Alice Miller: "L'Avenir du drame de l'enfant doué"

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Message par Invité le Mer 13 Nov 2013 - 22:49

siddhartha a écrit:Il me semble qu'on peut distinguer deux choses :

1. Le cas de la glace, par exemple, est légion, et rend d'autant plus difficile de part sa banalité la possibilité de séparer le bon grain de ivraie comme tu le suggères.
Pour ne rien arranger, il y a des actes, des situations, qui sont communs à l'arsenal des parents normaux et à celui des maltraitants. Dans le second cas, ils vont être présentés, commentés d'une manière différente, répétés plus souvent, avoir une occurrence incohérente plutôt que participant d'un programme logique de mise de limites légitimes par exemple, etc. Il faudra avoir compris le contexte pour en saisir la véritable place...

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Message par siddhartha le Mer 13 Nov 2013 - 22:57

el-jibe a écrit:Donc ce que tu veux dire c'est que la "bienveillance" n'existe pas et qu'il ne s'agit là que d'un mécanisme de protection ?
On est bien spécifiquement dans le cadre des relations parents-enfants ?
La bienveillance ne doit pas s'appliquer pour justifier un comportement qui nous blesse. Comme son nom l'indique, la bienveillance n'est pas une protection, mais une ouverture à l'autre. On peut très bien s'ouvrir, mais seulement si nos émotions nous indiquent d'aller dans ce sens. Ce que dit Alice Miller (et donc autant la lire elle-même pour ne pas déformer son propos), c'est que si ton psy t'incite à prendre sur toi vis à vis d'une agression, c'est qu'il reproduit lui-même une violence traumatique (qu'il a peut-être vécu)  qui lui semble normale. Pour lui, donc, tu devrais réprimer ta colère, et abdiquer face à la violence. Il ne fait, lui-même, qu'exercer un pouvoir qu'il a sur toi, et qu'il n'avait pas lorsqu'enfant il a subit une expérience du genre. Mais je caricature le propos en résumant ainsi.

Elle souligne que bien au contraire de ce qu'on propose d'ordinaire, c'est en découvrant ces traumatismes originels que l'on peut en faire le deuil et donc neutraliser ce qui nous pèse et que l'on peut faire subir malgré soi à plus faible que soi si l'occasion se présente.

Mieux vaut que tu y jette un oeil par toi-même. Je ne suis pas là pour discréditer ton psy ou quoi que ce soit du genre, car je ne connais rien du contexte. Tu as un lien vers l'un de ses bouquins plus haut. Et si tu préfères déjà des articles, son site Internet en propose qui peuvent déjà te mettre dans le bain. On ne peut pas s'immiscer dans les discussions avec ton psy sans les connaître.

Et j'oubliais car je suis fatigué : bon courage à toi et bonne lectures. Very Happy 
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Message par el-jibe le Jeu 14 Nov 2013 - 7:46

siddhartha a écrit:
el-jibe a écrit:Donc ce que tu veux dire c'est que la "bienveillance" n'existe pas et qu'il ne s'agit là que d'un mécanisme de protection ?
On est bien spécifiquement dans le cadre des relations parents-enfants ?
La bienveillance ne doit pas s'appliquer pour justifier un comportement qui nous blesse. Comme son nom l'indique, la bienveillance n'est pas une protection, mais une ouverture à l'autre. On peut très bien s'ouvrir, mais seulement si nos émotions nous indiquent d'aller dans ce sens. [...]

