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Message par charlie58089 le Dim 4 Mar 2018 - 12:03

Bonjour à tous et toutes


Pour me présenter en quelques mots je m'appelle Charlie, j'ai 25 ans, j'ai passé toute mon enfance au cœur de la France (région Berry/Bourgogne), j'ai suivi un parcours universitaire jusqu'en Master, licence professionnelle dans la documentation puis études à l'Ecole Nationale Supérieure des Sciences de l'information et des Bibliothèques, j'envisage de passer plusieurs concours d'état (je croise les doigts!). Si je poste ce message aujourd'hui c'est parce que j'ai vécu durant ma petite enfance une situation assez dommageable car elle aurait pu détruire mes possibilités de suivre un cursus scolaire "normale". En maternelle, j'étais un peu difficile à "encadrer", j'étais solitaire, dans mon monde, je ne jouais pas avec les autres enfants (sauf pour des jeux de rôles mais très rarement) et refusais de faire toutes les activités qu'on proposait sauf le chant ! (j'étais trop maladroite, "empotée", pour faire les activités manuelles). Je passais mon temps à me repasser des musiques que j'avais entendues dans la tête, des films dont je m'amusais à retenir les dialogues par cœur pour "passer le temps". Je trouvais les journées très longues, et comme mon frère était parti dans la "grande école" quand j'avais trois/quatre ans, je n'avais qu'une hâte, c'était de partir aussi pour y apprendre à lire.
Pour l'exécution des consignes, j'étais rebelle, je ne voulais faire que ce qui me plaisait, et je trouvais certaine règles stupides comme devoir mettre le doigt sur la bouche et dire chut quand la maîtresse appelait son cher et tendre époux avec son téléphone portable avec antenne (eh oui c'était déjà l'époque des portables en 1996!) Cependant, étant donné mon caractère, mon institutrice de grande section qui était aussi une femme autoritaire et directrice de l'école (remarquez que ça se marie assez bien ensemble), a eu l'ingénieuse idée de me faire "tester" et ce sans l'accord de mes parents. Je me suis retrouvée face à une psychologue scolaire avec laquelle je n'avais nulle envie de communiquer, et qui m'a fait passer des tests consistant à dessiner des figures géométriques (dessiner un rond, carré, triangle) et ce qui s'est passé c'est que lorsqu'elle me demandait de dessiner un rond je faisais un carré, et vice-versa, je faisais exactement l'inverse des consignes à exécuter durant tout le test.

Inutile de vous dire qu'avec un tel comportement, les résultats ont été faramineux et la psychologue a convoqué ma mère pour lui annoncer que je ne pourrai jamais apprendre à lire et qu'elle était "irresponsable" de vouloir nier la "déficience" de son enfant qui avait selon son "diagnostic" deux ans d'âge mental pour cinq ans d'âge réel. Ma mère a cru lui sauter à la gorge. Au passage, quand j'étais à la maison ma mère m'a demandé de lui dessiner un rond je le lui faisais, sans problèmes. Mon dossier scolaire est passé devant une commission : la CCPE, composé de médecins scolaires, psychologues, éducateurs de jeunes enfants, pour déterminer si j'étais bien "apte" à passer en classe supérieure, (en CP en l'occurrence). Face à la commission, ma mère a montré mes dessins, (dont la qualité graphique était sans doute plus convaincante que mes exploits lors du test) à tous les "experts" qui étaient présents, et ils ont, avec beaucoup de réserve, accepté que j'aille à l'école primaire (sinon j'allais en CLIS).

Je suis entré en CP en septembre 1997, et à la fin du mois de novembre/début décembre, je lisais couramment, au grand soulagement pour mes parents. J'ai pu par la suite suivre une scolarité normale sans embûche particulière ni difficultés pour apprendre.  Je n'étais pas non plus le genre d'élève à bûcher sur ses leçons, je passais mon temps sur les jeux vidéos (la Super Nintendo, Playstation premier modèle) en rentrant de l'école, et je faisais le strict minimum de devoirs pour ne pas me faire réprimander le lendemain.

Pour ce qui était de mes goûts d'enfance, j'aimais beaucoup lire des BD, les encyclopédies Tout l'Univers, les dictionnaires, et les romans de légendes. J'improvisais des histoires dans ma tête et les retranscrivais par le dessin en bandes dessinées. J'ai même crée mon propre pays avec sa propre histoire, ses lois, et des coutumes régionales... Voilà, j'arrête ma madeleine de Proust sinon je sens que je vais écrire un roman, (sans me la jouer Proust pour autant), en espérant que mes phrases ne soient pas trop longues à lire, pas trop "proustiennes".


