Les arpenteurs, les cartographes

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Message par Invité le Mer 4 Mar 2015 - 1:49

Les arpenteurs, les cartographes Mappam

Le monde est dit « rond » d’après la rondeur d’un cercle, parce que le monde est telle une roue […] À cause de cela, l’Océan qui l’entoure est contenu dans une limite circulaire et est divisé en trois parties, d’une part l’Asie, en second l’Europe et en troisième l’Afrique.
Isidore de Sicile, Etymologiae (VIIe s.)


Les arpenteurs, les cartographes Beatus_map

Mappemonde de Beatus de Liebana (fin du VIIIe siècle). Jérusalem est au centre du Monde.


Les arpenteurs, les cartographes 800px-Al-Idrisi%27s_world_map

Carte du Monde d'Al Idrissi (XIIe siècle, orientée sud/nord). La Mecque est au centre du Monde.


Les arpenteurs, les cartographes 1024px-FraMauroDetailedMapInverted

Carte du Monde de Fra Mauro (1459), destinée à Henri le Navigateur, accompagnée d'une lettre encourageant le prince de Portugal à poursuivre ses expéditions


Les arpenteurs, les cartographes 77

Portulan de Vesconte Maggiolo (1541)


Les arpenteurs, les cartographes Mapa%20del%20mundo%20Waldseem%C3%BCller%201507-America

planisphère de Waldseemüller (1507) : première utilisation du mot "Amérique"


Dernière édition par ddistance le Mer 4 Mar 2015 - 1:59, édité 1 fois

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Message par Invité le Mer 4 Mar 2015 - 1:51

Comment les Grecs, puis les Romains, puis les Chrétiens se représentaient-ils notre planète ? Quelles étaient, pour les lettrés et les savants, les limites de la Terre habitable ?

Cette histoire, cette « légende de la Terre » n’est pas une histoire linéaire. Il y eut des périodes de découvertes et d’effervescence : voyages d’Hérodote, conquêtes d’Alexandre, dont l’expédition repoussa les limites du monde connu.

Il y eut aussi des périodes de blocage et de déclin ; les invasions barbares, la chute de l’Empire Romain, l’incendie de la bibliothèque d’Alexandrie entraînant l’oubli (relatif) des travaux d’Eratosthène et de Ptolémée, travaux redécouverts au XIIe siècle lorsque les Chrétiens (en Sicile et en Espagne) accueillirent les travaux de géographes arabes.
L’oubli est relatif, cependant : Claude Ptolémée ne fut jamais totalement oublié : il est cité dans les Getica (Histoire des Goths) de Jordanès, et l’Almageste continuait d’être étudié, au VIIe siècle, dans le monastère chrétien de Kennesrin, situé en Syrie.

Au XVe siècle, le monde s’agrandit. On découvrit un passage vers les Indes par le Cap de Bonne Espérance. On se rendit compte que le Cipango que croyait avoir atteint Christophe Colomb était en réalité un nouveau monde. Plus tard, les expéditions des marines hollandaises, anglaises et françaises permirent l’élaboration de cartes de plus en plus précises.

Cette histoire des représentations de la planète est peuplée de mythes et de légendes, et les Anciens mêlaient les comptes rendus de voyage d’Hérodote, voyages bien réels, aux récits héroïques d’Ulysse ou de Jason. Cette histoire des représentations côtoie également la philosophie, l’astronomie, la théologie. L’Europe chrétienne imaginait l’humanité toute entière descendante de Noé. Ses trois fils (Sem, Japhet et Cham) peuplaient respectivement l’Asie, l’Europe et l’Afrique. Un continent neuf, peuplé d’hommes et de femmes qui ne seraient pas les descendants de Noé, était inimaginable.

Mais commençons par le début… et ce début, c’est Hérodote.

(je n’ouvre pas ce topic pour dire des choses que je connais déjà : en fait, il y a des choses que je découvre en même temps que vous ^^
Et le topic est ouvert justement pour rassembler vidéos, émissions de radios, notes personnelles, etc )

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Message par Invité le Mer 4 Mar 2015 - 1:57

Ve siècle, Hérodote

Il y eut des philosophes, qui, avant Hérodote, étudièrent les contours de notre planète : Anaximandre et Hécatée de Milet, qui vécurent au Vie siècle. Mais Anaximandre était ignoré de son temps, ne fut redécouvert que par Aristote. Hécatée de Milet mêlait récits mythologiques et observation scientifique. Hérodote fut le premier à suivre ce que l’on pourrait appeler une démarche scientifique : les dieux sont pratiquement absents des 1000 pages de son Enquête. Les descriptions géographiques étaient fondées sur des observations personnelles et précises, ou sur des témoignages de première main.

Les arpenteurs, les cartographes 642358figuier2

Hérodote s’intéressait aux deux mondes qui venaient de s’affronter lors des guerres médiques : le monde grec, et le monde perse. Il parcourut l’Asie mineure, décrivit montagnes et fleuves, interrogea les derniers témoins des affrontements. Il n’agissait pas seulement en historien et géographe ; il agissait également en qualité d’espion ou d’agent de renseignement. Et les Athéniens ne s’y trompèrent pas : ils accoururent aux conférences données par le « métèque » Hérodote, voyant en lui une source d’informations capitales sur un monde perse qui continuait de les inquiéter. Les lectures d’Hérodote furent acclamées : les citoyens athéniens accordèrent à son auteur un don public de dix talents, ce qui représentait une fortune !

Aucune des cartes qu’il a pu établir ne nous est parvenue, mais les neuf tomes de son Enquête permettent de les reconstituer facilement.

Il se rendit, au nord en Chersonèse (Crimée), où il recueillit des informations sur le peuple scythe. Il connaissait l’Ister (le Danube) et les rivages de la Mer Noire.
Il parcourut la Palestine, se rendit en Egypte, remonta le Nil jusqu’aux premières cataractes (500 kilomètres environ au sud du Delta). Là, il rencontra des Garamantes (un peuple berbère qui connaissait l’Afrique Saharienne, du fleuve Niger au Lac Tchad), et qui lui expliquèrent que le Nil, en amont, suivait un cours ouest-est (confusion entre le Nil et le Niger).

Au Sud-Est, il savait que le Tigre et l’Euphrate rejoignaient une mer, qu’il confondait avec la Mer Rouge.

A l’ouest, il connaissait la Sicile, connaissait Massalia (Marseille) mais ne savait rien de ce qui se trouvait au-delà. Du reste, l’Atlantique était pratiquement interdite aux Grecs, le passage du détroit étant aux mains des Phéniciens, qui ne tombèrent qu’après la troisième guerre punique, en 146 av. J-C.

Au total, il connaissait les noms et les localisations de contrées qui allaient du mont Atlas à la Mer Caspienne, sur une distance de plus de 3000 kilomètres.

Dernière précision : Hérodote connaissait les théories de Pythagore et de Thalès, qui se représentaient la Terre comme une sphère. Mais il s’en moquait allègrement, pensant que la Terre était plate et rectangulaire.

Voilà, c’est tout, et quand j’aurai le courage j’attaquerai la suite (le voyage de Pythéas, les mesures d’Eratosthène…)

Pour ce post, j’ai repris La Légende de la Terre, d’Yves Lacoste, paru en 1996.

Autre lien : http://www.cosmovisions.com/Herodote.htm

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Message par Invité le Mer 4 Mar 2015 - 6:00

IVe siècle : le voyage de Pythéas

La postérité a été cruelle avec ce savant ayant vécu à Marseille au IVe siècle. Son voyage a été audacieux, périlleux : en tous points comparable au périple d’Hannon. Mais lorsqu’il fut de retour dans sa ville, et qu’il voulut décrire les îles de Bretagne, où vivaient de mystérieux hommes bleus, lorsqu'il voulut décrire l’île de Thulé (l’Islande sans doute, ou la Norvège), entourée de mers semblables à des glaçons, et sur laquelle le soleil ne se couchait pratiquement jamais (en Islande, en mai, la nuit ne dure que deux heures), personne ne voulut le croire.

Au large de l’Ecosse, il avait vu des orques (qui ont donné leur nom aux îles Orcades) s’attaquant à des baleines. Les mers étaient rouges de sang, et les marins terrorisés. Et personne ne voulut le croire.

De son voyage, il tira un récit : « De l’Océan », disparu en même temps que la bibliothèque d’Alexandrie, et qui ne nous est parvenu que grâce à Strabon, son principal détracteur, s’évertuant à citer mot pour mot l’ouvrage de Pythéas, dans le but de le contredire et de le railler. Ces histoires de baleines géantes, de mers gelées, de pays où le soleil ne se couchait pas, ne pouvaient être l'œuvre que d'un
mystificateur !

Au IVe siècle, les Grecs commerçaient avec l’Europe du Nord, qui leur fournissait l’étain (nécessaire à la fabrication du bronze) et l’ambre, qu’on utilisait pour la confection de bijoux, et auquel étaient attribuées des vertus thérapeutiques. Depuis longtemps, les Grecs avaient cherché une route qui les mènerait en Baltique, pour s’approvisionner directement en cargaisons riches d'ambre et d'étain, et sans passer par les marchands celtes. Cette route directe, c’était un fleuve : le Tanaïs (identifié aujourd’hui au Don) et qui, dans l’imaginaire des Grecs, reliait directement la Mer Noire (le Pont Euxin) à la Baltique. Cette légende d’un fleuve reliant miraculeusement Mer Noire et Baltique, les Grecs étaient allés la chercher dans l’épopée de Jason et des Argonautes, épopée célèbre déjà du temps d’Homère, et dont les versions étaient innombrables (Homère, Pindare, Hécatée de Milet, pour se limiter aux versions existant du temps de Pythéas). Tous les auteurs s’accordent sur le trajet « aller » de Jason, qui aurait joint la Colchide en traversant le Pont Euxin. Mais pour le trajet « retour », c’était une autre histoire, les uns envoyant Jason en Méditeranée ou sur le Nil, les autres sur la Volga, le Don, ou dans la Mer baltique.

