Démystification d’un prétendu « zèbre » : la « douance », une légende épique de la folie ?

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Démystification d’un prétendu « zèbre » : la « douance », une légende épique de la folie ?

Message par Maldoroth le Lun 27 Nov 2017 - 22:28

Suite à un échange sur le chat et malgré mes réticences à partager avec vous quelque chose qui risque de vous ennuyer au plus haut point, j’ai tout de même décidé d’ouvrir ce sujet afin de coucher par écrit cette déchirure qui me ronge depuis quelques temps…

Pour éviter tout malentendu et vous prouver ma bonne foi, je vais commencer par m’ouvrir à vous en exposant mon « cas », pour illustrer mes questions et inquiétudes. Mon but n’est nullement de démystifier gratuitement la « douance » ou la « zébritude » mais d’essayer d’exprimer, depuis mon expérience personnelle, les doutes que j’ai pu ressentir et émettre envers cette… réalité ? … ou croyance ?  

J’ai été « diagnostiqué » (dans toute la puissance connotative que ce mot nous renvoie, à travers le jugement du lexique médico-psychiatrique) comme « enfant intellectuellement précoce » le 21 février 2003, j’avais alors 11 ans et 9 mois (des chiffres inscrits telle une épitaphe sur mon « compte-rendu du test WISC III » réalisé par la psychologue Amélie Bertin, de Bordeaux). Des pistes telles que l’isolement par rapport aux autres élèves (je passais mes récrées à la bibliothèque de l’école ou avec mes professeurs pour parler de sujet divers comme l’histoire, la littérature…), mon attitude tantôt active, tantôt rêveuse en cours, avaient alarmé ma maîtresse d’école qui avait donc demandé à mes parents de me faire réaliser ce test.

Le « QI total » avait alors été évalué à 127 (un « normopensant » donc, selon les théories élitistes et eugéniques de MENSA). Seulement voilà, le bilan affichait un immense écart (plus de 40 points !) entre le « QI Verbal », évalué à 143, et le « QI Performance », évalué à 102…

Peut-on réellement et raisonnablement être considéré comme « intellectuellement précoce » à la vue de ces résultats ? Un tel écart, affublé de bien des noms renvoyant inlassablement à une image de dysfonctionnement (dysharmonie, dyssynchronie, etc.) ne relève-t-il pas plutôt de la dyspraxie (encore un dys- !) que de la « douance » ? Bien qu’ayant avancé de possibles explications (un soi-disant souci de perfectionnisme m’aurait conduit à un état de stress et d’anxiété intense, ce qui m’aurait handicapé au niveau de la gestion du temps et de la confiance, défaisant dans la partie « performance » des assemblages pourtant corrects), ma psychologue d’alors avait évoqué dans sa conclusion de possibles troubles de type visuo-spatial (ce qui explique, contrairement à de nombreux « zèbres » que j’ai pu côtoyer dans des associations comme l’ANPEIP, ma nullité en géométrie et en mathématiques, merci la dyscalculie !).

Cependant, mes parents n’avaient visiblement pas jugé utile de s’intéresser à ces troubles, considérant sûrement que l’étiquette de « HP » était plus acceptable et prestigieuse que celle d’un dysfonctionnement, qu’il soit d’ordre dyspraxique ou autre... Mais quels parents, un tant soit peu fiers et orgueilleux, voudraient d’une conclusion négative et pathologique quand leur enfant peut être couronné des lauriers de la « douance » (les fameux « élus », les 2% de la population admis à la prestigieuse école de sorcellerie de Poudl… -mais je m’égare, désolé…-) ?

Et c’est là que je ne peux m’empêcher de me poser la question suivante : la douance/zébritude est-elle une réelle découverte, une avancée dans la compréhension complexe de l’être humain ? Ou bien n’est-ce qu’une illusion de nouveauté, un beau blason doré récupérant dans ses armoiries tout un tas d’anciens traits jugés par le passé étranges, anormaux, pathologiques ? Se pourrait-il que la précocité intellectuelle ne soit qu’un mythe, une invention, un pêle-mêle, un beau tiroir (ou foutoir…)  où l’on mélange toutes sortes de pathologies telles que la schizophrénie, l’autisme, les troubles bipolaires (qui, comme le souligne Jeanne Siaud-Facchin en reconnaissant dans son best-seller de nombreux parallèles entre ces pathologies et la « zébritude », étaient autrefois désignés sous le nom de « psychose maniaco-dépressive » -c’est quand même moins classe et légèrement plus flippant avouez-le-), les troubles de la personnalité borderline etc. qui, euphémisées, sont rendues plus douces et attrayantes aux oreilles des parents ?

