Zébritude et résilience

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Re: Zébritude et résilience

Message par Grognon le Ven 28 Sep 2012 - 7:01

Bonjour,

Je vais vous parler de ma propre expérience. J'ai perdu mon petit frère à 20 ans, il avait 14 ans. Décès d'un arrêt cardiaque, un accident à l'époque... Je commençais juste à me frotter au monde du travail, déjà que les relations étaient difficiles...
Cette époque je l'ai vécue "hors de mon corps", je regardais un automate manger, dormir, travailler... et moi je me réfugiais dans ma tour, je me coupais du monde pour ne pas en souffrir, c'était assez comme ça.

Quelques années après, nous découvrions la maladie génétique : tous mes frères et sœurs touchés, nous étions cinq à la base, nous voilà quatre dont trois mourants... Alors voilà, rebelote, je me coupe du monde qui déjà me fait souffrir, là c'est trop ! Bien évidemment, incapable d'extérioriser tout ça, c'est beaucoup trop. Je suis à nouveau cet automate. "Salut, ça va ? Ouais et toi ?" Et à mon bureau sans réponse, ce n'est qu'une histoire de forme...

Oui mais voilà, à force d'intérioriser, c'est le corps qui finit par dire je souffre. Les problèmes de santé arrivent, et entre temps je n'ai rien trouvé de mieux que de me coller avec une perverse narcissique. Ca tombe bien, comme ça j'explore mon côté minable et bon à rien à fond !

Et au bout de quelques années (ah oui quand même, six ans !!!) où je me regarde "vivre", c'est trop : j'explose ! Marre de mes frères et sœurs qui souffrent sans que je puisse prendre un peu de leur souffrance, marre de l'automate au travail, marre des "copains" opportunistes !

Je me casse, et fini le monde extérieur autre que le travail ! Ben oui quoi ils font rien que de m'agresser, ils sont méchants, profiteurs, bêtes, et ils s'imaginent que je les vois pas avec leurs gros sabots !!!! Rrrrrrrrrrrrrrrrrr !

Et je me coupe du monde, c'est facile, c'est doux... mais c'est chiant ! Et oui, on est différents mais nous sommes faits pour vivre avec nos cons génères (je sais je suis trop imbu de ma personne et j'y travaille, je commence bien à voir qu'ils ont des choses à m'apprendre). Je commence à "fréquenter" des filles, je cherche mais quoi ?!

Un jour, un 8 septembre il y a un an, je fini par comprendre ce que je cherche quand je tombe dessus : une personne qui me comprenne car elle vois les choses comme moi. Et oui, c'est mon aimée ! Et je rencontre sa famille, et oh surprise : certains fonctionnent comme moi ! Mon dieu quel délice, même pas besoin de finir mes phrases, il comprends mes raccourcis... Il rit de mes blagues !!!!! Moi qui suis habitué à rire cavalier seul !

Ben voilà, maintenant je suis ici, je peux échanger avec plus de personnes encore...

Enfin, pour revenir sur la résilience, je crois que c'est non seulement une affaire de personnes mais aussi de "hasard", de rencontres, même si nous les provoquons. De plus, si on gratte un peu, on s’aperçoit que bien souvent les "gens" ont eux aussi des misères qu'ils ont surmonté, parce-que la vie continue et que rester sur le trottoir... ben on a pas trop envie, alors on continue d'avancer comme on peux...

Voilà, c'est tout ce que j'ai à dire sur le sujet...

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Re: Zébritude et résilience

Message par Mégalopin le Ven 28 Sep 2012 - 12:30

Grognon a écrit:Ben voilà, maintenant je suis ici, je peux échanger avec plus de personnes encore...

Hi hi Wink

Bonjour Grognon king


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Re: Zébritude et résilience

Message par Invité le Ven 28 Sep 2012 - 20:07

Tout le monde a connu une expérience triste, traumatisante...sauf que le seuil de tolérance fera que nous n'aurons pas la même vision de cette expérience.

Je prends l'exemple du divorce. Certains ne s'en remettent jamais tout à fait. Lorsque j'ai vécu cet événement (après 10 ans de vie commune), je me suis aperçue que j'ai rebondi très vite...Je dirais 6 mois. C'est rapide et pourtant, j'aimais mon ex-mari. Au cours de cette expérience, j'ai pu observer ce qui se passait en moi : juste après la rupture, j'ai accueilli mes ressentis (douleur, colère, honte, etc...) sans les filtrer. Je me suis laissée couler à pic pour toucher le fonds. Puis, j'ai remonté la pente. Tout ceci a eu lieu assez rapidement...A posteriori, le divorce m'a fait souffir mais n'a pas été un traumatisme.

Fleurblanche...J'ai une vision assez proche de la tienne Smile. Raconter rend la chose encore plus matériel, plus réel. Le fait d'en être capable a été une libération. Je parle uniquement de mon premier traumatisme. Maintenant, j'en suis capable. Avant, j'avais honte, honte de ne pas être comme tous les enfants avec leurs "vrais" parents, honte de dire qu'on m'a abandonnée. Maintenant, je le fais assez naturellement. Et je connais mes limites. J'ai le même souci que toi : je suis une véritable éponge. Ce n'est plus de l'empathie, c'est ressentir exactement ce que les personnes ressentent. C'est dur. Par exemple, je suis à l'intérieur de la douleur de Grognon. Cette rage rentrée, cette violence contenue pour ne pas exploser. Devenir un automate, en dehors de sa propre vie pour ne pas disparaître...
Comme toi, je souhaite que ma fille ait la même force que moi mais en mieux, qu'elle puisse profiter de cette vie malgré ses côtés sombres. Elle se prendra des claques, parfois grosses, parfois des pichenettes mais elle en prendra. Déjà, quand j'ai dû lui dire que mes parents m'ont abandonné, cela a été dur pour elle. Du haut de ses 4 ans, elle m'expliquait qu'elle était trop petite pour être abandonnée, qu'elle avait encore besoin de maman et qu'elle ne pourrait pas se débrouiller seule....

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Re: Zébritude et résilience

Message par fleurblanche le Ven 28 Sep 2012 - 23:27

Grognon a écrit:Enfin, pour revenir sur la résilience, je crois que c'est non seulement une affaire de personnes mais aussi de "hasard", de rencontres, même si nous les provoquons.

C'est tellement vrai ! Parfois il suffit d'une seule personne.

Il y a de ces rencontres, spéciales, qui aident à remonter la pente.

@SoleilSombre : waouh ! je te trouve courageuse d'avoir pu aborder le sujet avec ta petite. Moi, j'en suis encore à essayer des protéger ma fille la plus jeune des choses les plus dures de la vie.J'essaie en quelque sorte de "protéger" sa joie de vivre.


Dernière édition par fleurblanche le Sam 29 Déc 2012 - 2:44, édité 1 fois

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Re: Zébritude et résilience

Message par ou-est-la-question le Sam 29 Sep 2012 - 10:32

Bonjour à tous et à toutes
bon...j'ai les larmes aux yeux à vous lire...et je vais vous dire que je vous aime na !

au fait je croyais que la résilience (j'avais lu les bouquins de Cyrulnik)
c'était la capacité à rebondir face à des événements traumatisants....grâce au fait que l'on avait reçu de l'affection avant l'âge de 18 mois

j'ai rencontré des résilients et n'ai pas constaté (à ma petite échelle) qu'il y en avait plus parmi les zébrés

par contre l'excès des réactions (bonnes ou mauvaises) face aux événements traumatiques est , je le pense aussi ,propre aux zébrés

je suis moi-même une résiliente-zébrée-non-testée

et j'ai toujours pensé que je m'en étais sortie parce que j'avais reçue très jeune de l'amour de la part de mes grands-parents lorsque j'allais chez eux (amour est un terme minoré tant nous nous aimions)

qu'est ce que j'ai vécu ?

j'ai toujours vécu avec ma mère , mes parents ayant divorcé durant la grossesse de ma mère (jamais connu mon père) mon père ayant ensuite fait un désistement de paternité je porte depuis toute petite le nom de ma mère

j'étais une enfant extrêmement sage docile et obéissante...

ma mère qui sortait beaucoup, m'attachait avec des sangles dans mon lit le soir, dès l'âge de 3 ans .

elle avait acheté 3 chambres de bonnes au 6è étage ,qu'elle avait mises en contiguïté
la chambre du fond était la sienne, celle du milieu était le salon
la première chambre contenant une cuisinette/une salle de bainette/ et un couloir dans lequel il y avait mon lit

au début vue les longueurs des heures (elle partait parfois 10 heures de suite) j'avais fait pipi au lit

mais elle avait la main très leste , très très leste et elle me frappait sur le corps cuisses fesses et la marque de ses mains avec les 5 doigts restait longtemps marquée (je m'en rappelle quand elle me lavait dans la salle de bainette et qu'elle constatait ses marques )

elle me frappait pour n'importe quoi
et j'ai très vite arrêté de pisser au lit pour ne plus avoir peur d'être frappée

mais d'autres peurs sont arrivées : peur du bruit que j'entendais des voisins, peur d'un cambrioleur, peur d'un incendie etc etc

mes bras étaient sous les sangles de même mes jambes et mon ventre

à ce petit âge j'ai cru devenir dingue tant j'avais peur

alors je me suis très vite mise à inventer mon monde , à partir du dernier rayon de soleil se reflétant sur le papier peint du couloir j'inventais des histoires , j'inventais des dessins , j'inventais une vie merveilleuse

et alors j'ai eu de moins en moins peur et puis plus peur du tout

ma mère m'oubliait aussi très souvent à l'école et je restais des heures avec la concierge de l'école debout le dos collé au mur tant j'avais la trouille de cette vieille femme puante qui n’arrêtait pas de me dire que ma mère m'avait encore oubliée et qu'elle en avait marre d'avoir à me garder

mes grands-parents étant au courant de ma vie et j'allais chez eux dès que possible et chez eux j'avais totale liberté je n'avais aucune entrave aucun interdit

c'est chez eux que je réalisais tout ce que j'avais inventé dans ma tête quand j'étais attachée

je fabriquais des maisons de rêve en papier, je jouais des morceaux inventés sur le vieux piano, je peignais j'écrivais et je partais toute seule en vélo découvrir la campagne et parler avec la nature , parfois une journée complète avec un casse croute en bandoulière

j'ai été une année scolarisée chez mes grands-parents dans ces écoles de campagne mélangeant les années de primaire, car le frère de ma mère venait de décéder d'un accident de voiture et elle voulait que ma présence leur remonte le moral

mon oncle était un papa pour moi et il m'adorait il venait me voir très souvent chez ma mère me comblant de cadeaux

pendant cette année de scolarité j'ai appris mais appris mais appris je dévorais le programme du CP du CE1 (toute seule) alors que j'avais 5 ans

ce qui fait que l'année suivante en retournant à Paris chez ma mère j'ai été mise au CP (école publique) mais je m'ennuyais énormément. Ma mère a fait des pieds et des mains et je suis passée au CE1 puis au CE2 la même année

quand j'ai été au CM2 là elle n'a pas lutté contre le fait que je redouble alors que j'étais première de la classe (motif:trop jeune) ensuite j'ai décidé de ne travailler ni l'histoire ni la géographie pour tendre vers zéro dans ces matières afin d'avoir une moyenne "normale"....

je sentais que j'encombrais ma mère
Elle avait un haut poste dans la pub plein de sorties et me casait à droite à gauche chez des copines à elle

je me suis construite par opposition à elle
"elle fait ceci ?: ne le fais jamais, ma petite !"

quand j'ai eu 16 ans elle m'a annoncé qu'elle avait rencontré un GO au club Med et qu'elle allait se marier et vivre en Turquie
et elle partit 2 jours après

elle m'a mise en "internat de jeunes filles" à Bourges à 50 km de chez ma grand-mère qui venait d'être veuve et chez qui j'allais tous les week-end

là j'ai senti un grand abandon et j'ai décidé de ne plus l'aimer pour que cela soit moins douloureux pour moi
ce fut ma première rébellion contre elle

elle m'avait élevée dans une atmosphère pleine d'interdits où je devais la choyer la bichonner car elle travaillait et m'avait à charge

je la récompensais par une scolarité exemplaire et par tout un tas d'attentions à son encontre (faire les courses le diner le déjeuner la vaisselle ....)

et je me retrouvais sans elle

sa forte personnalité violente disparue me faisait un vide un sacré vide

mais là, j'ai pu ,comment dire... me réaliser oui c'est ça

de l'enfance et du début d'ado docile muette et sans histoire j'en suis sortie en commençant à ouvrir ma bouche et à exprimer mes idées

tout doucement au début , parce que j'étais plutôt dans l'observation des gens je me sentais en grand décalage
décalage avec les personnes de mon âge que je trouvais immatures
et décalage avec le monde adulte qui m'ennuyait royalement à part quelques fantaisistes

je m'occupais toujours de ma grand-mère et continuait à peindre ,à écrire de la poésie et plein d'autres trucs manuels

à 17 ans je me suis retrouvée seule en chambre de bonne a Paris pour faire les études que j'avais choisies, j'ai déconné un an à faire la fête et surtout à "parler aux esprits" avec une bande d'adultes que j'avais rencontré et qui faisait tourner les tables tous les soirs

je faisais aussi des petits boulots car ma mère avec son entrée au club med n'avait plus trop de ronds

j'ai redoublé car je ne suis jamais allée en cours ....(les lendemains après de telles soirées étaient très éreintants)

ensuite je me suis attelée et j'ai réussi mes années
toujours en continuant mes activités créatrices et en m'occupant de ma grand-mère
pendant ces années j'ai aussi appris à me débrouiller toute seule car j'ai un naturel curieux de ce que je ne connais pas
(électricité plomberie et tout le bricolage maison)

j'ai rencontré celui qui allait devenir le père de mes enfants à 20 ans sur les bancs de la fac

22 ans mariée à un pervers narcissique où j'étais devenue l'ombre de moi-même et prête à interner (heureusement je continuais mes activités créatrices) avec 3 enfants

12 ans pour clôturer un divorce houleux où j'ai cru perdre ma joie (car ma nature profonde est joie) et j'ai cru perdre aussi toute créativité

à 50 ans j'ai téléphoné à mon père (géniteur) qui ma répondu qu'il attendait mon coup de fil ...depuis 50 ans...!!

3/4 d'heure où j'ai du me farcir son discours tout imbu de sa personne et je me suis dit qu'heureusement que mes parents avaient divorcé car deux imbus autoritaires ensemble ,j'en aurais certainement encore plus bavé !

je ne m'entends pas avec mon beau-père (mais mieux qu'avant quand même)

ma mère et lui habitent à deux pas et je les reçois souvent "par devoir" comme je dis

pour moi utiliser le mot "devoir" c'est quand on ne peut plus utiliser le verbe "aimer"

mais je déconne car je l'aime toujours mais pas de la même façon disons que je "l'aimote"

tout cela a fait que je suis devenue plutôt dure tout en étant émotionnelle et réceptive

je pense que c'est d'une part l'affection que j'ai reçue petite de mes grands-parents et de mon oncle , et d'autre part le fait de n'avoir jamais arrêté de créer , qui m'ont permis de tenir et qui m'ont "sortie d'affaire"

aujourd'hui ? que dire ? déjà je n'en veux plus à personne depuis longtemps , car "en vouloir à quelqu'un" utilise mon énergie vitale de façon négative et ça j'en ai horreur

suis-je heureuse ? j'ai une définition du bonheur particulière en ce sens que pour moi le bonheur est instantané ;ce sont des instants qui sont heureux pas des périodes en durée .Alors ,oui ,je sais saisir ces instants
que je savoure pleinement

je suis toujours résiliente mais surement moins zébrée car j'ai mis ma pensée en stand-bye ces 5 dernières années (et je continue de créer, bien sur)

















































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Re: Zébritude et résilience

Message par Invité le Sam 29 Sep 2012 - 12:33

.


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Re: Zébritude et résilience

Message par ou-est-la-question le Dim 30 Sep 2012 - 9:38

merci White et merci à tous

figurez-vous qu'en écrivant sur ce que j'ai écrit, je me suis dit ;"tu envoies ou pas ?"

non pas que j'avais peur d'une "mise à nue" , quoique....mais comme si je craignais d'en rajouter une couche à mon tour

et puis je me suis dit arrête de te critiquer !

en lisant la sincérité des interventions ici et leur authenticité sans aucune plainte , j'ai donc posté

une petite anecdote d'hier soir ...
(au fait maintenant je crée non pas comme si je faisais des ex-voto mais par pur plaisir)

donc hier après-midi j'étais avec 3 amis en train de peindre le portrait d'une copine qui posait + faire une sculpture en terre que j'ai appelée "nourrice"

ensuite diner ensemble et un ami me sert de l'eau en me taquinant
et en me disant ,car j'avais accepté cette eau , "mais tu vas rouiller"!
(car j'ai plutôt l'habitude de boire du vin )

je lui réponds :tu sais , je bois 2 à 3 litres d'eau par jour ,si ce n'est plus en été

Celle qui nous accueillait de me dire aussitôt : mais tu n'as pas fait pipi de tout l'après-midi !

Ben je lui ai dit : "oui, je vais aux toilettes toutes les 12 heures et j'ai même une amie, qui , lorsqu'elle m'a passée un scanner m'a dit :mais tu as 4 litres dans la vessie tu n'as pas envie d'uriner ?
ben non , pas envie, c'est une séquelle de mon enfance ai-je rajouté doucement en souriant à mon hôtesse

et je lui ai raconté mon enfance , je ne sais pas pourquoi

étrange car deux fois hier j'ai narré cela

j'ai réalisé que jamais je ne l'avais fait en "public" !

j'en avais déjà parlé à une psychiatre (+ le reste) il y a une dizaine d'années quand je me croyais parano hihihi, séances où j'ai tenu 2 ans et durant lesquelles j'ai connu un profond ennui, (j'ai une petite formation en la matière aussi j'avais l'impression de balader la psy tellement je connaissais ses réponses à l'avance )

j'en avais parlé aussi à qu'à quelques proches mais c'est tout

hier soir ce n'est pas mal passé du tout, mon voisin de droite (un gentil monsieur) que je ne connaissais pas du tout, m'a parlé qu'il était toujours très étonné de la "force"qu'il y avait en l'homme et qu'il était en ce moment en train de faire une enquête pour comprendre comment son grand-père rescapé de Buchenwald (enfermé en tant que résistant) avait fait pour tenir le coup..

nous avons parlé de Cyrulnik de résilience puis naturellement nous avons abordé d'autres sujets de conversation

j'étais très détendue car mon intervention n'avait pas du tout plombé l'atmosphère et mon amoureux m'a demandé au moment où l'on servait le café de jouer du piano , j'ai accepté et j'ai clavioté des notes inventées tout en douceur....

oui c'était une petite musique de fond toute douce et tout le monde se sentait bien

un délicieux moment de bonheur , une délicieuse après-midi et une délicieuse soirée .....

comme quoi....

et là c'était bien une réalité, cela ne provenait pas de mon monde imaginaire (excepté les notes)

oui, je pense comme toi ,White, que résilience et créativité sont liées
(et donc elle n'a pas forcément à voir avec le QI)

j'avais vu une conférence de psy italiens à propos de l'art brut , (l'art des personnes enfermées souvent à vie en hôpital psy)
conf appuyée par des vidéos et par une expo de tableaux (superbes les œuvres )

quand tu vois des gens coupés du monde, dont certains totalement mutiques , vivant souvent par automatisme, et qui "communiquent" seulement par leur expression créative
et bien ça en bouche un coin !

bien sur ces personnes ne sont pas des "résilients en totalité" puisqu'ils sont enfermés en psychiatrie , mais leurs créations sont une forme d'adaptation à leur enfermement , une forme d'adaptation à leur façon ,et à leur échelle ,vue le peu de liberté qu'ils ont , et donc c'est peut-être aussi une forme de résilience

en tout cas leurs créations étaient magnifiques























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Re: Zébritude et résilience

Message par Invité le Dim 30 Sep 2012 - 22:56

Que dire ? Rien.
Nous avons presque honte d'écrire ces mots car nous avons une fausse impression que notre texte est larmoyant....

Je vois des tonalités très différentes selon les personnes : certaines sont de vrais résilients, d'autres ont encore une petite étape à franchir.

Oui, où-est-la-question, quand on se met à en parler, on en parle plus facilement et sans dramatiser.

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Re: Zébritude et résilience

Message par Invité le Jeu 4 Oct 2012 - 21:37

Je vais vous confier quelque chose.
Dimanche, j'ai vécu quelque chose de dur et depuis, je n'arrête pas d'envoyer des messages sur le sexe, l'amour, le couple comme pour éviter de revivre cette scène sanglante. Pourtant, j'ai eu peur. J'ai vu un être cher noyé dans son sang, je l'ai senti presque partir alors que je le caressais pour sentir que j'étais à ses côtés.
Le truc qui m'a fait le plus mal est que ma fille ait assisté au début de cette scène...Elle hurlait. Le plus dur n'est pas de supporter sa douleur mais d'être impuissant face à la douleur de son enfant.

Et je continue à fanfaronner sur ces fils sur le sexe. Bref, cela doit représenter l'axe vital auquel je me raccroche.

Je vais peut-être effacer mes messages de ce fil...Je n'en sais rien. Juste attendre un peu que ça murisse en moi.

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Re: Zébritude et résilience

Message par fleurblanche le Sam 6 Oct 2012 - 19:56

Salut SoleilSombre !

J'ai remarqué que dans ce genre de situation (évènement récent auquel on a du mal à faire face), ce qui m'a aidée, c'est d'en parler de vive voix avec quelqu'un. Après, c'était comme si une partie du poids s'enlevait de mes épaules.

Smile

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Re: Zébritude et résilience

Message par Invité le Sam 6 Oct 2012 - 20:04

Bonsoir Fleurblanche,

C'est ce que j'ai fait Smile
J'ai un couple d'amis à qui je peux tout raconter. Maintenant, je suis un peu plus calme.
Sur le coup, c'était le comportement de ma fille qui m'a perturbée. Elle restait coller à moi, à me dire "Je t'aimmmmmme très très fort" et surtout à me demander ce qu'elle devrait faire si je tombais sans pouvoir bouger... Elle semble avoir retrouver son équilibre.
J'ai eu la vision du corps en décomposition alors que je faisais tout pour la maintenir avec moi. C'est troublant, déstabilisant...

Et toi, comment vas-tu ?

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Re: Zébritude et résilience

Message par fleurblanche le Sam 6 Oct 2012 - 20:43

Vais bien Smile Pas d'évènement récent. Me bats juste pour garder la tête hors de l'eau avec la masse de travail sous laquelle je croule. Sans compter être en même tenps à la hauteur en tant que mère. Bref : le quotidien des femmes ! Smile


Dernière édition par fleurblanche le Sam 29 Déc 2012 - 2:46, édité 1 fois

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Re: Zébritude et résilience

Message par Invité le Sam 6 Oct 2012 - 21:01

Je ne me fie jamais aux apparences...J'étais une très bonne simulatrice quand j'étais enfant. Rien ne transparaissait. Quand on essayait d'aborder le sujet de mon abandon, je faisais semblant d'être absorbée par une tâche. Je ne voulais pas en parler pour ne pas réveiller la fulgurante douleur qui s'est produit au moment précis où je suis arrivée en France, où j'ai pris conscience de l'irréversibilité de ce qui se produisait.
Je pense que c'est la manière d'aborder le sujet qui est important. Tout dépend de l'enfant : faut-il en parler directement ? ou poser plusieurs questions détournées ?

Un enfant n'oublie pas. Je ne sais pas quel âge avait ta fille. Je sais que j'ai effacé certains souvenirs (mécanismes de survie) mais que j'en ai gardé beaucoup. Je sais d'où je viens, quelle est l'histoire de ma petite enfance alors que personne n'a pu me la raconter.....

Et la résilience ne prémunit d'aucune fragilité. Les hommes ont tendance à me voir comment un mélange de force et de fragilité, où on ne sait jamais si c'est la force ou la fragulité qui parle. Je crois qu'ils ont raison. Même les multiples cuirasses n'empêchent pas d'être touchée par des petits riens, par des petits mots. Je dirais que c'est tant mieux. Sinon, nous serions proche de l'état d'insensibilité. J'ai trop peur de devenir insensible. L'une de mes plus grandes peurs est de ne plus arriver à aimer un homme. Tout cela est lié à mes traumatismes. Je le sais.....

Par rapport à ta remarque sur ta maîtrise, il m'est arrivé la même chose dimanche dernier. Il s'agissait de ma mère. Quand je l'ai vu tomber, je l'ai mise en position latérale car elle a vomi tout ce sang, je l'ai maintenue, j'ai appelé le SAMU en étant précise tout en m'assurant que ma fille ne voyait rien. Et j'allais de l'une à l'autre pour les rassurer toutes les deux comme si je ne ressentais rien. Cela fait froid au dos en y repensant a posteriori...

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Re: Zébritude et résilience

Message par fleurblanche le Sam 6 Oct 2012 - 21:22

Tout dépend de l'enfant : faut-il en parler directement ? ou poser plusieurs questions détournées ?

Je crois que tu as raison : cela dépend du "type" d'enfant. Et, bien que ma fille soit quelqu'un qui exprime spontanément ses émtions et ses pensées, je crois pour certaines choses il va falloir creuser, poser des questions détournées...

La maitrise : oui, cela peut faire froid dans le dos, a posteriori. Mais c'est aussi un avantage que l'on a sur les autres (ceux qui n'ont jamais eu à faire face) : on a acquis des réflexes, des réflexes qui peuvent sauver (soi ou les autres).

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Re: Zébritude et résilience

Message par Invité le Sam 6 Oct 2012 - 21:38

Elle peut aussi en parler spontanément toute seule. Tu sais, du genre, j'aborde le sujet sans l'aborder. Ma fille le fait beaucoup. Et ce n'est que lorsqu'elle a accepté qu'elle aborde frontalement le sujet.

Je comprends ton inquiétude : ne pas être trop insistant tout en essayant de libérer la parole.

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Re: Zébritude et résilience

Message par Invité le Jeu 18 Oct 2012 - 11:29

Bonjour mon fil. Cela faisait un moment que je ne suis pas revenue vers toi.

Cette semaine, j'ai assisté à une scène anodine qui m'a plongée dans un état de malaise intense. Une personne "normale" n'aurait pas eu une telle réaction. Dans la vie quotidienne, certaines choses me sont insupportables à cause de mon histoire. Maintenant, la conscience de ce fait ne me fait pas avancer...

Cette fichue résilience est toujours un équilibre fragile. Je suis peut-être plus forte que la moyenne mais, en même temps, je suis plus fragile que la moyenne. C'est difficile à expliquer. Certaines blessures ont une cicatrisation lente, du sang coagulé reste coller des années durant. On est sur la voie de..mais on n'y est pas tout à fait. Mais a-t-on vraiment envie que la cicatrisation soit finie ? Quand on a connu que ce mode de fonctionnement, comment arriver à vivre sa vie sereinement ? Chez moi, le ciel est vidé de Dieu. Donc aucun réconfort de ce côté-là.

J’observe de nombreuses personnes ayant eu une vie « normale » qui sont complètement enfoncées dans la tristesse, dans la souffrance. Je peux imaginer cette douleur mais je ne peux pas imaginer comment on peut être marqué par une vie « normale »…Une gifle reçue dans l’enfance peut être un traumatisme pour certains, un mot dur restera à jamais graver dans la mémoire…Ces faits auront une grande influence dans la vie de ces individus. Ceci m’est complétement inaccessible. Je peut accueillir leur douleur mais je ne pourrais pas comprendre pourquoi ce fait « normal » a entraîné la douleur.

C’est tout. Juste une envie de décrire cette frontière infranchissable pour moi. D'autres résilients vivent peut-être la même chose que moi ?

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Re: Zébritude et résilience

Message par Invité le Jeu 18 Oct 2012 - 12:17

Je peut accueillir leur douleur mais je ne pourrais pas comprendre pourquoi ce fait « normal » a entraîné la douleur.

Etant dans ce cas, je peux oser quelques ébauches.
Mille faits individuellement normaux peuvent, réunis, constituer quelque chose d'anormal (au pied de la lettre. Par exemple : que des parents dévalorisent sans cesse leur enfant n'est pas normal, au sens où ce n'est pas ce qu'ils doivent faire, et où ce n'est pas courant). Mais celui qui les subit ne se rendra compte de rien. Il est malheureux, il souffre, il se sent mal dans sa peau et il n'a pas la moindre idée de l'origine. Autrement dit : tu ne peux pas comprendre ? Ben lui (en l'occurrence moi) non plus ! What a Face On se sent mal, sans raison. On peut très bien constater qu'on a mal vécu une gifle incohérente, des paroles négatives, mais exactement comme toi, on ne peut pas imaginer que ce soit là que gîte le lièvre. On se dit : non, ce n'est pas une souffrance issue d'un traumatisme mon truc : je n'ai rien vécu qui mérite le nom de traumatisme. Quand tu dis : ces faits ont une grande influence, c'est vrai, mais le sujet n'attribue pas les conséquences à de si minimes causes. C'est d'ailleurs une des raisons qui font perdurer sa souffrance : il ira en chercher l'origine ailleurs.

Puis, quand un travail sur soi révèle que c'est bien là le feu qui couve, on l'admet, on est bien forcé d'entériner ce constat, mais on ne comprend pas plus, surtout si on se remet en perspective aux côtés de personnes qui ont vécu un vrai traumatisme. On se sent un douillet, un pleurnichard, et on continue d'avoir honte, d'ailleurs.
Il peut même arriver qu'on intègre tellement cette donnée de "pleurnichard" qu'on se mette à minimiser ce qu'on subit par la suite en se disant que c'est de la même eau : "si je me rends malade pour des broutilles, alors tout ce qui me rend malade est broutille."

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Re: Zébritude et résilience

Message par Invité le Jeu 18 Oct 2012 - 19:31

Merci Fusain Smile
Je veux, quand même, préciser une chose : je ne minimise pas la souffrance qui peut émerger d'une vie "normale". Parfois, j'ai senti de très grandes souffrances. Ce sont des réalités psychiques bien là. Alors, ce ne sont pas des broutilles...Il n'y a pas de honte à avoir. Mon propos portait sur ma compréhension rationnelle et non ma perception émotionnelle.

Je comprends ce que tu veux dire. Cet aspect diffus empêche la personne de prendre conscience de la source de sa douleur.
Il faut préciser que les traumatismes sont également des petits chocs répétés dans le temps. Les effets peuvent être aussi importants que ceux des traumatismes dramatiques. Je pense aussi que la sensibilité personnelle fera qu'on sera plus ou moins atteint. Et le fonctionnement des zèbres n'aide pas. Surtout, la cogitation à vide est usante.
Je fais bien la distinction entre le décalage venant de mon histoire du décalage venant de la zébritude, même si la frontière est parfois floue. Pendant longtemps, j'ai mis mon décalage sur le dos des "drames" de ma vie en passant à côté de mon fonctionnement interne. Je ne sais pas si ce fonctionnement interne a été encore renforcé par mes expériences. Le décalage de la zébritude ne m'a pas fait souffrir car j'avais un décalage plus fondamental à gérer. Comment arriver à se faire accepter quand physiquement, j'étais déjà différente (milieu rural au début des années 80) ? Comment ne pas se sentir différente quand j'étais une adulte enfermée dans un corps d'enfant ? Comment faire comprendre ma soif de bonheur, d'acceptation alors que le regard des autres me renvoyait de la pitié ? La zébritude était noyée dans tout cela....
Alors, je suis une zèbre bien dans sa zébritude comparativement à ce que je peux percevoir sur ce forum. C'est l'aspect positif et je m'accroche à ces aspects positifs.

