Journal d'un Squelette

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Message par Gashadokuro le Ven 7 Juin 2019 - 18:33

Mode d'emploi du KF : lancer la première vidéo, puis tout de suite après lancer la seconde.




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Message par Gashadokuro le Ven 7 Juin 2019 - 18:39

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Message par Invité le Ven 7 Juin 2019 - 18:41

Pourquoi ne pas mettre comme titre: "Journal du gars qui aime changer de titre" ?

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Message par Le Don qui Chante le Ven 7 Juin 2019 - 18:49

Spoiler:
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Message par Gashadokuro le Ven 7 Juin 2019 - 19:17

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Message par Gashadokuro le Sam 8 Juin 2019 - 10:24

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Message par Gashadokuro le Sam 8 Juin 2019 - 17:15

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Message par Gashadokuro le Mar 11 Juin 2019 - 20:37

Bon. Entretien préalable au test. Le thérapeute m'a conseiller de ne pas le passer dans l'immédiat, que les resultats seraient trop faussés.

The right man at the right place at the wrong time ? That's how I f**king feel every day.
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Message par Invité le Mar 11 Juin 2019 - 20:48


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Message par Gashadokuro le Mar 11 Juin 2019 - 20:52

Merci, mais je suis pas trop d'humeur là...
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Message par Invité le Mar 11 Juin 2019 - 20:53

Si tu veux, K***fisher, j'efface cette musique et le présent post

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Message par Chuna le Mar 11 Juin 2019 - 21:00

Un ange

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Message par Gashadokuro le Mar 11 Juin 2019 - 21:03

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Message par Chuna le Mar 11 Juin 2019 - 21:08

qu'est ce qui bloque ?
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Message par Gashadokuro le Mar 11 Juin 2019 - 21:09

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Message par Gashadokuro le Mar 11 Juin 2019 - 21:11

Trop d'émotions négatives, manque de sommeil, pas de liens sociaux, état proche du burn out...
Il m'a dit que les résultats du test seraient trop faussés, et que ça serait de l'argent gâché.
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Message par Chuna le Mar 11 Juin 2019 - 21:14

Oui c'est sur.

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Message par Gashadokuro le Mar 11 Juin 2019 - 21:20

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Message par Invité le Mar 11 Juin 2019 - 21:24


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Message par Gashadokuro le Mar 11 Juin 2019 - 21:26

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Message par Chuna le Mar 11 Juin 2019 - 21:53

Cool

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Message par Gashadokuro le Mar 11 Juin 2019 - 21:55

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Message par Chuna le Mar 11 Juin 2019 - 22:16

Wink
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Message par Saxifrage* le Mar 11 Juin 2019 - 22:23

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Message par Gashadokuro le Mer 12 Juin 2019 - 8:18

Merci pour les fleurs Saxifrage, elles sont magnifiques. En plus le violet est la couleur de l'ésotérisme.
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Message par Invité le Mer 12 Juin 2019 - 14:24

Je copie Saxi parce que les mots me font défaut. Je préfère une image que tu apprécieras probablement plutôt qu'un langage maladroit...
Journal d'un Squelette - Page 6 P1120811
(Un peu floue mais y a un peu de vent aujourd'hui...)
Saxi:
c'est toi qui l'a prise la photo?
C'est magnifique ces coeurs...
Ce sont des pensées, non?

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Message par Gashadokuro le Mer 12 Juin 2019 - 20:18

Merci Dumnos, chouettes fleurs également... tirées d'une balade si j'ai tout suivi ?
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Message par Invité le Mer 12 Juin 2019 - 20:30

Vi. C'est ça. Cet après-midi même. Et je l'ai prise pour toi en plus! Wink   Amis

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Message par Gashadokuro le Mer 12 Juin 2019 - 20:46

Merci ! Impec !
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Message par Gashadokuro le Mer 12 Juin 2019 - 21:07

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Message par Fleur de Lotus le Mer 12 Juin 2019 - 21:18

Bonsoir KF, je n'étais pas encore passée ici, je trie énormément.

Je vois que tu ne vas pas très bien et j'en suis sincèrement désolée. Je vais être très honnête avec toi, étant donné que tu es sur Lyon, que j'aime tes commentaires et que nous avons un peu échangé par mp, je me suis tout de suite imaginé te proposer une rencontre, simple et douce, pour parler. Mais j'ai peur de ne pas savoir gérer mes émotions, surtout en ce moment, d'être à côté de la plaque et de n'être pas d'une grande utilité.... alors ... tu vois comme je peux être bizarre des fois, je te le dis là... sans le faire, mais le coeur y est, et je me dis que cela radoucira peut-être un peu ta soirée...

Et puis... les tests.... bon.. je sais que c'est facile quand on les a passés enfant (même si cela a été nié et oublié) mais l'important n'est pas là, et tu en es certainement conscient.

Enfin, pour finir, j'ai mis les deux vidéos en même temps, pluie et chant... et c'est vraiment très beau, merci.

.
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Message par Gashadokuro le Mer 12 Juin 2019 - 22:02

Bonsoir Fleur de Lotus,

Merci pour ta réponse. C'est déjà super de prendre le soin de me mettre un mot.
Le test, je m'en remettrai. J'ai vécu des trucs perso un peu plus durs à avaler. On verra.
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Message par Gashadokuro le Ven 14 Juin 2019 - 19:32

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Message par Invité le Ven 14 Juin 2019 - 20:12

Impec !

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Message par Saxifrage* le Ven 14 Juin 2019 - 20:12

Fleurs sauvages de devant chez moi

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Message par Gashadokuro le Ven 14 Juin 2019 - 21:19

Merci beaucoup Saxifrage !

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Message par Gashadokuro le Lun 17 Juin 2019 - 19:46

PETAGE DE CABLE MUSICAL BORDEL !!!!!!!!!!!!!





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Message par Gashadokuro le Lun 17 Juin 2019 - 19:46






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Message par Gashadokuro le Lun 17 Juin 2019 - 19:46







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Message par Gashadokuro le Lun 17 Juin 2019 - 19:56

And I'll keep your smile
As my favorite secret
And your pale blue eyes
The only answer to my mistake
'Cos I still don't know to sail
'Cos I still don't know to swim
But i f***in don't care
As long as I feel fine...
Paris, 1842


28 avril
Je tourne mon regard sur ce nouveau paysage. Une montagne haute, fière, écharpée, à la fois couverte de verdure et exposition de rocs à vif.
Mon esprit ne voit que des murs blancs.
Une petite vallée parsemée d'arbustes, traversée par une rivière.
Un plancher blanc.
De l'autre côté, d'autres hauteurs minérales viennent tutoyer le ciel.
Un plafond blanc.
Le soleil inonde ce territoire sauvage, hostile. Je sens la nature abrupte, dure, sèche. Je suis un intrus pour elle, qui se tient prête à m'avaler au moindre faux-pas.
Un espace clos, serré, oppressant, à la blancheur morbide et impeccable.
Ma nouvelle maison.
Ma nouvelle maison.


Au lieu de m'inquiéter, j'éprouve plutôt une forme de relâchement. Combien de mois a-t-il fallu pour que j'arrive jusqu'ici ? La traversée de l'Atlantique, où j'ai vomi mille fois mes tripes. Les premiers pas sur le nouveau continent, qui m'accueillait avec la fièvre jaune. Un premier job difficile, comme docker à la Nouvelle-Orléans. La descente jusqu'à Panama, pour trouver un bateau qui me mena ici, en Californie. La longue marche le long du littoral, puis dans la montagne, atteignant cette mission de moines franciscains. Et enfin, mon avancée jusqu'à cet endroit, jusqu'à ce que mon cœur me dise "c'est bon, tu es arrivé". Un silence règne en ces lieux , à peine perturbé par le clapotis du cours d'eau. L'instant choisi précisément par cette question pour revenir jusqu'à moi. A plusieurs milliers de kilomètres d'Elle.

Pourras-tu l'oublier ?


Ai-je fais le bon choix ? Tous ces efforts, tous ces sacrifices, toutes les difficultés qui s'annoncent ici, serait-ce suffisant pour  l'oublier ?

En guise de réponse, je perçois le cri âpre et sec d'un vautour. Je lève les yeux au ciel. Ils sont en fait deux, à tournoyer au dessus de moi.
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Message par Gashadokuro le Lun 17 Juin 2019 - 20:19

Le monde se divise en deux catégories : ceux qui ont un pistolet chargé, et ceux qui creusent. Toi, tu creuses.
Le bon, la brute, et le truand (Sergio Leone)
Il y a deux types d'hommes qui creusent : les fossoyeurs, et les chercheurs d'or.
Anonyme

15 mai
Je descends à la rivière, avec mes deux seaux tenus par une corde que soutient mes épaules. J'ai également mon fusil avec moi. Il y a une semaine, un ours rôdait dans les parages. Quelques détonations ont suffi à le faire partir. Je m'arrête devant la rivière, pose les contenants au métal au sol, puis mon arme, et je m'approche pour faire ma toilette. L'eau est fraîche, dure, à l'image de ce pays.

Dans l'azur et le blanc du ciel, je ne vois que ses yeux, seule limite à ma liberté.
Dans l'air frais qui caresse la plaine, je ne sens que son esprit, vif, gai, perçant.
Dans le feu irradiant du soleil, je ne retrouve que la chaleur vibrante de son âme.
Dans la dureté meuble de la terre, je ne retrouve que la fermeté douce de sa chair.


Je mets quelques cailloux dorés dans ma poche. Ils me suffiront pour payer une semaine de farine, ou une nouvelle pioche. Je remonte jusqu'à ma cabane. J'ai pu adosser cet amoncellement de planches à la montagne, exposé au sud pour capter le maximum de chaleur. Une seule pièce me sert de chambre, de salon et d'atelier. Mon cheval se tient, fier et droit, le harnais attaché à un poteau. Alors que j'arrive à proximité, il s'emballe. Je tourne mes yeux vers l'amont du cours d'eau. Deux indiens se présentent sur leurs montures. J'ai déjà vu le premier, accompagné de fiers guerriers. Ils auraient pu me piller, m'égorger, prendre mon scalp, mais ce peuple semble plutôt pacifique. Je leur ai spontanément offert un sac entier de sel,, un bocal de feuilles de thé, de la poudre, des munitions. Le jeune indien parle quelques mots d'espagnol et d'anglais. Moi aussi, mais pas forcément les mêmes.  Le second est un homme âgé, fatigué, mais dont le visage approchant semble ouvert, lumineux.

Je me tourne vers eux, pose mes seaux au sol, montre mes mains en signe de paix, puis m'incline.
Ils arrivent à mon niveau.

L'interprète descend de son cheval, me salue, et pose un sac de cuir et des peaux de bête à mes pieds. Le sac contient des pépites d'or. Il doit y avoir ce que je récolte en une bonne semaine.
- Je te remercie. Soyez les bienvenus.
- Tu nous as accueilli avec générosité. J'ai donné les feuilles qui sentent à notre homme-guérisseur. Il a apprécié. Il a voulu te remercier lui-même.
Le vieil homme descend à son tour, péniblement. Son compagnon l'aide à poser le pied au sol. Je m'incline une autre fois devant lui. Ce dernier me parle, dans une langue dont je ne comprends rien. Mais le sens semble affleurer, comme une source prête à rejoindre la surface.
- Notre homme-guérisseur m'a suivi. Il a un message important pour toi.
- Je vous écoute.
- Par delà le "Nord" (si j'en crois la direction qu'il me montre du doigt), dans la montagne qui se tient à ta gauche, il y a une grotte. A un jour de cheval.
L'aîné parle également. Ses mots deviennent puissants, sombres, comme pour annoncer un désastre.
- Surtout, ne rentre pas dans la grotte. Fuis, fuis aussi loin que tu peux.
- C'est un territoire sacré ? L'un de vos Dieux vit à cet endroit ?
- Non, pas un Dieu. Pas un (mot incompréhensible ?) Pas esprit, pas esprit. C'est un (autre mot incompréhensible ?) ! Cet endroit est maudit. Si tu rentres dans la grotte, tu meurs.


Dernière édition par K***fisher le Sam 22 Juin 2019 - 13:46, édité 1 fois
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Message par Gashadokuro le Sam 22 Juin 2019 - 13:45

22 mai
« Et Dieu créa la femme.
Et il la fit à son image. Parfaite. »
Évangile du Martin-Pêcheur

Je rentre dans la ville, la bribe de Balthazar à la main. Ce dernier suit sans broncher. Ce qui n'était, il y a quelque mois encore, qu'une grande ferme de colons entourée de nature s'est transformé en une véritable bourgade. Avec sa rue principale, son église, sa banque, son épicerie, son commerce général, son auberge, et son service postal.
Je me dirige vers ce dernier.

Pourquoi vas-tu d'abord là ? Tu as fait des heures de cheval sous un soleil de plomb. Tu es crevé. Tu as soif. Très soif.

Je m'en fiche. Je continue ma route. Tout n'a pas été construit comme il faut ici. Je suis accueilli par une forte odeur d'excréments, portée par la chaleur épaisse. Mais le curieux mélange d'espagnols, d'américains, de hollandais, de prussiens et de chinois qui vivent là semblent s'en accommoder. L'or n'a pas d'odeur. Je passe devant l'auberge.

- Eh, le Frenchie, pas trop dur la vie par chez nous ? Pas un escargot ou une grenouille à se mettre sous la dent !

J'ignore cette pique, prononcée dans un horrible accent irlandais. Son auteur, un rouquin à la barbe hirsute, aux purulences de peau, sur ses joues, sur son nez, plus rouges encore que ces poils, me lance un regard de feu. Je fais mine de ne pas le voir.

- Eh, oh, Wimp ! Je te cause !

Je m'arrête, me tourne vers lui tout doucement. Ma main glisse sur la crosse de mon fusil.

- Kelly, arrête ton cirque. Retourne boire à l'intérieur, ou rentre chez toi. Tu vas encore avoir des ennuis sinon.

A quelques mètres de lui, se tient un homme à la stature droite, au chapeau noir, bacchantes poivre et sel impeccables. Le Colonel, un ancien soldat, dirige la milice locale. Ses mots tombent avec autorité, sans qu'il n'ait besoin de parler fort. Le rouquin rentre dans l'auberge, la mine déconfite.
J'échange un regard avec l'homme de loi. Nous savons tous deux que la vie est dure ici. Souvent courte. Que ce pauvre gars galère, comme les autres. Qu'il est sûrement juste un peu plus fragile, plus sensible, qu'il joue les durs pour se rassurer. Que l'incident est clos. Qu'en fait, il ne s'est rien passé. Un hochement de tête respectif le confirme. Je continue.

Pourquoi fais-tu cela ? Tu sais que ça ne sert à rien. Ta lettre mettra des mois à arriver. Si elle ne s'égare pas en route. Si le coursier ne se fait pas descendre par les Chicanos ou les Indiens. Si le bateau qui la transporte ne s'abîme pas, dans le Pacifique, les Caraïbes ou l'Atlantique, coulé par une tempête. Si un postier ne l'égare pas, entre deux sacs, sous un meuble, en faisant le tri. Alors, à quoi bon ?

Je rentre dans le bâtiment du service postal. Nous sommes en territoire mexicain, mais ce sont les Américains qui le gèrent. Ce pays n'est pas à une incongruité près. Un jeunot, avec une visière en cuir pour seul uniforme, m'accueille avec un sourire tendre.

- Bienvenue, Sir, que puis-je faire pour vous ?

Ici, les employés changent à chaque fois, ou presque. Bientôt, il sera lui aussi pris d'une fièvre inextinguible, qui le poussera chercher de l'or, dans les montagnes ou les rivières des alentours.
Je plonge ma main dans la poche intérieure de ma veste. Le contact du papier sur la pulpe de mes doigts fait remonter un flot d'émotions. Mon ventre invoque une boule de chaleur. Mes oreilles vacillent, plus fort que sur le pont du Panama – San Francisco au plus fort de la houle. Les mots reviennent tous seuls, forts tout autant que ridicules.

Le savant comme le poète se tournent vers le ciel. Ils étudient tous deux les phases de la Lune. Déchiffrent la course du Soleil. Suivent les pérégrinations des astres. Distinguent les planètes. Comptent les étoiles. Se prosternent devant l'Univers. Sacrifient leur vie entière pour en extraire équations ou poèmes, identiques élégances du langage, que ne comprendront jamais les masses de sots qui les côtoient. Seulement voilà, Aussi brillants soient-ils, aucun scientifique, aucun poète jamais ne me comprendra, moi.
Jamais il ne comprendra que j'ai déjà fait mille fois le tour de la Lune, bercé au creux de tes bras.
Que j'ai goûté la chaleur et la lumière, extraites au cœur-même du Soleil, sur le rouge carmin de tes lèvres.
Que j'ai observé tant d'astres inconnus, juste en fermant les yeux, et en suivant le filet cristallin de ta voix.
Que j'ai posé, sur une planète cachée dans l'obscurité, encore à découvrir, le parvis du temple des plus profonds de tes mystères.
Que chaque pensée que j'ai de toi s'envole, s'enflamme et brille au firmament, formant une multitude plus complexe et plus belle que le tapis céleste du zodiaque.
Jamais ne comprendront-ils que mon univers tout entier se tient, voûté, incliné, caché dans l'ombre de ton sourire.

- C'est pour envoyer où, Sir ?

Le postier me dévisage, sans se départir de son air naïf.
- La France.
- Euh, France ? Ça va être long et cher.

Je pose une poignée de cailloux dorés sur le bureau. Sans doute assez pour envoyer ce pli jusque sur la Lune.

Je m'arrête ensuite au magasin pour y acquérir une nouvelle pioche, de la ficelle, puis à l'épicerie pour un sac de farine et un peu d'huile. Je me dirige enfin jusqu'à l'auberge. Le rouquin dort, avachi sur sa chaise, ronflant tel un volcan apaisé, calme comme un poupon. Je m'installe au comptoir, le nez rivé sur le plan de travail ; j'en examine le lustrage, compte les nœuds de son bois.

- Qu'est ce qu'il lui faut ?

Le serveur, fils de colons acadiens, un solide gaillard cinquantenaire, me parle avec un français à l'accent étrange.

- Du whisky, et un peu d'eau.
- J'ai reçu de l'alcool de noix du Vieux Continent.
- Va pour la noix. Ça me changera de l'ordinaire.
- Augustine, tu as entendu ? Sers Monsieur.

J'entends le pas lourd de sa fille, cette blonde aux yeux bleus, solidement charpentée, mais toujours vêtue d'une robe claire aux motifs légers, floraux, marcher jusqu'à moi. Les femmes sont rares dans cette terre hostile. Les hommes eux, ont un appétit d'autant plus féroce. Mais Augustine a sa réputation. Celui qui s'en approche de trop près en sera quitte pour un coup de choppe sur le groin. Et son père veille, si l'éconduit se rebiffe. Je sens le regard de la fille peser sur moi. Toujours le même, espérant, invitant, implorant presque. J'entends le bruit d'une bouteille, d'une carafe, d'un verre qu'on pose près de moi. Je perçois la chaleur de son corps, bouillonnement triste et frais qui attend...

- Merci, dis-je sans lever la tête.

… Et s'éloigne. Je me sers. Un torrent brûlant tombe en cascade sur mon œsophage. La porte devant moi, sur le côté, s'entrouvre, laissant apparaître une forme fugace qui s'évanouit tout aussi vite. C'est Chu'a, une jeune Indienne. Je ne sais plus si elle a été abandonnée par sa tribu, échangée contre des marchandises, ou enlevée pendant un rapt. En tous cas, elle a fini ici, comme bonne à tout faire. Et, contrairement à Augustine, le tavernier la laisse à disposition des gars pour une poignée de dollars.

- Tu veux manger quelque chose ? C'est la maison qui régale.

La blonde se tient à côté de moi. Je baisse ma garde, observe son regard. Ce n'est pas ses pupilles bleues que je vois, mais les Siennes à Elle. Je frémis. Mon esprit chavire. Augustine s'avance, pose sa main sur ma cuisse. Je me lève aussitôt, jette quelques pépites sur le comptoir, quitte l'auberge sans dire un mot. Puis la grande rue, puis la ville, aussi vite que peut galoper Balthazar.


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Message par Gashadokuro le Dim 23 Juin 2019 - 16:42

Un autre jour, en juin

Paris, le 25 janvier 1842

- Pardonnez-moi, Monsieur, vous dansez ?

Que diable suis-je venu faire ici ? Je déteste les mondanités. Ce vaudeville. Ce jeu des apparences. Ces petits plats en argent. Ces serveurs grimés comme des pies, qui vous collent en mouches agaçantes. Et surtout ces gens, ces horribles gens, dans leurs robes précieuses, dans leurs costumes impeccables, méprisant, regardant du haut de leur piédestal triste en forme de sourire de façade. La seule chose que l'on tolère ici de moi, c'est mon uniforme d'apparat, mon glaive de cérémonie, ma chair de celui prêt à monter sur le premier cheval venu pour s'offrir en sacrifice pour la France. L'homme, fils de paysans auvergnats, eux-mêmes enfants de la terre, qui a dû gagner ses galons par le courage, la poudre, la baïonnette aveugle puis le fil de l'épée, ils le rejettent autant qu'ils le répugnent.

- Pardonnez-moi, Monsieur, vous dansez ?

Quelle mouche a piqué le Baron pour m'inviter à cette fête ? Est-ce la même qui a soufflé les mots suivants dans l'oreille du Commandant ? « Allons bon, mon Ami, en ces temps de paix votre avancement passe aussi par ces salons. Allez, et faites-y bonne figure ! » Moi, qui me tiens tout au fond de cette grande pièce au lustre démesuré et aux fines volutes de plâtre, dans le recoin le plus sombre. Espérant que personne ne me remarque. Priant pour que le temps lourd, poisseux, épais, daigne s'écouler un peu plus vite. L'orchestre s'accorde, se tait un instant, puis se lance dans le récital d'une pièce à la fois rythmée et lancinante. Mon inculture m'inflige une totale méconnaissance de son auteur. Devant moi, les couples se forment spontanément, s'engagent dans un ballet, virevoltent de façon harmonieuse, suivant une manœuvre dont je ne maîtrise aucun ordre, ni aucune consigne.

- Pardonnez-moi, Monsieur, vous dansez ?

Et tu apparais, là, devant moi, avec ton visage sélène et lumineux. Tes cheveux magnifiques, légers, fins, au cendré vénitien, attachés en un chignon délicat au dessus de ta nuque. Ta petite bouche au carmin impudent, qui doit se faire pâlir toutes les fleurs rouges des champs environnants. Tes yeux au rond céleste, à l'azur divin, océan de pureté dans lequel je me noie déjà, corps et âme, implorant de tout mon cœur que personne ne vienne, jamais, me sauver. Ces derniers vibrent d'une soif de vie, mélange d'assurance et de fragilité, me faisant vaciller jusque dans mes bottes. Que la décence me pardonne ces mots imprudents, mais ta gorge généreuse, fière, blanche comme le lait de brebis le plus frais et pur, ta sublime gorge donc, entourée de cette robe fleurie aux motifs printaniers, finit de dérober ce qu'il me reste de mots et de pensées. Je me tiens, interdit, coi, immobile devant toi. Un esprit chagrin pourrait dire que tu es petite, sans doute trop aveugle et stupide pour voir cette beauté, vertigineuse, dense, qui fait tanguer de toute sa hauteur précieuse mon horizon dans son entièreté. Qu'il vienne, celui-là, et je le transperce sur le champ, sans procès, d'un coup, d'un seul, d'estoc. Qu'il fusse Prussien, Anglais, ou encore Français, ou même mon propre frère, pour juste prix de son infâme ignorance.

Le temps suspend son vol, pour une éternité sourde. Puis vient un basculement, un de ceux, terribles, totaux, irrémédiables, qui changent le cours d'une vie à tout jamais. Il coule à nouveau, reprend sa marche en avant. Je retrouve alors un semblant d'esprit. Tu te tiens là, devant moi, un sourire discret, intrigué, presque méfiant au commissures de ces lèvres délicieuses. Tu te tiens là devant moi, et je connais déjà ton nom. Évidence.

- Je... je vous le confesse, hélas, je ne sais pas danser.

Tu en connais une, de danse. La danse macabre des champs de bataille.

- Ce n'est point compliqué. Tenez, venez, prenez ma main.

Un coup de canonnade déchire l'air.


- Placez votre paume droite sous mon épaule. Oui, comme ceci.

Les colonnes de soldats se ruent dans le vallon face à nous, tandis que l'artillerie fanfaronne. Partout la fumée et l'odeur de poudre se répandent sur la campagne, voile terrifiant.

- Je vous félicite, la droiture de votre dos est parfaite. Allez, comptez le temps avec moi. Un, deux trois...

Un mur de chaos de cris, de détonations, de furie se dresse devant nous. Les ordres tombent. Il faut contourner la position ennemie par la gauche, tandis que nos propres lignes les culbutent de face. Je donne vigoureusement de l'étrier, suivi par mes hommes.

- Un pas en avant. Voyez, je vous suis. Puis l'autre. Un autre, sur le côté. Un, deux trois...

Les premières salves pleuvent sur nous. Mais nous tombons sur les pauvres hères par surprise. N'ayant pas eu le temps de se mettre en formation pour un feu nourri et continu, ils se mettent à recharger.

- Maintenant, deux pas en arrière. Tenez, je vous guide. Et enfin, le dernier de l'autre côté. Nous voici revenus.

Trop tard. Le pistolet dans une main, l'épée dans l'autre, je tire, frappe, j'occis, je déchire, pris d'une rage aveuglante. Le premier rideau tombé, je lance mon cheval sur une pièce d'artillerie. Je dois l'atteindre avant qu'elle ne pivote sur moi.

- Vous savez tout. Allons ! Sur le rythme. C'est bien. - son air gai et enfantin illumine son visage, et les alentours, et la pièce toute entière, et sans doute l'Univers, bien plus fort que l'immense lustre en verre qui brille pourtant de mille feux sous nos têtes. - Allons... Allons... Bien...

Et la danse se poursuit. Nous rejoignons le mouvement. Le sang gicle. Nous nous balançons au fil des notes. La poudre explose. Le tempo s'impose à nos gestes, à nos pas. Les boulets volent, rebondissent sur la terre, meurtrissent les corps, emportent avec eux des membres. Les autres couples nous précèdent, nous suivent, tournoient autour de nous. L'épée tranche en cercles rouges impeccables.
Puis, la musique s'arrête.

Le froid sur mes mains me ramène au présent. L'eau pure, claire, transparente, coule au dessus, et d'elles, et de ma bâtée d'orpaillage. Je fixe les pépites brillantes en son sein. Puis je soupire, jette le contenu dans la rivière, rassemble mes outils pour rejoindre ma cabane. Je serre les poings. Je n'avais qu'un seul objectif pour la journée. Ne plus penser à Elle.


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Message par Gashadokuro le Lun 24 Juin 2019 - 21:10

21 juin

« Quand je vois ton sourire, je me dis que Dieu existe.
Quand je regarde un miroir, je réalise qu'en plus il a de l'humour. »
Évangile du Martin-Pêcheur

Je le suis à travers la forêt. Balthazar semble voler au dessus des herbes, des bosquets, des petits ruisseaux, avec une facilité qui surprend mon guide. Atashata, puisque c'est le nom de ce fier Indien, se retourne d'un air surpris. Il ne s'attendait pas à ce que je puisse le suivre avec autant de facilité. Cela fait plusieurs semaines qu'il fait l'interprète entre son peuple et moi. Dans cette relation de distance, de pudeur, d'incompréhensions parfois, nous avons peu à peu instauré de la confiance et du respect. Aujourd'hui est un jour spécial. J'ai accepté une invitation du Clan à partager leur repas, chez eux. J'ai beaucoup hésité. Ma route m'a guidé jusqu'ici pour pouvoir me couper du monde, pas pour en rencontrer. Mais... je ne sais pas, quelque chose m'attire. Quelque chose d'inconscient, presque magnétique. Atashata lance son cheval dans un galop effréné. Je donne un coup de bribe à Balthazar pour qu'il suive. Les arbres laissent leur place à une terre couverte de cailloux et d'alluvions, coincée entre la montagne et la rivière. Le soleil brille. Aucun nuage ne trouble le ciel.
L'Indien ralentit, puis s'arrête soudain à proximité d'une ouverture dans la chair minérale. Je le rejoins.

- tu te souviens des paroles de notre homme-guérisseur ? C'est ici. Cet endroit est maudit. Ne rentre jamais dans cette grotte.

Je tourne la tête vers l'obscurité ceinte de pierre granitique. Cette dernière semble m'appeler, comme si la montagne elle-même émettait une plainte légère, mais douloureuse. Je pose une main sur ma selle, bascule, mets un pied à terre, puis l'autre. Je m'avance précautionneusement, avant de m'arrêter à une distance prudente. L'entrée semble s'agrandir, se détendre. Le son augmente en intensité, puis baisse, et revient, en léger décalage avec le vent qui souffle sur la vallée. Je reste immobile, pourtant j'ai l'impression que je m'approche encore des ombres. Ou plutôt que ce sont elles qui fondent sur moi, tendent un bras constricteur qui m'étreint et m'amène à elles. Mes oreilles sifflent. Mes genoux semblent se ramollir. Il me faut une grande inspiration pour reprendre mes esprits, retourner à mon cheval, et remonter en selle. J'avais presque oublié la présence de mon hôte. Ses yeux hébétés me fixent. La peau de son visage est devenue blême. Il se tourne vers le Soleil, comme pour estimer l'heure qu'il doit être, et le temps nécessaire pour rejoindre les siens. Puis tire sur le crin de son cheval et reprend sa route sans dire un mot. Je fais de même.
La forêt reprend bientôt ses droits, dans une ouverture qui s'élargit, comme si un géant avait poussé la montagne d'un coup au loin. Les arbres se font de plus en plus nombreux. Balthazar souffle puissamment. Il commence à avoir du mal à suivre son congénère, moins robuste mais plus léger, qui porte moins de matériel et surtout un humain plus effilé. Et qui connaît les lieux comme sa poche. Je m'attends à ce qu'Atashata ralentisse, ou même se retourne pour voir si je suis, mais il n'en fait rien. La distance entre nous augmente, jusqu'à ce qu'il disparaisse dans la masse de feuilles vertes. Je continue dans une trajectoire qui me paraît rectiligne, jusqu'à atteindre une vaste clairière, étrangement circulaire. Pas de trace de l'Indien. Je mets le pied à terre, gardant la bribe de mon cheval à la main, scrute le sol à la recherche de traces. Me penche de plus en plus, regarde dans ce qui me semblait être la bonne direction, puis toutes les directions. La lumière, filtrée par les nombreuses branches, baisse encore en intensité. On dirait qu'un nuage passe au dessus de nous. Pourtant, je ne vois que des éclats azurs, qu'aucune forme cotonneuse ne vient perturber. Je sens soudain une présence. Apaisement. Colère. Sérénité. Pulsion. Vie. Mort. Je me retourne. Une ombre majestueuse se trouve à une trentaine de mètres de moi. Les excroissances droites et coudées qui émergent de sa tête ressemblent à celles d'un cerf, mais cette bête mesure facilement quatre ou cinq mètres au garrot. Ou plutôt ces bêtes, car je distingue nettement deux têtes. Les apparitions s'approchent peu à peu. Je remarque que la forêt est devenue totalement silencieuse. Un frisson parcours mon dos. Il s'agit visiblement d'un seul individu, porteur de deux têtes. Celle de droite arbore une peau marron, parsemée de tâches blanches. Ces yeux noirs baignent à moitié dans un liquide jaunâtre. Ses bois se dressent, magnifiques. L'autre, d'abord masse sombre, se précise en un crâne aux orbites vides. Des formes blanches, oranges, rouges, dansent sur une peau noire. Des vers, des scolopendres. Les excroissances osseuses qui émargent au dessus des oreilles semblent desséchées, usées, cassées aux extrémités. Le corps forme une espèce de masse indistincte, d'où n'émerge aucune patte, d'un vert extrêmement sombre. L'étrange créature s'approche. Soudain, un cri humain vient de ma droite. C'est Atashata, sur son cheval. Je lui jette un regard, puis tourne à nouveau la tête. La clairière est déserte. Aucune trace de l'apparition. Je lève les yeux au ciel. La lumière reprend ses droits, toujours sans qu'aucune trace de nuage n’apparaisse dans le ciel.
Nous reprenons la route. Cette fois, mon guide adopte une allure plus mesurée. Nous franchissons une rivière au niveau d'un gué avant de nous présenter au pied d'une falaise en forme de moitié de cirque. Sur le côté, une retenue d'eau a formé un petit lac. Des enfants sont en train de jouer, de se jeter de l'eau, complètement nus. Des femmes font leur toilette. Tous s'arrêtent, me dévisagent en silence. Certains sourient, d'autres arborent un air plutôt inquiet. Je remarque une femme, ou plutôt une jeune fille, sur la droite. Elle arbore de longs cheveux d'ébène, qui tombent en cascade jusqu'au bas de son dos. Ses grands yeux noirs se posent sur moi avec une curiosité hésitante, qu'on retrouve sur ses fines lèvres. Doit-elle accueillir ou ignorer ? Se méfier ou sourire ? Alors que mon regard se fait peut-être trop insistant, elle tourne la tête sur le côté avec pudeur. Ses mains agrippent nerveusement le vêtement de cuir qui entoure son bassin. Des boutons de chair de poule dansent sur ses bras, sur sa poitrine découverte.

- Nous sommes arrivés.

Je me retourne vers Atashata, qui m'indique un sentier visible au sol. Entre les troncs d'arbre, j'arrive à distinguer une barrière de bois, ainsi que des toits de huttes en terre glaise. Nous passons à côté de cultures de maïs,de haricots, de potirons, puis pénétrons dans le village.

(…)

La jeune fille aux cheveux longs m'apporte des filets de viande séchée, puis s'assied à ma gauche. Je le donne au Chef comme le veut la tradition. Curieusement, le dirigeant du village est une femme, une solide gaillarde à l'allure charpentée. Cette dernière mord dedans, puis me tend un morceau, avant de donner le reste à sa droite. Tout en mâchant, elle me parle. Je me tourne vers Atashata. J'ai beau avoir assimilé quelques paroles de leur langue, elle s'exprime avec une prononciation ou un accent qui me sont indéchiffrables.

- Notre chef dit que tu es le bienvenu ici. Notre chef dit que, même si tu n'es pas né parmi nous, même si tu as la peau blanche comme des os, tu peux faire partie des nôtres.

Nouveau flot de paroles obscures.

- Notre chef dit que tu pourrais faire ton rituel d'accueil. Que tu pourrais trouver ton âme-sœur ici. Qu'elle serait heureuse de diriger ta cérémonie de mariage.

A côté d'elle, l'homme-guérisseur parle à son tour. J'ai compris les mots « nature » et « mourir ».

- Notre homme-guérisseur dit qu'ici la nature est dangereuse. Que tu ne peux pas survivre tout seul. Qu'il serait sage que tu fasses partie des nôtres. Mais il dit que tu portes aussi beaucoup de solitude en toi. Beaucoup.

La chef semble vouloir conclure, dans des paroles toujours aussi hermétiques pour moi.

- Mais tu n'es pas obligé. Le choix t'appartient. C'est toi qui as le choix.

Je la regarde. Elle me sourit de façon chaleureuse, bienveillante, honnête. D'une honnêteté que je n'avais pas encore vue depuis que j'ai mis les pieds sur ce continent.
Je sens l'énergie vive, brute, pure de la jeune fille à ma gauche. Cette dernière semble vouloir s'approcher, mais ne sait pas comment faire. S'assied, tourne du pied, se relève pour prendre une autre position. Son visage reste figé devant, comme si ses yeux avaient peur de croiser les miens. En même temps, je ressens une forme de chaleur monter depuis mon ventre. Et si, comme je me le suis dit en mettant les pieds sur ce territoire inconnu, j'étais enfin arrivé ?

C'est en songeant à cela que je me mets à observer le ciel. Dans son coin, une lune ronde, blanche, réfléchit une lumière douce au dessus d'un horizon tissé d'ombre. Blanche comme Sa peau. Ronde comme son Visage. Douce comme son Sourire. Rien à faire. Je pense toujours autant à Elle.

to be continued, bordel.


Dernière édition par K***fisher le Lun 1 Juil 2019 - 10:31, édité 1 fois
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Message par Gashadokuro le Jeu 27 Juin 2019 - 23:32

K***fisher's end, J-3 bordel.
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Message par Gashadokuro le Ven 28 Juin 2019 - 18:58

Martin-pêcheur, fin, j-2.
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Message par Godzilla le Ven 28 Juin 2019 - 19:08



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Message par Lorelei le Ven 28 Juin 2019 - 19:36

.
Suspens... Very Happy

Pour faire aller son cheval plus vite, il faudrait plutôt lui lâcher la bride que donner un coup de bribe (?), et/ou l'éperonner.
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Message par Chuna le Ven 28 Juin 2019 - 19:54

Un joli pseudo qui va aller avec ces beaux textes I love you

J'attends la suite.
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Message par Gashadokuro le Sam 29 Juin 2019 - 7:20

Pour trouver de la beauté chez-moi il faut me regarder de travers. Mais merci pour les gentils mots (et le meme rampage qui déchire sa vierge un soir de pleine lune).

K*F j-1.
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Message par Gashadokuro le Dim 30 Juin 2019 - 9:33

Bon. Je suis un boulet. Le premier dimanche du mois, c'est dimanche prochain. Logique. Hum.

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