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Il est gênant de citer les Argonautiques orphiques ou Timée de Tauroménion, dont les récits sont postérieurs au IVe siècle. Mais ces récits reposaient sur des traditions et un noyau anciens, et les Timouques de Marseille connaissaient ces récits : ils croyaient possible le passage entre Baltique et Pont Euxin.

Et c’est parce qu’ils croyaient à ce passage qu’ils acceptèrent de financer le voyage de Pythéas. Pythéas, lui, se moquait bien de commerce : c’était un scientifique : un astronome, bien connu de son temps pour ses descriptions du ciel. Ce qui l’intéressait, dans ce voyage, c’était l’observation des astres à différentes latitudes, c’était la découverte de nouvelles terres. Mais les ambitions des uns et des autres s’accordèrent, et, un beau matin d’avril, l’expédition partit de Marseille.
Elle comprenait deux bâtiments : deux galères manœuvrées par une vingtaine de rameurs. La première galère, celle de Pythéas, devait franchir les colonnes d’Hercule et voyager vers le Nord, la seconde, commandée par Eutyménès, devait franchir les colonnes et poursuivre vers le Sud, à la recherche de l’or et de l’ivoire qui arrivaient régulièrement au port de Marseille, mais dont personne ne connaissait réellement la provenance. Ce bateau là devait rentrer bredouille…

Le plus dangereux, c’était le passage du détroit. Il était tenu par les Carthaginois, qui disposaient d’une flotte militaire extraordinairement puissante, manoeuvrant depuis deux postes de surveillance (Cadix et Tanger) et qui interdisaient aux Grecs (puis aux Romains, jusqu’aux guerres puniques) l’accès à l’Atlantique. Pour éviter d’être repéré par les Carthaginois, Pythéas décida  de naviguer de nuit, ce qui n’était pas du tout dans les habitudes des Grecs. Ce stratagème permit à Pythéas d’échapper à la vigilance des Carthaginois. Le voilà près des côtes du Portugal, qui sont dangereuses, traversées par la mousson, et inhospitalières. Nulle crique pour s’abriter, et le seul refuge, pour les marins secoués près des côtes, c’est le grand large. La galère grecque arrive au large de la Galice, région que Pythéas connaît un peu, grâce aux récits de voyageurs et de marchands. Il sait les possibilités de cabotage dans le Golfe de Gascogne, mais il décide de filer en ligne droite vers la pointe de Bretagne. Ce trajet implique que les marins ne verront plus la côte pendant plusieurs jours…

Il parvient alors à l’île d’Ouessant, dont il a déjà entendu parler, comme étant le domaine du vent, le domaine du brouillard, et celui d’un étrange phénomène : celui des marées.  Pour raconter cette histoire, je vous laisse avec cette émission (Au-delà de l’Horizon), tournée dans les années 70, et animée par le navigateur Alain Bombard, qui a un réel talent de conteur !

Partie 1 :
https://vimeo.com/121208707

Partie 2 :
https://vimeo.com/121212215

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Message par Invité le Mer 4 Mar 2015 - 10:34

Quel sujet, mais quel sujet !
Merci beaucoup.
Je promets de revenir avec quelques références réelles et du domaine de la fiction.
Enfin je ne sais pas. Ou plutôt, je ne crois pas.

Tes références sont de haute volée, confidentielles, connues du plus petit nombre, originales, pointues.
Ta signature.

Les miennes nous ramèneraient à du populaire et du superficiel.

Je préfère t'encourager et continuer à te lire.

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Message par Invité le Mer 4 Mar 2015 - 11:45

Ah, cool, j'ai un lecteur ^^

Je reviendrai le plus vite possible avec l'expédition d'Alexandre, et avec Eratosthène : c'est une histoire qui nous appartient à tous, et personne n'est plus légitime qu'un autre pour en parler : que celui ou celle qui se sent prêt prenne la parole !

Si tu as des références relavant "du domaine de la fiction", n'hésite pas à te lancer ! S'il y a des inexactitudes dans ton propos (et s'il y en a dans les miens), ce n'est pas bien grave, tout cela peut se corriger !

A bientôt !

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Message par Invité le Mer 4 Mar 2015 - 11:59

Puisque tu parlais d'Hannon.

http://www.pheniciens.com/persos/hannon.php
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/crai_0065-0536_1994_num_138_2_15385

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Message par Invité le Mer 4 Mar 2015 - 12:01

Ibn Battuta

http://fr.wikipedia.org/wiki/Ibn_Batt%C3%BBta

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Message par Invité le Mer 4 Mar 2015 - 12:05

Erik le Rouge

http://www.universalis.fr/encyclopedie/erik-le-rouge/
http://fr.wikipedia.org/wiki/Erik_le_Rouge
http://fr.wikipedia.org/wiki/Saga_d'Erik_le_Rouge

(Bon je ne sais pas si j'ai le droit d'échapper un peu au contexte cerné par le titre du fil, arpenteurs, cartographes...)

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Message par Invité le Mer 4 Mar 2015 - 12:13

Erik le Rouge, je me le suis toujours représenté comme un explorateur un peu "en marge" de la grande histoire... Réflexion qui serait valable aussi pour Pythéas ! L'un et l'autre auraient atteint des côtes lointaines, sans que la vision du monde de leurs contemporains en soit fondamentalement changée...

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Message par Invité le Mer 4 Mar 2015 - 12:21

Je ne parlais pas de légitimité, mais de niveau.

Pas tout à fait fiction.
Daniel Kehlmann - Les Arpenteurs du Monde - Actes Sud

Les Arpenteurs du monde est un roman de Daniel Kehlmann paru en 2005 en allemand et traduit en français en 2007 par Juliette Aubert.
Il raconte, mêlés à des éléments de fiction, les biographies du mathématicien Carl Friedrich Gauss (1777–1855) et du géographe naturaliste Alexander von Humboldt (1769–1859).
J'ajoute que Humboldt est accompagné d'un Rochelais célèbre, Aimé Bonpland.
La correspondance de Bonpland et de Humboldt (en français) est très agréable à lire.

En VO non sous-titrée : Die Vermessung der Welt, chez rororo

Je n'ai lu que l'allemand. C'est passionnant, bien écrit, drôle. Une vraie gourmandise.

Autre ref. François Place, l'Atlas des géographes d'Orbae.
Pure fiction, celle-ci, mais tout aussi irrésistible.

Cet atlas s’inspire des anciennes cartes et mappemondes. Les premiers cartographes ont parfois inventé des villes et des royaumes. Ils ont peuplé les déserts et les forêts d’animaux étranges ou fabuleux, semé les mers de monstres marins. Dans cet atlas, les lettres de l’alphabet donnent leur forme à un pays différent. On visite chacun de ces pays par un conte ou une légende…

Tome 1
Tome 2
Tome 3

Et pour les fans de Rome, si un jour vous visitez le Musée du Vatican, avant de vous trouver happés dans le flot de visiteurs de la fameuse Chapelle, prenez le temps de savourer la
Galerie des cartes de géographie

C'est déjà tout, en ce qui me concerne.
Bonne chance à ce fil.

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Message par Invité le Mer 4 Mar 2015 - 12:39

La suite d'Erik,

son fils Leif.

Mais ce ne sont pas des explorateurs, des aventuriers chefs de clans plutôt.

http://fr.wikipedia.org/wiki/Leif_Ericson
http://www.passion-histoire.net/viewtopic.php?f=63&t=11690&sid=295c11e4ddd18d572ceb027987d58c15

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Message par Invité le Mer 4 Mar 2015 - 13:08

hé vite hé a écrit:Puisque tu parlais d'Hannon.

http://www.pheniciens.com/persos/hannon.php
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/crai_0065-0536_1994_num_138_2_15385


Oui !
Il serait possible de développer un chapitre consacré au périple du navigateur Hannon ! Mais comme le dit Alain Bombard (qui n'est peut-être pas historien, mais qui est un excellent conteur), les Phéniciens ne disaient rien de leurs découvertes. C'étaient des secrets militaires. Ils connaissaient le phénomène de la marée, mais les Grecs n'en savaient rien. Pythéas découvrit ce phénomène, en Bretagne, mais il ne fut cru par personne. Lorsque Alexandre partit en Grèce, il ne connaissait que la Méditerranée. Il connaissait Hérodote, pas Pythéas. Et c'est en descendant l'Indus qu'il découvrit le fameux Océan, obéissant au flux et reflux des marées...

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Message par Invité le Mer 4 Mar 2015 - 13:54

Merci pour ce fil, c'est un bonheur à lire (et je note les références, mais je ne saurais pas intervenir au-delà de cette simple appréciation).

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Message par IndianaJoan le Mer 4 Mar 2015 - 13:56

hey, merci pour le sujet. Il est vraiment chouette sunny
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Message par Invité le Mer 4 Mar 2015 - 14:03

C'étaient des secrets économiques avant tout !

http://www.cosmovisions.com/Commerce-Pheniciens.htm
http://www.pheniciens.com/articles/expansion.php
http://www.academia.edu/1575391/LEXPANSION_PH%C3%89NICIENNE

Par cabotage ou étapes plus longues,
ils apportaient produits finis ou pacotille pour les échanger avec ressources naturelles ou agricoles de régions à l'écart d'autres routes commerciales que la leur, en procédant au troc et revenant chargés de matières premières vers zones de consommation,
gagnants à chaque étape.

Bel et bien les ancêtres des Libanais...


Vers la Bretagne, Himilcon, route de l'étain (Cassitérides).
Hérite des connaissances de la civilisation de Tartessos.

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Message par Invité le Jeu 5 Mar 2015 - 4:55

Ha, oui, économiques... Je n'avais pas bien mesuré l'importance qu'avait le commerce pour les Phéniciens, mais les articles auxquels tu renvoies m'ont éclairci les idées !

