Vos poèmes préférés

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Message par Cerra Top le Mar 6 Avr 2010 - 18:52

Une idée comme ça, pour découvrir des poèmes inconnus ou redécouvrir des grands classiques...

[Note : une liste des poèmes proposés, classés par ordre alphabétique des noms d'auteurs, se trouve ici : index d'Alphonsine.]


Voici un poème que j'adorais en primaire, et que j'avais présenté à ma classe en CM2:

J'attends la pluie
Dit le désert.
J'attends la paix
Dit le soldat.
J'attends demain
Dit aujourd'hui
J'attends la nuit
Dit la luciole
Moi aussi dit l'astronome
Moi aussi dit l'étoile
J'attends le vent
Dit la fleur de pissenlit
Moi aussi dit l'oiseau
J'attends mon heure
Dit le prisonnier
Moi aussi dit la liberté
J'attends la paix
Dit le soldat
Tu l'as déjà dit
Je sais dit le soldat
J'attends un enfant
Dit la mère
J'attends tout
Dit l'enfant.

Hubert Mingarelli


Dernière édition par Pieyre le Ven 25 Oct 2013 - 23:28, édité 1 fois (Raison : référence de l'index)
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Message par Phedre le Jeu 8 Avr 2010 - 17:10

merci pour ce joli sujet Wink
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Message par lynka le Sam 10 Avr 2010 - 18:44

Très joli sujet indeed! Smile

Du coup ça m'a rappelé un poême de quand j'étais petite, en primaire je crois, j'ai chialé en le récitant et tout, lol! Je le trouvais parfait, plus beau que tout à l'époque. Enfin en tout cas il m'a drôlement marqué.
Il est tout court, mais je l'aime toujours.

La biche

La biche brame au clair de lune
Et pleure à se fondre les yeux:
Son petit faon délicieux
A disparu dans la nuit brune.

Pour raconter son infortune
A la forêt de ses aïeux,
La biche brame au clair de lune
Et pleure à se fondre les yeux.

Mais aucune réponse, aucune,
A ses longs appels anxieux !
Et, le cou tendu vers les cieux,
Folle d'amour et de rancune.
La biche brame au clair de lune.

Maurice ROLLINAT
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Message par WaterShed le Jeu 22 Avr 2010 - 22:08

Un classique, mais qui me tire presque des larmes:

Victor Hugo a écrit:Elle avait pris ce pli dans son âge enfantin
De venir dans ma chambre un peu chaque matin ;
Je l’attendais ainsi qu’un rayon qu’on espère ;
Elle entrait et disait : « Bonjour, mon petit père » ;
Prenait ma plume, ouvrait mes livres s’asseyait
Sur mon lit, dérangeait mes papiers, et riait,
Puis soudain s'en allait comme un oiseau qui passe. 

Alors, je reprenais, la tête un peu moins lasse,

Mon oeuvre interrompue, et, tout en écrivant,

Parmi mes manuscrits je rencontrais souvent

Quelque arabesque folle et qu'elle avait tracée,

Et mainte page blanche entre ses mains froissée

Où, je ne sais comment, venaient mes plus doux vers.

Elle aimait Dieu, les fleurs, les astres, les prés verts,

Et c'était un esprit avant d'être une femme.

Son regard reflétait la clarté de son âme.

Elle me consultait sur tout à tous moments.

Oh! que de soirs d'hiver radieux et charmants

Passés à raisonner langue, histoire et grammaire,
Mes quatre enfants groupés sur mes genoux, leur mère

Tout près, quelques amis causant au coin du feu !

J'appelais cette vie être content de peu !

Et dire qu'elle est morte! hélas! que Dieu m'assiste !

Je n'étais jamais gai quand je la sentais triste ;

J'étais morne au milieu du bal le plus joyeux

Si j'avais, en partant, vu quelque ombre en ses yeux.

Et aussi celui-ci, d'un poète brésilien, dit par le prêtre aux obsèques d'un camarade de promotion décidé à l'automne dernier...

Adémar de Barros a écrit:J'ai fait un rêve, la nuit de Noël.
Je cheminais sur la plage, côte à côte avec le Seigneur.
Nos pas se dessinaient sur le sable en laissant une double empreinte, la mienne et celle du Seigneur.
L'idée me vint, c'était en songe, que chacun de nos pas représentait un jour de ma vie.
Je me suis arrêté pour regarder en arrière.
J'ai vu toutes ces traces qui se perdaient au loin.
Mais je remarquai qu'en certains endroits, au lieu de deux empreintes, il n'y en avait qu'une.
J'ai revu le film de ma vie. Ô surprise !
Les lieux à l'empreinte unique correspondaient aux jours les plus sombres de mon existence.
Jours d'angoisse ou de mauvais vouloir,
Jours d'égoïsme ou de mauvaise humeur,
Jours d'épreuve et de doute,
Jours intenables...
Jours où moi aussi j'avais été intenable.
Alors me tournant vers le Seigneur,
J'osai lui faire des reproches :
"Tu nous avais pourtant promis d'être avec nous tous les jours !
Pourquoi n'as-tu pas tenu ta promesse ?
Pourquoi m'avoir laissé seul aux pires moments de ma vie ?
Aux jours où j'avais le plus besoin de Ta présence ?"
Mais le Seigneur m'a répondu :
"Mon ami,
Les jours où tu ne vois qu'une trace de pas sur le sable, ce sont les jours où je t'ai porté !"

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Message par Lanza le Mer 28 Avr 2010 - 18:58

Julos Beaucarne a écrit:C’est une peinture ancienne
Dans une église de mon pays
C’est un petit garçon
qui veut vider la mer,
avec une cuillère...

Un saint passe par la plaine
Traînant sa robe de laine
Je crois qu’il lui dit:
« On ne peut pas vider la mer
Ni compter les brins du gazon vert
Ni cueillir à travers les feuilles
Les cheveux brillants du soleil.
Mon petit, il n’y a rien à faire.
N’essaie plus de vider la mer. »

C’est une peinture ancienne
Dans une église de mon pays
C’est un petit garçon
qui veut vider la mer,
avec une cuillère.
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Message par Plaisance14 le Sam 1 Mai 2010 - 11:03

Sur le dos d'une coccinelle,un Point noir et son ombre discutaient,

-vois-tu le Soleil ? Je le cherche ,lui qui ,disait le Point te crée

-es-tu sûr de ne pas être,Toi,plutôt mon ombre portée ?

Taisez-vous ! parole de coccinelle, qu'est-ce qui vous effrait ?

la Lumière est en toute chose et même si elle s'en allait,

ou même si elle n'était même pas née

nous saurions par son absence qu'elle nous manquerait,

et en notre imagination nous inventerions une portée,

oû ,une ,deux,trois coccinelles s'installeraient

oû,une deux,trois coccinelles chanteraient

et de leur chant naitrait

un monde de femmes et d'hommes,manipulés,

c'est à dire avec des mains,pour nous tenir,nous guider,

et nous verrions dans leur yeux briller

ce feu intérieur qu'on appelle Soleil .
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Message par ahlala le Sam 1 Mai 2010 - 16:29

A une passante (Baudelaire)

La rue assourdissante autour de moi hurlait.
Longue, mince, en grand deuil, douleur majestueuse,
Une femme passa, d'une main fastueuse
Soulevant, balançant le feston et l'ourlet ;

Agile et noble, avec sa jambe de statue.
Moi, je buvais, crispé comme un extravagant,
Dans son oeil, ciel livide où germe l'ouragan,
La douceur qui fascine et le plaisir qui tue.

Un éclair... puis la nuit ! - Fugitive beauté
Dont le regard m'a fait soudainement renaître,
Ne te verrai-je plus que dans l'éternité ?

Ailleurs, bien loin d'ici ! trop tard ! jamais peut-être !
Car j'ignore où tu fuis, tu ne sais où je vais,
Ô toi que j'eusse aimée, ô toi qui le savais !


Moi je ne suis qu'une passante ...
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Message par WaterShed le Sam 1 Mai 2010 - 16:37

Dédicace à la passante ahlala:

Gérard de Nerval a écrit:Elle a passé, la jeune fille
Vive et preste comme un oiseau:
À la main une fleur qui brille,
À la bouche un refrain nouveau.

