Réminiscences sensitives

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Réminiscences sensitives

Message par ♚ Strigide ♚ le Ven 7 Déc 2018 - 23:47

Me voilà bien embêtée. C'est une présentation mais pas la mienne spécialement, c'est celle de tous ceux qui le voudront. Je suis embêtée parce que : où poster ceci hormis dans les présentations ? Aucune autre partie du forum n'aurait mieux convenu. Voici des bribes de souvenirs, des choses marquantes dans l'enfance, l'adolescence ou bien l'époque que vous voudrez. Je crois qu'on n'entrevoit jamais mieux les gens que dans des actions concrètes et dans leur façon de ressentir les choses.

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L'odeur de la vapeur d'eau avec une pointe de vinaigre blanc, le Vaporetto vient d'être passé et la maison sent le propre. Le sol du salon est tout humide et semble flamboyer car c'est exposé plein sud et le soleil est puissant. La pièce est d'une luminosité à repousser même les plus petits vampires photosensibles. Une voix résonne sur la chaîne hi-fi de l'époque, disque adoré par le parent et disque abhorré par moi-même. Sensation âcre dans la bouche. Il y a ce négatif et pourtant ce positif. La sensation de propre. Le négatif ne va jamais sans positif. Certitude.



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La sensation du coton sous mes mains, délice. Quelle matière au monde pourrait surpasser celle-ci ? Je m'interroge mais mon esprit se fond dans cet agréable toucher. Des odeurs d'herbe fraîchement coupée me parviennent aux narines et j'hume de façon imperceptible pour un oeil extérieur, pourtant avec puissance.

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J'ai 13 ans, j'écoute de la musique avec mon premier MP3.



Il s'est fait écraser dans les vestiaires de sport par mégarde et il est enfoncé à un endroit, il marche toujours mais je passe mes doigts sur cet enfoncement qui a altéré le lisse de la matière. Je chantonne en choeur : There's no place else You'd rather be.


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La montagne, j'ai 4 ans, c'est la première fois que j'y vais. En cours à l'ESF, je croise une scène. Un jeune homme est emmêlé dans un filet, juste derrière lui c'est un vide phénoménal et il fait un temps de neige donc nous n'apercevons même pas sa fin. Sensation vertigineuse, le froid me donne la sensation que mes poumons vont imploser. Je fixe la scène et le jeune homme me regarde, je voudrais l'aider mais que puis-je faire je n'ai aucun niveau en ski. Si je lui tends mon bâton il risque de m'envoyer dans le ravin sans le vouloir. La monitrice m'appelle sans douceur et se fâche que je ne répond toujours pas. Elle ne semble même pas voir la scène. J'associe cela à l'odeur du marron et je déteste les marrons chauds. Il neige de plus en plus fort et les flocons se lancent à l'assaut de mon visage.

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J'attrape les gendarmes, je prends garde à ne pas les écraser et je les collecte dans des boîtes de coton tige vides. Cela grouille.


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Plein d'escargots sur le visage, les bras, les jambes, pas assez de place pour tous les collecter. Comme des perles qui roulent sur notre peau de façon visqueuse. Comme des chenilles de dameuse.

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Cueillir les premiers radis. Plein de terre. Il a plu la veille. Sensation de sale, mouillé, beurk.

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La moquette dans le coin lecture de la salle de classe de maternelle. Elle pique, d'un sale bleu moche avec des pois.

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Le poil du cochon d'inde dessine des i sur ma paume. Il semble avoir un estomac s'étendant dans une autre dimension tant il peut engloutir tous les sacs d'herbe et de luzerne que je ramène. Son odeur est celle de la tendresse. Tête pressée contre mon cou, je respire la douceur.


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Je cueille les chénopodes. Méthodiquement mes mains saisissent et je raffole de cette sensation que la racine est prélevée au passage, cette petite impulsion. Leur goût envahit ma bouche avant même de les avoir mangé. Je les amène tel un trophée à mon grand-père, j'aime leur vert.

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La corne de rhinocéros. On prélève la frange de l'enfant et on y noue un chouchou. J'ai 1 an et demie et je demande la corne de rhinocéros autant que je le peux, j'aime sentir les cheveux rassemblés sur un si petit lieu et j'ai l'impression que cela fait une base pour une coiffe de chef de tribu.

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J'ai 11 ans, j'écoute de la musique sur l'ordinateur et j'écris, j'écris beaucoup. Je m'ennuie tellement, je noie mon ennui dans quelques mots sans âme retranscrits par un bête clavier.

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Sous mes doigts, le clavier en pyramide comme je l'appelais. Il a une forme en vague. Je commence tout juste à m'intéresser à l'ordinateur. J'ai 9 ans. Avant cela, c'était presque comme si c'était quelque chose qui n'existait pas pour moi, pourtant déjà présent à la maison depuis quelques années. Je touche ce clavier et j'aime la rugosité des touches. Sa forme spéciale. Je ne connais pas encore l'emplacement de chaque lettre et cela me fascine. J'ai Word d'ouvert en permanence et j'écris, j'écris, j'écris. Je vais trop lentement, ça m'énerve.

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La manette de N64. J'ai 3 ans et j'en tombe amoureuse.

Spoiler:

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J'ai bientôt 17 ans, je joue à BeQuiz. Je joue sans cesse en quiz nature et je gagne, je gagne, je gagne. Je me sens honteuse à rester dans ma zone de confort. Mais j'adore ça.

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Re: Réminiscences sensitives

Message par Lyssangelle le Mar 11 Déc 2018 - 0:22

Hier, les rues de Versailles avaient des allures de maquettes. En prenant en compte le ciel dans la perception de mon paysage, j'ai pu mesurer l'échelle de mon existence : à la fois petite et merveilleuse.
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Re: Réminiscences sensitives

Message par Pango le Mar 11 Déc 2018 - 12:26

25 ans ?

Nous discutions au bord de la rivière.
Il commence à ce faire tard. Les arbres se transforment peu à peu en ombres chinoises.
Un bruit se fait entendre, un crépitement comme celui des fontaines feux d'artifice que l'on ne voient jamais à cause de la foule.
Puis une lueur, verte fluorescente redessine cette foule d'ombre redevenant brièvement arbres.

Elle arrive dans la vallée, j'intime de regarder dans sa direction :


De la taille apparente d'une pleine lune...

On y distingue un corps noir...

Enflammé d'une chevelure verte fluorescente...

Un bollide traverse le ciel...

Puis disparait à l'horizon.


Après de longues secondes d'hébétudes dissonantes de la routine: L'euphorie.
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