L’ennui, ce poison

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Message par unjoursurterre le Dim 14 Avr 2019 - 18:57

Bonsoir à tous,

Je ne sais pas trop s’il faut se présenter à tous les posts, mais je vais faire ça rapidement :
Je m’appelle Louise, j’ai 21 ans et je suis étudiante à Berlin.

J’ecris ici ce soir concernant LE problème qui résume ma vie entiere (j’exagere à peine) : l’ennui.
Je ne sais pas me sentir vivante autrement qu’en provoquant des choses intenses dans ma vie. Si je ne trouve plus de stimulations suffisantes, je tombe instantanément dans un ennui profond, à la limite de la dépression. Je fonctionne par cycles : le bonheur intense si stimulation il y a, et la déprime la plus totale lorsque je n’ai plus rien a faire. Au début, les études me suffisaient. Lorsque j’ai atteint ma majorité et que j’ai eu les concours que je voulais, j’ai passé les premières semaines dans mon école avec un sentiment de grosse désillusion. Ce n’est pas que le niveau n’était pas assez élevé, loin de la, j’ai même régulièrement des notes assez moyennes. Mais il n’y a plus d’enjeu, puisque les concours ont été passés. Alors je suis passée à rapidement a autre chose. Lors de ma première année, j’ai rencontré un homme sdf, et il m’a fait découvrir le monde de la rue, m’a conté d’inombrables témoignages de sa vie en prison, de ses expériences avec la drogue : eurêka ! Je suis restée en couple deux ans avec cet homme, pour le plus grand malheur de mes proches qui ne comprenaient pas ce que je lui trouvait. Mais j’etais épanouie : je découvrais des choses inédites, je vivais des événements improbables et rencontrait des gens auxquels jamais je n’aurais parlé en temps normal. Il m’entrainait dans des squats, on avait des discussions interminables sur des sujets de société mais surtout sur la société en elle même. On passait des heures à comparer nos mondes et à fantasmer un univers parallèle ou tout le monde serait égal. J’ecrivais beaucoup ce que je vivais, et nager entre les milieux me donnait un défi supplémentaire. Même lorsque, inévitablement, ma relation avec cet homme s’est entachée, et que certains événements regrettables ont pu m’emmener jusqu'à l’hopital ou devant la justice, je ne cessais de me sentir vivante. Un malin plaisir sadique à tester mes limites sur la fin, mais toujours en toute connaissance de cause. J’ai du mettre un terme à tout cela quand j’ai vu que ma santé mentale était en danger. J’ai coupé court avec ce monde là pour me préserver, et parce que mes études m’ont fait changer de ville et emmené jusqu’a Berlin.
Et voilà que je me retrouve ici, sans stimulation. Je deviens folle. Je ne sais plus quoi provoquer dans ma vie. J’ai des amis, une famille aimante et mes études me plaisent. J’ai même un copain gentil et berlinois (et « normal »). Mais quelle fadeur ! La méditation m’aide, mais c’est toujours temporaire. C’est comme un gouffre profond et infini dans lequel je me laisse glisser : sans choses à vivre, je ne vois que la futilité de l’existence humaine et l’absurdité du monde. J’ai en permanence une boule au ventre, l’envie de fuir, de tout plaquer, pour au moins qu’il se passe quelque chose.
Voyager ne m’apporte pas la stimulation escomptée si je reste dans les rails. Visiter des monuments et suivre des chemins touristiques me donne l’impression de passer à côté de la vérité. Je suis avide d’experiences nouvelles, quitte à me mettre en danger, et cela est un véritable problème.
Ce week end encore, j’ai passé un dimanche à simplement travailler pour l'université, et j’ai envie de sauter par la fenêtre, de me raser le crâne (chose que j’ai déjà eue faite justement dans un élan de volonté de vivre il y a quelques mois).. je ne sais pas pourquoi je suis comme ça. Vivre m’empecherait il de penser ? J’ai surtout l’impression qu’il n’y a que comme ça que je donne un sens à l’absurdité de mon existence.

J’ai conscience que cela peut faire prétentieuse. Bien sûr. Qui suis je pour tout trouver ennuyeux ? C’est extrêmement hautain. Paradoxalement je suis hyper empathique, je suis émerveillée par tout tout le temps, une vraie gosse. Je reste assise devant des arbres pour contempler leur justesse et je pleure devant la fissure de mon mur parce qu’elle est simplement belle. Je sais apprécier les petits plaisirs de la vie. Mais en l’absence de combat qui n’occupe pas l’entierété de mon âme, c’est comme ça : je me sens vide. Inutile. Bien loin de mépriser qui que ce soit, je vous le jure. Je ne veux de mal à personne et ne m’estime carrément pas assez pour me sentir au dessus des autres.

Je vous en supplie, y a t il des personnes dans mon cas ?
Si oui, comment faites vous pour en pas vous ennuyer ? Encore une fois chez moi, il ne semble malheureusement y avoir que les expériences très très intenses qui fonctionnent... m’engager pour une cause ou dans une association est une expérience qui me semble sur le papier très prometteuse et que je valorise beaucoup, mais dans les faits si je ne fais rien de concret et / ou d’énormément prenant, l’ennui revient, inexorablement.
Peut être des zèbres plus âgés qui ont su se sortir avec la maturité de ce genre de cercle vicieux ?
Avez vous des conseils ?
Quels sont vos avis sur ce problème ?

Je vous remercie de m’avoir lue, j’espere qu’il n’y a pas trop de fautes. Et j’avais un peu peur, c’est mon deuxième post... je suis contente d’avoir pu exposer un problème qui m’est si central, mais que personne d’autre ne semble avoir autour de moi. Je serais si heureuse de trouver des gens à qui parler de ça.

unjoursurterre

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Message par Z3lL le Dim 14 Avr 2019 - 19:21

Bonsoir unjoursurterre,

J'ai écouté ce midi en rentrant chez moi Luc Ferry sur Radio Classique -je pose simplement le contexte, pas de commentaires hein- qui abordait le sujet de "l'angoisse" en philosophie.

Il y faisait certains rappels que je trouve plutôt en adéquation avec ton post: l'opposition du ça et du surmoi que le moi devait équilibrer, l'angoisse prenant racine dans cette lutte perpétuelle chez l'Homme.

L'angoisse, le néant, l'absurde, j'en passe, tels sont les différents termes qui rejoignent la problématique que je partage avec toi en ce moment: l'ennui.

Pour contrer cet état, je savoure actuellement un whisky (Caol Ila pour les connaisseurs) en écoutant Queen (The Prophet's Song), tout en te lisant.

Ça ne paraît pas terriblement excitant, mais cette occupation a le mérite de donner du sens à ma réponse.

Bien cordialement,

Alexandre
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Message par Mentounasc le Dim 14 Avr 2019 - 19:56

Il y a quelqu'un de très célèbre qui était comme toi : Salvador DALI
Diagnostiqué "surdoué" vers 1968 ou 69 (QI de l'époque - ne pas me demander le nom du test je n'en sais rien - estimé autour de 160 si mes souvenirs sont bons), il souffrait aussi de schizophrénie (également diagnostiquée).

Dans un entretien qu'il n'avait pas biaisé par sa fausse mégalomanie, il avait indiqué que sa vie avait changé complètement avec l'arrivée de Gaïa, et qu'elle lui avait permis de surmonter les affres de sa schizo, de son impuissance et de ses complexes face à d'autres artistes. C'est d'ailleurs à la même époque qu'il s'est mis à cultiver la "mégalodalie" qui a encore contribué à sa célébrité.

Si je te cite le cas de Dali, c'est parce qu'il est exemplaire d'un "truc" qui est nécessaire à pratiquement tout le monde, NP comme HP.
Tu peux appeler ce truc "ressort de vie", ou "motivation profonde", toujours est-il que souvent c'est cette étincelle qui se rattache à un sujet précis, qu'il soit concret ou abstrait, qui nous pousse à dépasser le courant, l'informe, le banal…

Tu n'as peut-être pas encore trouvé ton étincelle.
Et je n'irai pas te dire que tu la trouveras sûrement, parce qu'il y a des gens qui passent leur vie à la chercher.

Il se peut d'ailleurs que le simple fait de la chercher, d'être en quête de cette étincelle, soit un moteur suffisamment fort pour être justement considéré comme un ressort…
Ce que je viens de t'énoncer n'est qu'un "feeling", mais peut-être a t'il sa place dans ton cheminement…

Zébresquement à toi
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Message par unjoursurterre le Dim 14 Avr 2019 - 21:18

Rebonsoir,

Merci pour vos réponses, c’est étrange, un peu même incroyable de recevoir des reponses d’inconnus, bien entendu (c’est très nouveau pour moi l’utilisation de forums !).
J’aime beaucoup votre idée Mentou que la recherche du sens est tout aussi importante et enivrante, si ce n’est plus, que le sens en lui même.

Le problème c’est que j’ai eu plusieurs fois la sensation d’avoir atteint « ce sens », ce point culminant de ma vie. Et pour avoir vécu cette sensation de plénitude, je sais qu’elle est pour moi bien plus enrichissante que « la recherche », c’est à dire que ce quotidien morne que je m’inflige en ce moment à Berlin. C’est une torture. Tous les jours la même chose. La recherche est en même temps tout ce qui donne au « point culminant » sa valeur. Mais elle dure depuis presque un an chez moi, cette recherche. Un an que je ne trouve plus cette étincelle, un an que je suis comme un lion en cage.

Bien sûr je suis jeune et j’imagine qu’en grandissant on trouve des sens autres, comme notamment la maternité ou une carrière prenante, je ne sais pas... et de façon ridicule j’ai l’impression que la situation dans laquelle je me trouve (alors que je n’ai que 21 ans), est insurmontable. Alors que ce n’est rien, ça va passer. Bien sûr, que ça va passer.

Merci à toi aussi Alexandre pour ton message, je suis ravie de participer au moins un peu à tuer ton ennui du dimanche soir Wink
Tu m’as donné envie d’ecouter ce podcast sur l’angoisse.

Bon fin de week end à vous !

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Message par Orangebleue le Dim 14 Avr 2019 - 23:39

Bonsoir :-)
Je n'ai malheureusement pas de solutions magiques à partager avec toi. J'ai simplement eu envie de te dire combien je comprends. Je crois ;-)
Ton post m'a beaucoup touchée. Je me sens si rarement nourrie par ce que je vis. Ou plus exactement : rassasiée. La nuance est importante :-)
Ce qui m'a émue également, c'est cette sensation de retrouver mon fils entre tes lignes. Il est plus jeune que toi mais il met régulièrement sa vie en danger pour se sentir exister. Je ne peux que comprendre ... Mais c'est totalement terrifiant à observer :-(

Je te souhaite de tout mon cœur de trouver de quoi vibrer, t'epanouir sans te détruire :-)

Orangebleue

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Message par unjoursurterre le Lun 15 Avr 2019 - 0:22

