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Message par izo le Mer 28 Nov 2018 - 16:48

Oh et puis vous savez quoi, la carte n’est pas le territoire (A Korzybski), nul ne pourra nous désigner et désigner complètement ne serait ce une personne. Aucun référentiel ne sera à notre égard la tête lectrice qui nous fera entendre l’enregistrement complet de nous même. Tout n’est donc que modèle, construit certes avec application et rigueur (scientifique), sachons-le. Le tout est cependant qu’une désignation effectuée grâce à ces modèles ait son utilité envers son bénéficiaire. C’est tout le simple et délicat enjeu de cette entreprise.

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Message par Ours de la MAZ le Mer 28 Nov 2018 - 17:55

Asperzebre a écrit:Khaltu, je suis d'accord en théorie, 100% de ce que tu écris est juste, à un (énorme) détail près: ça ne tient qu'en partant du postulat de base que le spécialiste en question est compétent.

C'est là que ça coince, et pas qu'un peu. .../...

C'est exactement pour cela que je n'ai pas voulu pousser mes démarches de test vers les instances officielles. La typologie Asperger cadrait avec mes perceptions, mes relations et permettait de faire tenir ensemble les pièces de mon puzzle. J'ai décidé de figer le tout.

J'ai croisé un généraliste poly-diplômé qui en autre était un médecin référent pour les enfants en troubles d'apprentissage. Je ne peux pas faire confiance à un praticien si je ne lui dis pas ce que je suis et qu'il l'accepte sans trop de réserve. Donc, je lui ai fait mon profil lors de la première consultation, il a stoppé net sa prise de note et m'a fixé : "Vous travaillez, vous parlez avec vos collègues, vous n’êtes donc pas autiste". Et, comme j'étais en très mauvais équilibre mental, il m'a envoyé vers une psychiatre. Celle-ci m'a reçu. Re-Profil ce à quoi elle m'a toisé en me disant "Je suis médecin psychiatre, je délivre des médicaments pour les gens qui sont malades. Je n'ai pas à vous dire la manière dont vous devez vivre". (les citations sont exactes)
Même très documenté sur l'autisme version asperger, même très expérimenté par mes fréquentations de ce milieu, même très auto-testé... cela m'a fracassé. Alors effectivement, je ne suis probablement pas dans la bonne case, mais je pars désormais du principe que pour qu'un psychiatre ou un psychologue vivent bien, il faut que ses patients vivent mal.
Ils ne m'auront pas.

Depuis, je survis pas trop mal avec ma gueuse et tant pis.

Mais je m'insère dans une discussion, peut-être suis-je hors sujet.
Bien à vous !
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Message par Invité le Jeu 29 Nov 2018 - 9:43

... alors je crois qu'il faut vraiment arrêter de raisonner en termes de ON/OFF.

L'autisme, c'est pas un virus qui serait dépistable, genre on est porteur ou pas : on parle bien de TSA, Troubles du Spectre Autistique, il faut penser continuum.
Ces histoires de faux positif me feraient presque peur.
On peut être porteur de traits autistiques  sans pour autant être effectivement officiellement reconnu autiste (= fonctionnement suffisamment marqué pour être reconnu "clinique" avec tout ce que ça implique)...
Si on ne peut pas se dire autiste sans validation médicale, seule à même d'identifier et valider la limite comportementale significative au regard de la définition de l'autisme (après, les histoires de compétence et de retard français sont un autre débat ; pour l'heure, ce sont eux qui possèdent "l'étiqueteuse"), il me semble tout à fait possible de se retrouver plus ou moins marqué dans le continuum des traits du spectre... au terme "faux positif", je préfère "subclinique", qui a l'avantage de ne pas nier le ressenti de la personne.
Il n'en reste effectivement pas moins que certains traits sont mieux expliqués par d'autres pathos (voir doc de noir) que par l'autisme, ce qui ne change rien au ressenti par rapport au trait de comportement évoqué...

hors sujet, ou autre exemple, c'est selon  :
C'est comme cette histoire de HQI>130 : ouais, j'veux bien, mais y-a-t-il vraiment une différence entre un QI=129 et un QI=130, compte tenu des marges d'erreur ?
Non.
Mais la limite HQI est fixée à 130 par convention : alors le QI=129 qui se retrouve dans la description des zèbres est-il un "faux positif" ??? (j'ai IRL assisté à des débats passionnés sur le thème "il n'a que 129, il n'est pas HQI" !!!)

Au-delà de l'étiquette, ce qui est réellement intéressant est la clé de fonctionnement proposée, et ce qui mériterait d'être médiatisé, c'est tout ce qui peut être mis en place pour se simplifier la vie par rapport aux difficultés rencontrées (au passage, si quelqu'un a un manuel de survie en société humaine, genre descriptif détaillé et illustré du comportement normal à adopter pour s'intégrer, avec exceptions qui confirment la règle, je suis preneuse... ^^)

C'est pour cette raison que les étiquettes m'indisposent : outre qu'elles sont réductrices (ne prennent en compte qu'un aspect pré-défini de la personne), elles sont trop favorables à ces histoires de "faux positifs", et permettent surtout d'arborer une étiquette explicative (ou pas), mais pas de travailler efficacement sur soi (notre but à tous est bien une évolution positive vers un fonctionnement et un épanouissement optimaux, non ?)

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Message par Ours de la MAZ le Jeu 29 Nov 2018 - 10:27

"subclinique" est élégant et apaisant. Il renforce la notion de continuum mais aussi l'aspect multifactoriel des raisons de ces troubles et de leur manifestation.
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Message par siamois93 le Jeu 29 Nov 2018 - 13:22

Bonjour à tous. Ce qu'il y a ici c'est aussi cette question : Des autistes sont-ils plus légitimes et plus compétents pour détecter d'autres autistes ?
On peut retrouver cette question à d'autres moments dans notre vie et sur d'autres sujets : embauche dans une entreprise, légitimité d'un parlement d'élus de la ville à faire des lois pour les campagnes, etc etc.
Le but de certains est de s'insérer dans un système qui a pour but de nous aider alors que d'autres souhaitent d'abord mieux se connaitre...
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Message par Khalmos le Ven 30 Nov 2018 - 18:42

Sybille a écrit:L'autisme, c'est pas un virus qui serait dépistable, genre on est porteur ou pas : on parle bien de TSA, Troubles du Spectre Autistique, il faut penser continuum.

Pour me mettre les idées au clair, quand on parle de continuum pour le TSA, cela implique-t-il un continuum de l'autisme jusqu'au neurotypisme ?
Ou on admet une sorte de binarité (un "palier") entre un neurotypique et le TSA de plus faible amplitude dans le continuum ?

Car pour justifier ma question, il y a des caractéristiques que l'on retrouve chez des TSA (pouvant être communes avec des HP d'ailleurs) qui peuvent ne pas être continue en intensité, sont totalement binaires.
De ce fait, j'ai du mal à me convaincre d'un continuum "complet", je me dit qu'il doit y avoir un palier, mais ça reste qu'une hypothèse pas moins fumeuse qu'une autre à ce stade.
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Message par Asperzebre le Ven 30 Nov 2018 - 19:09

Même si le continuum est complet il faut bien fixer une limite.
C'est un peu le même principe que pour le QI et la douance: déclarer qu'à 129 on n'est pas HP et qu'à 130 on l'est est stupide, mais si on veut pouvoir établir une distinction, il faut bien trancher quelque part.

Pour la douance, on pourrait faire le choix de se passer de cette distinction, et de penser exclusivement en continuum, mais pour l'autisme, on ne peut échapper à la notion de binarité (et ce même si elle est factice et purement administrative) qu'à condition de se soustraire à l'idée d'un diagnostic officiel, étant donné qu'il y a dans un tel diagnostic une implication du corps médical, qui nous étiquetera 'autiste' ou 'non autiste', mais ne nous étiquettera jamais '12% autiste', '83% autiste'...
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Message par Invité le Ven 30 Nov 2018 - 19:24

Khalmos a écrit:quand on parle de continuum pour le TSA, cela implique-t-il un continuum de l'autisme jusqu'au neurotypisme ?
je pensais plutôt à un continuum pour chaque composante comportementale prise en compte dans le diag de l'autisme.
Le continuum neurotypique <--> autisme résulterait d'une sorte de synthèse des autres

Khalmos a écrit:Ou on admet une sorte de binarité (un "palier") entre un neurotypique et le TSA de plus faible amplitude dans le continuum ?
bonne question...

Asperzèbre a écrit:Même si le continuum est complet il faut bien fixer une limite.
On est d'accord : celle fixée par le diag. = ce que j'ai écrit plus haut : "validation médicale, seule à même d'identifier et valider la limite comportementale significative au regard de la définition de l'autisme " et d'où aussi le "subclinique" pour ceux qui sont juste en dessous.

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Message par Asperzebre le Ven 30 Nov 2018 - 19:31

C'est intéressant, en effet.
Mais je chipoterais en te rétorquant que tu passes là du binaire au ternaire (ce qui est déjà un progrès Wink ).
En effet, ici tu proposes 3 'cases': 1-autiste, 2-subclinique, 3-non autiste.
La frontière entre les cases 1 et 2 est floue, et il faut trancher plus ou moins arbitrairement, il en va de même pour la frontière entre les cases 2 et 3.
L'avantage de ton approche étant qu'il n'y a (en théorie) aucun risque d'être mis en case 1 alors qu'on aurait dû être en case 3, et inversement.
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Message par Invité le Ven 30 Nov 2018 - 19:53

Asperzebre a écrit:C'est intéressant, en effet.
Mais je chipoterais en te rétorquant ....
C'est bien de chipoter, ça fait avancer les choses...

C'était juste une idée, en passant... je n'ai pas théorisé le truc plus que ça... Smile

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Message par Khalmos le Ven 30 Nov 2018 - 21:24

L'idée des 3 catégories est intéressante aussi de mon point de vue.
En absence de réponses plus précises ça donne un modèle plus satisfaisant. Smile
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Message par Edel le Lun 18 Fév 2019 - 13:08

Zebra Finch a écrit:Sybille, tiens, c'est le tableau dont on m'avait remis une copie papier, il est en ligne sur le même site visiblement : https:// femmesautistesfrancophones.com/wp-content/uploads/2017/02/traits-caracteristiques-des-femmes-Asperger .pdf
Si ça peut nourrir un peu plus ta réflexion ? Hamster

Je suis également tombée sur ce tableau lors de mes recherches sur le Syndrome Asperger au féminin. Je m'y retrouve en grande partie et j'ai lu chaque item à mes parents sans qu'on se concerte avant : 37 validés sur 45... De même que je me suis entièrement reconnue dans la BD La différence invisible sauf que je me repère très bien dans l'espace mais j'ai presque plafonnée en IRP, c'est le point fort de mon profil cognitif.

Je me pose cette question depuis : peut-on se retrouver autant dans ce tableau et cette autobiographie sans être Asperger ?
J'ai pris rendez-vous avec un neuropsychologue, je verrais bien ce qu'il en pense...

Edel

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Message par laniakea123 le Dim 21 Avr 2019 - 18:59