Je voulais poster ce témoignage pour dénoncer les étiquettes débiles que collent les psychologues sur des gamins, avec des tests encore plus débiles, et qui peuvent détruire l'estime de soi d'un gamin jusque très tard dans la vie. Mais que malgré ces étiquettes, on peut quand même s'en sortir, mener une scolarité normale et des études universitaires (et avec des mentions qui plus est!)...

Y a t-il parmi des parents d'enfants dans la même situation, ou bien vous-même avez-vous vécu la même situation ?

Au plaisir de vous lire et de partager vos témoignages


Charlie

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Re: suivre une scolarité normale malgré une étiquette lourde à porter

Message par holokian le Dim 4 Mar 2018 - 14:48

Merci pour ton témoignage Charlie, et bienvenue Smile

Je me retrouve beaucoup dans ton message, je vais essayer de faire ressortir quelques points.

charlie58089 a écrit:j'ai suivi un parcours universitaire
charlie58089 a écrit:j'ai vécu durant ma petite enfance une situation assez dommageable
charlie58089 a écrit:En maternelle, j'étais un peu difficile à "encadrer", j'étais solitaire, dans mon monde
charlie58089 a écrit:Pour l'exécution des consignes, j'étais rebelle, je ne voulais faire que ce qui me plaisait, et je trouvais certaine règles stupides
charlie58089 a écrit:Je me suis retrouvée face à une psychologue scolaire

Voilà déjà bien des points similaires à ma situation. Mon gros problème, c'est que j'étais dans la lune (extrêmement) et ça m'a valu le même genre de problèmes.

Mais à bien y regarder aujourd'hui, il se révèle que j'ai un grand potentiel d'apprentissage (je suis slasheur, ce qui veut dire que je suis en mesure d'avoir de multiples métiers) et que j'ai pu aller à l'université alors que personne ne l'aurait imaginé. (surtout dans une famille où personne n'y est allé)

charlie58089 a écrit:pour déterminer si j'étais bien "apte" à passer en classe supérieure

J'ai failli redoubler mon CP et j'ai redoublé mon CE2... On m'a menacé de ne pas pouvoir aller en 2nde, j'y suis allé. On s'est formellement opposé à ce que j'aille en section scientifique, j'y suis allé par insistance lourde.

charlie58089 a écrit:Je n'étais pas non plus le genre d'élève à bûcher sur ses leçons

A force de problèmes ici et là, j'ai abandonné et en plus de ne pas écouter, je ne faisais plus mes devoirs...

charlie58089 a écrit:J'improvisais des histoires dans ma tête et les retranscrivais par le dessin en bandes dessinées. J'ai même crée mon propre pays avec sa propre histoire, ses lois, et des coutumes régionales...

Je n'ai pas vécu exactement la même chose, mais ça me parle beaucoup. Je dessinais beaucoup, j'aimais chanter, etc... Et c'est le cas encore aujourd'hui, mais avec le théâtre, et la création d'histoires en plus.
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Re: suivre une scolarité normale malgré une étiquette lourde à porter

Message par charlie58089 le Lun 5 Mar 2018 - 13:48

Bonjour holokian

Quand vous dites que vous êtes un slasheur, quels métiers exercez-vous actuellement ? Est-ce que l'intégration professionnelle s'est bien passée pour vous dans tous vos métiers? Ou bien travaillez-vous indépendamment des entreprises et structures?

En ce qui me concerne j'ai énormément de mal à intégrer les équipes, je trouve le travail de groupe particulièrement lent, je préfère travailler de manière solitaire, mais c'est peut-être une question de tempérament...

Autre chose, quand j'étais enfant, je préférais suivre les conversations des adultes plutôt que de jouer avec mes cousins lors des réunions familiales, au collège j'avais du mal à m'intégrer dans les groupes avec des lubies, des manières de se comporter et des conversations d'ados...

Etiez-vous concerné par ces traits de caractère ?


Au plaisir de vous lire Smile

Charlie

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Re: suivre une scolarité normale malgré une étiquette lourde à porter

Message par holokian le Lun 5 Mar 2018 - 14:33

Bonjour Charlie,

Charlie a écrit:Quand vous dites que vous êtes un slasheur, quels métiers exercez-vous actuellement ?

Actuellement, je suis indépendant, et un peu en reconversion. Donc, je fais plusieurs choses, mais c'est pas la folie. Alors aujourd'hui, je suis développeur front end, développeur back end, webdesigner et j'ai un bon bagage en expérience utilisateur. Ça correspond déjà à plusieurs métiers.

Ensuite, je suis graphiste et illustrateur... Ça va donc du dessin de personnages et de décors, jusqu'au logo, en passant par le trucage photo.

Je suis également prof de théâtre. Mais dans le théâtre, en plus du jeu d'acteur, j'enseigne également le scénario et la mise en scène.

A côté de ça je suis co créateur d'un site qui est devenu populaire (à la suite de quoi j'ai co écrit un livre, qui a été ré édité depuis), je continue donc à maintenir ce site.

Mais aujourd'hui, j'arrête progressivement les prestations web et je me concentre sur un nouveau site web, un blog dirons-nous et sur un sujet (à l'intersection de multiples disciplines, notamment la psychologie cognitive) qui me passionne et sur lequel je me suis spécialisé.

J'ai eu l'idée d'autres métiers, mais on peut pas tout faire... Par exemple, j'aurai aimé être chanteur, mais j'étais trop timide quand je me suis posé la question.

Charlie a écrit:Est-ce que l'intégration professionnelle s'est bien passée pour vous dans tous vos métiers? Ou bien travaillez-vous indépendamment des entreprises et structures?

Donc pour résumer, je n'ai pas eu à m'intégrer. Mais je crois que je n'aurais pas pu travailler dans une entreprise "normale".

Charlie a écrit:En ce qui me concerne j'ai énormément de mal à intégrer les équipes, je trouve le travail de groupe particulièrement lent, je préfère travailler de manière solitaire, mais c'est peut-être une question de tempérament...

Je n'ai pas de mal à coopérer, la preuve avec ma troupe de théâtre... mais ce sont eux qui sont venus à moi. Les modalités de coopérations n'ont donc rien à voir avec le monde "normal". C'est une toute autre culture où l'individualité n'est pas gommée.

Je ne serai pas à l'aise dans un groupe "normal" pour travailler je pense. Après, j'ai des tendances solitaires également, je fais mon propre chemin indépendant.

Charlie a écrit:Autre chose, quand j'étais enfant, je préférais suivre les conversations des adultes plutôt que de jouer avec mes cousins lors des réunions familiales, au collège j'avais du mal à m'intégrer dans les groupes avec des lubies, des manières de se comporter et des conversations d'ados...

Oui j'aimais bien réfléchir avec des adultes et j'étais également un peu solitaire. Ce que je n'ai jamais aimé surtout, c'est le côté corporatiste-on-fait-tous-pareil, le côté "identité de groupe".

Et toi, tu veux être bibliothécaire, c'est ça ? Ou autre chose ?
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Re: suivre une scolarité normale malgré une étiquette lourde à porter

Message par charlie58089 le Lun 5 Mar 2018 - 15:03

Bonjour

En effet je voudrais bien être bibliothécaire, seulement j'ai un peu peur de m'ennuyer d'être toujours dans le même poste, la même structure, de côtoyer les mêmes collègues pendant des années. Mais à côté de cela, il y a ce tiraillement entre la crainte de s'ennuyer et la conscience qu'il faut nécessairement avoir un emploi "stable" pour construire matériellement sa vie, sans angoisse pour le lendemain, du moins c'est avec cette idée que l'on nous tarabuste depuis des années quand on est jeune.
Je dessine toujours, je me verrais bien dans l'illustration de jeunesse, j'écris des poèmes que j'illustre avec de la peinture aquarelle. Je recherche également un poste de médiateur culturel, animateur, d'assistant d'éducation également.

Pour le peu d'expérience professionnelle que j'ai connue, j'ai eu énormément de mal à m'intégrer dans l'équipe de travail avec ses habitudes (bavardage à 10h30 autour de la machine à café avec tout son bagage s'hypocrisie et de non-dits, les règles mesquines imposées de manière arbitraires) après, peut-être que ça dépend des structures dans lesquelles on a travaillé. J'ai eu sans doute de la malchance de ce côté, et puis mon attitude envers mes collègues n'était peut-être pas non plus irréprochable...

A vous lire


Charlie

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Re: suivre une scolarité normale malgré une étiquette lourde à porter

Message par holokian le Lun 5 Mar 2018 - 15:33

Charlie58089 a écrit:la conscience qu'il faut nécessairement avoir un emploi "stable" pour construire matériellement sa vie, sans angoisse pour le lendemain

Selon moi, c'est un mythe... Après ça dépend de ce que tu veux construire comme vie. Il n'y a pas de voie unique. Disons que selon moi, c'est plus un choix à faire qu'un réel problème.

Dans un travail "normal", on passe une bonne partie de sa vie. Ne vaudrait-il pas mieux, un mode de vie minimaliste et essayer de faire ce qu'on veut ? Un "vrai pauvre" aujourd'hui (je mets des guillemets), c'est soit quelqu'un qui n'a pas d'aide du tout, soit quelqu'un qui ne sait pas se détacher des injonctions sociales, ou alors quelqu'un qui vit en conflit entre ses aspirations profondes qui sont coûteuses et l'argent réel qu'il a.

Mais bon, c'est bien souvent un faux dilemme. Si tu te focalises sur tes aspirations, tu as bien plus de chances de réussir que ce que tu imagines, vu que peu de gens suivent ce chemin.

Bon, c'est le simple avis d'un "marginal"... alors je ne veux pas t'influencer non plus.

En tout cas, c'est chouette l'illustration jeunesse. Je n'en ai pas fait, mais c'est un style d'illustration qui me convient bien.
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Re: suivre une scolarité normale malgré une étiquette lourde à porter

Message par charlie58089 le Lun 5 Mar 2018 - 19:32

Bonsoir

"Si tu te focalises sur tes aspirations, tu as bien plus de chances de réussir que ce que tu imagines, vu que peu de gens suivent ce chemin."

Il est vrai que lorsque l'on se concentre sur ce que l'on veut vraiment, même les obstacles ne peuvent que renforcer ses motivations, c'est à cela que l'on reconnaît les "challenger". Et comme le dit un proverbe chinois, peut importe de tomber en cours de route, l'important est de relever la tête pour voir les étoiles, et quand on en a plein la tête, on a d'autant moins de raison de "baisser les bras".

Faut y croire même s'il est parfois difficile de douter et de se décourager !


A bientôt


Charlie

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Re: suivre une scolarité normale malgré une étiquette lourde à porter

Message par Hortense le Dim 11 Mar 2018 - 10:05

Charlie, je connais des zébrillons/zébrillonnes (en fait, la moitié du groupe familial de la génération de mes enfants, neveux et nièces) qui ont fait comme toi aux tests de QI.
50% de conformistes (qui ont fait le test sérieusement), 50% de rebelles (qui ont fait enrager les psys ou se sont fait passé pour des ânes battés).

C'est plus facile de passer pour un-e imbécile quand on est intelligent que le contraire. On m'a moi-même souvent traité d'âne batté, enfin, d'ânesse battée (j'aime bien les ânes, de toutes façons, ils sont trop mignons et tellement incompris). Ce qui est grave, c'est que quelques psys se font avoir (pas toutes, selon l'expérience des jeunes de la famille).

Je trouve aussi très grave d'avoir fait des tests sans t'avoir prévenu, ni prévenu tes parents et vous avoir préparé émotionnellement. Mais les psys incompétentes sont nombreuses (je parle au féminin, parce qu'on rencontre surtout des femmes dans cette profession). J'ai vu ça dans la famille, c'est long et compliqué de cicatriser de cette expérience. Le mieux est de rencontrer une psy digne de ce nom et suffisamment intelligente pour donner une image positive des psys.

Si la psy qui t'a testée avait bien connu son sujet, elle aurait sû qu'il ne faut pas toujours tout prendre au premier degré. Le second degré n'est pas accessible à tous, il faut le savoir.

Bref, maintenant, le questionnement, c'est bibliothécaire ou pas ? C'est un chouette boulot si tu as besoin d'éviter le stress. Après un burn-out, ça doit être réconfortant. Mais il y a effectivement un gros risque de s'ennuyer, sauf si le poste prévoit que tu peux organiser des animations diverses et variées. Donc, pourquoi pas ?

Mais ça n'empêche pas de mener plusieurs projets en parallèle (pas forcément professionnels, tu peux apprendre le tricot ou le surf). Parce que, forcément, quand on a fait le tour d'un sujet, on a envie d'aller voir ailleurs.

Holokian: tu as l'air d'avoir trouvé comment obtenir satisfaction sans s'encroûter. C'est ton dessin ? J'aime bien.
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