Merci orangebleue pour ta réponse. Simplement savoir que je ne suis pas seule dans ce cas, c’est déjà beaucoup pour moi. Je n’ai jamais rencontré personne qui soit dans ce cas là aussi. Alors de te lire, je me sens déjà un peu moins folle.
Je suis sure que je peux comprendre ton fils, mais je comprends au delà de ça ta position de mère. Mes parents étaient affolés et ont tout fait pour me séparer de ce garçon. Ils étaient stupéfaits : comment pouvais je continuer à me mettre à ce point en danger et valider tous mes semestres, être aussi loin du confort et si épanouie, être avec « les fous » et pourtant ne pas perdre de vue mon diplôme ? Ils ne me croyaient pas quand je disais que tout était sous contrôle. Pourtant c’etait le cas, et d’ailleurs quand j’ai senti que je commençais à perdre ce contrôle, c’est aussi à ce moment là que je suis partie. Mais je conçois la difficulté que cela doit être de laisser son enfant se mettre en danger. Ce n’est même pas qu’on ne lui fait pas confiance, mais plutôt qu’on touche ici à certains automatismes de parent : on ne peut pas voir son enfant en danger sans en souffrir, c’est comme ça. Et même s’il maîtrise au plus haut point, ça ne se discute pas.

Je te souhaite bien du courage pour la suite et te souhaite de trouver aussi l’etincelle, ainsi qu’a ton fils.

Bonne nuit.

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Message par Orangebleue le Lun 15 Avr 2019 - 0:31

C'est moi qui te remercie :-)
Ce qui m'inquiète chez mon garçon, c'est que rien ne semble sous contrôle.
La mort, la prison... semblent faire partie des possibles. Pas plus, pas moins. Sans état d'âme.
Mais bref, ici c'est ton fil et non le mien. Et encore moins le sien ;-)
Tu sembles avoir une maturité, une clairvoyance et une lucidité étonnantes ! Chapeau ! Au delà de l'inquiétude, j'espère que tes parents sont fiers de toi ,:-)

Orangebleue

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Message par Chacal le Lun 15 Avr 2019 - 0:32

Hum, moi je pense que ça a changé quand j'ai accepté qu'il n'y avait pas de sens à la vie. Une acceptation calme, un ancrage.
Aujourd'hui, je crois que ce qui me bouge le plus c'est de chercher de la sincérité dans le contact humain.

Ma vie est dirigée vers la recherche de la plénitude de soi.

Un truc très important, je pense, qui fait que je ne déprime pas trop sur le vide : continuer à se laisser émerveiller. Ne pas devenir blasé. Tenter de cultiver la marge, j'ai l'impression de marcher continuellement sur un fil en équilibre, dans tous les cas en périphérie du reste des gens.

Ma réponse est très décousue, j'en ai conscience, désolé.

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Message par zebrisse le Lun 15 Avr 2019 - 10:09

Haha, j'ai un kif pour ce genre de filles "dangereuse" que tu semble être.

Et je suis presque jaloux de ton expérience avec les gens de la rue, drogués ou ex-detenus. J'ai pendant quelques mois fréquenté des squats anarchistes et j'ai trouvé cà très enrichissant de fréquenter des gens aux parcours de vie si éloignés au mien.
Sinon, j'ai fait quelques crises de schizophrénie et ces crises correspondent à des petites périodes où, c'est plus fort que moi, j'essaye de casser tous les codes ou tabous qui m'entourent, ce qui est exrtêmement dangereux sur le moment ... mais c'est vrai que dans ces moments je me sens diablement vivant.

Pour en revenir à ta situation :

unjoursurterre a écrit:
On passait des heures à comparer nos mondes et à fantasmer un univers parallèle ou tout le monde serait égal.
...
C’est comme un gouffre profond et infini dans lequel je me laisse glisser : sans choses à vivre, je ne vois que la futilité de l’existence humaine et l’absurdité du monde.
...
J’ai surtout l’impression qu’il n’y a que comme ça que je donne un sens à l’absurdité de mon existence.
...
Mais en l’absence de combat qui n’occupe pas l’entierété de mon âme, c’est comme ça : je me sens vide. Inutile.
...
Je vous en supplie, y a t il des personnes dans mon cas ?
Si oui, comment faites vous pour en pas vous ennuyer ? Encore une fois chez moi, il ne semble malheureusement y avoir que les expériences très très intenses qui fonctionnent... m’engager pour une cause ou dans une association est une expérience qui me semble sur le papier très prometteuse et que je valorise beaucoup, mais dans les faits si je ne fais rien de concret et / ou d’énormément prenant, l’ennui revient, inexorablement.

Je te recommenderais de t'intéresser au bouddhisme, pour différentes raisons :
- question "futilité et absurdité de l'existence humaine", au contraire, le bouddhisme donne tout son sens à notre vie humaine
Pour le coup, c'est un combat qui vaut le coup, surtout si tu cherches une utilité à ta vie. En particulier dans la perspective de transformer l'univers pour que tous soient libérés de la souffrance.
Pour moi, le bouddhisme n'est pas "une cause ou une association", c'est transcendant par rapport à ces choses là : c'est LA cause ultime à coté de quoi tout le reste n'est que jeux d'enfants.
- c'est un framework illimité qui permet d'intégrer toutes tes expériences de vie, y compris celles qui semblent incomprises par la majorité des gens
Par contre, ca peut prendre du temps à se mettre en place.

Je vois que tu vis à Berlin; il se trouve que la tradition bouddhiste à laquelle je participe depuis 9 mois est aussi implantée à Berlin.
Je te files l'URL de leur site web : https://meditieren-lernen.de/en/
Si tu passes les voir, donnes-nous des nouvelles !

a+
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Message par Xyv' le Lun 15 Avr 2019 - 11:22

unjoursurterre a écrit:Je ne sais pas me sentir vivante autrement qu’en provoquant des choses intenses dans ma vie. Si je ne trouve plus de stimulations suffisantes, je tombe instantanément dans un ennui profond, à la limite de la dépression.
(...)
La méditation m’aide, mais c’est toujours temporaire. C’est comme un gouffre profond et infini dans lequel je me laisse glisser : sans choses à vivre, je ne vois que la futilité de l’existence humaine et l’absurdité du monde. J’ai en permanence une boule au ventre, l’envie de fuir, de tout plaquer, pour au moins qu’il se passe quelque chose.
(...)
je suis émerveillée par tout tout le temps, une vraie gosse. Je reste assise devant des arbres pour contempler leur justesse et je pleure devant la fissure de mon mur parce qu’elle est simplement belle.
en l’absence de combat qui n’occupe pas l’entierété de mon âme, c’est comme ça : je me sens vide. Inutile.

Si tu n'avais pas précisé que simplement savoir que tu n'étais pas seule dans ce cas te suffirait, je n'aurais même pas répondu, n'ayant aucune solution à t'apporter. Les lignes sélectionnées de ton message, j'aurais pu les écrire. Je les ai écrites, ailleurs, d'ailleurs, avec d'autres mots.

Chez moi, c'est une voracité addictive de découvrir, apprendre, expérimenter, construire de l'utile. Comme si la vie étant trop courte, il me fallait expérimenter les siècles que je n'ai pas en ces quelques décennies qui me sont données. Une urgence de vivre devant ce mur de la fin de ma vie (j'en suis au milieu) qui se dessine de plus en plus clairement. Et tellement de choses à faire, à vivre, que je sais déjà que je ne ferai pas, vivrai pas. Empêtrée dans les contingences matérielles, freinée par l'inertie normative de ceux qui m'entourent.
J'envie ceux qui sont capables de se contenter d'une routine sans extraordinaire - même si l'idée même de la vie qu'ils mènent me terrifie.
J'envie ceux qui réussissent à tout envoyer balader pour mener une vie de Libertés, je n'ai pas la force de "décevoir" à ce point mon entourage.

J'ai comme toi fait le grand écart entre des milieux extrêmes, bu de la bière avec des sdf, du champagne avec la noblesse, jamais trouvé ma place nulle part, toujours voyagé seule dans ces différents milieux, comme une apatride, une sans milieu social fixe, toujours en quête de ceux de son espèce comme s'il devaient former un groupe à part, alors qu'ils sont comme moi, perdus dans leur milieu quel qu'il soit. Et bien cachés (résignés ?), peut-être, eux aussi, alors on ne se reconnait pas ?

