Assunta Renau-Ferrer

Aller en bas

Assunta Renau-Ferrer Empty Assunta Renau-Ferrer

Message par Palika le Dim 26 Jan 2020 - 22:50

Assunta Renau-Ferrer (née en 1959 au Brésil, arrivée en Guyane en 1964) est, parmi les poètes contemporains, ma favorite. Sans doute n’a-t-elle pas énormément écrit, sans doute tout ne se vaut-il pas dans son œuvre… mais il bien difficile d’y rester insensible quand on a grandi, comme elle, sur cette belle terre guyanaise, et qu’on l’a, comme elle, si passionnément aimée… Mais plus encore que de son pays, c’est de l’amour qu’elle parle le mieux – et combien aujourd’hui sont encore capables d’en parler ainsi ?

Mon coeur est une mangrove

Cayenne nous regardait
A la pointe du vieux port.
Les voiliers dans une trêve
Se balançaient sur les vagues mourantes.
Dans le soir qui tombait à peine,
Le soleil jouait à cache-cache
Dans les lambeaux épars
De nuages en mal d'aventures.
Quelques oiseaux tout blancs
Allaient et venaient plus loin,
En robe d'apparat.
Nos yeux se croisaient parfois
Et comme une symphonie,
Nous est venu ce poème que tu m'as conté.
Le vent salé a suspendu son vol.
Un silence de ciel est descendu sur terre
Et tes mains dessinaient des ombres
Que nos rires allaient dissiper.
Je sus à cet instant
Qu'un rêve nouveau passait par là

Mais ton coeur est une mangrove
Où le temps a laissé
Souffler une brise sauvage,
Que rien encore ne pouvait réchauffer

La marée capricieuse
S'en allait vers la terre,
Le parfum lourd de son eau
Se posait sur la nature.
Au loin, la rivière de Cayenne
Ramenait des pêcheurs :
C'était l'heure de rentrer.
Ton sourire près du mien
Voulait dire ses secrets
Et nos voix se perdaient
Dans l'instant trop grand pour nous.
Puis, comme un chant nouveau,
Est apparu ce poème que vite j'ai écrit.
Les plis de la mer ont arrêté leur course.
Une lumière de ciel est descendue sur terre
Et tes yeux avaient des reflets
Que les miens allaient chercher.
Je sus à cet instant
Qu'un rêve très beau passait par là.

Mais mon coeur est une mangrove
Où le temps a laissé
Souffler une brise sauvage
Que rien encore ne pouvait réchauffer.

(On comprend pleinement le titre de ce poème – qui peut paraître énigmatique à première vue – en voyant l’estuaire du Kourou, où les palétuviers poussent courbés vers l’intérieur des terres tant le vent souffle fort…)

Un souffle d'Amour

Bien que mes yeux te pardonnent
Et mes mains meurent des tiennes
Rien n'effacera de moi
Ni ton sourire ni l'amour
A jamais dans mes désirs
Recommences sans répit
Dans mes plus beaux souvenirs !
Chasse de toi cette vague
Cette douleur qui nous nargue
Enfuis-toi des mains du temps
Moque-toi du vent froid
Après nous il y aura
Nuit et jours des symphonies.
Aux cailloux froids sous mes pieds
Je redirai la beauté
De mes yeux couleur chagrin
Arrête encore les heures
Et reste au fond de moi
Car la vie sans toi
N'a plus de mélodie…
Chasse de toi cette image
D'un passé qui fait naufrage
Elle s'enfuit en nous blessant
Contemplant ton cœur nu
Je t'attends à l'infini
C'est toi qui fait mon destin.

Palika

Messages : 108
Date d'inscription : 06/10/2019

Revenir en haut Aller en bas

Revenir en haut


 
Permission de ce forum:
Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum