Exercices de style

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Re: Exercices de style

Message par Fofie le Jeu 10 Jan 2013 - 9:28

Oh oui bonne idée !

Je me suis régalée, encore plus qu'en mangeant une boite de chocolats de Belgique. C'est vraiment un vrai bavardage de comère, tout y est, je rigolais mais j'étais émerveillée aussi.

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Re: Exercices de style

Message par Fofie le Dim 27 Jan 2013 - 17:01

Façon dépôt de plainte, ça marche aussi ? J'en ai justement une pour ma voiture qui a été forcée, comme modèle !

Gendarmerie nationale
Enquête préliminaire
Procès-verbal de vol sur mineure sur la voie publique
Délit pénal
Affaire petite fille aux allumettes

Le dimanche 27 janvier 2013 à 16h40.
Nous soussignés, Gendarme Ludovic CRUCHOT, Agent de Police Judiciaire en résidence à Saint-Tropez, sous le contrôle de l’Agent BANLAIRE.
Vu les articles 20, 21-1 et 75 à 78 du Code de Procédure Pénale, nous trouvant au bureau de notre unité à Saint-Tropez, rapportons les opérations suivantes :
Identité de la personne victime :
Prénom : Petitefille
Nom : O’zalumett
Née le 25/12/2002 à Dublin (Irlande)
Point de vue : est pour de la chaleur pour tous
Constatations :
La victime rapporte qu’il faisait atrocement froid, qu’il neigeait, que l'obscurité du soir venait. La victime déclare les faits en date du 31/12/2012 et qu’elle marchait dans la rue, tête nue, pieds nus. Elle précise qu’elle est pauvre. La victime déclare en outre les éléments suivants : elle avait mis des pantoufles en partant de chez elle, des pantoufles très grandes, sa mère les portait dernièrement, tellement elles étaient grandes, mais la victime les a perdues en traversant la rue au moment où deux voitures passaient à grande vitesse. La victime affirme ne jamais avoir retrouvé l'une des pantoufles, et l'autre a été volée sous ses yeux par un garçon à peu près de son âge qui a déclaré qu'il pourrait en faire un berceau quand il aurait des enfants.
Mesures prises : enquête en cours.
Dégâts et préjudice : dégâts psychologiques. Préjudice non estimé.

Maintenant je propose le même texte (on le retrouve en page 1 en bas) raconté comme un fait divers extraordinaire au JT de 20h ! What a Face

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Re: Exercices de style

Message par Invité le Dim 17 Fév 2013 - 9:25

J'adore tout ce que vous faites, vous êtes énormes Very Happy Merci Pieyre pour ce joli jeu, allez, continuez !

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Re: Exercices de style

Message par Fofie le Dim 17 Fév 2013 - 19:40

Colours a écrit:vous êtes énormes Very Happy
On est gros ? Suspect
Laughing
Merci pour le soutien ! Rougit (je me mets dedans, hein)

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Re: Exercices de style

Message par Invité le Ven 25 Oct 2013 - 21:20

Quel dommage que ce sujet ait sombré parmi les vieilles discussions !
Le style suggéré ne m'inspire pas trop, en fait (pas si facile, mine de rien Very Happy) mais je vais tenter de sortir de ma zone de confort pour ... eh bien tenter de sortir de mes habitudes, d'abord (ça ne fait jamais de mal !) et pour prendre le sujet par les bretelles et le remonter un peu. La beauté du geste, tout ça. Je ne doute pas que d'autres auraient mieux fait sur un tel thème mais, qui sait, peut-être que quelqu'un pourra tenter quelque chose là-dessus une fois le jeu relancé ! Wink


Copenhague, 31 décembre. Vous le savez, le pays est totalement paralysé par une vague de froid depuis quelques jours - la neige a complètement bloqué la ville et ce sont des centaines de danois qui ne peuvent plus retourner dans leur famille pour fêter le nouvel an. Un véritable drame à échelle nationale. Pourtant, malgré les impressionnantes chutes de neige qui ne s'arrêtent pas, les habitants essaient comme ils peuvent de faire face, au quotidien.

[*Témoignages impeccablement choisis ; banalités en règle*]

C'est alors qu'ils filmaient ces témoignages que nos envoyés spéciaux ont assisté à une scène tout à fait bouleversante : une petite fille traverse la rue ***, transie de froid. A ce moment, une voiture arrive en trompe... Mais je vous laisse voir les images.

[*Petit film caméra à l'épaule ; phrases convenues des témoins de la scène*]

Un grand moment d'émotion, en cette nuit de décembre. Heureusement, la petite fille n'a rien. A présent elle est retournée dans son foyer pour fêter le nouvel an en famille et se remettre de ses émotions !
L'information, de nos jours... Rolling Eyes 

Du coup, je propose un nouveau texte. Encore un grand classique :

« On s’ennuie de tout, mon Ange, c’est une loi de la Nature ; ce n’est pas ma faute.
Si donc je m’ennuie aujourd’hui d’une aventure qui m’a occupé entièrement depuis quatre mortels mois, ce n’est pas ma faute.
Si, par exemple, j’ai eu juste autant d’amour que toi de vertu, & c’est sûrement beaucoup dire, il n’est pas étonnant que l’un ait fini en même temps que l’autre. Ce n’est pas ma faute.
Il suit de là, que depuis quelque temps je t’ai trompée : mais aussi, ton impitoyable tendresse m’y forçait en quelque sorte ! Ce n’est pas ma faute.
Aujourd’hui, une femme que j’aime éperdument exige que je te sacrifie. Ce n’est pas ma faute.
Je sens bien que te voilà une belle occasion de crier au parjure : mais si la nature n’a accordé aux hommes que la constance, tandis qu’elle donnait aux femmes l’obstination, ce n’est pas ma faute.
Crois-moi, choisis un autre amant, comme j’ai fait une autre maîtresse. Ce conseil est bon, très bon ; si tu le trouves mauvais, ce n’est pas ma faute.
Adieu, mon ange, je t’ai prise avec plaisir, je te quitte sans regret : je te reviendrai peut-être. Ainsi va le monde. Ce n’est pas ma faute. »

Choderlos de Laclos, Les Liaisons dangereuses, Lettre CXLI
Style : Gentillet. What a Face

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Re: Exercices de style

Message par Arkange le Lun 28 Oct 2013 - 20:46

Un style « gentillet », outch que ce n'est pas facile. Il ne me semble pas avoir réussi à parfaitement coller au sujet, mais ne me trouvant pas totalement hors de lui, et en dépit de mon insatisfaction, je vous livre  ce que j'ai réussi à produire.  

On a toujours besoin de nouveauté mon cœur, les humains sont faits comme ça, ce n'est pas ta faute.
C'est pour ça que si j'ai besoin de nouveauté, alors qu'on a passé ces quatre formidables mois  ensembles, ce n'est pas ta faute.
Si par exemple, nous avons expérimenté tout ce que tu ne connaissais pas encore, c'est normal que cela ne fasse plus effet de nouveauté, ce n'est pas ta faute.
Il suit de là que depuis peu, si je n'ai pas réussi à te rester fidèle, alors que tu m'entourais pourtant de toute ta tendresse, ce n'est pas ta faute.
Aujourd'hui, il y a une autre femme qui a besoin de moi, il faut donc que je m'éloigne, ce n'est pas ta faute.
Je sens bien que te voilà une occasion de te sentir libérée d'un poids, car si les femmes sont d'un naturel gracile et que je fais généralement preuve d'une lourdeur masculine, ce n'est pas ta faute.
Je te fais confiance pour trouver un homme fait pour toi, et si tu n'en trouves pas immédiatement un à ta hauteur, ce n'est pas ta faute.
Au revoir mon cœur, tu m'as énormément apporté, je ne t'oublierai jamais. Je suis fait comme ça, ce n'est pas ta faute.


Je propose d'appliquer à cet extrait des Liaisons dangereuses le style « PN ».

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Re: Exercices de style

Message par Invité le Lun 28 Oct 2013 - 20:58

Au contraire, Arkange, c'était vraiment difficile de prendre le texte à contrepieds tout en conservant sa force, et je trouve que tu t'en sors bien ! Merci d'avoir tenté et posté, malgré ton insatisfaction. Very Happy 

(j'en profite pour te demander ce que tu entends pas style "PN"... ? - Si ça se trouve c'est évident, mais là, je ne vois pas...)

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Re: Exercices de style

Message par Arkange le Lun 28 Oct 2013 - 23:06

Alphonsine a écrit:(j'en profite pour te demander ce que tu entends par style "PN"... ?

"PN" correspond à "Pervers narcissique".
Le "PN", c'est en quelque sorte le "Grand Méchant Loup" des zébra-crossiens.
C'est aussi un point Godwin spécifique du forum ( http://www.zebrascrossing.net/t6562p760-qu-est-ce-que-je-fiche-la#387474 )
En résumé, le "style PN" serait un style manipulateur, culpabilisant et destructeur.  

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Re: Exercices de style

Message par Auteurrejeté le Dim 10 Nov 2013 - 23:02

Hem, si je ne m'abuse, plus PN que l'extrait original tu meurs...

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Re: Exercices de style

Message par Arkange le Lun 11 Nov 2013 - 17:13

Il me semble en effet que tu t'abuse. L'anaphore de l'extrait original vise en premier lieu la déculpabilisation de son auteur : « ce n'est pas ma faute ». On peut donc en effet y percevoir une forme de culpabilisation perverse du destinataire (si ce n'est pas ma faute alors ça peut laisser entendre que ce serait la tienne....), mais celle-ci ne serait que secondaire . On pourrait céder à l'erreur de mettre l'accent sur cette fonction secondaire, et donc qualifier l'auteur de pervers, cependant ce serait ignorer la particularité spécifique des fameux PN, à savoir l'absence de sentiment de culpabilité. C'est l'absence même à éprouver un sentiment propre de culpabilité qui le pousse a en provoquer la présence chez l'autre... seule manière pour lui de pouvoir en jouir.
Il me semble donc que pour faire plus PN que l'extrait original, il suffit de poursuivre la déclinaison de l'anaphore. Pour répondre à la contrainte proposé par Alphonsine, à savoir de proposer un style « gentillet », j'ai décliné le « ce n'est pas ma faute » en un « ce n'est pas ta faute » fabriquant ainsi une version ne visant non plus la déculpabilisation de l'auteur, mais celle du destinataire. Pour la déclinaison en style PN, ça donnerait : « c'est ta faute », donc une culpabilisation directe du destinataire.
Je me disais que pour une fois, au travers d'un exercice de style, on pouvait s'amuser à jouer le méchant, que ça pouvait être rigolo et distrayant de faire semblant.

Etn poursuivant la logique très pratique de déclinaison de l'anaphore on peut fabriquer plein de versions : « c'est ma faute », « ce n'est la faute de personne », « c'est la faute de x ou y », « c'est grâce à toi », « c'est grâce à moi », « c'est grâce à nous », « c'est le destin », « c'est la volonté divine », etc.

Bref, je pensais que ça pouvait être rigolo mais à voir le temps passé sans réponse, il semblerait que nous ne soyons pas nombreux dans mon cas...

Du coup, je propose un nouveau texte et deux styles possibles pour en effectuer la conversion :

Dans « Hell », Lolita Pille a écrit:
Je suis une pétasse. De celles que vous ne pouvez supporter ; de la pire espèce, une pétasse du XVIème, mieux habillée que la maitresse de votre patron. Si vous êtes serveur dans un endroit « branché » ou vendeur dans une boutique de luxe, vous me souhaitez sans doute la mort, à moi, et à mes pareilles. Mais on ne tue pas la poule aux œufs d'or. Aussi mon engeance insolente perdure et prolifère-t-elle...
Je suis le symbole éclatant de la persistance du schéma marxiste, l’incarnation des Privilèges, l'effluve capiteux du Capitalisme.
En digne héritière de génération de femmes du monde, je passe plus de temps à me laquer les ongles, à me dorer la pilule au Comptoir du soleil, à rester le cul sur un fauteuil et la tête dans les mains d'Alexandre Zouari, à lécher les vitrines de la rue du Faubourg-Saint-Honoré, que vous à travailler pour subvenir à vos petits besoins.
Je suis un pur produit de la Think Pink generation, mon crédo : sois belle et consomme.
Embrigadée dans le tourbillon polycéphale des tentations ostentatoires, je suis la muse du dieu Paraître sur l'autel de qui j’immole gaiment chaque mois l'équivalent de votre salaire.
Un jour, je ferai sauter mon dressing.
Je suis française et parisienne et je n'en ai que faire, je n'appartiens qu'à une seule communauté, la très cosmopolite et très controversée Gucci Prada tribe ; le monogramme est mon emblème.
Je suis un peu caricaturale. Avouez que vous me prenez pour une sacré conne en total look Gucci, sourire bleeching et cils papillonnants.
Vous avez tort de me sous-estimer, ce sont des armes redoutables, c'est grâce à elles que je dénicherai plus tard un mari au moins aussi riche que papa, condition sine qua non de la poursuite de mon existence si délicieusement et exclusivement futile.
Car travailler n'entre pas dans la liste de mes nombreux talents. Je me ferai entretenir et voilà. Comme mère et grand-mère avant moi. Cela-dit, depuis quelques décennies, la concurrence est rude sur le marché matrimonial de grand luxe. Les bons partis sont sollicités de toute part par une armada de mannequins, de secrétaires, et autres soubrettes ambitieuses dont les dents blanches rayent le parquet et qui ne reculent devant rien pour se tailler la part du lion. La part du lion = un appartement de réception rive droite + une classe A + une armoire griffée de mauvais goût + deux têtes blondes + narguer les anciennes collègues moins bien tombées.
Et oui, Paris ouest, nous sommes tous beaux, nous sommes tous riches.
Je propose donc deux styles possibles : « humble » ou « de l'autre côté du périph ».

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Re: Exercices de style

Message par Trelaire le Sam 30 Nov 2013 - 19:50

Versoin "autre coté du périph"

Chu trop une cagole. Genre la cagole tu la calcules même pas ; en mode ardcor, une cagole des tiequar trop getto, grave plus stylé que le plan cul d'ton boss. Si tu sues dans un Kebab ou dans un Reubeu, c'est sur tu veux trop me buter, moi, et les aut' dans même délire. Mais on tue pas la poule d'abondance wesh. Chu cash comme ça et j'fais ma vie t'as vu...
J'suis trop en mode gangsta, j'suis le swagg, avec moi le bizness c'est pas loin.
Pareil qu'avant moi les bimbos, j'passe ma life à sephora et au quick, à glander sur le canap à m'faire des meches, à trainer à leader price, toi tu taff pour ton loyer.
100 % stylée, mon crédo : sois trop bonne et profite.
Moi je suis trop épiku.. Hepicuri... je kiffe quoi, mon look même pas en rêve t'aurais assez de blé que la thune que c'est.
Genre un jour jvais tout balancer mes fringues.
Jsuis dla street du bitume et j'assume, nous c'est la mifa de la carte de la fidélité au rayon accessoires de chez lidle.
Jsuis une ouf dans l'délire. Vas y tu m'prends pour une gogole, s"pas pass'qu'soigne mon look qu'faut séséstimé, j'suis trop bonne et jvais pécho un mec ça sra pas un crevard, un bogoss qui s'fait respekté comme mon daron, comme ça j"kifferais toujours la vibe t'as vu.
Ça gave trop de glander à pôle emplois. C'est lui qui doit payer s'tout. Ma daronne et la daronne de ma daronne elles font pareil. Ceci dit y'a trop d'cagoles s'trop des putes. Elles arrivent trop à pecho des mecs de oufs, ces michtoneuses, après elle décrochent le jackpot. Le jackpot = un F4 à Bondy + une Porshe + des gosses quon trop le swag + leur foutre le seum à toutes ses pétasses.
Eh ouais la banlieue on est tous trop des oufs.

Bref un peu caricatural...silent

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Re: Exercices de style

Message par Invité le Dim 8 Déc 2013 - 16:11

Bon, et avec tout ça, on en est où ?
Une demande (un style et/ou un texte) pour relancer le jeu, Trelaire ?

la petite note en spoiler qui fait bien:
Et j'avoue que j'avais un peu bloqué sur le terme PN. D'une je ne savais pas ce que c'était, de deux... Je trouvais ça assez redondant avec le personnage de la Merteuil qui a, en effet, initié la lettre citée. En tout cas, je me sentais pas de le faire, c'est déjà assez horrible comme ça, cette lettre Very Happy

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Re: Exercices de style

Message par Pieyre le Jeu 12 Déc 2013 - 7:20

Bon, j'ai fait un peu le ménage dans les précédentes interventions. Il s'agissait d'une controverse sur la nature perverse du personnage, qui aurait pu être intéressante, mais je ne souhaite pas que ce genre de discussion s'étende trop. J'espère que vous comprendrez que ce n'est pas dans l'esprit du sujet.

Après une nouvelle interruption, je relance donc, avec l'avant-propos du
Voyage au bout de la nuit, de Céline, que voici.


Voyager, c'est bien utile, ça fait travailler l'imagination.
Tout le reste n'est que déceptions et fatigues. Notre voyage à nous est entièrement imaginaire. Voilà sa force.

Il va de la vie à la mort. Hommes, bêtes, villes et choses, tout est imaginé. C'est un roman, rien qu'une histoire fictive. Littré le dit, qui ne se trompe jamais.

Et puis d'abord tout le monde peut en faire autant. Il suffit de fermer les yeux.

C'est de l'autre côté de la vie.


Nouveau style : interprétation par définitions, c'est-à-dire qu'il s'agit de remplacer chaque nom, verbe, adjectif ou adverbe (si possible) par une définition, ou plutôt une interprétation sémantiquement proche, de sorte qu'on révèle un sens original à l'ensemble de ce texte qui n'en présenterait alors que la réduction codée.

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Re: Exercices de style

Message par Invité le Ven 13 Déc 2013 - 12:37

Le plus complexe, ça a été les adverbes. J'ai essayé de respecter au mieux la consigne, sinon (même si les définitions sont parfois assez personnelles). Voilà ce que cela donne :

~ * ~

Aller dans des régions lointaines ou des pays étrangers, cela nous est un avantage – cela nous sert : cela maintient vivante et effective cette capacité que nous avons tous de former et de nous représenter des images mentales.

Tout ce qu’on délaisse, à côté, n’est que vexation et tristesse devant ce que la réalité n’offre pas, et éreintements subits, sommeils laissés en suspens. Notre périple d’un lieu à l’autre n'existe que dans notre esprit, de manière entière et sans la moindre restriction. Voilà ce qui fait sa puissance et son intensité.

Il va de ce qui anime les êtres vivants, et de ce qui laisse cois les morts. Êtres humains, créatures du règne animal, regroupements d’individus et tout ce qui existe, mais que l’on ne détermine pas… tout n’est qu’image mentale, représentation rêvée. C’est une longue histoire en prose au schéma narratif donné, rien qu’une reconstruction du passé sans fondement réel – simple imitation de l’existant. Littré l’énonce, lui qui n’a jamais fait d’erreur, à quelque moment que ce soit.

Et, après tout, l’ensemble constitué des êtres et des choses, dans sa totalité, a la possibilité d’en faire autant. Le seul facteur déterminant pour que soit obtenu l’effet désiré est de couper le lien entre nos globes oculaires – fenêtres sur le monde – et… le monde.

C’est la partie ignorée de l’existence.

~ * ~

Et pour le prochain tour, je propose un extrait de On ne badine pas avec l'amour :

Tous les hommes sont menteurs, inconstants, faux, bavards, hypocrites, orgueilleux et lâches méprisables et sensuels,
toutes les femmes sont perfides, artificieuses, vaniteuses, curieuses et dépravées, le monde n'est qu'un égout sans fond où les phoques les plus informes rampent et se tordent sur des montagnes de fange, mais il y a au monde une chose sainte et sublime, c'est l'union de ces deux êtres si imparfaits et si affreux.

On est souvent trompé en amour souvent blessé et souvent malheureux ; mais on aime, et quand on est sur le bord de sa tombe, on se retourne pour regarder en arrière, et on se dit : J'ai souffert souvent, je me suis trompé quelques fois : mais j'ai aimé. C'est moi qui ai vécu et non pas un être factice créé par mon orgueil et mon ennui.

Style : Discours philosophique (tout le vocabulaire spécifique peut y passer). Que cela semble soudain le produit d'un esprit rationnel et synthétique. Very Happy
(et si ça vous inspire pas, le style choisi peut être libre aussi, je ne suis pas très forte pour proposer des styles.)

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Re: Exercices de style

Message par Pieyre le Lun 16 Déc 2013 - 3:08

Félicitations Alphonsine pour cette interprétation du texte proposé ! J'ai apprécié en particulier « ce qui laisse cois les morts » et plus encore la conclusion : « C’est la partie ignorée de l’existence. » Pour pinailler, je dirais juste qu'on pouvait aussi remplacer « Littré », qui est un nom, même si c'est un nom propre (je n'avais pas indiqué qu'il s'agissait des substantifs), par exemple « le grand lexicographe maussade »...

Bon, de mon côté, j'ai eu un peu de mal pour ne pas déborder du texte, sur le plan du sens comme du vocabulaire, avec notamment une coloration quelque peu scientifique des termes philosophiques. Voici donc.



L'humanité, comme partie du règne animal, est soumise à la génération et à la corruption. Que l'on conçoive la vie comme transcendante à ses manifestations, les êtres vivants, en tant que systèmes immanents, se dirigent pourtant vers la mort, cela en raison de l'entropie du monde. Si la vie se perpétue par delà l'existence individuelle, c'est grâce à la génération, qui prend place au sein de la corruption générale, mais qui la déjoue en redonnant à chaque engendrement une forme semblable à une matière nouvelle.
Ainsi il y a des hommes et il y a des femmes, dont le conatus est le même, mais qui sont déterminés à se reproduire selon un dimorphisme sexuel qui les conditionne.
Dans l'instant, ils recherchent consciemment avant tout le plaisir. Mais, capables d'agir et de prévoir les conséquences de leurs actes, selon le principe de causalité que leur raison leur permet de concevoir, ils appréhendent ce plaisir en fonction de la durée de leur existence, selon une visée utilitariste. Pour cela, les hommes usent de violence et de manipulation envers les femmes, comme les femmes envers les hommes, mais selon des moyens différenciés fournis par leur nature contingente. En effet, d'après une norme établie de façon empirique, mais qu'on reliera à une forme transcendantale inscrite en eux, les hommes tendent à développer des manœuvres de séduction dans le but d'établir une relation sexuelle, alors que pour les femmes il s'agit de faire durer la relation avec une expression renouvelée de l'attachement. D'où une incompréhension foncière et des défauts rédhibitoires manifestés par l'autre sexe.
Mais il y a en l'existence une réalité qui transcende les individus et leurs défauts contingents, c'est le couple uni par l'amour.

On est souvent manipulé et violenté en amour, et souvent affecté quant à son aspiration à bien vivre ; mais on aime, et au seuil de la mort, on se remémore son existence et on prend conscience que, si l'on a subi des dommages de corps et d'esprit, on a participé de l'amour universel. On a appréhendé le dépassement de l'existence solipsiste de l'individu soumis à la vanité d'une irritation et d'un ennui sans cause autre que matérielle.

Nouveau style : badin, forcément.

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Re: Exercices de style

Message par Petitagore le Lun 16 Déc 2013 - 9:44

Hors sujet (Littré):
Il y a un moment que je veux dire mon admiration sur ce fil: vraiment, j'aime beaucoup, mais je ne me sens pas assez de talent pour m'y essayer moi-même. Mais Pieyre venant de me donner l'occasion de raconter une blague (hors sujet), je m'autorise quand même un post.

Pieyre a écrit:on pouvait aussi remplacer « Littré », (...) par exemple « le grand lexicographe maussade »...

Madame Littré revient chez elle plus tôt que d'habitude, et alors qu'elle entre dans la chambre conjugale pour se changer, elle trouve son époux, le grand lexicographe maussade, au lit avec la bonne.

Ne sachant pas trop quelle contenance prendre, elle commente simplement:

-- Je suis... comment dire?... surprise.

Et Littré, aussitôt, impitoyable:

-- Vous n'êtes pas surprise, vous êtes étonnée. C'est nous qui sommes surpris.

Ça s'appelle "aggraver son cas"...  Very Happy 

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Re: Exercices de style

Message par Pieyre le Lun 16 Déc 2013 - 11:53

Réponse:
Mais au contraire, je te prie instamment de te saisir d'un de nos textes pour enrichir notre recueil d'exercices. Ton style est loué jusqu'à exprimer des réticences à te charger de responsabilités dans l'équipe de modération, pour ne pas voir se tarir ta verve. Ce serait dans ce cas – mais dans ce cas seulement – à raison.

Quant à la blague, je la connaissais. Mais je ne suis pas parvenu à déterminer si elle reposait sur des faits authentiques. L'histoire est relatée dans des ouvrages publiés, tout en étant contestée. On la fait même remonter à Voltaire, mais sans citer de source.

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Re: Exercices de style

Message par Invité le Mer 18 Déc 2013 - 17:34

Ah c'est drôle que tu dises ça au sujet de Littré, Pieyre, j'avoue avoir hésité à la définir aussi... puis finalement, j'y ai renoncé. Je serai moins timorée la prochaine fois...
...Comme maintenant, en fait. Je fais presque un hors sujet complet, et le texte est plus badin par lui-même que dans le ton de la tirade. Il y a beaucoup de contextualisation, d'à côté - libre à toi de rester sur le même sujet si tu estimes que j'ai dépassé le cadre. Mais c'est vraiment ce que ça m'a inspiré, comme une évidence. Je trouvais ça dommage de ne pas le partager, parce que ça ne me serait pas venu comme ça sans l'énoncé de l'exercice. Alors voilà, tentons :

(Et sinon, j'oubliais de le signaler, mais bravo pour le style philosophique, je n'aurais pas été capable de pousser si loin la consigne !)

~ * ~

C'était un soir à l’Abbaye de Thélème, au numéro un de la place Pigalle. André de Ferval y était attablé avec quelques amis, autour d’un verre – l’eau, ce liquide si impur… Ils discutaient, de choses et d’autres –  et surtout de sujets peu sérieux – avec la gravité qui seyait à leur jeune âge. Et puis, la conversation se déployant, sous l’œil brillant des femmes, l’on dériva, joyeusement… Il y avait Jean de Fréneuse, Raoul de Vallonges, Gérard de Kérante (il y avait là-dedans des pseudonymes)… Il y avait Louise, Lucia, Blanche (il y avait là-dedans des pseudonymes)… Avouez que cela ne pouvait que dégénérer. Alors on se mit à parler d’amour.

Jean de Fréneuse, sirotant tranquillement un cognac – Jean de Fréneuse avait la désagréable manie de ne jamais faire comme tout le monde – fut le premier à jeter le caillou dans la mare (les pavés étaient trop lourds à lancer, c’était un peu fatiguant) :
–  Mais l’amour est passé de mode, tout le monde le sait. Qui, aujourd’hui, s’embarrasse de scrupules… ? Les imbéciles, les naïfs, voilà tout.
Les femmes protestèrent, en papillonnant des cils – lorsqu’on couplait une fortune confortable à une mine bien faite, l’on n’avait jamais tort, même lorsqu’on débitait les pires âneries. Les hommes y mirent un peu plus d’allant :
–  Oh, l’autre !
– Hé, Jean, ferme ta gueule.
Le duc de Fréneuse alluma une cigarette – nécessaire ponctuation.
– Vous ne comprenez pas. J’aimerais bien... moi-même... mais... le cœur des femmes a changé, voilà. Laquelle d’entre elle sait aujourd’hui s’attacher, en dépit de tout, avec ce tendre et constant sentiment qu’elles savaient avoir… ? Oh, je n’dis pas que c’était mieux avant, comprenez-moi bien. La liberté des mœurs… J’suis pour la liberté des mœurs. Mais qui peut encore aimer aujourd’hui ?
André de Ferval l’observait, en silence. Derrière la désinvolture apparente de la conversation, il avait l’impression confuse que quelque chose d’important se jouait là.
– Tu charries, Fréneuse.
–  Même pas… !
Les femmes papotaient autour, renonçant à prendre position. Le brouhaha, l’alcool, la fumée… André eut un vertige.


–  « L’amour ne vole plus, il s’est fait friser les ailes. »
– Excellent !
– Stupide !
C’est une opinion
Et soudain il frappa du plat de la main sur la table – Marie étouffa un cri, et Blanche un rire.
–  Je ne peux pas te laisser dire ça.
Jean eut un sourire en coin.
– Penses-tu… ?
Avec cet air ironique qui vous invitait à continuer, l’air de dire : va toujours, tu ne me persuaderas point… On savait où cela menait, ces airs-là... André prit une profonde inspiration, puis il commença :
–  Ah, certes, tous les  hommes, tous, vous racontent des salades, changent de femmes comme de faux-cols…
– Je n’te l’fais pas dire !
–  Tais-toi, Louise…
– Ils sont tous hypocrites – oui, même toi, Jean, qui es si fier d’asséner aux gens leurs vérités. Tous, ils bavassent inutilement – comme vous et moi maintenant, tout à fait ! Ajoutez à cela une trop haute opinion d’eux-mêmes, la petite somme de lâcheté qui fait bien, pas assez de dignité pour justifier du rang social …
– Hé !
–  Et puis une attraction trop poussée pour les plaisirs de la chair…
– Ah ça, en revanche, c’est vrai !
–  Tu vas m’laisser finir ? Les femmes… ? C’est pas mieux. Toutes…
–  Oh, sois pas rosse, dis pas d’mal des femmes devant ces d’moiselles.
–  Pour ce qu’elles s’en fichent… C’est tout à fait général.
–  Mais, tout de même... Moi je n’aime pas, le général. Puis l’implicite a plus de distinction…
–  Bon… Toutes les femmes… voilà. – tu es content ? Le monde…
–  Vlà qu’il s’pique de vérités générales, André, on aura tout vu !
– Le monde, dis-je, n'est qu’un puisard infini où l’on rampe tous, autant qu’nous sommes.
–  Nihiliste !
–  Mais j’dis ça tout à fait légèrement… Pour c’que ça a d’importance… Tu t’pensais sublime, peut-être ?
– Mais où veux-tu en venir ? demanda Jean de Fréneuse.
–  A quelque chose de fort simple. Dans tout ce cloaque – et tu pardonneras mon vocabulaire… parce que je t’explique quelque chose d’important, et d’presque sérieux – dans tout ça, il y a quelque chose qui rachète tout, un machin-chose fort magnifique, c’est ce qui va réunir, un instant, deux de ces êtres sans qualités ni perfections.
–  Plaît-il… ?
– C’était ça ta conclusion ?
–  J’y arrive. Notre ami se pique d’être sans illusion. Alors, certes, on est souvent trompé en amour, toujours blessé, malchanceux – rarement heureux…  ne vous en déplaise, mesdames… mais l’on aime et c’est tout d’même quelque chose… Et quand on sera vieux, un pied dans la tombe, suffira d’se ressouvenir de tout ça – des bars, des femmes et des amis. Et puis, se dire : j’ai eu mal souvent, quelque fois je n'ai même rien compris à ce qui se passait… mais j’ai aimé. J’ai fait ma vie, je l’ai menée comme je le rêvais... pas suivant mon orgueil, mes peurs ou mon ennui.
–  ...C’est bon, t’as fini ?
André sourit à son tour.
– Je crois bien, oui. J’écrirai quelque chose là-dessus, un jour.
–  Musset l’a pas déjà fait ?
–  Ferme-la, ça n’a rien à voir.

Et les voix s’élevèrent à nouveau, badinant toujours, dans un fracas de verres entrechoqués.

~ * ~

Style : Badin, si vous estimez que j'ai fait un immonde hors sujet.
Ou alors je propose de faire les choses à l'envers... Cela sort un peu des anciens exemples, et j'espère que vous ne m'en voudrez pas, mais pourquoi pas vous demander d'écrire un petit conte, une petite histoire dont ce discours serait la morale-la conclusion ? Vous pouvez reprendre l'histoire originale sous forme de conte ou vous inspirer simplement de ce que vous inspire le passage. On sort un peu des cadres (pour mieux y re-rentrer ensuite ?), mais ça peut donner quelque chose d'intéressant, je pense. Smile

(et la blague sur Littré m'a beaucoup fait rire)

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Re: Exercices de style

Message par Pieyre le Jeu 19 Déc 2013 - 2:42

Mais pourquoi ton texte serait-il hors-sujet, Alphonsine ? Au départ, en suivant la leçon de Queneau, j'ai indiqué qu'il s'agissait de remplacement de mots ou d'expressions. Mais j'ai bien vite ajouté que l'exercice était évolutif (tout en conservant le même esprit). Alors oui, tu remplaces des phrases entières, et tu les organises à ta façon, eh bien cela me va ! De plus, j'ai beaucoup apprécié le choix du dialogue, particulièrement adapté au style badin.

Par ailleurs, je préférerais que l'on ne reprenne pas le même style avec le même texte à la suite, puisqu'il ne s'agit pas de comparer et de juger quel participant serait le meilleur. C'est avant tout un jeu, même si certains peuvent se prendre davantage au jeu. Que l'on s'amuse ou que l'on s'applique, du moment que l'on respecte à peu près la consigne...

Entre temps allons-y pour le petit conte mais, pour qu'il y ait un lien avec l'esprit de l'exercice, que tous les éléments de sens de l'extrait initial de la pièce de Musset y soient évoqués... Je laisse faire celui qui voudra.

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Ajout de proposition d'un nouvel exercice.

Message par Arkange le Jeu 19 Déc 2013 - 5:11



La notion de bavardage n'est que peu présente et celle de curiosité uniquement de manière décalée. Pourtant, voici ce que j'ai pu produire en suivant le fil de la consigne :



Il était une fois, dans un royaume lointain, une petite fille qui s'appelait Pousse. Elle s'appelait Pousse mais ce n'était pourtant pas le nom par lequel on l'avait nommée. Pourquoi ? Simplement parce qu'on avait oublié de le faire.  
« Pousse », ça lui était venu vers ses deux ans, enfin un peu avant. Du haut de son berceau, tendue sur ses deux jambes en s'appliquant à maintenir son équilibre, elle avait remarqué que les gens portait des noms. Ils s’appelaient !
Seulement voilà, elle, personne ne l'appelait. Enfin si, on l'appelait de temps en temps, mais elle n'avait pas su trouver lequel des termes utilisés venaient la désigner. Poussée par l'énergie de sa juvénile curiosité, elle s'était appliquée à retenir précisément les mots qui lui semblaient lui être appliqués. Si elle avait été plus grande, elle aurait simplement compté, mais à son âge cette notion restait bien trop évasive pour être vraiment mise en action. Bref, au bout d'un moment d'étude, Pousse en arriva à la conclusion que « Pousse » devait être son nom.

- « Mais pousse-toi de là » lui dit pour la énième fois son père.
- « Mais vas-tu bien laisser la petite tranquille » lui répondit la mère de Pousse.  
- « Comment-ça ?  Je n'ai absolument pas troublée la tranquillité de la princesse, en quoi la reine se permet-elle ainsi d'user de sa verve ?
- « Et bien voilà qu'il fait des grands discours maintenant, on aura tout vu ! Cela dit-il était grand temps que tu mettes à la hauteur. C'est bien le minimum qu'une femme de ma valeur puisse attendre. N'empêche que t'as failli lui marcher dessus. »
- « Mais absolument pas ! Je marchais juste d'un grand pas et j'ai pris la précaution de ne pas la heurter »
- « N'importe quoi ! »

