Choses vues

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Message par Pieyre le Ven 5 Avr 2013 - 5:17

Choses vues, c'est le titre que les éditeurs de Victor Hugo donnèrent après sa mort à un ensemble volumineux de textes que l'écrivain avait laissés impubliés. Il s'agit de faits qu'il relate, aussi bien des événements que des bribes de conversation, des instantanés du quotidien, des descriptions ou des portraits.

Quand j'étais en classe de sixième, notre professeur de français avait demandé à tous ses élèves d'acheter un carnet et de noter des choses comme ça. Je me souviens que le mien avait une couverture bleue. Je m'étais efforcé d'en remplir quelques pages, puisqu'il le fallait. Mais ce n'est que bien plus tard que j'ai noté à nouveau ce dont j'étais témoin, qui ne touchait pas directement ma vie mais qui existait, qui était révélateur, touchant ou singulier.

Je vous propose aujourd'hui, à la façon d'un exercice littéraire, de retranscrire de ces choses vues ou entendues, qu'elles soient minuscules ou plus développées.
Le principe c'est, à la façon du haïku, de laisser venir dans les mots ce qu'on a perçu de la situation, sans romancer et sans généraliser, sinon sur un mode second. Pourtant, dans la mesure où les textes soumis ne devront pas se répondre à la façon d'une discussion, je suis partisan d'éditer son texte après l'avoir posté autant de fois qu'on le jugera nécessaire afin de l'améliorer. C'est ce que je me permettrai de faire, comme pour d'autres exercices de nature semblable.

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Message par Pieyre le Sam 6 Avr 2013 - 6:48

Une nuit, il y a peut-être deux mois, je remontais à pieds la rue des Écoles. Il devait être deux ou trois heures du matin... Une demoiselle traverse la rue à petits pas pressés pour venir se placer quelques dizaines de mètres en avant de moi sur le même trottoir. Elle s'arrête alors et se retourne vers le trottoir opposé. Là se tient un garçon de son âge, à qui elle semble s'adresser de toute son attitude, sans pourtant dire un mot. Qu'est-il censé faire de son côté, – lui parler, la rejoindre ? Mais, non : en un instant elle retourne près de lui. Les dépassant, je traverse la rue moi aussi, me retrouvant sur le même trottoir qu'eux. Intrigué par ce petit jeu, je me retourne vers le jeune couple. Je les distingue en sombre sur un fond plus éclairé, presque en ombres chinoises. Alors je vois la jeune fille tendre le bras vers son compagnon, d'un geste timide, et le solliciter du doigt. Lui se laisse faire, sans reculer mais sans venir vers elle. Et puis il écarte un peu les bras, en signe d'impuissance. Une histoire se finit. Rien n'est dit, et tout est dit.


Dernière édition par Pieyre le Dim 13 Avr 2014 - 4:26, édité 1 fois (Raison : un mot en trop)

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Message par Invité le Dim 11 Aoû 2013 - 23:47

Il y a un peu moins de trente ans...
Je suis assistante de français dans un lycée en Allemagne.
La famille de l'un de mes élèves a mis à ma disposition une chambre dans la maison familiale.
Le père de famille est professeur à l'université de la ville. Il est responsable d'une "Société d'études canadiennes".

Ce soir-là, la famille reçoit deux Canadiens : un universitaire et sa secrétaire.
Je suis la Française "de service" et suis disons... conviée au dîner.
Le père, la mère, l'universitaire, sa secrétaire... et moi. Comble de délicatesse, la fille aînée de sert à table.
L'ambiance est pesante. La conversation peine à s'établir.

Mais au milieu de la terrible banalité des échanges, soudain, l'universitaire canadien, dans un geste sûr, d'une douceur et d'une tendresse infinies, replace le plus naturellement du monde l'une des mèches de cheveux de sa... secrétaire.

Seule étincelle de vie dans cette morne soirée ? Regard lyrique de la jeune fille que je suis ? Souvenir enjolivé ?
Aujourd'hui encore, je revois le geste de cet homme. Et aujourd'hui encore j'envie cette femme avec la même force.

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Message par Invité le Lun 26 Aoû 2013 - 11:24

Mali, août 1989.

Au pied de la falaise de Bandiagara (avant la ruée touristique).
La matinée débute. Nous longeons un champ de millet.
Un homme chante en travaillant. Une mélodie tranquille et douce.
Grande sensation de paix.

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Message par Lemniscate le papillon le Lun 26 Aoû 2013 - 13:26

Au restaurant
L'autre jour je me trouvais seule et à coté de moi, un couple avec un enfant de deux ans, environ, à un moment donné le père se mit à lire une histoire, avec une telle conviction qu'il faisait vivre celle ci, son petit était sous le charme et regardait cet adulte avec des yeux ébahis, il buvait ses paroles.
J'ai trouvé ce moment très beau et plein d'émotions.
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Message par dessein le Lun 26 Aoû 2013 - 13:42

savane  - Tanzanie ? 1991 ?

un imposant troupeau de girafes et de zebres galopant.

girafes ondulant a contretemps au dessus du galop sourd des zebres.

musique.




(zero sous entendu)
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Message par May Lee le Jeu 26 Sep 2013 - 16:34

le train. Une panne. Un train en panne, donc. Protestations, connivences outrées. Une femme arpente les couloirs immobiles. Elle délire, son écholalie galopante pour faire redémarrer le train. Rires de circonstances. La panne du train la panne de l'homme, on a vraiment pas idée, semble penser une assemblée en panique. On a vraiment pas d'idée, semble avouer des-cons-certés.
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Message par Invité le Jeu 26 Sep 2013 - 16:41

Au début de ce siècle, covoiturant avec un collègue vers Limoges, nous approchons d'un village à l'entrée duquel se trouve un passage piéton. Mon collègue, qui est au volant, remarque justement un piéton qui attendait de s'engager, et, "à la rochelaise", s'arrête afin de lui céder le passage. C'est un homme très âgé, tiré à quatre épingles, y compris le chapeau de feutre noir. Il passe devant nous et nous remercie d'un authentique coup de chapeau à l'ancienne, avec un grand sourire. Je me souviens encore de ce geste à l'élégance délicieusement vieille France, et je continue à gérer "à la rochelaise" la présence de piétons attendant de s'engager sur un passage.

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Message par Invité le Jeu 26 Sep 2013 - 17:46

Il y a un mois, au pied de l'île vierge.
La mer était basse. Les goélands s'étaient regroupés sur le sable, et pour beaucoup cherchaient le manger à la limite du flot montant. Un seul était à l’écart, dans les rochers, identique aux autres, mais différent. Il soulevait les algues, il avait sa méthode pour trouver ce que les autres ne verraient jamais.
Plusieurs fois depuis,  j'ai revu cette scène, les autres ensembles, là bas et lui sur le goémon, seul.
Je vais retourner me promener à Porz Crac'h et le filmer, vérifier si c'est vraiment le même.


Dernière édition par licorneau le Jeu 26 Sep 2013 - 19:51, édité 1 fois

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Message par Invité le Jeu 26 Sep 2013 - 19:04

.