Bienvenue Oregon & Indie, c'est vrai ce sujet est intéressant, mais je n'ai jamais trouvé le "bouquin-miracle" qui offrirait une bonne vue d'ensemble (et qui soit accessible).

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Message par Invité le Jeu 5 Mar 2015 - 19:40

Alors il faut l'écrire Smile


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Message par Invité le Ven 6 Mar 2015 - 1:23

et bien... qui sait ? Wink

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Message par Invité le Ven 6 Mar 2015 - 5:08

Salut !

Voici quelques notes sur :
Alexandre,
Néarque, commandant de la flotte royale macédonienne
et Eratosthène

Alexandre

Les Macédoniens, sous le commandement d'Alexandre, atteignent des contrées jusqu'alors inconnues. Parvenus aux satrapies les plus orientales de l’Empire, ils traversent la Bactriane (l’actuel Afghanistan), et franchissent, au printemps, les « Paropamisades », qui sont une haute chaîne de montagne (l’actuelle Hindou Kush), et qui recouvrent une partie du Pakistan. Ils descendent la vallée de l’Oxus (l’actuel Amou Daria), et prennent Maracanda (Samarkand).

Au milieu de ces gigantesques chaînes de montagne, Alexandre se trouve à un important carrefour : au débouché de pistes qui l’auraient mené en Mongolie, puis en Chine. Mais il rebrousse chemin, redescend vers le Sud, atteint la vallée de l’Indus, et les plaines du Pendjab.

Les arpenteurs, les cartographes 1009144-Lempire_dAlexandre_et_les_d%C3%A9buts_du_monde_hell%C3%A9nistique

Les Grecs ne connaissaient pas l’Inde.
Tout au plus connaissaient-ils l’œuvre de Ctésias de Cnide, médecin grec, qui vécut en Carie au IVe siècle, et qui écrivit une Histoire de l’Inde. Mais cette histoire n’était qu’un recueil de légendes : Ctesias se représentait l’Inde comme un pays fantastique, peuplé de manticores (animaux fabuleux à corps de lion et visage d’homme), de licornes (et c’est d’ailleurs chez Ctésias que l’on trouve les premières mentions de licornes dans la littérature grecque, Cf l’émission http://www.franceculture.fr/player/reecouter?play=4649584, à partir de 11’). Ctésias parlait encore de griffons, de fourmis chercheuses d’or, d’êtres « cynocéphales » (à tête de chien)…

Des licornes, les Grecs n’en rencontrèrent pas. Par contre, ils furent très fraîchement accueillis par le roi indien Poros qui leur envoya 200 éléphants de guerre, 300 chars et une armée de 60 000 hommes.

Victorieux, Alexandre poursuit vers l’Est, franchit le fleuve Hyphase : c’est alors qu’il découvre la dure réalité des régions qui attendent ses troupes. Au-delà du fleuve, c’est le désert du Thar, qui marque la frontière entre Inde et Pakistan, et qui promet aux soldats dix à douze jours de marche au milieu des dunes.

L’armée est épuisée, elle refuse de suivre Alexandre dans son rêve de « faire des limites de la Terre les frontières de son empire ». Alexandre cède, mais souhaite une dernière chose : il veut connaître l’Océan où se jette le fleuve Indus dont les crues estivales, au milieu des déserts, lui rappelle celles du Nil. Une flotte est construite sur les rives de l’Hydaspe (un affluent de l'Indus), confiée à Néarque, général, pilote, navarque de la flotte royale.



L’expédition de Néarque (325)


"Ce livre est le récit du périple que Néarque accomplit avec sa flotte des bouches de l’Indus à travers le Grand Océan jusqu’au Golfe Persique.
Alexandre voulait que tous les rivages, ports et îles fussent reconnus, toutes les baies parcourues, et que l’enquête portât sur les villes maritimes, les régions fertiles et les déserts"


Arrien, Inde, 19,9



C’est une flotte imposante qui se lance dans l’Indus : plus de 120 embarcations, navires capturés ou bien construits sur place. Alexandre s’était en effet entouré de constructeurs de navires chypriotes et phéniciens, et de gigantesques chantiers virent le jour à Nicée, ville fondée par Alexandre sur les rives de l’Hydaspe.

Les arpenteurs, les cartographes 131595Nearque

La descente de l’Hydaspe, puis de l’Indus fut d’abord une expédition militaire : dès qu’ils le pouvaient, les soldats accostaient pour soumettre les populations rencontrées. Deux mois plus tard, en janvier 325, les armées d’Alexandre arrivaient à Pattala (l’actuelle Hyderabad, au Pakistan), et se préparaient à pénétrer l’Océan. Les troupes se séparèrent : Alexandre prenait la voie de terre, Néarque la voie de mer.

L’expédition n’était plus militaire.
C’était une exploration des côtes, une prospection : à charge pour Néarque d’identifier les mouillages, les îles, les villes côtières, les régions fertiles et infertiles. Alexandre était en effet désireux de savoir si un commerce maritime était possible entre l’Inde et la Mésopamie.

Le voyage fut difficile, aussi bien pour ceux qui voyageaient par terre que pour ceux qui voyageaient par mer. Sur terre, Alexandre entrait dans une région pauvre et inhospitalière : la Gédrosie, couverte de marécages et peuplée de misérables « Ichtyophages », ainsi surnommés car ils se nourrissaient uniquement de poisson, qu’ils broyaient en farine et transformaient en pain. Affamés, les marins de Néarque attaquèrent les Ichtyophages : leur seul butin fut un peu de cette dégoûtante farine.

Aux côtés de ces problèmes de ravitaillement existaient les problèmes liés à la navigation océanique, que les Grecs ignoraient. Plusieurs navires furent surpris par la marée (un phénomène qu’ils ne connaissaient pas), et chavirèrent. Il fallait aussi compter sur les tempêtes qui venaient du large… et sur les baleines, que les Grecs découvraient, terrorisés par leur taille (grosses comme deux de leurs navires) ou par l’eau qu’elles faisaient jaillir de leur « narine » (de leur évent, pour être exact). Parvenus au détroit d’Ormuz, les marins connurent une navigation plus calme. La région était riche, on pouvait s’y approvisionner facilement, et au début de l’année 324, Néarque atteignait l’embouchure de l’Euphrate.

Une voie maritime existait donc, entre l’Inde et la Mésopotamie. La route était praticable : elle serait empruntée par les commerçants mésopotamiens, et plus tard par les commerçants arabes et indiens, transportant des épices.

Il existait de ce récit plusieurs versions : celle de Néarque lui-même, qui rédigea une « Navigation côtière », celle d’Onésicrite, autre navigateur ayant effectué le périple aux côtés de Néarque, auteur d’une « Alexandropédie ». Ces relations de voyage sont aujourd’hui perdues, mais elles parvinrent, au IIIe siècle, au grand géographe, astronome et mathématicien Eratosthène.

A suivre ^^

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Message par Invité le Ven 6 Mar 2015 - 14:35

http://fr.wikipedia.org/wiki/Zheng_He

http://artslivres.com/ShowArticle.php?Id=904
http://fr.wikipedia.org/wiki/Hypoth%C3%A8se_de_la_circumnavigation_chinoise


http://www.cultivoo.com/index.php/histoire/moderne/16eme/2379-la-chine-des-ming

Repli//confucianisme

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Message par Invité le Dim 8 Mar 2015 - 4:04

Eratosthène (IIIe siècle avant J-C)

Eratosthène fut l’un des plus grands savants de son temps, à la fois philosophe, mathématicien, resté célèbre pour le « crible » qui permet de reconnaître les nombres premiers ; il fut encore astronome, géographe (il est le premier à utiliser le mot « géographie », qui signifie « description de la Terre »). Il fut nommé directeur de la grande Bibliothèque d’Alexandrie, qui devait posséder au temps du roi Ptolémée III quelque 500 000 rouleaux. Tous les grands auteurs, qu’ils fussent grecs ou égyptiens, étaient représentés dans cette bibliothèque, qui faisait d’Alexandrie le plus grand des foyers intellectuels de l’Antiquité, attirant à elle des savants tels qu’Euclide (au IVe siècle) ou Archimède (un contemporain d’Eratosthène).

Eratosthène avait à sa disposition les récits de Pythéas, auxquels il accorda du crédit, les récits des compagnons d’Alexandre. Grâce aux relations de voyage de ces derniers, il esquissa les contours de l’Inde, de la Péninsule arabique, ainsi que ceux de l’île de Taprobane (Sri Lanka). Avec Pythéas, il dessinait les contours de l’île de Bretagne, de l’Irlande, de l’Islande, et commençait à entrevoir la Scandinavie. Au-delà, c’était l’Océan, considéré non comme une barrière infranchissable, mais comme une zone floue où, il en était persuadé, les navigateurs découvriraient à l’avenir de nouvelles terres.

Les arpenteurs, les cartographes Monde%20selon%20heratosthenes


Les arpenteurs, les cartographes 877616carteeratostenenotes

Au sujet de la Cinnamome : https://books.google.fr/books?id=d_NMAAAAcAAJ&pg=PA378&dq=cinnamome&hl=fr&sa=X&ei=4z_7VI3LMcH8UObwgegL&ved=0CCQQ6AEwATgK#v=onepage&q=cinnamome&f=false


Eratosthène calcule la circonférence de la Terre

C’est son plus grand titre de gloire. Avant lui, d’autres savants avaient proposé une mesure, la plus ancienne étant celle d’Aristote qui connaissait, grâce à l’expédition d’Alexandre, les observations astronomiques des Egyptiens et des Chaldéens. Dans « De Caelo », Aristote citait un chiffre (bien trop élevé) : 440 000 stades (70 000 kilomètres), sans apporter de démonstration, et sans trop que l’on sache vraiment aux travaux de quel mathématicien il se référait (très certainement Eudoxe).