Les pieds bien enfouis dans ses chaussons, Pousse regardait affectueusement ses parents. Elle était à la fois rassurée et étonnée. Rassurée de les voir, ensembles, partager des mots et des regards, mais étonnée d'avoir entendu sa mère désignée du nom de reine. Son père était roi, ça elle le savait, vu que très souvent elle avait entendu sa mère l'appeler : « le roi des cons ». Pourtant, elle avait beau fouiller et refouiller dans son immature cervelle, elle ne trouvait aucune trace mnésique de sa mère qualifiée de pareil terme. Maman était donc reine, tout se clarifiait ! C'était donc pour ça qu'une fois en lui changeant ses couches, la sage-femme l'avait appelée : « la petite princesse ». D'ailleurs, Pousse avait un temps hésité, en se demandant si « Princesse » ne pouvait pas être son nom. Une seule fois on l'avait appelé comme ça, et une seule fois ça ne fait pas beaucoup, mais comme Pousse ne savait pas compter, une seule fois ça comptait quand même beaucoup !
Au final, elle avait renoncé à cette appellation, en constatant que c'était le nom du chien de sa tante : un cocker. Du coup, en constatant que c'était le nom d'un chien, elle s'était dit que cela ne pouvait pas être le sien. Bon, elle avait douté un moment, c'est vrai. Elle s'était même écouté attentivement pendant plus de vingt-quatre heures, à l'affut du moindre aboiement. L'expérience réalisée, le constat fait qu'elle n'avait à aucun moment ni aboyé, ni remué la queue, elle en avait conclu qu'elle n'était pas un chien et que « Princesse » n'était pas son nom. Évidemment, quelques années plus tard, Pousse réalisa que son raisonnement était biaisé, puisque sa tante appela son nouveau chien « Robert », et que « Robert », s'était aussi le nom du boucher, et que le boucher, c'était un humain, pas un chien. Mais bon, à cette époque, ce qui interrogeait Pousse, c'était surtout de savoir comment elle pouvait bien s’appeler, vu qu'on ne l'appelait presque jamais.
Et puis aussi, il y avait un autre truc. Le truc de la sage-femme. Au début, elle avait juste retenu le nom, sans se poser de question. Mais au dernier Noël, quelqu'un avait parlé d'un père Noël qui apportait des cadeaux, et que pour pouvoir en avoir, il fallait avoir été sage. Pousse, elle ne savait pas ce que cela voulait dire « avoir été sage », mais depuis ce jour-là, elle se demandait ce que la femme avait bien pu faire pour devenir sage au point que cela soit son nom.
Elle, elle s'appelait Pousse. Elle avait mis longtemps à le conceptualiser, mais c'était comme ça qu'on l'appelait. « Mais pousse bordel ! » étaient les premiers mots qu'elle avait entendu de son père. Enfin plus exactement les premiers mots qu'elle avait entendus en sortant du ventre maternel.
« Bordel », Pousse, elle l'avait déjà entendu depuis l'utérus, et plusieurs fois même. La plupart du temps, c'était de la voix de sa mère. Ça faisait par exemple : « Je suis sûre que tu reviens du bordel ! ». En général, l'autre voix l'utilisait aussi : «  Mais non ma chérie, je te jure que je ne suis pas allé au bordel. Comment peux-tu imaginer qu'un homme de ma condition puisse s'abaisser à de tels comportements ?! ». Pousse, elle avait même remarqué que la plupart du temps apparaissaient ensuite les mots « robes » et « bijoux », prononcés par sa mère avec un ton d'accusation. Il était aussi question d'argent, de choix à faire entre les poules et les cadeaux, et aussi entre le café et la maison. Pousse n'y comprenait rien. Elle ne voyait pas le rapport entre le fait d'être sage pour avoir des cadeaux et puis les poules de son père. Et puis, c'était pareil pour le choix à faire entre le café et la maison. Où donc était la logique, vu que papa il prenait tous les matins son café à la maison ? Pousse, elle y comprenait rien à tout ça, mais elle y pensait beaucoup.
Un de ces après-midi où son père n'était pas là, elle était justement en train d'y penser sur le canapé. Sa mère l'avait interrompue :
- « Pousse-toi de là, allez, dépêche-toi, vas dans ta chambre ! »
Cette phrase, ça l'avait amusée de l'entendre prononcée par sa mère. D'habitude, c'était papa qui lui disait. Il lui disait très souvent, et presque à chaque fois qu'il voulait aller entre les cuisses de maman. Mais là, pour une fois, simplement parce que c'était un autre monsieur que papa, c'était maman qui lui disait ! Du coup, pour marquer l'évènement, Pousse choisit d'aller jusqu'à sa chambre en remarchant à quatre pattes comme elle le faisait avant. C'était sa manière à elle d’honorer le passé :  une petite régression en guise de cérémonie.
Installée dans son lit, Pousse entendait sa mère crier. Non pas de simples petits gémissements insuffisamment bien joués comme s'était son habitude, mais de vrais cris qui lui rappelait le moment de sa naissance. Les premiers sons qui lui étaient clairement arrivés étaient les cris de sa mère, accompagnant le « Mais pousse bordel » déclamé par son père. Pour Pousse, c'était un souvenir rigolo, le souvenir d'un moment où elle était à la fois dedans et dehors, la tête déjà en l'air et le corps encore pas né.
Ce soir-là, pas celui de sa naissance, celui de « l'autre monsieur », Pousse a constaté que maman elle était plus gentille avec papa que quand il lui accrochait un collier au cou et que maman elle se mettait à le lécher de partout. Pourtant, deux jours après, Pousse a constaté que papa criait quand même très fort contre maman. Plus elle lui répétait que l'autre monsieur il était pas venu du tout, plus papa il criait fort. Ce soir-là, pas celui de « l'autre monsieur », celui où papa a crié très fort, Pousse elle a même cru que papa et maman ils s'aimaient plus du tout. Ce soir-là, quand papa et maman ils lui ont dit : « pousse-toi », Pousse elle a même cru que papa et maman ils ne s'aimeraient plus jamais.
Ce soir-là, il est bien loin. Aujourd'hui, Pousse elle le sait bien que papa et maman ils s'aiment pour toujours. Elle le sait parce que papa, maintenant quand il lui dit « pousse-toi », c'est pour mettre des nouvelles fleurs sur la tombe de maman. Et dans ces moment-là, papa, il a toujours de l'eau qui lui coule sur la joue. Alors, Pousse elle lui dit : « papa, tu pleures ! », et son père, à chaque fois, il lui dit : « mais non, c'est rien que de l'eau, pousse-toi ! ».



Je propose pour le nouvel exercice un conte de Hans Christian Anderson : « Le papillon ».
Pour le style, inspiré par l'acte de « nettoyage » qui a été effectué sur ce fil, je propose la censure et j'y joint la notion de recyclage. Il s'agit donc d'effectuer des coupures dans le texte original en en modifiant le sens à son gré, puis d'utiliser ces coupures pour former un ou plusieurs autres textes.