See discussions, stats, and author profiles for this publication at: https://www.researchgate.net/publication/311809996
HAUT POTENTIEL INTELLECTUEL ET
SYNDROME D'ASPERGER: VERS UNE
MEILLEURE CONNAISSANCE ET REC....
Article · December 2016
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Some of the authors of this publication are also working on these related projects:
Connections between Autism Spectrum Disorders (ASD) and Meares- Meares-Irlen Syndrome View
project
Intellectual disabilities View project
Fabienne Giuliani
Lausanne University Hospital
44 PUBLICATIONS 228 CITATIONS
SEE PROFILE
Couchepin Beatrice
Lausanne University Hospital
3 PUBLICATIONS 0 CITATIONS
SEE PROFILE
All content following this page was uploaded by Fabienne Giuliani on 22 December 2016.
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1
HAUT POTENTIEL INTELLECTUEL ET SYNDROME D’ASPERGER: VERS UNE MEILLEURE CONNAISSANCE ET RECONNAISSANCE DES CAPACITÉS
Fabienne Giuliani
Psychothérapeute AVP-FSP, Lausanne
fabienne.giuliani@chuv.ch
Béatrice Couchepin Marchetti
Psychologue AVP-FSP, Lausanne
beatrice.couchepin-marchetti@chuv.ch
>Dans cet article, nous relançons le débat sur la problématique HPI vs Syndrome d’Asperger: s’agit-il de caractéristiques liées à un continuum par rapport à un potentiel des uns ou d’éléments de catégories liées aux particularités de fonctionnement adaptatif des autres? Prendre en considération leurs différences et leurs potentiels permettrait à la communauté d’en faire une force, plutôt que d’estimer que ces caractéristiques sont limitatives et sont des symptômes à traiter.
Mots clés: haut potentiel intellectuel, Syndrome d’Asperger, capacités d’adaptation.
Comme dans le domaine du Haut Potentiel Intellectuel, le Syndrome d’Asperger peine à trouver une validation tranchée en terme de diagnostic. En 1994 le DSM IV (American Psychiatric Association, 1994) lui conférait une place en tant qu’entité spécifique différenciée des autres Troubles Envahissants du Développement (TED: Trouble Autistique, Syndrome Asperger, Trouble Envahissant du Développement non spécifié, Syndrome de Rett et Trouble Désintégratif de l’Enfance). Un trouble de la communication, des interactions sociales déficitaires, des intérêts restreints et des comportements stéréotypés caractérisaient les Troubles du Spectre de l’Autisme. Dans ce tableau clinique, auquel est ajouté un profil sensoriel et perceptif dont la modulation est altérée, le DSM V (American Psychiatric Association, 2015) rattache toujours le syndrome d’Asperger dans la catégorie des Troubles du Spectre de l’Autisme (TSA) mais le définit désormais non comme une catégorie spécifique mais sur l’extrême pôle positif d’un continuum englobant tous les TSA. Le curseur serait alors, pour poser un diagnostic de Syndrome d’Asperger, de cibler quelles altérations de fonctionnement - légères vs graves - handicaperaient le patient, cela sur une échelle de sévérité élaborée en fonction du besoin de soutien qu’il faudrait mobiliser pour un fonctionnement le plus adapté possible.
SEES / REVUE ECONOMIQUE ET SOCIALE > numéro 4 décembre 2016
2
Dans son aspect neuropsychologique ce syndrome répertorie un fonctionnement de la perception
ainsi qu’un traitement cognitif de l’information qui sont singulièrement compliqués
par l’incapacité à comprendre et à faire siens les pensées et comportements d’autrui (Baron-
Cohen, Leslie et Frith, 1985), cela dans un contexte auquel le traitement et l’intégration des
informations dynamiques sont déficitaires (Frith et al. 2003; Klin, 2009), et orientés par la
caetexia (Griffin et Tyrell, 2008; Giuliani et al., 2014). Cette grande difficulté à appréhender
la complexité de l’environnement dynamique dans sa globalité entraîne une inadaptation
émotionnelle, cognitive et comportementale qui en fait un handicap important en terme
d’adaptation sociale.
Afin de garder une unité de perspective entre la notion de HPI et celle de Syndrome d’Asperger
dans cet article nous envisagerons la notion de Haut Potentiel Intellectuel (HPI) sous
la définition la plus généralement reconnue (Gauvrit, 2014) à savoir une performance à un
test de QI, évaluant un indice d’intelligence générale (WISC, WAIS-IV, Wechsler, 2011) qui
égalerait ou serait supérieure à la note de 130 soit 2 écarts-types en dessus de la performance
moyenne d’une population lambda (Liratni et Pry, 2012). Les recherches qui ciblent ce
phénomène (environ 2,2 % d’une population échelonnée sur une courbe de Gauss qui représenterait
les proportions de performance à un test de QI) investiguent les caractéristiques
différentes - notamment dans un fonctionnement neurologique spécifique - qui placerait le
phénomène HPI dans une catégorie en dehors du mode «normal» (dans le sens «employé
par une majorité») de raisonnement et de fonctionnement cognitif.
Sans certitudes encore quant à l’inclusion des personnes HPI et Aspergers dans des catégories
liées aux particularités de fonctionnement vs porteurs de caractéristiques sur un continuum
par rapport à un potentiel, un des enjeux est de savoir non seulement quelle est la part
des facteurs exogènes qui pourraient être modulés et aménagés – particulièrement en terme
environnemental ou pédagogique – pour les personnes HPI comme pour les Aspergers, mais
aussi à quel travail psychothérapeutique et «neuro-éducationnel» s’atteler en tenant compte
de leurs capacités hors du commun.
Nous vous présentons ci-dessous un tableau traduit en français de Amend, Beaver-Gavin,
Schuler et Beights (2008) et adapté selon notre expérience. Ce tableau vise à distinguer les
caractéristiques des HPI et des Aspergers. Nous vous proposons d’identifier des attracteurs
différents pour rendre compte des caractéristiques semblables. Ces attracteurs offrent des
formes particulières à leurs stratégies adaptatives. Les éléments ainsi mentionnés relancent
le débat sur la problématique des personnes HPI et Aspergers: s’agit-il de caractéristiques
liées à un continuum par rapport à un potentiel ou d’éléments de catégories liées aux particularités
de fonctionnement?
SEES / RES > Dossier: L’e XXXXXXX
3
HPI Asperger
Mémoire et attention
Excellente mémoire des faits et d’une
multitude de sujets
Excellente mémoire des faits et de sujets
spécifiques
Se rappelle très bien les noms et les visages Pas de spécificité
N’aime pas forcément les tâches de
mémorisation, mais peut très bien le faire
Aime les tâches de mémorisation pour autant
que cela entre dans les intérêts spécifiques,
sinon pas de compétence particulière
Capacité de concentration intense Capacité de concentration intense sur les
intérêts spécifiques
S’il est distrait, difficulté à poursuivre la tâche S’il est distrait, difficulté à poursuivre la tâche
Discours et langage
Vocabulaire étendu et avancé Vocabulaire étendu et avancé avec un manque
de compréhension
Communique des idées abstraites Pense et communique de manière concrète et
littérale avec peu d’abstraction
Engage les autres dans ses intérêts Style verbal brusque et parfois non engageant
Pose des questions stimulantes N’engage pas les autres
Comprend la cause et les effets Recherche les solutions
Social et émotions
Apprécie le haut statut social Démontre de grandes difficultés
Conscient des normes sociales, mais ne les
acceptent pas toujours
Difficulté à identifier les normes sociales
Conscient de sa différence Reconnaissance limitée de sa différence
A envie de partager ses activités, intérêts Peu ou pas d’intérêt à partager ses activités et
intérêts
Capable de comprendre le point de vue des
autres mais voit également les limites de
compréhension et de logique d’autrui
Montre une difficulté importante à comprendre
le point de vue d’autrui
Peut suivre les règles implicites mais souvent
ne le souhaite pas
Difficulté à suivre les règles implicites
Soi est fortement émotionnel ou n’exprime pas
ses émotions
Soi ne reconnaît pas ses émotions ou ne sait
pas les gérer
Comportement
Peut résister passivement, mais accepte en
général le changement
Résiste activement ou agressivement aux
changements, rigidité du comportement
Questionne les règles et la structure Suit les règles et a besoin de structure
Comportements stéréotypés absents Comportements stéréotypés présents
Quand les problèmes arrivent, il en est affecté Quand les problèmes arrivent, l’entourage en
est affecté, mais il peut les ignorer ou en être
submergé
Coordination
Bien coordonné Présente un retard de coordination
Intérêt pour les sports d’équipe Evite les sports d’équipe
Démontre des habiletés motrices Les habiletés motrices sont plus faibles ou
acquises avec du retard
SEES / REVUE ECONOMIQUE ET SOCIALE > numéro 4 décembre 2016
4
Afin d’enrichir notre propos, nous vous proposons une vignette clinique qui illustre l’enchevêtrement
des problématiques HPI et Asperger et qui questionne la prise en charge psychothérapeutique.
VIGNETTE CLINIQUE
Notre patiente est une jeune femme dans la vingtaine ayant un QI de 152 avec un intervalle
de confiance à 95% (estimé avec la Wais IV) et un Syndrome d’Asperger. Le tableau clinique
de cette patiente Asperger est le suivant: elle est calme et a l’apparence détendue. Son corps
est hypotonique mais ses mains sont moites. Son regard est évitant. Elle a tendance à se
perdre dans son raisonnement, à faire des associations aléatoires entre différentes situations
rencontrées. Elle nous raconte que: «lorsque j’étais enfant, j’ai appris à me conformer à ce
qu’on attendait de moi. J’ai réussi à le faire lorsqu’il s’agissait d’autorités telles que mes
parents ou les enseignants, je n’ai jamais compris ce que mes pairs attendaient de moi. J’ai
essayé de m’intégrer, parfois j’y arrivais mais lorsque j’étais en échec, je n’ai jamais compris
pourquoi. J’ai essayé de faire comme les autres, mais il me manquait l’authenticité». Elle
nous dit que les informations viennent de manière abrupte, dénuées de sens, c’est à elle
d’y trouver une logique – construction «logique» qui s’effectuera avec l’hémisphère droit
- ce qui génère énormément de réflexion et d’anxiété; de nombreuses informations y sont
ajoutées et traitées pendant des jours, soumettant ses capacités intellectuelles à d’énormes
sollicitations. Voici un exemple qui nous a été relaté: «je dois absolument trouver pourquoi
il m’a saluée sur le pas de la porte, y a-t-il un sens caché, a-t-il fait exprès?». En sus, elle
doit faire face à sa labilité émotionnelle. Les informations sont assimilées et structurées avec
lenteur et de manière linéaire et logique; elle n’a pas de problème de concentration, mais a
besoin de nombreuses heures de sommeil pour récupérer. De nombreuses informations lui
échappent. Comme elle le dit: «je manque de temps pour générer la cohérence entre toutes
les informations». Un des moyens, pour elle, de parvenir à rassembler les informations est
d’essayer de les structurer, d’y appliquer des règles apprises au fil des expériences.
Pour les Aspergers, une des principales conséquences de l’incapacité à gérer en parallèle les
flux d’attention est de ne pas être en mesure de comprendre ses émotions et de les contrôler.
Pour elle, il faut gérer un stress constant (travail, quotidien, relations interpersonnelles), la
surprise au moindre imprévu, ainsi qu’un flot d’informations à traiter et intégrer dans le
contexte. Elle se sent souvent dans un désarroi et un grand stress face à l’immensité des événements
qui surviennent soudainement et pour lesquels elle cherche des règles. Elle analyse
a posteriori toutes les informations reçues par chaque personne et tente d’y mettre du sens,
ce qui la rend méfiante sur les intentions d’autrui. Elle se sent confuse et dépassée, hors de
contrôle, ce qui la fait réagir entre anxiété extrême et colère. Elle est labile émotionnellement
et réactive; si on lui fait une remarque, elle pense qu’on lui veut du mal; si on lui fait un
compliment, elle pense également qu’on lui veut du mal, car elle n’arrive pas à découvrir
l’intention d’autrui, l’autre est perçu avec circonspection. Elle a terriblement peur d’être
dépendante et à la merci de la pensée d’autrui, de se faire «avoir». Pour elle: «Mon cerveau
droit m’envahit, je me perds dans les dédales d’embranchements, tel un arbre, je ne distingue
plus le tronc de la ramification des branches. Tout est épuisant, je n’arrive pas à tenir compte
de toutes les informations et j’y cherche sans cesse les points communs, en vain. Mon cerveau
gauche est présent seulement localement lorsque je suis sur une branche».
SEES / RES > Dossier: L’e XXXXXXX
5
Dans la situation de cette jeune femme, on a donc un mélange de caractéristiques provenant
de son HPI et du Syndrome d’Asperger. Ils ont en commun en général des capacités cognitives
dysharmoniques c’est-à-dire imprévisibles, peu hétérogènes et inégalement réparties
en terme de performance selon les domaines cognitifs (Baum, Owen, et Dixon, 1991; Wing,
1991; Altman, 1983; Asperger, 1991; Hollingworth, 1942; Silverman, 1993).
QUEL TRAVAIL PSYCHOTHÉRAPEUTIQUE?
Le travail psychothérapeutique d’adultes HPI ou Asperger peut être similaire. Les habiletés
sociales permettent aux uns et aux autres de travailler l’appartenance, l’estime de soi et la
réalisation de soi en tenant compte de leurs grandes capacités intellectuelles et en acceptant
que les autres aient des capacités inférieures. Les habiletés sociales recouvrent les éléments
suivants qui seront abordés ultérieurement:
> Comprendre la motivation humaine
> Mettre en évidence les systèmes de croyance
> Déterminer nos types de pensée
> Travailler sur l’adaptation
> Travailler la communication et la compréhension partagée
Le travail thérapeutique consiste à dégager des catégories pour comprendre la motivation
humaine. Il est important pour les HPI et Aspergers de comprendre que la réflexion importe
parce qu’elle est en continuité avec l’action. Ce que l’on pense de ce que l’on fait affecte la
manière de le faire.
De plus, il est important de travailler sur les systèmes de croyance et de savoir distinguer si
la personne est empiriste ou rationaliste. Pour donner une définition brève tirée du livre de
Simon Blackburn (2008) nous dirons que la personne empiriste s’inspire de David Hume
par exemple (1711-1776) en pensant que la connaissance s’acquiert par l’expérience des
sens plutôt que par la raison tandis que pour les rationalistes comme René Descartes (1596-
1650), ils pensent que «notre expérience est notre raisonnement». Ce travail sur les systèmes
de croyance est fondamental pour aider la personne HPI ou Asperger à reconnaître comment
elle pense, et comment elle aborde les choses dans le cadre de ses croyances.
La détermination de nos types de pensée tels que la pensée sur notre fiabilité générale, sur
notre liberté et notre destin, sur soi, sur l’ordre et sur le monde permet au thérapeute de
travailler sur les schémas. Dans notre pratique, nous avons pu constater (sans en faire une
généralité) que les HPI sont plutôt empiristes et les Aspergers plutôt rationalistes. Le travail
thérapeutique permettra à la personne de mettre en évidence son système de croyance et d’y
trouver des alternatives.
Un autre aspect de la thérapie sera de travailler sur l’adaptation. Par exemple, prenons
les différentes dimensions de l’expérience sensorielle. Les chiens ont un flair merveilleux,
ils sentent des odeurs qui nous échappent. Ils font autorité en matière de distribution des
odeurs. En revanche, ils ne perçoivent par les couleurs. Ils ne font pas autorité en la matière.
Nous sommes capables d’une discrimination visuelle plus fine entre objets que les chiens
dans toute la gamme de lumières différentes. C’est à cela que sert notre vision des couleurs.
Les chiens et les humains peuvent être «adaptés» dans un même environnement malgré leurs
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différences. Nous sommes, de ce fait, dans un monde de non égalité d’adaptation. Ainsi
donc, les HPI comme les Aspergers ont des facultés hors du commun qui parfois réduisent
leur capacité d’adaptation (par exemple l’hypersensibilité sensorielle), aptitudes auxquelles
nous allons porter une grande attention, cela à la fois pour rendre la personne attentive à
ses facultés et également pour lui permettre d’utiliser celles-ci de manière la plus adaptée.
Ensuite, rendre la communication et la compréhension partagée sera fondamental en psychothérapie.
Apprendre comment nous communiquons et comment une compréhension peut être partagée
n’est pas une simple donnée ni un fait qu’on doit tenir pour acquis. Cela requiert que
nos esprits soient modelés de la même façon. Mais qu’est-ce qui façonnent nos esprits d’une
manière ou d’une autre? Comprendre les choses et les décrire nécessite d’utiliser des concepts
régis par des règles de la manière minimale ainsi décrite. Mais quelle est la «réalité» derrière
ces règles? On distinguera trois grandes positions tirées de Blackburn (2008):
1) Le réalisme. Ces règles ont une existence réelle, objective. Elles déterminent la bonne
application des concepts à travers les exemples passés, présents, futurs et possibles.
Nous les saisissons par quelque acte d’appréhension, qu’on ne saurait aisément comprendre
en termes naturels.
2) Le conceptualisme. Les règles sont les créatures de l’esprit. Elles viennent à exister du
fait de nos réponses partagées naissant de nos natures humaines partagées, ou peutêtre
de nos natures éduquées, façonnées par la culture. Ainsi, tous les concepts sont
liés à notre propension à répondre: des artefacts de nos dispositions à répondre aux
choses.
3) Le nominalisme. En réalité, il n’existe aucune règle. Il n’y a que des êtres humains
avec leurs inclinations à appliquer des mots ou à les retenir. Il n’y a en matière ni
«correction» ni «incorrection» même si, bien souvent, les gens dont les applications
divergent de celles du troupeau se verront reprocher d’être «incorrects».
Prenons un exemple pour distinguer ces positions qui seront discutées en thérapie. Dire à
quelqu’un qu’il est «angoissé». Un réaliste qui emploie ce terme supposera qu’il y a de vrais
phénomènes physiologiques derrière, tels que la réaction de peur d’un danger qui n’est pas
réel. Le conceptualiste supposera que le mot marque une catégorie utile avec lequel tracer
des frontières autour d’une espèce bien particulière d’état médical ou psychologique. Le
nominaliste déclarera que le mot n’est pas plus mauvais qu’un autre. Des gens sont disposés
à l’utiliser: fort bien, après tout, un mot est fait pour cela.
En somme, nous intéresser à notre compréhension du monde, à la nature des choses et à la
connaissance que nous en avons, aux façons de raisonner à leur sujet, nous permet de savoir
comment agir sur lui.
Pour les HPI et les Aspergers adultes, la pensée pratique est largement de nature technologique.
Nous avons un objectif et notre problème est de le satisfaire. Nous cherchons à
adapter des moyens aux fins, avec les fins données à l’avance. Acquérir les talents nécessaires
requiert de comprendre le système en question, et de savoir quels changements effectuer, et
comment s’y prendre, afin de parvenir à la fin désirée. A la pensée pratique doivent s’inclure
d’autres types de pensées qui seront amenées en thérapie.
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On dit souvent que nos objectifs sont fixés par nos motivations. C’est souvent vrai, tout au
moins à titre d’approximation. Ainsi donc tout se complexifie entre agir du fait de quelque
préoccupation et agir parce qu’on en a envie, la différence est de taille. Imaginons un couple
qui bat de l’aile. Rose, qui se sent piégée, a le sentiment de devoir quitter Bernard à cause
de sa carrière: peut-être un devoir envers d’autres ou un plan de vie qui l’oblige à bouger.
Bernard peut faire monter la température émotionnelle en soulignant que Rose ne partirait
pas si elle n’avait pas aussi le souhait de rompre «tu dois en avoir envie, sans quoi tu ne
le ferais pas»; ce sont des mots blessants et qui, en hypothèse, pourraient être réellement
sans fondement. Peut-être que Rose est vraiment totalement abattue à l’idée de quitter son
compagnon, mais dans le traitement de résolution de son problème lié à leur relation, à sa
carrière et au stress majeur que ces deux facteurs engendrent, cette rupture est incontournable
bien que très douloureuse, c’est-à-dire qu’elle est la seule réponse possible. Tondre la
pelouse me préoccupe, mais je n’ai pas envie de le faire. Si je le fais, c’est que je dois désirer
autre chose: par exemple ma tranquillité d’esprit (ne plus penser à cela).
Enfin, une des choses à apprendre également et qui est source de conflit et de malentendu est
que la communication consiste souvent à répondre aux préoccupations d’autrui. Ce qui ne
se fait pas si un interlocuteur a une préoccupation et que l’autre tient celle-ci pour une sorte
de problème ou d’obstacle en soi. Par exemple Imaginez que Rose se préoccupe de sa carrière
alors que Bernard se préoccupe du souci de Rose. Il va y répondre non pas en réfléchissant
aux moyens de l’aider, mais en essayant de tempérer son souci: «ne te mets pas dans tous
tes états ma chérie, allons, allons, bientôt tu n’y penseras plus, allons dîner, donne-moi la
main, faisons un bébé, etc.» Ses réponses sont déplacées, tout comme le coup de poing dans
le ventre pour vous couper la faim. Ici trois problèmes émergent: pour Bernard, le souci que
se fait Rose est «le problème» alors que pour Rose c’est sa carrière qui est «le problème», et
non le souci qu’elle a de sa carrière. Notre vision, comme lecteur et tiers, identifie aisément
le troisième problème qui est que tant que Bernard et Rose ne partageront pas la même
perspective, ils ne s’entendront pas.
Si nous revenons à notre vignette clinique, nous avons aidé cette jeune femme à comprendre
que sa réflexion est en continuité avec ses actions. Nous l’avons amenée à développer sa
compréhension à travers les analyses fonctionnelles qui lui ont permis de comprendre que sa
réflexion (ce que je me dis, ce que je ressens et ce que je fais) agit sur ses actions, et de ce fait
à saisir «ce que les pairs attendent d’elle». Elle a pu identifier que son système de croyance
était «rationaliste». La détermination de ses types de pensée lui ont permis d’entrevoir
qu’elle percevait la fiabilité générale avec beaucoup de pessimisme et ceci était lié à l’analyse
qu’elle avait fait des capacités des personnes de manière générale. Sa pensée sur sa liberté
était faible parce qu’elle avait une mauvaise estime d’elle et qu’elle n’arrivait pas à imaginer
se réaliser et s’épanouir dans un monde qu’elle ne comprenait pas et d’autre part qu’elle
percevait comme étant un monde «stupide». Ces aspects provenaient de son HPI
En travaillant sur sa capacité d’adaptation, nous avons passé beaucoup de temps à discuter
de ses particularités. Nous l’avons rendue attentive à ses grandes capacités de HPI,
notamment mnésiques mais également de perception des émotions, pour en faire des forces.
Nous l’avons également aidée à tenir compte de sa saturation sensorielle et du retrait qui
lui était nécessaire pour bien «fonctionner». Le travail sur la communication et le partage
de compréhension lui ont permis de voir qu’au départ elle était «nominaliste», élément qui
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lui venait du syndrome d’Asperger. Elle ne voyait aucunes règles dans la communication. Il
