paniqué pour d'autres raisons (relation toxique douleur chroniques insolubles notamment) ça allait pas du tout etc
J'adorais regarder des interview écouter de la musique super fort au casque, des films en buvant et buvant et c'était tellement intense pleurer être joyeux insouciant danser tous seul aussi je connais... Et le temps passait super vite y avait une fluidité (c'est l'cas de le dire) un enthousiasme...  

Nicolas Rey racontait que c'était beaucoup plus chiant d'écrire sans boire mais bon à partir du moment où tu franchis un certain cap malheureusement faut faire une grande pause

Il faut vraiment optimiser le truc pour faire gaffe de pas franchir ce cap. Tu as fait une prise de sang? Certains compléments alimentaires pourquoi pas car grosse consos induit carences et déséquilibre...  L'idéal ce serait de pas choper une cirrhose ou un cancer

Maintenant je retrouve un enthousiasme pas si différent après les vraiment grosses séances de sport (tennis) quotidienne je n'ai pas "envie de boire" sauf si pas de sport pendant 4/5 jours d'affilée et là je veux relacher... Tu fais quoi comme sport? Vraiment grosses séances?

Le cannabis aussi si tu le supportes peut être un bon exhausteur du réel (dans un autre genre) Moins/pas toxique. Mais bon ça fait psychoter souvent. Du coup je touche plus non plus. Par contre j'ai recommencé la clope temporairement enfin bon...
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Message par karkakoa Mer 23 Déc 2020 - 0:31

noixdecajou a écrit:Quelle est ta consommation disons une semaine type? C'est pas gros déchirage chaque soir? Tu as l'air de bien fonctionner petite amie boulot amis. Tu as l'air d'arrêter facilement (?).

Je connais aussi alterner les différentes épiceries. A l'époque où ça a vrillé je suis monté à 8/9 L de biere par jour ou 1 à 2 bouteilles de gin par jour - ou 3/4 bouteilles de vin enfin tout ce qui me tombait sous la main - je bougeais plus seul à la maison je fonctionnais plus du tout binge totale. Du coup hosto pendant 3 semaines et valium, ça a marché super. Mais j'étais complètement despéré paniqué pour d'autres raisons (relation toxique douleur chroniques insolubles notamment) ça allait pas du tout etc
J'adorais regarder des interview écouter de la musique super fort au casque, des films en buvant et buvant et c'était tellement intense pleurer être joyeux insouciant danser tous seul aussi je connais... Et le temps passait super vite y avait une fluidité (c'est l'cas de le dire) un enthousiasme...  

Nicolas Rey racontait que c'était beaucoup plus chiant d'écrire sans boire mais bon à partir du moment où tu franchis un certain cap malheureusement faut faire une grande pause

Il faut vraiment optimiser le truc pour faire gaffe de pas franchir ce cap. Tu as fait une prise de sang? Certains compléments alimentaires pourquoi pas car grosse consos induit carences et déséquilibre...  L'idéal ce serait de pas choper une cirrhose ou un cancer

Maintenant je retrouve un enthousiasme pas si différent après les vraiment grosses séances de sport (tennis) quotidienne je n'ai pas "envie de boire" sauf si pas de sport pendant 4/5 jours d'affilée et là je veux relacher... Tu fais quoi comme sport? Vraiment grosses séances?

Le cannabis aussi si tu le supportes peut être un bon exhausteur du réel (dans un autre genre) Moins/pas toxique. Mais bon ça fait psychoter souvent. Du coup je touche plus non plus. Par contre j'ai recommencé la clope temporairement enfin bon...

Disons que ça oscille. Entre trois canettes de 50 cl de bière plutôt forte à +/- une bouteille de vodka entière par soir comme ces derniers jours. D'une manière générale je reste fonctionnel, je bois énormément d'eau pendant la nuit, je me couche tôt me réveille tôt. Et je ne vais jamais jusqu'au point où mes souvenirs sont flous, même si je m'en rapproche.

Tout tient donc pour le moment, mis à part ma relation amoureuse à laquelle j'ai mis fin parce que malgré l'amour j'étais incapable de me satisfaire de notre relation et que je ne voulais pas lui faire perdre de temps. Incapable de me satisfaire d'une relation*, pour être plus juste.

Je ne suis du coup jamais descendu aussi bas que toi (je le dis sans aucune violence). Mon vice c'est la régularité.

Les examens médicaux, c'est prévu. J'en avais parlé à mon médecin traitant mais je ne suis jamais allé faire la prise de sang. J'imagine que je repousse le verdict. Mais encore une fois, je ne suis pas dupe, je sais très bien qu'à l'intérieur mes organes sont sur le point de me dire merde.