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Message par Pieyre le Ven 11 Avr 2014 - 12:57

Hier vers 5h du matin, rue Saint Sulpice, je regarde un couple s'éloigner. L'homme tient la femme, la main posée entre l'épaule et le cou, un geste que je n'ai jamais eu.
Il y a quelques mois, j'avais remarqué une autre attitude chez un couple plus jeune, rue Saint Jacques. Le garçon s'écarte de la fille, comme agacé qu'elle veuille lui tenir la main. Elle doit insister, ils se tiennent donc par la main et reprennent leur marche, les deux bras formant un V, un peu à distance. La jeune femme avance décidée; je sens dans son attitude du contentement. Le garçon avance de façon plus désinvolte, mais tranquille.
Des silhouettes qui s'éloignent dans la nuit...


Dernière édition par Pieyre le Dim 13 Avr 2014 - 4:23, édité 1 fois (Raison : orthographe)

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Message par Plume88 le Sam 12 Avr 2014 - 20:52

Au milieu de biblos, le phare...Une petite dame.

"-Comment allez-vous ? Bien merci !
De toutes les façons, c'est la meilleure des réponses et la plus juste. Faut montrer la voie de l'optimisme. Petit clin d’œil. Nous sommes d'accord.
-Offrez-moi une pépite littéraire ! dit-elle. Tenez, la voici au creux de vos mains. Elle est adolescente, mais flirte avec l'adulte.
-Ce n'est pas un problème, j'ai une âme sans âge précis. Oh, mais votre collier ! C'est le même que le mien, sauf qu'il y a quarante ans d'écart ! "
Je constate avec stupeur que c'est la vérité... Et me plait à imaginer l'histoire de cette Rose du savoir.

@ Pieyre : très belle idée que ce topic ! Et merci pour la référence...ça me semble très intéressant !
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Message par Pieyre le Dim 13 Avr 2014 - 10:36

Merci ! J'ai noté des centaines de petites notations comme ça dans mon journal; je comptais bien alimenter le fil avec; et puis j'ai laissé filer, si l'on peut dire...

La scène se déroule au Franprix de mon quartier, il y a un an ou deux. J'avais remarqué à la caisse où je me dirigeais des pliages genre origami, assez complexes, qui devaient être offerts à certains clients, peut-être à l'occasion d'une fête. Mon tour arrivé, j'emballe ce que j'ai acheté. La caissière, une petite dame un peu ronde, d'origine asiatique – madame Ma, ai-je appris plus tard, ce qui est plus chinois que japonais – me rend la monnaie. Mais, en même temps, devant répondre à une autre caissière, elle tourne la tête en sa direction. Aussi, pour placer la monnaie dans ma main, elle me la saisit, doucement, afin de mieux assurer son geste. Il y a quelque chose de maternel et pourtant d'impersonnel dans ce mouvement, qui me touche. Dans ma boulangerie, à l'opposé, lorsque je tends mes pièces, on attend que je les pose à leur place réservée, et l'on y pose ma monnaie, où je dois la ramasser.

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Message par Clausule le Lun 21 Avr 2014 - 23:00

Dans une maison de retraite en banlieue.

Je suis assise dans un large fauteuil, à taille non humaine, si je peux me permettre cette expression. On notera au passage, dans ces établissements, le nombre de fauteuils de ce type, très lourds, et froids, dans lesquels on peut presque s'asseoir à deux.
Une petite table basse devant moi, avec un chausson posé dessus. Au départ, le chausson était sur le large fauteuil - je l'ai posé sur la table basse pour pouvoir m'asseoir. Il trône à présent fièrement sur sa tablette, presque au milieu du passage, mais peu de gens semblent s'en soucier.
Une petite dame jeune et âgée à la fois, un peu désorientée, passe devant moi :
" Regardez, il y a un chausson. (...) Il ne part pas vite.
- Il se repose, dis-je avec grand sérieux, et parce que j'y crois.
- Oh oui, répond la dame d'un ton entendu : ils en ont besoin.

Pour la ponctuation, j'étais assez hésitante : quand ouvrir / fermer les guillemets? Comment savoir ce qui est parole et ce qui est texte courant? Comment optimiser la chute? Etc.  
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Message par Clausule le Lun 21 Avr 2014 - 23:15

Toujours en maison de retraite.

Mr J. est un monsieur assez âgé atteint de la maladie d'Alzheimer.
Nous marchons tous les deux dans la salle de séjour, c’est à dire vers une destination non identifiée (ni par moi, ni par lui). Mr J. s’arrête devant Mme A., une dame très perturbée qui déambule à longueur de temps et s’en prend souvent aux autres résidents. On l'a assise sur une chaise, « coincée » entre le mur et une table ronde et elle s’agrippe nerveusement à la nappe. A sa droite, deux dames dorment, assises également, affalées, la tête touchant presque la table.
Mr J., à Mme A., en riant : « Salut chef ! » (puis, vers moi, à voix basse) : « on dirait pas mais il fait du bon boulot ».
Je ne peux m’empêcher de répondre, désignant les deux dames : « eux par contre, ils dorment ».
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Message par Invité le Jeu 1 Mai 2014 - 21:09

Fragment de conversation entendu, au hasard, à une table de resto.
–  Et pour leur liste de mariage ?
– Je pense à un aspirateur. Ça leur fera plaisir à tous les deux. Elle fera le ménage, et lui, il sera content.
Je tourne la tête. Celui qui a dit cela est un jeune homme. Il semble avoir mon âge. Sourire en coin.

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Message par Invité le Ven 2 Mai 2014 - 17:02

Parenthèse : je suis amoureuse de l'anecdote du chausson.

J'ouvre un livre au hasard.
« - Au surplus, le plus malheureux de nous deux, ce n'est pas moi... c'est...
- C'est moi ! moi ! moi ! criai-je.
-Oui, toi. »
Comme un air de familiarité. Avec des conversations de tous les jours, des écritures virtuelles. Avec tout. Et ce sont pourtant les mots les plus communs du monde.

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Message par Clausule le Ven 2 Mai 2014 - 21:04

Alphonsine a écrit:
Parenthèse : je suis amoureuse de l'anecdote du chausson.

J'en ai plein d'autres des comme ça Smile

Mais, je n'ai pas compris ta dernière histoire Embarassed


Dernière édition par Clausule le Ven 2 Mai 2014 - 21:13, édité 1 fois
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Message par Clausule le Ven 2 Mai 2014 - 21:12

Mme B. est une dame atteinte de la maladie d'Alzheimer, qui ne voit presque plus, entend mal, et passe ses journées assise, toujours à la même place, dans la salle de séjour de la maison de retraite.

Mme B. touche régulièrement mon bras pour « prendre ma température », en me posant toujours la même question à laquelle je ne sais pas vraiment quoi répondre.
Ce jour-là :

« - Vous avez froid ? (sur le ton à la fois d’une question et d’une affirmation).
- oui, il fait un peu froid pour un mois d'avril.
10 minutes plus tard, elle refait le geste puis :
- Vous avez froid ?
- oui, il fait un peu froid ici.
10 minutes plus tard, même scénario, mais cette fois :
- Vous avez chaud ?
- maintenant oui, je me suis réchauffée!
10 minutes plus tard :
- Vous avez chaud ?
- oui, il fait plutôt chaud dans les maisons de retraite.
10 minutes plus tard :
- Vous avez fraud ?
Je réponds, pas sûre d’avoir bien compris :
- J’ai froid ou j’ai chaud ?
Mme B. : « Les deux ».
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Message par Ardel le Dim 4 Mai 2014 - 3:02

Aéroport de Minneapolis, arrivées internationales, j'attends quelqu'un. Je regarde autour de moi, le hall, les gens qui patientent. Un groupe de japonais papote, dont un couple assez jeune (30 ans ?).