Ertosthène, lui, calcula les dimensions de la Terre, et expliqua son raisonnement.

Il avait entendu parler d’un puits très profond, situé à Syène (l’actuelle Assouan, en Egypte), dont le fond n’était jamais visible, sauf le 21 juin, jour du solstice d’été, à midi. L’eau, qui stagnait à plusieurs dizaines de mètres, apparaissait alors en pleine lumière. Cela signifiait que le Soleil était à son zénith, très exactement « au dessus » de Syène. C’est un phénomène que l’on observe aux Tropiques, et seulement aux Tropiques.

Eratosthène  partit de trois postulats :

- Syène (Assouan) et Alexandrie sont situées sur un même méridien
- Elles sont éloignées l’une de l’autre de 5 000 stades (800 kilomètres)
- Les rayons de soleil qui illuminent les deux villes peuvent être considérés comme parallèles.

Ces postulats, ainsi présentés, ressemblent fort à un problème… de trigonométrie !

A Syène, l’ombre forme un angle de zéro degré avec un bâton planté au sol (le bâton n’a pas d’ombre)
A Alexandrie, située 800 kilomètres au nord (c’est l’expérience que mena Eratosthène), l’angle formé par un bâton au sol avec son ombre est égal à 7,2 degrés (soit un cinquantième de 360 degrés).



Si l’on multiplie cet angle (7,2°) par 50, nous aurons fait un tour complet de la Terre (360°).

Dès lors, rien de plus simple que de calculer la circonférence de la Terre. Si la Terre est ronde, ce n’est pas une droite qui relie Syène à Alexandrie : c’est un arc de cercle. Multiplions par 50 la distance qui sépare les deux villes (800 kilomètres) et nous obtiendrons la circonférence de la Terre : 40 000 kilomètres.

Et le plus incroyable, c’est que cette mesure… est juste !

La circonférence de la Terre est estimée aujourd’hui à 39 500 kilomètres, Eratosthène ne s’était trompé que d’à peine 1%, et ceci au IIIe siècle avant J-C.

Les distances étaient calculées selon la longueur du Stade d’Olympie, qui mesurait 160 mètres. Les longues distances (celle par exemple qui séparait Syène d’Alexandrie) étaient mesurées par des arpenteurs professionnels, que l’on appelait les « bématistes ». Pendant leurs trajets, ils comptaient scrupuleusement le nombre de pas de leurs chameaux, réputés pour avoir un pas très régulier. Ce sont les comptes-rendus de ces bématistes qu’Eratosthène utilisa pour évaluer la distance séparant les deux villes où il fit son expérience.

Aristote avait cru à une terre beaucoup plus grande qu’elle ne l’est en réalité.

Eratosthène en donna la mesure presque exacte.

Plus tard, Posidonios et Claude Ptolémée réduiraient la taille de la Terre.


Eratosthène divise la Terre en 5 parties

Pour Eratosthène, la Terre était ronde : il en connaissait la taille. Il voyait bien que le monde connu des Grecs ne couvrait qu’une très petite partie du globe : d’autres terres seraient certainement à découvrir. Mais pas n’importe où.

Eratosthène était un lecteur du célèbre philosophe Parménide, qui imaginait, au VIe siècle avant JC, une Terre sphérique.

Eratosthène le suivit, dans sa théories des zones climatiques qui séparaient la Terre en 5 parties : à l’Equateur, une zone torride absolument infranchissable. Cette théorie fut largement suivie par les savants, et au XVe siècle, les marins portugais qui atteignaient le Cap Bojador et approchaient des Canaries craignaient encore cette zone torride, au milieu de laquelle ils étaient sûrs de mourir, brûlés par les rayons du Soleil. A l’Equateur, donc, une zone torride, aux pôles, deux zones glacées, dites « hyperboréennes », et au milieu de ces zones, deux zones tempérées, les seules susceptibles d’être habitées.

Les arpenteurs, les cartographes Monde%20Macrobe_web

En 146 avant J-C, Carthage tombait. L’Atlantique s’ouvrait aux Romains. Les navigateurs gagneraient au Nord l’Irlande et la Bretagne, au Sud les Canaries. L’immensité de l’Empire, le développement du commerce demanderaient un puissant effort de cartographie de la part des hauts fonctionnaires de l’Empire Romain. Deux figures se distinguent : celles de Strabon, et celle de Claude Ptolémée.

Biblio : Pierre Duhem, le système du monde, histoire des doctrines cosmologiques de Platon à Copernic, volume II, disponible ici :
https://archive.org/search.php?query=Pierre%20Duhem%20le%20syst%C3%A8me%20du%20Monde%20AND%20collection%3Aamericana

A suivre ^^

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Message par Invité le Dim 8 Mar 2015 - 4:20

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Message par Invité le Dim 8 Mar 2015 - 15:53

Franchement Courbette 
Je ne résiste au plaisir de découvrir l'épisode du jour à l'heure du café croissant, avant le journal...
Tout est là : la générosité, l'humour, le teasing. Très jolie plume ! Il y du talent derrière tout cela.
M-E-R-C-I.

Vivement la suite.
As-tu prévu de t'intéresser aussi aux globes terrestres ?  Et aux instruments ?

Spoiler:
Ce JP Luminet a un sacré faux air de Philippe Caubère (la voix chaleureuse et le regard vif, ça sent la gourmandise tout autant que le sérieux. Ouille, ouille, ouille... là, je fonds.)

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Message par Invité le Dim 8 Mar 2015 - 20:06

Ah, justement, à peu près à cette époque (au IIe siècle av. J-C) , on a la réalisation du premier globe terrestre :
http://fr.wikipedia.org/wiki/Crat%C3%A8s_de_Mallos

à +

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Message par Invité le Lun 9 Mar 2015 - 5:03

hé vite hé a écrit:La suite d'Erik,
son fils Leif.

A ce propos, quand Jacques Cartier accoste sur les rives du Saint Laurent, il plante une croix dans le sol (la croix de Gaspé), pour signifier la prise de possession de la baie par le roi de France. Les Iroquois viennent à sa rencontre, pour signifier leur mécontentement. Ils savaient ce que la croix signifiait, et leur chef fait lui-même le signe de croix :

" Nous étant retournés en nos navires, vint le capitaine, vêtu d'une vieille peau d'ours noir, dedans une barque avec trois de ses fils et son frère... et nous fit une harangue, nous montrant ladite croix et faisant signe de la croix avec deux doigts; et puis nous montrait la terre tout à l'entour de nous, comme s'il eût voulu dire que toute la terre était à lui et que nous ne devions pas planter ladite croix sans son congé."

Jacques Cartier se demandait comment les Indiens pouvaient connaître ce signe, se demandait si les Iroquois n'avaient pas déjà été évangélisés par les Portugais ou les Espagnols. La réponse était "non".
Est-ce que ce signe de croix ne serait pas un lointain souvenir datant de la colonisation viking des Amériques ?
J'ai l'impression que la réponse est "oui" (je farfouille sur wiki), mais je suis pas sûr du tout...

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Message par Invité le Lun 9 Mar 2015 - 10:52

http://fr.wikipedia.org/wiki/L'Anse_aux_Meadows





http://grandcolombier.com/2008/09/18/le-role-des-pecheurs-morutiers-dans-la-decouverte-de-lamerique-du-nord/

http://fr.wikipedia.org/wiki/Basco-algonquin



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Message par Invité le Lun 9 Mar 2015 - 14:09

De la connaissance au frisson :
Sait-on où se trouvent toutes ces cartes ? Les toutes premières s'entend... Parce que savoir qu'elles existent est une chose, pouvoir les contempler en direct live en est une autre et je me vois bien trouver là quelques destinations de voyages... Deux magnifiques globes de Coronelli datant du XVIIe sauf erreur sont visibles à la BnF Mitterrand, d'autres à la BN de Vienne, les Archives des Indes de Séville ont une expo permanente de facsimilés très émouvants... Fascimilés, certes, mais tout de même, l'expo est magnifique et peu fréquentée. En attendant il y a Gallica. 3 ressources indique Lexilogos où sont recensées quelques collections. Ici le site du Petit Bazar cartographique de l'Université de Toulouse. Et un petit dernier HistoCarto - Université de Strasbourg

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Message par Invité le Lun 9 Mar 2015 - 21:17

ddistance a écrit:De son voyage, il tira un récit : « De l’Océan », disparu en même temps que la bibliothèque d’Alexandrie, et qui ne nous est parvenu que grâce à Strabon, son principal détracteur, s’évertuant à citer mot pour mot l’ouvrage de Pythéas, dans le but de le contredire et de le railler. Ces histoires de baleines géantes, de mers gelées, de pays où le soleil ne se couchait pas, ne pouvaient être l'œuvre que d'un mystificateur !

les Timouques de Marseille connaissaient ces récits : ils croyaient possible le passage entre Baltique et Pont Euxin. Et c’est parce qu’ils croyaient à ce passage qu’ils acceptèrent de financer le voyage de Pythéas.

...quelle ironie du sort !

Une carte fantaisiste qui date vraisemblablement du XVIème siècle : ce n'est pas "la couronne d'Espagne est le centre du monde", mais pas loin Smile

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Message par Invité le Lun 16 Mar 2015 - 13:37

En comparant des cartes datant de l’époque d’Eratosthène et des cartes datant de l’époque de Ptolémée, je me rends compte qu’un nouveau peuple a fait son apparition : le peuple des Sères, c'est-à-dire le peuple chinois.

Les Romains découvrent la Chine

Pour les Romains, les Chinois ne sont rien d’autre que les « fabricants de soie ». On les désigne du nom de « Sères » (« sères » qui ont donné le mot latin « serica », signifiant « soie »). Ils font leur apparition dans la littérature latine à la fin du Ier siècle avant J-C, aux alentours de -50 / -30, dans les Odes d’Horace et les Géorgiques de Virgile. Celui-ci ignore d’ailleurs que la soie est d’origine animale. Il croit (livre II des Géorgiques) que des « fils soyeux recouvrent les feuilles des arbres des forêts » et que les Sères détachent « d'un coup de peigne leur mince toison ».

