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Message par oyans le Ven 14 Avr 2017 - 17:54

Voilà je me suis à réécrire et fait une petite nouvelle qui se voulait fantastique, mais comme il s'agit d'un fait réel je n'ai pas su négocier le bon virage mais cela sera rectifié par la suite, je garderais le titre pour l'idée de base et allongerais cette nouvelle de quelques pages.
Tout ce qui y est, est véridique, je n'ai juste pas tout raconté.


Auparavant, je n’avais jamais travaillé dans l’hôtellerie, jusqu’à ce que que vint ce jour de février, je ne me souviens pas de la date exacte, tout ce que je sais c’est que le contrat de l’employeur stipulait un mois de travail en cuisine ; j’étais assigné à faire la plonge pendant toute ma période de travaux saisonniers .
Quand j’arrivais en Haute-Savoie, le temps s’était durablement refroidit, moi qui venait du sud de la France j’en fus surpris ainsi qu’émerveillé par la fraîche couche de neige s’étant abattu sur les trottoirs de Thonon les bains ; l’air était frais et un soleil blanc palpitait timidement proche de la ligne d’horizon, je circulais preste, en même temps que les touristes sur le quai glacé du train, pour finalement atteindre le parvis de la gare ; la route quant à elle, de circulation bondée laissait à la place d’une neige immaculée, des effluves sales de boues liquéfiées et les pneus crissaient et broyaient de légers monticules amoncelés.
D’un regard lointain et un peu perdu je cherchais des yeux le taxi que m’avait envoyé l’employeur afin de rejoindre l’hôtel ; soudain un taxi me héla, m’invitant à me rapprocher, c’est ce que je fis pour bien saisir ce qu’il me disait, d’une voix forte il me demanda : Vous êtes le plongeur de Belle-Vue ? Peu interloqué par cette demande j’affirmais d’une voix sereine que c’était bien là, où je me rendais ; il m’ouvrit le coffre où j’y déposais mes effets et pris la place du mort au côté du conducteur qui tout du long du périple se découvrit être un être affable.

En arrivant je découvris cette petite station de ski, où flânait nombre de touristes aux nationalités différentes et aux pas peu sûres que confèrent les routes givrées de haute-montagne, je dis au-revoir au conducteur, qui d’un geste de départ, m’indiqua le bâtiment auquel je devais m’adresser pour exercer ce nouveau boulot hôtelier dont je n’avais aucune connaissance, mais je m’étais bien dit avant de partir que faire la vaisselle, même si cela était rebutant ne devait pas non plus mériter plus de méfiance ou d’angoisse que cela.
Mes pas craquaient sur la neige boueuse et quand j’expirais de petits nuages vaporeux se dessinaient dans l’atmosphère, par curiosité je touchais ma joue et je la sentis fraîche, lorsque j’arrivais enfin au seuil de ce vaste hôtel ; j’ouvris lentement les portes à double-battants et rentrais ; j’avoue qu’à ce moment d’hésitation, de flottement j’étais quelque peu anxieux car je ne savais guère comment j’allais être reçu, mais au final, une fois à l’intérieur, je constatais que le personnel était en pleine émulsion, allant dans tous le sens sans même me porter attention, jusqu’à ce qu’une femme habillé d’une jupe e d’un chemisier noir à collerette blanche, vint à ma rencontre, elle me fixa d’un regard aimable et me demanda par un : oui ! Ce que je désirais ; l’air décidé je lui dis, être le nouveau plongeur et que le taxi venait juste de me déposer au proche de l’hôtel, elle me regarda et soupira de soulagement un Ah ! Puis me fit signe de la suivre, je pris mon sac sur le dos et tout en passant devant la réception, elle m’adressa tout du long la parole sans même se retourner et me donna son prénom  Janine et qu’elle était depuis de nombreuses années, titulaire à l’hôtel Bellevue, en somme, c’était la plus ancienne ici.