Quelques instant plus tard, un couple plus agé en provenance des douanes passe les portes vitrées qui donnent sur le hall d'arrivée. Le jeune homme s'avance vers eux, s'incline légèrement et serre chaleureusement la main de celui qui ne peut être que son père, tandis que les yeux de sa mère, tout en retenue, pétillent de joie de revoir son fils. Pas d'effusions, pas d'embrassade, mais énormément de tendresse dans cette image du père qui tient les mains de son fils et des regards qui se croisent.

Puis le jeune homme s'écarte du passage et d'un geste invite ses parents à rejoindre le groupe qui les attend quelques mètres en retrait. A nouveau, tandis que les corps restent droits et dignes, les yeux expriment tout le plaisir des retrouvailles.

Quelques secondes de joie dans un aéroport ...

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Message par Pieyre le Dim 4 Mai 2014 - 9:15

C'était il y a une vingtaine d'années. Je revenais chez moi, rue des Halles, après un cours à la Sorbonne. En arrivant rue de Rivoli, je vois un type qui traverse en sens opposé. Il a la cinquantaine sans grâce, efflanqué, le cheveu court, les vêtements neutres, – le genre ancien militaire ou ancien tôlard qui ne veut pas se faire remarquer, considérant sans doute avec mépris ses semblables. Il y a un problème de circulation au carrefour... Et voilà mon type qui se plante au milieu de la rue, et qui fait des gestes précis : – toi tu passes, – toi tu attends... vingt secondes, pas plus... et le problème réglé il s'en va, il s'efface, il fuit la foule, – pas grégaire celui-là, mais comme conscient d'un certain devoir. Envers qui, envers quoi ?

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Message par Clausule le Dim 4 Mai 2014 - 10:19

Pieyre, j'adore! Smile 
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Message par Invité le Sam 7 Juin 2014 - 16:58

Pieyre : C'est un réel plaisir de te lire !

J'ai eu un drôle de sentiment, tout à l'heure, au déjeuner, et je me suis amusée à essayer de le retranscrire. Voici :


Je suis sortie manger dehors – profiter du soleil, prendre l'air, et autres expressions consacrées. C'est là que je l'ai vu. Noir, lustré, comme un animal de concours – de grosses lettres savamment typographiées annonçant la couleur. C'est un bel objet, pur produit du culte des images. Devant, quelques hipsters dernier cri attendent tranquillement. C'est un tableau typiquement parisien et pourtant, l'odeur – friture et viande grillée – m'est familière... Je m'approche. L'ardoise est incitatrice, alors j'avance encore. La jeune femme au service me salue, aimable, désinvolte. Plaisante avec ses collègues, comme en une mise en scène parfaitement étudiée – et jouée avec le plus grand réalisme possible. Elle note la commande d'un geste sûr, en tapotant sur une tablette, intimement déconcentrée. Sa voix porte. Elle demande mon nom, qu'elle répète. Drôle de familiarité... La mode veut que l'on tutoie les passants venus prendre leur café ou leur repas, et qu'on inscrive leur nom sur leur commande. J'ai jamais bien su si c'était un moyen mnémotechnique réputé plus efficace (des études très sérieuses l'ont démontré !) ou une stratégie – une comédie – commerciale. Réchauffer les cœurs transis d'un monde anonyme, fait d'hyperliens ténus et de "Salut, ça va ?" affadis. Bonne ou mauvaise intention, on s'en fiche. C'est étrange, c'est tout. La jeune femme le fait d'ailleurs avec assez d'allant pour que cela paraisse normal – certains rendent cela si forcé que cela crée immanquablement le malaise... Elle prend la commande, donc, et j'oscille, j'hésite pour me déplacer doucement sur le côté.

Paris se peuple désormais de foodtrucks, ces restaurants beaux comme des camions, dont les rues sont les couloirs, et qui se déplacent au gré des mouvements de foule. La clientèle est plutôt jeune, bohème, archétype du genre : elle aime manger rapide mais sain, et voudrait donner un peu de sens au monde comme il lui vient. La serveuse appelle des clients avant moi – valse des prénoms peu usités. Les viandes sont servies dans de petites barquettes jolies comme tout, avec une pincette en bois. C'est alternatif en diable, et plutôt pratique d'utilisation. Les plats défilent, et j'ai le sentiment étrange de voir quelque chose d'à la fois connu et contre-nature, comme une ancienne image qu'on aurait retouchée pour la mettre au goût du jour. C'est mon tour. Je prend ma barquette et m'installe à deux pas.

Les frites sont brunies dans l'huile, fondantes. Je me suis surprise à repenser à celles que fait mon père... Et là, ça devient évident. Le camion, les odeurs, le goût même – la sensation de gras qui fond dans la bouche... ça me rappelle les fois où, dans le Nord, quand j'étais plus jeune, on allait à la baraque à frites. C'était une sensation bizarre, un rituel – une envie, même – que je ne m'expliquais pas très bien. A chaque fois, pourtant, je me souviens que je ne me régalais pas tant que ça. Je crois même que j'ai jamais fini une de ces fichues barquettes – que l'on remplissait tellement au-dessus du raisonnable que prendre une petite, moyenne ou grande portion n'avait de toute façon aucun sens. Les baraques se fient des notions de grandeur et de proportion : elles sont bien au-dessus de ça. Malgré cela, picorer quelques frites (dans leur barquette en carton, en s'empêtrant dans l'emballage de papier blanc parfumé d'huile) avait quelque chose de doux et réconfortant, que je revenais chercher, et dont j'ai un souvenir attendri aujourd'hui. Ici, la barquette est en bois, emballée de papier kraft.  La même chose, pas le même visage.

Et me voilà, dans ma petite robe à motifs, mes chaussures à boucles et ces lunettes que je n'aurais pu acheter qu'à la capitale, sur l'esplanade de la bibliothèque, au soleil, comme tous les autres... J'ai l'impression d'abord d'une posture un peu factice, d'une imposture inconsciente – mascarade, mais sans même le faire exprès... Et dans le retour du même, avec ses souvenirs associés, ses images ancrées et ses sensations diffuses, s'est glissé quelque chose d'étranger. Les gens qui vont à la baraque à frites, dans le Nord, sont bien différents de ceux que je vois attendre là...

Le camion me sourit alors, tout de même sympathique sous ses fards. Il y a peut-être de quoi rire là-dedans... Les nouvelles tendances, les modes à venir ressemblent à des souvenirs d'enfance – de ceux que tu ne racontes qu'après quelques verres de trop. Et les jeunes qui font la queue pour leur barquette de frites semblent, eux aussi, vieux comme le monde.

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Message par Glyndwr le Dim 8 Juin 2014 - 11:32

Alphonsine : Décidément, je n'en démords pas : j'adore ce texte ! Very Happy
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Message par Pieyre le Mar 10 Juin 2014 - 10:13

C'est un très beau texte en effet. Je crois d'ailleurs que la réminiscence de scènes oubliées, à la faveur du retour des événements, peut être une source importante de choses vues particulièrement sensibles. Il s'agit à la fois de célébrer l'instant présent, qui surgit inopinément, tout en étant chargé d'une profondeur due au travail de la mémoire.