Hans Christian Anderson a écrit:
Le papillon
Le papillon veut se marier et, comme vous le pensez bien, il prétend choisir une fleur jolie entre toutes les fleurs. Elles sont en grand nombre et le choix dans une telle quantité est embarrassant. Le papillon vole tout droit vers les pâquerettes. C'est une petite fleur que les Français nomment aussi marguerite. Lorsque les amoureux arrachent ses feuilles, à chaque feuille arrachée ils demandent :
-M'aime-t-il ou m'aime-t-elle un peu, beaucoup, passionnément, pas du tout ? La réponse de la dernière feuille est la bonne. Le papillon l'interroge :
-Chère dame Marguerite, dit-il, vous êtes la plus avisée de toutes les fleurs. Dites-moi, je vous prie, si je dois épouser celle-ci ou celle-là.
La marguerite ne daigna pas lui répondre. Elle était mécontente de ce qu'il l'avait appelée dame, alors qu'elle était encore demoiselle, ce qui n'est pas du tout la même chose. Il renouvela deux fois sa question, et, lorsqu'il vit qu'elle gardait le silence, il partit pour aller faire sa cour ailleurs. On était aux premiers jours du printemps. Les crocus et les perce-neige fleurissaient à l'entour.
-Jolies, charmantes fleurettes ! dit le papillon, mais elles ont encore un peu trop la tournure de pensionnaires. Comme les très jeunes gens, il regardait de préférence les personnes plus âgées que lui.
Il s'envola vers les anémones ; il les trouva un peu trop amères à son goût. Les violettes lui parurent trop sentimentales. La fleur de tilleul était trop petite et, de plus, elle avait une trop nombreuse parenté. La fleur de pommier rivalisait avec la rose, mais elle s'ouvrait aujourd'hui pour périr demain, et tombait au premier souffle du vent ; un mariage avec un être si délicat durerait trop peu de temps. La fleur des pois lui plut entre toutes ; elle est blanche et rouge, fraîche et gracieuse ; elle a beaucoup de distinction et, en même temps, elle est bonne ménagère et ne dédaigne pas les soins domestiques. Il allait lui adresser sa demande, lorsqu'il aperçut près d'elle une cosse à l'extrémité de laquelle pendait une fleur desséchée :
-Qu'est-ce cela ? fit-il.
-C'est ma soeur, répondit Fleur des Pois.
-Vraiment, et vous serez un jour comme cela ! s'écria le papillon qui s'enfuit.
Le chèvrefeuille penchait ses branches en dehors d'une haie ; il y avait là une quantité de filles toutes pareilles, avec de longues figures au teint jaune.
-À coup sûr, pensa le papillon, il était impossible d'aimer cela.
Le printemps passa, et l'été après le printemps. On était à l'automne, et le papillon n'avait pu se décider encore. Les fleurs étalaient maintenant leurs robes les plus éclatantes ; en vain, car elles n'avaient plus le parfum de la jeunesse. C'est surtout à ce frais parfum que sont sensibles les coeurs qui ne sont plus jeunes ; et il y en avait fort peu, il faut l'avouer, dans les dahlias et dans les chrysanthèmes. Aussi le papillon se tourna-t-il en dernier recours vers la menthe. Cette plante ne fleurit pas, mais on peut dire qu'elle est fleur tout entière, tant elle est parfumée de la tête au pied ; chacune de ses feuilles vaut une fleur, pour les senteurs qu'elle répand dans l'air.»C'est ce qu'il me faut, se dit le papillon ; je l'épouse.» Et il fit sa déclaration.
La menthe demeura silencieuse et guindée, en l'écoutant. À la fin elle dit :
-Je vous offre mon amitié, s'il vous plaît, mais rien de plus. Je suis vieille, et vous n'êtes plus jeune. Nous pouvons fort bien vivre l'un pour l'autre ; mais quant à nous marier... sachons à notre âge éviter le ridicule.
C'est ainsi qu'il arriva que le papillon n'épousa personne. Il avait été trop long à faire son choix, et c'est une mauvaise méthode. Il devint donc ce que nous appelons un vieux garçon.
L'automne touchait à sa fin ; le temps était sombre, et il pleuvait. Le vent froid soufflait sur le dos des vieux saules au point de les faire craquer. Il n'était pas bon vraiment de se trouver dehors par ce temps-là ; aussi le papillon ne vivait-il plus en plein air. Il avait par fortune rencontré un asile, une chambre bien chauffée où régnait la température de l'été. Il y eût pu vivre assez bien, mais il se dit : «Ce n'est pas tout de vivre ; encore faut-il la liberté, un rayon de soleil et une petite fleur.» Il vola vers la fenêtre et se heurta à la vitre. On l'aperçut, on l'admira, on le captura et on le ficha dans la boîte aux curiosités.» Me voici sur une tige comme les fleurs, se dit le papillon. Certainement, ce n'est pas très agréable ; mais enfin on est casé : cela ressemble au mariage.» Il se consolait jusqu'à un certain point avec cette pensée.»C'est une pauvre consolation», murmurèrent railleusement quelques plantes qui étaient là dans des pots pour égayer la chambre.» Il n'y a rien à attendre de ces plantes bien installées dans leurs pots, se dit le papillon ; elles sont trop à leur aise pour être humaines.»


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Re: Exercices de style

Message par Invité le Dim 22 Juin 2014 - 0:10

Si tu n’es pas capable de te renouveler c’est complètement de ta faute.

C'est à cause de toi que j'ai besoin de nouveauté, alors que j’ai passé avec toi ces 4 mois invivables et je t’en tiens pour totalement responsable.

Si par exemple, nous avions expérimenté tout ce sur quoi tu ne veux pas t’informer par ton manque de curiosité et au moins essayer que et que je ne connaîtrais pas de nouveau alors que j’y étais habitué avec d’autres avant toi bien plus gentilles et prêtes à faire plaisir que toi, il est totalement normal que tu ne fasses plus d’effet et donc pas l’effet de nouveauté dont tout le monde a besoin, et si c’est devenu la routine entre nous, c’est de ta faute.

Evidemment, quand tu utiliseras le peu de neurones que tu as, tu concluras que forcément depuis peu je n’ai eu le choix que te devenir infidèle puisque tu ne m’entoures d’aucune affection, d’aucune attention et ne me manifeste que du désintérêt en ne pensant qu’à toi, toujours rien qu’à toi, si tu es et restes si égoïste c’est de ta faute.

Aujourd'hui, il y a une femme qui a su me combler mieux que toi et qui a par ta faute a besoin de moi, tu m’as donc mis dans l’obligation par tes comportements de me rapprocher d’elle et elle de moi.

Je ressens bien que tu y vois là l’occasion de me culpabiliser, car si d’autres femmes sont, en faisant un minimum d’effort ce que tu n’as pas voulu être, j’ai toujours su par contre faire preuve d’une énorme patience à ton égard dont tu as volontairement dépassé les limites, tu as joué.

Je ne serai pas surpris, mais encore une fois très déçu, que tu te mettes rapidement en quête d’un autre homme fait ou non pour toi et quant bien même il ne serait pas à la hauteur fictive à laquelle constamment tu te places, et nous serons alors définitivement séparés à cause de toi.

Adieu, je ne pourrais malheureusement jamais te revoir, tu m’as si peu apporté et fait tellement souffrir et me poser tant de questions que je serai obligé d’essayer de t’oublier le plus vite possible, pour retrouver ma confiance en moi et me reconstruire.

Je ne méritais vraiment pas ce que tu m’as fait subir, il faudrait te remettre en question un jour de façon à ce que tu vois à quel point tout ce gâchis est de ta faute.

texte en mode PN (et moi suis du coup en mode "pour elle j'ai de la peine..." Smile

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Re: Exercices de style

Message par Pieyre le Lun 23 Juin 2014 - 23:09

Merci d'avoir repris un exercice laissé en suspens en octobre dernier, l'extrait des Liaisons dangereuses en style PN.

De mon côté je m'étais essayé à la proposition d'Arkange, mais cela m'a semblé assez difficile, en raison du lexique utilisé, qui donne peu de prise à effectuer une transposition du sens, sinon en livrant un texte très réduit. On verra si quelqu'un y parvient mieux que moi.

Alors je poursuis le fil ordinaire de ces exercices de style en vous soumettant un texte de Jorge-Luis Borges, le début de
La loterie à Babylone, extrait de son livre Fictions.

Comme tous les hommes de Babylone, j'ai été proconsul; comme eux tous, esclave; j'ai connu comme eux tous l'omnipotence, l'opprobre, les prisons. Regardez : à ma main droite il manque l'index. Regardez : cette déchirure de mon manteau laisse voir sur mon estomac un tatouage vermeil; c'est le deuxième symbole, Beth. Les nuits de pleine lune, cette lettre me donne le pouvoir sur les hommes dont la marque est Ghimel, mais elle me subordonne à ceux d'Aleph, qui les nuits sans lune doivent obéissance à ceux de Ghimel. Au crépuscule de l'aube, dans une cave, j'ai égorgé des taureaux sacrés devant une pierre noire. Toute une année de lune durant, j'ai été déclaré invisible : je criais et on ne me répondait pas, je volais le pain et je n'étais pas décapité. J'ai connu ce qu'ignorent les Grecs : l'incertitude. Dans une chambre de bronze, devant le mouchoir silencieux du strangulateur, l'espérance me fut fidèle ; dans le fleuve des délices, la panique. Pythagore, si l'on en croit le récit émerveillé d'Héraclide du Pont, se souvenait d'avoir été Pyrrhus, et avant Pyrrhus, Euphorbe, et avant Euphorbe encore quelque autre mortel; pour me remémorer d'analogues vicissitudes je puis me dispenser d'avoir recours à la mort, et même à l'imposture.

