Un petit tour et puis s'en va

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Message par Confiteor le Jeu 12 Déc 2019 - 0:05

J'ai jeté ces quelques impressions de voyage ce soir.
Au départ, je voulais juste faire un bref coucou à quelques collègues de travail que j'ai lâchement abandonnés et que j'apprécie.
Et puis c'est devenu un peu plus ... Du coup je les partage avec vous !
J'aurais aussi bien pu les placer dans la section "J'aime voyager", mais comme vous le savez déjà ...

Ah, j'oubliais, vous pouvez réagir, commenter, critiquer.


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Voilà.

Rien ne se déroule jamais comme prévu, mais en même temps comme je prévois très peu …

Nous trainons tout d’abord dans le Rif, au milieu des cultivateurs de cannabis. Je sais désormais beaucoup de cet univers, de son modèle économique, agricole, etc. Mon copain Kamel a fort volontiers partagé son savoir, m’a montré sa récolte, plusieurs tonnes, ses champs. Puis il m’a donné ce qu’il jugeait être un simple échantillon. Je n’ai pas réussi à venir à bout en dépit de mon application. Il ne s’agit pas donné de ce produit puissant et délétère issu de graines hybrides provenant du Canada ou en Israël qu’il achète à prix d’or, un euro pièce. Ces plantes deviennent énormes plus de 2,5 m de haut, avec des inflorescences ultra dosées en THC, elles sont destinées au marché extérieur. Il se garde de les consommer, trop addictives, incapacitantes et propice au déclenchement de psychoses. Comme tous les marocains sérieux, il préfère la variété endémique bien équilibrée en CBD/THC, peu productive mais dont les effets sont légers et apaisants ; ce kif rend calme et serein. Imaginez une région entière consacrée à cette monoculture et consommant très volontiers les fruits de son travail !
Le Rif est superbe des montagnes, souvent d’origine volcanique, entaillées de vallées profondes et abruptes voire de canyons. Les terres sont de couleurs excessives et parfois improbables.
Pas de tourisme, sauf à Chefchaouen qui est un spot de chinois avec restos servant des nems et tous les rez-de-chaussée de la médina occupés par boutiques vendant des souvenirs marocains made in Shenzhen.

La population rurale, si paisible, s’amuse de nous voir passer dans notre drôle de bagnole. Assise sur des murets en bord de route elle dresse un pouce approbateur lors de notre passage, ou s’étonne lorsque nous bivouaquons au milieu des champs récoltés. Ces gens sont plus qu’aimables. Ce sera le cas ici comme ailleurs. Parfois, au matin, des ados, assis au pied du Camion, attendent notre réveil pour nous donner du pain et des œufs frais. Plus loin, dans les steppes arides, nous recherchons des bivouacs de rêve quitte à rouler largement hors-piste avant d’atteindre l’emplacement idéal. Et il arrive que des nomades parcourent à pied de grandes distances, se guidant sur nos lampes afin de vérifier que tout va bien. Ils ont vu notre véhicule arrêté dans un lieu improbable et se sont inquiétés d’une éventuelle panne qui nous aurait amenée à dormir sans ressources dans la nuit glaciale du petit désert.

Au nord du Rif, la côte méditerranéenne est d’une beauté rugueuse un peu brutale qui ne laisse pas indifférent. Un peu de maraichage sur la courte plaine côtière et bien entendu de petits ports de pêche. Nous croisons des enseignants désabusés à la retraite qui pèchent sur la plage, un hôtelier un peu dépressif, un gardien de parking philosophe, quelques pêcheurs au filet tournant et tout un peuple tranquille toujours prêt à échanger quelques mots et un brin d’humanité.

Puis nous rejoignons la partie est du Moyen Atlas, déjà un peu enneigée et glaciale. Il y vit des bergers dans des conditions plus que rudes. La montagne émerge presque méchamment de la plaine aride. Selon l’altitude elle est couverte de chênes lièges puis de chênes verts et kermès avant que de somptueuses forêts de cèdres ne les remplacent. Au-dessus, de pauvres herbages, désolés au milieu de cailloutis à n’en plus finir. Les maisons en pierres sèches sont enterrées à mi pente afin de se protéger du froid et sans doute de la canicule estivale. Les rares surfaces horizontales sont épierrées afin qu’on puisse s’éreinter à y cultiver quelques maigres céréales. Les femmes circulent transportant de l’eau sur des mules, accompagnées de mômes chichement vêtus, les hommes conduisent les troupeaux dans la tourmente parcourant les pentes jusqu’à la neige.

Nous atteignons le plateau du Rekkam au sud-est, un vaste reg sombre et mollement ondulé. Rien n’arrête le vent qui porte la bruine voire un fin grésil. À perte de vue, des étendues qu’on pourrait croire désertes et soudain apparaît un homme immobile dans la tourmente, stoïque dans son burnous. Il se tient dressé comme un Ankou surveillant ses bêtes d’un œil un peu vide. Au fond des oueds les animaux se contentent d’un peu de végétation qui commence à verdir avec l’humidité de l’hiver. Parfois le berger s’anime. D’un geste habile et furtif il lance un caillou bien rond à l’aide de sa fronde. On entend claquer l’extrémité de celle-ci comme la mèche d’un fouet, puis le projectile ricoche à de nombreuses reprises sur le sol, atteignant des distances étonnantes. Et alors les brebis qui se sont hasardées à trop s’éloigner regagnent le troupeau.