En réalité, c’est un peu plus tôt que les Romains ont découvert la soie : son commerce remonte au IIe siècle avant J-C, et il s’agit de bien distinguer deux périodes : le IIe siècle, et le Ier siècle avant J-C.

Au IIe siècle, la route de la soie est une route terrestre. Les Parthes font office d’intermédiaires. Les Chinois leur envoient même un ambassadeur (ils auraient bien vu les Parthes comme des alliés pour lutter contre les Huns). Cet ambassadeur avait une mission : partir pour Rome, et établir des contacts avec la République. Mais les Parthes découragent l’ambassadeur, expliquant qu’il faut deux ans de voyage par mer pour atteindre Rome, et que les naufrages sont fréquents. Ils tiennent à empêcher tout contact entre Rome et la Chine, jaloux qu’ils sont des bénéfices que leur procure le commerce des produits indiens et chinois !

Les Romains sont tentés de commercer directement avec les Indiens qui fournissent à Rome quantité de produits luxueux. Ils aimeraient se passer de l’intermédiaire parthe.
Des navires romains sillonnent alors la Mer Rouge et l’Océan Indien.

Des fouilles archéologiques, menées à Erode, dans le sud de l’Inde, prouvent que les Romains y sont déjà présents au IIe siècle. Mais les échangent sont timides. Tout change au Ier siècle avant J-C. Un marin romain, plus intrépide que les autres, décide de se lancer dans la haute mer, et découvre le phénomène de la mousson. Jusque là, les bateaux pratiquaient le cabotage : les trajets étaient interminables. La mousson accélère ces trajets. Pour rejoindre l’Inde, notre marin se rend compte qu’il vaut mieux attendre le mois d’octobre : on bénéficie alors d’un vent soufflant d’ouest en est. Et pour le retour, le printemps est idéal : on bénéficie du vent d’est.

Cette découverte était capitale : elle mettait l’Inde à trois mois seulement de Rome : 10 jours pour aller d’Ostie (le port de Rome) à Alexandrie, quelques jours pour emprunter l’antique Canal de Suez creusé par les Egyptiens, un mois pour traverser la Mer Rouge, 40 jours pour atteindre le Sud de l’Inde. Avec cette découverte, les voyages se multiplièrent, et le commerce prit de l’ampleur, surtout à l’époque d’Auguste, où les élites romaines étaient fabuleusement riches et pouvaient se permettre d’acheter à prix d’or épices et pierres précieuses venues d’Orient.

Dans le sud de l’Inde, les Romains rencontraient les marchands tamouls, qui faisaient le voyage depuis Canton (Mer de Chine et Golfe de Bengale). Ils leur achetaient des épices et des pierres précieuses : du poivre en tout premier lieu.
Il était très apprécié des Romains, qui l’utilisaient en cuisine, lui prêtaient des vertus aphrodisiaques et thérapeutiques.

Ils leur achetaient ensuite des pierres précieuses : de la cornaline, rouge orangée, que les riches Romaines portaient en collier. Des perles, béryls, saphirs, des topazes, des diamants. Et bien entendu, de la soie, qui arrivait de l’actuel Bengladesh et descendait par bateau le Golfe du Bengale. Les Romains, eux, apportaient du vin (comme l’ont montré les fouilles de l’épave de la Madrague de Giens), et surtout de l’or.

Au Ier siècle, les Romains savaient où se trouvait la Chine : au Nord de l’Inde, par delà les Monts Taurus (qui désignent alors aussi bien le Caucase que l’Hindou Kouch ou l’Himalaya). Le géographe Pomponius Mela écrivit une Chorographie, dont les cartographes se servent depuis le XIXe siècle pour mesurer le monde connu des Romains.

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(carte commentée d'après les recherches de Louis Malavialle)



Un siècle plus tard, le géographe Claude Ptolémée reprendrait les écrits de ses prédécesseurs (géographes, astronomes) et offrirait à l’Occident une Géographie qui ferait autorité jusqu’au XVe siècle, remise en cause seulement à l’époque de Copernic.



Liens   :
Carte de l’Inde (Pomponius Mela  commenté par le géographe Louis Malavialle) : http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/geo_0003-4010_1900_num_9_45_6244

L’épave de la Madrague de Giens : http://www.culture.gouv.fr/fr/archeosm/archeosom/madra-s.htm

La découverte de l’Inde et de la Chine, entretiens avec Claude Aziza : http://www.franceculture.fr/emission-concordance-des-temps-devant-l-inde-et-la-chine-la-grece-et-rome-fascinees-2013-11-30

Doc Eurasia « Les Romains au cœur de la Chine » :




C’est tout pour aujourd’hui ^^

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Message par Invité le Jeu 19 Mar 2015 - 22:04

Ptolémée

La Composition mathématique, mieux connue sous le nom d’Almageste, et la Géographie de Ptolémée marquent un aboutissement de la pensée géométrique et astronomique des Grecs. Il mathématisa un système géocentrique complexe, dont l’une des principales originalités fut le développement de la théorie des « excentriques » et des « épicycles ». Cette théorie fut commentée et améliorée à l’époque médiévale dans l’Empire byzantin et dans le monde arabe, mais elle fut pratiquement inconnue dans l’Occident chrétien jusqu’à la Renaissance. L’Europe n’avait pas la culture mathématique des Grecs ni des Arabes : il fallut attendre le milieu du XVe siècle avant qu’un savant européen (l’astronome Regiomontanus) comprenne seulement le raisonnement et la logique des équations ptoléméennes.

Ptolémée vécut à Alexandrie, entre les années 90 et 170 de notre ère. Il était l’héritier d’une cosmographie dont les lignes principales avaient été jetées par Aristote. La Terre était sphérique, immobile, au centre du Monde. Autour d’elle, les astres se déplaçaient dans un mouvement circulaire et uniforme. Circularité, homogénéité : telles étaient depuis Platon les caractéristiques des mouvements divins (les astres étaient associés à des dieux). Parfaite félicité des éléments immuables...

Sur Terre, les mouvements n’étaient pas aussi parfaits. Un objet lâché au sol tombait (et tombe toujours…) en ligne droite, « de bas en haut » : ce qu’expliqua Aristote par la théorie des 4 éléments. La terre et l’eau sont appelées vers le bas (elles tombent : ce sont des corps dits « graves »), l’air et le feu sont appelés vers le haut (ce sont des corps « légers »).

L’Univers était organisé en sphères, qui étaient principalement, et en s’éloignant de la Terre :
- La sphère de la Lune
- La sphère de Mercure
- La sphère de Venus
- Celle du soleil
- Celle de mars
- De Jupiter
- De Saturne
- Et enfin la sphère des étoiles fixes, au-delà de laquelle rien n’existait. L’Univers était un univers clos.

Entre ces 8 sphères principales existaient quantité d’autres sphères (Aristote en imaginait 55 en tout) qui exerçaient sur les planètes des forces tantôt concurrentes, tantôt complémentaires, et l’enchevêtrement de ces forces complexes devait expliquer les mouvements apparents des corps célestes.

Cet univers était divisé en deux : d’un côté le monde terrestre dit « sublunaire », fait des 4 éléments que sont l’air, l’eau, le feu, la terre. C’est un monde corruptible et imparfait.
Au-delà était le monde « supra-lunaire », domaine des dieux, où les sphères sont cristallines et les mouvements parfaits. C’est un monde incorruptible, fait non pas d’air ou de feu, mais d’un cinquième élément : la « quintessence » ou « éther ».

Ptolémée n’acceptait que partiellement cette conception de l’Univers : il remarquait que les observations faites dans le ciel contredisaient la théorie d’Aristote. Son objection principale concernait un phénomène bien connu des astronomes, mais mal expliqué par Aristote : la rétrogradation des planètes.

La rétrogradation des planètes est un phénomène que les Grecs (et les Babyloniens) connaissaient depuis longtemps (les premières observations connues du ciel faites par les Babyloniens remontent au VIIIe siècle avant J-C).
Lorsque l’on observe, par exemple,  la planète Mars depuis la Terre, on se rend compte que cette planète se déplace d’est en ouest tout au long de l’année. Avec une exception toutefois, et qui se produit à intervalles réguliers (tous les 26 mois pour Mars). A ce moment-là, la planète semble faire demi-tour, avant de reprendre, au bout de quelques jours, son cours normal. La planète semble dessiner une « boucle » dans le ciel.

Les arpenteurs, les cartographes Images?q=tbn:ANd9GcRebRfX4pIUEXX6PgHx6tRBBHkthW6upRf7E85yjVCjmvxx3x7QM1nLVhMi

c'est plus évident avec une animation : http://www.astronomynotes.com/nakedeye/animations/retrograde-anim.gif

C’était un véritable casse-tête pour les astronomes, d’autant plus que les rétrogradations ont des amplitudes et des formes différentes : certaines dessinent des boucles, d’autres dessinent des « S »…

Les sphères homocentriques d’Aristote expliquaient mal le phénomène : mais l’astronome Hipparque, qui vécut à Rhodes au IIe siècle avant J-C, élabora une théorie originale, reprise trois siècles plus tard par Ptolémée.
Cette théorie était brillante. Pour Hipparque, et pour Ptolémée, les corps célestes n’étaient pas liés à des sphères cristallines. Les planètes se déplaçaient en réalité le long de deux orbites. La première orbite (le « déférent ») entraînait les planètes dans une grande course autour de la Terre. Mais les planètes se déplaçaient également le long d’une orbite plus petite, « l’épicycle ». Si l’on y songe, ce sont exactement les mouvements que fait la Lune par rapport au Soleil dans notre système héliocentrique : elle décrit un petit cercle autour de la Terre, et dans le même temps, un grand cercle autour du Soleil.