Nouveau style : transposition dans la vie amoureuse.

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Re: Exercices de style

Message par Invité le Lun 23 Juin 2014 - 23:32

de rien Smile pleasure Smile

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Re: Exercices de style

Message par Invité le Mar 24 Juin 2014 - 15:15

J'avoue m'être cassée les dents également sur la consigne d'Arkange. Elle me semblait très intéressante, mais je n'ai pas réussi à faire quelque chose de bien avec. Désolée !

Donc réécriture de Borgès :

~ * ~

Je suis comme toutes les femmes ; comme elles toutes, j’ai été conquérante et comme elles toutes, j'ai été vaincue ; j’ai vécu les passions, les oublis, les silences. Regardez : mon sourire est une cicatrice. Regardez : mon cœur s’est déchiré, sur son flanc, pour laisser voir un vertige – c’est le dernier symbole, un abîme. Les nuits sans lune, cette déchirure me donne le pouvoir sur les hommes qui gardent en eux un fond d'innocence… mais elle m’aliène à ceux qui, les nuits de pleine lune, s'égarent sans faiblir, aux instincts et aux tentations. Au crépuscule du matin, dans des chambres closes, j’ai embrassé l'inconnu. Toute une année durant, j’ai été invisible : je criais, et on ne me répondait pas, et je volais d’ombres en fantômes, sans que l’on se soit résolu à m’aimer. J’ai connu ce que les amants ignorent : l’écho terrifiant de la solitude. Cela m'a enivrée. Sous les lampes des cafés, derrière les rideaux tirés des fenêtres, j’ai gardé espoir ; dans le fleuve des délices, la panique. Nos grandes amoureuses se souviennent d’avoir été Messaline, et avant Judith, et avant Salomé – et Marlene Dietrich, et Cléo de Mérode, et tant d’autres mortelles encore…

Pour me remémorer d’analogues vicissitudes, je n’ai qu’à ôter un voile et chercher mes yeux dans le miroir.

~ * ~

J'ai quelques scrupules à remplacer tout de suite le texte de Borgès, mais je ne suis pas hyper à l'aise avec lui et ne me sens pas de proposer un nouveau style pertinent. Donc je propose la célèbre tirade de Don Juan, dans la pièce de Molière :

DON JUAN. - Quoi ? tu veux qu'on se lie à demeurer au premier objet qui nous prend, qu'on renonce au monde pour lui, et qu'on n'ait plus d'yeux pour personne ? La belle chose de vouloir se piquer d'un faux honneur d'être fidèle, de s'ensevelir pour toujours dans une passion, et d'être mort dès sa jeunesse à toutes les autres beautés qui nous peuvent frapper les yeux ! Non, non : la constance n'est bonne que pour des ridicules ; toutes les belles ont droit de nous charmer, et l'avantage d'être rencontrée la première ne doit point dérober aux autres les justes prétentions qu'elles ont toutes sur nos cœurs. Pour moi, la beauté me ravit partout où je la trouve, et je cède facilement à cette douce violence dont elle nous entraîne. J'ai beau être engagé, l'amour que j'ai pour une belle n'engage point mon âme à faire injustice aux autres ; je conserve des yeux pour voir le mérite de toutes, et rends à chacune les hommages et les tributs où la nature nous oblige. Quoi qu'il en soit, je ne puis refuser mon cœur à tout ce que je vois d'aimable ; et dès qu'un beau visage me le demande, si j'en avais dix mille, je les donnerais tous. Les inclinations naissantes, après tout, ont des charmes inexplicables, et tout le plaisir de l'amour est dans le changement. On goûte une douceur extrême à réduire, par cent hommages, le cœur d'une jeune beauté, à voir de jour en jour les petits progrès qu'on y fait, à combattre par des transports, par des larmes et des soupirs, l'innocente pudeur d'une âme qui a peine à rendre les armes, à forcer pied à pied toutes les petites résistances qu'elle nous oppose, à vaincre les scrupules dont elle se fait un honneur et la mener doucement où nous avons envie de la faire venir. Mais lorsqu'on en est maître une fois, il n'y a plus rien à dire ni rien à souhaiter ; tout le beau de la passion est fini, et nous nous endormons dans la tranquillité d'un tel amour, si quelque objet nouveau ne vient réveiller nos désirs, et présenter à notre cœur les charmes attrayants d'une conquête à faire. Enfin il n'est rien de si doux que de triompher de la résistance d'une belle personne, et j'ai sur ce sujet l'ambition des conquérants, qui volent perpétuellement de victoire en victoire, et ne peuvent se résoudre à borner leurs souhaits. Il n'est rien qui puisse arrêter l'impétuosité de mes désirs : je me sens un cœur à aimer toute la terre ; et comme Alexandre, je souhaiterais qu'il y eût d'autres mondes, pour y pouvoir étendre mes conquêtes amoureuses.

Et demander au prochain qui passe de me faire, a contrario, la défense de la vertu, ou le procès de l'inconstance - ou les deux.

(P.S : j'avoue n'être pas très inspirée pour la relance et rappelle que la consigne d'Arkange peut être prise aussi Smile )

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Proposition de recyclage du Papillon d'Andersen

Message par Invité le Mar 24 Juin 2014 - 16:57

Elles sont en grand nombre et le choix dans une telle quantité est embarrassant. Le coloriste s'oriente tout droit vers son nuancier de verts . Il jette son dévolu sur une pastille d'aquarelle bleu-vert que les anglais nomment aussi "viridian". Lorsque les artistes emploient ce ton là, à chaque touche posée ils se demandent :


"est ce du bleu ou bien est ce du vert ?"

La réponse du nuancier voisin est la bonne. Le coloriste l'interroge :

"Dites-moi, je vous prie, camaïeu de rose, avec une telle couleur, comment différencier la prairie du ciel dans mon image ?"

Mais il ne daigna pas lui répondre. Il était mécontent de ce qu'il l'avait appelé camaïeu de rose , alors qu'il était magenta, ce qui n'est pas du tout la même chose.


Lorsqu'il vit qu'il gardait le silence, il partit en direction du nuancier jaune. Boutons d'or et citrons semblaient s'y épanouir et le chant des Canaris en émaner.

Il décida alors d'abandonner viridian et nuancier de vert au profit du jaune.

Mais les couleurs lui parurent trop viles, trop criardes et elles gardaient une parenté avec le vert.

Toutes rivalisaient d'éclat, mais les boîtes de pastilles s'ouvraient aujourd'hui pour être humectées puis se craqueler à l'abandon des lendemains.

Alors le coloriste tomba sur une pastille isolée de blanc cassé, si délicat .

Cette pastille n'est pas une couleur, mais on peut dire qu'elle est toutes les couleurs, tant elle appelle chacune d'elles à exister en son sein !

"Nous pouvons fort bien ne peindre qu'en blanc !" se dit-il. Et ajouta :

"Ce n'est pas tout de peindre ; encore faut-il la liberté, un rayon de lumière ;  Il n'y a rien à attendre de toutes ces couleurs stagnantes dans leurs pots, se dit l'artiste ; elles sont trop déterminées pour être créatives."


Dernière édition par Guillemette de Troll le Mer 25 Juin 2014 - 10:40, édité 2 fois (Raison : surlignages extraits originaux / et petit apport lexical.)

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Re: Exercices de style

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