n’y avait que des êtres humains avec leurs inclinations à appliquer des mots ou à les retenir.
Elle avait appris à parler selon des définitions précises et justement, en grandissant, elle ne
comprenait pas la manière dont les gens utilisaient le langage. Nous l’avons aidée à tenir
compte des trois catégories (réaliste, conceptualiste, nominaliste) et à essayer de les adapter
aux différentes situations rencontrées. Nous avons ainsi «mis de l’ordre dans son raisonnement
», non pas en la jugeant, mais en lui permettant de mieux comprendre sa manière de
fonctionner. A sa pensée pratique de type technologique, nous avons ajouté la motivation,
l’ambivalence, le partage de perspective et l’acceptation des émotions. Cela lui a permis de
réduire son sentiment d’être «hors contrôle» et l’a assistée dans la gestion de son anxiété.
Comprendre la pensée d’autrui contribue à ne plus avoir peur «d’être dépendante de la
pensée d’autrui».
Notre position est que la mise en oeuvre par ces personnes de stratégies adaptatives est une
manière de donner réalité à un embrouillamini qui les étouffe. Pour elles, la solution doit
inévitablement être d’une nature unique. Les HPI et les Aspergers partagent des difficultés
dans les interactions sociales qui sont liées d’une part à leur particularité et d’autre part à la
méconnaissance des différents aspects mis en jeu dan les interactions sociales, ce que nous
avons développé en cinq points. Ainsi donc, le travail thérapeutique peut aider ces personnes
dans leur singularité à se respecter et à mieux interagir avec autrui.
QUELLE PLACE DONNER AUX DIFFÉRENCES?
Dans cette recherche de «classification» Asperger ou HPI on voit que la démarche est inverse:
lorsqu’il s’agit de pathologie (Asperger) l’enjeu actuel réside dans l’exercice de mettre
en évidence un continuum, lequel gommerait le côté stigmatisant du handicap situationnel
et permettrait de sortir du catégoriel par la nuance; à l’inverse la définition de «potentiel»
implique une condition qui se réaliserait dans l’avenir si la personne ainsi qualifiée pouvait
entrer dans une classe bien définie et nécessitant un traitement particulier de cette condition
de HPI. En termes de travail psychothérapeutique la notion de catégorie ou celle de continuum
implique-t-elle des objectifs différents pour un individu?
L’inclusion dans une catégorie amène une notion de répertoire de fonctionnements qui pourraient
être vus comme appartenant à une majorité vs un individu dont le fonctionnement
serait trop éloigné de la norme. Le risque ici est de considérer que les caractéristiques de cette
catégorie éloignée sont des symptômes à «traiter». Cette vue pose alors la question de la
normalité et de la comparaison, dans notre cas, du fonctionnement d’un individu particulier
vs beaucoup d’individus dont le fonctionnement serait plus semblable que spécifique. Le travail
d’adaptation serait alors de repérer la norme d’une majorité, son fonctionnement, notre
fonctionnement, et d’évaluer la distance entre l’un et l’autre, puis d’identifier comment s’en
rapprocher et interagir de manière satisfaisante. Ici nous voyons, outre le fait que la norme
peut être mouvante, un travail sur soi qui serait en quelque sorte réactif à la différence.
Dans l’idée du continuum, ce qui est d’emblée posé est un enjeu d’adaptation. Les caractéristiques
d’un individu sont des particularités de fonctionnement présentant plus ou moins
de difficultés – ou de facilités autour d’un certain nombre de critères en quelque sorte
uniques un à un. Cette vision pose la question d’un curseur individuel qui serait apposé
comme norme propre sur chacun de ces critères. Le travail d’adaptation résiderait aussi dans
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une comparaison, oui, mais à soi-même. Cela avec des sous-buts comme: comprendre son
propre fonctionnement, en quoi celui-ci nous pose des problèmes ou est douloureux, quels
objectifs identifier dans ce travail d’équilibre et comment les développer pour «augmenter»
ce qui nous est propre. Ce que nous pourrions ainsi identifier comme un travail sur soi proactif,
flexible – comme nous l’avons décrit dans notre vignette clinique – et orienté vers une
identité à la fois spécifique et communautaire.
CONCLUSION
Cliniquement, notre expérience auprès des Aspergers nous a amenées à faire le choix du
nominalisme; notre objectif concourt à identifier simplement des caractéristiques de fonctionnement
avec pour but un chemin vers la coopération entre nos deux mondes. A l’image
du monde animal où chaque individu d’une communauté trouve une fonction distinctive en
lien avec ce qu’il sait bien faire, dans notre travail nous faisons l’hypothèse qu’une meilleure
connaissance et reconnaissance des capacités spécifiques d’un individu, tant à son niveau
qu’au niveau collectif, implique forcément une plus grande flexibilité du milieu. Ainsi nous
faisons le pari que le travail de repérer ses propres caractéristiques de fonctionnement, se les
expliquer à soi-même, se les approprier dans ce qu’elles ont d’augmentatif aussi, puis baliser
le chemin du «comment coopérer» sera, au final, toujours plus fonctionnel, dynamique,
adapté et favorable à chacun de nous et à notre espèce.
Cet engagement permettrait donc aux uns et aux autres de mieux s’insérer dans la communauté.
Le continuum a l’avantage de mettre en évidence des caractéristiques communes tout
en démontrant les formes particulières à leurs stratégies adaptatives. Le continuum est au
service de cette intégration tandis qu’à notre sens, le catégoriel sépare les individus. Prendre
en considération les différences et les potentiels permettrait à la communauté d’en faire une
force, plutôt que d’estimer que ces caractéristiques sont limitatives et sont des symptômes
à traiter.
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