Je fais du yoga, des pompes et de la marche. Rien de très intense mais je n'arrive pas à me maintenir dans un effort qui me fasse souffrir. Je sais que les endorphines pourraient m'aider. Comment tu as trouvé la force de pousser un effort intense régulièrement ? Toutes mes tentatives ont échoué, j'ai fini par vite arrêter.

Sinon, je fume aussi quotidiennement du shit depuis 6 ans. J'ai eu plusieurs phases de quelques semaines où j'arrête du jour au lendemain et je m'en fous. Je n'ai pas autant ça au corps que l'alcool. Ça s'additionne. Quand je suis très saoul j'ai envie d'un joint, mais j'en ai pas envie sinon. Malgré mes espoirs ça n'a jamais pris une place dans mon cœur qui se rapproche de l'alcool. La picole me semble venir combler exactement toutes les parties de moi qui me faisaient défaut avant ma conso. La fume ne fait qu'aggraver les choses.
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Message par N°11 Mer 23 Déc 2020 - 2:09

Je me retrouve dans ton post, pour ma part c'est le cannabis. Je partage cette sensation que la vie en étant sobre est plate et ennuyeuse, et que tout est beaucoup plus excitant quand on est sous substance. Quelque part ton post m'a réconforté. Je me suis levé aujourd'hui (à 20H00) en me disant "ok aujourd'hui je démarre un phase de sobriété". 5H après j'en peux plus de me faire ch**r comme ça. Dès que j'ai envoyé ce message je redécolle.

L'alcool est plus addictif sur le plan biochimique, le cannabis quand il y a dépendance c'est plus psychologique, ou autrement dit provoqué par l'environnement. L'alcool est assez dangereux aussi, bien plus néfaste pour la santé. J'avais un ami, étant ado, qui était devenu alcoolique, jusqu'à un point problématique. Il a fini par remplacer l'alcool par le cannabis et sa situation s'est améliorée. Si un jour tu fais ça aussi, conseil évite le shit coupé à on-ne-sait-quoi et trouve de la bonne herbe 'bio' Wink

L'avantage de l'alcool à mon avis c'est sur le plan social, ça désinhibe et ça aide à passer à l'action. Ca facilite les relations. Bien que plus dangereux, et envers toute logique, c'est socialement mieux toléré.
C'est peut-être ça au fond l'explication : on a envie d'activité, que des choses se passent, qu'il y ait des histoires. Quand ça part en vrille c'est plus amusant que quand tout est parfaitement plat (jusqu'à un certain point, hein Laughing )
Quant à la créativité, il n'y a qu'à regarder l'histoire, aucun doute là-dessus, toute substance la favorise !

C'est plutôt l'inverse pour ce qui est de l'esprit logique par contre. La seule phase durant ces 23 dernières années où j'ai été sobre en continu c'était pendant la reprise d'études en informatique. 3 ans sans (quasiment) rien. L'effet attendu était là : bonne notes, motivation, sérieux. Comme au bon vieux temps de ce petit élève modèle de primaire, sage avec sa raie sur le côté.

Du coup je m'interroge quand tu dis que l'alcool t'a aidé à obtenir ton indépendance sur le plan professionnel, peut-on savoir dans quel domaine tu exerces ?

Je crois aussi que vivre sous substance c'est comme vivre à crédit : tant qu'on est jeune on se sent invincible, puis un jour on est obligé d'arrêter sinon on se retrouve dans un état pire que la sobriété : problèmes de santé handicapants, etc... C'est l'heure du paiement de la dette.

Enfin tu parles d'activité physique, perso je m'étais mis à la muscu (donc effort intense), mais ça ne m'a pas aidé à arrêter la vaporisation. Pire, j'ai lu qu'un taux élevé de testostérone engendrerait un attrait pour les substances psychoactives. Comment trouver la force ? Dans mon cas c'est venu tout seul. Juste envie de bouger et arrêter de larver.

Il y a des paradoxes dans la psychologie : le cerveau est attiré par le négatif, et en même temps ce qui nous pousse à agir est plus souvent la fuite de la souffrance que l'attrait pour l'idéal. Les substances c'est un peu ça : créer une situation problématique qui nous pousse à nous activer pour compenser. Logique impensable au temps de l'homme des cavernes qui devait lutter quotidiennement pour sa survie, mais peut-être aujourd'hui favorisée par un mode de vie 'trop confortable' ? Il n'y a qu'à voir une carte du monde de la consommation des drogues, les pays riches sont en tête. Et chez les pays émergeants, ça augmente.

Bon allez, cette vapo accompagnée de son petit kawa me fait de l'oeil depuis trop longtemps. Cheers !
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