Et j'oubliais car je suis fatigué : bon courage à toi et bonne lectures. Very Happy 
C'est bien ainsi que je l'entendais.Wink 

Merci, je vais me pencher là-dessus dans pas longtemps ! study 
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Message par La patte le Mer 29 Jan 2014 - 0:33

Hello à tous

Je relance le sujet. J'ai relu tout le fil d'une traite, fouyouyou !
Pour ma part, j'ai trouvé un psy qui s'inscrit dans la démarche d'Alice Miller.
J'ai coupé les ponts avec mon père depuis plus de 5 ans, mais c'était même avant d'ouvrir un livre d'Alice M.
La lecture d'Alice (jai commencé par "le corps ne ment jamais" et lu presque tous les autres) m'a permis de comprendre pourquoi pour moi, c'était indispensable.
Grâce à une connaissance, j'ai découvert d'autres auteurs qui m'ont permis de remettre encore plus en question l'histoire familiale racontée par mes parents et autres. J'appellerai ça le "roman familial", il me semble que c'est une expression déjà utilisée.
Je vous invite à vous renseigner sur Murray Bowen, le triangle de Bowen. Il y a des infos sur internet. Je vous invite à vous interroger sur le projet d'enfant que vos parents avaient, pourquoi ils se sont mis ensemble... Pour faire plaisir à leurs parents ? Pour leur donner des descendants ?
Paul-Claude Racamier aussi pour le rapport mère-enfant, l'incestuel, les deuils expulsés... Mais c'est plus technique (même s'il ne remet pas en cause le complexe d'Oedipe !).
Enfin les auteurs qui traitent de la thérapie familiale.
Pour moi, ça renforce ou révèle la portée des messages d'Alice Miller.
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Message par Deedee le Mer 29 Jan 2014 - 12:19

J'ai commencé "le drame de l'enfant doué" il y a 2 jours, il me faut faire une pause là, j'ai déjà plus de mouchoirs. Ça va pas être facile je sens.
Merci pour tous les tuyaux Filou, je vais farfouiller ! Merci !
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Message par La patte le Mer 29 Jan 2014 - 13:31

C'est un chemin difficile mais essentiel. Enfin, pas toujours difficile, mais parfois déprimant, je trouve. Mais je parle de ce que je ressens, là. Quand le voile tombe, l'histoire cachée derrière est parfois difficile à s'approprier. Le but final, c'est bien sûr d'aller mieux. Mais on ne le peut sans doute pas tant qu'on vit dans les illusions.
De toute manière, quand on entame ce chemin, je crois qu'on n'a pas eu le choix. Et c'est une délivrance. Ma sensibilité, mes traumatismes et mon empathie ne m'ont pas laissé d'autres choix que celui-là.

Alice Miller, je l'ai découvert alors que je travaillais avec psychanalyste, et je sentais que ça n'allait pas dans le bon sens. J'étais obligé de chercher en dehors des séances (3 par semaine pourtant !) les réponses que je cherchais, les outils dont j'avais besoin.
Je suis heureux d'avoir fait ce parcours. J'ai depuis découvert des tas d'autres choses dont mon appartenance très probable au genre "zèbre".

Je ne pense pas qu'Alice parle des surdoués. C'est un message universel. Et il y a beaucoup d'espoir. Mais il faut casser la chaîne de la violence transmise d'une génération à une autre.
Je pense qu'il faut s'engager dans une démarche personnelle et collective. Je crois que c'est le sens de l'engagement d'Alice Miller.

J'ai également lu le livre d'Olivier Maurel sur la violence éducative ordinaire et ses conséquences. Je vous invite à aller visiter son site, OVEO (Observatoire de la Violence Educative Ordinaire). On peut adhérer à l'Assoce pour une participation de 5 €.

J'aimerai continuer les échanges avec les personnes sur ce chemin, sur ce site.
En MP, sur ce fil ou In Real Life, en organisant des rencontres autour de ce sujet.
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Message par Fridu le Ven 14 Fév 2014 - 13:09

Tout à fait en phase avec Filou...
lu Notre corps ne ment jamais et Le Drame de l'enfant doué, il y a des années, conseillés par un somatanalyste, ça a changé ma vie; j'étais bien loin du monde des surdoués! ces livres étaient des petites lumières dans l'obscurité de ma souffrance (cf Gravity); mon cheminement m'a ensuite amenée à la notion de Perversion du Lien (Racamier, Hurni et Stoll), dévoilement encore, et aujourd'hui à celle du Nourrisson savant (on trouve sur internet), concept de Ferenczi (disciple dissident de Freud), qui m'amène à ce site...
donc je pose ça : l'analyse ferenczienne permet de mettre en mots l'impensé et impensable de la période archaïque (avant 3 ans), ça aussi c'est aussi peu connu qu'Alice Miller, alors à diffuser sans modération...