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Re: Zébritude et résilience

Message par Invité le Jeu 18 Oct 2012 - 20:40

Je veux, quand même, préciser une chose : je ne minimise pas la souffrance qui peut émerger d'une vie "normale". Parfois, j'ai senti de très grandes souffrances. Ce sont des réalités psychiques bien là. Alors, ce ne sont pas des broutilles...Il n'y a pas de honte à avoir. Mon propos portait sur ma compréhension rationnelle et non ma perception émotionnelle.

Oui, bien sûr. Je voulais juste illustrer ce qui se passait dans la tête d'une personne dans ce cas - enfin, utiliser mon propre exemple. Lorsqu'on est face à une personne qui a vécu un traumatisme objectivement grand, on sent les siens tout petits, on les assimile à des broutilles, on a honte. Mais il est notable de constater que ce n'est pratiquement jamais le "grand traumatisé" qui va dire au "petit traumatisé" que ce qu'il a vécu c'est peanuts. C'est généralement un non-traumatisé qui va dire au petit- qu'il devrait avoir honte et prendre exemple sur le grand- qui a subi pire et qui ne se plaint pas. lol!

Je pense que c'est exactement la même chose que pour la douleur physique (et là je vais ressortir ma réf habituelle, les nouvelles de G. Duhamel tirées de son expérience de médecin derrière le front de Verdun : il voyait, constatait, médicalement, l'inégalité devant la douleur, les hommes qui souffrent différemment d'une même blessure).

Je fais bien la distinction entre le décalage venant de mon histoire du décalage venant de la zébritude, même si la frontière est parfois floue.

Cela doit nécessiter une sacrée radioscopie de soi !

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Re: Zébritude et résilience

Message par Invité le Jeu 18 Oct 2012 - 21:11

Radioscopie de moi très puissante. Tu veux la recette : courage de se regarder bien en face, puissance d'analyse de ses propres réactions, aucune indulgence envers soi. Et je suis spectatrice de ce que je vis alors que je vis l'instant intensément. Ce n'est que récemment que j'ai découvert que cette manière de se percevoir n'était pas habituelle (j'en ai marre du mot "normal").

Ce que tu dis est peut-être vrai...Les personnes sans blessures profondes sont, en général, moins enclins à la bienveillance. Et je trouve que c'est plutôt sain de leur part. Sinon, nous n'aurions que des déséquilibrés comme nous qui peupleraient le monde Smile

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Re: Zébritude et résilience

Message par fleurblanche le Jeu 18 Oct 2012 - 23:48

Moi je me demande ce qu'est une "vie normale". Cela existe-t-il seulement ? La normalité d'une vie ne serait-ce pas une notion subjective (comme celle du bonheur) variant d'un invividu à l'autre, d'une communauté à l'autre, d'une société à l'autre ?

J'ai fini par me dire que tout le monde porte son lot de traumatismes, conscients ou inconscients, avec des répercussions ou pas, résolus ou irrésolus, etc.

Ma mère ne m'a jamais dit "je t'aime" (ce n'était pas dans sa culture). Je n'en suis pas traumatisée. Car elle m'a montré son amour sans le dire. Mais je peux très bien comprendre qu'une autre personne sera traumatisée parce que sa mère ne lui aura jamais dit "je t'aime", même si elle lui a montré autrement son amour. Je peux le comprendre parce que j'ai intégré le fait qu'on n'a pas tous les mêmes besoins (psychologiques, émotionnels, affectifs, etc.).

On est tous différents, on n'est pas bâtis de la même façon, on a des "héritages" différents. Et à cause de cela, ce qui est broutille pour l'un peut sembler être un Himalaya insurmontable pour l'autre.

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Re: Zébritude et résilience

Message par Invité le Ven 19 Oct 2012 - 8:17

Les personnes sans blessures profondes sont, en général, moins enclins à la bienveillance. Et je trouve que c'est plutôt sain de leur part. Sinon, nous n'aurions que des déséquilibrés comme nous qui peupleraient le monde

Non, je ne crois pas que ce soit sain. Etre sans indulgence face à ce que subissent les autres et dont on a été soigneusement épargné ? Se targuer d'une résistance qui n'a jamais été éprouvée ? Le vase perché sur son étagère qui fait la morale au pot de terre chu de haut, cela ne l'empêche pas d'être en cristal. Assurance bidon ! Heureusement que les humains déséquilibrés sont là pour rappeler des choses aux inhumains autoproclamés sains.
Cela dit, tu as quelque peu extrapolé mes propos : je pense que les gens les moins bienveillants face à la souffrance d'autrui sont généralement des gens qui n'ont pas vécu trop de tempêtes par eux-mêmes, qui n'ont pas été "de l'autre côté", mais je ne fais pas d'équivalence. Il y a des gens capables de prendre en compte avec humanité ce qu'ils n'ont pas vécu eux-mêmes, et heureusement.

Tu veux la recette : courage de se regarder bien en face, puissance d'analyse de ses propres réactions, aucune indulgence envers soi.

Hélas, cela ne suffit pas. Le critère de l'absence d'indulgence ne caractérise pas une analyse juste. S'analyser sans indulgence, je l'ai fait pendant des années : il en reste des carnets entiers et même certains posts de ce forum où, à part m'auto-massacrer, et sincèrement en plus, le bougre, je n'arrive à rien, et certainement pas à la lucidité. D'ailleurs, on devrait facilement s'en rendre compte, de ce problème : on parle toujours de se juger, mais dans la procédure détaillée, on ne fait place qu'au procureur, voire à un vulgaire accusateur public. Il manque la défense, l'avocat, l'autre plateau de la balance. Pas d'équilibre. Si tu y aboutis, c'est qu'il y avait un autre phénomène en marche, sous-entendu, mais seulement sous-entendu dans le terme "puissance d'analyse"...
A moins qu'il ne faille du courage pour affronter ce qui est renvoyé de positif et non seulement la face sombre.

Ma mère ne m'a jamais dit "je t'aime" (ce n'était pas dans sa culture). Je n'en suis pas traumatisée. Car elle m'a montré son amour sans le dire.

La mienne n'a rien dit. Ni montré. Mais j'ai mis plus de 30 ans à comprendre qu'il y avait quelque chose qui clochait, qu'il manquait des éléments dans mes fondations et qu'ils auraient dû être posés à ce moment-là. C'était, si on veut, un "traumatisme" que d'avoir des parents qui gèrent à la perfection la dimension technico-économique de la parentalité, mais rien d'autre. Mais - c'est pour ça que j'en parle ici - je ne l'ai pas constaté ni vécu comme tel, puisque je pensais que c'était un fonctionnement normal. Le lien traumatisme-souffrance est brouillé. Et la dérive grandit vite puisqu'on ne sait pas par rapport à quel cap la boussole est déréglée. J'en reviens à mon idée : si la souffrance engendrée par un "petit" traumatisme peut être aussi grande, c'est peut-être parce que pendant toutes les années perdues à ignorer la cause, masquée par son insignifiance de départ, elle croît comme une mauvaise herbe invisible. Aucune lucidité ne peut sauver si on ne regarde pas du bon côté - persuadé qu'il n'y a rien de spécial à analyser de ce côté-là.
Et puis, il y a les effets cumulatifs.

Et à cause de cela, ce qui est broutille pour l'un peut sembler être un Himalaya insurmontable pour l'autre.[/quote]

Et un jour cela peut changer, comme dans la fable.
"L'autre, qu'aux grands périls tel a pu se soustraire,
Qui périt pour la moindre affaire."

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Re: Zébritude et résilience

Message par Doinel le Ven 19 Oct 2012 - 8:31


Fusain, ce que tu racontes ici ou ailleurs me semble être un grand traumatisme.

Pas un événement ou une suite d'événements spectaculaires, mais une attitude systématique envers toi qui t'a empêché de te construire psychiquement avec les défenses nécessaires pour avoir une vie sereine. Une attitude assimilable à une maltraitance psychologique.

Tu sembles dire que tes parents n'ont pas connu de problèmes eux mêmes. En es tu certain? Comment peux tu expliquer leur attitude?

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Re: Zébritude et résilience

Message par Invité le Ven 19 Oct 2012 - 8:44

Fusain, ce que tu racontes ici ou ailleurs me semble être un grand traumatisme.

C'est un traumatisme vécu comme grand, c'est tout ce que je suis légitime pour dire. Certains, en effet, le qualifient de maltraitance psychologique.
Il peut très bien être petit quand même, c'est tout le problème. De plus, les conséquences d'un "petit" traumatisme peuvent préparer le terrain pour en vivre encore très mal un "moyen". Comme un maquis mal débroussaillé devient inflammable à l'excès.

Tu sembles dire que tes parents n'ont pas connu de problèmes eux mêmes. En es tu certain? Comment peux tu expliquer leur attitude?

Je n'ai pas dit ça. Je n'ai rien dit d'eux. D'autre part, je crois que ce n'est pas vraiment le sujet et qu'on ne va pas faire dériver plus avant ce topic.
On peut éventuellement se raccrocher aux branches en se demandant si un traumatisme ne peut pas se présenter sous la forme d'une série de petites piqûres, et dans ce cas "équivaloir" à un gros coup d'épieu bien visible. Car il est évident qu'une gifle n'est pas traumatisante de la même manière selon le contexte. Il y a relativement consensus, par exemple, pour dire que l'enfant qui se prend une beigne pour une raison totalement spécieuse et incohérente avec la grille jusque-là pratiquée par les parents peut être lourdement traumatisé - surtout s'il s'agit d'un zébrillon très-capable de comprendre l'incohérence bien réelle - car désormais, il saura que le coup peut venir de partout, n'importe quand, d'une manière aléatoire, ce qui est insécurisant à l'extrême. Mais le diagnostic est biaisé car généralement, quand on est incohérent, on l'est de manière récurrente : le souvenir pourra se focaliser sur une gifle, mais l'enfant aura probablement subi what mille situations du même genre.

Après ça, cent mille taupinières forment-elles un Himalaya ? Est-ce sain de métrer la souffrance... et les traumatismes ? Je ne sais pas : en tant que petit-traumatisé, je ne suis pas impartial, j'ai intérêt à répondre non, pour revendiquer moi aussi la médaille de grand blessé de la vie.

Qu'en pensez-vous ? (Et ainsi, on devrait clore la digression et revenir à la question posée par SoleilSombre...)

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Re: Zébritude et résilience

Message par Invité le Ven 19 Oct 2012 - 8:46

Un traumatisme peut être un événement avec une grande rupture (il y a un avant et un après) mais aussi un phénomène qui se répète dans le temps. La durée et la répétition sont des paramètres à prendre en compte. Alors, oui, je partage le point de vue de Doinel sur Fusain.

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Re: Zébritude et résilience

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