Quelques textes

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Message par Gashadokuro le Dim 7 Juil 2019 - 12:08

J'ai mis quelques textes dans mon profil de présentation, je les rapatrie ici pour plus de "clarté". Pour ceux qui me "suivent", rien de neuf pour l'instant donc.

Sinon, je suis sur un projet de roman en cours. Une histoire de vampires. Si certains souhaitent m'aider, en lisant et me faisant un retour, n'hésitez pas à me lâcher un MP ou un commentaire ici. Je suis prêt à rendre le service sur vos projets à vous.

Bisou. Merci. Bisou.
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Message par Gashadokuro le Dim 7 Juil 2019 - 12:11

La tempête

Message par K***fisher le Sam 4 Mai 2019 - 11:13

Le calme. Une bulle de calme. De silence. De sérénité. Tout autour, la tempête gronde. Elle crie, hurle, vocifère, puissant bruit blanc assené sur un rythme prestissimo. Mais je m'en fiche.
Je me tiens face à toi.
J'ignore le tourment du monde extérieur. Il a beau s'agiter, danser, invectiver. Fulminer contre moi. Plus il requiert mon attention, plus sa présence m'indiffère.
Je me tiens debout face à toi.
Les vents s'entrecroisent en rugissant, portant de ci des planches, des gravats, de là des trombes d'eau. Des poissons que rien n'avait prédestiné à voler me jettent un bref regard aussi désespéré qu'ahuri avant de se faire aspirer par l'horizon. Je n'en ai que faire.
Je me tiens debout, immobile, face à toi.
Ce terrible et insatiable syphon d'air se rapproche irrémédiablement. Sûr de sa rage, fier de sa colère. Le cyclone nous observe de son œil prédateur. Hésitant à nous dévorer d'un simple battement de cils. Ou à prolonger encore, par délice, cet improbable spectacle. Je m'en fous royalement.
Je me tiens debout, immobile, serein, face à toi.
La lumière vacille, prise entre ce fracas formidable et cette incongrue tranquillité. Si je tendais un bras derrière moi, il me serait aussitôt arraché, emporté, dévoré, réduit en charpie. Si je faisais juste un pas en arrière, mon corps tout entier s'envolerait, tiré et écartelé par des chevaux éthérés au courroux aveugle.
Je n'en ai que faire. Le répéter dans mon esprit m'agace, et c'est cet agacement-même qui semble avoir instauré cette zone de sérénité au milieu de la furie des éléments.
Je me tiens debout, immobile, serein, nu, face à toi.
J'ai marché, marché encore, pendant un temps indicible. Ignorant les conseils du Vieux Sage qui disait : "Tu as besoin de l'autre pour vivre. Mais, seul tu vis, seul tu meurs, seul tu souffres et aimes." J'entendais ses paroles tourner en boucle, sans les écouter. Pour moi, ce n'était ni la longueur, ni la couleur d'une barbe qui faisait la qualité du précepte énoncé. Alors j'errais, de bon gré. Je cherchais. Me rapprochait d'une ombre, pour n'y trouver que le froid d'un spectre. Papillonnait vers une lumière qui n'était que l'écho d'une illusion. Pérégrinais sous un ciel invariablement crépusculaire, sans soleil, sans étoile.
Le vent se leva alors que je distinguai ta silhouette au loin. Plus j'avançais, plus il prit en vigueur.
Maintenant je suis là. Debout, immobile, serein, nu, face à toi. La peau transparente, les cicatrices à vif, le coeur en sourire, fleur ouverte à la promesse d'une aube printanière.
Ce Vieux Sage n'était en fait qu'un Fou. Un Irascible Ouragan.
Toi, mon alter ego. Mon autre moi. Ton autre toi. Tellement identique, ô combien différent. Les mêmes larmes séchées sur nos parcours. Les mêmes espérances éclairées au feu vif de nos iris. Je voudrais te toucher, et rester pudiquement à l'écart. Te raconter ma vie, accueillir la tienne, mélanger nos mots sur la palette du silence. Ne pas approcher trop près, ne pas t'embrasser. Car ce n'est pas l'amour qui a croisé nos chemins. Quelque chose de plus profond. Sacré. Divin. J'essaie de sourire, si mes zygomatiques n'ont pas oublié comment faire. J'essaie de tendre mon bras vers toi pour te donner la main.
Mais tu restes impassible. Ne bouges pas. Le visage figé dans le dédain. Son immobilité change, se fait miroir, reprend les errements de mon front, de mes joues, les approximations de mes yeux, mon menton, mon nez. Trait pour trait.
Je blêmis.
J'ai compris.
Tu n'es pas.
Tout autour, la tempête gronde. Hystérique. Impatiente. Telle une pieuvre guettant l'instant juste pour saisir sa proie. Tu te penches en avant, jaillis, me pousse avec force. Je bascule.
La tempête gronde.
Je pourrais peut-être me rattraper, poser un pied pour retrouver l'équilibre, arrêter ma chute.
Mais. À quoi bon ?
Tu n'es pas.
Je tombe en arrière.
La tempête gronde.
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Message par Gashadokuro le Dim 7 Juil 2019 - 12:12

Fiat Lux, partie 1

Message par K***fisher le Mer 15 Mai 2019 - 21:23

Dan pénétra dans la cuisine via la porte-fenêtre de la terrasse. Il se tint immobile un instant, ayant déjà égaré en route l'idée qui l'avait amené jusqu'ici. Son regard se perdit dans les limbes. La naïveté de l'univers tout entier se lisait sur les traits béats de son visage, dessinait la courbe du contour de ses yeux bruns. Il porta son attention sur la porte du frigo. Des lettres magnétiques aux couleurs vives, collectées dans des boîtes de céréales, formaient l'expression « fiat lux » dans un alignement parfait. Ces mots ne provoquèrent aucun déclic sur sa réflexion. Soudain, une tornade blanche de poils et de bave s'engouffra dans la pièce, grondant, tournoyant autour de lui. Elle s'immobilisa enfin à ses pieds, la langue en avant, un air malicieusement quémandeur suspendu aux babines.
« Pupuce ! Mon Pupuce ! »
Il se pencha sur le chien, lui tira gentiment les bajoues et lui gratta la tête, du sommet du crâne à la base du cou. Ce dernier lui répondit d'un bref et joyeux jappement, tout en secouant la queue.
« C'est le bon toutou à son Danounet, ça ! C'est le bon toutou à son Danounet ! »
Puis il se releva, saisit une gamelle pour la remplir d'eau à l'évier du plan de travail, et la déposa fièrement devant lui. L'animal, ignorant totalement l'ustensile en métal, posa sa tête sur ses pattes avant. Il troqua les mouvements de son appendice caudal pour un immobilisme assorti d'une mine déconfite. Dan s'accroupit, pour tenter de mieux lire dans l'esprit de l'animal. Ce dernier laissa échapper de faibles couinements. La scène dura plusieurs dizaines de secondes. L'intelligence de ces deux êtres face à face se heurtait à l'absence de moyen de communication réciproque.
Dan se releva soudainement, aussi vite que l'idée avait mit longtemps pour lui parvenir. Il s'approcha du frigo. Son chien releva la tête, autant par curiosité que par espoir.
« Toi mon coquinou, je sais ce que tu veux ! »
La porte s'ouvrit sur une abondance de victuailles. Légumes frais, produits laitiers en tous genres, douceurs sucrées, mais aussi quelques boîtes de conserves entamées. L'Homme chercha le pâté pour chiens du regard. Il se trouvait à côté d'une autre boîte, leurs deux emballages se ressemblant vaguement sur des nuances de violet. Du foie gras de canard aux truffes et à la gelée de confit d'oignons. Pris par l'élan de son enthousiasme, porté par les jappements du trépignant « Pupuce », Dan prit le foie gras pour le déverser dans l'autre gamelle. Il ne se rendit compte de son erreur qu'au moment où il observa machinalement la boîte vide avant de la jeter au tri sélectif. Il se tourna vers le canidé. Ce dernier ne s'était pas fait prier pour commencer un festin encore plus délicieux qu'à l'accoutumée. Conscient qu'il était trop tard pour faire quoi que ce soit, Dan posa la conserve dans le bac de tri, puis haussa les épaules avant de quitter la pièce.
Une fois dehors, il porta son regard sur Eva. Cette dernière était assise sur la table de la terrasse face à Ralph, devant le jeu d'échecs. Ses longs cheveux châtains tombaient en bataille sur ses épaules jusqu'au milieu du dos et aux courbures de sa gorge. Elle était nue, tout comme lui. Au contraire de Ralph, Mitch, Gabi, et les autres, qui portaient des toges blanches. On lui avait expliqué la raison de cette différence il y a un certain temps déjà. Trop compliquée et sans grand intérêt pour lui. Elle lui adressa un bref sourire, auquel il répondit benoîtement. Il savait qu'elle le gronderait sûrement après avoir remarqué la boîte de foie gras vide dans le bac de tri. Il préféra occulter cette pensée et retourna à son occupation favorite : l'escalade. Un majestueux chêne situé au levant du Jardin avait retenu son attention.
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Message par Gashadokuro le Dim 7 Juil 2019 - 12:13

Fiat Lux, partie 2

Pendant ce temps, IL sortit de la salle de bain et Se dirigea vers la cuisine. Les Traits de Son Visage posaient au monde entier les galons d'une géométrie parfaite, sacrée, tandis que les pupilles de Ses Yeux s'ouvraient sur deux galaxies aux reflets de gaz stellaire turquoise. Ses Cheveux et Sa Barbe, arabesques de nuages aux filaments gris tressés d'or, enveloppaient Sa Tête d'un mystère indicible. De Sa Robe au blanc immaculé, émanait une lumière pure, franche, mais également douce et paisible. IL avait créé ce monde-là en une poignée de jours seulement. Ce n'était pas Sa Création la plus parfaite, mais IL S'était amusé à glisser quelques gouttes d'Incertitude dans l'argile primordial. Depuis lors, IL S'y était installé, attendant patiemment de voir comment cela évoluerait. Sa principale occupation était devenu le jardinage. Cependant, pour inventer de nouvelles plantes, dessiner des fleurs originales, ou obtenir de nouveaux légumes, IL ne Se servait plus du Verbe, le Verbe expression de Sa Volonté, la Volonté faite Œuvre. Mais de Ses Mains, d'outils en bois et en fer, de gestes, d'efforts, de transpiration, de temps. Aussi paradoxal que cela puisse paraître, cette transposition dans le paradigme espace-temps LUI apportait de la détente, de la sérénité. Ce qu'IL aimait par dessus tout, après une séance au Jardin, était de Se laisser aller à une bonne douche, puis de Se poser dans Son Fauteuil avec des tartines de pain grillé.
IL ouvrit la porte de la cuisine, se trouva nez-à-truffe avec le chien, penaud devant une gamelle vide. Eva l'avait baptisé Pulsar car, tout petit, il aimait tourner très vite sur lui-même ou courir de partout avec énergie. IL lui adressa un regard d'Amour, de Bienveillance, avant de découper une épaisse tranche de pain semi-complet qu'il glissa dans le grille-pain. Puis IL ouvrit la porte du frigo. IL chercha une première fois, une seconde, une troisième, en vain. La boîte de foie gras, SA boîte de foie gras avait disparu. IL dévisagea Pulsar, qui LUI rendit un couinement interrogatif. De l'haleine habituellement chargée du canidé, se dégageait en plus une légère, discrète note de truffe. IL comprit. A cet instant précis, le grille-pain recracha une tranche presque carbonisée. IL soupira, tendit la Main vers l'appareil pour distordre le temps et revenir à une cuisson parfaite, avant de Se raviser. Cela ne servirait à rien, car il n'y avait plus de charcuterie à tartiner. Et IL avait de toutes façons fait le Choix d'accepter ce Monde avec son Incertitude ; ce n'était pas pour le changer à chaque événement déplaisant.
IL prit le pain trop grillé pour le lancer à Pulsar, qui l'attrapa au vol avec sa gueule avant de s'enfuir sans demander son reste. Puis IL Se dirigea vers le garage et monta à bord du Pegasus. A cette heure-lumière ci, le périphérique stellaire devait sûrement être surchargé, congestionné par l'Incertitude, mais ce ne serait pas de simples amas de super-novas ou des sursauts gamma qui L'empêcheraient, LUI, de céder à Son Péché Mignon. Le véhicule gronda, toussa au démarrage, pour finalement s'envoler, suivi par une traînée de photons et de neutrinos.
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Message par Gashadokuro le Dim 7 Juil 2019 - 12:13

Fiat Lux, partie 3

Gabi rejoint Eva et Ralph sur la terrasse. La partie d'échecs tournait clairement au désavantage de son frère de Lumière. Cette « Femme » avait quelque chose de résolument spécial. Lorsque son tour venait, elle déplaçait une pièce avec un désarmant faux-semblant d'innocence. Puis elle prenait un malin plaisir à dévisager son adversaire. Ses traits fermés, ses lèvres fixes cachaient mal une jubilation intérieure, calculatrice, implacable.
Ralph, de son côté, se voyait perdre le fil de ses pensées, qui s'étiolaient en autant de tiges, de pétales, de pistils d'Incertitude. Son adversaire récupéra une coupole de noisettes dont elle se mit à briser les coquilles sans discrétion aucune, avant de les croquer tout aussi bruyamment. Il resta immobile, ne sachant plus que faire, n'envisageant même pas la possibilité d'abandonner. Gabi observa le plateau avec attention. Il se mit à parler à Ralph en Langage Subtil, pour qu'Eva ne l'entende pas.
« Ta tour ! Garde ta tour ! »
Ce dernier réagit enfin, la mettant hors de portée d'un cavalier menaçant.
D'autres êtres de Lumières, des petits chérubins, surgirent, tournoyant autour d'Eva.
« Noble Femme ! Noble Femme !
_ Quoi, que ce passe-t-il ? Rétorqua-t-elle sèchement.
_ C'est votre compagnon Dan ! Il est en train d'escalader un chêne !
_ Un énorme chêne, dont la cime tutoie les Cieux !
_ Il est en train d'escalader un chêne, et il est déjà monté très haut !
(tous à l'unisson) Il va sûrement tomber !
_ Et bien tant pis pour lui ! »
Elle fit mine de les chasser de la main, ses doigts passant à travers des corps éthériques.
« La dernière fois qu'il est tombé, il a dû passer plusieurs lunes alité, à dormir du même côté et manger de la soupe. Si cela ne lui a pas servi de leçon, il comprendra peut-être ce coup-ci. »
Puis elle s'empara de la Reine adverse avec son fou blanc, avant de saisir une autre noisette. Ralph poussa un soupir de lassitude, émergea de sa brume mentale, coucha son roi en signe de défaite. Eva se leva alors de tout son haut, s'étira en respirant profondément, puis s'avança vers le Jardin. Son adversaire l'observa, pris d'un trouble inexplicable. Lui qui aimait l'équilibre, l'égalité, l'harmonie par dessus tout, se trouvait toujours désemparé par l'Incertitude. Or, Eva était l'être qui dégageait le plus d'Incertitude de tout ce Monde. Gabi s'approcha de lui.
« Je ressens ton trouble. Je le comprends et le partage. Mais il y a plus urgent. Mitch vient de rentrer de sa mission. »
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Message par Gashadokuro le Dim 7 Juil 2019 - 12:13

Fiat Lux, partie 4

Dan observait ses pieds, ses bras, ses paumes couverts d'égratignures, mais également de la sève poisseuse de l'arbre. Ce n'était pas bien grave. Le « truc qui colle » partirait avec une bonne douche. Quant aux blessures, elles finissaient toujours par guérir. Son regard se leva sur la forêt, bordée du Jardin, puis sur les montagnes lointaines, et l'horizon. Cette fois, il n'était pas allé très haut. Le plus souvent, Dan montait autant qu'il pouvait. Ou alors, lorsqu'il se baladait, il marchait aussi loin qu'il pouvait dans la forêt. Il ne s'expliquait pas son envie, cette envie d'aller plus loin, plus haut, au delà de ce qu'il connaissait. Gabi appelait ça « son Incertitude ». Gabi aimait bien employer des mots compliqués.
En commençant à grimper sur l'arbre, Dan ressentait exactement cela. Mais en chemin, il repensa à la boîte de terrine. A Eva, qui allait sûrement le gronder. Et à LUI, qui dans ces moments fait toujours les Gros Yeux qui font peur et la Voix du Tonnerre. Gabi disait après ça que « punir, c'est aimer ». Gabi était capable de dire des choses compliquées même avec des mots simples. Dan pensait à sa punition à venir, et ça lui faisait comme une impression bizarre dans le ventre. Alors il arrêta de vouloir monter à tout prix. Il chercha une branche large, confortable, et surtout bien orientée pour voir le coucher de soleil. Des esprits sylvestres, sortis de trous ou de leurs maisons de feuilles, l'entouraient et l'observaient attentivement, avec leurs corps tous petits, et leurs grosses têtes bien rondes. Le disque solaire se rapprochait peu-à-peu des montagnes au loin. Plus il descendait, plus ces drôles d'esprits se faisaient nombreux. C'était des « êtres éthériques », comme disait Gabi. Ça voulait dire qu'on ne pouvait pas les toucher. Ils ne devaient pas se faire mal s'ils tombaient de l'arbre, eux.
Dan entendit Pupuce japper. Le chien fit le tour du chêne plusieurs fois en couinant, chercha à grimper sans pouvoir planter ses griffes dans l'écorce. Il finit par se poser au pied des racines traçantes. L'obscurité commença à dresser son voile sur l'horizon. Un point lumineux apparut au loin, grandit, approcha de plus en plus. Dan reconnut le Pegasus sur le chemin du retour. Pupuce leva la tête, se mit à hurler, puis détala en direction de la maison.
Le silence revint s'installer autour de Dan. Les ombres s'étendaient jusqu'à la forêt. Il ressentait encore ce truc bizarre au ventre, mais regarder le coucher du soleil lui faisait du bien. Soudain, un esprit de l'arbre tomba à côté de lui. Il tendit le bras par réflexe pour tenter de le rattraper, bascula, chu à son tour.

Puis ce fut le noir, comme quand il dormait.

Puis il se réveilla. Il se mit péniblement debout. Dan avait mal un peu partout, mais il pouvait marcher, en clopinant de la jambe droite. La nuit n'était pas encore totalement là. Une aura rougeâtre persistait encore à éclairer le coin du ciel où le soleil avait disparu. Après quelques pas, il entendit des voix au loin. C'était peut-être Eva ? Quand il partait en balade, très loin, elle le retrouvait toujours. Des fois, il n'avait pas le temps de rentrer avant la nuit noire, alors il dormait là où il se trouvait, dans l'herbe, sur de la mousse ou un tas de feuilles. Et à son réveil, elle était là, juste contre lui. Elle le regardait avec des yeux bizarres, mais bizarres de gentillesse, sans rien dire. Il continua d'avancer. C'était deux voix différentes, aucune ne ressemblait à celle d'Eva. Deux voix qu'il connaissait. Il arriva à l'orée d'une clairière, juste à la limite de Son Jardin. Il reconnu alors ceux qui parlaient. C'était Sam, un être de Lumière comme Gabi, Mitch et Ralph, qu'il n'avait pas vu depuis longtemps, en compagnie de Serpent, le seul animal de la forêt capable de parler.
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Message par Gashadokuro le Dim 7 Juil 2019 - 12:14

Fiat Lux, partie 5

Ralph et Gabi trouvèrent Mitch dans la cuisine, affalé sur une chaise devant un verre d'eau.
Gabi s'assit face à lui.
« Comment vas-tu ?
_ Ça va... »
Ralph se posa à son tour, les yeux rivés sur le verre.
« Tu es sûr ? Nous n'avons aucunement besoin de nourriture terrestre. Seule Sa Lumière nous suffit.
_ Je ne vais pas vous mentir. Ça n'a pas été facile. Mais c'est mon devoir d'exaucer Sa Volonté. Notre devoir. - Mitch tendit le bras, prit une gorgée d'eau- Je ne sais pas ce qu'il va advenir maintenant, mais cela ne nous appartient pas. »
Gabi se parla à lui-même.
« L'incertitude... »
Mitch prit un coffret rectangulaire posé contre sa chaise, et le mit sur la table devant Ralph. Ce dernier l'ouvrit. A l'intérieur se trouvait une épée dont le fil était constitué de flammes rouges et de jets d'énergie dansant en rythme. Un œil grand ouvert sculpté au centre d'une croix noire en ornait la garde. Du velours capitonné d'ombres et d'anti-matière recouvrait l'intérieur du coffret. Mitch s'adressa à lui.
« Je te laisse la ranger. J'espère ne plus jamais avoir à m'en servir. »
A ce moment, le Pegasus se posa près de la terrasse sous les jappements de Pulsar.
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Message par Gashadokuro le Dim 7 Juil 2019 - 12:14

Fiat Lux, partie 6

Sam portait une tenue insolite. Une drôle de veste noire arborant des symboles inconnus, un pantalon et des chaussures tout aussi sombres. Dan n'avait jamais vu de chaussures. L'être lumineux se tenait sur un engin plus bizarre encore, une espèce de machine en métal, avec deux roues placées l'une devant l'autre. Mais le plus étrange, et dérangeant, était ce que Sam lui racontait. Dan réagit violemment.
« Je ne te crois pas ! Je ne te crois pas ! Tu ne dis que des bêtises ! Je sais que tu as fait quelque chose de grave, que c'est pour ça que tu es parti ! Quelque chose de plus grave que de tomber des arbres !
_ Tu ne me crois pas ? »
La réponse de Sam était calme, contenue. Il descendit de son char à deux roues. Se tourna. Ouvrit sa veste noire. La fit basculer sur ses avant-bras, découvrant un dos nu, au milieu duquel se trouvaient deux profondes cicatrices rouges parallèles. Puis il se rhabilla.
« Tu sais très bien ce que Gabi, Mitch et Ralph ont à cet endroit. »
Dan secoua la tête, incrédule.
« Tu les as déjà vus étendre leurs ailes, leurs jolies ailes éthérées de lumière, pour voler. »
L'Humain se mit à genoux, se prit la tête des deux mains.
« Tu sais que je pouvais faire la même chose. Maintenant, je ne peux plus. Et je te dis que c'est Mitch qui est venu me couper mes ailes. »
Serpent profita de la conversation pour se rapprocher subrepticement.
« Et Mitch a fait cela car IL lui en a donné l'Ordre.
_ C'est pas possible ! IL est Bon, IL est Amour ! Il prend toujours soin de nous ! Et toi, qu'est ce que tu as fait pour être puni comme ça, loin de la maison ?
Serpent grimpa sur Dan, l'enlaça avec ses pattes couvertes d'écailles, murmura à son oreille gauche.
« SS'est le fruit ! Le ssplendide, le délissieux fruit ! »
Sam renchérit, un sourire au coin des lèvres.
« J'ai voulu vous parler du fruit, à Eva et à toi, mais ça ne LUI a pas plu. Tu comprends, il veut le garder pour LUI.
_ Le ssublime, l'exssquis, le ssenssassionnel fruit !
_ Je ne comprends rien, rien du tout, s'énerva Dan, de quel fruit parlez-vous ?!
Sam éprouva de l'agacement, mais ne laissa rien paraître. Il se rapprocha de l'Arbre situé à l'extrémité du Jardin. L'Arbre Interdit. Dan se releva, les larmes aux yeux, Serpent fermement arrimé à son corps. L'obscurité ambiante s'épaississait. Cela accentuait la lumière qui émanait de ses fruits dorés, joufflus, dodus, semblant mûrs à point. L'homme protesta.
« Mais ce fruit ne se mange pas ! Il sert juste à faire joli ! Si on en mange, on s'endort et rien ne peut nous réveiller ! Il ne faut surtout pas le toucher ! C'est LUI qui nous l'a dit !
_ Ah bon ? »
Sam tendit la main, cueillit un fruit qu'il porta à sa bouche, le mordit à pleines dents. Puis il s'approcha de Dan, posa un autre fruit, entier, à ses pieds.
« Hum ! C'est délicieux ! C'est le meilleur de tout le verger. »
_ Sson goût est irréssisstible ! En pluss, il guérit de toutes les blesssures tout de ssuite !
_ IL voulait le garder rien que pour LUI.
_ Ssède à ssa ssaveur ssubtile ! »
Sam dévora le reste de son fruit. Puis il fit à Serpent un clin d’œil complice, avant de monter sur son engin et quitter la clairière. Ce dernier affermit son emprise.
« Tu te ssentiras bien ! Ssuper bien ! Hum, ssent ssette odeur ssuave, ssa ssent trop bon !
Dan observa la forme lumineuse, couleur or, à ses pieds. Il avait faim. Il n'avait rien mangé depuis midi. Il avait mal. Sa jambe, son bras, son dos le lançaient. Il repensa aux longues journées passées au lit sans pouvoir marcher. Il imagina au nombre de jours qu'il lui faudrait pour remarcher normalement et ne plus ressentir de douleur. Il se pencha.
« Ssède à la tentassion !
_ Dan, non, ne fais pas ça !
Ce cri venait d'Eva. Elle arrivait juste depuis le Jardin. Comprenant ce qui se tramait au premier coup d’œil, elle se précipita.
« Dan !
_Ssède ! Ssuper bon ! »
Il ne la vit pas. Ne l'entendit pas. Obnubilé qu'il était par l'étrange lueur, enivré par l'odeur à la fois complexe et douce, aveuglé par la faim étreignant son ventre. Déchiré par la douleur de ses membres. Il ramassa le fruit, le porta à sa bouche.
« Non Dan ! Je t'en prie ! »
Elle se jeta sur lui. Serpent s'esquiva juste avant qu'ils ne soient en contact. Lorsqu'ils se relevèrent, Dan avait du jus doré aux commissures des lèvres. Il se mit à genoux, pleurant toutes les larmes de son corps.

« QUE SE PASSE-T-IL ICI ? »

Ses Mots sortaient de Sa Bouche, mais Ils semblaient tonner de toute part, comme si le plus formidable orage dévalait du plus haut des montagnes, résonnant et recouvrant de tonnerre la vallée, la forêt, le Jardin, et tout le Monde connu.
Ses Yeux se firent Fureur. Ses Cheveux se dressèrent sur Sa Tête. Son ombre, mélange d'obscurité et de lumière, grandit, recouvrit la clairière entière dans ses moindres recoins. Derrière lui se tenaient Gabi, Ralph et Mitch, ce dernier gardant Serpent prisonnier dans ses mains.
Eva réfléchit, aussi vite qu'elle put, tout en soutenant Son Regard. Puis elle se baissa. Ramassa le fruit en partie déchiqueté. Se présenta devant LUI.
« Tout est de ma faute, pardonnez-moi. »
IL ne la lâcha pas du regard. Son Courroux explosa.
« TU LUI AS FAIT MANGER CE FRUIT ? CELUI-LA MÊME QUE JE VOUS AI INTERDIT DE TOUCHER ?
_ Je l'ai mordu en premier. Puis je lui l'ai fait goûter. Il n'avait rien demandé. »
Et comme pour mieux affirmer ses dires, elle le porta à sa bouche, le déchira avec ses propres dents.
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Message par Gashadokuro le Dim 7 Juil 2019 - 12:15

L'autre rive

Disclaimer : texte difficile, à éviter pour les âmes sensibles métaphysiquement. Et non, je ne me drogue pas.

par K***fisher le Sam 18 Mai 2019 - 0:31

- Est-ce que tu le vois ?
Il ne bouge pas la mâchoire. Sa langue reste également immobile. Pourtant, je l'entends parler distinctement. Oui, je vois. Je distingue enfin ce qu'il veut dire. Des immeubles penchés dans une inclinaison quasiment imperceptible. Quelques panneaux en dehors de leurs axes. Des lampadaires ayant oublié où pointait le zénith. Les routes elles-mêmes tanguent, dans une marée silencieuse. Certains espaces verts résistent, mais les bordures artificielles bougent, au ralenti, comme des cohortes de lourdes fourmis en pierre. Oui, je le vois. Ce monde est en train de s'effondrer.
- Il est déjà en ruine. Ce que tu peux observer n'est qu'un écho persistant.
Je me tourne vers lui, sans faire un mouvement. Est-ce un esprit ? Un guide ? Un animal totem ? Ce renard au poil d'or m'accompagne, depuis de nombreuses années déjà. Le pelage de son ventre a tourné au gris, mais le haut de sa tête, son dos, l'extérieur de ses pattes brillent encore, tels les rayons de soleil d'un après-midi automnal. Il fixe toujours devant lui. Nous n'avons plus besoin de nous regarder pour nous comprendre. Je déglutis.
- Le moment est venu ?
- Toi seul le sais.
Je me trouve assis en tailleur, sur un banc. Il se tient sur ses pattes arrières, les pattes avant en appui, deux ou trois mètres derrière moi. Un peu décalé à ma droite. Nous sommes pourtant à côté, au même niveau. Entre deux êtres apprivoisés, les lois de la physique, comme celles de la perspective, n'ont plus lieu d'être. Elles deviennent même embarrassantes. Je me penche à gauche. Mon cahier à spirale se trouve ouvert sur le visage d'une femme, esquissée en lignes de carbone. Beauté japonaise, valkyrie blonde, aux tâches de rousseur celtes, lèvres trop pulpeuses pour ne pas venir du cœur de l'Afrique. Le croquis hésite. Au fond, maintenant, quelle importance ? Elle semble ignorer superbement celui qui l'observerait, appuie son dédain d'un sourire aussi discret, fin et léger que cruel.
- Tu l'aimes encore, hein ?
Au fond, maintenant, quelle importance ? Je tourne la tête. Des humains errent au milieu de ce vacarme silencieux. Un grand vide gris remplace leurs yeux, leur nez, leur bouche. Ils portent tous un écran à la main gauche, qui regarde à leur place, pense à leur place, décide à leur place. Certains marchent sur les murs, au défi de la gravité. D'autres passent à travers les murs. Leurs trajectoires se percutent et s'évitent, dans un ballet improbable. Et écervelé. Au milieu d'une pelouse, quelqu'un avait dressé un cairn. Mais les pierres parfaitement entassées en ordre décroissant suivent maintenant une ligne parabolique. Même le sacré n'y croit plus. Il s'effondre aussi, mais résiste, un peu ; il a peut-être juste choisi un tempo un peu plus lent.

Au fond, maintenant, quelle importance ?

Je me lève en même temps que l'animal, sans que l'on ne se soit concertés. Nous échangeons un regard. Puis il se retourne, prend le chemin de la forêt. De mon côté, je remonte la rue la moins penchée. Les animaux ne perdent pas leur temps à dire au revoir. Ils savent que cela ne sert à rien. À part ces chiens stupides, qui doivent reproduire l'humain par un mimétisme improbable. J'arrive bientôt devant une maison encore parfaitement droite. Le portail en fer forgé noir, surmonté de volutes florales, s'ouvre sur une petite cour au chemin en rocaille grise. La bâtisse se pare de murs faits de briques rouges. Elle comporte une petite tour ronde centrale, surmontée d'une flèche en ardoise, et deux ailes latérales. Les fenêtres du rez-de-chaussée arborent des voûtes en style gothique. Celles de l'étage ont la forme de rectangles plus petits, aux cadres en pierre. Sur le côté, au milieu de la pelouse, je remarque des cubes blancs bordés de couleurs, avec des lettres en leur centre.

C A R P E * D I E

Leurs arrêtes semblent se tordre, ou se bomber. Le « M » se trouve face à moi, sur le perron de l'épaisse porte en chêne, peinte de blanc. Je le surmonte, pousse le lourd battant. Puis inspire profondément. Au fond, maintenant, quelle importance ?

Au moment précis où je franchis le seuil, je me retrouve projeté immédiatement sur un ponton en bois. Le couloir aux murs crème, le sol en carrelage fatigué, les frises de feuilles de lierre couleur bordeaux, tout l'intérieur que je distinguais disparaît. Un ciel vide le remplace, qui n'est qu'un silence monochrome, miroir d'une étendue d'eau livide. Le peu de terre que je vois sur les côtés, est constitué d'anthracite. Au bout des planches sur pilotis, un bateau attend, une lanterne posée à la poupe, une silhouette fantomatique vêtue d'un manteau à capuche à la proue. Je me retourne, pour ne distinguer qu'un immense champ de charbon surmonté d'une brume épaisse. Cela me procure une sensation désagréable, comme un aimant qu'on tournerait face à un pôle identique. Je me dirige alors de l'avant. Mon regard se projette au loin, pour tenter de voir s'il y a une autre rive. Mais plus je me concentre, plus un bruit sourd, épais, comme une radiation toxique, semble émaner de l'horizon lui-même. J'abandonne. L'être attend. Je m'en approche précautionneusement. Il se place devant le passage, interdisant l'accès à l'embarcation. Un roulement de tonnerre, ou plutôt le bruit d'un bâtiment qui s'effondrerait, dévale dans mon dos. Je frissonne. J'interpelle le spectre sans visage.
- où va ce bateau ?
Ce dernier hausse les épaules, comme pour dire « tu le sais déjà. » Ou, peut-être, « c'est toi qui décides. » Un autre fracas déchire le silence ambiant. La brume s'épaissit, se rapproche du rivage. Je fais un pas en avant, mais l'autre m'arrête d'un geste bref, faisant claquer la paume de sa main gauche contre mon plexus. A son contact, une sensation de froid cassant, net, lugubre, parcourt mon échine. Un flot de souvenirs mélancoliques, tristes, violents, désagréables, remonte à ma conscience. Puis il me tend la main droite, repliant les doigts, comme pour demander une obole. Sans réfléchir, je tâte mes flancs. Quelque chose de dur se trouve dans la poche de mon pantalon. J'en extrais une pièce d'or. Sur l'avers, se trouve un visage féminin terrifiant dont les cheveux sont autant de serpents vindicatifs. Méduse. Au revers, un homme porte un casque, sans doute Persée et la Kunée. Je la dépose dans la main du spectre, la face de la gorgone visible. Il patiente un instant, comme pour me demander de confirmer mon choix. Puis referme sa poigne et s'écarte. Je prends place sur l'embarcation. Il récupère une vieille chaîne rouillée qui maintenait le canot au ponton, la jette à mes pieds, me rejoint, retrouve sa posture debout sur la proue. Le bateau s'éloigne automatiquement du bord, avant de se tourner pour prendre la direction du lointain, comme tiré par une corde invisible.
Tout autour n'est que vide, silence, décliné sur des nuances de blanc, de noir, de gris. Je sens l'embarcation remuer au gré des vagues, mais aucun bruit de clapotis ne parvient à mes oreilles. L'azimut des lieux me semble incohérent : la rive brumeuse se fait vite avaler par un horizon qui devient uniforme, quelque soit la direction dans laquelle je me tourne. Et toujours ce bruit étrange, si je regarde trop loin. L'autre se tient debout, face à moi, impassible. Je scrute alors cette mer liquoreuse à la turbidité étrange. Je ne peux retenir un cri d'horreur : le fond est constitué d'une mosaïque de visages humains. Jeunes, vieux, femmes, hommes. Bien qu'issus d'ethnies différentes, ils ont tous la peau blanche, les yeux fermés, la bouche cousue de tissus sur lesquels ont été écrits des mots. Seize the day, Aprovecha el día, Nutze den Tag, Carpe diem...

Je me tourne vers le spectre qui demeure la tête cachée sous la capuche de son manteau gris. Qui sont ces personnes ? Que leur est-il arrivé ?

Au fond, maintenant, quelle importance ?

Une pensée aussi improbable qu'évidente nait alors en moi. Ce sont les figures de mes existences passées.
Je me prends à regarder mes propres mains. Elles sont devenues transparentes. La peau translucide, mais également les muscles, les tendons, les os. Je remarque les couleurs de mon corps s'effilocher, comme des pelotes dont on tiendrait l'extrémité depuis la rive où j'ai embarqué. Du rose carmin. Du blanc calcaire. Du rouge musculeux. De l'orange plasmique. Du violet sanguin. S'échappent de moi. Mes vêtements cèdent à leur tour. Seul mon coeur que je distingue maintenant, ne s'effrite pas. Il bat toujours. Au fond, maintenant, quelle importance ?
Je sais ce qui m'attend. L'épreuve de la pesée. La plume de Maat. La somme des péchés, des malheurs, des arrogances. Et si la balance penche du mauvais côté, je serai pour Âmmout un vulgaire repas à consommer sur le champ.

C'est, l'esprit tout à cette effrayante perspective, que j'entends au loin, un léger cri, ou plutôt un chant, comme venu des profondeurs pour déchirer le silence.

Je relève la tête. Le fantôme ôte alors sa capuche. Je blêmis. Ses traits sont les miens. Du haut de son front à l'extrémité de son menton, en passant par mon nez ou mes oreilles. Ce n'est pas un reflet, une illusion, ou un miroir. Mais bien un autre moi.

La mélopée se fait à nouveau entendre, qui vient secouer le mutisme ambiant.

Pendant ce temps, la barque s'enfonce, doucement, alors que les visages se rapprochent de la surface, deviennent la surface. Je tente un pas de côté, mais cela fait tanguer l'embarcation, l'enfonce de plus belle. L'autre moi remet sa capuche, puis croise ses bras, en signe d'attente. Seul son sourire reste visible à la limite du tissu lugubre. Le bateau ralentit, puis s'arrête. Sa coque se fait dévorer par des dizaines de bouches, ayant avalé leurs scellés de tissus, libérées et avides.

Mais l'étrange et douce mélodie résonne, tout en se rapprochant.
Là, dans le ciel, apparaît une créature immense, couleur iroise, qui danse plus qu'elle ne vole, avec une improbable légèreté. Une baleine bleue. Une baleine bleue céleste. Son chant remplit le silence, fait vibrer mon corps qui retrouve un semblant de consistance. Sa présence seule suffit pour que vacille la morbidité de ce monde. Le spectre la regarde. Un hébètement se lit sur ses lèvres. L'animal passe devant nous, pivote dans une trajectoire rieuse, se retourne, puis vient stationner à mon niveau pour me tendre sa nageoire pectorale. Sans réfléchir, je me baisse, jette les chaînes rouillées à la face du fantôme-moi, puis me précipite sur l'appendice recouvert d'une peau à la fois lisse et rugueuse. Ce dernier se précipite, mais trop tard. Le cétacé s'éloigne pour reprendre son ballet divin. Je grimpe sur son dos, m'agrippe au creux de son évent, m'enivre de la hauteur, me saoule au vent d'une liberté retrouvée. Lorsque je tourne la tête en arrière, je vois le bateau se faire engloutir jusqu'à disparaitre totalement. Les visages se distinguent à nouveau de l'eau, s'enfoncent, retournent sous la surface. Nous continuons notre ascension. Le ciel commence à prendre des nuances bleutées. Le corps sous moi tremble dans un vrombissement dont l'intensité va crescendo. Elle chante, encore. Des échos semblent lui répondre de loin. Nous ondulons au gré des vagues éthérées. Les sons se rapprochent, se multiplient, s'entremêlent. Je finis par distinguer ce qui ne sont en fait que d'autres voix, portées par un bourdon grave, quasi souterrain. D'ici, je distingue enfin autre chose qu'un horizon morne. D'autres cétacés virevoltent dans l'air d'une gracile lenteur. Le plus gros d'entre-eux, immense, tel une ville de sang et d'os, flotte à quelques mètres à peine au-dessus des eaux. Alors que nous nous approchons, je l'aperçois, enfin. Incommensurable pieuvre affalée entre ciel et mer. Déchirure exquise des perspectives recouverte de floraisons cadavériques. L'autre rive.
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Message par Gashadokuro le Dim 7 Juil 2019 - 12:17

Ton match Tinder

par K***fisher le Sam 25 Mai 2019 - 10:23

Ton match Tinder t'a laissé en plan. Devant ce coffee shop d'une petite rue des Pentes. Et forcément, ton moral prend la tangente. Pourtant tu sais parfaitement où tu es. Le GPS branché, la web map en poche. Mais tu es à l'ouest. Le regard cloué sur tes pompes, des Kelvin Klein, forcément, parce que l'allure ça ne se négocie pas.
Alors tu repenses à demain. À ton bullshit job qui t'attend. Ce prédateur, tapis dans l'ombre, toujours prêt à t'engloutir avec ses canines disruptives et sa langue de process up to date. À ton putain de boss, son haleine Coldgate Frimdent, qui ne sait que te japper dessus, comme un Yorkshire condescendant, avant de te refiler une autre corvée barbante à en mourir, à rendre pour avant-hier dernier carat. Pendant qu'il se barre rejoindre ses potes pour travailler son swing sur le green. À tes enfoirés de collègues, sourire carnassier et main chaleureusement posée sur le dos, pour tâter du meilleur coin où planter un couteau.
Tu lèves ton nez sur la devanture qui te promet du chaleureux caféiné dans un cadre intime. Le chaleureux, tu l'aurais préféré dans les bras de ton match, ou d'un autre, mais tu tends les mains et il n'y a personne devant toi. Ce match-là, tu es déjà en train de le maudire, de l'envoyer au neuvième cercle de l'Enfer, et plus bas encore si ça existe, à grands coups de lattes virtuelles dans son avatar. C'est quand même dingue ça, tu peux trouver le produit parfaitement calibré à tes besoins, et même aux besoins que tu n'as pas encore. Suffit juste de franchir le seuil du shop du coin, ouvert de 7h à 22 non-stop. Ça devrait juste marcher pareil pour rencontrer quelqu'un. Surtout qu'il y a le choix. Homo, hétéro, bi, trans, queer, cis, sapio, straight ou flexible, duo, trio ou poly. Pour quelques minutes ou pour la vie. Mais même du regular, ça swipe à droite vite fait, t'entourloupe en deux trois, te vend du rêve en package, Lune incluse. Et ça te plante au premier rencard.
Alors tu traces ta route, le coeur en nénuphar. Les pétales qui s'étiolent l'un après l'autre, la feuille posée sur une étendue de boue et de merde. Là ce n'est plus le lapin, mais tout le terrier que tu maudis, lièvre ou garennes.
Ça devrait marcher pareil. Mais ça ne matche pas.
Tu prends le chemin du retour, le cerveau déjà connecté sur pornrevenge.com, lorsque que tu les croises. Un couple improbable, de deux intellos au look travaillé et à la silhouette slim. Deux pouilleux épais aux cheveux gras et aux fringues volées chez Emmaüs. Lui sans doute médecin, petites lunettes cerclées d'or, collier de barbe parfaitement taillée. Elle avocate en freestyle, maquillage aussi minutieux que discret, le tailleur impeccable, genre je sors juste de l'office mais je vais quand même me balader comme ça parce que je suis une femme moderne. Lui en gros porc, t-shirt de l'OM et jean taché, troué d'usure, RSA-iste déterminé. Elle vêtue d'un haut rose trop fin pour son 95E, décolleté et nombril apparents, pantalon de jogging gris et baskets no-brand de supermarché.
Ils passent juste là, sous ton nez, pour te rappeler que la vie est injuste. Se tenant à peine du petit doigt, avec discrétion et pudeur. Emmêlés l'un contre l'autre, lui qui l'étreint d'un bras étouffant autour du cou, elle qui réplique d'une main plongée dans l'obscène.
Tu voudrais les insulter, les repousser, leur cracher à la gueule. Ta colère, cette colère, c'est bien le seul truc authentique que tu auras vécu aujourd'hui. Tout te semble creux. Si creux. Pourquoi on s'attache, bêtement, comme ça ? À un autre qui nous aime, promis, juré, une main sur le cœur, l'autre cachée, toujours en train de swiper sur Tinder. Creuses, ces relations. Creux, ces gens. Creux, ces potes qui sont toujours là pour boire une bière, mais qui raccrochent quand tu leur dis "Allô, ça va pas". Creux, ces aliments sous cellophane, méta-transformés, garantis sans bactéries ni nutriments. Creux, ces programmes, ces séries, ces infos, disponibles de partout, sur tous les écrans du monde. Creuses, ces heures qui passent, et qui semblent revenir hier du même costume vide qu'elles arboraient demain.
Tu t'approches d'un muret, surmontant une falaise qui surplombe le reste de la ville. Sous tes yeux un cortège d'immeubles gris, à perte de vue jusqu'au lointaines montagnes. Le vertige te frappe de son ivresse, t'offre l'étreinte que tu n'attendais plus. Tu te penches, fermes les yeux, hésites, puis reviens sur tes pas. Pas maintenant, pas cette fois. Ça ira mieux demain. Peut-être.
Tu continues comme si de rien n'était. Le ciel t'accompagne d'un œil morose. Il commence à lâcher quelques larmes. Il ne manquait plus que ça. Tu t'en fiches, traces ta route. Lorsque tu le sens. Ton portable vibre. Sans doute juste une pub. Un texto promotionnel. Un message de ta mère, qui n'a pas eu de nouvelles depuis trop longtemps, genre hier soir. Ou pire encore, ta banque qui t'annonce en direct live que tu es à découvert.
Tu l'ignores. Ne veux pas regarder. Et si jamais ? Non, idée débile. Tu mets un pas devant l'autre, geste répétitif, démarche creuse. Journée creuse. Vie creuse. Prends quand même l'appareil en main.

Une première photo. Radiographie d'un os brisé, avec un autocollant daté d'aujourd'hui. Une seconde d'une jambe dans le plâtre, posée sur un lit d'hôpital. Et ce message : excuse-moi pour le rendez-vous, j'ai eu un léger soucis ! Je propose un changement de lieu : clinique du Zzz, entrée Zz, chambre n°Zz. J'espère pouvoir faire ta connaissance ! M.
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Message par Gashadokuro le Dim 7 Juil 2019 - 12:18

par K***fisher le Sam 1 Juin 2019 - 23:07

Se surprendre à s'égarer sous un rayon Sélène,
Une seconde ou une heure,
Idée sombre et délicieuse.
Contempler les astres qui s'effilent,
Indicible sentence,
Devant l'ombre pernicieuse de ton
Eternité.
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Message par Gashadokuro le Dim 7 Juil 2019 - 12:21

Le chercheur d'Or, partie 1

par K***fisher le Lun 17 Juin 2019 - 19:56

And I'll keep your smile
As my favorite secret
And your pale blue eyes
The only answer to my mistake
'Cos I still don't know to sail
'Cos I still don't know to swim
But i f***in don't care
As long as I feel fine...
Paris, 1842


28 avril

Je tourne mon regard sur ce nouveau paysage. Une montagne haute, fière, écharpée, à la fois couverte de verdure et exposition de rocs à vif.
Mon esprit ne voit que des murs blancs.
Une petite vallée parsemée d'arbustes, traversée par une rivière.
Un plancher blanc.
De l'autre côté, d'autres hauteurs minérales viennent tutoyer le ciel.
Un plafond blanc.
Le soleil inonde ce territoire sauvage, hostile. Je sens la nature abrupte, dure, sèche. Je suis un intrus pour elle, qui se tient prête à m'avaler au moindre faux-pas.
Un espace clos, serré, oppressant, à la blancheur morbide et impeccable.
Ma nouvelle maison.
Ma nouvelle maison.


Au lieu de m'inquiéter, j'éprouve plutôt une forme de relâchement. Combien de mois a-t-il fallu pour que j'arrive jusqu'ici ? La traversée de l'Atlantique, où j'ai vomi mille fois mes tripes. Les premiers pas sur le nouveau continent, qui m'accueillait avec la fièvre jaune. Un premier job difficile, comme docker à la Nouvelle-Orléans. La descente jusqu'à Panama, pour trouver un bateau qui me mena ici, en Californie. La longue marche le long du littoral, puis dans la montagne, atteignant cette mission de moines franciscains. Et enfin, mon avancée jusqu'à cet endroit, jusqu'à ce que mon cœur me dise "c'est bon, tu es arrivé". Un silence règne en ces lieux , à peine perturbé par le clapotis du cours d'eau. L'instant choisi précisément par cette question pour revenir jusqu'à moi. A plusieurs milliers de kilomètres d'Elle.

Pourras-tu l'oublier ?


Ai-je fais le bon choix ? Tous ces efforts, tous ces sacrifices, toutes les difficultés qui s'annoncent ici, serait-ce suffisant pour  l'oublier ?

En guise de réponse, je perçois le cri âpre et sec d'un vautour. Je lève les yeux au ciel. Ils sont en fait deux, à tournoyer au dessus de moi.


Dernière édition par K***fisher le Dim 7 Juil 2019 - 12:24, édité 1 fois
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Message par Gashadokuro le Dim 7 Juil 2019 - 12:23

Le chercheur d'Or, partie 2

Le monde se divise en deux catégories : ceux qui ont un pistolet chargé, et ceux qui creusent. Toi, tu creuses.
Le bon, la brute, et le truand (Sergio Leone)
Il y a deux types d'hommes qui creusent : les fossoyeurs, et les chercheurs d'or.
Anonyme

15 mai
Je descends à la rivière, avec mes deux seaux tenus par une corde que soutient mes épaules. J'ai également mon fusil avec moi. Il y a une semaine, un ours rôdait dans les parages. Quelques détonations ont suffi à le faire partir. Je m'arrête devant la rivière, pose les contenants au métal au sol, puis mon arme, et je m'approche pour faire ma toilette. L'eau est fraîche, dure, à l'image de ce pays.

Dans l'azur et le blanc du ciel, je ne vois que ses yeux, seule limite à ma liberté.
Dans l'air frais qui caresse la plaine, je ne sens que son esprit, vif, gai, perçant.
Dans le feu irradiant du soleil, je ne retrouve que la chaleur vibrante de son âme.
Dans la dureté meuble de la terre, je ne retrouve que la fermeté douce de sa chair.


Je mets quelques cailloux dorés dans ma poche. Ils me suffiront pour payer une semaine de farine, ou une nouvelle pioche. Je remonte jusqu'à ma cabane. J'ai pu adosser cet amoncellement de planches à la montagne, exposé au sud pour capter le maximum de chaleur. Une seule pièce me sert de chambre, de salon et d'atelier. Mon cheval se tient, fier et droit, le harnais attaché à un poteau. Alors que j'arrive à proximité, il s'emballe. Je tourne mes yeux vers l'amont du cours d'eau. Deux indiens se présentent sur leurs montures. J'ai déjà vu le premier, accompagné de fiers guerriers. Ils auraient pu me piller, m'égorger, prendre mon scalp, mais ce peuple semble plutôt pacifique. Je leur ai spontanément offert un sac entier de sel,, un bocal de feuilles de thé, de la poudre, des munitions. Le jeune indien parle quelques mots d'espagnol et d'anglais. Moi aussi, mais pas forcément les mêmes. Le second est un homme âgé, fatigué, mais dont le visage approchant semble ouvert, lumineux.

Je me tourne vers eux, pose mes seaux au sol, montre mes mains en signe de paix, puis m'incline.
Ils arrivent à mon niveau.

L'interprète descend de son cheval, me salue, et pose un sac de cuir et des peaux de bête à mes pieds. Le sac contient des pépites d'or. Il doit y avoir ce que je récolte en une bonne semaine.
- Je te remercie. Soyez les bienvenus.
- Tu nous as accueilli avec générosité. J'ai donné les feuilles qui sentent à notre homme-guérisseur. Il a apprécié. Il a voulu te remercier lui-même.
Le vieil homme descend à son tour, péniblement. Son compagnon l'aide à poser le pied au sol. Je m'incline une autre fois devant lui. Ce dernier me parle, dans une langue dont je ne comprends rien. Mais le sens semble affleurer, comme une source prête à rejoindre la surface.
- Notre homme-guérisseur m'a suivi. Il a un message important pour toi.
- Je vous écoute.
- Par delà le "Nord" (si j'en crois la direction qu'il me montre du doigt), dans la montagne qui se tient à ta gauche, il y a une grotte. A un jour de cheval.
L'aîné parle également. Ses mots deviennent puissants, sombres, comme pour annoncer un désastre.
- Surtout, ne rentre pas dans la grotte. Fuis, fuis aussi loin que tu peux.
- C'est un territoire sacré ? L'un de vos Dieux vit à cet endroit ?
- Non, pas un Dieu. Pas un (mot incompréhensible ?) Pas esprit, pas esprit. C'est un (autre mot incompréhensible ?) ! Cet endroit est maudit. Si tu rentres dans la grotte, tu meurs.
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Message par Gashadokuro le Dim 7 Juil 2019 - 12:24

Le chercheur d'Or, partie 3

« Et Dieu créa la femme.
Et il la fit à son image. Parfaite. »
Évangile du Martin-Pêcheur

22 mai
Je rentre dans la ville, la bribe de Balthazar à la main. Ce dernier suit sans broncher. Ce qui n'était, il y a quelque mois encore, qu'une grande ferme de colons entourée de nature s'est transformé en une véritable bourgade. Avec sa rue principale, son église, sa banque, son épicerie, son commerce général, son auberge, et son service postal.
Je me dirige vers ce dernier.

Pourquoi vas-tu d'abord là ? Tu as fait des heures de cheval sous un soleil de plomb. Tu es crevé. Tu as soif. Très soif.

Je m'en fiche. Je continue ma route. Tout n'a pas été construit comme il faut ici. Je suis accueilli par une forte odeur d'excréments, portée par la chaleur épaisse. Mais le curieux mélange d'espagnols, d'américains, de hollandais, de prussiens et de chinois qui vivent là semblent s'en accommoder. L'or n'a pas d'odeur. Je passe devant l'auberge.

- Eh, le Frenchie, pas trop dur la vie par chez nous ? Pas un escargot ou une grenouille à se mettre sous la dent !

J'ignore cette pique, prononcée dans un horrible accent irlandais. Son auteur, un rouquin à la barbe hirsute, aux purulences de peau, sur ses joues, sur son nez, plus rouges encore que ces poils, me lance un regard de feu. Je fais mine de ne pas le voir.

- Eh, oh, Wimp ! Je te cause !

Je m'arrête, me tourne vers lui tout doucement. Ma main glisse sur la crosse de mon fusil.

- Kelly, arrête ton cirque. Retourne boire à l'intérieur, ou rentre chez toi. Tu vas encore avoir des ennuis sinon.

A quelques mètres de lui, se tient un homme à la stature droite, au chapeau noir, bacchantes poivre et sel impeccables. Le Colonel, un ancien soldat, dirige la milice locale. Ses mots tombent avec autorité, sans qu'il n'ait besoin de parler fort. Le rouquin rentre dans l'auberge, la mine déconfite.
J'échange un regard avec l'homme de loi. Nous savons tous deux que la vie est dure ici. Souvent courte. Que ce pauvre gars galère, comme les autres. Qu'il est sûrement juste un peu plus fragile, plus sensible, qu'il joue les durs pour se rassurer. Que l'incident est clos. Qu'en fait, il ne s'est rien passé. Un hochement de tête respectif le confirme. Je continue.

Pourquoi fais-tu cela ? Tu sais que ça ne sert à rien. Ta lettre mettra des mois à arriver. Si elle ne s'égare pas en route. Si le coursier ne se fait pas descendre par les Chicanos ou les Indiens. Si le bateau qui la transporte ne s'abîme pas, dans le Pacifique, les Caraïbes ou l'Atlantique, coulé par une tempête. Si un postier ne l'égare pas, entre deux sacs, sous un meuble, en faisant le tri. Alors, à quoi bon ?

Je rentre dans le bâtiment du service postal. Nous sommes en territoire mexicain, mais ce sont les Américains qui le gèrent. Ce pays n'est pas à une incongruité près. Un jeunot, avec une visière en cuir pour seul uniforme, m'accueille avec un sourire tendre.

- Bienvenue, Sir, que puis-je faire pour vous ?

Ici, les employés changent à chaque fois, ou presque. Bientôt, il sera lui aussi pris d'une fièvre inextinguible, qui le poussera chercher de l'or, dans les montagnes ou les rivières des alentours.
Je plonge ma main dans la poche intérieure de ma veste. Le contact du papier sur la pulpe de mes doigts fait remonter un flot d'émotions. Mon ventre invoque une boule de chaleur. Mes oreilles vacillent, plus fort que sur le pont du Panama – San Francisco au plus fort de la houle. Les mots reviennent tous seuls, forts tout autant que ridicules.

Le savant comme le poète se tournent vers le ciel. Ils étudient tous deux les phases de la Lune. Déchiffrent la course du Soleil. Suivent les pérégrinations des astres. Distinguent les planètes. Comptent les étoiles. Se prosternent devant l'Univers. Sacrifient leur vie entière pour en extraire équations ou poèmes, identiques élégances du langage, que ne comprendront jamais les masses de sots qui les côtoient. Seulement voilà, Aussi brillants soient-ils, aucun scientifique, aucun poète jamais ne me comprendra, moi.
Jamais il ne comprendra que j'ai déjà fait mille fois le tour de la Lune, bercé au creux de tes bras.
Que j'ai goûté la chaleur et la lumière, extraites au cœur-même du Soleil, sur le rouge carmin de tes lèvres.
Que j'ai observé tant d'astres inconnus, juste en fermant les yeux, et en suivant le filet cristallin de ta voix.
Que j'ai posé, sur une planète cachée dans l'obscurité, encore à découvrir, le parvis du temple des plus profonds de tes mystères.
Que chaque pensée que j'ai de toi s'envole, s'enflamme et brille au firmament, formant une multitude plus complexe et plus belle que le tapis céleste du zodiaque.
Jamais ne comprendront-ils que mon univers tout entier se tient, voûté, incliné, caché dans l'ombre de ton sourire.

- C'est pour envoyer où, Sir ?

Le postier me dévisage, sans se départir de son air naïf.
- La France.
- Euh, France ? Ça va être long et cher.

Je pose une poignée de cailloux dorés sur le bureau. Sans doute assez pour envoyer ce pli jusque sur la Lune.

Je m'arrête ensuite au magasin pour y acquérir une nouvelle pioche, de la ficelle, puis à l'épicerie pour un sac de farine et un peu d'huile. Je me dirige enfin jusqu'à l'auberge. Le rouquin dort, avachi sur sa chaise, ronflant tel un volcan apaisé, calme comme un poupon. Je m'installe au comptoir, le nez rivé sur le plan de travail ; j'en examine le lustrage, compte les nœuds de son bois.

- Qu'est ce qu'il lui faut ?

Le serveur, fils de colons acadiens, un solide gaillard cinquantenaire, me parle avec un français à l'accent étrange.

- Du whisky, et un peu d'eau.
- J'ai reçu de l'alcool de noix du Vieux Continent.
- Va pour la noix. Ça me changera de l'ordinaire.
- Augustine, tu as entendu ? Sers Monsieur.

J'entends le pas lourd de sa fille, cette blonde aux yeux bleus, solidement charpentée, mais toujours vêtue d'une robe claire aux motifs légers, floraux, marcher jusqu'à moi. Les femmes sont rares dans cette terre hostile. Les hommes eux, ont un appétit d'autant plus féroce. Mais Augustine a sa réputation. Celui qui s'en approche de trop près en sera quitte pour un coup de choppe sur le groin. Et son père veille, si l'éconduit se rebiffe. Je sens le regard de la fille peser sur moi. Toujours le même, espérant, invitant, implorant presque. J'entends le bruit d'une bouteille, d'une carafe, d'un verre qu'on pose près de moi. Je perçois la chaleur de son corps, bouillonnement triste et frais qui attend...

- Merci, dis-je sans lever la tête.

… Et s'éloigne. Je me sers. Un torrent brûlant tombe en cascade sur mon œsophage. La porte devant moi, sur le côté, s'entrouvre, laissant apparaître une forme fugace qui s'évanouit tout aussi vite. C'est Chu'a, une jeune Indienne. Je ne sais plus si elle a été abandonnée par sa tribu, échangée contre des marchandises, ou enlevée pendant un rapt. En tous cas, elle a fini ici, comme bonne à tout faire. Et, contrairement à Augustine, le tavernier la laisse à disposition des gars pour une poignée de dollars.

- Tu veux manger quelque chose ? C'est la maison qui régale.

La blonde se tient à côté de moi. Je baisse ma garde, observe son regard. Ce n'est pas ses pupilles bleues que je vois, mais les Siennes à Elle. Je frémis. Mon esprit chavire. Augustine s'avance, pose sa main sur ma cuisse. Je me lève aussitôt, jette quelques pépites sur le comptoir, quitte l'auberge sans dire un mot. Puis la grande rue, puis la ville, aussi vite que peut galoper Balthazar.
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Message par Gashadokuro le Dim 7 Juil 2019 - 12:26

Le chercheur d'Or, partie 4

Paris, le 25 janvier 1842

- Pardonnez-moi, Monsieur, vous dansez ?

Que diable suis-je venu faire ici ? Je déteste les mondanités. Ce vaudeville. Ce jeu des apparences. Ces petits plats en argent. Ces serveurs grimés comme des pies, qui vous collent en mouches agaçantes. Et surtout ces gens, ces horribles gens, dans leurs robes précieuses, dans leurs costumes impeccables, méprisant, regardant du haut de leur piédestal triste en forme de sourire de façade. La seule chose que l'on tolère ici de moi, c'est mon uniforme d'apparat, mon glaive de cérémonie, ma chair de celui prêt à monter sur le premier cheval venu pour s'offrir en sacrifice pour la France. L'homme, fils de paysans auvergnats, eux-mêmes enfants de la terre, qui a dû gagner ses galons par le courage, la poudre, la baïonnette aveugle puis le fil de l'épée, ils le rejettent autant qu'ils le répugnent.

- Pardonnez-moi, Monsieur, vous dansez ?

Quelle mouche a piqué le Baron pour m'inviter à cette fête ? Est-ce la même qui a soufflé les mots suivants dans l'oreille du Commandant ? « Allons bon, mon Ami, en ces temps de paix votre avancement passe aussi par ces salons. Allez, et faites-y bonne figure ! » Moi, qui me tiens tout au fond de cette grande pièce au lustre démesuré et aux fines volutes de plâtre, dans le recoin le plus sombre. Espérant que personne ne me remarque. Priant pour que le temps lourd, poisseux, épais, daigne s'écouler un peu plus vite. L'orchestre s'accorde, se tait un instant, puis se lance dans le récital d'une pièce à la fois rythmée et lancinante. Mon inculture m'inflige une totale méconnaissance de son auteur. Devant moi, les couples se forment spontanément, s'engagent dans un ballet, virevoltent de façon harmonieuse, suivant une manœuvre dont je ne maîtrise aucun ordre, ni aucune consigne.

- Pardonnez-moi, Monsieur, vous dansez ?

Et tu apparais, là, devant moi, avec ton visage sélène et lumineux. Tes cheveux magnifiques, légers, fins, au cendré vénitien, attachés en un chignon délicat au dessus de ta nuque. Ta petite bouche au carmin impudent, qui doit se faire pâlir toutes les fleurs rouges des champs environnants. Tes yeux au rond céleste, à l'azur divin, océan de pureté dans lequel je me noie déjà, corps et âme, implorant de tout mon cœur que personne ne vienne, jamais, me sauver. Ces derniers vibrent d'une soif de vie, mélange d'assurance et de fragilité, me faisant vaciller jusque dans mes bottes. Que la décence me pardonne ces mots imprudents, mais ta gorge généreuse, fière, blanche comme le lait de brebis le plus frais et pur, ta sublime gorge donc, entourée de cette robe fleurie aux motifs printaniers, finit de dérober ce qu'il me reste de mots et de pensées. Je me tiens, interdit, coi, immobile devant toi. Un esprit chagrin pourrait dire que tu es petite, sans doute trop aveugle et stupide pour voir cette beauté, vertigineuse, dense, qui fait tanguer de toute sa hauteur précieuse mon horizon dans son entièreté. Qu'il vienne, celui-là, et je le transperce sur le champ, sans procès, d'un coup, d'un seul, d'estoc. Qu'il fusse Prussien, Anglais, ou encore Français, ou même mon propre frère, pour juste prix de son infâme ignorance.

Le temps suspend son vol, pour une éternité sourde. Puis vient un basculement, un de ceux, terribles, totaux, irrémédiables, qui changent le cours d'une vie à tout jamais. Il coule à nouveau, reprend sa marche en avant. Je retrouve alors un semblant d'esprit. Tu te tiens là, devant moi, un sourire discret, intrigué, presque méfiant au commissures de ces lèvres délicieuses. Tu te tiens là devant moi, et je connais déjà ton nom. Évidence.

- Je... je vous le confesse, hélas, je ne sais pas danser.

Tu en connais une, de danse. La danse macabre des champs de bataille.

- Ce n'est point compliqué. Tenez, venez, prenez ma main.

Un coup de canonnade déchire l'air.


- Placez votre paume droite sous mon épaule. Oui, comme ceci.

Les colonnes de soldats se ruent dans le vallon face à nous, tandis que l'artillerie fanfaronne. Partout la fumée et l'odeur de poudre se répandent sur la campagne, voile terrifiant.

- Je vous félicite, la droiture de votre dos est parfaite. Allez, comptez le temps avec moi. Un, deux trois...

Un mur de chaos de cris, de détonations, de furie se dresse devant nous. Les ordres tombent. Il faut contourner la position ennemie par la gauche, tandis que nos propres lignes les culbutent de face. Je donne vigoureusement de l'étrier, suivi par mes hommes.

- Un pas en avant. Voyez, je vous suis. Puis l'autre. Un autre, sur le côté. Un, deux trois...

Les premières salves pleuvent sur nous. Mais nous tombons sur les pauvres hères par surprise. N'ayant pas eu le temps de se mettre en formation pour un feu nourri et continu, ils se mettent à recharger.

- Maintenant, deux pas en arrière. Tenez, je vous guide. Et enfin, le dernier de l'autre côté. Nous voici revenus.

Trop tard. Le pistolet dans une main, l'épée dans l'autre, je tire, frappe, j'occis, je déchire, pris d'une rage aveuglante. Le premier rideau tombé, je lance mon cheval sur une pièce d'artillerie. Je dois l'atteindre avant qu'elle ne pivote sur moi.

- Vous savez tout. Allons ! Sur le rythme. C'est bien. - son air gai et enfantin illumine son visage, et les alentours, et la pièce toute entière, et sans doute l'Univers, bien plus fort que l'immense lustre en verre qui brille pourtant de mille feux sous nos têtes. - Allons... Allons... Bien...

Et la danse se poursuit. Nous rejoignons le mouvement. Le sang gicle. Nous nous balançons au fil des notes. La poudre explose. Le tempo s'impose à nos gestes, à nos pas. Les boulets volent, rebondissent sur la terre, meurtrissent les corps, emportent avec eux des membres. Les autres couples nous précèdent, nous suivent, tournoient autour de nous. L'épée tranche en cercles rouges impeccables.
Puis, la musique s'arrête.

Un autre jour, en juin
Le froid sur mes mains me ramène au présent. L'eau pure, claire, transparente, coule au dessus, et d'elles, et de ma bâtée d'orpaillage. Je fixe les pépites brillantes en son sein. Puis je soupire, jette le contenu dans la rivière, rassemble mes outils pour rejoindre ma cabane. Je serre les poings. Je n'avais qu'un seul objectif pour la journée. Ne plus penser à Elle.
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Message par Gashadokuro le Dim 7 Juil 2019 - 12:27

Le chercheur d'Or, partie 5

« Quand je vois ton sourire, je me dis que Dieu existe.
Quand je regarde un miroir, je réalise qu'en plus il a de l'humour. »
Évangile du Martin-Pêcheur

21 juin
Je le suis à travers la forêt. Balthazar semble voler au dessus des herbes, des bosquets, des petits ruisseaux, avec une facilité qui surprend mon guide. Atashata, puisque c'est le nom de ce fier Indien, se retourne d'un air surpris. Il ne s'attendait pas à ce que je puisse le suivre avec autant de facilité. Cela fait plusieurs semaines qu'il fait l'interprète entre son peuple et moi. Dans cette relation de distance, de pudeur, d'incompréhensions parfois, nous avons peu à peu instauré de la confiance et du respect. Aujourd'hui est un jour spécial. J'ai accepté une invitation du Clan à partager leur repas, chez eux. J'ai beaucoup hésité. Ma route m'a guidé jusqu'ici pour pouvoir me couper du monde, pas pour en rencontrer. Mais... je ne sais pas, quelque chose m'attire. Quelque chose d'inconscient, presque magnétique. Atashata lance son cheval dans un galop effréné. Je donne un coup de bribe à Balthazar pour qu'il suive. Les arbres laissent leur place à une terre couverte de cailloux et d'alluvions, coincée entre la montagne et la rivière. Le soleil brille. Aucun nuage ne trouble le ciel.
L'Indien ralentit, puis s'arrête soudain à proximité d'une ouverture dans la chair minérale. Je le rejoins.

- tu te souviens des paroles de notre homme-guérisseur ? C'est ici. Cet endroit est maudit. Ne rentre jamais dans cette grotte.

Je tourne la tête vers l'obscurité ceinte de pierre granitique. Cette dernière semble m'appeler, comme si la montagne elle-même émettait une plainte légère, mais douloureuse. Je pose une main sur ma selle, bascule, mets un pied à terre, puis l'autre. Je m'avance précautionneusement, avant de m'arrêter à une distance prudente. L'entrée semble s'agrandir, se détendre. Le son augmente en intensité, puis baisse, et revient, en léger décalage avec le vent qui souffle sur la vallée. Je reste immobile, pourtant j'ai l'impression que je m'approche encore des ombres. Ou plutôt que ce sont elles qui fondent sur moi, tendent un bras constricteur qui m'étreint et m'amène à elles. Mes oreilles sifflent. Mes genoux semblent se ramollir. Il me faut une grande inspiration pour reprendre mes esprits, retourner à mon cheval, et remonter en selle. J'avais presque oublié la présence de mon hôte. Ses yeux hébétés me fixent. La peau de son visage est devenue blême. Il se tourne vers le Soleil, comme pour estimer l'heure qu'il doit être, et le temps nécessaire pour rejoindre les siens. Puis tire sur le crin de son cheval et reprend sa route sans dire un mot. Je fais de même.
La forêt reprend bientôt ses droits, dans une ouverture qui s'élargit, comme si un géant avait poussé la montagne d'un coup au loin. Les arbres se font de plus en plus nombreux. Balthazar souffle puissamment. Il commence à avoir du mal à suivre son congénère, moins robuste mais plus léger, qui porte moins de matériel et surtout un humain plus effilé. Et qui connaît les lieux comme sa poche. Je m'attends à ce qu'Atashata ralentisse, ou même se retourne pour voir si je suis, mais il n'en fait rien. La distance entre nous augmente, jusqu'à ce qu'il disparaisse dans la masse de feuilles vertes. Je continue dans une trajectoire qui me paraît rectiligne, jusqu'à atteindre une vaste clairière, étrangement circulaire. Pas de trace de l'Indien. Je mets le pied à terre, gardant la bribe de mon cheval à la main, scrute le sol à la recherche de traces. Me penche de plus en plus, regarde dans ce qui me semblait être la bonne direction, puis toutes les directions. La lumière, filtrée par les nombreuses branches, baisse encore en intensité. On dirait qu'un nuage passe au dessus de nous. Pourtant, je ne vois que des éclats azurs, qu'aucune forme cotonneuse ne vient perturber. Je sens soudain une présence. Apaisement. Colère. Sérénité. Pulsion. Vie. Mort. Je me retourne. Une ombre majestueuse se trouve à une trentaine de mètres de moi. Les excroissances droites et coudées qui émergent de sa tête ressemblent à celles d'un cerf, mais cette bête mesure facilement quatre ou cinq mètres au garrot. Ou plutôt ces bêtes, car je distingue nettement deux têtes. Les apparitions s'approchent peu à peu. Je remarque que la forêt est devenue totalement silencieuse. Un frisson parcours mon dos. Il s'agit visiblement d'un seul individu, porteur de deux têtes. Celle de droite arbore une peau marron, parsemée de tâches blanches. Ces yeux noirs baignent à moitié dans un liquide jaunâtre. Ses bois se dressent, magnifiques. L'autre, d'abord masse sombre, se précise en un crâne aux orbites vides. Des formes blanches, oranges, rouges, dansent sur une peau noire. Des vers, des scolopendres. Les excroissances osseuses qui émargent au dessus des oreilles semblent desséchées, usées, cassées aux extrémités. Le corps forme une espèce de masse indistincte, d'où n'émerge aucune patte, d'un vert extrêmement sombre. L'étrange créature s'approche. Soudain, un cri humain vient de ma droite. C'est Atashata, sur son cheval. Je lui jette un regard, puis tourne à nouveau la tête. La clairière est déserte. Aucune trace de l'apparition. Je lève les yeux au ciel. La lumière reprend ses droits, toujours sans qu'aucune trace de nuage n’apparaisse dans le ciel.
Nous reprenons la route. Cette fois, mon guide adopte une allure plus mesurée. Nous franchissons une rivière au niveau d'un gué avant de nous présenter au pied d'une falaise en forme de moitié de cirque. Sur le côté, une retenue d'eau a formé un petit lac. Des enfants sont en train de jouer, de se jeter de l'eau, complètement nus. Des femmes font leur toilette. Tous s'arrêtent, me dévisagent en silence. Certains sourient, d'autres arborent un air plutôt inquiet. Je remarque une femme, ou plutôt une jeune fille, sur la droite. Elle arbore de longs cheveux d'ébène, qui tombent en cascade jusqu'au bas de son dos. Ses grands yeux noirs se posent sur moi avec une curiosité hésitante, qu'on retrouve sur ses fines lèvres. Doit-elle accueillir ou ignorer ? Se méfier ou sourire ? Alors que mon regard se fait peut-être trop insistant, elle tourne la tête sur le côté avec pudeur. Ses mains agrippent nerveusement le vêtement de cuir qui entoure son bassin. Des boutons de chair de poule dansent sur ses bras, sur sa poitrine découverte.

- Nous sommes arrivés.

Je me retourne vers Atashata, qui m'indique un sentier visible au sol. Entre les troncs d'arbre, j'arrive à distinguer une barrière de bois, ainsi que des toits de huttes en terre glaise. Nous passons à côté de cultures de maïs,de haricots, de potirons, puis pénétrons dans le village.

(…)

La jeune fille aux cheveux longs m'apporte des filets de viande séchée, puis s'assied à ma gauche. Je le donne au Chef comme le veut la tradition. Curieusement, le dirigeant du village est une femme, une solide gaillarde à l'allure charpentée. Cette dernière mord dedans, puis me tend un morceau, avant de donner le reste à sa droite. Tout en mâchant, elle me parle. Je me tourne vers Atashata. J'ai beau avoir assimilé quelques paroles de leur langue, elle s'exprime avec une prononciation ou un accent qui me sont indéchiffrables.

- Notre chef dit que tu es le bienvenu ici. Notre chef dit que, même si tu n'es pas né parmi nous, même si tu as la peau blanche comme des os, tu peux faire partie des nôtres.

Nouveau flot de paroles obscures.

- Notre chef dit que tu pourrais faire ton rituel d'accueil. Que tu pourrais trouver ton âme-sœur ici. Qu'elle serait heureuse de diriger ta cérémonie de mariage.

A côté d'elle, l'homme-guérisseur parle à son tour. J'ai compris les mots « nature » et « mourir ».

- Notre homme-guérisseur dit qu'ici la nature est dangereuse. Que tu ne peux pas survivre tout seul. Qu'il serait sage que tu fasses partie des nôtres. Mais il dit que tu portes aussi beaucoup de solitude en toi. Beaucoup.

La chef semble vouloir conclure, dans des paroles toujours aussi hermétiques pour moi.

- Mais tu n'es pas obligé. Le choix t'appartient. C'est toi qui as le choix.

Je la regarde. Elle me sourit de façon chaleureuse, bienveillante, honnête. D'une honnêteté que je n'avais pas encore vue depuis que j'ai mis les pieds sur ce continent.
Je sens l'énergie vive, brute, pure de la jeune fille à ma gauche. Cette dernière semble vouloir s'approcher, mais ne sait pas comment faire. S'assied, tourne du pied, se relève pour prendre une autre position. Son visage reste figé devant, comme si ses yeux avaient peur de croiser les miens. En même temps, je ressens une forme de chaleur monter depuis mon ventre. Et si, comme je me le suis dit en mettant les pieds sur ce territoire inconnu, j'étais enfin arrivé ?

C'est en songeant à cela que je me mets à observer le ciel. Dans son coin, une lune ronde, blanche, réfléchit une lumière douce au dessus d'un horizon tissé d'ombre. Blanche comme Sa peau. Ronde comme son Visage. Douce comme son Sourire. Rien à faire. Je pense toujours autant à Elle.


Dernière édition par K***fisher le Dim 7 Juil 2019 - 12:29, édité 1 fois
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Message par Gashadokuro le Dim 7 Juil 2019 - 12:28

Le chercheur d'Or, partie 6

27 juin

- Je te bénis, mon fils.

Le Franciscain, vêtu de son manteau blanc surmonté d'une écharpe large, richement brodée, prononce quelques mots en latin, la main tendue vers le haut devant lui. Il conclut par le signe de la croix. Je reste tourné dans sa direction, immobile, par politesse. Puis, lorsqu'il a terminé, je continue de charger les besaces de Balthazar. Des bouteilles d'alcool.

- Tu sais, mon fils, tu pourrais rester ici. Un grand gaillard, costaud comme toi... nous avons pas mal de travaux à effectuer. Tu serais nourri. Ton linge serait blanchi. Tu ne serais pas obligé de participer aux offices. Tu pourrais vaquer à tes occupations, retourner à la ville quand tu le souhaites.

Son accent espagnol est plutôt doux. Il parle sur un rythme calme, posé.

- Je vous remercie. Mais je suis venu ici pour chercher autre chose.
- Oh, il en arrive chaque semaine, presque chaque jour maintenant. La fièvre de l'or. Ils viennent de tous coins du globe, arrivent jusqu'à notre congrégation. Ils connaissent les noms du moindre petit village d'où part une rumeur. Ici, un filon, effleurant à la surface. Là, une rivière avec plus de pépites que de cailloux en son fond.

Le moine s'approche de moi, pose sa main sur mon épaule sans rien demander. C'est désagréable. Je veux le repousser, mais je me contiens.

- Tu sais, mon fils, si mon regard est tourné vers le Seigneur, je pense connaître un peu, grâce à lui, le cœur des hommes. Tu n'es pas comme eux. Saches que si tu changes d'avis, tu es le bienvenu.

Je fais un signe de la tête, puis monte sur Balthazar et prends le chemin du retour. Poètes, scientifiques, curés, ils ne comprendraient pas. Que mon credo, c'est toi. Ma passion, c'est toi. Mon Paradis, c'est toi. Un Paradis inaccessible désormais, et j'erre ici bas comme un pauvre diable.

Le seul éclat de divin que j'ai pu voir, de mes yeux, depuis que je respire, brillait dans tes yeux.

Il s'est produit quelque chose de bizarre, depuis ma visite chez le Clan. Le monde semblait vouloir basculer, à nouveau, une deuxième fois. Mais c'est comme si j'avais posé mes mains sur le mécanisme, tiré pour qu'il ne s'enclenche pas. Et depuis, tout semble tomber à la renverse. Comme si ce qui restait de mon entourage s'effondrait progressivement. Les quelques cultures que j'avais tentées à l'orée du bois ont été déchirées par un violent orage. J'ai épuisé le filon d'or que j'avais trouvé dans la montagne. Je ne trouve plus rien dans la rivière en contrebas de ma cabane.
Après plusieurs heures, j'arrive enfin « chez moi ». Atashata m'y attend. Je l'invite à descendre de son cheval, à s'installer, mais il répond qu'il ne reste pas. Il sort une longue mèche de cheveux noirs, noués par des lanières de cuir. Une seule personne avait les cheveux aussi longs dans le Clan, la jeune fille assise à côté de moi.

- Je t'amène ce présent de Kashina. Elle vient de passer son rituel d'adulte. Elle a choisi de devenir femme-guérisseuse. Elle s'est mariée au Grand Esprit : elle ne connaîtra jamais d'homme.
- Kashina... je n'avais même pas demandé son prénom. Que cela signifie-t-il ?
- Kashina, c'est celle qui danse. Celle qui effectue la danse sacrée.

Je me sens bête avec ma question. Maintenant, quelle importance ? J'observe les fils noirs entrelacés.

- Pourquoi m'amènes-tu cela ?
- Le rituel veut que l'on donne ses cheveux d'enfants à quelqu'un de sa famille. Mais Kashina est orpheline. Elle aurait pu le donner à notre homme-guérisseur, ou à notre Chef. Elle a choisi qu'ils te reviennent.
- Que suis-je censé faire avec ?

Mais Atashata se retourne sans écouter ma réponse. Il grimpe sur son cheval, s'en va sans un mot ni un regard, disparaît dans la forêt en amont de la rivière.

(…)

Je suis assis sur le toit de ma cabane. Une bouteille à la main, le fusil dans l'autre, ma ceinture de cartouches remplie posée sur le côté. Le ciel étoilé, la lune pleine et brillante se tiennent, silencieux, au dessus de moi. Du sol viennent des bruits, le chant de la rivière qui dévale, quelques cris d'animaux du fond de l'obscurité. Pour la plupart, ce sont ces espèces de petits rongeurs, comme de gros écureuils ou des petits lapins, qui viennent se nourrir la nuit. Mais depuis mon retour après la nuit passée au Clan, des êtres bizarres ont fait leur apparition. Un seul, la première nuit. Une masse noire aux deux yeux grands, au jaune vif, presque orangé. On aurait dit une forme de singe. Je l'avais aperçu au loin, alors que je sortais voir Balthazar qui soufflait, remuait, tirait sur sa corde. Il se dirigeait vers la cabane, prudemment, par petits bonds, ou quelques pas. Un coup de fusil avait suffit à le faire repartir. La nuit suivante, ils étaient cinq ou six. Avec la même démarche simiesque. La même forme noire, dont on ne pouvait distinguer aucun trait, aucun muscle, aucune articulation, rien si ce n'est cette paire d'yeux effrayants. Ils n'avaient pas fui à la première semonce, et j'ai commencé à tirer dans leur direction pour qu'ils repartent. Ils ne s'étaient pas représentés.
Hier, ils étaient plus nombreux encore. Une vingtaine peut-être, en groupes séparés, venant de toutes parts. Lorsque je tirai d'un côté, en faisant fuir quelques uns, les autres avançaient. J'avais pu les chasser tous, mais au bout d'un long moment, quelque chose comme une heure, ils revinrent se poster à l'orée du bois. Je ne voyais encore que leurs yeux. Ils disparurent pour de bon avec l'émergence de la lumière du soleil. J'étais persuadé d'en avoir touché au moins un ou deux, mais je ne retrouvais aucun cadavre en faisant le tour des lieux ce matin. Et je suis là, à attendre qu'ils reviennent. A part quelques siestes, je n'ai rien dormi depuis deux jours. L'alcool glisse contre mon gosier. Il m'aide à tenir le coup, pour l'instant.

Je revois la mine bienveillante du moine de tout à l'heure. Je revois la mèche de cheveux, que j'ai brûlée dans mon âtre. Se marier à un dieu, ou un grand esprit... quelle idée curieuse. Je sens à nouveau la paume de ce moine sur mon épaule. Je perçois encore le même sentiment, désagréable. Je bois une bonne gorgée. Puis je repense à Elle. Forcément. Quel tourbillon a bien pu nous amener là où nous en sommes ? Moi, ici, perdu au bout du monde, attendant, soit une fin, soit une libération... Elle, mariée, justement, à cette espèce de petit noble misérable, mais au nom ronflant, au château pédant, parce que c'était sa seule chance de grimper, au moins d'un barreau, sur l'échelle sociétale. Parce qu'elle s'était lassée de m'attendre, de mes guerres contre les châteaux d'Espagne, de mes propres errements. Il était gentil. Il était plutôt beau. Il ne demandait aucune dot. Il voulait juste de beaux enfants. Il la laissait même me revoir, ou voir qui elle souhaitait, tant que la progéniture serait de lui. Quel gourdiflot ! Un de ceux, justement, que nous moquions, lorsque nous nous retrouvions en marge de ces soirées mondaines. Guindés dans leurs costumes ridicules, leurs idées étroites, leurs manœuvres pitoyables pour avoir les faveurs de l'Orléanais. Je saisis la bouteille, aspire goulûment le liquide incendiaire. Trop vite. Il en passe dans ma trachée. Je recrache, tousse violemment. Ma gorge entière me brûle. Dans un réflexe de douleur, je jette ce flacon contre la roche de la montagne, qui la brise en fragments d'étoiles.

Lorsque je passe le dos de ma manche contre ma barbe pour m'essuyer, je remarque qu'ils sont là, à nouveau. Des rangées d'yeux inquiétants, postés à l'orée du bois. J'arme mon fusil, rapproche ma ceinture de cartouches, mon filet de poudre. Et tire une autre bouteille de ma besace.
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Message par Gashadokuro le Dim 7 Juil 2019 - 12:30

Le chercheur d'Or, partie 7

Tu peux aimer l'autre de tout ton coeur, de toute ton âme.
Lui offrir tout ce que tu possèdes, et même ce que tu n'as pas encore.
Tu peux partager avec cet être tes tourments et tes lumières les plus intimes,
Accueillir tous ses doutes, accepter tous ses défauts,
Lui rendre ces éclats d'ombres sous la forme d'une bienveillante chaleur,
Cela, tout cela ne vaut rien.
Ce que tu donnes, échanges, partages, ne vaut absolument rien,
Si tu ne donnes pas la même part, cette juste et légitime part à toi-même.
Car c'est là le précieux message que porte le martin-pêcheur,
Lorsqu'il vole seul, chasse seul, plonge seul pour saisir sa proie,
Il le fait d'abord pour lui, afin d'avoir la force de pouvoir trouver ensuite les plus beaux poissons pour sa progéniture.
Car quelle valeur peut avoir l'amour que tu donnes à l'autre,
Si tu ne t'aimes pas, toi ?
L'Évangile du Martin-Pêcheur

1er juillet
Je marche dans la rue principale, la bride de Balthazar à la main. La ville a doublé de taille en quelques mois à peine, étendant ses tentacules de chemins de terre, de constructions bancales en bois, de boutiques éphémères sur une nature soumise. L'odeur infecte d'excréments fait toujours partie du décor. Lorsque je passe devant l'auberge d'Augustine et son père, cette dernière est fermée, poussiéreuse. Des planches clouées sur les fenêtres et la porte en interdisent l'accès.

Pourquoi viens-tu ici ? Tu n'as rien à acheter. Rien à envoyer. Tu es venu les mains vides, le coeur saignant. Non, ne me dis pas que c'est cela ? Tu espères ? Encore ? Tu es stupide, mille fois plus stupide que ce noble pitoyable qui lui a mis le grapin dessus.

Je m'arrête un instant devant cette façade de bois peint en rouge clair. Puis me dirige vers le bureau de poste. Un vieil homme qui observait mon manège sort de derrière un abreuvoir à chevaux et m'emboîte le pas. Ses paroles sont un mélange de français, d'anglais, d'espagnol.

- Ah my good Sir, si vous saviez ! C'est arrivé last week, yes, la semaine dernière. - je fais mine de l'ignorer, mais il continue - Une bande de Chicanos. Ils étaient cinco, si Señor, cinco ! Ils sont rentrés, se sont jetés sur la fille. Elle en a assommé un, mais les autres l'ont... Chacun à leur tour. My God ! Porcos. Ces Chicanos sont des porcs. Son père a surgi avec son gun, mais ils l'ont descendu. Shut him down first. Puis ils sont partis, sans leur friend, leur amigo. Ces Chicanos n'ont pas de coeur, même entre eux. Regardez, look ! Il est là !

Je lève mon regard sur un cadavre passablement décomposé, se balançant au bout d'une corde.

- Le Boss, quatre balles dans le ventre. Il est mort dans la nuit. La noche. Trop graves blessures. Too much blood. La chica, elle a pleuré, muchas lágrimas. Et les Chicanos - il crache au sol, puis reprend - partidos, sur leurs chevaux, sans leur amigo, mira ! Mira ! Desaparecidos !

J'arrive devant le bureau de poste.

- Et la Chica, la pauvre, poor girl, on l'a retrouvée le lendemain pendue dans le salon... Hanging. Comme ça. Que tristeza !

Je me retourne vers lui en silence. Je sens une larme perler au coin de mon œil. Puis je rentre. Je tombe sur un nouvel employé, plus jeune encore que le dernier. Il ne doit pas avoir douze ans.

- Que puis-je pour vous, Sir ?
- Aurais-tu un courrier pour moi ?

Je décline mon identité. Il prend un air gêné, ouvre un premier tiroir, puis un second, pose un tas de lettres qu'il fait mine d'examiner (certaines tenues à l'envers) devant moi.

- Euh, je vous laisse vérifier ?

J'en déduis que ce pauvre garçon ne sait pas lire. Je remarque un pli avec l'emblème de mon ancien régiment comme symbole sur le scellé. J'en connais le contenu d'avance.

On a besoin de toi. Pour une mission en Crimée, dans une colonie, ou ailleurs. Des gars à entraîner. Promotion.
Doublement de la solde. Défendre la France, ses valeurs.
Et caetera.


Je déchire l'enveloppe sous les yeux médusés du garçon. Puis je sors.
Soudain, un poing surgit. Je bloque, écrase une trachée d'un revers de main, mais ils sont trois à se jeter sur moi. Un coup au foie me bloque la respiration. Je repousse un agresseur en faisant claquer sa mâchoire d'une paume montante avant de m'effondrer. Ils me frappent du pied, leurs bottes claquent contre mes avant-bras ou mes tibias. Je protège mon buste et mon visage de mon mieux.
Une détonation retentit. Je sens des éclats de bois tomber sur mon crâne. Mes agresseurs s'enfuient. Je reprends mes esprits, récupère mon chapeau, lève mon œil non tuméfié devant moi. Je distingue le Colonel de l'autre côté de la rue, accompagné d'autres hommes, le fusil encore fumant. Je tourne la tête sur la droite. C'est le rouquin irlandais de l'autre fois qui se tient assis sur ses fesses, les mains autour de la gorge. Il respire avec difficulté.
Je m'attends à ce que l'officier et ses hommes viennent m'aider, ou au moins prendre des nouvelles. Mais ils m'ignorent déjà se retournant pour discuter entre eux.

Le temps de retrouver mon souffle, je me relève, rejoins Balthazar. Je récupère une bouteille d'alcool blanc dans une épicerie maintenant tenue par des Chinois, en asperge un mouchoir que je passe sur mes blessures, en terminant par mon arcade gonflée de sang. Puis je me traîne pour remonter en selle et rentrer. Je laisse Balthazar prendre un trot léger. Mon foie me lance à chacun de ses pas. Mais moins que ce fichu, ce foutu espoir.
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Message par Gashadokuro le Dim 7 Juil 2019 - 12:31

Le chercheur d'Or, partie 8

Aime-toi, le ciel t'aimera.
L'Évangile du Martin-Pêcheur

2 juillet
Comme chaque matin, je descends à la rivière avec mes seaux. Elle chantonne de ce même gazouillis liquide. Mais plus je m'approche, plus une mauvaise impression m'envahit. L'eau, d'habitude si claire, si pure, est aujourd'hui épaisse, boueuse. Elle charrie du liquide rouge, des odeurs de mercure ou d'arsenic. Des orpailleurs ont dû s'installer en amont. Je frémis car cette eau est devenue imbuvable. Avec la chaleur estivale, il ne reste plus aucune source dans les parages. Je vais devoir chercher plusieurs heures avec Balthazar.

Un bruit terrifiant retentit soudain. Comme si la montagne toute entière se mettait à hurler. Un glissement de terrain. Je me retourne, pour voir avec effroi qu'un amoncellement de rochers et de pierre ont englouti ma cabane... mais aussi Balthazar. Seules sa tête et sa patte avant gauche émergent encore. Il émet des hénissements plaintifs. Ses yeux, sa bouche, son nez laissent échapper des filets de sang. Entre deux crises, il crache des humeurs rougeâtres.
Je n'ai pas le choix. Je caresse son cou. J'arme mon fusil. Vise au-dessus des yeux, pile au milieu de sa tâche blanche. La détonation retentit. Le souffle du Canon déchire mon coeur, mais au moins il ne souffre plus. Je me retrouve alors là, à genoux, seul, muet, sonné, qui ai tout perdu en un instant. Je prends ma besace, mes dernières cartouches, quelques filets de viande séchée, puis je remonte le fil de la rivière.

Alors, dis ? Quelle saveur il a, ton stupide espoir ? Ton fichu espoir ?

J'avance sous la chaleur, les membres endoloris, le foie piquant à chaque pas, les pensées dans le vague. Il me faut plusieurs heures pour arriver au pied de la montagne aux deux mamelons, au delà de la forêt. Ma bouche est complètement desséchée. J'entends soudain des grognements. L'Ours que j'avais chassé de chez moi. J'arme mon fusil, tire une balle vers lui, puis la seconde. Mais sa puissante musculature recouverte d'une épaisse fourrure ne tremble pas. Je vais pour saisir d'autres cartouches, mais je ne trouve pas ma ceinture à munitions. L'ai-je bien prise avec moi tout-à-l'heure ? Sans cela, je suis à sa merci. C'est ainsi que tout va finir pour moi ? Massacré par un plantigrade ? Je reste immobile. Mon esprit voudrait tomber à genoux, mais mon corps se tient droit, au garde-à-vous. L'animal souffle bruyamment, lâche un cri rauque, puis se précipite sur moi. Même si j'étais en état de courir, il est beaucoup plus rapide qu'un humain. Je le vois se rapprocher, terrible, implacable. Je distingue une rage sourde dans ses yeux. Il n'est plus qu'à quelques mètres de moi. Quand un autre cri interromp sa course. Je me tourne vers son origine, sur ma gauche. Kashina se dresse, à la limite du col de la montagne. Les bras en avant, elle tient dans ses mains une corde ornée de dents et de petits os. Elle porte une tunique noire aux motifs brodés blancs et rouges, semblable à celle de l'homme-guérisseur, ainsi que du maquillage ocre sur le front et les joues. Une lanière en cuir, dans laquelle sont plantées des plumes bleues, turquoises, orange vif, ceint ses cheveux courts.
Elle récite une incantation d'une voix profonde, grave, rocailleuse, comme si la montagne toute entière parlait à travers sa gorge. Ses yeux se révulsent. Devant cette apparition, l'ours prend un air penaud, gêné. Il hésite, mais la jeune fille continue de gronder tout en marchant vers lui, avec une détermination sans faille. Il fait un pas en arrière, puis deux, avant de se retourner et de s'enfuir pour de bon.
Kashina retrouve son visage normal.

- Que fais-tu là ?

Elle me réponds dans sa langue. Je ne reconnais que le mot signifiant "ici", "là", ou "maintenant", mais il me semble comprendre qu'elle savait que je viendrais à cet endroit, à ce moment. Elle remonte vers le col, puis se place devant l'entrée de la grotte maudite. Les bras écartés, un air triste sur le visage, elle répète en boucle des paroles qu'il n'est pas nécessaire de traduire. Pourtant, je m'avance sans hésiter un seul instant. L'obscurité entrouvre un œil invisible. Une étrange musique, à la fois rythmée et lancinante, semble monter de nulle part. La femme-guérisseuse écarte ses pieds, tend ses jambes, comme pour mieux consolider ses appuis. Cette mélopée, je la connais déjà, même si mon inculture ne m'épargne pas la méconnaissance de son auteur. J'arrive devant la jeune fille. Ses mots deviennent pleurs. Je pose ma paume sur la sienne, passe mon bras dans son dos. Elle ne bouge pas. Je la soulève, tourne comme le veut la procédure, puis change de cavalière. Un corps d'ombres féminines prend le relais. Je la saisis avec douceur, la guide en suivant la cadence. Les instruments continuent de battre la mesure. Les yeux fermés, j'imagine un lustre immense briller de mille feux au-dessus de nous, tandis que d'autres spectres nous rejoignent pour former un ballet. La forte odeur de souffre cède sa place aux délicates fragances que ces dames parisiennes achètent à prix d'or. Il me semble entendre "trop de solitude ! trop de solitude..." au milieu des pleurs. J'hésite à tout lâcher, à courir, sauter, ramper vers la lumière vacillante. Mais les couples changent encore, et je me retrouve enfin en tête-à-tête avec Elle. Je danse, je danse et je tourne, jusqu'à en perdre haleine, jusqu'à ne plus sentir mes douleurs, mes blessures, jusqu'à avoir la tête qui me tourne. Je n'entends plus rien, je ne sens plus rien, je ne vois plus rien que Ses Deux Yeux Bleus, et Son Sourire, Celui-là même dans lequel réside mon univers tout entier. Je souris à mon tour. Et la musique s'arrête.
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Message par Gashadokuro le Dim 7 Juil 2019 - 20:59

Gashadokuro

Gashi gashi ! Clac clac, font les os qui s'entrechoquent. Gashi gashi ! Tu ne peux pas me voir.
Gashi gashi ! Tes armes sont inefficaces. Gashi gashi ! As-tu suffisamment prié ?
Gashi gashi ! Rouge comme un fruit d'alkékenge, le sang du fraîchement décapité !


Tomoko s'agenouilla devant le cairn. Elle sortit le poignard du manche de son kimono. Le tissu de soie semblait susurrer alors que le fourreau d'ivoire le grattait, puis tomba dans sa main. Le ciel nocturne l'observa en silence. Quelques étoiles scintillaient, impassibles. Les nuages, intrigués par le manège de la jeune fille, se laissaient trainer devant une lune mélancolique. Ils espéraient en secret assister à la fin de cette curieuse cérémonie. En dessous de la colline, brillaient une myriade de feux, de lanternes, lampions, des maisons les plus proches aux cabanes de pêcheurs posées aux limites de la baie. Certains se reflétaient sur les vagues portées par l'océan. Aucun souffle ne perturbait l'air de cette douce nuit d'été.
Tomoko prit le fourreau d'une main, le manche de l'autre, découvrit une lame au fil bleuté. Elle la fit pivoter, jusqu'à réfléchir la lumière froide de la lune.
C'était une belle nuit pour mourir.

- Monseigneur, a-t-elle mal joué du Shamisen ?
- Sa mélodie était aussi douce qu'une tendre caresse.
- A-t-elle alors manqué quelque chose lors de la cérémonie du thé ?
- Aucune cérémonie ne m'a été présentée avec autant d'attention et de précaution que la sienne.
- A-t-elle manqué de vous divertir en récitant quelques vers ?
- Elle m'a offert des rimes délicieuses, et même, à ma demande, aussitôt improvisé un hokku.
- Monseigneur, a-t-elle osé se refuser à vos honneurs ?
- Elle m'a ouverte les portes de son jardin secret, à la douce odeur de fleur de prune.
- Alors, Monseigneur, je vous en prie, dites-moi quelle était sa faute. Et je la lui ferai payer sur le champ. Le châtiment sera exemplaire.
L'homme dégarni, à la petite moustache poivre et sel, se mit à genoux et s'inclina jusqu'à ce que son front touche le sol. Il fulmina intérieurement. La garce. Elle allait le lui payer.

Tomoko posa délicatement le fourreau sur le côté, perpendiculairement au petit autel. Puis elle défit son chignon. Jeta la broche en forme de grue dans l'herbe environnante. Rassembla ses cheveux d'une seule main. Un reflet de lune déchira l'air. La jeune fille déposa sa mèche noire sur l'autel, juste devant l'encens qui se consommait en une suave odeur. Elle sut qu'à partir de cet instant, elle ne pourrait plus revenir en arrière. Elle prit le crâne humain qu'elle installa au dessus de sa chevelure, pile dans l'axe, droit devant elle.


Songe d'une nuit d'été.
Mon désir s'étiole en toi,
Au chant des lucioles.

- Alors, vous l'avez vue ?
Le vendeur d'anguilles dévisagea l'homme dégarni à la petite moustache poivre et sel. Ce dernier tenait nerveusement un bâton entre ses mains. Il était accompagné de cet individu, trop bronzé pour être honnête, un soit-disant guerrier portant un sabre à la ceinture.
Tout en s'excusant, le vendeur fit virevolter sa lame pour finir de trancher le poisson sur son comptoir, avant d'en récupérer les filets qu'il enfila sur des piques en bois.
- C'est beaucoup moins bon si je ne finis pas de les préparer de suite, dit-il en inondant les brochettes d'une sauce épaisse et noire, avant de les poser sur un feu de charbon.
Il n'aimait pas les gens qui se baladaient la nuit, armés, à la recherche de jeunes filles. Mais il n'aimait pas non plus avoir des ennuis.
- J'ai effectivement vu quelqu'un passer par ici, il y a quelques instants déjà. Elle a pris le chemin du sommet de la colline.
Il appuya ses mots d'un geste de la main.
L'homme dégarni à la petite moustache poivre et sel regarda le sentier qui montait, grimpait, juste après les dernières habitations. Sa colère s'embrasa d'un feu dévorant. Elle allait le lui payer.

Tomoko rapprocha la lame de ses yeux. Elle l'observa avec attention. Son fil était net, coupant. Sa ligne de trempe indiquait un polissage soigné. Bientôt, on la retrouverait. On lui ferait payer. Ce serait sûrement douloureux. On la tuerait peut-être. Ou alors, on la maintiendrait dans cette vie qui ne lui appartenait pas. Ce qui, d'une certaine façon, était pire encore. Elle observa les pierres amoncelées, l'autel, l'encens, le crâne, les cheveux. Ses cheveux. Ce petit rituel lui sembla n'être, soudain, qu'un caprice, ou un jeu d'enfant. Un jeu vain. Elle prit le pommeau de son poignard à deux mains, la pointe tournée contre son ventre, un peu au dessus du nombril. Elle qui, née de la mauvaise mère, avait provoqué le déshonneur de toute sa famille, pouvait enfin se racheter. Et partir. Libérée. Libre. Avec honneur. Il lui suffisait de pousser fermement sur le manche. Des paroles lointaines parvenaient jusqu'à ses oreilles, depuis le contrebas du sentier. Des jurons, des mots d'agacement. Une voix tristement familière. Tomoko se concentra sur ses mains, sur ses bras, ses muscles. Fixa les deux orbites vides devant elle. Le sombre néant qu'elles lui renvoyèrent, plutôt que l'inquiéter, lui apporta une forme de doux apaisement. Elle inspira profondément. Soudain, des lucioles apparurent, illuminant l'autel d'une centaine d'étoiles miniatures. L'une d'entre elle s'était même logée dans l’œil droit du crâne.

- Alors, Monseigneur, je vous en prie, dites-moi quelle était sa faute. Et je la lui ferai payer sur le champ. Le châtiment sera exemplaire.
- Cette petite impertinente m'a souri.

Le métal déchira le tissu. Tomoko sentit la pointe de métal sur sa peau. Mue par un réflexe, elle retira l'arme. Elle traça aussitôt un sillon rouge au creux de sa paume, en un éclair de lune froide. Puis elle posa sa main gauche sur le crâne. La voix du sentier se fit plus précise, tout en s'approchant. Elle était accompagnée d'une respiration bruyante, ainsi que de bruits de pas. Mais Tomoko n'en avait cure. Elle regarda le sang couler sur la forme osseuse, jusque dans les fosses nasales et sur le côté de la mâchoire. Une autre luciole enflamma l'orbite gauche, comme pour redonner une seconde vie à cet amas d'os. Un léger vent frais se leva tout autour d'elle. Sa plaie lui faisait mal. Elle savait que, comme toute blessure causée par la haine et le désir de vengeance, celle-ci ne guérirait jamais. Qu'il faudrait la rebander chaque jour qu'il lui restait à vivre. S'il lui en restait plusieurs. Mais Tomoko n'en avait cure.

Gashi gashi

- Ah, tu es là ! Sale traînée !
L'homme dégarni à la petite moustache poivre et sel se jeta sur elle. Il la fit tomber d'un violent revers de la main, infligé sans retenue.
- Moi qui t'ai accueillie sous mon propre toit ! Logée ! Nourrie ! Malgré ton déshonneur !
Il lança son bâton de côté, puis lui asséna un coup de sandale en bois dans les côtes. Elle ne broncha pas.
- Moi qui t'ai appris tout ton métier !
Il lui arracha le noeud de son kimono, sous le regard impassible du "guerrier". Ce dernier posa au sol la lanterne qu'il avait à la main. La flamme de cette dernière s'attisa alors que le courant d'air frais gagnait en intensité.

Gashi gashi

- Moi qui t'ai présentée au Seigneur de ces Terres, au Grand Chef du Clan, dans l'espoir qu'il te prenne à son service... et - ponctuant ses paroles de nouveaux coups de pied - ... et que cet honneur rejaillisse sur toute notre maison !

Gashi gashi

Le foyer du temple s'emballa à son tour. Les lucioles s'éteignirent toutes de concert.

Gashi gashi

L'homme dégarni à la petite moustache poivre et sel arracha le long tissu qui enveloppait son corps, la faisant rouler sans ménagement. Le guerrier l'interpella.
- Eh Boss ? Tu entends ces bruits ? J'ai un mauvais pressentiment !

Gashi gashi

- Tais-toi ! Je te paie, et cher, pour que tu t'en occupes, des mauvais pressentiments. Pour que tu les coupes en deux avec ton sabre ! Ce n'est pas vrai, je suis entouré d'incapables !
Il cogna à nouveau la jeune fille au sol. Encore plus fort.
- Des incapables !

Gashi gashi

Une rafale de vent souffla la flamme de la lanterne, fit tomber les pierres du cairn. Un frisson parcouru l'échine du guerrier.

Par cette sombre prière,
Je t'invoque. Ô terrible
Gashadokuro !

- Je crois qu'elle a son compte, Boss ! On la prend et on la ramène au vill...
Le guerrier termina sa phrase par un cri d'effroi. L'homme dégarni à la petite moustache poivre et sel se retourna. Son employé se fit soulever à cinq mètres du sol dans un bruit de claquements d'os. Les bras écartés comme si une poigne gigantesque le tenait. Il s'inclina contre son gré. Un bruit massif de dents entrechoquées, et sa tête roula au sol, tandis que le sang de son corps gicla pour disparaître, comme aspiré, à quelques paumes de lui.

Gashi gashi

L'homme dégarni à la petite moustache poivre et sel se mit à courir, sans comprendre ce qu'il advenait.
- Des incapables ! Tous des incapables !
Tout comme il n'avait pas compris la remarque du Chef de Clan.
- Tous ! Tous !
La seule chose qu'il avait compris à ce moment-là, c'était le déshonneur qu'il allait subir. La seule chose qu'il comprenait maintenant, c'est que son corps lui intimait l'ordre de fuir.
- Tous des incapables !

Gashi gashi

Il dévala le sentier à en perdre haleine. Le nœud de sa sandale droite se rompit. Il la jeta d'un mouvement de la jambe, sans s'arrêter.
- Tous ! Des bons à rien !
Un souffle glacial le saisit, du dos au thorax. Un souffle glacial comprima son plexus solaire. Le fit basculer en avant. Il pleurait, geignait, sentait toutes sortes d'humeurs couler au bas de son abdomen. Puis, plus rien.

Tomoko s'agenouilla. Elle tira le tissu déchiré et sale de son kimono, le posa sur son corps presque dénudé. Les hurlements de son ancien maître s'arrêtèrent d'un coup, net. Elle soupira.

Gashi gashi

Les bruits d'os s'entrechoquant se rapprochaient. Elle observa à nouveau les deux orbites du crâne face à elle. Le même apaisement lui parvint. Bientôt, ce serait son tour. Ce serait rapide. Ce serait bref. Tant mieux.

Gashi gashi

Elle perçut des grandes foulées, arrivant à côté d'elle, juste devant l'autel. Puis un pivotement. Il lui semblait que deux ouvertures noires immenses se penchaient sur son corps tout entier. Se concentraient sur ses propres yeux.

- Alors, Monseigneur, je vous en prie, dites-moi quelle était sa faute. Et je la lui ferai payer sur le champ. Le châtiment sera exemplaire.
- Cette petite impertinente m'a souri.
- Souri ?
- Oui, souri. Alors que les autres esquissent juste parfois un léger mouvement des lèvres, en regardant le sol d'un air gêné. Soumis. Servile. Respectueux. Et tellement excitant. Cette petite impertinente m'a souri, ses yeux plongés dans les miens. Et ils me disaient très clairement : "je te donnerai tout ce que tu désires. Ce qu'il reste de mon honneur. Ce qu'il te plaît de mon corps. Mais jamais, jamais je ne t'appartiendrai.

Une sensation de froid se posa sur la joue de Tomoko. Délicatement. Tendrement, ou presque. S'estompa, avec tout autant de douceur.
Gashi gashi
Les pas s'éloignèrent.
Gashi gashi
Les cliquetis se firent plus distants, jusqu'à disparaître. La lumière de la lanterne se ralluma, suivie par l'abdomen des lucioles autour de l'autel. Elle était désormais libre. Et vivante.

https://fr.wikipedia.org/wiki/Gashadokuro



Dernière édition par Gashadokuro le Mer 10 Juil 2019 - 11:48, édité 1 fois (Raison : changement d'ordre à la fin)
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Message par Cuicui le Lun 8 Juil 2019 - 14:35

Cliquer sur surveiller les réponses de ce sujet : fait !

Pas de retour de ma part, je préfère me laisser porter par la lecture sans avoir besoin d'y réfléchir... et j'aime beaucoup me laisser emporter par cet univers que tu offres là.
Il faut donc que tu écrives parfaitement sinon je décroche... Razz


Pour les vampires, heu... pas trop mon truc.
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Message par Gashadokuro le Lun 8 Juil 2019 - 21:03

Les squelettes géants invisibles, ça passe, mais pas les vampires ?
Vous, humains, êtes de curieuses créatures. Mais certes, à ta guise.

Tu me mets la pression sinon, heureusement que je n'ai plus qu'un fruit d'alkékenge en guise de cœur !
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Quelques textes Empty Je t'aime. à quoi bon ? Je t'aime. à quoi bon ? Je t'aime. à quoi bon ? Je t'aime. à quoi bon ? Je t'aime. à quoi bon ?

Message par Gashadokuro le Jeu 11 Juil 2019 - 20:17

Je t'aime. à quoi bon ? Je t'aime. à quoi bon ? Je t'aime. à quoi bon ? Je t'aime. à quoi bon ? Je t'aime. à quoi bon ? Je t'aime. à quoi bon ? Je t'aime. à quoi bon ? Je t'aime. à quoi bon ? Je t'aime. à quoi bon ? Je t'aime. à quoi bon ? Je t'aime. à quoi bon ? Je t'aime. à quoi bon ? Je t'aime. à quoi bon ? Je t'aime. à quoi bon ? Je t'aime. à quoi bon ? Je t'aime. à quoi bon ? Je t'aime. à quoi bon ? Je t'aime. à quoi bon ? Je t'aime. à quoi bon ? Je t'aime. à quoi bon ? Je t'aime. à quoi bon ? Je t'aime. à quoi bon ? Je t'aime. à quoi bon ? Je t'aime. à quoi bon ? Je t'aime. à quoi bon ? Je t'aime. à quoi bon ? Je t'aime. à quoi bon ? Je t'aime. à quoi bon ? Je t'aime. à quoi bon ? Je t'aime. à quoi bon ? Je t'aime. à quoi bon ? Je t'aime. à quoi bon ? Je t'aime. à quoi bon ? Je t'aime. à quoi bon ? Je t'aime. à quoi bon ? Je t'aime. à quoi bon ? Je t'aime. à quoi bon ? Je t'aime. à quoi bon ? Je t'aime. à quoi bon ? Je t'aime. à quoi bon ? Je t'aime. à quoi bon ? 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J'ai crashé mes ailes sur ton sourire. Tu le sais bien. Les anges n'existent pas. J'y croyais pourtant. Et je me voyais déjà. M'envoler, quitter le sol, si lourd, si plat, si rond. Cartésien. Euclidien. Virevolter. Danser dans l'air, tango improbable autour de ton oscillation. Tutoyer l'azimut. Me mêler à l'horizon. Mes mains toucher les nuages cotonneux. Mes doigts les effleurer, les caresser, comme on s'approche d'un rêve. J'ai crashé mes ailes sur ton sourire. Ce sourire même qui peuplait mes nuits d'un immanent soleil. Lorsque je laissais cette enveloppe, embaumée de ton parfum, juste à côté de moi sur ma table de nuit. Et c'est Hypnos en personne qui venait me border, me dorloter, me bercer. Tandis que Thanatos infusait en moi cette suave odeur, décoction de fleurs mortes, d'ethers violacés, poison délicieux. Et moi qui mourrais chaque soir. Doux agneau. Sacrifié. Et ressuscitais chaque matin. Perdu. Passionné. Enfant. Solaire. Heureux, presque. J'ai crashé mes putains d'ailes sur ton indicible sourire. Comme on balance ces quelques mots, sans comprendre vraiment ce qu'ils disent. Curieux fil alphabétique dont on voudrait broder un tissu de vie, au milieu d'une existence plate, morne, triste. Monochrome. Je t'aime. Mais ça veut dire quoi, putain ? Cette violence projetée, en bienveillance suffisante, ce vœu fait au vide, et consacré à toi, à l'autre. Alter ego. Égoïsme partagé. Dépecé. Violé. Je t'aime, comme on frémit lorsqu'on se jette dans le vide. Comme on tremble alors qu'on part au combat. Comme on pleure quand qu'on enterre un mort, un proche, un parent, un ami. Un frère. Je t'aime, de cet amour si pur, si franc, si blanc, angélique. Qu'un effleurement seul, ta peau survolée, tutoyée, apprivoisée par la pulpe de mon doigt suffit à renverser tout mon univers. Sublime ivresse, délice divin. Je t'aime, ce je t'aime dont on construit des murs en brique d'amour, de confiance, de projet, liés entre eux par la sueur, le sang et le foutre, par cette union charnelle de deux galaxies qui se tournent autour, s'attirent, irrémédiables, se touchent, s'embrassent, se percutent, se culbutent, s'unissent dans une explosive extase. Une mort nouée de vie. J'ai crashé mes ailes sur ton sourire. Et je souris à mon tour, benoîtement, niais. Encore sur le choc de cette incongruité, à vouloir diviser zéro par aleph. Ivre, sourd, perdu, paumé. J'ai crashé mes ailes sur ton sourire. Et il ne me reste plus rien. Que ces mots, des mots lourds, épais, maladroits. Ramassis de lettres approximatives, entassés comme des ordures, des piles de détritus. Vulgaires tours de Babel, dressées par un démiurge fou, pour tenter d'atteindre le sens, l'essence, la beauté de cette idée si parfaite. L'effleurer, comme la pulpe de mon doigt sur ta chair. La sentir, telle cette petite mort distillée au rouge de fleurs printanières. La fixer, dans un présent fugace, car l'éternité tout entière ne suffirait pas pour en percer le secret. La sublimer, par sept fois, à l'alambic de ma solitude hébétée, œuvre au noir du silence, puis au rouge du désir, et enfin au blanc du divin Être. Je t'aime. Je t'aime. à quoi bon ? Je t'aime. à quoi bon ? Je t'aime. à quoi bon ? Je t'aime. à quoi bon ? Je t'aime. à quoi bon ? Je t'aime. à quoi bon ? Je t'aime. à quoi bon ? Je t'aime. à quoi bon ? Je t'aime. à quoi bon ? Je t'aime. à quoi bon ? Je t'aime. à quoi bon ? Je t'aime. à quoi bon ? Je t'aime. à quoi bon ? Je t'aime. à quoi bon ? Je t'aime. à quoi bon ? Je t'aime. à quoi bon ? Je t'aime. à quoi bon ? Je t'aime. à quoi bon ? Je t'aime. à quoi bon ? Je t'aime. à quoi bon ? Je t'aime. à quoi bon ? Je t'aime. à quoi bon ? Je t'aime. à quoi bon ? Je t'aime. à quoi bon ? Je t'aime. à quoi bon ? Je t'aime. à quoi bon ? Je t'aime. à quoi bon ? 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Message par Wyrdwyn le Ven 12 Juil 2019 - 10:49

Excellent !!!

Sur le plan visuel, en jouant sur la taille de la fenêtre, c'est dément... les couleurs s'alignent, se croisent... (je suis comme une gamine quand je vois des trucs multicolores ^^)

Et ton texte dégage une force magnifique...
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Message par Beautymist le Ven 12 Juil 2019 - 15:40

Gashi ! Gashi !

J'ai bien aimé ton premier texte, celui qui donne le vertige, je prends le temps de lire la suite...

Et bien entendu, je raffole des histoires de vampires, mais ça, tu le sais déjà... Au plaisir de te lire.
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Message par Gashadokuro le Sam 13 Juil 2019 - 12:56

Merci pour ton soutien BeautyMist.

Donc, le vampire, pour ceux qui sont passés à côté :
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Message par Gashadokuro le Sam 13 Juil 2019 - 12:58

Quelle conne ! Mais quelle conne je suis ! Moi qui aurais pu faire une soirée tranquillement avec les filles. Oui, c'est toujours la même chose, à boire les mêmes cocktails trop chers du Jimi's, noyés dans des jus de fruits insipides. Ou bien une séance ciné, seule, à s'abandonner devant un de ces sempiternels films à l'eau de rose. Histoire de faire le plein de bons sentiments, de croire aussi qu'une belle aventure est toujours possible. Au moins jusqu'au générique de fin, et au retour des lumières dans cette salle maussade qu'on appelle « réalité ». J'aurais pu encore rappeler ce gentil gars, retrouver ses grosses lunettes noires, ses mains maladroites, ses discussions improbables sur l'avenir de la Silicon Valley et sa future start up. Pour un autre repas sans doute trop assaisonné dans son drôle d'appartement, parsemé de posters de rock, de figurines mangas, de plantes assoiffées. Pour une autre nuit trop longue et trop calme au creux de ses bras trop frêles. J'aurai pu choisir quelque chose de connu, de routinier. De sûr. Seulement voilà, Suzy, la princesse des cruches, a passé une semaine de plus, la tête coincée entre trois écrans d'open space, à gérer les dossiers de merde du service, tout en dégustant les mêmes blagues salaces sur les blondes pendant la pause café. Et à supporter l'existence de son boss, Georges, le plus infect que la terre a dû enfanter. Suzy, la reine des gourdes, a voulu jouer à la femme libre et indépendante, qui rentre après le taf s'enfiler du Bird's Eye (marque de surgelés) en maudissant ses copines qui ne l'appellent que pour parler du dernier exploit du jour de leur nouveau-né. Suzy, l'Impératrice des connes, voulait quelque chose de différent ce soir. De l'émotion, de l'adrénaline, du fun.


Mettre un bon coup de pied dans les bollocks du quotidien.

Sans se douter une seconde qu'il allait répliquer.


Je cours sous la pluie froide, au milieu d'un dédale de ruelles désertes. J'espère pouvoir me rapprocher du centre, ou au moins croiser quelqu'un qui pourrait m'aider. La peur tisse un nœud glacé au ceux de mon ventre. La peur enveloppe mon buste, recouvre le creux de mes épaules d'un voile acéré. La peur agrippe mes reins, me tord le dos qui se tient dressé, prêt à bondir. Elle actionne mes jambes, étouffant la fatigue, la douleur, les morsures de l'humidité. Elle contracte chacun de mes muscles, parés à se tendre au moindre signe de danger.


/ J'adore ça. /


J'aurais dû me douter que le type qui me suit n'était pas net. Il était trop parfait. Son costume élégamment taillé au gris évanescent, comme d'un autre temps. Ses longs cheveux noirs, ses yeux au bleu délavé, presque triste, au milieu d'un visage à la pâleur extrême. Son sourire toujours discret, mesuré, calculé. Son léger accent, peut-être italien, ou bien français. Ses manières désuètes, mais attentionnées, trop peu communes pour que je ne les trouve pas délicieuses. Son savoir, qui me baladait avec aisance des légendes du Pays de Sumer aux envolées littéraires de l'Angleterre victorienne, en quelques mots seulement. Son humour, à la fois perçant et doux, fin et irrévérencieux, parfaitement distillé, qui avait fini de désarçonner mes dernières défenses.

Les flaques d'eau froide dans lesquelles se perdent mes pieds me ramène au milieu de cette rue dont j'ai zappé le nom, perdue au milieu de ce quartier qui m'est inconnu. Je m'appuie contre la devanture d'une horlogerie, fermée comme tous les rares commerces du coin. Dans le reflet de la glace, je vois une cruche aux yeux bleus. Aux cheveux blonds, certains déjà blancs, gondolés sous l'effet de la pluie. Au mascara coulant le long de rides naissantes. Je l'observe tenir ses chaussures à talon à la main pour courir plus vite. Je détaille sa silhouette, sa robe courte surmontée d'un bustier au décolleté en dentelle, ainsi que sa fine veste détrempée par le ballet incessant des gouttes de pluie. Toute de noir vêtue. Comme si elle s'était parée pour son propre enterrement. Je manque de lâcher un rire cynique, lorsque l'étreinte de peur qui m'enveloppait éclate sous l'explosion d'une angoisse plus profonde encore. Son flot sourd déferle du creux de mon ventre, descend jusqu'à mes pieds, remonte le long de mon plexus, engloutit mes bras et mes mains, vient taper sur mes mâchoires qui se mettent à claquer toutes seules.


/ J'adore ça ! C'est trop bon ! Continue ! /


Mon corps se raidit un instant, comme paralysé par ce déluge d'émotion, cette pulsion de survie, le temps de comprendre ce qui lui arrive. Puis je reprends ma course, tourne à l'angle d'un immeuble décrépi. Partout, des fenêtres éteintes, des volets fermés, des portes closes, parfois condamnées par des planches. J'économise mon souffle pour soutenir l'effort, je pense que de toutes façons personne d'autre que lui ne m'entendrait crier. Des bruits de pas résonnent à quelques dizaines de mètres dans mon dos. Sûrement les siens. Mais je continue de regarder devant moi, tout en dévalant de plus belle. Me retourner pour voir qui me poursuit, c'est perdre du temps. Perdre du temps, c'est perdre tout espoir de m'échapper. Perdre du temps, c'est mourir.


Je me rends compte que je n'ai plus mes chaussures à la main. J'ai dû les lâcher sans faire attention. Les amas de rues désertes et d'immeubles vétustes s'ouvrent enfin sur un coin de la ville que je reconnais. Les docks. Cet enfoiré m'a fait partir à l'opposé du centre ville, vers l'endroit sans doute le plus désert à l'heure qu'il est. Mon esprit s'effondre, comme si c'était perdu d'avance, comme si c'était déjà la fin. Mon corps s'entête à courir, mais je ressens tout à coup mes pieds qui me brûlent, mes jambes alourdies, mon dos complètement crispé. Mon souffle tourne court. Il me laisse un goût de beurre rance dans ma gorge irritée. J'entends qu'il s'approche de plus en plus.

J'inspire profondément pour mieux me projeter en avant. Mais il apparaît soudain, pile devant moi – comment est-ce possible ? – et ouvre ses bras pour m'enlacer.

« - Doucement mon petit, doucement ! »

Sans prendre le temps de réfléchir, je tends mon bras pour le frapper violemment.


/ Je vois les muscles de ton épaule droite qui se crispent, ton visage accompagne ton geste à venir d'un rictus. Je décompose le mouvement, j'en analyse la vitesse, la finalité. Je pourrais choisir d'esquiver ton geste. Prendre ton bras, le bloquer, briser ton coude, plus vite qu'il ne faut de temps à ton œil pour ciller. Je choisis de ne rien faire. Tu m'as fait passer une délicieuse soirée, et je n'en attendais pas moins de toi. Prends cela comme ma façon de te remercier. /


Son visage est légèrement projeté sur le côté. Je suis encore plus surprise que lui d'avoir pu l'atteindre aussi facilement. Mais cela ne semble pas l'avoir affecté.


/ « - Tout de suite, je ne tiens plus ! Ma douce enfant ! Ma vie incarnée ! »


Je plonge mes yeux dans les siens. /

Je ne sens plus mon corps...

/ Je l'enlace délicatement. /

Je ne contrôle plus mes membres, je me sens comme... comme dépossédée...

/ Je me concentre sur le lien hypnotique qui me permet de ressentir ses émotions. /

J'ai l'impression d'être une poupée entre ses mains... j'ai l'impression de n'être plus que spectatrice de mon propre esprit...

/ Je lèche doucement le côté droit de son cou. Je sens la vie qui danse, qui palpite, s'affole et bat, obstinément. Sa peur, sa jeunesse qui s'évade, ses minces espoirs, auxquels elle ne croyait déjà plus, qui s'envolent au néant. Et j'adore ça. /

Ses longs bras raides, son regard vide m'entourent comme une araignée tient sa proie. Sa peau est trop froide pour être vivante, même avec cette pluie. C'est pour cela qu'il s'était poliment esquivé quand j'avais tenté de poser ma main sur la sienne, au restaurant ? Je ne sais pas pourquoi, je revois le visage de George. J'essaie sans doute de fuir, cet ici, ce maintenant. Cet autre monstre qui me tient entre ses bras. Je ferme les yeux, que je semble contrôler encore, et je me retrouve nez à nez avec ce connard, cette enflure de Georges. Son regard éberlué, prétentieux, de porc qui se croit beau, et fort, et intelligent, et irrésistible, et tout ce qu'il n'est pas. Avec ses mots qui rabaissent, avec ses remarques qui déchirent, avec ses gestes qui blessent la chair, son avidité qui déshabille pour mieux déchiqueter ce qui lui résiste encore. La merde de tous les culs qu'il a dû lécher au cours de sa « brillante » carrière, et qui lui ressort, au centuple, chaque fois qu'il parle, qu'il agit, qu'il ment, ou même qu'il respire.

/ Je retrousse mes lèvres. Son parfum m'enivre. Son souffle est devenu régulier, tel le battement d'un pendule. Même la hauteur vertigineuse de l'éternité qui me hante s'affaisse à chaque respiration de cette petite créature divinement mortelle. /

Georges. Je croyais que c'était la plus belle ordure de la Terre. Jusqu'à ce soir. Jusqu'à présent. Je l'imagine à ma place. Je le voudrais à ma place. Tous ses beaux sous, son orgueil, ses mensonges ne lui serviraient à rien. Son carnet d'adresse, qui lui ouvre les portes des salons les plus hype, ne lui servirait à rien. Sa belle voiture rutilante, sa villa sur une île à son nom, toutes les choses qui comptent pour lui ne lui serviraient à strictement rien. Ses magouilles dans le business, ses manières frauduleuses et ses avocats corrompus ne pourraient rien pour lui. Je l'imagine très bien à ma place, et il se pisserait dessus. Je ne sais pas si je dois haïr le Ciel d'être une femme, car les monstres comme celui qui m'étreint ne doivent sûrement s'attaquer qu'aux femmes. Ou remercier le Ciel, car il m'a donné cette force. Ce type va faire de moi... je finirai sûrement en fait divers. Je vais sans doute pleurer toutes les larmes de mon corps, je dois déjà être en train de le faire. Mais je ne me ferai pas dessus. Je ne verrai pas l'aube demain, mais je ne me ferai pas dessus. Je n'ai plus d'espoir, je n'ai plus que cette pensée à laquelle m'accrocher. Tu m'entends, connard de mec vicié ? Je ne peux plus prononcer un mot, mais je le pense assez fort pour que tu m'entendes. Je ne me ferai pas dessus.


/ Je ne tiens pas un instant de plus. Je plonge. Mes canines déchirent sa peau qui s'offre à moi comme celle d'un fruit trop mûr. Son sang chaud bout, danse et m'enivre. /

Je ressens la douleur. Une douleur aiguë, ce déchirement, à la fois piqûre profonde et brûlure vive.

/ Je sens cette vie qui virevolte, cette lumière semblable à celle d'une bougie, luttant sous un courant d'air qui pourrait la souffler à n'importe quel instant, qui vacille mais s'obstine, hésite et tient encore. /

Je sens ce vide de mort. Froid, implacable, à l'amer et glaçant goût de pierre. Le silence, la tristesse, le dédain et la mort. Le temps qui suspend son cours, mécanique grippée, dénuée de début et de fin. Des souvenirs, devenus tristes échos, sans saveur, sans couleur, sans odeur, sans émotion. Vaines ombres dessinant les limites à un horizon de néant.

/ Je sens la joie, l'espoir, la tristesse et la peur. Ces émotions qui s'unissent, s'embrassent pour transcender l'envie en un ardent désir. / Je sens cette bulle de vacuité, au contour infini, à l'absente violence sourde. Je sens toutes les cellules de mon corps, de son corps, qui vibrent à l'unisson d'un mal aigu, insoutenable, je sens l'univers entier exploser en chacune d'elles en une dévorante extase. Et la bulle se perce. Le vide s'engouffre dans la déchirure sacrée pour remplir enfin la mort. Je suis toi. La douleur sourde. Tu es moi. L'extase. Nous ne faisons plus qu'un. En cet instant précis. Enfin. A jamais.


***


Je la repose en douceur, à l'abri d'un arrêt de bus. Il doit lui rester assez de sang pour vivre. J'emporte avec moi ses souvenirs de cette soirée et les traces de notre étreinte. J'utilise son portable, dérobé à son insu à la sortie du restaurant, pour passer un appel anonyme aux services de secours. C'est à chaque fois pareil, le peu de vie que j'emprunte me redonne un semblant d'humanité. Pour quelques jours, tout au moins. Je la regarde une dernière fois, cette délicieuse enfant, alors que la sirène d'une ambulance vient perturber le clapotement des incessantes gouttes de pluie. Puis je retourne me glisser dans l'ombre de la nuit.
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Message par Beautymist le Lun 15 Juil 2019 - 12:55

Omohide poro-poro...
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Message par Cuicui le Lun 15 Juil 2019 - 12:59

Pffff.... tes vampires sont trop humains. Humains, bien trop humains... 

^^
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Message par Gashadokuro le Lun 15 Juil 2019 - 13:02

Euh, c'est un peu le but ?!
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Message par Cuicui le Lun 15 Juil 2019 - 13:08

C'est sûrement pour ça que je n'aime pas les histoires de vampires... ^^
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Message par Gashadokuro le Lun 15 Juil 2019 - 13:16

Ah.

C'est sans doute lié à mon vécu mais je me suis toujours posé la question du rapport au monstre.
C'est quoi un monstre ?
Basiquement, c'est celui que l'on montre du doigt (le mot vient du latin monstrare).
Parce qu'il est curieux, différent, pas comme les autres.
Je le sais bien, pour l'avoir été.
Par des gens qui se disaient normaux.
Par des gens méchants, odieux, bêtes, puériles, stupides.
Par des gens qui ne dégageaient aucune forme de respect ou d'empathie.
Or quelqu'un qui n'a pas d'empathie, n'est-ce pas, au final, un monstre ?
Cela rendait la critique tout aussi stupide que douloureuse.
Malheureusement, souvent, la victime d'un quolibet n'en veut pas à celui qui lui l'a infligé. Elle s'en veut à soi.

Mon texte pose cette question : qui est le monstre ? Pour de vrai ?

BeautyMist : je ne connais pas ce film malheureusement...
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Message par Bimbang le Lun 15 Juil 2019 - 14:42

Je n'aimais pas les histoires de vampires, jusqu'à ce que je lise J.R Rain.
C'était un week end. J'ai lu sans m'arrêter ou presque, me relevant la nuit, jusqu'à ce que mes yeux se ferment.

Je n'aurais pas dû me réinscrire à la bibliothèque. J'ai une addiction forte à me transporter dans les histoires. J'ai tenté de m'extraire de ça en faisant du RP, en écrivant moi-même des histoires en fait, persuadée qu'en apprenant à écrire, ça déstabiliserait ma lecture. Comme si l'oeil de la "spécialiste" - c'est un terme exagéré me concernant, mais c'était l'idée - décrypterait les fils invisibles permettant l'illusion. Comme un professionnel de la magie qui verrait les astuces des autres, quoi.
Mais non. Rien n'a changé. C'est même carrément le contraire, vu qu'en m'obligeant à visualiser les scènes pour mieux les décrire, je me suis crée un petit atelier intérieur encore plus perfectionné.

Pardon pour l'intrusion ici.  Pas sûr
Ça t'embête pas qu'on te cause au milieu des tes écrits ?
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Message par Gashadokuro le Lun 15 Juil 2019 - 14:56

Aucun soucis. N'hésite pas à donner un avis si tu le souhaites, également.

Je comprends ce que tu veux dire. Ça m'a fait ça lorsque j'ai appris la guitare. Des morceaux qui me transportaient, qui me semblaient venus d'ailleurs, paraissaient d'un coup tout "simples". Ça m'a appris à aimer la musique différemment.

Même si j'apprécie de plus en plus le silence...
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Message par Cuicui le Lun 15 Juil 2019 - 15:14

Mon texte pose cette question : qui est le monstre ? Pour de vrai ?

Malheureusement, il n'y a qu'une catégorie de personne qui ne se pose jamais cette question, ce sont les monstres eux-mêmes. Ce pourrait être un indice de reconnaissance, celui qui ne cherche pas le monstre en lui est celui qui l'est.
Tiens... Je vais l'inscrire dans mes Évangiles, celle-là... ^^
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Message par Gashadokuro le Lun 15 Juil 2019 - 15:33

Hâte de les lire...

J'aime bien ta réflexion, pour moi elle est cohérente.
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Message par Godzilla le Lun 15 Juil 2019 - 15:45

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Dernière édition par Godzilla le Mer 17 Juil 2019 - 3:19, édité 1 fois
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Message par Gashadokuro le Lun 15 Juil 2019 - 21:09

Euh... ton ex avatar alors ?!
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Message par Godzilla le Lun 15 Juil 2019 - 21:31

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Message par Gashadokuro le Mar 16 Juil 2019 - 9:14

Après ce magnifique échange, je vais devoir écrire un sacré texte pour relever le niveau. -_-
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Message par Cuicui le Mar 16 Juil 2019 - 9:32

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Message par Katniss le Mar 16 Juil 2019 - 10:05

Mont Saint-Michel ?
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Message par Gashadokuro le Mar 16 Juil 2019 - 10:20

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Message par Cuicui le Mar 16 Juil 2019 - 10:58

Non, mais voui, on part ailleurs.
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Message par Saxifrage* le Mar 16 Juil 2019 - 11:08

qui est le monstre ?
Je me pose régulièrement la question… mais en pensant à mon monstre intérieur, qui a parfois tendance à déborder…
Je pense qu'on a tous une part de monstre en nous…
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Message par Gashadokuro le Mar 16 Juil 2019 - 11:18

Saxifrage* a écrit:
qui est le monstre ?
Je me pose régulièrement la question… mais en pensant à mon monstre intérieur, qui a parfois tendance à déborder…
Je pense qu'on a tous une part de monstre en nous…

C'est aussi un des sens du texte du vampire...
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Message par Saxifrage* le Mar 16 Juil 2019 - 11:26

Z'avais bien compris. ^^
Toutes les histoires de monstres ont cette trame commune de toute façon (enfin, c'est ce que moi j'y vois) : nous sommes tous de potentiels monstres, autant pour nous-même que pour les autres.
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Message par Gashadokuro le Mar 16 Juil 2019 - 13:41

C'est d'ailleurs assez curieux de regarder les différentes modes du monstre du moment.

Il y a eu une période vampires, une période zombies, là c'est Godzi le retour...
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Message par Biper le Mar 16 Juil 2019 - 13:42

Quand j'étais jeune c'était plus "casimir " Very Happy
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Message par Katniss le Mar 16 Juil 2019 - 13:43

Ou Denver Very Happy
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