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Message par Tav le Sam 18 Mai 2013 - 0:16

Je me définis volontiers comme quelqu'un d'heureux et optimiste, mais j'ai parfois des accès assez fort de haine envers le formatage du monde. J'ai essayé de contenir cette haine dans un petit texte que voilà. Je pense que celui-ci peut parler aux zèbres facilement Smile Ecrit d'une traite, sans relecture ni volonté de "plaire"...

Je suis en prison depuis 28 ans. Je sais, ça fait une pige, mais, que voulez-vous. C’est pas mon fort d’être intégré en société vous savez. Moi, la société, jl’aime pas, je la trouve mal foutue, bordélique, impitoyable, intenable, pitoyable. On s’y fait à la prison, au fur et à mesure. On se dit parfois qu’il faudrait faire des efforts, bien se tenir aux yeux des autres, commencer à rentrer dans le moule pour espérer avoir un allégement de peine pour bonne conduite. On finit toujours par retomber dans la déviance, le non-conformisme et la volonté de se battre.
Regardez comme la vie est paramétrée, on s’enferme dans les hôpitaux où l’on nait, puis on prend la voiture, fermée elle aussi, pour parvenir jusqu’aux briques de notre domicile familial. Puisqu’on en parle de la famille, cette institution régie par des secrets, des lois, des rapports de domination. On passe ensuite dans des écoles, où l’on nous forme ou plutôt nous déforme, jusqu’à l’âge adulte. Nous adulons alors la vie en autonomie de l’étudiant, qui pourtant devra commencer à construire sa stabilité, son ancrage dans la société avec ses études. Ils ont tous les mêmes goûts, les mêmes habits, les mêmes envies, les mêmes déceptions, les mêmes joies, les mêmes sorties, les mêmes stéréotypes. Moi dans tout ce bazar, je sais de quoi j’ai besoin : pas les mêmes choses qu’eux. Une bonne raison pour me sentir banni d’un système qui ne veut pas de moi.
Un prisonnier, il y’a quelques années, est venu partager ma cellule. Je me souviens de lui aisément, c’était un bon gars. A peine plus jeune que moi, il se passionnait pour l’astronomie, les échecs et les théories extraterrestres. Ces trois domaines m’étant totalement inconnus, j’en appris beaucoup de sa part. Vraiment sympa, il m’a longuement raconté tout ce que je devais savoir de Copernic, Hawking et Kasparov. A mon tour, je lui expliquais mes découvertes sur le monde pornographique, le véganisme et le dadaïsme. Enfin une personne dans cette prison merdique qui s’intéressait à des sujets un peu originaux, qui n’était pas préfabriqué, qui voulait découvrir et comprendre le monde dans lequel on vit.
Je lui dis un jour : « Je remercie les geôliers de t’avoir mis dans ma prison. J’apprécie beaucoup ta présence, tu es intelligent et aimable. »
Il me répondit alors vivement : « Aimable, sûrement, intelligent je ne pense pas. Regarde bien, nous sommes tous deux ici, je suppose qu’on est pas si malins que ça. »
Sa remarque me frappa durement, car oui, je détestais la société et l’état d’esprit des gens. Mais eux, au moins, étaient libres. Qu’est-ce que leur liberté de mouvance par rapport à ma liberté de réflexion ?
« Tu m’as l’air absorbé, à quoi penses-tu ? » m’interrogea-t-il.
« C’est notre faute finalement. On ne peut s’en prendre qu’à nous-mêmes. Nous avons choisi d’être ici. » Ce à quoi il acquiesça, et l’heure du coucher se fit sentir. J’eus du grain à moudre pendant que je regardais le béton du plafond. La haine que j’ai développé au fur et à mesure des années, d’où tire t-elle sa source ? Peut-être l’école.
Que se passait-il à l’école primaire ? Ah oui, je me souviens passer mes récréations à m’inventer des histoires, à vivre des aventures avec mes amis. Etais-je un cancre ? Je ne crois pas, en tout cas pas à ce moment-là, pas encore. Il me semble même que c’était le contraire, cette période était un peu trop facile. Mais ennuyeuse, ah ces putains de leçons qui duraient 1000 ans et qui n’avaient aucun intérêt. Les billes, les jeux, les histoires que nous inventions, ça, ça avait de l’intérêt.
Les histoires n’ont jamais cessé d’exister dans ma tête, elles se sont toujours développées. Le monde que nous connaissons n’a jamais pris le pas sur mon imaginaire, mes univers intérieurs sont restés intactes, jamais touchés par vos formatages de bâtards…
Ces scénarios qui me traînent dans la tête, eux au moins, ils ne me feront jamais défauts. Je les contrôle, c’est l’endroit où je peux me reposer, être tranquille. Le seul lieu qui ne m’échappera jamais des mains, qui se modèlera selon ma volonté, sa plasticité infinie me procurant du plaisir à outrance. Bande de chiens, vous n’aurez jamais ces villes infinies qui se construisent chez moi, ces personnages utopiques et imparfaits qui déversent leur créativité sur mes mondes, ces paysages riches de ma naïveté, ces sociétés idéalistes et égalitaires qui n’ont aucune chance d’exister en vrai.
Putain, ça fait 28 ans que je suis en prison, et j’ai à peine 28 ans. Ça craint quand même.
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Message par dessein le Sam 18 Mai 2013 - 1:47

mon petit loup,

il semblerait que tu aies vu trop de choses moches et pas assez de choses chaleureuses.
tu parles "contrôle" et j'entend peur, il y autre chose que le moche et tordu, je te le jure (et je crache)



bonne suite
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