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Message par cycliste le Ven 14 Fév 2014 - 14:38

Merci beaucoup Fridu pour ces références intéressantes. J'ai lu cet article avec beaucoup d'intérêt:
http://www.cairn.info/revue-le-coq-heron-2007-2-page-122.htm
Winnicott est intéressant aussi.
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Message par Fridu le Ven 14 Fév 2014 - 15:04

et merci Cycliste pour l'écho renvoyé!

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Message par Bretonne le Mar 16 Déc 2014 - 2:33

Je fais remonter ce fil, dont je n'avais pas connaissance à l'époque où il est sorti.

Je voudrais témoigner de mon ressenti et de mon vécu, il y a eu un avant et un après Alice Miller. Je le dis sans hésiter: elle m'a sauvée la vie.

J'ai fait de nombreuses dépressions par le passé, je me sentais toujours très mal avec les autres, avec moi-même. J'étais dans des hauts et des bas qu'elle m'a permis de nommer: dépression et grandiosité, deux revers de la même médaille. Ce que la psychiatrie appela maniaco-dépressif, bipolaire...

Je faisais du théâtre depuis longtemps et j'étais sans cesse confrontée à ce trouble narcissique: que faire de moi-même avec comme seul instrument ce faux-moi?

Puis j'ai eu la chance de tomber sur des cours avec des professeurs russes, américains, qui mettent plus l'accent sur le travail des émotions et de la véritable dimensions psychologiques des personnages. Je me suis retrouvée face à un mur, mais pas un mur qu'on ne peut pas abattre, plutôt celui face auquel on est obligé de stopper, et sur lequel est écrit en gros: Tu as un gros problème,(fais des recherches, c'est sûrement à cause de ton passé!)

Me voilà sur internet à chercher des infos sur la maltraitance, que je savais avoir subi et là, je tombe sur ce texte:

Un adulte ne peut vivre ses sentiments que si, enfant, il a eu des parents, ou des substituts parentaux, attentifs à ses besoins. Comme l'individu maltraité dans son enfance n'a pas connu cela, il ne peut se laisser surprendre par des sentiments, car seuls trouvent accès en lui des sentiments que la censure intérieure, successeur des parents, autorise et approuve. La dépression, le vide intérieur sont le prix à payer pour ce contrôle. Le vrai Soi ne peut pas communiquer parce qu'il ne s'est pas développé, étant resté à l'état inconscient, enfermé dans une prison intérieure. La fréquentation des geôliers ne favorise pas l'épanouissement. C'est seulement après la libération que le Soi commence à s'exprimer, à croître et à développer sa créativité. Et là où autrefois n'existaient que ce vide redouté ou d'angoissants fantasmes de grandeur, surgit un jaillissement de vie, d'une richesse inattendue. Ce n'est pas un retour chez soi – car on n'en a jamais eu. C'est trouver son chez-soi.

Et ce fut une révélation, avec ce seul petit paragraphe, une sorte de brèche immense s'est ouverte en moi. Elle mettait des mots précis sur tout ce que je vivais. Elle me disait que j'avais le droit d'aller mal, parce que ce n'était pas de ma faute, que j'avais le droit de ne pas fréquenter ceux qui m'avaient maltraités, que ce vide intérieur que j'avais tellement tenté d'analyser par l'écrit de poèmes et de textes très lyriques, trouvait sa source dans la maltraitance, que mes angoissants fantasmes de grandeur (que j'appelais "beauté violente" ou "envol artistique") n'étaient que mes tentatives de déni de cette souffrance, et enfin tout en lisant que je ne pouvais pas retourner chez moi, car je n'en avais jamais eu, j'ai su que je pouvais arrêter de chercher, j'avais trouvé mon chez-moi.