Ces bergers semi-nomades vivent sous de vastes tentes dans un dénuement saisissant. J’apprendrai qu’ils n’y sont pas contraints, il s’agit d’un choix. Ils possèdent parfois plusieurs centaines de têtes de bétail, voire des appartements en ville loués à des citadins. Ils me diront qu’ils aiment leur vie, cette vie, non par pingrerie mais par amour de la sérénité, du rapport direct aux éléments, de la plongée dans un univers trop vaste. Et je les crois pour les avoir vus préférer ce qui me semble être l’inconfort de leur tente à une maisonnette de terre battue qu’ils réservent aux hôtes de passage ou, plus souvent, qu’il utilisent pour stocker un peu de matériel et le complément de nourriture destiné aux bêtes à contre saison.

Le reg austère débouche sur des plateaux argileux très colorés au milieu desquels se dressent des pitons de grès comme une sorte de gaité qui émergerait du paysage. Les oueds se font plus creux, quelques arbres y subsistent, ils semblent si vieux, si solitaires, qu’on aimerait devenir leur ami. Et, là aussi, vivent des berbères semi-nomades, mais d’une autre tribu. Nous nous perdons dans le réseau improbable de petites pistes qui zigzaguent afin d’éviter les zones trop rocheuses, les traversées d’oueds abrupts, roulant avec comme seul but de progresser vers l’est.

Enfin arrive l’oasis de Figuig dont la palmeraie s’enfonce comme un doigt de gant dans le territoire algérien, bien protégée par des réseaux de barbelés, de profonds fossés antichar et des champs de mine restes de cette guerre qui n’en finit pas. Les fratries pourraient presque se saluer par-dessus la frontière mais doivent faire un détour de deux milles kilomètres pour se réunir.

Ismaël et Mina nous accueillent dans leur petit riad du ksar Zenaga. Demain nous partirons vers Ich afin d’admirer des gravures rupestres. Une mauvaise piste, un peu abandonnée, longe la frontière vers le nord. Nous faisons un dernier petit tour en voiture au bord de la palmeraie. Je sais qu’Ismaël assiste aux obsèques d’une connaissance et nous passons par hasard devant le cimetière. Je fais marche arrière afin d’aller le saluer. La boîte de vitesse du Camion reste bloquée, impossible de passer une autre vitesse.

Nous séjournons quelques jours dans l’oasis. En vain, mon copain Samir met tout en œuvre afin de réparer. Acheter une boite de vitesse pour un tel véhicule est très compliqué. Un camion plateau nous conduit à Nador en attendant le prochain bateau en direction de Sète. On se balade dix jours à nouveau dans le nord-est et la veille de l’embarquement nous apprenons que le bateau est annulé pour cause de tempête.
Nous sommes rentrés en avion vendredi, la voiture arrivera lorsque la météo sera plus favorable.

Nous avons eu très froid.
Mais c’était bien.

Je suis passé au collège lundi. Ça ne m’a pas fait envie. Pourtant, le patron a été charmant.
Mon CLM est prolongé jusqu’au 18 mars. Je passerai devant un médecin expert, j’aime bien les experts.
La douleur varie autour d’une bonne moyenne, sur des cycles de quelques semaines. L’expérience me prouve qu’elle n’est pas dépendante de mon état émotionnel, je ne trouve aucune relation de cause à effet.
Je gère mieux que jamais cette compagne fidèle, nous nous apprivoisons. Mais, parfois, j’aimerais bien une pause.

Je n’ose vous souhaiter le meilleur tant c’est irréaliste. Aussi, comme moi, apprenez à vous contenter du moins mauvais et prenez soin de vous.
Je ne vous ai pas oublié et je vous remercie d’avoir été là, vous m’avez bien plus aidé que vous ne pouvez imaginer.


Dernière édition par Confiteor le Lun 16 Déc 2019 - 17:47, édité 1 fois (Raison : Quelques corrections de style et d'ortho)
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Message par Invité le Jeu 12 Déc 2019 - 7:12

Merci .

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Message par *Sham le Jeu 12 Déc 2019 - 9:41

Courbette
J'ai pas mieux que merci. santa
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Message par Dumnos le Jeu 12 Déc 2019 - 15:14

Je vais faire dans le plagiat mais je ne vois pas non plus quoi dire d'autre que... Merci... Courbette
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Message par Hirondelle78 le Jeu 12 Déc 2019 - 20:27

en te lisant, je pense à ça : "la vie, c'est ce qui arrive quand on n'a prévu autre chose" et j''espère bien qu'elle te surprendra encore très longtemps Very Happy
ça réveille bien mes envies d'ailleurs tout ça, mais .. au chaud !!!

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Message par fift le Sam 14 Déc 2019 - 23:59

Merci du partage Confit' ! Ca donne envie d'y aller.
On le redit, ça aurait sa place dans un petit recueil (peut-être avec un micro-poil de réécriture par endroit).

Et si jamais tu avais besoin d'un photographe pour illustrer ... lol!

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Message par Confiteor le Sam 11 Jan 2020 - 15:53

Amusant, je tombe sur cet article.
Tout ce qui est dit est strictement conforme à ce que mon pote Kamel m'a expliqué. Comme quoi, il peut arriver que les journalistes fassent un travail sérieux  Very Happy .
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