C'est peut-être la seule au monde
Dont le coeur au mien répondrait,
Qui venant dans ma nuit profonde
D'un seul regard l'éclairerait!

Mais non, - ma jeunesse est finie...
Adieu, doux rayon qui m'as lui, -
Parfum, jeune fille, harmonie...
Le bonheur passait, - il a fui!
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Message par ahlala le Dim 2 Mai 2010 - 17:09

A tuer (Charles Cros)

Voici venir le printemps vague
Je veux être belle. Une bague
Attire à ma main ton baiser.

Aime-moi bien ! Aime-moi toute
Surtout jamais, jamais de doute.
Ta fureur ? Je vais l'apaiser.

J'ai mal fait. - Mais ne sois pas triste,
Enterre-moi sous la batiste.
Je meurs ! des coussins, des coussins !

A présent je serai bien sage
Tes bras autour de mon corsage
Et tes lèvres entre mes seins.
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Message par Maly le Dim 2 Mai 2010 - 17:18

Aragon - Strophes pour se souvenir

Vous n'avez réclamé la gloire ni les larmes
Ni l'orgue ni la prière aux agonisants
Onze ans déjà que cela passe vite onze ans
Vous vous étiez servi simplement de vos armes
La mort n'éblouit pas les yeux des Partisans

Vous aviez vos portraits sur les murs de nos villes
Noirs de barbe et de nuit hirsutes menaçants
L'affiche qui semblait une tache de sang
Parce qu'à prononcer vos noms sont difficiles
Y cherchait un effet de peur sur les passants

Nul ne semblait vous voir français de préférence
Les gens allaient sans yeux pour vous le jour durant
Mais à l'heure du couvre-feu des doigts errants
Avaient écrit sous vos photos MORTS POUR LA FRANCE
Et les mornes matins en étaient différents

Tout avait la couleur uniforme du givre
À la fin février pour vos derniers moments
Et c'est alors que l'un de vous dit calmement
Bonheur à tous Bonheur à ceux qui vont survivre
Je meurs sans haine en moi pour le peuple allemand

Adieu la peine et le plaisir Adieu les roses
Adieu la vie adieu la lumière et le vent
Marie-toi sois heureuse et pense à moi souvent
Toi qui vas demeurer dans la beauté des choses
Quand tout sera fini plus tard en Erivan

Un grand soleil d'hiver éclaire la colline
Que la nature est belle et que le coeur me fend
La justice viendra sur nos pas triomphants
Ma Mélinée ô mon amour mon orpheline
Et je te dis de vivre et d'avoir un enfant

Ils étaient vingt et trois quand les fusils fleurirent
Vingt et trois qui donnaient leur coeur avant le temps
Vingt et trois étrangers et nos frères pourtant
Vingt et trois amoureux de vivre à en mourir
Vingt et trois qui criaient la France en s'abattant
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Message par sabatchka le Lun 3 Mai 2010 - 9:31

Paul Verlaine:


Il pleure dans mon coeur
Comme il pleut sur la ville ;
Quelle est cette langueur
Qui pénètre mon coeur ?

Ô bruit doux de la pluie
Par terre et sur les toits !
Pour un coeur qui s'ennuie,
Ô le chant de la pluie !

Il pleure sans raison
Dans ce coeur qui s'écoeure.
Quoi ! nulle trahison ?...
Ce deuil est sans raison.

C'est bien la pire peine
De ne savoir pourquoi
Sans amour et sans haine
Mon coeur a tant de peine
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Message par Lokidor le Lun 3 Mai 2010 - 22:02

Parfois, pour s'amuser, les hommes d'équipage
prennent des albatros, vastes oiseaux des mers
qui suivent, indolents compagnons de voyage
le navire glissant sur les gouffres amers

à peine les ont-ils déposé sur les planches
que ces rois de l'azur, maladroits et honteux
laissent piteusement leurs grandes ailes blanches
comme des avirons trainer à côté d'eux

ce voyageur ailé, comme il est gauche et veule
lui, naguère si beau, qu'il est comique et laid
l'un agace son bec avec un brule-gueule
l'autre mime, en boitant, l'infirme qui volait

le poète est semblable au prince des nuées
qui hante la tempête et se rit de l'archer
exilé sur le sol au milieu des huées
ses ailes de géant l'empechent de marcher

Baudelaire
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Message par sabatchka le Mar 4 Mai 2010 - 14:22

merci, Lokidor (et bienvenue!), j adore l albatros!
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Message par miwako le Ven 7 Mai 2010 - 19:27

poeme écrit par mon petit frere de 13 ans.
je le trouve trop mignon.
sur le meme theme que le mien de l'autre fois, c'est a dire notre chienne qui ne pense qu'a manger jour et nuit...

cheyenne = bouffe

Cheyenne n'a pas de goût
elle pourrait manger de tout.

elle ne pourrait s'arreter
de s'empifrer ou de manger

ni calin ni fete
car elle n'a qu'en tête

de manger
ou quémander.

ses couinements incessants
nous vrillent les tympans

on ne peut la caresser
elle ne fait que s'esquiver

on ne peut pas non plus lui parler
car elle ne fait que regarder

le petit bout de pain
que vous tenez dans votre main.

le moindre bruit de sachet de chips
a toute heure la crispe

impossible de se concentrer
avec cette "madame ventre" à vos pieds

plus de cachette à minuit
car elle entend le sachet du paradis.



.... bounce bounce
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Message par didimj le Ven 7 Mai 2010 - 19:30

ah miwa! il est excellent le poème de ton petit frère! C'est limite si vous vous cachez pour manger Wink
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Message par Cerra Top le Jeu 13 Mai 2010 - 15:18

Un poème, un texte, une chanson...!

Chanson de Bensé: Petite

(Julien) ma petite se délite à chaque chanson écrite si elle n'est pas..
l'héroïne, la favorite, si chaque ver ne la site, au moins une fois...
Alors tel la dynamite, elle explose et me crie; j'te quitte, ça t'inspireras..
Si tu me quittes, j'en crèverai avant même d'avoir pu tremper ma plume d'oie; dans l' azurite de mon encrier, avant même de m'écrier; petite pourquoi?

(Rose): Moi la petite, ça m'excite, quand de manière explicite j'y ai droit; à cette ode manuscrite, ou il vente mes mérites de diva
Mais si par muse fortuite, il s'abuse, j'use de suite de ma voix;
Si tu me quittes j'en crèverai, avant même d'avoir pu tremper ma plume d'oie; dans l' azurite de mon encrier, avant même de m'écrier si vite, pourquoi?

(Julien) si tu me quittes, j'en crèverai, avant même d'avoir pu tremper ma plume d'oie; dans l' azurite de mon encrier, avant même de m'écrier petite, pourquoi?

(Ensemble) si tu me quitte, j'en crèverai, avant même d'avoir pu tremper ma plume d'oie; dans l' azurite de mon encrier, avant même de m'écrier si vite, pourquoi?

Si tu me quitte, j'en crèverai, je préfère même pas y penser, et
C'est pourquoi j'y pense vite pour composer un petit refrain de couplet et après ça, j'oublierai (4 fois)
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Message par ahlala le Ven 14 Mai 2010 - 10:22

NOUS DORMIRONS ENSEMBLE

Que ce soit dimanche ou lundi
Soir ou matin minuit midi
Dans l’enfer ou le paradis
Les amours aux amours ressemblent
C’était hier que je t’ai dit
Nous dormirons ensembles
C’était hier et c’est demain
Je n’ai plus que toi de chemin
J’ai mis mon cœur entre tes mains
Avec le tien comme il va l’amble
Tout ce qu’il a de temps humain
Nous dormirons ensemble
Mon amour ce qui fut sera
Le ciel est sur nous comme un drap
J’ai refermé sur toi mes bras
Et tant je t’aime que j’en tremble
Aussi longtemps que tu voudras
Nous dormirons ensemble

Louis Aragon

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Message par L.Lune le Dim 30 Mai 2010 - 17:17

Der Panther de Rainer Maria Rilke

et sinon: Very Happy
May i feel said he

may i feel said he
(i'll squeal said she
just once said he)
it's fun said she


(may i touch said he
how much said she
a lot said he)
why not said she


(let's go said he
not too far said she
what's too far said he
where you are said she)


may i stay said he
(which way said she
like this said he
if you kiss said she


may i move said he
is it love said she)
if you're willing said he
(but you're killing said she


but it's life said he
but your wife said she
now said he)
ow said she


(tiptop said he
don't stop said she
oh no said he)
go slow said she


(cccome?said he
ummm said she)
you're divine!said he
(you are Mine said she)


Dernière édition par LouiseLune le Jeu 10 Juin 2010 - 11:22, édité 1 fois

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Message par Christine le Jeu 10 Juin 2010 - 8:03

Impossible pour moi de choisir une poésie préférée. Mais je reviens toujours à Rilke, depuis quelques années. Ce fragment du Livre de la Pauvreté et de la Mort (ed Arfuyen) n'est pas d'un optimisme béat...

C'est là [dans les grandes villes] que, pâles et blêmes, vivent les hommes
qui meurent étonnés du monde dur à vivre.
Et nul ne voit la grimace béante
que devient le sourire de cette douce race
au long des anonymes nuits.

Ils errent çà et là, dégradés par la peine
de servir sans courage des choses insensées,
et leurs habits sur eux se fanent,
leurs belles mains trop tôt vieillissent.

La foule les bouscule et point ne les ménage,
tout hésitants et faibles qu'ils soient, -
seuls quelques chiens craintifs, qui nulle part n'habitent,
les suivent en silence un moment.

Ils sont abandonnés à mille tourmenteurs;
marqués à haute voix par le gong de chaque heure,
ils rôdent solitaires autour des hôpitaux,
attendant, anxieux, qu'on les y laisse entrer.

Là est la mort. Non celle dont la promesse avait
miraculeusement caressé leur enfance, -
mais la mesquine mort telle qu'on l'entend là :
leur propre mort pend, verte et sans douceur,
comme un fruit qui en eux ne mûrira jamais.

O Seigneur, donne à chacun sa propre mort,
la mort issue de cette vie
où il trouva l'amour, un sens et la détresse.
Christine
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Message par Elfelune le Jeu 10 Juin 2010 - 9:12

que c'est drôle ma belle ! Je viens de poster l'un des sonnets à Orphée sur le jeu que j'ai lancé ("quelques grammes de finesse...) et qui reprend ce sujet que j'avais pas vu !!!En plus j'ai mis du Rilke en pensant à toi (moi aussi c'est l'un de mes poètes favoris, tu le sais).
Bon ben je vais en mettre un autre alors :
Grodek*
Le soir, les forêts automnales résonnent
D'armes de mort, les plaines dorées,
Les lacs bleus, sur lesquels le soleil
Plus lugubre roule, et la nuit enveloppe
Des guerriers mourants, la plainte sauvage
De leurs bouches brisées.
Mais en silence s'amasse sur les pâtures du val
Nuée rouge qu'habite un dieu en courroux
Le sang versé, froid lunaire ;
Toutes les routes débouchent dans la pourriture noire.
Sous les rameaux dorés de la nuit et les étoiles
Chancelle l'ombre de la soeur à travers le bois muet
Pour saluer les esprits des héros, les faces qui saignent ;
Et doucement vibrent dans les roseaux les flûtes
sombres de l'automne.
Ô deuil plus fier ! autels d'airain !
La flamme brûlante de l'esprit, une douleur puissante
la nourrit aujourd'hui,
Les descendants inengendrés.
Georg Trakl.
*dernier poème de l'auteur : la bataille de Grodek en Galicie se solda par une défaite autrichienne devant les Russes le 11/09/1914.
Dans un style plus épique, il me rappelle le fameux Dormeur du val de Rimbaud.
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Message par Melsophos le Mer 16 Juin 2010 - 20:26

Le poème qui m'a le plus marqué est certainement Pensée de Byron (Élégie) de Nerval (enfin remarquez que de nombreux poèmes de Nerval m'ont vraiment touché — avec en tête les Chimères et Une allée du Luxembourg, déjà cité —, et j'ai souvent essayé de retrouver l'ambiance de ses vers) :

Par mon amour et ma constance,
J'avais cru fléchir ta rigueur,
Et le souffle de l'espérance
Avait pénétré dans mon coeur ;
Mais le temps, qu'en vain je prolonge,
M'a découvert la vérité,
L'espérance a fui comme un songe...
Et mon amour seul m'est resté !

Il est resté comme un abîme
Entre ma vie et le bonheur,
Comme un mal dont je suis victime,
Comme un poids jeté sur mon coeur !
Pour fuir le piège où je succombe,
Mes efforts seraient superflus ;
Car l'homme a le pied dans la tombe,
Quand l'espoir ne le soutient plus.

J'aimais à réveiller la lyre,
Et souvent, plein de doux transports,
J'osais, ému par le délire,
En tirer de tendres accords.
Que de fois, en versant des larmes,
J'ai chanté tes divins attraits !
Mes accents étaient pleins de charmes,
Car c'est toi qui les inspirais.

Ce temps n'est plus, et le délire
Ne vient plus animer ma voix ;
Je ne trouve point à ma lyre
Les sons qu'elle avait autrefois.
Dans le chagrin qui me dévore,
Je vois mes beaux jours s'envoler ;
Si mon oeil étincelle encore,
C'est qu'une larme va couler !

Brisons la coupe de la vie ;
Sa liqueur n'est que du poison ;
Elle plaisait à ma folie,
Mais elle enivrait ma raison.
Trop longtemps épris d'un vain songe,
Gloire ! amour ! vous eûtes mon coeur :
O Gloire ! tu n'es qu'un mensonge ;
Amour ! tu n'es point le bonheur !

Melsophos

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Message par FunkyKyu le Mer 22 Juin 2011 - 23:20

Petit déterrage... Smile


Mon Rêve familier

Je fais souvent ce rêve étrange et pénétrant
D'une femme inconnue, et que j'aime, et qui m'aime,
Et qui n'est, chaque fois, ni tout à fait la même
Ni tout à fait une autre, et m'aime et me comprend.

Car elle me comprend, et mon coeur transparent
Pour elle seule, hélas ! cesse d'être un problème
Pour elle seule, et les moiteurs de mon front blême,
Elle seule les sait rafraîchir, en pleurant.

Est-elle brune, blonde ou rousse ? --Je l'ignore.
Son nom ? Je me souviens qu'il est doux et sonore
Comme ceux des aimés que la Vie exila.

Son regard est pareil au regard des statues,
Et pour sa voix, lointaine, et calme, et grave, elle a
L'inflexion des voix chères qui se sont tues.


Paul VERLAINE, Poèmes saturniens (1866)
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Message par Benjamin le Jeu 23 Juin 2011 - 11:00

Les oiseaux déguisés, Aragon (chanté par Ferrat).

Tous ceux qui parlent des merveilles
Leurs fables cachent des sanglots
Et les couleurs de leur oreille
Toujours à des plaintes pareilles
Donnent leurs larmes pour de l'eau

Le peintre assis devant sa toile
A-t-il jamais peint ce qu'il voit
Ce qu'il voit son histoire voile
Et ses ténèbres sont étoiles
Comme chanter change la voix

Ses secrets partout qu'il expose
Ce sont des oiseaux déguisés
Son regard embellit les choses
Et les gens prennent pour des roses
La douleur dont il est brisé

Ma vie au loin mon étrangère
Ce que je fus je l'ai quitté
Et les teintes d'aimer changèrent
Comme roussit dans les fougères
Le songe d'une nuit d'été

Automne automne long automne
Comme le cri du vitrier
De rue en rue et je chantonne
Un air dont lentement s'étonne
Celui qui ne sait plus prier
Benjamin
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Message par Cerra Top le Jeu 23 Juin 2011 - 12:56

Ce que j'ai mis des années à récupérer (merci génitrice toxique), introuvable (jusqu'à présent^^) sur la toile...



Poèmes et poèsies
LECONTE DE LISLE (1818-1894)

Notice

Cette révolte contre le mal, qu'un impitoyable destinfait peser sur tout ce qui vit, cette protestation contre la loi d'airain, qui régit le monde, ce sont les sentiments qui animent de leurs cris magnifiques la longue suite des Poèmes antiques, des Poèmes tragiques, des Poèmes barbares et des Derniers Poèmes. L'Ananké écrase les épaules et martel le front de cet éternel vaincu, de ce damné qu'est l'homme.

Mais le mal prend des formes si belles, la nature féroce étale sous le ciel embrasé de si somptueux tableaux, et la malédiction divine éclate en de si splendides tragédies, que dans son isolement et son horreur de vivre l'homme trouve cependant une consolation qui lui fait la vie supportable: contempler. Puis, quand ses yeux vieillis, lassés du spectacle des choses, voient enfin du haut d'un ciel de fer fondre le coup suprême, dont le sort va l'abattre, il lui reste un droit, inviolable, superbe, que les Dieux même sont impuissants à lui ravir: disparaitre sans une larme avec un dernier éclair d'orgueil sur la face, et, pareil au loup qu'à chanté Vigny, "sans jeter un cri".



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Message par AlsoSpratchAlmaMater le Dim 30 Oct 2011 - 10:18

Recueillement

Sois sage, ô ma Douleur, et tiens-toi plus tranquille.
Tu réclamais le Soir ; il descend ; le voici :
Une atmosphère obscure enveloppe la ville,
Aux uns portant la paix, aux autres le souci.

Pendant que des mortels la multitude vile,
Sous le fouet du Plaisir, ce bourreau sans merci,
Va cueillir des remords dans la fête servile,
Ma douleur, donne-moi la main ; viens par ici,

Loin d'eux. Vois se pencher les défuntes Années,
Sur les balcons du ciel, en robes surannées ;
Surgir du fond des eaux le Regret souriant ;

Le Soleil moribond s'endormir sous une arche,
Et, comme un long linceul traînant à l'Orient,
Entends, ma chère, entends la douce Nuit qui marche.

Baudelaire
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Message par MaxenceL le Dim 30 Oct 2011 - 11:48

On a pas encore cité Apollinaire ??

Les poèmes extraits des Fiançailles qui me hantent depuis pas mal de temps

Je n'ai plus même pitié de moi
Et ne puis exprimer mon tourment de silence
Tous les mots que j'avais à dire se sont changés en étoiles
Un Icare tente de s'élever jusqu'à chacun de mes yeux
Et porteur de soleils je brûle au centre de deux nébuleuses
Qu'ai-je fait aux bêtes théologales de l'intelligence
Jadis les morts sont revenus pour m'adorer
Et j'espérais la fin du monde
Mais la mienne arrive en sifflant comme un ouragan
_________________

J'ai eu le courage de regarder en arrière
Les cadavres de mes jours
Marquent ma route et je les pleure
Les uns pourrissent dans les églises italiennes
Ou bien dans de petits bois de citronniers
Qui fleurissent et fructifient
En même temps et en toute saison
D'autres jours ont pleuré avant de mourir dans des tavernes
Où d'ardents bouquets rouaient
Aux yeux d'une mulâtresse qui inventait la poésie
Et les roses de l'électricité s'ouvrent encore
Dans le jardin de ma mémoire

Alcools, Apollinaire.

Y'a aussi Dylan Thomas, Baudelaire (Héautontimorouménos <3, Le Poison, La fontaine de sang, Réversibilité...), Ronsard (mais c'est discutable, quand même magnifique...)...
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Message par Laetitia le Ven 9 Déc 2011 - 0:43

LA FONTAINE DE SANG

Il me semble parfois que mon sang coule à flots,
Ainsi qu'une fontaine aux rythmiques sanglots.
Je l'entends bien qui coule avec un long murmure,
Mais je me tâte en vain pour trouver la blessure.

À travers la cité, comme dans un champ clos,
Il s'en va, transformant les pavés en îlots,
Désaltérant la soif de chaque créature,
Et partout colorant en rouge la nature.

J'ai demandé souvent à des vins captieux
D'endormir pour un jour la terreur qui me mine ;
Le vin rend œil plus clair et l'oreille plus fine !

J'ai cherché dans l'amour un sommeil oublieux ;
Mais l'amour n'est pour moi qu'un matelas d'aiguilles
Fait pour donner à boire à ces cruelles filles !

Baudelaire
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Message par Belo-Horizonte le Ven 9 Déc 2011 - 1:15

Pour raisons purement historiques, le poême de Paul Verlaine, repris par la BBC les 1e et 5 juin 1944 qui annonça en deux fois et de façon codée l'imminence du Débarquement qui allait libérer l'Europe de la tyrannie nazie

"Les sanglots longs des violons de l'automne...
... Blessent mon coeur d'une langueur monotone"

A lire en sonorisant dans sa tête "Ici Londres... Les Français parlent aux Français... Veuillez tout d'abord écouter quelques messages personnels..."

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Message par Invité le Mar 13 Déc 2011 - 19:19

J'allais citer le même poème, Belo, mais justement pas pour les raisons historiques. C'est justement quand je le sors de son contexte qu'il me semble que je l'apprécie dans sa pleine beauté (même si évidemment, pour d'autres raisons, je suis aussi touchée par sa valeur historique Wink)


Chanson d'automne

Les sanglots longs
Des violons
De l'automne
Blessent mon coeur
D'une langueur
Monotone.

Tout suffocant
Et blême, quand
Sonne l'heure,
Je me souviens
Des jours anciens
Et je pleure,

Et je m'en vais
Au vent mauvais
Qui m'emporte
Deçà, delà
Pareil à la
Feuille morte.

Paul VERLAINE, Poèmes saturniens (1866)




Dernière édition par siamoni le Mar 13 Déc 2011 - 20:04, édité 1 fois

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Message par Pyrrhon le Mar 13 Déc 2011 - 19:54

L'invitation au voyage

Mon enfant, ma sœur,
Songe à la douceur
D'aller là-bas vivre ensemble !
Aimer à loisir,
Aimer et mourir
Au pays qui te ressemble !
Les soleils mouillés
De ces ciels brouillés
Pour mon esprit ont les charmes
Si mystérieux
De tes traîtres yeux,
Brillant à travers leurs larmes.

Là, tout n'est qu'ordre et beauté,
Luxe, calme et volupté.

Des meubles luisants,
Polis par les ans,
Décoreraient notre chambre ;
Les plus rares fleurs
Mêlant leurs odeurs
Aux vagues senteurs de l'ambre,
Les riches plafonds,
Les miroirs profonds,
La splendeur orientale,
Tout y parlerait
À l'âme en secret
Sa douce langue natale.

Là, tout n'est qu'ordre et beauté,
Luxe, calme et volupté.

Vois sur ces canaux
Dormir ces vaisseaux
Dont l'humeur est vagabonde ;
C'est pour assouvir
Ton moindre désir
Qu'ils viennent du bout du monde.
- Les soleils couchants
Revêtent les champs,
Les canaux, la ville entière,
D'hyacinthe et d'or ;
Le monde s'endort
Dans une chaude lumière.

Là, tout n'est qu'ordre et beauté,
Luxe, calme et volupté.


Charles Baudelaire.
Pyrrhon
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Message par Invité le Mar 13 Déc 2011 - 20:02

Les chercheuses de poux

Quand le front de l'enfant, plein de rouges tourmentes,
Implore l'essaim blanc des rêves indistincts,
Il vient près de son lit deux grandes soeurs charmantes
Avec de frêles doigts aux ongles argentins.

Elles assoient l'enfant auprès d'une croisée
Grande ouverte où l'air bleu baigne un fouillis de fleurs,
Et dans ses lourds cheveux où tombe la rosée
Promènent leurs doigts fins, terribles et charmeurs.

Il écoute chanter leurs haleines craintives
Qui fleurent de longs miels végétaux et rosés
Et qu'interrompt parfois un sifflement, salives
Reprises sur la lèvre ou désirs de baisers.

Il entend leurs cils noirs battant sous les silences
Parfumés ; et leurs doigts électriques et doux
Font crépiter parmi ses grises indolences
Sous leurs ongles royaux la mort des petits poux.

Voilà que monte en lui le vin de la Paresse,
Soupirs d'harmonica qui pourrait délirer ;
L'enfant se sent, selon la lenteur des caresses,
Sourdre et mourir sans cesse un désir de pleurer.

Arthur Rimbaud

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Message par Invité le Mar 13 Déc 2011 - 20:06

Le serpent qui danse

Que j'aime voir, chère indolente,
De ton corps si beau,
Comme une étoffe vacillante,
Miroiter la peau!

Sur ta chevelure profonde
Aux âcres parfums,
Mer odorante et vagabonde
Aux flots bleus et bruns,

Comme un navire qui s'éveille
Au vent du matin,
Mon âme rêveuse appareille
Pour un ciel lointain.

Tes yeux où rien ne se révèle
De doux ni d'amer,
Sont deux bijoux froids où se mêlent
L’or avec le fer.

A te voir marcher en cadence,
Belle d'abandon,
On dirait un serpent qui danse
Au bout d'un bâton.

Sous le fardeau de ta paresse
Ta tête d'enfant
Se balance avec la mollesse
D’un jeune éléphant,

Et ton corps se penche et s'allonge
Comme un fin vaisseau
Qui roule bord sur bord et plonge
Ses vergues dans l'eau.

Comme un flot grossi par la fonte
Des glaciers grondants,
Quand l'eau de ta bouche remonte
Au bord de tes dents,

Je crois boire un vin de bohême,
Amer et vainqueur,
Un ciel liquide qui parsème
D’étoiles mon coeur!

Charles Baudelaire, Les Fleurs du mal

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Message par kim meyrink le Sam 4 Aoû 2012 - 21:40

Voilà un poste bien utile! J'ai découvert ici des poèmes qui me marqueront longtemps. Mon poème préféré a été écrit par une amie qui a mystérieusement disparue de ma vie après m'avoir donné ce poème:

Je sais que pour toi la vie n'est pas drôle
Et que souvent la douleur te frôle
Que la seule chose qui t'empêche de partir
Est de voir qu'il n'y a personne pour te retenir

Alors tu t'enfermes dans tes pensées
Et puis ta voix commence à s'envoler
Tu chantes, tu chantes, ton âme se libère
Tandis que ton corps reste prostré par terre

Tu crois qu'il n'y a personne qui t'aime
Et tu t'inventes des mondes de bohème
Pourtant tu sais, tout est plus facile
Il faut mettre des couleurs dans ce monde fragile

Toute cette vie, cette joie, ce bonheur
Tu les voudrais aussi à l'intérieur
Tu veux toutes les couleurs du monde en toi
Alors tu manges des crayola.

Je ne sais pas si c'est seulement parce qu'il a une valeur personnelle, mais ce poème me touche énormément, et je trouve sa chute et sa naïveté déconcertante de vérité. Qu'en pensez-vous?
kim meyrink
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Message par Thaïti Bob le Dim 5 Aoû 2012 - 2:21

Oui il est en effet très beau. Un sujet sérieux et qui vous a apparemment tenu à coeur entre vous deux.
Ce qui fait sa qualité c'est qu'il relève aussi d'une bonne maîtrise technique. J'ai un faible pour le sonnet académique, celui ci s'y rapproche. Il a un bon rythme tout au long des vers, les rimes n’entraînent pas de tournures de phrases malheureuses (comme ça peut être le cas si on "débute", si on n'a pas une bonne plume). Et la chute est bien ! élément du sonnet aussi, d'ailleurs.

Moi j'en proposerai deux : un classique de Baudelaire aussi, qui n'a pas encore été cité il me semble, "Parfum exotique", et puis un de Georges Brassens, qui est le texte de la chanson "Les Passantes", en écho aux deux autres poèmes du début sur le thème des jolies anonymes :
Charles Baudelaire a écrit:Parfum exotique

Quand, les deux yeux fermés, en un soir chaud d'automne,
Je respire l'odeur de ton sein chaleureux,
Je vois se dérouler des rivages heureux
Qu'éblouissent les feux d'un soleil monotone;

Une île paresseuse où la nature donne
Des arbres singuliers et des fruits savoureux;
Des hommes dont le corps est mince et vigoureux,
Et des femmes dont l'oeil par sa franchise étonne.

Guidé par ton odeur vers de charmants climats,
Je vois un port rempli de voiles et de mâts
Encor tout fatigués par la vague marine,

Pendant que le parfum des verts tamariniers,
Qui circule dans l'air et m'enfle la narine,
Se mêle dans mon âme au chant des mariniers.
Georges Brassens a écrit:Les Passantes

Je veux dédier ce poème
A toutes les femmes qu'on aime
Pendant quelques instants secrets
A celles qu'on connait à peine
Qu'un destin différent entraîne
Et qu'on ne retrouve jamais

A celle qu'on voit apparaître
Une seconde à sa fenêtre
Et qui, preste, s'évanouit
Mais dont la svelte silhouette
Est si gracieuse et fluette
Qu'on en demeure épanoui

A la compagne de voyage
Dont les yeux, charmant paysage
Font paraître court le chemin
Qu'on est seul, peut-être, à comprendre
Et qu'on laisse pourtant descendre
Sans avoir effleuré sa main

A la fine et souple valseuse
Qui vous sembla triste et nerveuse
Par une nuit de carnaval
Qui voulu rester inconnue
Et qui n'est jamais revenue
Tournoyer dans un autre bal

A celles qui sont déjà prises
Et qui, vivant des heures grises
Près d'un être trop différent
Vous ont, inutile folie,
Laissé voir la mélancolie
D'un avenir désespérant

Chères images aperçues
Espérances d'un jour déçues
Vous serez dans l'oubli demain
Pour peu que le bonheur survienne
Il est rare qu'on se souvienne
Des épisodes du chemin

Mais si l'on a manqué sa vie
On songe avec un peu d'envie
A tous ces bonheurs entrevus
Aux baisers qu'on n'osa pas prendre
Aux cœurs qui doivent vous attendre
Aux yeux qu'on n'a jamais revus

Alors, aux soirs de lassitude
Tout en peuplant sa solitude
Des fantômes du souvenir
On pleure les lêvres absentes
De toutes ces belles passantes
Que l'on n'a pas su retenir
Cette vidéo du coup est un pur bijou :
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Message par lilou1984 le Dim 12 Aoû 2012 - 21:07

J'adore le poème d'Hubert Mingarelli proposé en début de topic, je ne connaissais pas, je l'ai même recopié.
Mon poème préféré reste ce petit texte de Tomas Tranströmer (Baltiques 1)

"Las de tous ceux qui viennent avec des mots,
des mots mais pas de langage,
je partis pour l'île recouverte de neige.
L'indomptable n'a pas de mots.
Ses pages blanches s'étalent dans tous les sens !
Je tombe sur les traces de pattes d'un cerf dans la neige.
Pas des mots, mais un langage."
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Message par l'albatros le Dim 12 Aoû 2012 - 21:16

Si il y en avait qu'un Razz (Baudelaire)

L’Albatros

Souvent, pour s’amuser, les hommes d’équipage
Prennent des albatros, vastes oiseaux des mers,
Qui suivent, indolents compagnons de voyage,
Le navire glissant sur les gouffres amers.

À peine les ont-ils déposés sur les planches,
Que ces rois de l’azur, maladroits et honteux,
Laissent piteusement leurs grandes ailes blanches
Comme des avirons traîner à côté d’eux.

Ce voyageur ailé, comme il est gauche et veule !
Lui, naguère si beau, qu’il est comique et laid !
L’un agace son bec avec un brûle-gueule,
L’autre mime, en boitant, l’infirme qui volait !

Le Poète est semblable au prince des nuées
Qui hante la tempête et se rit de l’archer ;
Exilé sur le sol au milieu des huées,
Ses ailes de géant l’empêchent de marcher.


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Message par Invité le Lun 24 Sep 2012 - 21:36

Poème très court, très dénudé Smile, très comme j'en rêverais d'écrire...

Rimbaud , L'étoile a pleuré rose :

L'étoile a pleuré rose au cœur de tes oreilles,
L'infini roulé blanc de ta nuque à tes reins
La mer a perlé rousse à tes mammes vermeilles
Et l'Homme saigné noir à ton flanc souverain.

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Message par Pieyre le Mar 25 Sep 2012 - 20:45

Parmi mes poèmes préférés, il y a moi aussi ceux de l'enfance, comme Il pleure dans mon cœur de Verlaine, déjà cité, le seul dont j'avais conservé la connaissance par cœur avant d'en apprendre d'autres après l'adolescence.

J'en trouve un écho dans ces deux-là, que j'apprécie aussi au plus haut point.


    Si notre vie est moins qu'une journée
    En l'éternel, si l'an qui fait le tour
    Chasse nos jours sans espoir de retour,
    Si périssable est toute chose née,

    Que songes tu, mon âme emprisonnée ?
    Pourquoi te plaît l'obscur de notre jour,
    Si pour voler en un plus clair séjour,
    Tu as au dos l'aile bien empennée ?

    Là, est le bien que tout esprit désire,
    Là, le repos où tout le monde aspire,
    Là, est l'amour, là, le plaisir encore.

    Là, ô mon âme, au plus haut ciel guidée,
    Tu y pourras reconnaître l'Idée
    De la beauté, qu'en ce monde j'adore.

    Joachim du Bellay, L'Olive


    Je vis, je meurs ; je me brûle et me noie ;
    J'ai chaud extrême en endurant froidure :
    La vie m'est et trop molle et trop dure.
    J'ai grands ennuis entremêlés de joie.

    Tout à un coup je ris et je larmoie,
    Et en plaisir maint grief tourment j'endure ;
    Mon bien s'en va, et à jamais il dure ;
    Tout en un coup je sèche et je verdoie.

    Ainsi Amour inconstamment me mène ;
    Et, quand je pense avoir plus de douleur,
    Sans y penser je me trouve hors de peine.

    Puis, quand je crois ma joie être certaine,
    Et être au haut de mon désiré heur,
    Il me remet en mon premier malheur.

    Louise Labé

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Message par Bird le Sam 22 Déc 2012 - 12:28

Mon préféré du moment, car plus actuel que jamais : "L'école est sanctuaire autant que la chapelle"...

Ecrit après la visite d'un bagne

Chaque enfant qu'on enseigne est un homme qu'on gagne.
Quatrevingt-dix voleurs sur cent qui sont au bagne
Ne sont jamais allés à l'école une fois,
Et ne savent pas lire, et signent d'une croix.
C'est dans cette ombre-là qu'ils ont trouvé le crime.
L'ignorance est la nuit qui commence l'abîme.
Où rampe la raison, l'honnêteté périt.

Dieu, le premier auteur de tout ce qu'on écrit,
A mis, sur cette terre où les hommes sont ivres,
Les ailes des esprits dans les pages des livres.
Tout homme ouvrant un livre y trouve une aile, et peut
Planer là-haut où l'âme en liberté se meut.
L'école est sanctuaire autant que la chapelle.
L'alphabet que l'enfant avec son doigt épelle
Contient sous chaque lettre une vertu ; le coeur
S'éclaire doucement à cette humble lueur.
Donc au petit enfant donnez le petit livre.
Marchez, la lampe en main, pour qu'il puisse vous suivre.

La nuit produit l'erreur et l'erreur l'attentat.
Faute d'enseignement, on jette dans l'état
Des hommes animaux, têtes inachevées,
Tristes instincts qui vont les prunelles crevées,
Aveugles effrayants, au regard sépulcral,
Qui marchent à tâtons dans le monde moral.
Allumons les esprits, c'est notre loi première,
Et du suif le plus vil faisons une lumière.
L'intelligence veut être ouverte ici-bas ;
Le germe a droit d'éclore ; et qui ne pense pas
Ne vit pas. Ces voleurs avaient le droit de vivre.
Songeons-y bien, l'école en or change le cuivre,
Tandis que l'ignorance en plomb transforme l'or.

Je dis que ces voleurs possédaient un trésor,
Leur pensée immortelle, auguste et nécessaire ;
Je dis qu'ils ont le droit, du fond de leur misère,
De se tourner vers vous, à qui le jour sourit,
Et de vous demander compte de leur esprit ;
Je dis qu'ils étaient l'homme et qu'on en fit la brute ;
Je dis que je nous blâme et que je plains leur chute ;
Je dis que ce sont eux qui sont les dépouillés ;
Je dis que les forfaits dont ils se sont souillés
Ont pour point de départ ce qui n'est pas leur faute ;
Pouvaient-ils s'éclairer du flambeau qu'on leur ôte ?
Ils sont les malheureux et non les ennemis.
Le premier crime fut sur eux-mêmes commis ;
On a de la pensée éteint en eux la flamme :
Et la société leur a volé leur âme.


Victor HUGO
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Message par Invité le Sam 22 Déc 2012 - 22:22

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Message par Invité le Sam 22 Déc 2012 - 22:27

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Message par nails le Sam 19 Jan 2013 - 20:05

De la prose, Clark A. Smith.

.: La Litanie des sept baisers :.

I

J'embrasse t'es mains... tes mains dont les doigts ont la délicatesse et la pâleur des pétales du lotus blanc.

II

J'embrasse ta chevelure, dont le lustre et l'éclat égalent ceux des joyaux noirs... Elle est plus sombre que le Léthé lorsqu'on le voit couler à minuit à travers les contrées du rêve qui fleurent le pavot, et que nulle lune n'éclaire.

III

J'embrasse ton front. Il est pour moi semblable au lever de la lune sur une vallée de cèdres.

IV

J'embrasse t'es joues sur lesquelles s'attarde une faible rougeur; on croirait le reflet d'une rose que l'on approche d'une urne d'albâtre.

V

J'embrasse t'es paupières et les compare aux fleurs veinées de pourpre qui se ferment, vaincues par le soir tropical, dans un pays où les couchers de soleil flamboient avec l'éclat de l'ambre incandescent.

VI

J'embrasse ta gorge dont la pâleur ardente est la pâleur du marbre qu'un soleil automnal est venu attiédir.

VII

J'embrasse ta bouche. Elle a la saveur et le parfum de ces fruits qu'embruine une fontaine magique, là-bas, dans le secret paradis que nous seuls trouverons; un paradis où ceux qui y parviennent demeurent à jamais, car de cette fontaine coulent les eaux du Léthé et les fruits dont je parle sont ceux de l'arbre de Vie.
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Message par Invité le Mer 13 Mar 2013 - 13:13

+1 pour : Il pleure sur mon coeur comme il pleut sur ma ville
+1 pour l'albatros
+1 pour Rilke

Et mon poète préféré c'est Appollinaire, avec son recueil "poèmes à Lou", dont celui là que j'aime beaucoup :

Adieu !


L’amour est libre il n’est jamais soumis au sort
O Lou le mien est plus fort encor que la mort
Un cœur le mien te suit dans ton voyage au Nord

Lettres Envoie aussi des lettres ma chérie
On aime en recevoir dans notre artillerie
Une par jour au moins une au moins je t’en prie

Lentement la nuit noire est tombée à présent
On va rentrer après avoir acquis du zan
Une deux trois A toi ma vie A toi mon sang

La nuit mon coeur la nuit est très douce et très blonde
O Lou le ciel est pur aujourd’hui comme une onde
Un cœur le mien te suit jusques au bout du monde

L’heure est venue Adieu l’heure de ton départ
On va rentrer Il est neuf heures moins le quart
Une deux trois Adieu de Nîmes dans le Gard

4 fév. 1915

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Message par Invité le Mer 13 Mar 2013 - 13:40

Mon poème préféré est celui-ci:


Fantaisie

Il est un air pour qui je donnerais
Tout Rossini, tout Mozart et tout Weber,
Un air très vieux, languissant et funèbre,
Qui pour moi seul a des charmes secrets.

Or, chaque fois que je viens à l’entendre,
De deux cents ans mon âme rajeunit:
C’est sous Louis treize; et je crois voir s’étendre
Un coteau vert, que le couchant jaunit,

Puis un château de brique à coins de pierre,
Aux vitraux teints de rougeâtres couleurs,
Ceint de grands parcs, avec une rivière
Baignant ses pieds, qui coule entre les fleurs ;

Puis une dame, à sa haute fenêtre,
Blonde aux yeux noirs, en ses habits anciens,
Que, dans une autre existence peut-être,
J’ai déjà vue... - et dont je me souviens !



Gérard de Nerval

Un autre que j'aime bien, sans toutefois le connaître par coeur:


Sur mes cahiers d'écolier
Sur mon pupître et les arbres
Sur le sable sur la neige
J'écris ton nom

Sur toutes les pages lues
Sur toutes les pages blanches
Pierre sang papier ou cendre
J'écris ton nom

Sur les images dorées
Sur les armes des guerriers
Sur la couronne des rois
J'écris ton nom

Sur la jungle et le désert
Sur les nids sur les genêts
Sur l'écho de mon enfance
J'écris ton nom.

Sur les merveilles des nuits
Sur le pain blanc des journées
Sur les saisons fiancées
J'écris ton nom.

Sur tous mes chiffons d'azur
Sur l'étang soleil moisi
Sur le lac lune vivante
J'écris ton nom

Sur les champs sur l'horizon
Sur les ailes des oiseaux
Et sur le moulin des ombres
J'écris ton nom

Sur chaque bouffée d'aurore
Sur la mer sur les bateaux
Sur la montagne démente
J'écris ton nom

Sur la mousse des nuages
Sur les sueurs de l'orage
Sur la pluie épaisse et fade
J'écris ton nom

Sur les formes scintillantes
Sur les cloches des couleurs
Sur la vérité physique
J'écris ton nom

Sur les sentiers éveillés
Sur les routes déployées
Sur les places qui débordent
J'écris ton nom

Sur la lampe qui s'allume
Sur la lampe qui s'éteint
Sur mes maisons réunies
J'écris ton nom

Sur le fruit coupé en deux
Du miroir et de ma chambre
Sur mon lit coquille vide
J'écris ton nom

Sur mon chien gourmand et tendre
Sur ses oreilles dressées
Sur sa patte maladroite
J'écris ton nom

Sur le tremplin de ma porte
Sur les objets familiers
Sur le flot du feu béni
J'écris ton nom

Sur toute chair accordée
Sur le front de mes amis
Sur chaque main qui se tend
J'écris ton nom

Sur la vitre des surprises
Sur les lèvres attentives
Bien au-dessus du silence
J'écris ton nom

Sur mes refuges détruits
Sur mes phares écroulés
Sur les murs de mon ennui
J'écris ton nom

Sur l'absence sans désirs
Sur la solitude nue
Sur les marches de la mort
J'écris ton nom

Sur la santé revenue
Sur le risque disparu
Sur l'espoir sans souvenirs
J'écris ton nom

Et par le pouvoir d'un mot
Je recommence ma vie
Je suis né pour te connaître
Pour te nommer

Liberté.




Paul ÉLUARD

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Message par ΣΦ le Jeu 28 Mar 2013 - 21:51

Qu'il vive !


Dans mon pays, les tendres preuves du printemps et les oiseaux mal habillés
sont préférés aux buts lointains.

La vérité attend l'aurore à côté d'une bougie.

Le verre de fenêtre est négligé. Qu'importe à l'attentif.

Dans mon pays, on ne questionne pas un homme ému.

Il n'y a pas d'ombre maigre sur la barque chavirée.

Bonjour à peine est inconnu dans mon pays.

On n'emprunte que ce qui peut se rendre augmenté.

Il y a des feuilles, beaucoup de feuilles sur les arbres de mon pays.
Les branches sont libres de ne pas avoir de fruits.

On ne croit pas à la bonne foi du vainqueur.

Dans mon pays, on remercie.


René Char - Les matinaux

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Message par laDivine le Sam 20 Avr 2013 - 9:09

Bonjour,

C'est difficile pour moi de trancher en ce qui concerne mes poèmes préférés.

Je pense à Rimbaud, Aragon ou Hugo par exemple.

Roman

I

On n'est pas sérieux, quand on a dix-sept ans.
- Un beau soir, foin des bocks et de la limonade,
Des cafés tapageurs aux lustres éclatants !
- On va sous les tilleuls verts de la promenade.

Les tilleuls sentent bon dans les bons soirs de juin !
L'air est parfois si doux, qu'on ferme la paupière ;
Le vent chargé de bruits - la ville n'est pas loin -
A des parfums de vigne et des parfums de bière...

II

- Voilà qu'on aperçoit un tout petit chiffon
D'azur sombre, encadré d'une petite branche,
Piqué d'une mauvaise étoile, qui se fond
Avec de doux frissons, petite et toute blanche...

Nuit de juin ! Dix-sept ans ! - On se laisse griser.
La sève est du champagne et vous monte à la tête...
On divague ; on se sent aux lèvres un baiser
Qui palpite là, comme une petite bête...

III

Le coeur fou robinsonne à travers les romans,
- Lorsque, dans la clarté d'un pâle réverbère,
Passe une demoiselle aux petits airs charmants,
Sous l'ombre du faux col effrayant de son père...

Et, comme elle vous trouve immensément naïf,
Tout en faisant trotter ses petites bottines,
Elle se tourne, alerte et d'un mouvement vif...
- Sur vos lèvres alors meurent les cavatines...

IV

Vous êtes amoureux. Loué jusqu'au mois d'août.
Vous êtes amoureux. - Vos sonnets La font rire.
Tous vos amis s'en vont, vous êtes mauvais goût.
- Puis l'adorée, un soir, a daigné vous écrire !...

- Ce soir-là..., - vous rentrez aux cafés éclatants,
Vous demandez des bocks ou de la limonade...
- On n'est pas sérieux, quand on a dix-sept ans
Et qu'on a des tilleuls verts sur la promenade.

ou alors Victor Hugo dans La Légende des siècles

Booz endormi

Booz s'était couché de fatigue accablé ;
Il avait tout le jour travaillé dans son aire ;
Puis avait fait son lit à sa place ordinaire ;
Booz dormait auprès des boisseaux pleins de blé.

Ce vieillard possédait des champs de blés et d'orge ;
Il était, quoique riche, à la justice enclin ;
Il n'avait pas de fange en l'eau de son moulin ;
Il n'avait pas d'enfer dans le feu de sa forge.

Sa barbe était d'argent comme un ruisseau d'avril.
Sa gerbe n'était point avare ni haineuse ;
Quand il voyait passer quelque pauvre glaneuse :
- Laissez tomber exprès des épis, disait-il.

Cet homme marchait pur loin des sentiers obliques,
Vêtu de probité candide et de lin blanc ;
Et, toujours du côté des pauvres ruisselant,
Ses sacs de grains semblaient des fontaines publiques.

Booz était bon maître et fidèle parent ;
Il était généreux, quoiqu'il fût économe ;
Les femmes regardaient Booz plus qu'un jeune homme,
Car le jeune homme est beau, mais le vieillard est grand.

Le vieillard, qui revient vers la source première,
Entre aux jours éternels et sort des jours changeants ;
Et l'on voit de la flamme aux yeux des jeunes gens,
Mais dans l'oeil du vieillard on voit de la lumière.

Donc, Booz dans la nuit dormait parmi les siens ;
Près des meules, qu'on eût prises pour des décombres,
Les moissonneurs couchés faisaient des groupes sombres ;
Et ceci se passait dans des temps très anciens.

Les tribus d'Israël avaient pour chef un juge ;
La terre, où l'homme errait sous la tente, inquiet
Des empreintes de pieds de géants qu'il voyait,
Etait mouillée encore et molle du déluge.

Comme dormait Jacob, comme dormait Judith,
Booz, les yeux fermés, gisait sous la feuillée ;
Or, la porte du ciel s'étant entre-bâillée
Au-dessus de sa tête, un songe en descendit.

Et ce songe était tel, que Booz vit un chêne
Qui, sorti de son ventre, allait jusqu'au ciel bleu ;
Une race y montait comme une longue chaîne ;
Un roi chantait en bas, en haut mourait un dieu.

Et Booz murmurait avec la voix de l'âme :
" Comment se pourrait-il que de moi ceci vînt ?
Le chiffre de mes ans a passé quatre-vingt,
Et je n'ai pas de fils, et je n'ai plus de femme.

" Voilà longtemps que celle avec qui j'ai dormi,
O Seigneur ! a quitté ma couche pour la vôtre ;
Et nous sommes encor tout mêlés l'un à l'autre,
Elle à demi vivante et moi mort à demi.

" Une race naîtrait de moi ! Comment le croire ?
Comment se pourrait-il que j'eusse des enfants ?
Quand on est jeune, on a des matins triomphants ;
Le jour sort de la nuit comme d'une victoire ;

Mais vieux, on tremble ainsi qu'à l'hiver le bouleau ;
Je suis veuf, je suis seul, et sur moi le soir tombe,
Et je courbe, ô mon Dieu ! mon âme vers la tombe,
Comme un boeuf ayant soif penche son front vers l'eau. "

Ainsi parlait Booz dans le rêve et l'extase,
Tournant vers Dieu ses yeux par le sommeil noyés ;
Le cèdre ne sent pas une rose à sa base,
Et lui ne sentait pas une femme à ses pieds.

Pendant qu'il sommeillait, Ruth, une moabite,
S'était couchée aux pieds de Booz, le sein nu,
Espérant on ne sait quel rayon inconnu,
Quand viendrait du réveil la lumière subite.

Booz ne savait point qu'une femme était là,
Et Ruth ne savait point ce que Dieu voulait d'elle.
Un frais parfum sortait des touffes d'asphodèle ;
Les souffles de la nuit flottaient sur Galgala.

L'ombre était nuptiale, auguste et solennelle ;
Les anges y volaient sans doute obscurément,
Car on voyait passer dans la nuit, par moment,
Quelque chose de bleu qui paraissait une aile.

La respiration de Booz qui dormait
Se mêlait au bruit sourd des ruisseaux sur la mousse.
On était dans le mois où la nature est douce,
Les collines ayant des lys sur leur sommet.

Ruth songeait et Booz dormait ; l'herbe était noire ;
Les grelots des troupeaux palpitaient vaguement ;
Une immense bonté tombait du firmament ;
C'était l'heure tranquille où les lions vont boire.

Tout reposait dans Ur et dans Jérimadeth ;
Les astres émaillaient le ciel profond et sombre ;
Le croissant fin et clair parmi ces fleurs de l'ombre
Brillait à l'occident, et Ruth se demandait,

Immobile, ouvrant l'oeil à moitié sous ses voiles,
Quel dieu, quel moissonneur de l'éternel été,
Avait, en s'en allant, négligemment jeté
Cette faucille d'or dans le champ des étoiles.



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Message par Pieyre le Sam 25 Mai 2013 - 8:40

    Le ciel est par‑dessus le toit,
          Si bleu, si calme !
    Un arbre, par‑dessus le toit,
          Berce sa palme.

    La cloche, dans le ciel qu'on voit,
          Doucement tinte.
    Un oiseau sur l'arbre qu'on voit
          Chante sa plainte.

    Mon Dieu, mon Dieu, la vie est là,
          Simple et tranquille.
    Cette paisible rumeur‑là
          Vient de la ville.

    Qu'as‑tu fait, ô toi que voilà
          Pleurant sans cesse,
    Dis, qu'as‑tu fait, toi que voilà,
          De ta jeunesse ?

    — Verlaine, Sagesse, III, VI (écrit en prison)

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Message par dessein le Sam 25 Mai 2013 - 11:42

"

J'ai mis mon képi dans la cage

Et je suis sorti avec l'oiseau sur la tête

Alors

On ne salue plus

A demandé le commandant

Non

On ne salue plus

A répondu l'oiseau

Ah bon

Excusez-moi je croyais qu'on saluait

A dit le commandant

Vous êtes tout excusé tout le monde peut se tromper

A dit l'oiseau

"


Quartier libre
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Message par Olifaxe le Sam 1 Juin 2013 - 21:39

Les passantes, d'Antoine Pol, mis en musique par Brassens.



L'éloge de la fatigue, de R. Lamoureux.



La Mort et le Mourant, de Jean de la Fontaine

La Mort ne surprend point le sage ;
Il est toujours prêt à partir,
S'étant su lui-même avertir
Du temps où l'on se doit résoudre à ce passage.
Ce temps, hélas ! embrasse tous les temps :
Qu'on le partage en jours, en heures, en moments,
Il n'en est point qu'il ne comprenne
Dans le fatal tribut ; tous sont de son domaine ;
Et le premier instant où les enfants des rois
Ouvrent les yeux à la lumière,
Est celui qui vient quelquefois
Fermer pour toujours leur paupière.
Défendez-vous par la grandeur,
Alléguez la beauté, la vertu, la jeunesse,
La mort ravit tout sans pudeur
Un jour le monde entier accroîtra sa richesse.
Il n'est rien de moins ignoré,
Et puisqu'il faut que je le die,
Rien où l'on soit moins préparé.
Un mourant qui comptait plus de cent ans de vie,
Se plaignait à la Mort que précipitamment
Elle le contraignait de partir tout à l'heure,
Sans qu'il eût fait son testament,
Sans l'avertir au moins. Est-il juste qu'on meure
Au pied levé ? dit-il : attendez quelque peu.
Ma femme ne veut pas que je parte sans elle ;
Il me reste à pourvoir un arrière-neveu ;
Souffrez qu'à mon logis j'ajoute encore une aile.
Que vous êtes pressante, ô Déesse cruelle !
- Vieillard, lui dit la mort, je ne t'ai point surpris ;
Tu te plains sans raison de mon impatience.
Eh n'as-tu pas cent ans ? trouve-moi dans Paris
Deux mortels aussi vieux, trouve-m'en dix en France.
Je devais, ce dis-tu, te donner quelque avis
Qui te disposât à la chose :
J'aurais trouvé ton testament tout fait,
Ton petit-fils pourvu, ton bâtiment parfait ;
Ne te donna-t-on pas des avis quand la cause
Du marcher et du mouvement,
Quand les esprits, le sentiment,
Quand tout faillit en toi ? Plus de goût, plus d'ouïe :
Toute chose pour toi semble être évanouie :
Pour toi l'astre du jour prend des soins superflus :
Tu regrettes des biens qui ne te touchent plus
Je t'ai fait voir tes camarades,
Ou morts, ou mourants, ou malades.
Qu'est-ce que tout cela, qu'un avertissement ?
Allons, vieillard, et sans réplique.
Il n'importe à la république
Que tu fasses ton testament.
La mort avait raison. Je voudrais qu'à cet âge
On sortît de la vie ainsi que d'un banquet,
Remerciant son hôte, et qu'on fit son paquet ;
Car de combien peut-on retarder le voyage ?
Tu murmures, vieillard ; vois ces jeunes mourir,
Vois-les marcher, vois-les courir
A des morts, il est vrai, glorieuses et belles,
Mais sûres cependant, et quelquefois cruelles.
J'ai beau te le crier ; mon zèle est indiscret :
Le plus semblable aux morts meurt le plus à regret.


Le Voyage de Baudelaire. Dit içi par Luchini

https://www.dailymotion.com/video/x489cw_par-coeur-luchini-part-1-5_news&start=164

Tant et tant d'autre, mais je commence déjà à vous saouler.
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Message par j0hn le Sam 22 Juin 2013 - 18:48

Ceux qui….

Celui qui sourit garde son calme dans l'angoisse et dont la voix ne tremble pas pour que cet autre ne pleure pas et ne cède pas à la détresse.

Celui qui au tard de la nuit dangereuse laisse la clef sur la porte afin que celui qui s'est attardé trouve la maison ouverte.

Celui qui avec un soin extrême et beaucoup de temps peint de lapis et saupoudre de grains d'or l'intérieur d'un placard qu'on n'ouvrira jamais.

Pierre Bonnard qu'un gardien surprend dans un musée en train de retoucher la minuscule tache de vert d'une feuille d'arbre d'un tableau de sa jeunesse.

Celui qui triche aux cartes et s'applique à perdre à la perfection afin que le petit garçon croie qu'il a gagné seul et rie aux éclats.

Graham Greene qui donnait de l'argent à un producteur de cinéma en lui demandant de faire semblant d'acheter les droits du roman d'un écrivain pauvre et malade.

Celui qui ment si bien à l'homme qui va mourir que celui-ci reprend espoir et meurt sans s'en apercevoir.

Celui qui dit si bien la vérité à l'homme qui va mourir que celui-ci s'en va les yeux ouverts et réconcilié.

(Hôpital Marie Lannelongue, 7 juin 1983)

Claude Roy, A la lisière du temps, suivi de Le voyage d'automne, préface d'Octavio Paz, Poésie/Gallimard 1990 (n°239). p. 112
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