Zèbre blanche à rayures noires

Page 1 sur 3 1, 2, 3  Suivant

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas

Zèbre blanche à rayures noires

Message par Arthemys le Jeu 16 Aoû 2012 - 13:51

"1986. La navette spatiale Challenger explose, et on lance Mir. Jean-Louis Etienne atteint le Pôle Nord en 63 jours. Catastrophe de Tchernobyl. Naissance de la Cité des Sciences de la Villette et inauguration du musée d’Orsay. Découverte des phéromones. Mort de Jacques-Henri Lartigue, Simone de Beauvoir, Coluche. Venue au monde d’une zèbre fort banale."

J'ai commencé comme ça mon récit ce matin, et j'ai enchaîne sur 7 pages... study Du coup, je vous épargnerai l'intégralité du roman, qui n'a pas sa place ici (sauf pour les rares très motivés qui veulent vraiment lire 5100 mots) Shocked

J'irai donc droit à la conclusion du récit:
"Voilà où en sont les tribulations d’un zèbre qui commence seulement à assumer son handicap, et à trouver ça à la fois jouissif et pesant. Comment exploiter sa différence sans tomber dans la marginalisation, sans se mettre totalement à l’écart de la société (que j’apprécie bien, même si elle ne me le rend pas toujours) ? Comment assumer qu’on est né avec des rayures dans un monde de chevaux (et d’ânes) unis qui se ressemblent, sans se verser un pot de peinture sur le dos, comme j’ai toujours tendu à le faire ? Surtout qu’avec les orages que j’ai traversés, la peinture a toujours fini par s’en aller pour révéler mes rayures cachées… Bref, zèbre blanche à rayures noires cherche son pré !" Cool

Au plaisir de faire connaissance avec vous (si vous voulez connaître le milieu du récit)!! cheers

Post en cours: http://www.zebrascrossing.net/t7401-pays-de-gex-bassin-lemanique-suisse-haute-savoie

Arthemys
Zèbre régulier
Zèbre régulier

Messages : 50
Date d'inscription : 31/07/2012
Age : 30
Localisation : Gex

https://plus.google.com/115018715657967220962

Revenir en haut Aller en bas

Re: Zèbre blanche à rayures noires

Message par Arthemys le Jeu 16 Aoû 2012 - 14:04

Au pire, je peux aussi le livrer par extraits façon feuilleton, hein... mais je vous préviens, ça va être long! Laughing

Allez, go. Première partie.

"Dans une famille de six personnes toutes plus ou moins zébrées, je suis la petite dernière après trois frères. Ici, on écoute tout le temps de la musique classique, parfois du Brel et du Brassens, et on appuie sur les touches du piano dès qu’on commence à savoir utiliser ses mimines maladroites. L’école se fait à la maison pour tout le monde, jusqu’à l’entrée au collège. Les journées s’organisent donc naturellement entre devoirs, pâtisserie, travaux créatifs, balades en forêt ou en campagne, visite de musées les dimanches matins pluvieux, dessins, et musique, bien sûr. Entre autres. Vous remarquerez que le premier item, c’est juste un truc parmi les autres, pas de quoi en faire tout un pataquès. D’ailleurs, tout se passe merveilleusement bien.

Musique d’abord ! Ici, on est dans une famille musicale, tout le monde a son instrument : piano, guitare, flûte, violoncelle… Alors moi aussi j’aurai le mien. Je me mets au piano sous la direction de ma très chère grand-mère qui, elle, l’avait débuté à douze ans, était élève de Cortot, avait renoncé à sa carrière de soliste pour fonder sa famille, et avait tout de même créé un conservatoire réputé en région parisienne. (Je n’ai compris que plus tard, avec le recul, qu’elle avait très certainement des rayures, elle aussi.) Bref, je pianote, et plutôt bien, et comme ça me suffit pas, à neuf ans je veux faire du violon. Mes parents avertis me conseillent l’alto, un violon qui sonne plus grave et que personne ne connaît (ou presque) Ca tombe bien, dès que j’entends les sons graves du violoncelle de mon frère, je suis prise aux tripes jusqu’à parfois pleurer… donc alto, ce sera.

Entre temps, comme les devoirs, le piano, et l’alto, et les livres que je dévore, ça ne me suffit pas, je dessine, aussi. J’ai qu’une envie, c’est d’égaler le talent paternel, alors pour ça il faut s’exercer. Faire, refaire, gommer, déchirer, recommencer, admirer, critiquer, apprécier, coller au mur, ou offrir fièrement… C’est bien ! Mais ce n’est pas encore suffisant ! Et comme les devoirs, le piano, l’alto, les livres, les dessins, le point de croix, les bijoux en perles, l’origami, la pâtisserie, tout ça, ça ne me comble pas, je me mets à écrire mes propres histoires, vers neuf ans. J’ai connu la machine à écrire : la mécanique pendant un très court laps de temps, puis une plus moderne. Avant de passer à la révolution informatique en 1996, ou peut-être l’année précédente, je ne sais plus…

Jusque là, je ne me pose pas de question.

Puis vient l’entrée au collège, où je ne connais personne, et où tous se connaissent depuis des années. Une fois un premier contact établi avec une fille sympa, je me dis que ça roule. Pas tout à fait. Avec mes robes de petite fille modèle face à des pré-ados en jeans et tee-shirt, déjà, je détonne. Vite vite, on modernise un peu ça, on se met à la page ! Mais même avec ça, mes 20/20 en dictées, mes bonnes notes ailleurs, mes questions, mon caractère, ça dérange. Bon, alors peut-être qu’en étant un peu moins brillante, je me ferai accepter ? Inconsciemment, c’est ce qui se passe. D’année en année, les résultats baissent, la participation en classe s’estompe, je rame dans certaines matières et je ne sais pas pourquoi. Et en plus, sans être totalement à l’écart, je sens bien que je ne suis tout de même pas tout à fait acceptée. On me tolère, mais je dérange encore. Je me dis que ça doit être parce que je n’ai pas fait de gymnastique ou de danse, et que du coup j’ai pas ce corps qui rend les filles si populaires. Ça doit être ça. Et puis je ne cherche pas à plaire physiquement, je trouve même stupide de « sortir avec quelqu’un » puisque je sais que la probabilité que je finisse ma vie avec est de 0.000000001%. Ou moins. Et en plus je ne vais quasiment jamais aux soirées, et je ne reste pas devant la grille à la sortie des cours pour fumer une clope, râler sur les profs qui nous donnent trop de devoirs, et se chuchoter que Martine elle a envie de sortir avec Gérard et qu’hier Bérengère a appris à emballer un mec en s’exerçant sur son ours en peluche.

Vers les dernières années de collège, ma mère, qui, en tant que médecin, est très au courant de la diversité des cerveaux et de leurs fonctionnements, me fait passer un test par une psychologue. Bingo. La psychologue m’explique que je suis dans la fin de la courbe de Gauss, là, non, pas celle de gauche bien sûr, mais celle de droite. Là où il n’y a que 2% de la population. Et puis alors ? ça veut dire quoi ? Elle tente de m’expliquer ma normalité, et en quoi ma normalité est différente, mais pour moi ça reste ma normalité, du coup je ne comprends pas trop ce que ça va changer dans ma vie de savoir ça. D’ailleurs, ça ne change rien. J’en parle avec une copine qui a également été détectée zèbre, et comme on est des gamines, on se compare les scores, et ça en reste là.

Je poursuis ma scolarité avec la même sensation d’être à côté de la plaque et de ne pas plaire, et je me dis que c’est juste un mauvais moment à passer. Sept ans, quand même, à supporter l’ennui en classe, le décalage, les amitiés lunatiques, les discussions barbantes, et les mauvaises notes… Si les gens me tolèrent, mais me regardent un peu comme un ovni, c’est sans doute que je fais trop de trucs qu’eux-mêmes ne font pas. D’ailleurs, je me suis mise à faire des portraits au crayon d’après photo, hyperréalistes. Et je continue la musique et l’écriture, bien sûr. Les autres, ils voyagent aux Maldives, ils partent au ski l’hiver, ils ont des maisons, ils font de l’équitation ou de la danse, bref, ils ont vraiment une vie différente de moi, ça doit être pour ça qu’on n’est pas exactement sur la même longueur d’ondes."


Arthemys
Zèbre régulier
Zèbre régulier

Messages : 50
Date d'inscription : 31/07/2012
Age : 30
Localisation : Gex

https://plus.google.com/115018715657967220962

Revenir en haut Aller en bas

Re: Zèbre blanche à rayures noires

Message par Carla de Miltraize III le Jeu 16 Aoû 2012 - 14:30



Merci pour ton témoignage et bienvenue dans la savane !

(:

Carla de Miltraize III
Vieux de la vieille
Vieux de la vieille

Messages : 4073
Date d'inscription : 10/07/2012
Age : 99
Localisation : Toulouse *** Se guérir de nos malaises de l’âme implique souvent une bonne dose d’humilité, d’accueil de la nature humaine et de sympathie envers autrui et surtout envers nous-mêmes. Daniel Desbiens

Revenir en haut Aller en bas

Re: Zèbre blanche à rayures noires

Message par Arthemys le Jeu 16 Aoû 2012 - 14:31

Merci! Je vais continuer à poster la suite... ça va faire BEAUCOUP de messages, mais j'aime pas tronquer les histoires... Smile

Arthemys
Zèbre régulier
Zèbre régulier

Messages : 50
Date d'inscription : 31/07/2012
Age : 30
Localisation : Gex

https://plus.google.com/115018715657967220962

Revenir en haut Aller en bas

Re: Zèbre blanche à rayures noires

Message par Waka le Jeu 16 Aoû 2012 - 14:34

La psychologue m’explique que je suis dans la fin de la courbe de Gauss, là, non, pas celle de gauche bien sûr, mais celle de droite.

Lol, pas mal celle-ci.

Chouette présentation, bienvenu ici !

Waka
Vieux de la vieille
Vieux de la vieille

Messages : 3452
Date d'inscription : 06/11/2011
Age : 32
Localisation : A l'ouest mais au Sud.

Revenir en haut Aller en bas

Re: Zèbre blanche à rayures noires

Message par Arthemys le Jeu 16 Aoû 2012 - 14:50

Merci beaucoup! Voici la suite!! Very Happy


En musique, le piano ça roule. L’alto, je tourne les pages des cahiers d’études à vitesse grand V, je saute une classe, je suis la petite vedette, et on m’intègre dans l’orchestre des adultes et dans l’orchestre de chambre. Un alto, c’est rare, une bonne altiste, c’est très rare. Alors je me dis que je peux peut-être en faire mon métier, pourquoi pas ? Au début je voulais être vétérinaire, d’ailleurs je suis en section scientifique. Mais altiste, c’est bien aussi, parce que c’est recherché. Ma prof est une violoniste frustrée, mais ça, je ne le sais pas encore. Alors quand je me mets à évoquer une voie professionnelle, elle change complètement d’attitude. Elle ne me passe plus rien, elle exige bien trop de moi, et devient perverse. Je me crispe sur mon instrument, ce qui m’empêche de progresser, et je subis, jusqu’au jour où ça va trop loin, et où mes parents tirent la sonnette d’alarme. Je vais voir une thérapeute pour m’en remettre, ça me fait du bien. Je quitte ce conservatoire pour intégrer un conservatoire régional, un niveau en-dessous de ce que j’ai quitté. Je rattrape un peu mon retard, mais les séquelles sont puissantes, et j’ai de grosses difficultés à retrouver une bonne dextérité. J’arrive à un bon niveau, mais comme je jongle déjà entre l’université et le conservatoire avec plus d’une heure trente de transports en communs parisiens bondés aux multiples changements, j’abandonne.

On a sauté un peu dans le temps. A la fin de ma première S, je prends conscience que dans les conditions présentes, je ne passerai pas mon bac. Je ne me sens plus à ma place dans ce lycée, avec ces élèves, ces profs, ce système. J’annonce que je ferai ma terminale par correspondance. Et c’est ce que je fais. Je profite de cette année à mon rythme pour publier (en partie à compte d’auteur) un petit roman, écrit à 16 ans. On le trouve sur Amazon et à la BNF. L’histoire plaît bien, au point qu’une prof que je ne connais pas souhaiterait la faire étudier à ses lycéens. Mais l’éditeur refuse de faire un prix de groupe, et ça n’aura donc pas lieu. Entre temps je passe mon bac, je le rate, je le repasse aux rattrapages, je le réussis de justesse grâce à un oral de biologie réalisé les doigts dans le nez et une prof très compréhensive qui m’aurait de toutes manières offert ce bac parce qu’elle a bien compris que ma place n’était pas là.

Exit les ambitions de sauveteuse d’animaux en tous genres, les études sont trop longues, je ne me sens pas de les assumer. Alors je file en DEUG de Médiation Culturelle. Je me dis, en regardant les brochures, qu’il doit être possible de créer une école d’art où tous les élèves, même s’ils se spécialisent, doivent suivre les cours des autres disciplines, afin de créer un melting-pot florissant de créativité et de projets en tous genres. Ce n’était pas la bonne place. Mais j’ai étudié les symboliques de nombreux thèmes, abordé les différentes cosmogonies, décrypté des films, des images, et des textes, bref, malgré tout, ça me parlait, alors j’ai validé mon DEUG. Puis je me suis dit que pour être écrivain, il fallait sans doute passer par la Sorbonne, donc j’ai bifurqué en Lettres Modernes. Là j’ai rencontré des gens qui me correspondaient, dans des amphithéâtres pompeux et bondés, mais ils étaient rares. Et puis au bout d’un moment je me suis dit que c’était complètement stupide de découper les textes de grands écrivains en cherchant dans quel sens il avait utilisé le morphème « que », et pourquoi ici il avait utilisé un oxymore, une anadiplose, un hypozeuxe, un hendiadyn, une conglobation, ou la métalepse. Quand les grands écrivains écrivent, ils ne sortent pas leurs bouquins de figures de style pour savoir ce qui va le plus emmerder les élèves de Sorbonne. Ils écrivent. Alors ça m’agaçait profondément de les décortiquer au scalpel plutôt que de juste apprécier leur beauté entière et complète.

Du coup, arrivée au début de la deuxième année, j’ai commencé à sécher les cours. Pourtant, j’avais fait des activités sympas, rencontré des gens un peu marginaux, et touché du doigt quelque chose qui semblait me ressembler. En décembre, après discussion avec mes avisés parents, et recherches fructueuses sur le net, je me suis inscrite pour une formation accélérée… dans l’optique-lunetterie. Début de la première année de BTS en février, sur 6 mois intensifs. Le but ? Faire des études courtes et avoir un métier polyvalent rapidement. Je vous la fais courte : j’ai effectivement décroché mon diplôme en juin de l’année suivante avec les honneurs. Pourtant, tout n’a pas été rose pendant ces seize mois.

Pendant ce BTS, j’ai rencontré la première personne avec laquelle j’ai établi une relation dite « amoureuse », qui ne l’était pas du tout en réalité. Un non-zèbre pervers, manipulateur, violent, bref, à 21 ans j’ai vécu ça : http://violenceconjugale.blogspot.fr/ Je ne referai pas ici le récit d’une étape de ma vie sur laquelle je n’ai désormais plus de tabous, le mieux est de lire ce que j’ai déjà écrit.

A la fin de mon BTS, la directrice de l’école, lors d’un entretien privé, m’a assuré que j’avais les compétences pour faire de l’optométrie. Kesako ? En gros, des examens de vue. Je ne savais pas encore dans quoi je m’embarquais. Elle m’a également signalé que je pouvais faire ma licence en un an au lieu de deux à Lyon, et en alternance. Ah ? Nouveau challenge ? Ok, je signe. Et c’est parti pour Lyon, ce qui me permet aussi de m’éloigner de Paris qui était devenue très douloureuse suite à mon expérience non-amoureuse.

Arthemys
Zèbre régulier
Zèbre régulier

Messages : 50
Date d'inscription : 31/07/2012
Age : 30
Localisation : Gex

https://plus.google.com/115018715657967220962

Revenir en haut Aller en bas

Re: Zèbre blanche à rayures noires

Message par Harpo le Jeu 16 Aoû 2012 - 15:33

Vivement la suite ! bounce

Harpo
Vieux de la vieille
Vieux de la vieille

Messages : 5769
Date d'inscription : 05/06/2012
Age : 54
Localisation : En Flandre

http://la-maison-et-le-monde.net/

Revenir en haut Aller en bas

Re: Zèbre blanche à rayures noires

Message par Arthemys le Jeu 16 Aoû 2012 - 15:35

la voilà! Wink Avant-dernière partie...

A Lyon, ville que j’adore d’emblée, je loge dans un 17m² près de la Tête d’Or. Je travaille au nord de Lyon, je vais en cours dans les quartiers Sud, et l’année passe à toute vitesse. Pas de répit pour les élèves en formation accélérée. Il m’arrive d’avoir encore parfois des coups de blues, des déprimes, de gros coups de gueule, mais c’est épongé par ma nouvelle vie d’indépendante. Une fois encore, j’ai l’occasion, que ce soit au boulot ou auprès de mes camarades, de me rendre compte que j’ai des réactions qui surprennent et choquent. Ça pose parfois problème, je m’enguirlande sévèrement avec un collègue, j’envoie balader une prof assistante qui me prend de haut à quelques jours des exams… Mais mon répondant est également parfois un atout, et comme j’excelle en optométrie, certains professeurs apprécient fortement mon caractère. Cela avait déjà été le cas dans certaines matières du BTS, dans lesquelles les filles sont généralement à la traîne. J’étais du genre à résoudre les cas les plus compliqués trois fois plus vite que les autres, et je trouvais ça normal. Alors j’avais également le droit d’être à la limite de l’insolence parfois, parce que ça m’amusait, et que ça amusait les profs. Quand on l’ouvre mais qu’on excelle, ça passe.

Pendant ma licence, j’entends parler de la possibilité de travailler en Suisse. Ce qu’il faut savoir, c’est que l’optométrie, bien que la formation française soit universellement reconnue comme une des meilleures au monde, n’est pas réglementée en France. Autrement dit, quand on fait un examen de vue en tant qu’optométriste, ou qu’on adapte des lentilles de contact, on peut être taxé d’exercice illégal de la médecine, puisque ce sont des actes réservés à l’ophtalmologiste. Dans quoi me suis-je encore embarquée ? La bonne nouvelle c’est qu’en Suisse, on a le droit d’exercer. Alors je prends l’annuaire, je téléphone à 130 opticiens géographiquement choisis, je passe un entretien que je décroche, je téléphone à des agences immo, je vous passe les détails, je m’installe et je commence à travailler à Genève.

Je vous la fais courte ? Je suis tombée sur un responsable non-zèbre, et j’ai subi du mobbing. J’étais la troisième à en être l’objet en deux ans, ce qui ne me rassurait qu’à moitié. J’ai déprimé. Je rentrais chez moi en pleurant au volant, en me disant que j’étais une opticienne de merde, que je ne valais rien, que la vie était un concept absurde, que personne ne pourrait m’accepter, et que ça irait sans doute mieux en se foutant dans le fossé. J’ai d’ailleurs fait une sortie de route, une fois, et je pense que ce n’était pas un hasard. Dégâts matériels très minimes, mais grosse prise de conscience quand même. Je me suis mise en arrêt maladie parce que je faisais des crises d’angoisse en venant au boulot, et j’ai donc consulté plusieurs psychologues, et même un psychiatre chauve en blouse blanche col Mao, exigé par le magasin, et qui a certifié à deux reprises que j’étais bien en dépression nerveuse. Pendant ce temps, j’étais licenciée « pour raisons économiques », privée de salaire, et harcelée par mail, téléphone, et courrier. Je suis allée aux Prud’Hommes suisses pour récupérer mon salaire, j’étais dans un sale état, et c’était en plein hiver. Donc je ne savais pas trop si toutes ces idées sombres et le dégoût et le mépris de moi-même venaient de la saison, de la situation professionnelle catastrophique, de mon trop récent changement d’environnement (je n’avais pas pu créer beaucoup d’amitiés), ou de ce sempiternel cerveau qui pense trop.

A l’époque, j’avais déjà lu quelques chapitres du livre de JSF. Mais ça me déprimait plus qu’autre chose, alors je ne l’acceptais pas. Je savais que j’étais une zèbre, mais je reniais tout ce qui allait avec en terme de comportement, mode de pensée, sensibilité, etc. Et en même temps je considérais déjà ça comme un boulet à la cheville, un truc qui m’empêche d’avancer sans heurt dans le monde des « autres ». Un boulet, justement, on le traîne, on ne le porte pas. On ne l’accepte pas, on ne le fait pas « sien ». C’était donc encore juste un boulet. Surtout que je me disais : mais si j’ai un cerveau si formidable que tout le monde envie, comment ça se fait que je sois médiocre ??

J’ai repris goût à mon métier dans un nouvel environnement, à Lausanne, cette fois. Cela a été difficile de retrouver confiance en moi, j’étais encore traumatisée et ça se voyait de l’extérieur. Mon responsable n’a pas usé des meilleurs moyens pour me mettre en confiance, puisqu’il écoutait toutes mes ventes et me faisait ensuite un débriefing… il refusait également que je m’occupe des examens de vue, qui étaient son domaine, et ce, malgré l’évidente clairvoyance que j’avais sur ses erreurs. Il prenait très mal le fait que je comprenne plus vite et mieux, y compris dans d’autres domaines comme l’informatique, et obligeait l’application de ses principes archaïques comme pour se rassurer et s’imposer en tant que chef. Passons. J’avais vécu pire.

Entre temps j’avais pu reprendre mes études en cours d’année, après en avoir été privée toute la première partie à cause des évènements de Genève. Cette année d’études était d’autant plus cruciale que le diplôme que j’allais obtenir me permettait officiellement d’exercer l’optométrie en Suisse, et donc de pourvoir à un poste plus intéressant. Mais c’était la dernière année où ce seul diplôme suffirait, il me fallait donc l’obtenir à tout prix. Seulement, quand une partie de l’année, en contrôle continue, a été tronquée, c’est pas gagné. Je partais avec un handicap de la moitié des notes. Au final, aux examens de juin, je n’ai pas non plus validé les autres. J’étais bonne pour septembre. Dans le même temps, nous subissions la crise économique, et le magasin de Lausanne a dû se séparer de moi. Je me suis retrouvée en plein été au chômage, avec un an de cours très complexes à réviser pour les ressortir en une seule journée et décrocher ce diplôme. Opération de la dernière chance.

Déjà ouverte aux techniques d’EFT, à la méthode Vittoz qui m’avait aidée pendant l’enfance, un peu initiée aux méthodes comportementalistes par une de mes psychologues genevoises, je me suis penchée sur le Brain Gym, me disant que ça ne pouvait pas me faire de mal, et qu’au mieux ça m’aiderait. J’ai donc appliqué les mouvements avec beaucoup d’assiduité pendant que je faisais mes fiches de révision (parce que les polycopiés fournis par l’université sont impossibles à réviser tels quels) et que je les apprenais par cœur (un exercice qui ne m’a jamais ravie, mais quand il s’agit de pathologies, de traitements, de symptômes, on n’a pas le choix) et dans le même temps je me forçais à déchiffrer une nouvelle partition de piano, et pas des plus simples pour mon niveau (Clair de Lune de Debussy) Quand j’ai annoncé que je repassais toute mon année en septembre, la responsable m’a dit : « C’est un peu la roulette russe, quand même… Vous êtes sûre que vous voulez les faire ? » Pas le choix, pour mon avenir professionnel, madame. Et quand j’ai passé l’examen, je suis ressortie mitigée, comme toujours : on verra, là je crois que je me suis plantée, et puis ici j’ai des doutes… Bref. Quand j’ai été récupérer mes résultats, alors que les repêchés obtenaient des notes moyennes, des « ça passe tout juste, t’as de la chance », des « désolée, tu n’as pas validé », la responsable m’a regardée et m’a dit : « Alors toi, tu peux te cacher, hein… » 14/20 dans toutes les unités, mention Bien. Inespéré. Je pouvais avoir mon équivalence suisse, et j’avais ma revanche.

Arthemys
Zèbre régulier
Zèbre régulier

Messages : 50
Date d'inscription : 31/07/2012
Age : 30
Localisation : Gex

https://plus.google.com/115018715657967220962

Revenir en haut Aller en bas

Re: Zèbre blanche à rayures noires

Message par Arthemys le Jeu 16 Aoû 2012 - 15:47

Suite et fin... pour le moment!

Mais je n’étais pas pressée de retourner au boulot pour autant. On commençait à voir l’hiver poindre le bout de son nez, et c’est une saison qui est synonyme de déprime. Et puis je retrouvais enfin goût aux activités artistiques dont les très longues semaines de travail en Suisse m’avaient privée, amputée, même. Car forte de ces expériences, j’ai fini par soulever un peu mon boulet, et me dire que s’il était là, ce n’était pas pour que je le traîne toute ma vie. Il fallait commencer à faire avec. L’apprivoiser. Et accepter que les activités artistiques, par exemple, faisaient réellement partie de moi, et n’étaient pas juste un passe-temps. Non, elles sont vitales, et sans elles, j’ai une résistance réduite à l’adaptation au monde humain. Elles me permettent de m’exprimer, réellement dans le sens de « sortir quelque chose de son corps », pour qu’il soit moins lourd. Ce ne sont pas des expressions tristes, pour autant : au contraire, je recherche la beauté et l’apaisement dans ce que je produis. Et je constate que jusqu’ici, je n’ai jamais réussi à mettre les dessins en couleur. Mais comme je commence à accepter le fait que je ne suis pas plus idiote qu’un autre, j’achète des pastels, de la peinture acrylique, et je me mets au travail. De ce que j’entends autour de moi, les résultats satisfont amplement une grande majorité du public. Mais pour moi c’est normal, j’ai même à tendance à dire que je peux toujours faire mieux. C’est le cas, d’ailleurs, je peux toujours faire mieux, et je ne me considère pas du tout comme une artiste. Juste une touche-à-tout débrouillarde.

Et parmi ces activités, il y a la photo, commencée en 2003 avec un compact rapidement complété par un reflex, suivie d’une ascension très rapide en qualité. Au point d’être sollicitée pour des mariages et reconnue pour mes portraits. Comme tout le reste, j’ai appris en autodidacte, j’apprends encore, et je ne cesserai de trouver que je peux faire mieux. Néanmoins, je commence sérieusement à envisager l’activité comme une source de revenus, ce qui me donne une bonne excuse supplémentaire pour ne pas me presser à trouver un travail à temps plein. Parce que de toutes manières, le commerce, ça ne me correspond pas, moi ce que je veux c’est juste faire des examens de vue, réfléchir à des cas, trouver des solutions pour mes clients. Du coup je fais des remplacements dans un magasin, et c’est un concept que j’espère élargir à d’autres magasins dans le futur.

Et puis comme je recommence à m’ennuyer un peu, malgré le master que je poursuis (vous vous rappelerez sans doute que j’avais fait optique-lunetterie pour échapper aux études longues…) je songe à nouveau à prendre des cours de chant. Il se trouve que c’est mon troisième instrument, et que celui-ci a également eu son parcours à lui. Détectée précocement pour mon timbre particulier par ma professionnelle de grand-mère, j’ai également eu des remarques très admiratives de professeurs que parfois je ne connaissais ni d’Eve ni d’Adam, au point de me dire un jour que je pourrais éventuellement passer l’audition d’entrée au chœur de la Sorbonne. Chose faite. Hélas, à leur grande déception, ils n’avaient plus de place pour ma voix de soprano et ma capacité à « donner » qui les avait quelque peu plantés de la part d’une personne n’ayant jamais pris de cours, et de mon côté je n’ai jamais osé appeler le numéro de téléphone d’un professeur qu’ils m’avaient communiqué. J’ai animé la messe de mariage d’un de mes frères, j’ai chanté du Liza Minelli et du Grease à une fête… et je me suis dit qu’il serait peut-être temps de franchir le pas. Mais comme je suis un zèbre buté, il y a toujours une petite voix en moi qui, malgré toutes les évidences, me dit que je ne suis peut-être pas à la hauteur de mes propres espérances.

D’un point de vue sentimental, j’ai tenté de m’adapter aux mœurs des personnes non-zèbres et je me suis retrouvée face à des gens qui n’avaient qu’un objectif : me changer et me dominer. Ce fut bref. J’ai ensuite tenté de laisser s’exprimer davantage mon côté zèbre, quitte à prendre les devants, mais cette fois on sentait grandir en soi un complexe d’infériorité qui dérange profondément les hommes. Et je le comprends. Ce fut bref. Etant dotée par la nature d’un physique pas trop désavantageux, je titille sans le vouloir les phéromones masculines, et j’ai fini par accepter ce fait. Certains me disent d’en profiter, sauf que pour titiller les miennes, bien que je sois intarissable et très renseignée sur le sujet, et pas spécialement farouche, il me faut bien plus qu’une belle gueule (bien que ça aide), des muscles, et une drague de comptoir. Pas de plaisir sans désir, pas de désir sans discourir.

J’essaye tout, même les sites de rencontres. Mais quand on a beaucoup de centres d’intérêt, forcément, on a beaucoup de points communs avec ceux qui en ont moins. Alors pour faire le tri… Le physique ? En partie. D’autant que j’ai toujours eu malgré moi une certaine sensibilité à la morphopsychologie. J’ai même acheté un livre dessus que je n’ai jamais lu, me disant qu’il allait m’apporter plus d’ennuis qu’autre chose pour aborder les gens par la suite… j’en ai dévoré un autre sur la communication non verbale, et ça a déjà affûté ma perception des signaux corporels, alors si vous ajoutez en plus le profil psychologique reflété par le visage et la posture, on n’est pas rendu !

Ajoutez à cela que j’envisage depuis longtemps ma vie avec des enfants… Peu sont les hommes qui y pensent au même âge. Alors je m’intéresse aux plus âgés. Mais eux, si leur maturité les amène effectivement à penser « famille », elle n’est toutefois pas suffisante pour accepter le fait qu’une jeune femme plus jeune et moins expérimentée qu’eux en sache parfois bien plus sur des sujets sur lesquels ils ne s’étaient encore jamais posé de questions. Bref, je fais peur. J’ai beau ne pas toujours évoquer le sujet dès les premiers rendez-vous, ça se perçoit sans doute dans mon attitude plutôt posée et réfléchie.

Et puis les tâches habituellement allouées aux hommes, je m’en charge déjà pour la plupart. Et j’aimerais bien leur faire croire que je suis perdue sans eux, parce que moi aussi je trouve confortable de me blottir contre un mâle aux larges épaules, un preux chevalier prêt à défier les pires dragons de la vie pour me protéger, mais c’est plus fort que moi, j’ai rien d’une princesse.

Alors, je reprends le livre de JSF à chaque défaite, au chapitre qui explique que les femmes zèbres blanches à rayures noires ont beaucoup de mal à trouver leur homme zèbre noir à rayures blanches, surtout si (mais quelle absurdité !) en plus d’être intelligentes, elles ne sont pas moches. Une potiche qui parle, ça fait moyen dans le décor. Et si elle sait se servir de ses mains, et que son mode d’emploi est dix fois plus compliqué que celui d’une penderie d’Ikea, là, c’est le drame. Il y a eu publicité mensongère, erreur sur la marchandise, on la retourne au magasin pour remboursement.

J’ai donc des faux espoirs d’adoption, je crois à chaque fois que celui-là va enfin me comprendre (d’autant que j’ai toujours l’impression que les gens avec lesquels je m’entends sont forcément comme moi… j’oublie toujours le coup des 2%), mais je ne suis toujours pas tombée sur le zèbre qui m’apprivoisera et que j’apprivoiserai. En amour, il faut se ressembler assez pour se comprendre, et être assez différents pour avoir de l'intérêt l'un pour l'autre. J’ai fini par accepter ma zébritude, et comprendre que pour devenir amoureuse, il me faudrait une certaine fascination pour l’autre, et que, soyons francs, elle ne peut exister pour un non-zèbre, car après l’euphorie des premiers moments (cinq minutes, trois jours, un mois…) viendra l’habituel ennui, grand ennemi des zèbres. Et il existe une telle variété de comportements et de personnalités entre zèbres que je sais que la tâche est rude, mais qu’elle en vaut la chandelle.

Quelque part, en amour comme en amitié, je jongle entre noir et blanc. D’un côté, je suis capable de clamer haut et fort que ça n’existe pas, afin de me protéger ; et j’agis donc avec froideur, sans sentiments. Et de l’autre, quand je commence à m’investir dans une relation, amicale ou amoureuse, je suis incapable de faire de demi-mesures. Si les gens rencontrent des difficultés et que j’ai la solution, pourquoi la garder pour moi ? Or j’ai beaucoup de réponses et de solutions à beaucoup de choses, et je suis, de fait, de ces zèbres à qui les gens se confient et demandent conseil.

Le souci, c’est que je m’investis réellement beaucoup, physiquement, moralement, matériellement, parce que c’est ma normalité, et que je ne songe pas qu’il soit possible d’agir autrement quand on a fait tacitement un contrat d’amitié ou d’amour. Mais les autres, si : ils agissent différemment. Ils ne rendent pas la monnaie de la pièce, non pas par égoïsme (quoique, parfois…) mais parce que c’est leur normalité à eux. Et ils peuvent même faire des reproches blessants qui me poussent à me fermer brutalement, moi qui ai tant donné pour eux. Ah, ce sentiment d’injustice… ces petits riens qui nous flanquent un coup au cœur… c’est un affront, une trahison, la profanation du sanctuaire sacré des liens d’amour ! On donne une part de nous-mêmes, et on récolte des réflexions sur notre manière de parler, d’agir, qui leur semble parfois maladroite et déplacée. La vérité, ce n’est pas que je suis déplacée : je suis complètement à côté et j’essaye de m’intégrer à leur monde, c’est très différent. Comme un extraterrestre qui tente de communiquer avec les humains : un jour ou l’autre, il fait un truc d’extraterrestre qui choque les humains, mais pour lui c’était juste un truc d’extraterrestre anodin.

Voilà où en sont les tribulations d’un zèbre qui commence seulement à assumer son handicap, et à trouver ça à la fois jouissif et pesant. Comment exploiter sa différence sans tomber dans la marginalisation, sans se mettre totalement à l’écart de la société (que j’apprécie bien, même si elle ne me le rend pas toujours) ? Comment assumer qu’on est né avec des rayures dans un monde de chevaux (et d’ânes) unis qui se ressemblent, sans se verser un pot de peinture sur le dos, comme j’ai toujours tendu à le faire ? Surtout qu’avec les orages que j’ai traversés, la peinture a toujours fini par s’en aller pour révéler mes rayures cachées… Bref, zèbre blanche à rayures noires cherche son pré !

Merci à ceux qui ont pris le temps de tout lire... vous avez été sacrément courageux!! What a Face

Arthemys
Zèbre régulier
Zèbre régulier

Messages : 50
Date d'inscription : 31/07/2012
Age : 30
Localisation : Gex

https://plus.google.com/115018715657967220962

Revenir en haut Aller en bas

Re: Zèbre blanche à rayures noires

Message par siamois93 le Jeu 16 Aoû 2012 - 16:04

Coucou .
J'avais écrit ça avant de lire la dernière partie de ton récit :
Il te reste à trouver un nouvel emploi si j'ai bien tout lu ? Bonne chance, bonne chasse alors !
Et la musique ? Qu'es devenu l'alto ? Ton expérience avec ta prof me rappelle d'autres évènements, souvent les enseignants nous collent leurs frustrations...

siamois93
Vieux de la vieille
Vieux de la vieille

Messages : 3069
Date d'inscription : 02/04/2012
Age : 49

http://taijiquan.neuronnexion.fr

Revenir en haut Aller en bas

Re: Zèbre blanche à rayures noires

Message par lafeelicite le Jeu 16 Aoû 2012 - 16:05

Bienvenue! Like a Star @ heaven

lafeelicite
Inconditionnel
Inconditionnel

Messages : 326
Date d'inscription : 17/08/2011
Age : 32

Revenir en haut Aller en bas

Re: Zèbre blanche à rayures noires

Message par Arthemys le Jeu 16 Aoû 2012 - 16:07

L'alto est dans sa boîte, je l'ai repris récemment et j'ai toujours autant de tension, donc bref... mais je vais bientôt rénover mon appart, et je sais déjà qu'il sera beaucoup plus en évidence, ça me donnera peut-être le courage de m'y remettre!

Pour l'emploi, il faut que je trouve d'autres mags en remplacement, voire un ophta 1 ou 2 jours par semaine. Mais je compte aussi sur la photo, dont je vais passer un diplôme par correspondance en même temps que mon master d'optométrie dès septembre (et en même temps que les cours de chant si j'y vais)

Merci pour les encouragements! Wink

@lafee: merci!! Smile

Arthemys
Zèbre régulier
Zèbre régulier

Messages : 50
Date d'inscription : 31/07/2012
Age : 30
Localisation : Gex

https://plus.google.com/115018715657967220962

Revenir en haut Aller en bas

Re: Zèbre blanche à rayures noires

Message par Waka le Jeu 16 Aoû 2012 - 16:08

Les très rares motivés? Je suis sure qu'on est plein à avoir lu en entier Wink. Fluide, bien écrit, facile à lire Wink.

Waka
Vieux de la vieille
Vieux de la vieille

Messages : 3452
Date d'inscription : 06/11/2011
Age : 32
Localisation : A l'ouest mais au Sud.

Revenir en haut Aller en bas

Re: Zèbre blanche à rayures noires

Message par Arthemys le Jeu 16 Aoû 2012 - 16:13

carrément?? Embarassed Merci Waka!!! Smile

Arthemys
Zèbre régulier
Zèbre régulier

Messages : 50
Date d'inscription : 31/07/2012
Age : 30
Localisation : Gex

https://plus.google.com/115018715657967220962

Revenir en haut Aller en bas

Re: Zèbre blanche à rayures noires

Message par nikoku74 le Jeu 16 Aoû 2012 - 16:16

j'ai tenu jusqu'au bout...mais je commence à avoir les yeux explosés!!
Ce que tu exprimes est tout simplement une très bonne analyse de ce que nous vivons tous, nous zèbres.
Tu as la chance d'avoir un talent narratif et synthétique, je pense que tu devrais devenir écrivain. Tu te vois dans la déprime d'une structure professionnelle toute ta vie? En plus chez les suisses qui considèrent les français comme inférieurs...Non seulement tu mérites mieux mais tu te bousilleras la santé . Après on sait tous qu'on mérite mieux mais peu de zèbres trouvent leur équilibre. Personnellement, je ne l'ai pas trouvé professionnellement car je passe de boite en boite et de périodes dépressives en périodes dépressives. Comment par hasard quand je quitte les boites, ça va super bien...
Tu as énormément de qualités et tu n'arrives pas à être heureuse : bienvenue au club, et c'est pour ça qu'il est bien de dialoguer/fréquenter des zèbres car les gens dits normaux nous exacerbent par la platitude de leur fonctionnement et aspirations.
Bienvenue en tous cas.

nikoku74
Zébré et vacciné
Zébré et vacciné

Messages : 1041
Date d'inscription : 22/06/2012
Age : 41
Localisation : Haute-Savoie

Revenir en haut Aller en bas

Re: Zèbre blanche à rayures noires

Message par Harpo le Jeu 16 Aoû 2012 - 16:17

Du courage ? Sûrement pas Wink

Ça se lit tout seul, c'est toujours passionnant une tranche de vie, surtout quand c'est écrit comme ça.

Je pourrais citer plusieurs passages, en parler plus, trouver des similitudes, mais à quoi bon... Juste te dire que tes textes m'ont touché.

Bienvenue ici ! Smile

Harpo
Vieux de la vieille
Vieux de la vieille

Messages : 5769
Date d'inscription : 05/06/2012
Age : 54
Localisation : En Flandre

http://la-maison-et-le-monde.net/

Revenir en haut Aller en bas

Re: Zèbre blanche à rayures noires

Message par Arthemys le Jeu 16 Aoû 2012 - 16:24

merci Nik, merci Harpo, ça me fait vraiment très plaisir vos messages et votre accueil!!

Nik, d'abord pardon pour tes yeux... je t'offre l'examen de vue quand tu veux! Wink cyclops
Pour ce qui est de l'écriture, je n'ai plus rien finalisé depuis des années, mais je ne perds pas espoir. Et ta remarque sur le bien-être ressenti en quittant les entreprises m'a fait rire, parce qu'il me correspond tout à fait... d'où l'absence d'empressement à retrouver un boulot. Je ne m'y suis jamais sentie bien, je suis beaucoup trop indépendante pour me conformer à leurs désirs.
C'est pour ça que j'essaye de me faire confiance en photographie, aussi, parce que je sais que ça pourrait ajouter du beurre dans les épinards, voire plus. Et pourquoi pas la musique? Et pourquoi pas l'écriture? Et pourquoi pas la peinture? Bref, je commence à accepter que j'ai des ressources, et que mon chemin est très loin d'être une autoroute. C'est plus du genre traversée du maquis corse à la machette. Faut se faire une place! Very Happy
Pour ce qui est du bonheur, je ne suis pas malheureuse, mais je sais que ça pourrait être un feu d'artifice. ça viendra! Je suis trop impatiente... Razz

Arthemys
Zèbre régulier
Zèbre régulier

Messages : 50
Date d'inscription : 31/07/2012
Age : 30
Localisation : Gex

https://plus.google.com/115018715657967220962

Revenir en haut Aller en bas

Re: Zèbre blanche à rayures noires

Message par Mowa le Jeu 16 Aoû 2012 - 17:45

Coucou, bienvenue, cheers

Moi aussi j'ai tout lu (ou presque... j'ai tendance à lire très vite et en diagonale) avec intérêt. Certains passages font écho en moi... même si je dois dire que la liste de tes talents me donne un peu le vertige!

Et pour rebondir sur les propos de Nikoku, tu vas pas déjà partir quand même? D'abord les Suisses ne sont pas tous comme ça, ensuite et surtout... y'a plein de Français par ici! tongue

Mowa
Vieux de la vieille
Vieux de la vieille

Messages : 3127
Date d'inscription : 07/07/2012
Age : 48
Localisation : Suisse, la Côte

Revenir en haut Aller en bas

Re: Zèbre blanche à rayures noires

Message par Arthemys le Jeu 16 Aoû 2012 - 17:47

Non non, je ne pars pars! j'achète, même... je vais emménage dans mon propre appartement vers octobre, après l'avoir rénové. Smile
Merci d'avoir pris le temps de lire (moi aussi, je fais en diagonale bien souvent) Je n'ai pas encore conscience d'avoir tant de talents que ça, même si je me rends compte que je perds la plupart des gens après en avoir énoncé seulement les trois premiers... Neutral

Arthemys
Zèbre régulier
Zèbre régulier

Messages : 50
Date d'inscription : 31/07/2012
Age : 30
Localisation : Gex

https://plus.google.com/115018715657967220962

Revenir en haut Aller en bas

Re: Zèbre blanche à rayures noires

Message par Mowa le Jeu 16 Aoû 2012 - 18:41

Tu m'étonnes Rolling Eyes

Y'a pas si longtemps que ça, ça m'aurait tellement intimidée que je n'aurais même pas osé te répondre.

