Je suis Alphonse Doinel, le fils d'Antoine

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Re: Je suis Alphonse Doinel, le fils d'Antoine

Message par Aerienne le Sam 20 Oct 2012 - 16:15

Merci à Toi, Doinel.....

L' univers de Truffaut et de Doinel me rappelle mon adolescence......
J' aime bien Moissec et la Bretagne (j' ai de mes ex qui est breton !)
et la chanson ''Mon Homme bléssé''....Pour, Blonde Redhead je préfère la 1ère période.....J' aime beaucoup Gainsbourg (suis allée le voir en concert au Casino
de Paris en 85)......
Moi-même, j' adore aller au cinéma et au théâtre et au concert..

''l' échange par le monde virtuel '' prépare aux échanges IRL.......
Car, il est vrai ''que les écrans créent une distance trop importante'' dans la communication.....

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Re: Je suis Alphonse Doinel, le fils d'Antoine

Message par Harpo le Sam 20 Oct 2012 - 16:44

Bon je ne vais pas revenir sur l'importance qu'a pour moi le Monde d'Apu, vu avec ma mère - assurément le film qui m'a fait aimer le cinéma. Ni sur le fait que je partage tant ce que tu dis sur les émotions, et les larmes. On en a déjà parlé, et c'est assez incroyable de lire tout cela sous la plume d'un autre. Partager son amour des films de Satiyajit Ray, c'est particulièrement difficile, je crois bien ne jamais l'avoir réussi pour ma part. J'ai essayé, puis abandonné, trop décevant...

Mon film préféré de Ray, après le Monde d'Apu, et malgré l'immense cinématographie de ce grand auteur, c'est Charulata. Pudeur, comme d'habitude, joie aussi. Le thème a été repris plus tard par Ray dans la Maison et le Monde, avec une dimension plus politique. Comme souvent chez Ray, le film est basé sur une nouvelle de Rabrindanath Tagore. Tu en as lu, Doinel ? C'est magnifique...

Et en cherchant des extraits sur le net, j'en reviens pas ! Je tombe sur les deux scènes que j'aurai sélectionné si j'avais pu faire le choix, celles qui me sont restées en mémoire.




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Re: Je suis Alphonse Doinel, le fils d'Antoine

Message par Doinel le Sam 20 Oct 2012 - 19:20

L' univers de Truffaut et de Doinel me rappelle mon adolescence......

Ce que j'aime chez Truffaut, c'est un très grand romantisme, une fascination pour les passions extrêmes, alliés à la volonté d'échapper au lyrisme le plus débridé. Il essaie de présenter l'extrême dans le quotidien ou dans des gestes qui déroutent plus qu'ils illustrent.

J' aime beaucoup Gainsbourg (suis allée le voir en concert au Casino de Paris en 85)......

Mon ex femme ne comprenait pas que je puisse aimer un tel homme, qui se détruisait, se donnait ainsi en spectacle, montrait tant de défauts. Justement, toutes ses contradictions, ses innombrables défauts, les démons qui le tourmentaient et lui faisait tourmenter ses proches, le rendaient magnifiquement, tragiquement humain. Et ce qui ne gâte rien, son œuvre était complètement cohérente avec le bonhomme, toutes ses qualités et ses défauts y sont visibles. Il était honnête.

Si des œuvres peuvent faire partie de ma vie, ce n'est pas le cas de leurs auteurs. Il ne me viendrait jamais à l'idée d'essayer de les rencontrer ou d'entrer en relation avec eux. J'ai un jour refusé d'interviewer par téléphone le guitariste de mon groupe préféré. La mort d'un artiste que j'aime ne m'atteindra pas autant que celle d'une personne que je connais.

Gainsbourg fut ce qui se rapproche le plus de l'exception. A sa mort, ma copine de l'époque et moi avons ressenti un immense chagrin, et nous sommes allé porter des fleurs rue de Verneuil. Un petit tour et nous étions repartis.

Miossec me rappelle beaucoup Gainsbourg, jusque dans le phrasé. Il appartient à une autre partie de la Bretagne que moi et l'homme qui transparait dans ses chansons n'est pas comme moi, en tout cas comme je suis devenu.

Bon je ne vais pas revenir sur l'importance qu'a pour moi le Monde d'Apu, vu avec ma mère - assurément le film qui m'a fait aimer le cinéma. Ni sur le fait que je partage tant ce que tu dis sur les émotions, et les larmes. On en a déjà parlé, et c'est assez incroyable de lire tout cela sous la plume d'un autre. Partager son amour des films de Satiyajit Ray, c'est particulièrement difficile, je crois bien ne jamais l'avoir réussi pour ma part. J'ai essayé, puis abandonné, trop décevant...

Pour ceux qui auraient loupé cette épisode, Harpo et moi avons vécu le même choc cinématographique avec ce film, peut être même le même jour.

C'est vrai que "convertir" quelqu'un à des films indiens, faits avec une sensibilité et des symboles très particuliers est une gageure.

J'ai Charulata sur disque dur mais je ne l'ai pas encore regardé.

Pour moi, regarder de tels films, comme faire certaines activités à deux, sont des investissements émotionnels importants. Je sais que je vais ressentir des émotions qui vont me chambouler. Il faut être prêt, se sentir en forme et tout à fait disponible pour tout absorber de manière optimale.

Comme souvent chez Ray, le film est basé sur une nouvelle de Rabrindanath Tagore. Tu en as lu, Doinel ? C'est magnifique...

Encore une des milliards de chose qui me restent à faire. Et dire que certains s'ennuient.

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Re: Je suis Alphonse Doinel, le fils d'Antoine

Message par Doinel le Dim 21 Oct 2012 - 10:10


J'ai regardé Charulata hier soir.

C'est un film magnifique. Parmi les différents thèmes, c'est (bien sur) celui du triangle amoureux qui m'a marqué. Un triangle avec trois hypersensibles qui essaient de faire ce qui est bien, sans un "je t'aime", sans un geste d'amour partagé, mais dans lequel l'expression des sentiments prend la forme de chansons, de poèmes, de regards, d'expressions d'étonnement, de joie, de fureur, de tristesse. Et puis de symboles (dont certains je pense m'ont échappé).

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Re: Je suis Alphonse Doinel, le fils d'Antoine

Message par Doinel le Dim 21 Oct 2012 - 12:41


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Re: Je suis Alphonse Doinel, le fils d'Antoine

Message par Harpo le Dim 21 Oct 2012 - 20:36

J'aime pas le fait qu'il y ait de la musique sur cette célèbre tirade. Parce qu'elle m'empêche d'entendre tous les mots, parce que ces mots se suffisent à eux mêmes. Parce que ce qui se dit là, et en général dans ce film, est pour moi fondamental. Et que ce film est fondateur. Fondateur pour la suite du cinéma français. Fondateur pour ma vie.

En lisant beaucoup de témoignages sur le forum, j'ai souvent pensé à ce film, et à ce que je pourrais appeler le syndrome "Alexandre". Celui de l'homme brillant et hâbleur, qui en impose par sa prestance et ses mots mais qui fini par s'effacer devant l'altérité féminine, la femme indestructible et réelle, la terre, la maman et la putain donc. Qui abandonne ainsi son jeu et ses faux semblants - son faux self ? - pour enfin entrer dans l'âge adulte.

Pour le côté putain, je me permet, Doinel, de citer ici un extrait du troisième dialogue de la philosophie dans le boudoir de Sade :

Eugénie: ...Mais un mot, chère amie, un mot vient de t'échapper encore, et je ne l'entends pas. Qu'entends-tu par cette expression de putain? Pardon, mais tu sais? je suis ici pour m'instruire.

Mme de Saint-Ange: On appelle de cette manière, ma toute belle, ces victimes publiques de la débauche des hommes, toujours prêtes à se livrer à leur tempérament ou à leur intérêt; heureuses et respectables créatures, que l'opinion flétrit, mais que la volupté couronne, et qui, bien plus nécessaires à la société que les prudes, ont le courage de sacrifier, pour la servir, la considération que cette société ose leur enlever injustement. Vivent celles que ce titre honore à leurs yeux! Voilà les femmes vraiment aimables, les seules véritablement philosophes! Quant à moi, ma chère, qui depuis douze ans travaille à le mériter, je t'assure que loin de m'en formaliser, je m'en amuse. Il y a mieux: j'aime qu'on me nomme ainsi quand on me fout; cette injure m'échauffe la tête.

Eugénie: Oh! je le conçois, ma bonne; je ne serais pas fâchée non plus que l'on me l'adressât, encore bien moins d'en mériter le titre; mais la vertu ne s'oppose-t-elle pas à une telle inconduite, et ne l'offensons-nous pas en nous comportant comme nous le faisons?

Dolmancé: Ah! renoncez aux vertus, Eugénie! Est-il un seul des sacrifices qu'on puisse faire à ces fausses divinités, qui vaille une minute des plaisirs que l'on goûte en les outrageant? Va, la vertu n'est qu'une chimère, dont le culte ne consiste qu'en des immolations perpétuelles, qu'en des révoltes sans nombre contre les inspirations du tempérament. De tels mouvements peuvent-ils être naturels? La nature conseille-t-elle ce qui l'outrage? Ne sois pas la dupe, Eugénie, de ces femmes que tu entends nommer vertueuses. Ce ne sont pas, si tu veux, les mêmes passions que nous qu'elles servent, mais elles en ont d'autres, et souvent bien plus méprisables... C'est l'ambition, c'est l'orgueil, ce sont des intérêts particuliers, souvent encore la froideur seule d'un tempérament qui ne leur conseille rien. Devons-nous quelque chose à de pareils êtres, je le demande? N'ont-elles pas suivi les uniques impressions de l'amour de soi? Est-il donc meilleur, plus sage, plus à propos de sacrifier à l'égoïsme qu'aux passions? Pour moi, je crois que l'un vaut bien l'autre; et qui n'écoute que cette dernière voix a bien plus de raison sans doute, puisqu'elle est seule organe de la nature, tandis que l'autre n'est que celle de la sottise et du préjugé. Une seule goutte de foutre éjaculée de ce membre, Eugénie, m'est plus précieuse que les actes les plus sublimes d'une vertu que je méprise.

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Re: Je suis Alphonse Doinel, le fils d'Antoine

Message par Invité le Dim 21 Oct 2012 - 20:49

A méditer....(pour certains qui ont parfois des réactions violentes contre les femmes - je m'en suis pris plein la figure !)

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Re: Je suis Alphonse Doinel, le fils d'Antoine

Message par Doinel le Dim 21 Oct 2012 - 20:54


J'aime pas le fait qu'il y ait de la musique sur cette célèbre tirade. Parce qu'elle m'empêche d'entendre tous les mots, parce que ces mots se suffisent à eux mêmes. Parce que ce qui se dit là, et en général dans ce film, est pour moi fondamental. Et que ce film est fondateur. Fondateur pour la suite du cinéma français. Fondateur pour ma vie.

Cette "chanson" de Diabologum (années 90) a été ma première découverte de ce monologue, avant de voir le film. Je ne l'avais pas entendue depuis longtemps.

Merci pour le texte.

Puis je me permettre de rebondir avec une chanson?


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Connaitre les autres

Message par Doinel le Lun 22 Oct 2012 - 10:06

On trouve souvent sur le forum la capacité des Z à lire comme à livre ouvert dans l'esprit des personnes qu'ils rencontrent, jusqu'au point de pouvoir leur expliquer leurs problèmes ou déterminer leur avenir.

Je ne pense pas que je puisse aller si loin. Ou alors je m'y refuse.

L'idée de connaitre une personne mieux qu'elle se connait me terrifie. C'est une intrusion dans son intimité qui ne peut qu'engendrer un sentiment de supériorité. Comment peut on vivre en harmonie avec les autres quand on se sent supérieur à eux? Ou inférieur?

Il y a aussi la sensation de toute puissance, d'infaillibilité qui peut naitre de cette faculté.

Dans ma carrière, j'ai rencontré trois ou quatre personnes qui m'ont impressionné par leur intelligence et leurs réalisations. Je me comparais à eux, analysaient les points sur lesquels ils m'étaient supérieurs, cherchait leurs défauts. Et là je trouvais toujours le même: avoir si souvent raison qu'ils se croyaient infaillibles. Pas besoin d'analyser toutes les données d'un problème, ils pouvaient rapidement sauter à la conclusion, sans se permettre le moindre doute. Et ils avaient raison. Dans 90% des cas.

Enfin, lire dans les autres procure un pouvoir sur eux. On peut les aider, les manipuler, leur faire du bien ou du mal, ou ne rien faire. Dans tous les cas c'est prendre une responsabilité et se préparer, quoi qu'on fasse, de beaux sentiments de culpabilité. J'ai déjà mon lot.

J'imagine que beaucoup de personnes vont rechercher cette aide, dévorant ainsi la personne qui peut la leur offrir. Lui empêchant de se confronter à ses propres problèmes, ne lui apportant que peu de choses en retour. Relation déséquilibrée.

Certains aussi vont fuir ces personnes qui en savent tant, du moins après un certain temps. Moi je le ferais très vite. J'ai toujours souffert de n'être compris mais je ne veux pas qu'on me comprenne trop bien. Je veux garder mon espace de liberté, une partie de mon mystère. J'ai la prétention de croire qu'on ne peut pas me connaitre mieux que je me connais. Que je n'aurais pas besoin de fuir une telle personne.

Toute sa vie mon père est allé voir des voyantes. Il sait que je n'aime pas ça. Mais il ne peut s'empêcher de m'en parler quand une prédiction s'est réalisée. J'apprends alors qu'il ne prend jamais une décision importante par lui même et qu'il cherche à savoir ce qui va lui arriver à lui et à ses proches, à moi. Je n'y crois pas mais en plus je trouve intolérable qu'on abandonne ainsi ses choix de vie à un autre. Une voyante, un ami, Dieu ou ses représentants, c'est pareil. Alors, j'écoute et ne lui dis rien. En tout cas pendant un temps, puis agacé je lui demande d'arrêter en lui rappelant que...je n'y crois pas. Pas besoin qu'il en sache plus.

Alors, en général je me refuse à aller très loin dans l'analyse des personnes que je côtoie. Je préfère m'en tenir à une impression générale, et je sais de toute façon qu'inconsciemment je connais des choses sur cette personne qui me feront agir en conséquence.

Mais parfois, quand cette personne m'intéresse vraiment (en bien ou en mal), je me laisse aller à mon analyse interne, jusqu'à un certain point.

Et c'est là que se révèle une capacité qui ne cesse de m'étonner: celle de mémoriser inconsciemment une multitude de détails sur la personne, des attitudes, des intonations, des regards, des paroles a priori sans importance, des réactions à certains moments... Tout ressort à point donné pour étayer des hypothèses, former un paysage, une cartographie de la personne.