Les arpenteurs, les cartographes Epicycle_et_deferent1_3


Cette théorie, complexe à mettre en œuvre mathématiquement, permettait de prévoir les mouvements des planètes avec une grande précision. Dès la parution de l’Almageste, la théorie de Ptolémée commençait à supplanter celle d’Aristote.

Ptolémée contestait Aristote sur un autre point : selon lui, la Terre n’occupait pas le centre exact de l’Univers. Il existait un décalage, appelé « excentricité » entre la Terre et le centre autour duquel tournaient le Soleil et les planètes. L’hypothèse de l’excentricité serait confirmée par les astronomes de la Renaissance. Elle expliquait par exemple l’inégalité des saisons (l’hiver et son mois de février sont plus courts que l’été).

Le modèle était encore perfectible, et pour coller le mieux possible à l’observation des astres, Ptolémée introduisit un autre dispositif mathématique : l’équant. Le modèle pouvait être enrichi à loisir : ajout d’épicycles, changements d’axe des épicycles… il offrait matière à débats dans les mondes hellènes, byzantins, et arabes. Mais il léguait également à l’Antiquité tardive et au Moyen-âge une série d’hypothèses que la tradition érigea en dogmes :

- La Terre est au centre de l’univers (hypothèse qui ne fut rejetée qu’à partir des travaux de Copernic)

- L’Univers est partagé entre un monde sublunaire, corruptible et changeant, et un monde supra-lunaire immuable (il fallut attendre les observations, par Tycho Brahe, d’une supernova pour se rendre compte que le monde dit supra-lunaire pouvait être lui aussi l’objet de révolutions et de changements)

- Dogme du mouvement circulaire et uniforme des planètes, rejeté par Kepler qui comprit que les planètes traçaient des ellipses, et non des cercles, autour du Soleil.

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Message par Invité le Jeu 19 Mar 2015 - 22:34

L’autorité de la Géographie de Ptolémée fut tout aussi importante que celle de sa Composition mathématique. Elle fut la référence des géographes, des voyageurs, et des scientifiques jusqu’au XVe siècle, circula dans le Dar-al-Islam, et dans la Chrétienté dans des formes toutefois abrégées et très inférieures aux versions étudiées par les Arabes. Elle fut intégralement traduite en latin en 1406, à Florence, et cette traduction donna lieu à l’impression de cartes ptoléméennes, qui représentaient au XVe siècle la forme la plus aboutie de mappemondes.

Les arpenteurs, les cartographes Ptolemy_map_15th_century
Carte du monde, d’après Ptolémée, extraite de Nicolaus Germanus, Géographie de Ptolémée, Ulm, 1482.
La sphère terrestre est représentée sur une surface plane, selon une projection dite « conique homéotère ». On parle plus couramment de cartes « en forme de manteau ». La Mappemonde est entourée de douze têtes représentant les vents connus dans l’Antiquité : l’Aquilon frisquet, le Notos humide, le Zéphyr, l’Apéliote...



Ptolémée était le premier à concevoir une carte quadrillée selon un réseau de parallèles et de méridiens.

Cette carte représentait ainsi l’union de deux anciennes traditions géographiques :
- La première, qui nous vient d’Hérodote, est une géographie descriptive, qui s’attache à la description de reliefs, de fleuves, de littoraux, de villes et de peuples. Ptolémée s’efforça de représenter le plus fidèlement possible l’étendue des terres connues à l’époque. La connaissance du monde s’était en un siècle enrichie des récits des militaires romains partis en manœuvre contre le roi du Pont Mithridate, ou contre les Parthes. Au cours de ces guerres, les Romains s’étaient familiarisés avec la Bactriane, la Colchide, la Chersonèse, la Scythie…  Quant aux marchands romains, ils connaissaient l’Asie jusqu’au détroit de Malacca (Malaisie). Au sud de l’Afrique, c’étaient les « Terres brûlées » que seules des créatures fantastiques et monstrueuses pouvaient habiter.

- La deuxième tradition était une tradition mathématique qui devait tout aux astronomes de l’Antiquité, en particulier Hipparque, qui fut le grand inspirateur de Ptolémée. Cette géographie ne s’occupait pas des récits de voyageurs, elle s’occupait de calculs de latitude et de longitudes. Eratosthène est l’une des grandes figures de cette tradition, lui qui calcula la circonférence exacte de la Terre sans quitter les rivages du Nil.

Ptolémée opérait une synthèse. La géographie était à la fois un récit, celui des voyageurs ou des historiens imaginant des créatures monstrueuses sous l’Equateur, et une discipline scientifique soucieuse de mesures, d’angles et de degrés, eux-mêmes subdivisés en minutes et en secondes d’arc.

Les latitudes étaient comptées à partir de l’équateur, les longitudes à partir des îles Bienheureuses (ou Fortunées), îles longtemps considérées comme mythiques. C’étaient les îles où les âmes vertueuses
(« bienheureuses ») goûtaient à un repos éternel : la tradition y envoyait les héros de la guerre de Troie Achille et Diomède, ou encore Lycos, fils de Poséidon. Cette même tradition voulait aussi que ces îles fussent situées aux extrémités du monde, raison pour laquelle Ptolémée identifia les îles Fortunées aux actuelles îles Canaries (ou aux îles du Cap Vert).

La représentation du monde de Ptolémée était rationnelle : c’était un monde accessible à la mesure de l’homme avec son réseau scientifique de latitudes et de longitudes. Dans son esprit, il appartenait aux générations futures de géographes de compléter ce réseau, au gré des découvertes de nouveaux lieux.

Mais la Géographie de Ptolémée n'est pas exempte d’erreurs. L’Eurasie est démesurément étirée en longitude, couvrant le globe sur 180 degrés au lieu des 130 qu’elle couvre en réalité. Surtout, il ignora les mesures d’Eratosthène, et préféra se ranger aux avis de Strabon, qui affirmait (sans aucune forme d’argumentation) que la Terre avait une circonférence non pas de 250 000 stades (40 000 kilomètres) mais de 175 000 stades (28 000 kilomètres). Ces deux erreurs conjuguées eurent une conséquence historique : elles convainquirent Christophe Colomb qu’il était possible de tracer par l’ouest une route vers les Indes. Pour oser s’aventurer vers le Nouveau Monde, il n’était pas mauvais de sous-évaluer les distances à parcourir…

La Géographie et l’Almageste furent étudiées et discutées dans l’Empire byzantin et dans le monde arabo-musulman. Dans l’Occident chrétien, ces ouvrages furent pratiquement oubliés : les Grandes Invasions portèrent un coup d’arrêt à l’étude des textes grecs. Toutefois les auteurs grecs n’y furent jamais totalement oubliés, et, contrairement à une idée largement répandue, les savants du Moyen-âge ne crurent jamais à une Terre plate.

A suivre !


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Message par Invité le Jeu 19 Mar 2015 - 22:56

Et comment qu'on suit ! Le plus chouette feuilleton du moment Smile

Alors comme ça, les savants du Moyen-Âge...

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Message par Invité le Jeu 19 Mar 2015 - 23:31

oui Smile
(pour les savants du Moyen-âge)

Cette partie-là (celle sur Isidore de Séville et compagnie) peut être passionnante, j'en suis sûr !! Il me manque quelque bonne référence livresque, mais je vais farfouiller ^^

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Message par Invité le Ven 20 Mar 2015 - 13:08

(désolé je ne mets jamais que des liens, flemmardise et ursitude)

http://classes.bnf.fr/idrisi/pres/idrisi.htm
http://fr.wikipedia.org/wiki/Al_Idrissi




Les arpenteurs, les cartographes 1024px-TabulaRogeriana




(et supercherie)




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Message par Invité le Ven 20 Mar 2015 - 20:01

@ddistance : farfouille donc, Isidore de Séville, avec un nom pareil, c'est prometteur Smile

@Uccen : (Pas grave, on les lit les liens et l'histoire se raconte d'elle-même, et c'est bien aussi.)
(Nawak.)

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Message par Invité le Lun 6 Avr 2015 - 6:48

Une fausse rumeur circule encore de nos jours, selon laquelle les savants du Moyen-âge auraient soutenu l’idée d’une Terre plate et non sphérique. Il s’agit bel et bien d’un mythe, né au XVIIIe siècle au sein d’un courant anticlérical et voltairien : l’entourage du philosophe se plaisait alors à moquer les savants médiévaux, médiévaux donc chrétiens, chrétiens donc crédules, et bornés.

Mais ce n’est qu’une rumeur. L’historien Patrick Gautier-Dalché, meilleur spécialiste des modes de perception de l’espace géographique et cosmographique au Moyen-âge, est catégorique :
« Aucun savant médiéval n’a jamais soutenu l’idée d’une terre plate » (ici)

Les grandes figures de la science et de l’érudition médiévales, d’Isidore de Séville à Saint Thomas d’Aquin, affirmaient sans aucune réticence la rotondité de la Terre :

- Isidore de Séville dans ses Etymologies (début du VIIe siècle) comparait la Terre à une balle.
- Bède le Vénérable, au tout début du VIIIe siècle, consacrait à son ouvrage « De natura rerum » un chapitre intitulé « Pourquoi la Terre est ronde », dans lequel il disait très explicitement que cette
« rotunditas terrae » ne devait pas être considérée comme une roue (gyrus), ni comme un bouclier arrondi (scutus) mais bien comme une balle (pila).
- Scot Erigène affirmait la même chose au IXe siècle.

Quant à St Thomas d’Aquin, il affirmait la rotondité de la Terre dès le premier chapitre de sa Somme Théologique : « Une diversité de « raisons » […] détermine une diversité de sciences. Ainsi est-ce bien une même conclusion que démontrent l’astronome et le physicien, par exemple, que la terre est ronde… »

Ces savants n’inventaient rien : ils reprenaient tous un ouvrage écrit au Ve siècle et très répandu dans les bibliothèques occidentales : Les « Noces de Philologie et de Mercure » du compilateur latin Martianus Capella, lequel affirmait : « la Terre n’est pas plate, elle est ronde ».