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Message par Pieyre le Mar 10 Juin 2014 - 15:20

Bon, je me décide à poster moi aussi un texte un peu long, écrit en octobre 2007 sur un autre forum. Je le remanie un peu pour qu'il respecte mieux les critères des choses vues.


Depuis une semaine je ne vois plus le jeune homme aux livres. C'est un nom que je lui donne, un nom de personnage, mais lui semble se contenter d'exister. Sans doute bénéficie-t-il d'une identité officielle, reconnue, sinon d'une reconnaissance; en tous cas il me paraît marcher sans souci dans les rues du quartier. Pourtant je ne l'imagine pas discuter avec qui que ce soit. Il doit bien tous les jours faire les achats nécessaires, prononcer quelques mots, et retourner parfois un sourire. Mais en dehors de cela a-t-il des parents, ou des amis ? Je n'en ai pas l'impression.

J'ai l'occasion de le croiser, parfois le jour, plus souvent la nuit, lorsque je sors pour ma course à pieds du petit matin. Il déambule, tranquille, sans tellement d'expression, sinon l'air de se suffire à lui-même, et de ne pas en désirer plus. Il semble avoir toujours la même tenue, un vêtement simple, solide, et correct selon ce que je peux voir. Mais, ce qui le distingue, c'est que toujours il porte à la main un sac en plastique, de modèle ordinaire, qui paraît rempli de livres ou de cahiers.

Ce n'est pas dans la posture du piéton que je le vois pourtant le plus souvent. Ce terme même lui convient mal. Il n'a rien de l'individu préoccupé par le projet d'exister ici et maintenant, qui va d'un lieu à un autre de façon déterminée, ni de celui qui est posté là, à l'aise dans le flux des passants, et qui exécute des gestes et des mimiques devant quelques-uns de ses semblables.

Souvent, quand je sors, je le trouve assis, dans un recoin, au pied des bâtiments un peu biscornus qui regardent l'aile est du Collège de France. Il a son sac à côté de lui. Parfois il est penché sur l'un de ses livres, comme absorbé dans un déchiffrement, ou une contemplation, de l'objet singulier. Il s'est trouvé quelquefois qu'il laisse là, épars, ce qui m'apparaît comme un butin, ses livres; aussi je me suis approché pour voir de quoi il s'agissait : des livres scolaires, niveau collège, de diverses matières.

Quels que soient les aléas de son errance nocturne, je le retrouve presque tous les jours, à mon retour, une heure plus tard, rue de l'École de médecine. Il dort, à même le trottoir, le long du panneau de devanture de la grande librairie qui s'étend jusqu'au boulevard. Il est étendu sur le dos, son sac sous la tête lui servant d'oreiller.

Son visage produit une impression particulière, parce qu'il ne correspond pas à ce qu'on connaît du vagabond, de l'errant des villes, qu'il soit jeune paumé ou vieux clochard, ceux que l'on peut voir par ailleurs. Il a une barbe assez fournie mais encore récente, formée de multiples touffes de poils bruns; ses cheveux sont coiffés correctement; sa figure est jeune et agréable... enfin il est beau, je peux le dire.

Je n'ai pas fait attention alors, mais au moment où j'écris je m'en aperçois : il a quelque chose d'un Dormeur du val, d'un tranquille sacrifié. – Quelle fatalité a bien pu abattre en sa jeunesse cette perspective de culture que tous les jeunes devraient avoir ?

Je passe près de lui sans le déranger; mes pieds courent, légers, à cinquante centimètres de son corps. Jamais je ne l'ai vu ouvrir les yeux à ce moment, mais il a dans le sommeil comme un sourire amusé, celui qu'il montre aussi quand il m'arrive de le croiser au cours de sa déambulation. Peut-être est-ce moi au fond qui lui paraît bizarre, de courir ainsi, de nuit, avec mes vêtements neutres qui font si peu sportifs.

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Message par Invité le Sam 30 Aoû 2014 - 11:43

Ton texte me touche beaucoup, Pieyre. Je me souviens, il y a quelques années, que j'avais écrit un texte sur une silhouette que j'avais croisée dans le métro, et que j'avais surnommée, secrètement, "Le peintre aux souliers rouges". Le texte, sinon perdu, est aujourd'hui égaré... Merci pour ce texte, en tout cas, je l'ai lu et le relis avec grand plaisir.

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Message par Pieyre le Sam 18 Avr 2015 - 7:42

Je reviens vers ce sujet, qui me tient à cœur. Je voulais l'alimenter plus souvent, mais écrire n'a malheureusement pas pour moi cette force impérieuse qui fait l'écrivain. Je me contente le plus souvent de répondre.

Alphonsine, tu n'es pas la première à me faire part d'une rencontre similaire à mon jeune homme aux livres. Il y a des garçons et des filles que l'on croise, qui se distinguent des autres par une façon d'être, une sorte d'exigence, tout en étant perdus dans le flots des gens. Il y aurait une demande à lancer pour collecter ces témoignages de rencontres et en faire un livre. Encore faudrait-il pouvoir s'assurer qu'ils sont authentiques.



Après une longue interruption, j'ai repris lundi mes sorties matinales. Aujourd'hui, un peu avant 6h, en arrivant du côté de la place Saint Sulpice, j'entends des voix, ou des cris. Un jeune homme se précipite vers un autre, tête en avant, à la façon d'un bélier. Et puis il se retourne vers un troisième pour le même jeu... Mais non, c'est une fille, et ils se prennent dans les bras. Bon, ils s'amusent. Je suis toujours incertain devant ce genre de violences simulées. De même quand j'entends une fille crier, je ne peux m'empêcher de penser à une agression.
Un peu plus loin, encore ce genre de manège : deux jeunes hommes qui jouent du corps et de la voix. En passant près de moi, l'un d'eux me dit : « Il est vraiment con ! » Je ne peux m'empêcher de lui répondre : « Bah, ce n'est pas grave. »

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Message par Pieyre le Sam 18 Avr 2015 - 8:18

Le 24 juin dernier au petit matin, au même endroit, une scène que je comptais retranscrire

Devant moi, une vague course poursuite : deux garçons et une fille qui s'amusent à s'attraper; des voix de petits mecs qui jouent au mâle dominant, ou je ne sais quoi. Ils sont en fait quatre ou cinq avec la fille, qui se regroupent et continuent leur chemin sinon l'un d'eux, qui stationne quelques instants avant de les rejoindre, devant une vitrine où trône une statue. C'est une panthère grandeur nature, couchée, d'un bronze sombre, et d'un relief tourmenté. Il lui fait face en effectuant quelques déhanchements obscènes, comme pour défier ou s'approprier la puissance qui émane d'elle.


Dernière édition par Pieyre le Dim 19 Avr 2015 - 5:01, édité 1 fois (Raison : expression)

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Message par Clausule le Sam 18 Avr 2015 - 22:41

J'adore ce fil sunny
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Message par Pieyre le Mar 21 Avr 2015 - 8:02

Merci à toi Clausule, comme à Alphonsine et aux autres auparavant ! J'aimerais qu'on puisse indiquer en détail ce qui a plu ou pas dans certains textes, qu'il s'agisse d'écriture ou de réflexion, c'est-à-dire en faire la critique, mais sans s'inscrire dans le fil. Bon, cela impliquerait une autre structure de forum, avec des fils arborescents, ou avec des notes en parallèle.