Nous montâmes deux escaliers avant qu’elle ne m’indique tout au fond du couloir ma chambre ; elle était modeste deux lits et un lavabo ornementaient de façon sommaire l’intérieur du lieu, au plafond se trouvait un assez grand vasistas et au moins, j’étais au chaud !
Je constatais aussi sur le lit d’en face qu’était déposé sur le sommier une grande valise d’un bleue sombre prête au départ, je ne posais guère de question et nous reprîmes la visite de l’hôtel, en redescendant au rez-de-chaussée, nous passâmes derrière le bar et un petit couloir nous mena au grande cuisine, j’entrais et le cuistot me regarda juste un instant de façon ahuri, puis sans plus me soucier de ma présence reprit sont travail, Janine m’indiqua d’aller vers le côté droit où je vis encore un autre homme, il était jeune mince, brun et l’air de souffrir mille maux, devant la vaisselle bouleversée, surgissant du fond de ses deux éviers d’inox, tandis que le vacarme du lave-vaisselle s’élevait au-dessus de la scène, je,(lorsque il me remarqua) lui fis un signe de tête sans parler car il aurait fallu gueuler pour qu’il en comprenne le sens ; ses yeux hagards eurent l’impression de s’éveiller un instant avant qu’il ne se reprenne sa tâche.
Janine elle n’hésita pas à crier : c’est ici la plonge vous remplacerez Jean ! OK ! Dit-elle, pour le bien constaté que j’avais compris, je fis un autre signe de tête d’approbation.

Ma première journée fut libre j’en profitais donc pour m’installer dans la chambre ; je sortis mes affaires quelques livres, des vêtements, que je posais dans un casier prévu à cet effet là, puis fatigué du voyage je m’allongeais sur le lit, au travers du vasistas les pensées en errances, je voyais la lumière décliner et mes paupières firent de mêmes, jusqu’à ce que la porte de la chambre s’ouvre ; c’était Jean qui sans bruit vint s’asseoir sur son lit auprès de sa valise, les mains posées sur les genoux, il me regarda gentiment comme un chien battu et me demanda doucement : tu fumes ?
Je n’osais pas répondre que oui, car j’avais déjà eu maille à partir le passé avec la drogue, j’hésitais un instant, avant de lui dire que non.

Il roula rapidement son joint et tira dessus après l’avoir allumé, une profonde bouffée lui faisant alors, incliner le cou en arrière, puis me fixant me dit un léger sourire aux lèvres : alors c’est toi le nouveau plongeur ?
-Oui, c’est moi je m’appelle Jules, je viens d’arriver, mais toi, pourquoi tu t’en vas ?
Sur l’instant il ne répondit rien, se projeta dos face au mur et, reprenant son souffle il reprit la parole : Moi tu sais, j’en peux plus, je suis à bout, éclaté et c’est pour ça que je me casse, ici c’est maléfique ! Dit-il avec haine et mépris
-demain je ne serais plus ici, au diable  la patronne et cette plonge insane!
C’est vrai que je ne l’avais pas encore vu, qui était donc cette femme créant tant d’effroi et de haine chez Jean ? J’en serais bien assez tôt avisé… 
Après avoir discuté tous deux, jean plongea tout de suite dans un profond sommeil et j’en fis de même.

A l’aurore, Jean était déjà debout attendant sur le pas de la porte avec sa valise mon réveil, lorsque j’ouvris les yeux, il était là et me souhaita d’un air facétieux et désolé, un bonne chance, puis il prit sa valise et déguerpit de l’hôtel me laissant seul dans la pièce.
Il était six heures, quand on tapa à la porte, j’allais ouvrir quand apparu une jeune femme plutôt mastoc que filiforme, brune aux yeux verts, toute habillée de noir comme l’était Janine, se présenta comme serveuse et rajouta qu’elle étaient deux, sa sœur étant aussi une serveuse et que leur logement attribué, se trouvait juste en face de la mienne de chambre et que donc, il était temps de me prévenir, d’aller prendre nos postes en cuisine ; je la remerciais et au bout de cinq minutes les rejoignis tous en cuisine.
C’était l’heure du petit déjeuner et j’attendais soixante couverts à la plonge, je ne voyais guère autre chose que la plonge, un mur me séparant du reste de la cuisine, je voyais quand même de l’entrée, la danse des serveuses allant de salles en salles, jusqu’à revenir apporter bols et assiettes ainsi que les couverts et à les déposer promptement sur le plan de travail réservé à la plonge.