Pendant longtemps, la frontière artificielle séparant le « normal » de « l’anormal » a été établie et contrôlée par les religions. L’Eglise s’est chargée, pendant des siècles, de dissocier les comportements « sains » et « moraux » de ceux dont l’immoralité pouvait entraîner un châtiment divin, dans cette vie ou dans l’au-delà (autre concept on ne peut plus discutable...). Après la chute de l’Ancien Régime, la société, en quête de nouvelles croyances, de nouvelles valeurs, a vu dans la Sainte Raison héritée du Siècle des Lumières un moyen de renommer les choses en les déchristianisant, en les vidant de leur substance connotative religieuse (l’exemple le plus parlant étant le calendrier républicain créé pendant la Révolution française). C’est ainsi que, comme le souligne Michel Foucault dans son célèbre livre Les Mots et les Choses, « l’histoire récente des institutions dessine la frontière qui sépare le normal du pathologique : les mauvais élèves sont recalés aux examens scolaires, les malades sont envoyés à l’hôpital, les criminels en prison, etc. ». Des savoirs en apparence neutres telles que la médecine ou la psychiatrie, ne font que contribuer au maintien des valeurs dominantes, reflétant et perpétuant le pouvoir symbolique de la classe dirigeante (tout comme la religion en son temps).

Si nous prenons l’exemple de la sexualité, nous retrouverons le même schéma : les comportements sexuels condamnables et immoraux comme l’homosexualité, la masturbation, le sexe oral ou anal (toutes ses pratiques « déviantes » étaient d’ailleurs -et sont toujours dans certains Etats des Etats-Unis- englobés sous le terme de « sodomie ») étaient condamnés par l’Eglise qui déterminait ainsi les bonnes pratiques, la bonne morale à adopter en société. Par la suite, la psychanalyse freudienne n’a fait que reprendre le flambeau en changeant la sémantique : l’homosexuel n’était plus une abomination de Sodome et Gomorrhe ou une damnée des Fleurs du Mal, mais un être sexuellement inverti.

Progressivement, à partir de la « révolution sexuelle » des années 60-70, des changements sémantiques se sont opérés pour déboucher sur de nouvelles définitions de(s) l’orientation(s) sexuelle(s), et même des genres avec l’apparition du « troisième sexe ».  Récemment, la légitimité de l’union homosexuelle a même été sacralisée au travers du « mariage pour tous ». Mais (au risque de m’attirer les foudres et les critiques acerbes de la totalité du forum) est-ce là un réel progrès, une véritable reconnaissance d’une sexualité (re)découverte, ou bien une appropriation de la part de la classe dirigeante de ces anciens égarés, de ces « créatures contre nature » condamnés par le passé par l’Eglise et qui, normalisés et privés de leur « particularité », de leur « différence » -devenue maintenant banale et moralement acceptée-, se retrouvent à présent noyés dans le même moule que leurs concitoyens hétéros, homogénéisés, soumis à une même aliénation ?

La douance n’est-elle donc pas, comme l’homosexualité, victime des caprices linguistiques, des taxonomies arbitraires de la société ? Est-elle une réalité ou une mystification, une « légende épique » (pour reprendre les termes de Lacan) de la folie ? Car oui, comme le « zèbre », le « fou » fonctionne et pense différemment des autres, son cerveau ne marche pas au même régime, il voit des choses que les autres ne voit pas (ne parle-t-on pas de « lucide folie » ?) et s’exprime de manière étrange (manifestation que l’on peut voir aussi bien chez « l’idiot » du village, victime de l’indifférence, que chez « l’aliéné » en internement psychiatrique). Pour la sexualité comme pour la folie, le meilleur moyen de faire taire la gêne et la contestation de l’originalité, de la différence, ne consiste-t-il pas à diviser (cf « échelle du degré d’acceptation de l’homosexualité » ou tous les « sous-groupes » que l’on inclut dans la « zébritude » pour ratisser large …) pour mieux contrôler les individus, perdus dans une labyrinthique nomenclature, qui n’ont paradoxalement d’autre issue que d’accepter la reconnaissance que l’on veut bien leur donner avant de se fondre dans la masse ?  

Je suis sincèrement désolé pour ces élucubrations que certains d’entre vous s’amuseront probablement à décortiquer et à tourner en dérision… Mais j’avais besoin d’extraire cette douleur de ma pensée, ce sentiment de désillusion et de désenchantement concernant mon identification à un groupe qui semble n’être, selon moi, que chimère, ou qui, s’il existe, m’a inclus par erreur de « diagnostic » ou par pure flatterie dans ses rangs pour éviter d’aborder les problèmes réels, la folie grondante de mon être disloqué…  


Dernière édition par Maldoroth le Mer 6 Déc 2017 - 14:13, édité 1 fois
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Re: Démystification d’un prétendu « zèbre » : la « douance », une légende épique de la folie ?

Message par Maldoroth le Lun 4 Déc 2017 - 11:51

Bon ben, comme je le pensais, ça n'intéresse personne visiblement...

Vu qu'étant maintenant adulte je ne peux plus espérer être aidé par des associations comme l'Anpeip (une des rares à prendre en compte la complexité hétérogène du "zèbre" avec l'accompagnement d'enfants "intellectuellement précoces" et dyspraxiques, "non performants") et que je n'ai ni le profil ni l'esprit pour Mensa (qui résume la "douance" aux seules percentiles des 2%...), j'aurais espérer pouvoir dialoguer avec des personnes pouvant se reconnaître éventuellement dans mes propos et questionnements.

Mais à la lecture de nombreux sujets, à quelques exceptions près, il semble que l'obsession des chiffres l'ait emporté sur l'ensemble des traits complexes et souvent contradictoires  de l'individu (cf les nombreux topics qui fleurissent actuellement dans "les tests" entre autres...).

Étant donné que je ne m'identifie pas du tout à cette dérive typiquement anglo-saxonne, mensane et capitaliste des statistiques (je crois encore à un utopique humanisme malgré mon grand penchant pour le scepticisme et le nihilisme...), je supprimerai donc certainement ce post qui n'a pas lieu d'être et m'en retourne à mes étranges et apocalyptiques lectures (comme Artaud, un fou condamné par la psychiatrie ou tout simplement un autre zèbre dyspraxique? La frontière est on ne peut plus floue...), pour converser avec ces morts qui m'attendent dans le néant...
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Re: Démystification d’un prétendu « zèbre » : la « douance », une légende épique de la folie ?

Message par Fata Morgana le Lun 4 Déc 2017 - 12:39

Ne vas pas croire ça. Excellent texte qui n'appelle pas forcément de réponse. Ne dit-on pas que la question bien posée contient en elle-même sa solution ?

pour converser avec ces morts qui m'attendent dans le néant...

A l'occasion lis quelques textes de moi sur ce forum, tu trouveras peut-être des arguments qui chasseront ta morbidesse ?

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Re: Démystification d’un prétendu « zèbre » : la « douance », une légende épique de la folie ?

Message par thinking mind le Ven 8 Déc 2017 - 18:57

Ton texte est très intéressant, je débute en tant que nouvelle adulte hp avec des résultats aux tests plus que suspects... l’avantage de ton texte c’est que j’écris pour la première fois depuis que je suis inscrite... je n’ai jamais eu de suivi juste un test après celui de mon fils... je me cherche et me retrouve dans ton questionnement... cela nous fait il vraiment du bien de se sentir appartenir à un groupe? J’ai essayé 1 forum pour adulte surdoué et il m’a plus enfoncé qu’autre chose.... dans le peu d’articles écrits, on m’a « remise » à ma place, avec mes fautes de frappes.... bref j’ai du mal à exprimer ma pensée et du coup j’ai tendance à partir dans tous les sens désolée... tout ça pour te dire que peu importe si c’est une mode ou autre si tu arrives à t’y retrouver un peu pour donner un sens à ce que tu es pour avancer c’est déjà ça.... j’espère que tu trouveras les réponses que tu cherches j’ai les même doutes que toi sur le sujet :-)

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Re: Démystification d’un prétendu « zèbre » : la « douance », une légende épique de la folie ?

Message par sat le Ven 8 Déc 2017 - 20:38

Maldoroth,

Je me permets de t'écrire parce-que je situe ton mal, et que, sous ce régime étrange, toutes les réponses sont à ta portée comme toutes les erreurs.
Si tu poses ton regard sur les pré-socratiques (Héraclite, Parménide), tu verras qu'il y a deux voies:

- la voie de l'être;
- la voie de la multitude.

Tu es dans la voie de la multitude et ce n'est pas un mal. Tu cherches à comprendre dans l'infinité multiple le sens de ton être fini.
Mais il est dit par ces anciens, de se méfier de cette voie.
La multitude est multiple, riche, et tant, qu'elle dissout l'être dans toute ses considérations.

Intéresse-toi aux pré-socratiques, je t'assure. Ce sont des fragments, souvent courts, qui par leur profondeur, valent bien des kilos de bibliothèque.

"De tous ceux qu'on tient pour heureux, il n'y en a pas un qui le soit." Anaxagore

"Les hommes éveillés n'ont qu'un monde, mais les hommes endormis ont chacun leur monde." Héraclite

Il n'y a qu'un seul monde, tu y es, le reste n'est que multitude du monde.


"L'homme cherche à oublier où le chemin conduit." Héraclite

Avec tout mon respect.
Julien

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