Et puis il y a cette deuxième faculté: celle de détecter immédiatement les incohérences, les phrases, les attitudes qui ne devraient pas être là. Parfois, quand la personne me semble par ailleurs très intelligente, sincère et cohérente, le questionnement commence. Sont ce des moments de vérité? Des moments de dissimulation? Des messages qui me sont destinés? Si oui, quel est leur sens? Sont ils conscients ou inconscients? Je doute.

Il est parfois compliqué de ne pas vouloir faire simple...


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Re: Je suis Alphonse Doinel, le fils d'Antoine

Message par Doinel le Mar 23 Oct 2012 - 10:13

Quand on écrit sur un forum, on donne une image de soi qu'on ne peut contrôler. Chacun/chacune va nous percevoir à sa manière, avec ses affinités, ses inhibitions, ses dégoûts.

Il m'est arrivé parfois de susciter un certain énervement de la part de membres avec un profil très rationnel ou scientifique. Mon goût pour les hypothèses créées de toute pièce, énoncées pour le plaisir d'explorer de nouvelles pistes de réflexion, sans base vérifiée, heurte leur désir de recherche de vérités absolues. Moi je pense que quand l'humain est concerné, il est difficile de trouver des vérités et plus intéressant de considérer les hypothèses les plus diverses, les plus contradictoires, de construire un arbre des possibles, avec des branches plus ou moins solides. Je ne suis sur de rien.

Je suis trop intuitif, pas suffisamment scientifique. Trop peu cultivé aussi.

Alors peut être ai je plus d'affinités avec les intuitifs, les mystiques, les chercheurs de vérités alternatives. Mais non, je suis trop scientifique, trop rationnel pour cela.

Je suis toujours le gamin qui excellait en maths tant qu'il avait l'impression d'inventer les bonnes réponses sans faire le moindre effort. Un pur intuitif des sciences.

J'ai pu constater récemment que j'"impressionne" certains membres de ZC. Pas beaucoup je pense, mais cela fait un choc, ça me chamboule un peu. En plus, on me compare parfois à des personnes auprès desquelles je ne me reconnais pas, la catégorie des "scientifiques" ou des "savants". Je n'ai rien contre eux mais je ne suis pas comme eux.

Alors, puisque mon honneur est en jeu, je vais rétablir la vérité et démolir des fantasmes en parlant de mes handicaps (mais pas trop quand même, je suis très orgueilleux).

Mon rapport à l'écriture

J'aime écrire parce que cela me permet de mettre de l'ordre dans mes pensées et de les détacher le plus possible des émotions qui m'assaillent. Certains pourraient être étonnés du décalage s'ils me rencontraient. Là, je ne suis pas sur de savoir qui impressionnerait qui.

J'essaie d'écrire simplement, précisément, sans affect ni figures de style. Résultat, je trouve mon écriture plate, atone, sans intérêt.

Je ne vais pas mentir, je sais que certaines personnes apprécient ma manière d'écrire. Face à mon étonnement, on m'a parlé souvent d'une écriture sensible. Donc une partie des émotions que j'essaie d'enlever de la forme doivent frayer leur chemin dans le fond et certaines personnes le perçoivent.

Cependant, ces émotions je les retiens toujours dans l'écrit. C'est pour cela que je préfère écrire sur des sujets divers que sur les fils personnels des autres. Et que j'ai mis du temps à écrire sur ce fil qui m'appartient. Je ne peux m'investir humainement autant dans un monde virtuel que dans la réalité.

Je n'ai jamais écrit un poème de ma vie (tout au plus un vers unique quand j'étais enfant, il attend toujours de la compagnie). Je me sens incapable de créer quoi que ce soit qui puisse avoir une quelconque valeur artistique. Je n'essaie même pas. Ce serait ridicule.

La plupart des poèmes me posent problème. Quand ils sont trop ouverts, permettant des interprétations multiples, je panique. Que suis je censé comprendre? Puis je comprendre quelque chose? Il me faut un sens immédiat auquel je peux me raccrocher, sinon je fuis. Une amie de ce forum m'incite à affronter cette panique et à me laisser aller. J'essaierai, promis juré.

J'ai un problème similaire (mais différent) avec les textes scientifiques ou intellectualisant. Pourquoi faire si compliqué, aller chercher des mots qu'on ne rencontrera que quelques fois dans sa vie, faire des phrases qui s'allongent à n'en plus finir? Y a t'il des idées si compliquées qu'on ne peut les exprimer simplement? Pas les miennes en tout cas.

Les films suédois (ou indiens)

Bon déjà, le cinéma et la musique (non noble) c'est ma culture depuis toujours. Au lieu de m'enfiler des livres à la chaine, pendant très longtemps j'ai acheté des places de ciné, empilé des VHS du ciné club et du cinéma de minuit, acheté des vinyls, puis des CDs, et enregisté des disques et la radio sur K7. Chez moi, on ne lisait pas et on n'écoutait pas de musique classique ou de jazz. On regardait la télé (une chaine, puis deux, puis trois), en particulier les films et les Numéro 1 de Maritie et Gilbert Carpentier. Et comme mes parents ne me mettaient pas au lit et me laissaient m'endormir quand je voulais, je pouvais regarder la série télé après le Numéro 1 et tous les films qui passaient, pour les petits et pour les grands.



Mon rapport au cinéma est émotionnel. Je ne suis un intellectuel en rien.

Mes émotions et mon intellect sont très liés (comme tout un chacun, mais pour moi ils sont très très liés). L'expression artistique d'une émotion sans un minimum d'intelligence a peu de valeur pour moi. Plus cependant que l'expression d'une intelligence sans émotions. Les concepts abstraits ne m'intéressent pas si ils ne trouvent pas immédiatement un écho affectif chez moi. Une grande partie de la science m'est fermée. Je ne peux m'enthousiasmer longtemps en lisant sur la physique quantique, la beauté formelle des mathématiques ou les rouages de l'économie. Pas d'humain, pas de plaisir. Restent en gros les sciences humaines.

Le problème avec les films d'auteur et/ou les films exotiques, ce sont les a priori et les peurs qu'ils suscitent. Vais je m'emmerder (parfois)? Vais je tout comprendre (pas toujours)? Faut il regarder en VO (c'est mieux, on s'y habitue)? Pourquoi me coltinerais je un film en noir et blanc, pire un film en N&B et muet (pourquoi lire un livre sur du papier et sans images?)?

Il y a des chefs d'oeuvre du cinéma qui m'emmerdent et des films moins ambitieux que j'adore.

Parfois, un film considéré comme un classique fait peur alors qu'il a été en son temps et/ou dans son pays vu et adoré par des millions de personnes. Un film populaire est devenu un classique, mais il est resté abordable par tous. Certains ont été faits pour une minorité, mais cette minorité n'est pas forcément constituée d'intellectuels, ou alors des intellectuels qui ressemblent à Woody Allen.

Et puis, comme les autres arts, le cinéma d'auteur s'apprivoise. La plupart des premiers films de Godard sont droles et légers. Il vaut mieux avoir vu A Bout De Souffle, Bande A Part et Une Femme Est Une Femme avant de s'attaquer à Pierrot Le Fou et Au Mépris, et ainsi de suite (avec la possibilité de s'arrêter en route car cela peut devenir très ardu).

Pour parler du Monde d'Apu et de Charulata, les films récemment évoqués ici, le premier me semble beaucoup plus accessible que le second. Il y a une histoire pleine de rebondissements, des joies, des drames intenses, la vie de tous les jours dans un pays lointain. Le second est plus contemplatif, l'histoire peut se résumer en trois phrases. Il faut plus d'efforts pour se laisser prendre. Mais ce n'est pas un film intellectuel pour autant.

Alors, si vous avez du temps à perdre (ou à gagner) et si vous pouvez comprendre des sous titres en anglais, allez voir Le Monde D'Apu (Apur Sansar, The World Of Apu) sur Youtube. Il y est en intégralité, découpé en morceaux. Ou procurez vous le par d'autres moyens. Vous verrez peut être un héros qui, bien que bengali, ressemble à s'y méprendre à des membres de ZC.

Et après dites moi si c'est une épreuve aussi terrible que cela.


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Re: Je suis Alphonse Doinel, le fils d'Antoine

Message par Fa le Mar 23 Oct 2012 - 10:43

J'ai l'impression d'être très semblable à tout ça sur un nombre très important de points. Sur presque tout, en fait. A part vouloir soustraire l'affect des écrits, et avoir cherché à être touché par le cinéma d'auteur (joli énoncé des peurs courantes à ce sujet, soit dit en passant).

Mais, oui. Cette culture (bien que tu t'en défendes) peut impressionner.

Et... la façon dont tu écris des expériences, des intuitions, des ressentis de ta vie, sans brosse, avec franchise, c'est pour moi des cadeaux inestimables à chaque fois.

Y a t'il des idées si compliquées qu'on ne peut les exprimer simplement?
Je t'aime bien.

Je me répète, je crois...

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Re: Je suis Alphonse Doinel, le fils d'Antoine

Message par Invité le Mar 23 Oct 2012 - 12:02

On ne sait jamais quelle est la perception de ce que nous écrivons. La sensibilité joue beaucoup.
Savoir lire entre les lignes est aussi important que lire les mots, la manière d'utiliser les mots.

Je suis une scientifique aussi. Pourtant, je ne m'exprime pas de la même manière que les personnes perçues comme scientifiques du forum. La différence est que mon moi intime est littéraire. Mon écriture varie beaucoup en fonction de mes humeurs. Je peux écrire de façon très familière comme de façon très structurée. Et surtout, mes interventions ne sont pas dans le registre du débat...Hier, j'ai fait deux interventions pas très "scientifiques" : l'un sur le test Aspie qui exprimait ma compréhension des graphes, plus sentie que rationnelle, et l'autre sur la rupture amoureuse.

Doinel, ton style d'écriture fait partie de toi mais ce n'est pas toi...Qui veut bien percevoir ce qu'il y a derrière les mots peut te comprendre. La "timidité" littéraire existe mais n'amoindrit pas ce qui est exprimé. Ta sensibilité est filmographique. C'est un mode de sensbilité différent mais aussi riche. On s'en fout que cela fasse sérieux ou pas, que les films qui te plaisent soient considérés comme sérieux ou pas. Le plus important est que tu t'y retrouves. Le regard des autres ne doit pas peser sur notre manière d'être à nous-même....

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Re: Je suis Alphonse Doinel, le fils d'Antoine

Message par Doinel le Mar 23 Oct 2012 - 13:22

Merci Fa, merci Soleil.

J'ai le moral en berne aujourd'hui. Un de ces jours où je m'apitoie sur mon sort de manière honteuse.

Je n'ai même pas besoin de "vecteur" pour pleurer. Ou plutôt, le vecteur qui devait me remonter le moral me fait pleurer.

Peut être aura t'il un meilleur effet sur vous. D'habitude ça marche avec moi.


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Re: Je suis Alphonse Doinel, le fils d'Antoine

Message par Ananke le Mar 23 Oct 2012 - 21:20

Eh bien mon grand, que se passe-t-il, comment s'est passée du coup ta fichue journée...
Y suis-je pour quelque chose, dis ? Je ne peux m'empêcher de me le demander... C'est que je t'ai vu la veille au soir, et entre temps : juste, tu as dormi. > Soit endormi-réveillé.

Et si on allait au ciné jeudi soir, mister Mordu de 7e art ?
"Savages", le dernier film d'Oliver Stone... ça me semble pas mal, ça, hein ?

Bon, et ton "Jesus" incontinent à pampers, plein de pep's, qui se fait écrabouiller > survivor puis dead de nouveau tout d'un coup : on a encore une fois sursauté, et on s'est marrés, avec fiston.

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Re: Je suis Alphonse Doinel, le fils d'Antoine

Message par fleur_bleue le Mar 23 Oct 2012 - 21:44

Du coup, je suis allée jeter un coup d'oeil sur ton fil - j'avoue n'avoir lu que les derniers messages, pas tout. En revanche, il faudrait que je le fasse un de ces jours, parce que ce que tu écris est très touchant... Je crois que je suis en train de comprendre Fa.

(Personellement, je suis plus livres que cinéma. Mais sur le point "voir un film en N&B et muet", je dois dire que j'ai vu une vieille version du "Fantôme de l'Opéra qui était simplement géniale, bien meilleure que la plus récente! Donc je dirais que ca en vaut bien la peine...)

Sinon, j'espère que ca ira mieux demain! Long hug

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Re: Je suis Alphonse Doinel, le fils d'Antoine

Message par Harpo le Mar 23 Oct 2012 - 23:34


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Re: Je suis Alphonse Doinel, le fils d'Antoine

Message par Doinel le Mer 24 Oct 2012 - 11:17


Donc hier ça n'allait pas.

Un mal être diffus je connais bien. Un gros coup de blues où tout ressort, c'est très rare.

Alors hier j'ai décidé de le vivre à fond, de contempler longuement les parois empoussiérées et rayées du verre à moitié vide. Mes rêves inaboutis, mes amours imparfaites, les enfants dont je suis un père à temps partiel, ma petite vie, mes imperfections, les occasions perdues, ma mère que je n'ai pas su aimer dans les dernières années de sa vie, mon père auquel je fais subir le même sort aujourd'hui, tout le mal que j'ai pu faire malgré moi, le mal qu'on m'a fait sans le vouloir, mon avenir incertain...

J'ai mis le casque, j'ai écouté Miossec puis Barbara. J'ai beaucoup pleuré, perdu dans mes pensées, revenant aux chansons pour attraper certaines phrases qui trouvent un écho en moi. Je me suis vidé de presque toutes mes larmes.

Après j'ai regardé un film superbe qui s'appelle Ivre De Femmes Et De Peinture. Cela raconte l'histoire fantasmée dans un pays lointain d'un grand peintre inconnu ici, de ses combats contre le destin promis à un enfant orphelin et pauvre, les aléas de l'histoire chaotique de son pays, traversé par des révolutions et des invasions successives des puissances voisines, le conformisme ambiant, l'autorité oppressante, les attaches inhibitrices, ses démons, les limites formelles de son art, sa résistance à les dépasser pour accéder au rang de génie. J'ai encore pleuré, victime d'émotions d'une qualité extraordinaire. On sait très peu de choses de cet homme, qu'il aimait les femmes, qu'il a la réputation d'avoir toujours peint sous l'emprise de l'alcool, ce qui est impossible quand on voit la fine précision de ses œuvres.

Il m'a donné soif.

Alors j'ai décidé d'aller encore plus au fond de mon désespoir de ce jour. Je suis allé acheter une bouteille d'alcool. J'ai bu en écoutant Elliott Smith. J'ai encore pleuré, j'ai ressenti une solitude immense, j'en ai fait part.

Complètement saoul après quelques verres (je n'avais rien mangé de la journée), je me suis endormi.

Une heure après je me suis réveillé, complètement dessaoulé (incroyable) et je me sentais mieux, beaucoup mieux. La crise était passée.

Le sommeil avait fait son œuvre, mon esprit avait trouvé quelques réponses. Il avait aussi relativisé l'ampleur de mes pleines. Je suis revenu pour l'instant à l'acceptation de la moitié pleine de mon verre.

Ca va mieux. Et je vous remercie tous de vos pensées pour moi.

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Re: Je suis Alphonse Doinel, le fils d'Antoine

Message par Invité le Mer 24 Oct 2012 - 12:37

Je connais le film que tu as vu hier Smile Ce pays lointain aussi. Je dois l'avoir vu alors que j'étais étudiante.

Ma technique pour ne pas rester dans le fond est un peu similaire à la tienne. Je me laisse couler à pic. La différence est que je ne recours à rien du tout, juste à ma tête et à mon coeur. Je ne bois pas du tout d'alcool. Et je ne m'essayerais pas à d'autres substances vu mon caractère très addictif.

Alors, encore un petit message pour que cela aille plus qu'un peu mieux Smile

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Re: Je suis Alphonse Doinel, le fils d'Antoine

Message par fleur_bleue le Mer 24 Oct 2012 - 13:10

Récit touchant. En te laissant aller comme ça, tu n'avais pas peur de rester au fond? De ne plus arriver à remonter?

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Re: Je suis Alphonse Doinel, le fils d'Antoine

Message par Doinel le Mer 24 Oct 2012 - 14:51

Je connais le film que tu as vu hier Ce pays lointain aussi.

Je me demandais Soleil si tu allais "tilter". Je suis content.

En te laissant aller comme ça, tu n'avais pas peur de rester au fond? De ne plus arriver à remonter?

Non parce que je remonte toujours. Je pense que j'ai acquis cette capacité dans l'amour que j'ai reçu dans mon enfance, dans le sentiment de toute puissance que cet amour m'a un temps donné, et le caractère littéralement intolérable que son souvenir donne à toute souffrance.

Je n'ai pas connu de grands traumatismes de la vie. Juste des relations toxiques qui détruisent méthodiquement l'estime qu'on a de soi. Elles ont failli me détruire mais j'ai survécu, vulnérable mais insubmersible. Je plonge pour un rien mais remonte très vite.

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Re: Je suis Alphonse Doinel, le fils d'Antoine

Message par Doinel le Mer 24 Oct 2012 - 15:40

Je n'ai pas posté de chanson aujourd'hui (ici tout du moins). Voici mon humeur du jour, extraite de la BO de The Virgin Suicides.


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Re: Je suis Alphonse Doinel, le fils d'Antoine

Message par Aerienne le Mer 24 Oct 2012 - 16:33

Je t' envoie des ondes ensoleillées....... sunny

Merci pour tes partages alliant lucidité, sincérité, sensibilité mais aussi force...

Je trouve cette musique très mélancolique......

En général, je suis de nature optimiste - mais quand j' examine ma moitié de verre vide avec le spleen et la remise en question qui en découle - cela
s' accompagne de crise de larmes, de sommeil à rattraper, j' écris beaucoup mais pour moi......puis rature et déchire les feuilles une fois terminée - je partage mes états d' âmes avec mes proches - puiis, j' apprécie à nouveau
mon ''verre à moitié plein'' et essaie de modifier ou changer ce qui ne me convient plus.....

Belle embellie !

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Re: Je suis Alphonse Doinel, le fils d'Antoine

Message par Invité le Mer 24 Oct 2012 - 21:18

Doinel a écrit:
Je me demandais Soleil si tu allais "tilter". Je suis content.

J'ai plus que tilter...Ce film est lié à un souvenir précis. Je venais d'arriver à Paris pour mes études. Et par hasard, je suis tombée sur la programmation de ce film dans un cinéma indépendant, près des Champs Elysées. J'y suis allée. Ce fut un électrochoc.
J'ai entendu cette langue sans que mes oreilles soient heurtées par ces sons, ces tons alors que je ne comprenais aucun mot. Je me sentais dans un milieu familier et pourtant éloigné de moi. Cette langue a été la mienne et je l'ai rejetée loin de moi, le plus loin possible de moi.
Le plus gros choc a été de voir les visages de ces femmes. Je me suis vue dans ces visages. Mon visage est semblable à ceux des actrices. Jusqu'alors, j'avais un problème pour accepter ce visage. Ce film m'a mis sous les yeux tous ces visages de femmes, fort sembables au mien. J'avais envie de sortir du cinéma. J'y suis restée car l'histoire était belle, et que l'interprétation était forte. Cet artiste a souffert toute sa vie par son art et par sa passion des femmes car il les aimait dans la démesure. Je me disais, à l'époque, que j'aimerais pouvoir extérioriser ce qui est en moi avec cette violence, dans un domaine artistique...

Alors, oui, ce titre de film fait tilt. Il fait même boum. Ce film m'a permis de voir mon visage comme il est réellement.

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Re: Je suis Alphonse Doinel, le fils d'Antoine

Message par Doinel le Jeu 25 Oct 2012 - 9:21


On en a discuté, Soleil, drôle de coïncidence.

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Re: Je suis Alphonse Doinel, le fils d'Antoine

Message par Doinel le Jeu 25 Oct 2012 - 9:31

Il y a quelques années, je vivais avec ma femme et mes enfants.

Etais je heureux?
Oui.
Peut être.

Il y avait des problèmes entre nous, mais ils ne dataient pas d'hier. J'avais eu quelques tentations de partir, mais elles n'avaient jamais duré plus de quelques heures, deux jours tout au plus. Des coups de gueule sans suite. Après tout, elle m'aimait et je l'aimais. Nous nous aimions chacun à notre façon, pas la même. Nous avions chacun des attentes différentes et des choses à donner qui ne correspondaient pas vraiment aux attentes de l'autre. J'étais très tactile, à la recherche de tendresse partagée. Elle ne l'était pas. Elle ne voulait que des discussions ancrées dans le quotidien et sérieuses, je préférais parler de sujets sans lien avec notre vie et la légèreté. Alors nous coexistions pacifiquement la plupart du temps, avec de périodiques disputes et des moments de rapprochement. Le cinéma était une de nos passions communes. Mais je l'aimais et elle m'aimait. Jamais elle n'avait exprimé le désir de me quitter. Mais elle disait parfois que je serais mieux avec une autre, qu'elle ne pouvait me rendre heureux. Cela me mettait en rogne (je n'ai jamais supporté l'évocation d'une rupture) et si je la prenais au mot pendant une dispute, elle changeait totalement son discours, énumérant toutes les raisons que nous avions d'être ensemble et heureux. De bonnes raisons. Je ne l'avais jamais trompée et elle ne m'avait jamais trompé. Oui, après tout nous étions heureux, un bonheur banal, sans éclat. Parce que nous avions l'essentiel, l'amour partagé.

Et puis un jour il m'est arrivé une chose d'étrange.

Au réveil, j'avais une sensation bizarre. Elle a duré toute la journée, puis les jours d'après.

Je me sentais heureux mais d'un bonheur purement physique. Je sentais un amour m'englober, me donner chaud partout, faire battre mon coeur plus vite. Je me sentais si bien, presque euphorique. C'était nouveau. En fait, c'était nouveau parce que j'avais oublié que je pouvais ressentir une telle sensation, que c'était déjà arrivé des années auparavant. Avec une autre. On s'habitue tellement à tout qu'avec le temps on en oublie ce qu'on a vécu de différent.

Qu'y avait il de changé autour de moi? Avait elle changé quelque chose dans sa manière de m'aimer? Je ne voyais rien, alors au bout de quelques jours je lui est expliqué ce qui m'arrivait et je lui ai demandé. Non, rien n'avait changé. Elle m'aimait comme elle m'aimait avant. Ni plus, ni moins, ni différemment.

Etais je heureux?
Oui, formidablement heureux.

Cela a duré un certain temps, trois semaines peut être.

Et puis un jour, au réveil, plus rien. Plus de chaleur, plus de joie sans raison. C'était redevenu comme avant.
Et c'était atroce.

Etais je heureux?
Non, j'étais très malheureux.

Cette vie terne m'apparaissait maintenant dans toute son horreur. Je n'en voulais plus, pour rien au monde. Il fallait que je parte. Vivre seul? Ce serait au moins un enfer que je me ferais moi même. Je préférais cet enfer hypothétique à celui bien réel et sans relief que je vivais. Je finirais par en mourir si je restais dans ce coma perpétuel et indolore. Alors j'ai pris une décision irrévocable.

Quelques mois plus tard, mon grand amour de jeunesse réapparaissait dans ma vie. Pour un temps.

Elle m'expliqua que quelques mois auparavant elle était partie une semaine à Londres avec sa fille, un endroit où nous étions allés ensemble. Et que là, elle avait cru me voir partout, elle avait ressenti un manque terrible, une envie irrépressible de me retrouver. Cette envie ne l'avait pas quittée à son retour. Elle avait fait part de cette folle idée à ses amies qui l'avaient incité à la suivre. Elle avait alors entrepris de me rechercher sur Internet, sans succès. Puis elle avait laissé tomber, jusqu'au jour où, trainant sur un site où l'on peut retrouver ses anciens camarades d'école, elle avait tapé mon nom sans y croire. Ce site je l'avais visité une fois, un jour où au boulot je ne savais quoi faire.

Bien sur, le voyage à Londres coïncidait plus ou moins avec la survenue de mon étrange sensation. Impossible d'être précis.

Alors c'est tentant de trouver une explication surnaturelle à ce qui m'est arrivé. Des pensées amoureuses auraient traversé la manche et la France pour venir m'atteindre en Suisse. C'est tellement joli que j'aime y croire parfois.

Mais bon, mon côté scientifique me dit que c'est de la foutaise, et il a une hypothèse séduisante pour concurrencer l'autre: c'est mon cerveau de Z qui avait décidé de me bouger et avait trouvé cet ingénieux stratagème pour me sortir d'un piège dans lequel je m'étais enferré.

Le fait est que je n'ai jamais regretté ma décision.


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