Aragon disait: Voyageur, tu cherches sans cesse un pays où vivre vaille la peine de mourir.

Ce pays, c'était moi-même. Tout a changé, tout. J'ai ouvert les yeux sur tellement de choses. La vie n'a pas cessé d'être moche, mais alors qu'avant j'essayais de toutes mes forces de la "sentir" belle, pour ne pas "mourir au dedans", aujourd'hui je la vois moche, mais c'est pourtant maintenant que je sens que ma vie a une quelconque importance. Je n'ai plus jamais connu de dépressions ni d'envie de mourir et je possède à chaque instant ce réconfort magique de la connaissance émotionnelle. Je sens donc je suis!

J'en passe par des vertes et des pas mûres par contre, des trucs pas jolis et tout beurk même, les émotions qui remontent, ça nécessite toute la disponibilité du corps et de l'esprit, comme si au lieu de faire un grand barrage, tout criait dedans moi: "préparez-vous les gars, arrivée des grandes eaux!"
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Message par Fridu le Mar 16 Déc 2014 - 9:47

Bonjour payse...quelle est la source du texte cité? merci braz
à lire aussi : le nourrisson savant
a galon!

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Message par Bretonne le Mar 16 Déc 2014 - 14:42

Issu du drame de l'enfant doué of course Wink
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Message par Invité le Dim 1 Fév 2015 - 21:42

Bonjour,

puisque c'est en lien, je vous mets ici une critique du livre du fils d'Alice Miller, pour information :

Pour une critique du livre de Martin Miller :
Entre Alice Miller et son fils, une relation dramatique

Le témoignage du fils d’Alice Miller éclaire les zones d’ombre de la biographie de l’illustre psychothérapeute. Sans toujours rendre justice à la portée de son héritage.

(Trouvé dans la newsletter que je reçois de : http://www.regardconscient.net/)

Entre Alice Miller et son fils Martin,
une relation dramatique
par Marc-André Cotton

Résumé : Le témoignage du fils d’Alice Miller éclaire les zones d’ombre de la biographie de l’illustre psychothérapeute. Sans toujours rendre justice à la portée de son héritage.
Publié en langue allemande en 2013[1], le livre de Martin Miller explore « la tragédie » vécue par la jeune Alice Miller – une figure aujourd’hui reconnue pour son engagement en faveur des enfants – autant que les blessures intimes de son auteur. Le fils aîné de celle qui fustigea le déni de la psychanalyse à l’endroit de la violence parentale se donne en effet pour projet de révéler les défaillances de sa propre mère envers lui, tout en mettant au jour l’impact des traumatismes de la guerre sur leur douloureuse relation. Non dénué de colère et d’amertume, mais avec le recul d’un travail thérapeutique manifeste, cet ouvrage offre une perspective émouvante sur la transmission intergénérationnelle de la souffrance dont Alice Miller a si justement décrit les mécanismes.

« Un mur de silence »

La tragédie personnelle de Martin Miller, affirme-t-il, est de ne pas avoir pu établir de rapport émotionnel avec ses parents, ce qu’il explique aujourd’hui par le « secret » dont ces derniers entourèrent leur histoire – particulièrement celle des années de guerre. Il dénonce « l’inversion de la relation parents-enfants », fréquente chez les survivants de l’holocauste, dans laquelle les adultes recourent au soutien émotionnel de leurs enfants, et contribuent ainsi à « la transmission du traumatisme refoulé de la persécution[2] ». À la mort de sa mère, survenue en avril 2010, Martin entreprend de reconstituer son chemin de vie, renouant notamment avec les cousines d’Alice Miller établies aux États-Unis. Si la valeur des travaux de l’infatigable avocate de l’enfance ne sera pas remise en cause à ses yeux, l’auteur en déduira que la dissociation psychique fut probablement, pour elle aussi, la seule manière de tenir son passé à distance.

Alice Miller est née Alicija Englard, au sein d’une famille juive orthodoxe établie à Piotrków-Trybunalski (Pologne), le 12 janvier 1923. Mais jusqu’à son mariage avec Andrzej Miller, un étudiant catholique rencontré après la guerre à l’université de Łódź, elle se fit appeler Rostovska. Comme le découvrit tardivement Martin, elle adopta ce patronyme en 1940, après s’être échappée du ghetto de Piotrków pour séjourner clandestinement dans la partie « aryenne » de Varsovie, alors occupée par les nazis. « Je devais toujours me dire que je ne pouvais plus être juive mais polonaise, lui confiera-t-elle. Pour survivre, je devais changer mon nom et prendre une identité polonaise[3]. » Alice réussit à sauver certains membres de sa famille en leur procurant de faux passeports, mais conservera toute sa vie la terreur d’être trahie et déportée. Ayant érigé « un mur de silence » autour de ce vécu traumatisant, elle vivra la curiosité naturelle de son fils comme une nouvelle forme de harcèlement.
L’auteur montre en effet que les remontées émotionnelles de sa mère – séquelles inévitables des traumatismes dont elle ne s’est que partiellement libérée – ont sans cesse fait obstacle à l’épanouissement de leur relation, au point d’enfermer le jeune Martin dans un rôle de persécuteur. À leur manière, c’est aussi ce qu’ont dû ressentir certains proches d’Alice Miller qui, comme le psychanalyste Jeffrey Masson, ne comprirent pas pourquoi ils se retrouvèrent soudainement « sur la longue liste des gens qui l’avaient abusée[4] ». Au reste et comme l’écrit Miller elle-même, n’est-ce pas le sort que les adultes réservent habituellement à l’enfant, lorsque sa spontanéité met en cause leur structure de pensée ? Le témoignage du fils confirme alors douloureusement la pertinence des théories maternelles.

Un carcan religieux

Les pages que l’ouvrage consacre à la prime enfance d’Alicija sont tout aussi édifiantes : le lecteur y trouve les traces d’une violence familiale occultée, matrice précoce des comportements qu’elle répétera avec son fils longtemps plus tard. Martin a obtenu ces renseignements par ses parentes américaines et cède ici à une certaine complaisance, rapportant par exemple sans nuance qu’Alicija « a connu une bonne enfance, [car] elle obtenait toujours tout ce qu’elle voulait[5] ». L’auteur se dit troublé que sa mère l’ait détourné de ses racines juives, mais peine à comprendre pourquoi elle l’a fait et se refuse à mettre en cause le carcan religieux contre lequel elle s’est rebellée dès son plus jeune âge.
On découvre pourtant qu’Abraham Dov Englard, le grand-père d’Alicija, était un rabbin hassidique et que son second fils Meylech – lui aussi « très religieux » – n’osa pas désobéir lorsque celui-ci lui imposa une épouse « froide et impassible[6] ». Première née de ce mariage dépourvu d’affection, Alicija allait incarner la révolte que ses parents n’osaient pas exprimer face aux règles qui leur étaient imposées. Sachant que son grand-père administrait un centre d’études talmudiques à Piotrków[7], il lui fallut sans doute beaucoup de détermination pour obtenir d’être inscrite à l’école publique polonaise – contrairement à sa sœur cadette qui fut contrainte de fréquenter une école juive.

C’est auprès de sa tante Ala, la sœur cadette de Meylech, et de son mari Bunio qu’Alicija devait trouver les « témoins secourables » dont elle montrera l’importance dans son œuvre ultérieure. Le jeune couple avait une conception plus libérale du judaïsme et s’était assimilé à la société polonaise – un monde moins corseté qui semblait fasciner la fillette. Lorsqu’elle se disputait avec ses parents, Alicija venait se réfugier auprès d’Ala où elle se ressourçait. Livrée aux punitions de sa mère et affligée par l’impuissance de son père, elle répondait par le retrait aux réprimandes qui lui étaient faites, de sorte qu’on l’a jugée comme arrogante et méfiante envers autrui. Pour Martin Miller cependant, ce vécu a établi en elle « un jugement subjectif » injustement hostile au judaïsme[8]. Même si l’auteur reconnaît dans ces empreintes le fondement d’un futur positionnement thérapeutique, il lui est difficile d’admettre que la réactivité de sa mère à l’autoritarisme de son environnement familial ne lui était pas singulière, mais relevait d’une force vitale propre à l’enfant. Et que c’est en cela que son œuvre touche à l’universel.

Les rejouements maternels

La seconde partie du livre nous montre de quelles manières le passé non résolu d’Alice Rostovska va refaire surface dès son envol vers la Suisse où elle émigre en 1946, avec son futur mari, pour y suivre des études de philosophie. Fuyant un pays dévasté par la guerre, la rescapée est stupéfaite par l’opulence qui l’entoure et ne pourra jamais se dégager d’un sentiment d’étrangeté. Son mariage avec Andrzej Miller se révèle destructeur, les jeunes époux n’ayant d’autre perspective que de remettre en scène des souffrances indicibles. « La maison des Miller était en permanence le siège de disputes ou d’une tension pesante », écrit leur fils Martin[9].

De son côté, Alice Miller reconnaîtra avoir projeté sur son mari jaloux la sensation d’être constamment surveillée qui l’avait dominée pendant la guerre et notamment à Varsovie, lorsqu’un maître-chanteur la menaça de dénoncer son identité juive à l’occupant allemand[10]. On pourrait ajouter que cette relation malheureuse la renvoyait au drame vécu par ses propres parents, qui consentirent à fonder un foyer sans amour pour ne pas mettre en cause leurs traditions. C’est dans le cercle du Séminaire psychanalytique de Zürich que la jeune thérapeute va trouver une nouvelle famille – comme jadis auprès d’Ala et de Bunio – avant que son esprit indépendant ne l’oppose frontalement aux disciples de l’orthodoxie freudienne, qui finirent par la rejeter.

« Quel étrange et douloureux sentiment de déjà-vu pour ma mère ! », commente Martin Miller en suggérant un parallèle avec le corset de religiosité qui avait assombri son enfance[11]. La psychanalyse n’était plus ce refuge lui permettant d’épanouir son vrai self – une expression découverte en lisant Winnicott –, mais une nouvelle forteresse idéologique et sectaire de laquelle elle entreprit de s’échapper. D’autres précurseurs comme John Bowlby, qui montra l’importance pour l’enfant du lien émotionnel avec sa mère, devaient finir de la convaincre que les troubles psychiques résultent d’expériences traumatisantes vécues dans l’enfance et ne sont pas les reliquats de conflits sexuels non résolus, comme l’affirmait Freud.