_________________
Quel est le plus petit pas possible que je peux faire pour me rendre la vie plus belle aujourd'hui?

Mowa
Vieux de la vieille
Vieux de la vieille

Messages : 3127
Date d'inscription : 07/07/2012
Age : 48
Localisation : Suisse, la Côte

Revenir en haut Aller en bas

Re: Zèbre blanche à rayures noires

Message par Arthemys le Jeu 16 Aoû 2012 - 18:42

Oh, à ce point?? zut, si je fais peur à tout le monde, maintenant... Shocked

Arthemys
Zèbre régulier
Zèbre régulier

Messages : 50
Date d'inscription : 31/07/2012
Age : 30
Localisation : Gex

https://plus.google.com/115018715657967220962

Revenir en haut Aller en bas

Re: Zèbre blanche à rayures noires

Message par Mowa le Jeu 16 Aoû 2012 - 18:46

Very Happy Very Happy Very Happy

Pendant tant et tant d'années, on m'a dit que je faisais peur... Et moi je me désespérais à essayer de comprendre pourquoi, mais pourquoi? Je crois que je commence à comprendre! Razz

Tu as bien de la chance d'avoir su si tôt! Moi je n'en suis même pas encore sûre... Mais je sais déjà que rien que de me poser la question aurait pu changer ma vie durant toutes ces années!

Mowa
Vieux de la vieille
Vieux de la vieille

Messages : 3127
Date d'inscription : 07/07/2012
Age : 48
Localisation : Suisse, la Côte

Revenir en haut Aller en bas

Re: Zèbre blanche à rayures noires

Message par Arthemys le Jeu 16 Aoû 2012 - 19:08

Oui de ce côté je sais que j'ai épargné pas mal d'années de ma vie, car je suis née dans une famille qui était déjà au courant de ces disparités. Avec deux parents médecins, difficile de l'ignorer.

Mais après, je n'ai moi-même pas tout saisi de mon propre fonctionnement, et il me faudra encore certainement quelques années pour y arriver. A l'heure actuelle, j'ai le sentiment que ça me handicape dans mes rencontres (amoureuses surtout), et parfois je me dis que je préférerais ne jamais avoir su, en même temps je sais que j'aurai la chance de vivre équilibrée et heureuse, et non de me réveiller à 55 ans avec l'impression d'être passée à côté de ma vie. C'est clair! Smile

Arthemys
Zèbre régulier
Zèbre régulier

Messages : 50
Date d'inscription : 31/07/2012
Age : 30
Localisation : Gex

https://plus.google.com/115018715657967220962

Revenir en haut Aller en bas

Re: Zèbre blanche à rayures noires

Message par Mowa le Jeu 16 Aoû 2012 - 19:35

X'actement. Surtout que le fait de ne pas savoir ne faciliterait pas nécessairement les rencontres amoureuses (ou plutôt leur conclusion heureuse). Crois-en ma longue expérience... Crying or Very sad

Au moins, tu as la chance de savoir pourquoi tu es "incasable"! alien

Au fait j'ai beaucoup aimé ton texte sur l'autre site.

Long hug

Spoiler:
Moi je m'en suis tellement voulu de n'avoir pas compris, pas réagi plus tôt. De n'avoir pas eu plus de respect pour moi-même. Et d'avoir récidivé.

Mowa
Vieux de la vieille
Vieux de la vieille

Messages : 3127
Date d'inscription : 07/07/2012
Age : 48
Localisation : Suisse, la Côte

Revenir en haut Aller en bas

Re: Zèbre blanche à rayures noires

Message par Arthemys le Jeu 16 Aoû 2012 - 19:49

Yes, merci. Je suis un peu désespérée d'être incasable, surtout quand mon entourage est capable de me dire "Mais comment ça se fait qu'une jolie fille intelligente et douée comme toi ne trouve pas?" et quelques temps plus tard "Oh mais ça va, t'es encore jeune, voyons! regarde, machine elle n'a trouvé son homme qu'à 30 ans..." Mais bordeeeeeeeel, c'est pas une question d'âge réel! dans ma tête j'ai plus 26 ans depuis bien longtemps, rhâââ!!!! Mad

Le texte sur l'autre site est beaucoup plus ancien (enfin... 3 ans, mais ce qui s'est passé, c'était il y a 5 ans) et je n'ai pas pu expliquer tout ce qui s'était passé, j'épargne à ma famille certains détails. Là aussi, j'ai eu besoin d'écrire pour exprimer ce que j'avais vécu, parce que quand on dit aux gens qu'on a été avec quelqu'un de violent psychologiquement, ils sont polis, ils acquiescent, mais ils ne comprennent pas vraiment. Exactement comme quand on leur dit qu'on est HQI. Quand tu vis pas ça, tu comprends pas. Alors j'avais besoin de donner les détails. Je l'ai fait aussi parce que je venais de rencontrer une amie qui était le nez dans la même situation, et qui se refusait à la voir: le texte l'a aidée à prendre du recul et, plus d'un an après, à s'en séparer.

Malheureusement, elle en a retrouvé un autre, qui pour le moment se contente de l'isoler... Elle a changé, elle a pris de sa noirceur, elle est enceinte. Je suis sceptique sur l'issue. mais bref, c'est pas le sujet.

mais toi, tu as trouvé un zèbre?


Arthemys
Zèbre régulier
Zèbre régulier

Messages : 50
Date d'inscription : 31/07/2012
Age : 30
Localisation : Gex

https://plus.google.com/115018715657967220962

Revenir en haut Aller en bas

Re: Zèbre blanche à rayures noires

Message par Contenu sponsorisé Aujourd'hui à 1:06


Contenu sponsorisé


Revenir en haut Aller en bas

Page 1 sur 3 1, 2, 3  Suivant

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut

- Sujets similaires

 
Permission de ce forum:
Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum