Histoire d'Elles

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Message par Prunelles le Mer 15 Aoû 2018 - 18:43

Portrait d'un Mercenaire de l'Ombre

Inspiré de BigZebra, que je salue.

Bon, ce récit est beaucoup plus long que prévu. En fait je n'avais rien prévu du tout..
Je n'ai pas du tout le courage de faire le tri, aussi, pour ceux qui seront tentés d'en lire un brin, je m'excuse par avance de l’exubérance et de l'étalage impudique de ce qui suit.

Je ne sais pas trop quel en est l'objectif - si toutefois il en est un - ni clairement ce qui m'a poussée à la confidence.. Tout ça m'a échappé, ou plus probablement, s'est échappé de moi.

Humour, colère, dépitations, exaspérations, rigoloteries ; je n'ai pas eu la main légère, tout y est passé !

Préambule

Personne ne semble comprendre qu'être doué ne suffit pas à réussir.
On ne voit que l'aspect 'mathématique' et rationnel de la chose. 
Personne ne peut comprendre pourquoi un être que l'on perçoit comme étant 'brillant' s'abîme dans une succession d'échecs et de dépressions. Pour le plus grand nombre, c'est un non sens absolu qui va à l'encontre de la raison et défie toute logique.

Etre doué, quand on est jeune, émoustille la fierté de ses parents, remporter des concours et des mentions, multiplier les réussites, briller en société ; on vous expose comme un trophée. 
Mais quand cette 'anomalie' n'est pas sue, ou mal sue, ce bon temps ne dure pas. 
Ô combien être doué peut se retourner contre soi et se transformer en ennemi.
A la fois on vous encense et on vous bride.


Les premiers pas..

A mon grand soulagement on m'épargna la dernière année de maternelle, ce fut la première bataille que ma mère - très intuitive sur ce coup - a menée, accordant en ce temps là du crédit à mes plaintes.
Malheureusement, dès lors, plus jamais rien ne fut simple pour moi.
Tout s'emberlificota dans une immense toile d'araignée impossible à démêler.

Finalement, on se désintéresse bien vite de l'enfant doué qui brille ; c'est sa nature, c'est sa routine. 
Alors on l'abandonne ; hop, un poids en moins. 
S'ils avaient su quel poids en plus j'allais devenir ! 
J'étais autonome = je n'avais besoin de personne. Pourquoi continuer de s’enorgueillir des bons résultats, des progrès dans les sports, quand cela était tellement naturel ?
Aussi je ne dépendis plus que de l'affection des enseignants. Ma bonne conduite et mes résultats ne répondaient qu'à leurs attitudes.
Ils m'encourageaient ou me félicitaient je réussissais, ils me dédaignaient je chutais.
Cela dura quasiment toute ma scolarité, qui fut bien chaotique.

Bref. 
Tout se délita bien vite ; le bonheur de l'enfant, prédestiné à faire la joie de tous, se dépouilla de ses vertus, et ne fut plus qu'une vague lueur insaisissable.
L'anomalie déploya au-dessus de moi ses ailes, comme pour me recouvrir de son ombre, et commença de distiller son poison.


Dilemmes entre soi et le masque. 

Farfelue et décalée, telle une seconde nature, ma créativité n'avait pas de limites de ce côté là !
Durant ma phase 'la fac c'est chiant, on s'ennuie à mourir - je ne me présenterai qu'aux examens - je veux faire du théâtre' , 
J'eus un coup de coeur intense pour les chapeaux ! Et pour les atours des montagnes d’antan, champs de pâquerettes et goûters campagnards, en tout cas d'un autre temps. Je ne portais plus que des robettes blanches et des bottines, et me parais de chapeaux de toute sorte selon les saisons.
Les robettes ne se sont pas éternisées, mais les chapeaux eux ne m'ont pas quittée pendant longtemps. Certains immenses - rayon 'occasions particulières une fois l'an' - que j'arborais avec fierté et conviction dans ma vie de tous les jours et en pleine rue.
Dans les enceintes des cours de théâtre ça faisait mouche, mais en dehors, bien moins.

J'imposais mon style à tous - je n'y voyais rien d'anormal - résultat, personne ne voulait sortir avec moi, tout du moins marcher à mes côtés en public !
Ma mère, férue de mode, était atterrée ! Mais elle finit par s'habituer à mes incongruités.
Beaucoup étaient interloqués, certains amusés, d'autres devaient murmurer que j'étais fêlée.
Mes lubies vestimentaires changeaient rapidement au gré de mon imagination du moment, et de mes petits mondes intérieurs que je vivais sans doute comme une protection du monde extérieur.

Ce genre de choses se manifeste chez de nombreux adolescents, mais chez moi ce fut, comme de bien entendu, toujours dans les extrêmes, se déclencha bien plus tard, et se poursuivit bien au-delà.

... Je réalise que je relate cette époque à la façon d'un mourant avant de trépasser !
C'est flippant ! Mais bon.. j'en ai tout de même gardé un petit quelque chose  Very Happy

Très sociable tant que c'était du court terme, j'ai toujours eu peu d'amis. Soit tu les déçois pour des raisons qui t'échappent totalement, donc ils t'abandonnent, et toi t'as mal, trop mal pour que ça se reproduise. 
Sinon, c'est juste que ça ne peut pas aller plus loin parce que tout simplement tu t'ennuies, tu disparais dans des absences et cela ne t'attire guère beaucoup de sympathie.

Très vite je m'excluais ou étais exclue de tout clan.
Ce qui les rassemblait eux, ne m'intéressait pas.
Quand exceptionnellement j'intégrais un petit groupe qui me donnait de la joie, il devait toujours se produire quelque chose de néfaste, on pouvait m'accuser de choses qui me dépassaient, des imbroglios de malentendus dont souvent mon empathie s'était mêlée à mes dépens.

Je ne cherchai plus d'intimité d'avec les 'amis' car je finis par être terrorisée qu'ils me démasquent et me rejettent.
J’étais dans un contrôle permanent de moi-même, certes, mais arrivait un moment où quelque chose dans mes comportements ou mes remarques me trahissait. 
Re perplexité - Re 'à qui ai-je affaire' ? Re pourquoi tant de passion pour de si petites choses ?
Re Re Re le fossé qui te pousse à évacuer les lieux.

Sans compter toutes ces choses complexes qui je saisissais instantanément et pour lesquelles je me passionnais spontanément, et par ailleurs, toutes ces choses simples que je ne comprenais obstinément pas, ne serait-ce qu'une petite blague sans envergure.
Les gens ça les laisse perplexes, ils n'ont plus de repères ; elle se moque ? ou le fait-elle exprès ? Pourquoi elle bloque sur un truc pareil ? De brillant tu deviens autiste, on se demande encore où est l'anomalie.
Néanmoins ça les faisait rire et donnait lieu à des plaisanteries légères.

Hyperactive ; ce trop de trop.

Ah ce trop, sur les lèvres de tous, et qui vous colle à la peau. Qui vous mystifie, parfois, ou qui harasse votre entourage, lassé de cette exubérance répétée.

Trop parler, trop rêver, trop penser, pas assez écouter. Trop d'idées, on ne peut pas tout faire, trop d'obstination, pas assez d'obstination.
T'as pas la notion du temps, t'as pas la notion de la réalité, tu ne fais que rêver, et les rêves ça ne mène nulle part - à ce qui paraît. 

L'autre veut rentrer se coucher mais toi tu es tout frétillant de cette excitante conversation - tu veux un café ? le temps s'est arrêté.. enfin.. pour toi.
L'autre veut raccrocher et vous le ré-harponnez au détour d'une phrase, il ne peut qu'y répondre, et à bout de forces, il s'endort sur vos dernières paroles.

Besoin d’adrénaline, de me frotter au danger, à mes limites.
Ne jamais savoir s'arrêter, s'arrêter quand c'est trop tard.

  Equitation, bien que tu l'aimes de tout ton coeur, tu épuises ton cheval jusqu'à ce que les cuisses te brûlent.
Moto, voiture, accumulations de prunes pour dépassement de vitesse - adrénaline - rater son permis pour n'avoir pas ralenti dans un virage.
  Parapente, s'envoler de la pente-école au lendemain du premier cours - ce n'était pas prévu mais 'je vole je vole' ! Eux ils paniquent mais moi j'exulte !
Le grand vol, le vrai, le deuxième : dans la radio on te dit c'est bien, maintenant reviens vers moi et entame la descente. Faire durer - adrénaline - c'est flippant mais c'est grisant, puis prétexter n'avoir pas entendu les instructions.
  Trapèze volant : les mains en sang, l'instructeur : ça suffit pour aujourd'hui - non, un p'tit dernier.
A 4 mètres du sol, tu t'élances, on t'attrape, puis au retour du trapèze, fatalement il t'échappe, tu plonges dans le filet de corde épaisse, et la corde, quand on la prend de haut, ça fait mal.
  Course, ton coeur s'est calé sur tes foulées, mais tu le sens battre dans tes tempes - adrénaline - allez encore une petite demi-heure. Etirements, échoué sur le sol, ton corps ne répond plus aux signaux. Vais-je trouver un taxi pour rentrer ?
  Salle de sport, toujours plus, plus longtemps, les muscles chauds, ne plus sentir la fatigue - tu dois rentrer chez toi, de toute façon on ferme.. et que je ne te revoie pas demain !
Tu es chez toi, et là tu t'écroules sans dîner. Le sur-lendemain, t'as encore mal, mais c'est plus fort que toi, faut que tu y retournes.

Tics et Tocs.

Les obsessions de perfection qui prennent des allures de tocs, sont à mon sens ce qu'il y a de plus épuisant, au vu de l'énergie - ta force vitale - qu'ils te pompent, et du précieux temps qu'ils te font perdre.
Cette malencontreuse et irrépressible farfeluesquitude qui choque ou dépite tes spectateurs.

  Tu es dans la salle d'attente d'un médecin, elle est vaste, sur 5 tableaux 3 sont de travers. Et toi, dans cette attente qui te mortifie, tu ne vois que ça.
  Tu t’efforces de détourner ton regard et tes pensées, mais c'est là et c'est trop tard, tu ne penses plus qu'à ça.
  Tu te tortilles sur ta chaise car cela te démange d'y remédier, tu te dis mais que vont penser les gens de cet acte incongru - de quoi elle se mêle ? 
  Et puis merde, tu finis par te raccrocher à ton originalité habituelle, qu'importe ce qu'ils en pensent je ne les reverrai jamais, et voilà, tu finis par te lever l'air de rien, comme pour aller contempler les oeuvres de plus près, et hop discrètement, tu redresses le cadre jusqu'à ce qu'il soit bien droit.  
  Jusque là ça passe, mais il reste les autres, encore tant pis, là tu t'en fous, c'est plus fort que ta raison et le regard troublé des gens, l'air de rien ou pas, tu sais qu'ils vont remarquer ton manège, et tu vas finir le travail sur tous !

Voilà une simple anecdote, mais ce fonctionnement systématique se reproduit pour bien des choses, chez moi. C'est comme une lutte permanente, ça te parasite, mais tu finis par t'y habituer, en dépit de l'exaspération, le trouble, voire la gène que ça provoque autour de toi quand tu n'es pas seul.
Et quand tu es invité quelque part, eh bien là aussi ça te démange, et tu fais de même !

Tu peux recommencer 100 fois une tâche jusqu'à ce qu'à tes yeux elle soit comme elle doit être.
Oui, je le reconnais, c'est exaspérant.
Quand un gars vient t'installer des meubles de cuisine, tu ne le perds pas des yeux, tu guettes ses moindres gestes par-dessus son épaule, tu vérifies avec lui le niveau, comme si c'était le dernier des incompétents. 
Ah le niveau ! Il est loin de se douter à quel point c'est vital pour moi ; si jamais c'est imperceptiblement penché, je ne verrai plus que ce défaut, jour après jour en entrant dans ma cuisine ! et je devrai m'efforcer de le mettre de côté au quotidien. Non, ça n'arrivera pas chez moi.
Là c'est lui qui est exaspéré. Il sort de là en sueur, espérant n'avoir jamais à y revenir !

Mais comme t'en as marre de lutter, car ça aussi ça te fatigue, tu finis par accepter ces 'démangeaisons' et les intégrer à ta vie.

Anomalies et paradoxes : Et pourtant et pourtant

D'un côté faut que tout aille vite, tu as une capacité de concentration et d’obstination pour certaines tâches - celles qui te passionnent même provisoirement - et de l'autre tu es distrait, la tête dans les nuages, dispersé - dans la rue tes yeux virevoltent de tout côté - faut rien manquer, tout a un intérêt potentiel, le moindre mouvement accapare ton attention - dispersé tu penses tellement à mille choses en même temps que d'une pièce à l'autre tu ne sais plus ce que tu étais venu chercher - re perte de temps.
Tu retrouves tes ciseaux dans le frigo, un verre a mystérieusement disparu - comment est-ce possible ? Tu te dis qu'il finira bien par réapparaître, mais il ne réapparaît pas. Te connaissant, il y a de fortes chances qu'il ait disparu dans la poubelle !

Oh la patience.. cauchemar cauchemar..
Se retenir, se contrôler, sans cesse, pour masquer ses élans frénétiques d'impatience.. ces autres qu'il faut protéger de soi, mais que parfois on a envie de bousculer - j'ai parlé trop vite, on n'a rien compris, Zut, va falloir tout reprendre, plus lentement, détailler, flemme.

Patience dans les files d'attente, o misère, les trottoirs encombrés de gens tellement lents, moi qui marche toujours vite, envie de les pousser, mais ben non, alors trouver des subterfuges, tous sens aux aguets, pour saisir aussi vite que possible le petit espace où tu vas pouvoir te faufiler pour enfin te débarrasser de cette insupportable lenteur.

Tu es obsédé par un grain de poussière, tu t'extirpes d'une tâche rien que pour remettre en place un objet déplacé de quelques centimètres, tu es sur le point de sortir, comme tu n'es jamais en avance si t'y vas pas tu seras en retard, et pof ! Un court-circuit : ton oeil se pose sur une disgrâce, tu en oublies que tu devais partir, et tu vas chercher un tourne-vis parce que le guéridon était branlant ! Merde, t'es en retard..

Par ailleurs tu es totalement bordélique, seul toi pourras retrouver le petit boulon du radiateur dans ton amas de bidules. Tu sais précisément où se trouve l'objet que tu cherches dans les multiples rangements et/ou cartons oubliés dans un coin. Dans tes multiples rangements, y a une logique.
Sur ton plus précieux territoire qu'est ton bureau, tes brouillons, petits bouts de papiers, tes mille petits rien sont éparpillés ; tout et n'importe quoi se chevauche, et pour toi il ne peut guère en être autrement, chaque petit objet y a sa place et sa raison d'être là.

Tu en oublies de manger, de ranger, nettoyer, tant que tu es pris dans une tâche qui te happe, que ce soit pour 2 jours ou une semaine. Aussi, tu anticipes, et tu prévois toujours des trucs à grignoter, des plats vites exécutés si besoin. Quand tu cuisines, ce qui souvent te rebute - ça prend trop de temps et en plus c'est tous les jours - tu en fais 4 tonnes pour pouvoir congeler, et hop : gain de temps pour les jours où t'en n'auras pas pour ça.

Mais pourquoi personne n'a encore inventé une pilule qui nourrit sans carences, et une autre pour ne jamais avoir à dormir et qui repose le cerveau ? 
Ou créé des poiles jetables bio-dégradables ?

Yoyo de paradoxes : les gens c'est chi*nt mais tu les aimes.

Tu aimes les gens pourtant bien souvent leur compagnie t'ennuie ; ça y est te voilà sur une autre planète, tu perds le fil de la conversation, ah ! Démasquée : ils ont vu juste, ils t'ennuient et donc se vexent, tu finis leurs phrases pour accélérer la cadence et ça les agace plus encore.

Paradoxalement, cette empathie démesurée qui me gratte tout le temps. 
Attirée comme un aimant par la détresse d'autrui. 
Faculté aiguisée de détailler avec une précision minutieuse le pourquoi et le comment du mal des autres - mais impuissante face au mien - prendre soin de leurs souffrances sous mon aile bienveillante, et pourtant, pourtant, ce sont les mêmes que je vais trouver exaspérément lents et ennuyeux.

Dans les moments de recul et de paix, je comprends que je suis différente, que je ne peux exiger de quiconque une vivacité qu'il ne possède pas, une attention qu'il ne peut fournir.
Et là j'ai envie de pleurer ; je veux être avec eux, les enlacer, me réjouir de leurs joies simples et de leur frivolité, mais je ne peux pas. Ils croient que je suis fâchée, se vexent encore, je ne peux pas expliquer, parfois j'invente des raisons plus ou moins réalistes pour amoindrir les effets de mes disparitions soudaines.

Seule dans mes pensées qui papillonnent, ou en simple spectateur du monde à la terrasse d'un café, jamais je ne m'ennuie.

C'est parfois si difficile de se contrôler, de se contenir, de se taire, de faire semblant d'écouter, de ne pas couper l'autre au milieu de sa phrase pour qu'il ne sente pas idiot devant l'assemblée, et lui de se défendre violemment : mais tu ne sais pas c'que j'allais dire - ben si j'le sais - comment peux tu oser anticiper mes propres pensées, et préjuger de mes conclusions avant même de m'avoir laissé finir ?
Bref, là on te prête un égo sur-dimensionné, l'autre s'est fermé, fini la discussion, et tu culpabilises instantanément.

Et pourtant... ton empathie n'a pas de limite, mais seulement dans certains cas finalement : quand tu flaires l'injustice, s'ils sont victimes, si ça vient titiller ton besoin de résoudre un problème complexe, ou si tu as une vision fulgurante et immédiate de ce qui pourra les aider, et du dénouement. 

Tu es ultra sociable, on adore ta compagnie joyeuse, l’intérêt que tu portes à chacun dans une tablée, ceux à qui on te présente n'ont que louanges à ton égard le lendemain, et pourtant, tu es solitaire, tu ne te sens vraiment bien que chez toi, là où tu peux être toi, au calme, soulagé de n'avoir plus besoin d'être un autre.
Personne ne comprend cette solitude, ce besoin - je dirais instinct - de retrait tel un petit animal sauvage.

Le couple...  ô misère misère ; insolvable puzzle

Comment quelqu'un peut-il comprendre, accepter qu'on puisse rester 12h sans pause sur une tâche dont il est de ce fait totalement exclu ?
Etre capable d'une extrême concentration pendant des temps infinis et être totalement distrait et dispersé dans les domaines simples de la vie ?
Cela donne l'impression qu'on est égoïste - et c'est sans doute le cas parfois - et pire, ça effraie.

  Tu sors dans le jardin chercher un truc. Et tu ne reviens pas.
Mais qu'est ce tu fous ?
Euh rien j'arrive.
Tu as été happé par l'observation d'un bataillon de fourmis que tu avais cru disparu, tiens, c'est fou elles ont changé de tactique et de route, et elles ne ramènent pas les mêmes choses qu'hier !
  Quand tu passes l'aspirateur, ça te prend plus de temps que quiconque, car tu as passé 20 minutes à contourner une araignée dans sa toile, et à patienter qu'une autre se faufile hors de tout danger.
  Tu sors de la salle de bain, et en chemin tu tombes sur un minuscule moucheron qui se noie dans le fond d'un verre. Avec moult précautions pour ne pas aggraver son sort, et toute la patience du monde pour le coup, tu te bats avec tes ustensiles pour le sortir bien vivant de sa mauvaise posture.
Mais où es-tu ? Pourquoi tu fais ça ? J'espère que tu ne fais pas la même chose avec les moustiques ?

Ce qui effraie plus encore : ton Incapacité d'être h24 dans la réalité, la matérialité simple.
Ce besoin de s'exalter et de le partager, de planer, de tout exagérer, d'être un ras de marée, une tornade, tant que ça reste loin de tout sujet matériel.

Lui/elle bosse raisonnablement et assidûment, lui/elle est stable, lui/elle veut une vie de famille, il/elle t'aime, mais toi, de l'autre côté tu es excentrique, tu changes de boulot tous les ans ou 2, te lances dans de nouveaux projets sans arrêt, à visée lucrative ou pas du tout, sans te soucier semble-t-il de si ça rapportera ou non - mais en fait tu sais Smile) mais lui ne sait pas. Tu es instable, tu as accumulé une somme d'échecs qui sont plus visibles que tes réussites, l'autre ne peut se projeter avec toi, et il est prêt à renoncer à l'amour pour ça.

Inaccessible matérialité...

Lui il lui faut tout bien peser analyser, prévoir ; telles vacances, telles sorties, alors que toi tu vis dans l'instant, tu détestes prévoir, tu ne peux pas te projeter, tu ne sais pas ce dont tu auras envie dans une semaine, alors dans un mois ? Tu ne peux pas t'engager dans un événement trop lointain sachant que dans un mois tu auras sans doute envie d'autre chose ou plus du tout envie de la chose.

Finir par se murer, se retirer, devenir apathique, repartir sur sa planète, s'éloigner, lâcher prise, tu t'accroches malgré tout mais ça t'oppresse, tu ne penses plus qu'à cette impasse, tu sais que tu n'y arriveras pas, cette matérialité, ce cadre qui t'échappe, lui en a trop besoin.

Pour toi tout va vite. Avant même d'écrire la 1ere ligne de ton projet, tu le vois déjà en fonction, tu en connais d'avance toutes les étapes, tu as évalué son bien fondé et son potentiel, mais ça te fait ch*er de tout expliquer, détailler ce qui n'a pour toi nulle besoin de l'être, et l'autre qui a tant besoin d'être rassuré, ou juste envie de participer, de peser, encore..
Me voilà agacée, lui frustré, exclu.

Et pour l'homme à tes côtés..
Te jeter sur ta perceuse pour installer la nouvelle lampe, installer toi même un robinet même si ça va te prendre 4 h contorsionné sous l'évier - le diamètre du neuf est plus large l'orifice - monter un meuble, transporter un truc lourd - tu as tout un tas d'outils sophistiqués pour toute chose - ne jamais vouloir te faire aider dans quelconque tâche - d'ailleurs la plupart du temps ça ne te vient même pas à l'esprit - tu ne connais rien à la mécanique mais tu veux tout de même essayer, ben ça les hommes, forcément ça leur plaît pas, ça les dépouille de leur virilité, et certains m'ont dit "mais à quoi je sers" ?

Pour telle raison, telle autre ou toutes celles évoquées associées, il s'en va à contre coeur, ou c'est moi qui pars, à contre coeur aussi.

Pourtant dans le couple de mes parents, ça n'a pas trop mal fonctionné.
En réponse au complexe d'infériorité de ma mère, j'ai entendu quelqu'un lui dire : il est le Ciel, vous êtes la Terre. Sans vous il aurait péri au fond de sa grotte.

Ils ont eu de la chance, son admiration pour lui l'a emporté.
Ma mère a toujours eu un penchant naturel pour l'ingérence, et une grande faculté à entretenir les clans-amis. A chacun son territoire. Il a pu mener sa vie parallèle dans sa bulle.

On l'aura compris, c'est de lui que j'ai hérité et de la 'tare' et de ma bi-polarité.
Sans jamais qu'il le sache clairement, ni pour lui ni pour moi.

Mais bon, je continue de penser que c'est tout de même plus simple pour un homme, moins encombrant peut être.

Le réflexe d'intervenir pour tout : ennemi No ... j'ai perdu le compte.

Le pire c'est au boulot.
Quand tu intègres une entreprise, et qu'au bout de trois jours tu as fait le tour de ce qui ne fonctionne pas dans ton secteur, au bout d'un mois dans tous les secteurs, que tu amènes des solutions concrètes, que tu refais un argumentaire qui ne touchait pas sa cible, que tu résous un problème que personne n'avait résolu en 2 ans..
Tu prends des initiatives sans l'accord de personne pour sauver une situation, tu l'as sauvée mais on te le reproche.
Tu vas jusqu'à aller chercher l'échelle toi-même pour changer ce néon car ça fait 3 plombes qu'on attend que ce soit fait et qu'on n'y voit goutte..
Bref.
Au départ on est content de toi, on commence à se confier, à te demander conseil, puis au bout d'un moment, on ressent comme un malaise, ton boss finit par avoir l'impression que tu empiètes sur son territoire, alors même qu'il t'a demandé x fois ton avis.
Il finit par se distancer, par te faire des coups bas, revenir sur ses promesses, te mettre de côté, voire te virer si tu ne pars pas de toi-même.

Bon cette fois tu as compris la leçon, on ne t'y reprendra plus, et tu te relances.
Tu as cru avoir appris à te taire, à exécuter ton travail sans broncher, tout va bien, mais sans t'en rendre compte tu finis quand même, malgré toi, par faire une remarque, proposer des petites choses.. au début en face, on tend l'oreille, au cas où, toi tu ressens son effort d'écouter, et il écoute, malgré sa répulsion d'avoir peut être manqué quelque chose. Toi tu ne veux que bien faire, c'est ton instinct, tu veux aider, ça te rend dingue qu'on n'ait pas compris ci ou ça alors que ça crève les yeux !

L'air de rien tu recommences à mettre ton grain de sel là où ne te demande rien, et c'est reparti pour un tour.. tu as écrasé une fois de plus l'égo de ceux qui ont le pouvoir. On te réprimande, non, c'est non, tu te trompes, tu verras, on a déjà prévu ci et ça... et patatra, le début de la fin.

Dans d'autres cas, toi tu es à la fois coriace et fragile, tu veux bien faire, comme toujours, tu veux qu'on t'aime, tu veux garder ton boulot, alors on t'en demande toujours plus, et comme tu veux bien faire, tu fais, tu as une capacité inouïe à pouvoir te focaliser sur une tâche qui te rend infatigable, enfin tu le crois, tu ne comptes plus tes heures sup gratuites, le monde autour finit par disparaître..
et puis, là encore ça finit mal, tu sombres d'épuisement.. et il te faut 3 mois pour t'en remettre...


Culpabilité.

Culpabilité d'être si susceptible pour ce que d'autres considèrent comme des petits rien - on me l'a tant de fois reproché - de s'exaspérer ouvertement quand on n'a pas encore la maîtrise de soi.. Culpabilité de prendre trop de place, de faire de l'ombre, de donner le sentiment à certains de tes proches qu'ils sont nuls, quand toi tu crois faire tout ce que tu peux pour les valoriser.
Culpabilité d'être ce qu'on est sans parvenir à être un autre : culpabilité d'exister.
Culpabilité de faire du mal sans s'en rendre compte dans l'instant, car on est toujours dans les extrêmes et finalement dépassé et démunis face à ce qui se passe autour..
Culpabilité de faire souffrir ta famille sans savoir faire autrement, avec toujours cette éclair de conscience exacerbée du mal qu'on a fait malgré soi, qui surgit juste après.. juste après : donc toujours et inéluctablement trop tard.

S’annihiler.

Se perdre, sans jamais trouver une place qui ne fera souffrir personne, s’annihiler pour donner le change et prouver qu'on peut y arriver, à être normal, se briser les membres pour s'astreindre à marcher plus lentement afin de se faire aimer, désespérément, et être reconnu au moins pour quelque chose de positif et rassurer ses semblables.

En plus de puiser dans ses capacités à se travestir, s’annihiler au point de perdre ses facultés à force de les faire disparaître, plonger dans un sommeil éveillé au point de ne plus s’intéresser à rien car l'inconscient possède une force hors norme quand on est hors normes.
Plonger des heures dans des bouquins de science fiction ou de fantasy qui t'emmènent loin, très loin, non plus pour les subtilités qu'ils recèlent, mais afin de pouvoir rêver à travers eux, sans crainte de quitter la réalité, comme un garde fou qui te protège de tes propres rêve et t'habitue à ne plus rêver pour toi.
Faire taire pour quelques heures le flot incessant des pensées qui se déverse sans relâche dans ta tête, et peut être enfin trouver le sommeil après s'être éreinté les yeux.

Ce qui aurait dû être un trésor est devenu ton pire ennemi.


Etat des lieux.

Solitude, incompréhension, je lis ça un peu partout, mais comment faire autrement ?

Survivre, marcher sur des oeufs, contourner, zigzaguer, tenter non pas d'être intelligente mais maline ; je n'ai quasi connu que cela depuis mon enfance, et parfois au péril de ma vie, et sans doute de mon âme. Je pense même que j'en suis arrivée à me déshumaniser.

Faire autrement : voilà ce qui a fait tilt dans ma petit tête !
Par quelques heureux hasards qui se sont croisés, une rencontre qui a fait écho à ce que je suis, et m'a extirpée de ma torpeur.

 
30 sirènes se sont mises à hurler ! Reviens reviens ! Ce vacarme a commencé de me harceler me révélant l'urgence à vivre et à créer, m'invitant à une croisade pour la liberté.

Cesser de vivre dans l'ombre de mon ombre, sous le diktat du regard des autres, conquérir un territoire qui ne sera qu'à moi et trouver la passerelle entre mon univers et l'univers commun.
Me ré-approprier le trésor, le déployer enfin, et l'employer à de plus nobles vertus.

C'est je pense aussi ce qui m'a menée jusqu'ici. Je ne sais plus quels fils j'ai suivis pour me rendre là, mais il se trouve que j'y suis.

J'y ai trouvé des gens complexes, des échanges intenses et subtils qui donnent envie de s’immiscer. 
Je vois aussi des farfelus partout et une créativité débordante qui revigore mes sens !

Ici partout ça brille et ça bouillonne, et tout ce petit bouillon c'est comme mettre sa tête dans le frigo en pleine canicule !


Dernière édition par Prunelles le Sam 18 Aoû 2018 - 22:04, édité 14 fois
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Message par Hortense le Mer 15 Aoû 2018 - 19:51

Bienvenue.
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Message par mirabelle44 le Mer 15 Aoû 2018 - 20:00

Bienvenue Prunelles.
Je comprends très bien tout ce que tu écris. cyclops

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Message par Peipous le Mer 15 Aoû 2018 - 21:29

Bienvenue,
Puisses-tu soulager tes souffrances Wink
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Message par Saxifrage* le Mer 15 Aoû 2018 - 21:35

Bon, j'ai pas les mots ce soir alors je distribue des Bisous Long hug
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Message par Elliot le Jeu 16 Aoû 2018 - 13:17

Bienvenue !

Je ne sais pas si ça sera une aide, mais tu n'es pas la seule dans cette situation.
Certains ont réussi à canaliser tout le potentiel que tu décris et améliorer les choses.

J'espère que tu trouveras aussi un moyen de reconnecter avec toi même et quelques personnes Smile

Courage à toi.
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Message par Prunelles le Ven 17 Aoû 2018 - 0:30

Antinéa a écrit:Bon, j'ai pas les mots ce soir alors je distribue des Bisous Long hug

trop mimi !
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Message par Prunelles le Ven 17 Aoû 2018 - 0:41

je sais bien n'être pas la seule dans mon cas @Elliot

un moyen de te reconnecter avec toi même
>> très juste

réussir à canaliser tout le potentiel que tu décris
>> c'est ce que je m’attelle à faire.

j'ai voulu cette narration au passé car bien des choses exposées là bas se sont améliorées, tassées.

cependant, parfois, j'ai peur de ne jamais plus retrouver l'intégralité de ma personne.. qu'une partie de moi se soit évanouie dans les limbes, irréversiblement.


Dernière édition par Prunelles le Sam 18 Aoû 2018 - 19:10, édité 1 fois
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Message par Mille le Sam 18 Aoû 2018 - 16:50

Ici partout ça brille et ça bouillonne, et tout ce petit bouillon c'est comme mettre sa tête dans le frigo en pleine canicule !

Tout à fait d’accord ! Et ça fait du bieeeeen!
Profite bien du forum !
Bienvenue Prunelles !
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Message par Prunelles le Sam 18 Aoû 2018 - 19:29

Merci @Mille  rendeer

Oui beaucoup de bien : ))

Mais bon, ça devient vite une activité très chronophage !
on a les yeux qui papillonnent dans tous les sens, on a envie de s'arrêter partout, on clic on clic.. pshhhhhouit avalés par un tourbillon spiralitique comme dans un trou de vers où le temps se dérobe et l'espace explose !
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Message par zelda007 le Sam 18 Aoû 2018 - 20:49

Bienvenue Prunelles !
J'aime bien ton avatar en rapport avec ton pseudo Wink
Très belle description originale et très riche !
Ca fait du bien de voir qu'on est pas si seul que ca dans ce monde.
Je te souhaite de trouver ton bonheur parmi nous et ton havre de paix sunny

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