Alors je relance avec un souvenir d'enfance, que j'avais entrepris de rédiger le 5 septembre dernier, mon premier souvenir peut-être qui peut s'apparenter à cette notion de chose vue. C'était quelques années avant de prendre en note de telles scènes sur mon carnet de collège, que j'ai malheureusement jeté.


J'ai vu la fin du monde... enfin presque.
C'est la nuit. Les autres dorment; je suis éveillé dans mon lit. Nous sommes sept; je suis dans la plus grande chambre du chalet, au deuxième étage. J'en suis content, même si je ne suis pas avec tous les copains que j'aurais souhaité. Je suis en Classe de neige dans un village des Alpes. J'ai neuf ans.
L'après-midi, j'ai discuté avec quelques camarades à propos des extra-terrestres. Existent-ils ? Qu'est-ce que cela impliquerait ? Cela me paraissait envisageable, assez excitant somme toute, mais sans me préoccuper tellement.
Et là, par la baie oblique située près de la tête de mon lit, qui me permet de voir le ciel nocturne, j'aperçois un point lumineux qui se déplace en clignotant. Je pense à un avion; mais, au-dessus des Alpes, j'ai un doute.
Et si c'était des extra-terrestres qui attaquaient la terre... Je n'y crois pas mais des pensées me viennent. Ici, nous sommes isolés, en hauteur, loin des villes. Mais là où j'habite, l'attaque pourrait se dérouler bientôt. Je pourrais ne plus retrouver mes parents... Ce serait terrible.
Je m'endors tranquillement.

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Message par Pieyre le Jeu 23 Juil 2015 - 8:46

After hours...

Ce matin, un peu après 5h, je remonte en courant la petite côte de la rue Blainville (anciennement rue de la Contrescarpe, comme je le remarque un peu plus loin, gravé sur la pierre d'un bâtiment rénové dernièrement – c'est peut-être ainsi qu'il me faudrait la désigner). À une vingtaine de mètre devant moi, je vois un jeune homme et une jeune fille qui portent en s'en amusant un panneau de signalisation. Pour en faire quoi ? Après avoir fait le tour d'une petite place qui jusque récemment ne portait pas de nom, j'emprunte la rue où j'ai vu disparaître les deux jeunes gens. Au bout de quelques dizaines de mètres, je vois une jeune fille qui remonte le trottoir, assise sur une chaise à roulettes, et en arrière, en se poussant des pieds sans regarder où elle va. Après l'avoir dépassée, je me retourne. Avec amusement, elle me dit : « Cela doit vous sembler bizarre... » J'indique que c'est juste qu'il y avait un caniveau pas loin derrière elle... Elle me remercie, joyeusement, et tourne après le coin. À cette heure tout est désert dans cette rue discrète, où je ne suis pas sûr d'avoir même jamais vu une voiture, et cette fille s'adresse à moi sans réserve... C'est peut-être le quartier qui veut ça, entre les bars tranquilles de la place de la Contrescarpe dont le dernier vient de fermer et les demeures bourgeoises alentours. Mais c'est sans doute aussi que les femmes ont une façon plus spontanée de s'adresser aux inconnus. Quand on croise un jeune couple qui cherche son chemin, n'est-ce pas la fille qui prend l'initiative de nous demander...


Dernière édition par Pieyre le Ven 24 Juil 2015 - 6:18, édité 1 fois (Raison : corrections)

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Message par hop! le Jeu 23 Juil 2015 - 11:58

Habitant la campagne j'ai la possibilité de pouvoir m'isoler au coucher du soleil sur une colline surplombant la vallée.
C'est une occasion pour moi de pratiquer une gymnastique martiale ancestrale et un temps de méditation.
Debout, les yeux fermés,  mon corps est réceptif au temps présent, à l'air sur ma peau, aux sons des villages lointains, l'activité cérébrale est ralentie enfin.
L'espace d'un instant je retrouve cette harmonie qui place chaque être vivant dans un tout.
C'est le moment que je choisi pour entrouvrir les yeux.
A 200 mètres devant moi, face au soleil couchant, deux magnifiques chevreuils sortent des bois, ma respiration est lente et je décide de prendre racine. Plus ils se rapprochent et plus j'imagine mes pieds pénétrer la terre, mes bras formes des branches, ma tête se camoufle dans le feuillage.
Seul l'odorat des ces animaux pourrait les alerter de ma présence mais, par chance les vents me font face.
Pourtant l'un des deux regarde dans ma direction et agite frénétiquement sa tête pour alerter son compagnon.
Je suis un arbre. Ils n'ont rien à craindre.
De longues minutes passent et je m'imagine loin en arrière, chasseur affamé, je compare à ce que je ressent aujourd'hui, je me dis que je ne suis pas un chasseur, je pense à la mémoire collective, à nos instincts...
Mon cerveau s'emballe et je ne suis plus dans l'instant présent.
Mes deux compagnons ont disparu.
hop!
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Message par Invité le Sam 25 Juil 2015 - 17:16

albino study Very Happy

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Message par Invité le Sam 25 Juil 2015 - 17:56

Spoiler:
Vivement le "fil arborescent".

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Message par Pieyre le Lun 28 Sep 2015 - 9:45

La nuit dernière j'ai vu pour la première une éclipse de lune. C'est pourtant un phénomène assez fréquent, auquel je n'avais sans doute pas prêté suffisamment attention jusqu'à présent. Là, mon amie chère m'en avait prévenu; je l'en remercie.
En me levant ce matin j'avais déjà oublié. Elle m'avait dit que c'était à 4h30, mais je traînais sur le forum, ne sortant qu'à 5h. Rue des Écoles, je vois un jeune homme et une jeune femme qui regardent le ciel nocturne en se montrant quelque chose. Nous y voilà ! J'entends la fille prononcer le mot soleil; ils doivent tenter d'expliquer le phénomène. Et je vois le garçon qui fais une photo avec son téléphone; j'aurais dû penser à prendre mon appareil. Mais de mon côté je ne distingue rien. Je passe alors de leur côté de la rue et, en effet, au-dessus des bâtiments du Collège de France, je vois la lune presque entièrement recouverte d'un voile roux, avec un petit croissant un peu plus clair sur le côté gauche.
En continuant mon chemin, à la faveur des percées dans le ciel que permet l'orientation des rues, j'ai l'occasion de voir le phénomène se poursuivre. Je ne rencontre personne d'autre qui l'observe; sans doute que les passionnés se sont couchés tard plutôt que se lever tôt. Du côté de Jussieu je vois apparaître pour la première fois, entouré par un halo, un croissant de lune totalement éclairé par le soleil, le reste du disque restant d'un roux un peu vague. Au-dessus du jardin du Luxembourg la lune apparaît à demi. Et puis, près de l'église Saint Sulpice, alors que la lune est aux deux tiers dégagée, j'aperçois une figure particulière dans la partie éclairée : des brins tordus, comme des cheveux qui prendraient racine sur la partie restée dans l'ombre de la terre. Ou est-ce moi qui vois mal... De la main je cache la lumière du lampadaire qui me gêne. Mais, non : c'est bien ça. C'est amusant : un peu plus tôt, je m'imaginais dire à mon amie, si elle avait été près de moi, que le bord correspondait à l'arrondi de la terre projeté sur la lune, et que nous-mêmes pourrions être figurés dans ce bord. Bon, cela n'avait pas grand sens. Mais alors là, qu'est-ce ? J'imagine des arbres... la forêt amazonienne ? non, plutôt des montagnes, et amplifiées selon un phénomène de moi inconnu.
Quand à 6h30, quand pour la dernière fois, je retrouve notre satellite, dans la perspective de la rue Racine, au-dessus de l'Odéon, c'est encore plus net : dans la lune presque pleine, les cheveux roux apparaissent plus longs... Alors en revenant chez moi je fais mentalement un petit point. Si je me mets dos au nord, la terre tournant vers la gauche par rapport à la direction du soleil... Le bord que j'ai vu sur la surface de la lune doit correspondre aux régions situées à 90° à l'est. Alors j'ai peut-être vu l'Himalaya en plein Paris !