Des parents indignes

Mais ces prises de conscience interviennent tardivement dans la vie d’Alice Miller, tout au moins pour Martin qui a déjà près de trente ans quand celle-ci écrit Le Drame de l’enfant doué (1979). Elles ne l’ont pas empêchée de reproduire sur ses jeunes enfants les schémas de comportement qui l’ont fait tant souffrir dans son enfance, en particulier ceux d’une mère« froide et impassible » à laquelle elle ne voulait surtout pas ressembler[12]. De ce point de vue, la lecture des pages que Bowlby consacre à l’attachement maternel fera office de douloureux révélateur, nous dit Martin, qui rapporte en détail les multiples abandons auxquels il fut soumis. Aux besoins d’un nourrisson qui semblaient lui dicter sa conduite – ce que la jeune mère abhorrait –, Alice répondait en effet par une cruelle mise à distance.
Né en 1950, l’enfant fut placé quinze jours en nourrice, puis passa les six premiers mois de sa vie chez Ala, Bunio et leur fille Irenka. « Mes parents restèrent pour moi des étrangers »,confie Martin[13]. À la naissance de sa sœur trisomique six ans plus tard, il souffrait d’énurésie et séjourna deux ans dans un home d’enfants sans contact avec sa famille. Dans les années suivantes, les employés de maison lui servirent de substituts parentaux – un personnel dont sa mère changeait fréquemment afin que les enfants ne s’y attachent pas. On peut imaginer l’impact de ces ruptures relationnelles sur le développement psycho-affectif du jeune Martin et l’auteur s’en confie avec pudeur, en insistant sur ses difficultés scolaires.
Au désespoir occasionné par ces négligeances s’ajoutait la souffrance d’être livré à la violence du père, un homme imprévisible que sa mère laissait faire. Outre les coups et les humiliations, Andrzej Miller a soumis son fils à des contrôles intimes en l’obligeant à se laver le matin avec lui – sans susciter la réprobation maternelle. « Avais-tu peur de devoir me protéger de mon père quand il organisait ce supplice imposé ? Que pensais-tu alors qu’il se moquait de moi à table tous les midis et qu’il me coupait la parole ? », demandera Martin à sa mère dans une lettre virulente datant de 1994[14]. Il va revivre une mise en scène de cette trahison dans le cadre d’un suivi thérapeutique non désiré qu’Alice Miller supervisera à l’insu de son fils et qui se terminera par un procès. L’intensité du sentiment de persécution qui le submerge alors mettra un terme définitif à leur relation.

« L’importance de son œuvre reste intacte »

Le témoignage de Martin Miller tient parfois du règlement de compte et les détracteurs d’Alice Miller ne manqueront pas d’y voir un démenti de la valeur de ses travaux sur l’enfance. Si l’on comprend que le fils montre peu d’empathie pour celle qui a trop longtemps ignoré ses besoins, il est pourtant regrettable que l’auteur – devenu psychothérapeute à son tour – ne parvienne pas à partager la détresse que la petite Alicija vécut dans la solitude au sein de sa propre famille[15]. Martin s’applique au contraire à idéaliser l’héritage culturel que sa mère a rejeté, comme si lui aussi voulait se rebâtir un foyer. De ce point de vue, son insistance à imputer les négligences maternelles aux seuls traumatismes de la guerre suggère une forme de dissociation[16].

Il lui est également difficile de mettre en cause la responsabilité de son père dans la problématique familiale et avec elle, celle de ses ascendants masculins. S’il consacre quelques pages aux brutalités paternelles, le concept analytique d’identification à l’agresseur semble par exemple ne pas le concerner[17]. Martin parle également avec emphase de son aïeul Abraham Dov Englard, mais il feint d’ignorer les conséquences psychiques des règles religieuses que celui-ci dictait à ses enfants. Son second fils Meylech, le père d’Alice Miller, « ne voulait et ne pouvait pas s’imposer. Tout en souffrant de la tutelle parentale, il se taisait et se soumettait à son destin[18] ». Il est mort au ghetto de Piotrków, nous dit Martin Miller, parce qu’il« n’a pas renoncé à son identité juive, même pour survivre[19] » – contrairement à sa fille. Ainsi l’on se demande si l’auteur est conscient qu’il doit sa propre existence à la « trahison » de sa future mère envers le judaïsme, puisque celle-ci fut l’expression de son désir de vie.

En fin de compte, Martin Miller reconnaît que « l’importance de [l’œuvre d’Alice Miller] reste intacte[20] » – mais seulement ses trois premiers livres. Les suivants, ainsi que ses conseils thérapeutiques par Internet, relevant selon lui de la « spéculation ». Cette réserve se comprend si l’on garde à l’esprit que ces premières années d’écriture furent aussi parmi les plus heureuses de la vie de Martin. Ce dernier avait presque atteint la trentaine et fut le témoin d’une transformation radicale : « Ma mère me parlait de ses pensées et je la découvris sous un tout autre jour : passionnée, ouverte, abordable, détendue[21]. » Libérée d’un mariage malheureux, elle s’affirmait face à l’orthodoxie de la psychanalyse et intégrait son fils dans ce projet – ce qu’elle n’avait jamais fait auparavant[22]. Une proximité qui raviverait bientôt chez lui le manque terrible d’une mère disponible et aimante.
Marc-André Cotton