La seule piste : essayer d'apprivoiser cet ennui, de vivre l'ivresse de l'intensité à petites doses, comme on se raisonne avec l'alcool, pas plus de deux verres par jour et pas tous les jours, c'est pas bon pour la santé, c'est l'OMS qui le dit. Parce qu'après, quand ça retombe, c'est la gueule de bois, le gouffre infini qui aspire, le sens de notre vie qui se retire... La méditation ne m'a apporté qu'un semblant de sérénité (et puis je peux pas passer ma vie en zazen, à mon âge les articulations ne le supportent plus).

Je finirai en citant l'Antigone de Anouilh, ces mots que j'ai envie de hurler à la face de ce monde dans lequel je ne trouve pas mes marques ;
"Vous me dégoûtez tous, avec votre bonheur ! Avec votre vie qu'il faut aimer coûte que coûte. On dirait des chiens qui lèchent tout ce qu'ils trouvent. Et cette petite chance pour tous les jours, si on n'est pas trop exigeant. Moi, je veux tout, tout de suite, et que ce soit entier ou alors je refuse !"
(c'était mon quart d'heure crise existentielle du jour Wink  )

Je te souhaite tout ce que j'ai renoncé à trouver : sérénité, plénitude et équilibre... Smile
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Message par Djeez le Lun 15 Avr 2019 - 14:01

L'ennui ce poison.
L'anguille, ce poisson.
Lambic, c'te boisson.

On sort jamais de l'ennui pour ce que j'en sais
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Message par Kriminelle le Lun 15 Avr 2019 - 15:27

Coucou unjoursurterre,

Je suis un peu comme toi, l'ennui à chaque instant.

Sauf qu'il y a 2ans environ, j'ai commencé à courir, de plus en plus longtemps et de plus en plus loin.
Pour moi c'est mon anti-ennui. Pas de limite à ça, sauf mon corps et mon esprit.
Il me reste à combler entre les sorties et les temps de blessure, mais dans l'ensemble, je me suis plus ou moins équilibré.
Surement que chacun à son "remède" qui ne pourra jamais se tarir en soi, la difficulté est de mettre le doigt dessus.

Je t'envoi tout mon courage.
Kriminelle
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Message par L_easy_life le Mar 30 Avr 2019 - 2:18

wah , ca ne m'est pas destiné, mais cétait exactement ce que j'avais besoin de lire !!

merci à tous pour vos interventions <3

je suis trop dépressive en ce moment pour avoir la force de rédiger des trucs, mais jai encore la force de les lire ^^

oui c'est bien dit ; t'es pas tout seul Jeff..... savoir que c'est un ressenti partagé Smile

courage à l'auteure de ce thread !!!

L.
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Message par Zebrinettes le Mer 1 Mai 2019 - 12:24

Hello ,

Même impression chez moi, l'ennui ce ravage ! J'ai mis du temps à comprendre que mon état morose venait de cet ennui (je me suis crue folle, dépressive etc etc). Je n'avais, jusqu'au test, aucune raison de m'interroger sur l'Ennui ?!!
Le sachant maintenant, je continue de chercher ce qui peut m'apporter à la fois nourriture intellectuelle et émotionnelle. J'ai trouvé une petite parade dans mon boulot (le notariat) où il y a à la fois une montagne de données passionnantes à intégrer et un enjeu humain très important. Cela me satisfait un peu. Les weekends en revanche sont parfois longs.
J'ai d'autres réponses partielles: écouter de la musique très fort par exemple fait déconnecter mon cerveau et contente mon besoin d'émotions. Comme peut être la méditation pour toi ?

Je te souhaite de trouver ta nourriture,
Au plaisir Smile

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