Si le mythe a pu prospérer au XVIIIe siècle, c’est parce qu’il s’est effectivement trouvé dans l’Antiquité tardive et le Haut-Moyen-âge quelques auteurs, très marginaux, pour contester la sphéricité de la Terre. Le plus célèbre de ces auteurs est Lactance, rhéteur romain et chrétien du IVe siècle, qui jugeait « insensé de croire qu'il existe des lieux où les choses puissent être suspendues de bas en haut » (Lactance, Institutions divines).

Lactance fut bruyamment moqué par Voltaire, qui voulut voir en lui le parangon du chrétien ignorant et buté. C’était feindre d’ignorer que Lactance, s’il fut un piètre astronome, fut néanmoins un des esprits les plus brillants de son temps (surnommé le « Cicéron chrétien »). C’est oublier de dire, surtout, que sa mauvaise appréciation de la forme terrestre n’eut aucune, strictement aucune influence sur la science médiévale.

Pour être honnête, il y eut bien quelques hésitations chez Isidore de Séville qui comparait la Terre tantôt à une roue, tantôt à une balle, mais ces hésitations sont sans importance : au Moyen-âge, la sphéricité de la Terre était admise.

La vraie question, celle qui faisait réellement débat, était celle des Antipodes : existait-il, par-delà les Océans, des continents encore inconnus et semblables au nôtre ? Existait-il une « terra australis
incognita »
?


Les arpenteurs, les cartographes Antipodes

Les Antipodes, d'après la Cosmographie chrétienne de Cosmas d'Alexandrie (VIe siècle)


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Message par Invité le Lun 6 Avr 2015 - 7:28

Les Antipodes

La question des Antipodes était complexe car elle opposait deux traditions : la tradition grecque et la tradition chrétienne.

Les savants médiévaux ne connaissaient les auteurs grecs qu’indirectement, au moyen d’abrégés, d’encyclopédies, ou de compilations rédigées par des auteurs latins de l’Empire romain tardif. Deux auteurs en particulier sont considérés comme des « passeurs de témoin » entre la Grèce et l’Occident médiéval : Martianus Capella, auteur des « Noces de Philologie et de Mercure » et surtout Macrobe.

Macrobe était un haut fonctionnaire (Préfet du Prétoire), bilingue maîtrisant le grec aussi bien que le latin, philosophe, philologue. Il naquit en Numidie vers l’an 370 et rédigea, au soir de sa vie, un traité destiné à l’éducation et l’édification de son jeune fils : le « Commentaire au Songe de Scipion ».

Dans ce Commentaire, Macrobe enseignait à son fils la rotondité de la Terre, partagée elle-même en cinq grandes zones climatiques : une zone torride à l’Equateur, deux zones tempérées, et deux zones froides dites « hyperboréennes ».


Les arpenteurs, les cartographes Macrobius%2C_climatic_zones
En rouge la zone torride, en bleu les zones tempérées, en jaune les zones froides.
(Copie médiévale du Commentaire au Songe de Scipion, datant de 1150 environ)



Cette théorie ne surprenait guère les hommes du Moyen-âge. Mais le récit de Macrobe se poursuivait par une série de descriptions très embarrassantes. Le philosophe expliquait que la Terre était séparée en quatre par deux océans perpendiculaires. Trois continents autres que le nôtre (les Antipodes, les Périèques et les Antèques) devaient donc exister, avec lesquels les communications étaient impossibles, à cause d’immenses gouffres marins, et à cause de la fameuse « zone torride ».

Les arpenteurs, les cartographes 1024px-Crates_Terrestrial_Sphere


Ces  terres lointaines devaient être habitées : Macrobe ne faisait que reprendre une théorie très répandue dans l’Empire et dont l’origine remontait au temps de Pythagore, lequel aurait justifié les Antipodes par une nécessaire symétrie de la Terre.

Cette théorie plongeait les Chrétiens dans la perplexité. Comment imaginer une humanité qui ne soit issue de la descendance de Noé ? Quelle pouvait-être cette hypothétique race qui se rendait d’elle-même inéligible à un Salut que la Bible avait pourtant promis à l’humanité toute entière ?

La question fut débattue dans les écoles et les universités jusqu’à la fin du XVe siècle. Trois camps se disputèrent :
- ceux qui pensaient que les Antipodes existaient, et qu’ils étaient peuplés d’êtres humains. Le plus illustre défenseur de cette théorie fut, au VIIIe siècle, l’archevêque Virgile de Salzbourg.
- ceux qui considéraient cette théorie comme scandaleuse : ainsi Boniface de Mayence, devenu Saint Boniface, qui demanda au Pape une condamnation publique de l’archevêque de Salzbourg. En vain : les avis de Virgile de Salzbourg, canonisé au XIIIe siècle, ne furent jamais officiellement condamnés et ne constituèrent jamais une « hérésie ».
- il y eut enfin, plus prudents ou plus sages, ceux qui admettaient l’impossibilité de se prononcer tant qu’aucun explorateur n’aurait posé le pied sur ces hypothétiques terres.  


Les cartes médiévales dites « T dans O » restituent mal ces débats. Pour une raison très simple : ce n’était pas leur but.

Certaines cartes médiévales sont remarquablement détaillées et pourraient ressembler à des ancêtres de nos cartes modernes, mais il ne faudrait pas faire de contresens : le réalisme et la précision de la description géographique ne constituaient pas un impératif, du moins pas avant le XIIe siècle.

Elles n’avaient pas de vocation pratique. Pour l’usage commun (l’administration d’un domaine seigneurial par exemple), on utilisait d’autres types de documents : des « estimes » qui sont les ancêtres de nos cadastres, ou encore des « listes de choronymes », longues listes de toponymes permettant au seigneur de mesurer l’étendue de son domaine.

Les mappemondes médiévales avaient un objet autrement plus grandiose : elle se voulaient une représentation graphique de l’histoire universelle qui, pour les chrétiens, se confond avec l’histoire du Salut.

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Message par Invité le Lun 6 Avr 2015 - 9:47

Les arpenteurs, les cartographes Mappam
Carte réalisée en 1472, destinée à l’illustration des Etymologies d’Isidore de Séville (VIIe siècle).
Notez que les cartes médiévales placent l’Est en haut, d’où l’expression moderne « orienter une carte »


La carte médiévale est un idéogramme : elle reprend un certain nombre de formes et de codes qui remontent aux  Etymologies d’Isidore de Séville.

Première convention : les terres sont entourées d’un vaste océan prenant la forme d’un O ; elles sont également partagées par des eaux marines qui dessinent la lettre T, la Méditerranée dessinant la barre verticale du T, le Tanaïs (c'est-à-dire le Don) et le Nil sa barre horizontale. Cette forme « T dans O » a une signification mystique, qui repose sur un simple jeu de lettres et de mots ; O et T étant les initiales d’Orbis Terrarum qui signifie « disque terrestre ».

Seconde convention : cette structure dite « T dans O » doit permettre de restituer fidèlement l’histoire du peuplement de la Terre, racontée dans le livre IX de la Genèse. Dans ce livre, il est écrit que Noé avait eu trois fils : Sem, Japhet et Cham, qui après le Déluge colonisèrent la Terre.

« Ce furent les trois fils de Noé, c’est à partir d’eux que toute la terre fut peuplée ».
(Genèse, 9, 19)

La Genèse associe les fils et petits-fils de Noé à des toponymes dont certains, aisément identifiables, encouragèrent les Pères de l’Eglise et notamment Saint Jérôme, à penser que les descendants de Noé s’étaient partagés trois zones bien distinctes du globe. Sem était envoyé en Asie (Mésopotamie), Japhet en Europe (Anatolie), et Cham en Afrique (Egypte). La distinction est artificielle : le texte biblique envoie en réalité les fils de Noé dans des zones qui se regroupent et s’emboîtent, mais les Pères de l’Eglise n’avaient pas les connaissances géographiques qui leur auraient permis une répartition plus respectueuse des textes.

Le paradigme résisterait aux avancées scientifiques et aux découvertes géographiques jusqu’au XVe siècle.
Certaines cartes, telle la mappemonde d’Ebstorf, d’une remarquable complexité, manifestaient le souci de localiser les principales montagnes, villes, régions, et les principaux fleuves ; d’autres (comme la carte de Jean Mansel, dessinée au XVe siècle) se présentent comme des chefs-d’œuvre d’abstraction. Mais toutes descendent d’un même schéma originel et répondent à l’exigence d’une perspective théologique.
La carte de Jean Mansel raconte le Déluge et le peuplement de la Terre, la carte d’Ebstorf compare le monde au corps du Christ, dont la tête, les mains et les pieds embrassent la Terre.

Les arpenteurs, les cartographes 1024px-Ebstorfer-stich2
Carte d’Ebstorf, 1234
Le Christ embrasse la Terre



Les arpenteurs, les cartographes Wang_2005_02
Jean Mansel, La Fleur des Histoires. Vers 1459-1463. Enluminure attribuée à Simon Marmion (30 x 22 cm). Bibliothèque royale Albert Ier, Bruxelles
Les fils de Noé descendent de l’Arche, visible dans la partie supérieure de la carte.



Dernière convention : les cartes sont orientées à l’Est. Elles le sont pour une raison précise : c’est là que se trouve le Paradis terrestre, le Jardin d’Eden où Adam et Eve avaient fait l’expérience de l’innocence, quelques 4000 ans avant la naissance du Christ, estimait-on alors. Des débats agitèrent l’Eglise primitive sur la signification du récit biblique, débats clos par Saint Augustin : le récit biblique devait être lu dans un sens littéral et historique. Dès le Ve siècle, tout le monde ou presque croyait fermement à l’existence du Jardin d’Eden (quelques-uns suggérèrent cependant qu’il avait été englouti par le Déluge). Le Paradis est tout en haut de la carte, car, selon le récit de la Genèse, il ne se trouve rien à l’est d’Eden.