Janine m’avait expliqué succinctement comment procéder ; je devais remplir mes éviers d’eaux propres et plonger tous les couverts aux fonds des éviers ; l’un servait à les essuyer l’autre à les rincer, pour ensuite finir dans les bacs fixés sur des rampes glissantes prévus au lave-vaisselle.
Je fus rapidement dépassé par ce travail, si bien que le cuistot supervisant mon travail me cria un : tu as fumé ou quoi ! ? Pour le cuistot c’était une affirmation plutôt qu’une question, mais je n’en tins pas compte et m’appliquais surtout à accélérer le mouvement, une fois le petit-déjeuner et le dîner réalisés tant bien que mal, j’allais à l’extérieur me griller une cigarette, certes ce travail était éprouvant, mais je venais dans prendre le rythme et les bonnes habitudes, je maîtrisais dès lors mon futur job !Pensais-je ...
Nous mangeâmes tous ensembles, les deux serveuses Myriam et Line, ainsi que Janine et son mari, « homme à tout faire » dont je n’ai de ce périple jamais connu le prénom tant il était silencieux…
par contre, je devins ami avec le jeune cuisinier qui m’avait si franchement rappelé à l’ordre, ô il n’était pas méchant mais aimait le travail bien fait, il s’appelait Grégory.
La journée se termina et comme je sentais le graillon jusque sur ma peau, j’allais tout de suite disposer d’une douche dans l’une des chambres inoccupée, puis tellement exténué, j’allais directement au lit, sans penser à rien d’autre que ma future rencontre avec cette patronne si redoutée, mais je n’avais d’elle alors, aucune appréhension.

Les journées se succédèrent toutes plus fatigantes les unes que les autres sans jamais voir la patronne.
Jusqu’au jour où, une femme exulta à la plonge une assiette à la main dans ma direction me demandant énervée et vindicative si cette assiette était propre ! ; il y avait un petit point noir et j’affirmais alors que non elle ne l’était pas, la femme resta interloquée par tant de naïveté et elle, déboussolée, repartit dans la salle à manger sans demander son reste. J’étais déjà fatigué par le travail que l’irruption de cette personne véhémente, m’oppressa d’autant plus, surtout quand j’appris que c’était la fille de la patronne, malgré tout cela il fallait s’y faire, quand soudain, deux vieilles femmes investirent encore la plonge.
Il s’agissait cette fois-ci de la fameuse patronne et de sa vieille mère, elle me regarda, son visage tout ridé, l’air renfrogné et dit froidement ; voici ma mère, elle va vous aider à la plonge, puis tourna sèchement les talons et me laissa sans mot dire, avec cette très vieille dame qui devait avoir au moins cent ans !
Elle s’installa dans mon dos et commença vigoureusement à essuyer la vaisselle, je repris mon travail, quelques minutes passèrent, avant qu’une odeur d’urine investisse le lieu, la vieille dame toute la journée sans s’y méprendre, se pissait dessus !

Au bout du septième jours mes conditions de travail se désagrégeaient et je ne voyais plus dans mes rêves, qu’assiettes dégoûtantes et couverts salis, morceau de viande mâché traînant dans les éviers, reste de dessert baignant dans l’urine...
Je me sentais comme aspiré par les siphons disant nage, nage encore et noies toi dans l’eau impropre de ces bouches carnassières que l’urine alimente ! ce travail devenait pesant, éreintant, seules les deux serveuses savaient de leur stupidité charmante, éveiller encore en moi l’homme qui ne veut mourir.


Je repensais à Jean, je repensais à tout cela comme un mauvais rêve et à ces brèves apartés de la patronne, aussi cinglante qu’une lame de rasoir sur le cordeau friable de la jugulaire, j’en ravalais ma salive, afin de supporter ces autres jours, afin de supporter l’existence !


Au bout de la deuxième semaine, tout alla de travers, le cuisinier si gentil disparut on ne le revit jamais, les deux serveuses finirent en pleurs et moi, trempé jusqu’à l’os dans les immondices, je ne parvenais plus à savoir où j’en étais, fallait il rester ou partir, prendre l’exemple de Jean de sorte à m’extirper de cet affreux carnaval dont j’en étais un bouffon.
J’entendais encore, les petits conseils avisés de la centenaire qui me répétait sans que cela ne cesse et en boucle : patience et longueur de temps font plus que force et que rage... alors que l’atmosphère de pisse imprégnait mes narines révulsées.
J’étais maintenant bien seul au cuisine, la patronne faisait elle-même la bouffe et pour ne pas dépenser de trop, alimentant sa clientèle grâce à la patate, la patate c’était pas cher ! On pouvait nourrir des régiments Napoléoniens à coup de patates, alors pourquoi pas une clientèle étrangère ?

Les semaines se succédèrent, je fus même tenté de me noyer à jamais dans l’évier impropre des souillures de la vie, sous les yeux cernés et ridés de la centenaire, portant des binocles à faire pâlir le télescope Hubble, mais je tins le choc, vaille qui vaille et au bout des quatre semaines, fit enfin mes valises définitives, pour retourner sans regret et avec soulagement, à ma vie insouciante d’antan d’enfant virtuose du progrès incessant...

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