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[1] Martin Miller, Das wahre “Drama des begabten Kindes”. Die Tragödie Alice Millers. Wie verdrängte Kriegstraumata in der Familie wirken, Kreutz Verlag, 2013. L’ouvrage utilisé ici est la traduction française, Le vrai “drame de l’enfant doué”. La tragédie d’Alice Miller. L’effet des traumatismes de guerre dans la famille, Presses universitaires de France, 2014.
[2] Ibid., p. 18.
[3] Ibid., p. 50.
[4] Jeffrey Masson s’en explique dans son commentaire de l’article de Daphne Merkin, Private Drama. Alice Miller was an authority on childhood trauma, but she stayed mum about her own, Tablet, 4.5.2010, http://tabletmag.com/jewish-arts-and-culture/books/32682/high-drama.
[5] Irenka Taurek, cité par Martin Miller, op. cit., p. 41.
[6] D’après une cousine d’Alicija, citée par Martin Miller, ibid., pp. 37-38.
[7] Il s’agit de la yechivah Keter Torah, lire Shimshon Maimon, The Radomsk Chassidic House, in Ben Giladi, A Tale of One City, Piotrków Tribunalski (Poland), Shengold Publishers, 1991, http://www.jewishgen.org/yizkor/Piotrkow/pit098.html.
[8] Martin Miller, op. cit., p. 45.
[9] Ibid., p. 72.
[10] Ibid., p. 78.
[11] Ibid., p. 96.
[12] Les qualificatifs sont ceux d’une cousine d’Alice, citée par Martin Miller, ibid., p. 39. Dans une lettre à son fils datée du 22 novembre 1987, Alice Miller décrit une mère cruelle qui a détruit la vie de ses deux enfants sans la moindre mauvaise conscience. « Pourtant, je portais en moi cette vérité, je la pressentais, et toute ma vie j’ai cherché des moyens qui m’auraient aidée à lever le refoulement. » Citée par Martin Miller, ibid., pp. 9-10.
[13] Ibid., p. 124.
[14] Lettre du 6 janvier 1994, ibid., p. 131.
[15] Martin Miller se considère avant tout comme une victime de sa mère et ne peut sans doute pas éprouver cette compassion envers elle : « J’ai longtemps été consterné et même en colère […] de voir à quel point sa propre vie contredisait sa vision des choses. Mais je n’étais pas son thérapeute ; je suis son fils. » Ibid., p. 114.
[16] Il écrit par exemple, page 21 : « Aujourd’hui, je suis persuadé que l’incapacité d’Alice Miller à être pour moi une mère aimante est due au traumatisme solidement refermé des années de persécution de 1939 à 1945. »
[17] Martin se défend de manifester certaines des caractéristiques de ce père détesté, page 146 : Quand [ma mère] m’a reproché de lui ressembler de plus en plus, j’entends aujourd’hui qu’elle identifiait de nouveau mon père à ce maître-chanteur de l’époque de la persécution. Dans ses attaques, elle m’identifiait donc à ce nazi persécuteur. »
[18] D’après une cousine d’Alice Miller, ibid., p. 37.
[19] Ibid., p. 144.
[20] Ibid., p. 151. Dans son prologue, il écrit également : « La valeur des écrits de ma mère et la portée de sa théorie – cela est aussi très important pour moi – ne sont pas remis en question par son comportement envers moi. » Ibid., p. 24. On rajoutera qu’il en est même une douloureuse confirmation.
[21] Ibid., p. 106.
[22] Le ressentiment de n’avoir pu poursuivre ce partage avec elle transparaît lorsque Martin Miller écrit, page 87 : « [Dans son œuvre ultérieure] ma mère préférait analyser des artistes, des poètes et des penseurs post mortem plutôt que d’éprouver sa théorie sur des personnes réelles dans un dialogue direct. »


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