Les arpenteurs, les cartographes Bfbeatus-arroyo-f13r-14v
Mappemonde du Commentaire sur l’Apocalypse (vers 1050)
En haut (c’est-à dire à l’Est), le paradis terrestre, où se tiennent Adam et Eve, conscients de leur nudité.


L’existence du Paradis expliquait bien des phénomènes mystérieux. L’origine des épices par exemple. Pour Joinville, qui accompagnait Saint Louis lors de la septième Croisade, elles étaient les fruits des arbres du Paradis. Une fois tombées des arbres, elles suivaient le cours des fleuves bibliques : les pêcheurs récoltaient les précieuses épices en amont, à l’aide de filets.
La Genèse mentionne en effet quatre fleuves qui prennent leur source dans le jardin d’Eden :
- Le Tigre,
- L’Euphrate
- Le Gihon (associé au Nil au Moyen-âge)
- Et le Pishon (associé au Gange)
Ces fleuves emprunteraient des trajets souterrains avant de rejaillir et d’apporter la vie sur Terre.

Dans de multiples ouvrages, et notamment dans le Liber floridus ou « Livre fleuri » de Lambert de Saint-Omer, rédigé vers 1120, le Paradis est décrit comme une île.

Les arpenteurs, les cartographes 613957lambertdeStOmercopy
Lambert de Saint-Omer, Liber Floridus. Diocèse de Cambrai,
Parchemin (48,5 x 31 cm), réalisé vers 1250, copie d’un dessin de Lambert réalisé vers 1120


Les arpenteurs, les cartographes 949096Lambertcopiecopy


L'expérience qu'ont les lettrés du Moyen-âge du monde est très limitée : leurs connaissances reposent essentiellement sur des textes anciens, de Martianus Capella ou de Macrobe, qu'ils tentent de concilier avec le récit biblique. C'étaient peu de choses. Tout change au XIIe siècle, lorsque les savants européens découvrent la science géographique des Arabes, dans ces zones de contact que furent l'Espagne et la Sicile.

A suivre !


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Message par Harpo le Lun 6 Avr 2015 - 15:53

Je découvre ce fil, énorme et passionnant Smile. Super boulot ddistance !
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Message par Invité le Lun 6 Avr 2015 - 20:19

Merci Harpo ^^
Ce sujet m'intrigue depuis un bon bout de temps, et ce mois- ci je lui consacre mes nuits blanches !

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Message par Invité le Mer 8 Avr 2015 - 21:12

"The Map that Changed the World"

La plus vieille carte géologique date de 1150 av. JC, elle avait pour vocation de situer les gisements d'or en Egypte. Mais la première véritable carte de ce type au monde fut réalisée par William Smith, il s'agissait du relief du Royaume-Uni en 1812.

Cet exemplaire fait partie des 50 premiers édités, il a été perdu pendant une longue période puis retrouvé récemment, dans un état de conservation remarquable du fait d'avoir échappé aux dégradations dues à une exposition prolongée.

Les arpenteurs, les cartographes Tumblr_nmge17pJWh1sq04bjo1_540

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Message par Invité le Jeu 9 Avr 2015 - 0:14

Salut !

Je ne sais pas exactement quel est l'objet de cette carte, mais je sais que si l'on commence à parler de géologie, alors on commence à parler du "temps long" de notre planète. Celle-ci ne serait plus seulement âgée de 6 000 ans comme on le crut jusqu'au XVIIe siècle en suivant la Bible mot à mot, elle serait bien plus vieille. C'est une des grandes découvertes du XVIIIe.

Buffon parlait d'une Terre âgée de 70 000 ans environ.

Sur le cas particulier de l'Angleterre, le même Buffon avait remarqué (Théorie de la Terre, 1749) une similitude entre les roches affleurant des deux côtés du Pas de Calais, ce qui l'amena à penser que l'Angleterre avait autrefois fait bloc avec le continent européen.

Voir à ce sujet l'article "Continent" de l'Encyclopédie de Diderot et d'Alembert :
"L'Angleterre faisoit autrefois partie du continent de France. Voyez la dissertation de M. Desmarêts sur ce sujet, 1753. La preuve s'en tire, dit M. de Buffon, des lits de terre & de pierre, qui sont les mêmes des deux côtés du Pas de Calais, & du peu de profondeur de ce détroit. On peut ajouter, dit M. Ray, qu'il y avoit autrefois des loups, & même des ours, dans cette île, & il n'est pas à présumer qu'ils y soient venus à la nage, ou qu'on les y ait transportés."

http://fr.wikisource.org/wiki/Page:Diderot_-_Encyclopedie_1ere_edition_tome_4.djvu/118

Une carte géologique qui daterait de 1150, ça m'étonne beaucoup, il doit s'agir d'autre chose (d'autant qu'au XIIe siècle, les Européens n'avaient aucune idée de la localisation des mines d'or, qui ne se trouvaient du reste pas en Egypte, mais plutôt en Guinée, et c'est justement pour trouver ces fameuses mines qu'Henri le Navigateur envoya ses caravelles vers l'Afrique).

Si tu retrouves ta carte du XIIe, envoie-là : je ne pense pas qu'il s'agisse d'une carte géologique, mais ça peut être intéressant !


Dernière édition par ddistance le Jeu 9 Avr 2015 - 6:20, édité 2 fois

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Message par Invité le Jeu 9 Avr 2015 - 0:58

Il s'agit bien d'une carte datant de l'Egypte ancienne, "géologique" pour les uns, "géographique" pour les autres :

"la carte papyrus de Turin ou papyrus minier, un plan géologique des carrières de Ouadi Hammamat" (wikipedia)

"Les Egyptiens n’étaient pas des passionnés de géographie et encore moins de cartographie, du moins, nous le supposons. Hormis quelques « cartes » de l’au-delà, l’unique véritable carte géographique est celle du Wadi Hammamat, la longue route située entre Coptos (Nord de Louxor) et la Mer Rouge, serpentant entre les massifs rocheux. Cette carte dessinée sur un papyrus est malheureusement incomplète. Elle date de l’époque ramesside et est visible au musée égyptien de Turin.
Elle est mondialement reconnue pour sa valeur cartographique comme un des plus anciens exemples connus. Elle reproduit les « routes » du wadi, les montagnes, les lieux importants. Elle est surnommée la carte des mines d’or, car elles indiquent des mines d’or"
(http://www.pharaon-magazine.fr/actualites/actualit/la-carte-du-wadi-hammamat-de-turin)

Les arpenteurs, les cartographes Hammamat1.preview

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Message par Invité le Jeu 9 Avr 2015 - 1:14

Ah super, merci beaucoup !
J'ignorais cette carte que l'article décrit comme mondialement connue, et qui indiquerait effectivement l'emplacement de mines d'or et de carrières de schiste !

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Message par Invité le Jeu 9 Avr 2015 - 1:19

je la découvre en même temps que toi, alors merci aussi car cela m'a donné l'occasion de chercher quelques informations complémentaires :-)

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Message par Invité le Jeu 9 Avr 2015 - 1:37

Liens sur la période médiévale:

2 émissions de radio :

la première sur le monastère syriaque de Kennesrin, qui joua entre les VIe et VIIIe siècles un rôle de témoin entre la science des Grecs et celle des Arabes :
http://www.franceculture.fr/emission-foi-et-tradition-l%E2%80%99astronomie-syriaque-au-vie-et-viie-siecle-2012-11-11

la seconde (entretien avec Patrick Gautier-Dalché) sur la réception de Ptolémée dans l'Occident médiéval :
http://f.emf.fr/confs2009/2009-01-20_la_geographie_de_ptolemee_dans_le_moyen_age.MP3

Les articles spécialisés sont disponibles sur le site academia.edu : on envoie son adresse mail et hop ! (l'inscription et les téléchargements sont gratuits)
https://cnrs-gif.academia.edu/PatrickGautierDalch%C3%A9

J'ai pu commenter la Mappemonde de Lambert de Saint-Omer grâce aux documents iconographiques présentés sur ce site :
http://cartographic-images.net/Cartographic_Images/217_Lambert_of_St._Omer.html


Enfin un livre que j'ai trouvé la semaine dernière à la librairie Mollat : L'Invention des Continents, du géographe Christian Grataloup :

Les arpenteurs, les cartographes 61RqAhz0-HL._SX258_BO1,204,203,200_

L'ouvrage (de 2009) couvre une période qui va du Moyen-âge au XXe siècle et s'intéresse aux mappemondes orientales (Chine et Corée)

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Message par Invité le Mer 29 Avr 2015 - 16:35

UⵛⵛEN a écrit:http://grandcolombier.com/2008/09/18/le-role-des-pecheurs-morutiers-dans-la-decouverte-de-lamerique-du-nord/

http://fr.wikipedia.org/wiki/Basco-algonquin

Trouvé dans le journal de ce matin :
"En Islande, il est désormais interdit de tuer les Basques"

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Message par Mégalopin le Mer 29 Avr 2015 - 19:52

ddistance a écrit:
"En Islande, il est désormais interdit de tuer les Basques"

Aux US le nigger-ball-trap reste ouvert pendant les vacances pig





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Message par Invité le Mer 6 Mai 2015 - 16:15

Les arpenteurs, les cartographes Carte_12

http://fr.wikipedia.org/wiki/Peuplement_de_l'Oc%C3%A9anie
http://fr.wikipedia.org/wiki/Peuplement_de_l'Oc%C3%A9anie#Navigation_hauturi.C3.A8re
http://en.wikipedia.org/wiki/Hawaiki
http://fr.wikipedia.org/wiki/Maui_(mythologie)







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