Fils arborescents:
Oui, Zeb, le terme de fil arborescent me semble bien adapté, dans la mesure où un fil peut avoir plusieurs brins. Encore faudrait-il que des brins aient eux-mêmes des brins pour que l'analogie puisse être prolongée, à la façon des gros câbles de marine, qui sont tressés et retressés un certain nombre de fois.

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Message par Invité le Jeu 8 Oct 2015 - 19:58

Je suis sortie du travail, ni en retard, non plus en avance.
C'était aujourd'hui, un peu plus tôt. Devant, le restaurant dans lequel je travail dispose d'une terrasse. Alors comme il faisait bon et que j'avais un peu de temps, j'ai décidé d'inviter un chocolat chaud à une table dehors. Pas même besoin de manteau.

Je ne faisais rien, ni même ne pensais à quelque chose, ou peut-être à tout. De l'autre coté de la rue, juste en face de moi, deux chiens joyeusetaient ensemble. Un labrador, assez petit je dois dire, surement un croisé, et un yorkshire se faisaient chacun à leur tour la course.
Je regardais comme ça, je crois que je souriais, au moins des yeux.
Le labrador était très attentif à sa maitresse qui avait l'air de s'être arrêté juste pour le plaisir de le voir jouer avec un autre de ses congénères.
Le yorkshire, très joueur, son maitre à quelques pas de celle du labrador, avait un jouet à la main. Quand il le lançait, seul son chien courrait vivement pour le rattraper.

Je me suis appuyé sur le dossier de ma chaise, mis mes deux mains derrière la tête, sur mes cheveux, et je regardais toujours, puis j'ai pensé "Je suis heureuse".

Je n'ai aucune raison de l'être, aucune raison de ne pas l'être non plus, mais cette image et ce regard que je posais, je me sentais bien, rien ne venait à l'interieur m'ennuyer et me détourner.

Des passants, un couple ou l'un très jeune et l'autre beaucoup plus âgé; un autre couple d'étudiant; un homme qui surement sortait du travail, un ouvrier; une mère et son adulte de fils, très beau ils étaient, quelques choses sur eux, certainement en eux; un client sortant du bar en fauteuil roulant, "aurevoir" qu'il me dit, je lui réponds par le même mot.

Pour chacun d'eux, de la beauté, de la pitié, de la générosité et finalement, de l'affection.
Oh, pitié n'est pas à prendre de cette mauvaise manière de mépris, je dirais qu'il s'agit plutôt du partage de quelque choses, de la souffrance que chacun peut avoir au fond.

J'ai fini mon café, regardé le livre que j'allais dévoré pendant mon heure de trajet. En allant déposer ma tasse au comptoir, j'ai parlé un peu avec le serveur, mon collègue. Il est malade et bosse beaucoup, il est très fatigué aujourd'hui.
J'ai échangé quelques mots, puis je suis parti. Dans le métro rien de spécial, pour une rare fois, rien d'extravagant, de curieux ou d'intriguant. Tant mieux, j'avais vraiment envie de poursuivre mon livre.

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Message par Invité le Ven 16 Oct 2015 - 17:49

Dans la rue, j’entends surgir d’une voix féminine cette phrase : « j’ai de plus en plus de raisons de penser que ma chienne est gouine ». Étant donné le ton résigné que j’ai perçu, je pense d’abord ne pas avoir compris distinctement ce dont souffrait la chienne en question, et pourtant si, c’est bien ce qu’elle a dit, « j’ai de plus en plus de raisons de penser que ma chienne est gouine ». Je me retourne et je regarde cette jeune propriétaire coiffée à la garçonne, qui semble porter la trace d’une grossesse récente ou à venir, et continue à discuter avec son ami avant de s'engager sur le passage piéton. Sans réaction manifeste, il est lui aussi accompagné de son chien tenu en laisse (ou de sa chienne ?).

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Message par Invité le Dim 6 Déc 2015 - 11:59

Je sors acheter le pain, j’ai juste une rue à traverser. Dans cette rue, en plein centre ville, un jour de décembre, doux certes, un papillon volète. C’est un vulcain, précisément celui que me décrivait une amie au téléphone hier soir, et qu’elle m'a dit avoir identifié ce matin même.
Je pose le pain en passant chez moi, et repars dans la direction opposée. Un intensif affichage municipal d’état d’urgence vise à recruter d'anciens employés des forces de l’ordre pour grossir les rangs de la brigade urbaine locale. Juste à coté, devant une boulangerie, un karaoké est installé, qui diffuse « Vive le vent », une version dont la voix passe volontiers pour du Chantal Goya. Un peu plus loin un bureau de vote. C’est le premier tour des élections régionales. Parmi les affiches électorales, seule celle du pouvoir en place a été déchirée. La pluie a partiellement effacé les impressions couleur rouge et jaune : le papier teinté apparaît alors criblé de gouttes et on peine à lire distinctement quels sont les candidats et partis représentés. Je passe mon chemin et me dirige vers un petit parc botanique, je ne pensais pas y trouver autant de fleurs en cette saison : asters, scabieuses, solanacées, mais aussi celles, minuscules en grappes inodorantes, d’un faux-poivrier… Sans oublier les baies, comme ces azeroles que les gens se presseraient sans doute d’acheter en produits transformés dans les grands magasins, mais qui jonchent le sol sous l’arbre, dans l’indifférence générale, alors qu’elles sont à maturité depuis belle lurette.

(réédition)

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Message par Pieyre le Sam 6 Mai 2017 - 14:28

Il y a une dizaine de jours, en passant vers 6h du matin sur la petite place qui jouxte l'église Saint Sulpice, je remarque un couple de canards colvert, qui ne s'éloignent pas de moi, voire qui semblent attendre quelque chose. Que font-il ici, loin de la Seine et des grands jardins de Paris munis de plans d'eau ? Dans une poubelle je remarque des barquettes de légumes abandonnées. J'en ouvre une et je la lance dans leur direction, sous le regard amusé d'un passant, qui se retourne, peut-être pour se rendre compte de mes intentions. Les canards se reculent tout d'abord, mais ne se rapprochent pas. Tant pis !

Le lieu serait-il propice aux rencontres animales ? Il y a une dizaine d'années, je m'étais trouvé nez-à-nez au même lieu avec deux vaches, mais il s'agissait de sculptures en résine qui avaient été exposées là. Et, plus récemment, comme je l'ai déjà mentionné, j'avais vu une panthère noire, mais en bronze, dans une vitrine...

Quelques jours plus tard, à la même heure, je décide d'aller vérifier si le bassin de la fontaine Saint Sulpice est rempli, parce que je pensais qu'il était à sec, comme cela arrive ailleurs à Paris. Non : l'eau est bien présente, avec une surface importante, mais qui ne me semble pas si propice à la vie de canards. Alors j'en fais le tour, pour me rendre compte. Et là je vois un type assis sur un banc, un sans-abri peut-être et tout près de lui mes deux canards, la femelle qui mange des bouts de pain répandus sur le sol et le mâle qui se tient droit, comme pour surveiller.

Encore quelques jours plus tard, sans m'approcher cette fois, je vois le canard mâle qui semble appeler. Aurait-il perdu sa femelle ?

À suivre peut-être...

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Message par Kadjagoogoo le Ven 2 Juin 2017 - 17:51

Jeudi dernier, début de soirée. De retour des quais du Rhône (Lyon, quartier de La Confluence) où nous avons passons un moment exquis baigné de soleil sur un coin de pelouse, j’écoute L., une amie, m’expliquer que ma compagnie et ma conversation sont plus agréables, légères et lumineuses que celle de C., son ex-petit-ami, professeur de yoga aigri et acrimonieux, tout rabougri de pessimisme, de cynisme et d’amertume. En cheminant sur le trottoir à ses côtés, je me félicite de sa prédilection pour mes lumières et l’éclaire sur mon secret d’enthousiaste (en substance) : « C’est parce que je ne suis pas blasé, moi ! Et pour cause : la vie m’apparaît comme une inépuisable source de réjouissantes surprises, d’opportunités pour exprimer et exploiter ma sensibilité galopante, d’occurrences chatoyantes pour produire une pensée originale, de matière première pour mon usine à synchronicités et autres aubaines bigarrées qu’il s’agit de savoir saisir, de bien regarder... » J’achevais cette phrase tandis que nous amorcions la traversée d’un passage clouté ; et j’avise une drôle de grand-mère qui s’apprête à faire de même, face à nous, en sens inverse, donc. La dame se promène là avec une tripotée de gros chiens, de placides molosses qu’elles tient en laisse et qui s’élancent à sa suite sur le zébra au feu rouge. Et soudain, le miracle : se distinguant dans la horde débonnaire, un bouledogue balèze a un foulard mauve noué autour du garrot ; la poitrine ainsi harnachée, il transporte sur son dos un stoïque perroquet multicolore, improbable duo se détachant au crépuscule, sur cette zone piétonne encombrée de passants pressés. Obnubilé, je marque brièvement l’arrêt, pour dire avec une stupéfaction mêlée de ravissement à L., qui s’était elle aussi amusée de cette insolite nuée canine : « Hey, t’as vu, y a un perroquet sur le dos du gros toutou ! » Précision utile, car ce détail inouï avait effectivement échappé à L., qui avait pourtant les yeux rivés sur la meute, à mon instar…

Le hic, c’est que cette sortie à deux avait précisément été requise par L. qui voulait partager avec moi la « révélation » de sa prétendue douance, fraîchement sortie, subjuguée et convaincue (effet Barnum ?), de la lecture transie du fatidique bouquin de Siaud-Facchin… Un zèbre peut-il donc manquer un perroquet juché sur un chien lorsqu’une telle grâce apparaît providentiellement (illustration idoine de mon propos d’enthousiaste chasseur de beautés fugaces) sous ses yeux ? scratch Le myope que je suis n’a pourtant pas raté cette vision sublime, cette invitation à caresser l’idée qu’il n’y a décidément pas de coïncidences, mais bien des rendez-vous, des hasards objectifs ; et que l’objectivité de ces « hasards » se fonde essentiellement dans le regard attentif et inspiré qui les observe. Subjectivité transcendée.

J’ai renoncé à chercher avidement mon téléphone dans ma sacoche, renâclé à prendre le cliché opportuniste qui s’imposait, préférant emmagasiner mentalement cette image magique, défiant le matérialisme jadis prégnant chez moi, pour ne pas briser la fluidité, la pureté de ce moment, et vous rapporter la merveille par la force évocatrice des mots. Du coup, l’anecdote dépourvue d’illustration trouve plus naturellement sa place ici, sur ce fil. [Navré pour mon inaptitude – chronique – à la concision explicitement (« à la façon du haïku ») exigée. La prochaine fois... peut-être !]
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Message par Invité le Dim 4 Juin 2017 - 19:12

C'était hier soir, quand je rentrais chez moi. Je marchais tranquille, à regarder à droite à gauche, comme d'habitude, sinon le regard s'ennuie.
Je suis passée devant la maison de retraite et je me suis souvenue de ces deux jeunes adolescents que j'avais vu deux jours pus tôt, à s'embrasser contre les grilles du bâtiment.
Quelle ironie que cette scène.
Enfin bref, je rentrais donc, mais de droite à gauche, j'en avais oublié devant. Et pourtant, il y avait juste en face, un drôle de spectacle.
Ce n'était pas quelque chose d'ordinaire, ah ça non. Ce n'était même pas posé au sol, ça ne touchait même pas terre en fait.

Il faut que je vous raconte : ce n'était pas vraiment une lumière, c'était de teintes bleues, parfois de violet, un peu comme ces boréales. J'avoue c'est assez étrange dit comme ça, où même dit tout court.
Enfin c'était là devant moi et ça semblait danser dans l'air.
Alors évidement j'ai continué à avancer, c'était quelque chose tout de même.
Et quand je fus assez près, pour vous dire, où pour vous décrire, comme une nébuleuse. Non, plus exactement, comme une espèce d'antimatière, de gaz.
Quelque chose qui avait forme sans en prendre une, qui semblait nager, c'était absolument dérangeant.
Et plus je me rapprochais, plus je ralentissais. Vous savez, la peur.
Et à un moment, je ne sais plus trop ou j'en étais de la distance, mais quelque chose s'est figé, enfin il m'a vraiment semblé que quelque chose se figeait. Comme le temps.
Comme une latence qui s'est terminée comme une expiration ou, tout ce bazar bleu s'est rétracté, concentré en lui même.
Ces quelques secondes où la matière, ou antimatière, je ne sais plus, ou cette chose disparaissait sur elle même, ont été comme la somme des souvenirs qui se rappelaient en un point.
Si il fallait n'utiliser qu'un seul mot : stupéfaction.

Après ça, la chose avait changé de couleur, quelque chose de plus brûlant, jaune, orange, un mélange de tout ça.
Plus petite, plus brillante, elle semblait comme une nervosité, à vouloir s'échapper de quelque chose d'invisible, tapant sur des parois invisibles, en survolture. 

Et tout pareil, le temps sembla se figé, et la petite bille chose stoppa net sa transe. Et là, et là, je vous raconte pas.
D'un coup, d'un seul coup, cette petite bille de rien à littéralement explosé, brûlante.
Je peux vous dire que ça décoiffait bien.
Elle crachait ses couleurs, et plus loin d'elles partaient ses couleurs plus elles devenait sombres, matières.
Quelque choses comme des cratères, oui des cratères, c'est bien ça. Aux formes toutes distordues, et il y en avait pleins.
Après, je n'ai pas pu tout voir, il y avait tellement de chose à ce moment là.


Mais je vais essayer.

Après l'explosion la boule de couleur avait semblé trouver son calme, ne s'agitait plus, je peux même oser dire qu'elle avait l'air d'une certaine sérénité.
Quand au reste, plein de matières, plein de ces cratères qui semblaient ne pas du tout savoir où ils allaient, et finissaient pas se cogner les uns aux autres.
Et souvent, à se cogner suffisamment fort, pour ne plus former qu'un.
Quand au reste...

J'ai finis pas passer ma nuit, comme ça. J'ai finis par m’asseoir, d'hypnose.

C'était comme aucun mot ne saurait le dire. Vous imaginez, voir des naissances comme celle-ci.


Dernière édition par Anarkyss le Dim 4 Juin 2017 - 19:36, édité 1 fois (Raison : Fautes. Oui, au pluriel.)

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Message par Invité le Dim 4 Juin 2017 - 19:23

C'est joli Anarkyss

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Message par Invité le Dim 4 Juin 2017 - 19:37

J'aime beaucoup aussi ce pseudo.

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Message par I am So Sure le Dim 4 Juin 2017 - 19:47

Anarkyss a écrit:J'aime beaucoup aussi ce pseudo.
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Message par Tokamak le Dim 4 Juin 2017 - 20:06

´lut

Le témoignage qui suit n'est en rien un maelström de carabistouilles, je l'ai vraiment vécu, et n'en tire aucune fierté quelconque, c'est juste que cette histoire est vraie, voilà. Et même s'il m'arrive de m'intéresser à des sujets pour le moins atypiques, je garde avant tout une âme de scientifique.

C'était la nuit, autour de la période été "Coupe du Monde 98", oui j'étais jeune... sniff. D'ailleurs à l'époque pas de smartphones & co. Ce soir-là nous étions quelques potes, quatre en tout, traînions au Vieux Nice, peut-être quelques elixirs dans la chopine c'est possible mea culpa, mais nous étions lucides (le Vieux Nice c'est un peu comme Ikea, le problème c'est le chemin jusqu'à destination, jalonné de bars en veux-tu en voilà). L'été, en fin de soirée, nous avions pris l'habitude de nous rendre au sommet du Château, avec... quelques chopines ok, mais nous étions jeunes et larges d'épaules, bandits joyeux, insolents et drôles, la la lala hum bref...

L'accès au Château la nuit y est normalement interdit, mais si la discrétion et la petite escalade sont de mise, il n'y a ensuite plus qu'à monter les marches jusqu'au sommet, et ´faut passer devant le cimetière. Arrivés sur place, le terrain domine tout Nice, une vue imprenable. De la végétation partout, le paradis sur Terre, avec ses cascades d'eau, le Château rien que pour nous (voir ce que "le Roi Soleil" en a fait de notre beau Château). Le petit plus Periglioni, c'est que là-haut il y a une buvette ouverte le jour. Et la nuit les tables et chaises sont empilées juste à côté. Yaaalllaaahh on s'installe comme des rois, les bières sur la table, manque plus que les vahinées pour nous éventer et nous... susciter de l'intérêt. Blague à part, je recommande l'expérience (do not try this at home) en faisant preuve de beaucoup de prudence durant l'acte de... pénétration dans le Sanctuaire des Sanctuaires.

Nous étions assis plus ou moins dans l'axe Nord-Sud. Avec mon voisin de gauche nous faisions face à la mer, les deux autres avaient donc dos à la mer. Nous discutions, à tenter de refaire le Monde, avec la naïveté du haut de nos 17 ans et des poussières. Soudain, j'aperçois au fond du parc, après le terrain de jeu, au-dessus du Monument au Mort qui fait face au Port, une sphère, une sphère lumineuse. Je ne saurais dire exactement la taille ou la distance, mais par déduction, étant donné que nous étions à la buvette, et que cette "chose" était positionnée en hauteur derrière les arbres avant le précipice, je dirais peut-être 70 m de distance. Et au vu du diamètre apparent depuis notre position, alors ça devait bien faire 2 à 3 m de largeur.

Cette "chose" était en position stationnaire, juste au-dessus de Rauba Capèu pour celles et ceux qui connaissent. Je n'ai vu aucun détail (comme une sphère de lumière blanche, le mieux que je puisse détailler) et le temps de réaliser la situation, entre deux phrases des uns et des autres, le temps de me concentrer davantage sur ce truc (ç'a duré grosso modo dix secondes)... en un temps éclair, après un flash très bref, cette "chose" s'est dirigée en direction du large, vers l'horizon, vers ces grands là-bas. Sans bruit, d'un coup, avec clairement l'aperçu de la traînée lumineuse sur la mer. Les photons eux se reflètent sur l'eau.

Ni une ni deux je me suis tourné vers mon voisin de gauche, et je me suis retrouvé nez à nez avec lui... et je vous jure que c'est vrai, on a crié en même temps "T'as vu ça ???!!!" Primo, ça m'a rassuré, je n'étais le seul à avoir observé le phénomène. Secundo nos potes en face se sont foutus de nous quand on leur a raconté l'affaire. Surtout que personne n'était vraiment branché "ovni" ce temps là. In fine ils ont fini par nous croire.

Je n'ai plus jamais vécu une telle expérience depuis. Pour l'instant ma première et dernière fois. J'ignore ce qu'était précisément cette "sphère lumineuse", ovni c'est un terme générique, en tout cas elle a manifesté sans aucun doute possible des signes d'intelligence, pour sûr ce n'était pas un phénomène naturel.


Dernière édition par Tokamak le Dim 4 Juin 2017 - 20:14, édité 1 fois
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Message par Invité le Dim 4 Juin 2017 - 20:13

Oh punaise, t'as vu un vrai ovni ? Shocked

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Message par I am So Sure le Dim 4 Juin 2017 - 22:05

Spoiler:
Hello, je profite de ton message pour poser ma question, comment peut on faire la différence entre un vrai et un faux Objet Volant Non Identifié ? parce que déjà le vrai self et le faux self... Very Happy

Cela dit c'est intéressant sur un autre point, parce qu'en fait tout le monde ne parle donc pas toujours de la même chose ? soit un truc qui vole, dont on ne sait pas ce que c'est, soit un Martien ou une soucoupe volante ou dans le genre..

Merci de l'avoir posé sous cet angle là
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Message par Tokamak le Lun 5 Juin 2017 - 11:48

C'est pour ça que les "appellations" je m'en méfie, ovni ou non, Objet Volant Non Identifié ? J'ai préféré utiliser "sphère lumineuse" ou "chose" entre guillemets, pas d'amalgame. Alors ce que c'était... chi lo sa... mais je sais ce que j'ai vu, et mon pote aussi, et les deux versions concordaient. Le "machin" comme je l'ai expliqué s'est projeté à une vitesse vertigineuse vers le large, et sa lumière se reflétait sur la mer jusqu'au loin. Etait-ce vraiment solide ? Pareil j'en sais rien. Encore une fois je préfère ne procéder à aucune spéculation, je relate juste ce que j'ai observé.

Etait-ce le même type d'engins que dans ces témoignages de militaires haut gradés ? A propos de manifestations originales, à proximité de bases militaires protégeant des silos de missiles nucléaires. Code NO-GO vous connaissez ?

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Message par ortolan le Lun 5 Juin 2017 - 12:42

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