Prince des Etoiles... (Livre II, Chapitre 1)

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Re: Prince des Etoiles... (Livre II, Chapitre 1)

Message par Kiwi44 le Mer 22 Nov 2017 - 15:41

Juste un clin d’œil en passant pour certaine Duchesse... Very Happy

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Re: Prince des Etoiles... (Livre II, Chapitre 1)

Message par Kiwi44 le Jeu 23 Nov 2017 - 23:41

Le Roi avait encore du mal à comprendre les motivations du Prince quant à l’Amour en général et ses amours en particulier. Le Roi a hérité du Don du Dragon, certes, mais le Prince, lui, était habité par le Dragon. Il n’avait beau n’être que Prince, il n’en serait pas moins Roi un jour.
Un Roi a certaines responsabilités, même envers ceux qui ne partagent pas sa vision des choses. Et puis, la question de la Succession se poserait bien un jour. Les Lois sur l’accès au trône sont bien moins rigides que d’autres, mais quand même. Ce garnement serait bien fichu d’abdiquer.
Lui trouver une future Reine, et vite. Mais laquelle accepterait sa façon d’être ? Ou alors une qui réussirait à contenir tout cet Amour et y répondre ? Un Amour plus qu’humain ?
Pourquoi pas…  Il devait réfléchir très sérieusement à cette option…
Quelques dentiers allaient encore grincer…

Le Prince était assis près du feu de son antichambre, de loin l’endroit du château qui avait sa préférence. Ici était l’écrin de nombreux et doux bavardages, de regards plus ou moins appuyés, frôlements, chastes caresses, autant de tendresses qui se poursuivaient ou non dans la chambre toute proche.
Mais ce soir, le Prince était seul, assis, les yeux perdus au cœur du feu, son épée en travers de ses cuisses.
« Es-tu triste ? » fit une voix légère derrière lui.
Le Prince haussa à peine un sourcil reconnaissant immédiatement la jeune voix qui n’avait pas encore mué.
« Je ne t’ai pas entendu entrer. J’aurais pu ne pas être seul… » dit le Prince.

Une frêle silhouette se détacha de l’ombre de la porte, la silhouette d’un garçon qui n’est plus un enfant mais pas encore un adolescent. C’était ce jeune ménestrel que le Prince affectionnait tant.
« Je sais être discret quand il le faut. Je m’étais renseigné si tu n’étais pas en agréable compagnie… »

Le ménestrel s’installa en tailleur sur le tapis, ni trop loin du feu, pour en gouter la douceur, ni trop près, pour protéger son instrument.
« Non, je suis moins triste que soucieux. Vois mon épée. »
Le ménestrel leva les yeux vers la lame noire que le Prince lui tendait. Le plat était recouvert d’une vilaine macule brun-rouge.
« Ton duel ? »
« Son résultat ; cela ne se nettoie pas. Je crains d’avoir souillé ma lame en l’utilisant à mauvais escient. »
« Il allait te tuer… » dit le musicien.
« J’aurais dû faire en sorte qu’on en arrive pas à cette extrémité. »

Le ménestrel accordait doucement son fragile instrument.
« L’ambiance a déjà été plus gaie, ici »
« Oui, je me sens l’âme aussi ternie que mon épée. »
« Veux-tu que je te chante quelque chose ? »
« Tu chantes maintenant ? Je croyais que tu détestais cela… » s’étonna le Prince.
« Oui, je préfère jouer ; la musique ne ment pas, alors que les mots… Mais, pour toi, qui n’a ni orgueil, ni vanité, nul besoin de flatterie. Je serai sincère…»

Le ménestrel entonna une douce ballade en mode mineur ; il évita soigneusement les thématiques de l’amour, il chanta une errance, la recherche d’un but…
Au dernier accord, le Prince s’autorisa un soupir…

« Ton Père cherche à te marier. »
« Encore ? Il m’a déjà présenté les plus beaux partis du Royaume et même des contrées voisines. Aucune n'a répondu à mes attentes… Ne comprend-il pas que je ne puis être l’homme d’une seule femme, ou alors d’une qui soit si exceptionnelle qu’elle réponde à mon besoin de complétude,  de bienveillance  et d’acceptation ?»
« Tu penses beaucoup à tes besoins… N’est-ce pas un peu égocentrique ?»
« Tu déformes mes paroles. Tu sais comment je ressens. » se renfrogna le Prince.
« Les mots sont traitres par eux-mêmes. Fais attention à ce que tu dis, tu pourrais être mal compris.»
« Crois-tu que ma sincérité n’éclaire pas assez mon propos ? » douta le Prince.
« Ne demande rien, propose… »

« Ce que prépare mon Père, tu sais quelque chose ?… »
« Le vieil homme est rusé. » esquiva le ménestrel avec un large sourire.
« Laissons-lui du temps, alors… » concéda le Prince.
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Re: Prince des Etoiles... (Livre II, Chapitre 1)

Message par Kiwi44 le Ven 24 Nov 2017 - 20:15

Les larmes du Géant sont fleuves charriant les feuilles d’automne dans leur dernier voyage.

Ce jour-là, le Prince s’était levé tôt ; il goutait la fraicheur piquante de cette matinée d’automne.
Le soleil se levait dans un ciel sans nuage.

Il avait passé la fin de la nuit à préparer ses fontes de voyages : des affaires de rechange, quelques vivres de route, de quoi tenir jusqu’à une prochaine halte, un jaseran simple sans ostentation mais solide et surtout ces chausses brodées d’étoiles dont il avait demandé la confection aux mains les plus fines du château.

Le Prince passa aux écuries et demanda à ce qu’on lui prépare un cheval pour un long périple.
Il choisit une bête puissante et fiable, douce et loyale.
Rien à voir avec les pur-sangs piaffants et caracolants dont il avait l’habitude lors des défilés.

Le Prince savait son Père aux écuries aussi à cette heure se préparant à aller chasser.
« Bonjour, Père, et au revoir. »
« Bonjour, mon Fils. Tu donnes dans le succinct, mais tu sembles sûr de ta décision. Évitons les postures larmoyantes. Tu pars donc. Sais-tu à la recherche de quoi ? »
« J’ai l’intuition que je le découvrirai en chemin. »
Le Roi donna l’accolade à son fils et s’en fut, sans rien révéler de ses appréhensions…

Le Prince finit de se préparer et fit ses adieux aux gens de sa maisonnée.
Il enfourcha sa monture et se dirigea vers les portes de la ville.

Alors que le Prince franchissait les Grandes Portes du Château, un éclair fauve surgit de nulle part pour atterrir sur le pommeau de sa selle.
« Perceval ! Cela faisait longtemps, mon ami. ».
Perceval était un chat à demi-sauvage, excellent dératiseur, qui avait élu domicile au Château.
Le Prince, ainsi que le Ménestrel, faisait partie des rares humains que le fauve laissait approcher.
Le chat regarda le Prince droit dans les yeux et roucoula d’un air interrogatif.
« Mon bel ami soyeux, tu es bien l’unique chat que je connaisse qui soit incapable de miauler correctement. Oui, je pars… pour un temps. On se reverra à mon retour… »
Le félin observait gravement le visage du Prince, puis se retourna et s’installa entre les cuisses du cavalier, les griffes plantées dans le pommeau de la selle.
Il regardait fixement un point à l’horizon entre les oreilles du cheval, de lointaines et hautes montagnes.
« Très bien ! Tu es un grand garçon, et tu feras un gentil compagnon. Allons-y ! »

Jeunes Nobles et Belles Dames se pressaient aux remparts pour souhaiter bon voyage au Prince ; les uns, envieux de la liberté de cette belle aventure, les autres, tristes et bienveillants à la fois, de voir s’éloigner si douce compagnie.

Pendant plusieurs jours, le Prince erra dans les campagnes, laissant son cheval décider de la route à prendre.
Insensiblement, comme le chat l’avait pressenti, ils prenaient la direction des montagnes.
Le Prince, de plus en plus souvent perdu dans ses pensées, avait à peine conscience de là où ils étaient, où ils allaient, ne se reprenant que lorsqu’il fallait bivouaquer.

Inexorablement, la petite troupe se dirigeait vers la plus haute montagne du massif sur des chemins de plus en plus élevés, de plus en plus escarpés.
Une bourrasque de vent glaciale fit douloureusement reprendre conscience au Prince.
Il était sur une piste rocailleuse déjà à bonne hauteur et très étroite, si étroite qu’il eut été dangereux de tenter de faire demi-tour.
Avancer vaille que vaille, jusqu’à trouver un endroit à l’abri.
La fin de l’ascension fut plus pénible encore. Le Prince dut mettre pied à terre pour finir et guider le cheval.
Épuisés et trempés de sueur, ils arrivèrent tous deux au sommet, plateau curieusement découvert de givre et sans vent.
Les bruits ici résonnaient comme dans une église, tout en semblant étouffés par une neige invisible.

Il était encore tôt mais le soleil couchant était déjà caché par les montagnes environnantes.
Les étoiles apparaissaient doucement, se reflétant dans les glaciers alentours.
Le Prince eut l’impression d’être sur le toit du monde, au bord d’une mer étoilée.

Le chat sauta à bas de la selle et se mit en tête d’explorer cet espace dégagé.
Il s’arrêta près d’un bord, donnant sur un précipice, moustaches frémissantes et oreilles tendues.

Le Prince s’approcha au bord du plateau toujours menant sa monture par la bride. Il appréciait la majesté du paysage.
Le cheval s’ébroua, un sabot tapant par terre ; le même bruit que le marteau d’un forgeron sur son enclume.
Le Prince n’y prêta pas attention, gagné par la sérénité de l’endroit.
L’animal s’agita un peu plus, deux coups de son sabot ferré.
Le dernier coup, plus fort, fit jaillir une étincelle.
Cette étincelle sortit le Prince de sa rêverie.
Une frappe du sabot de plus ; cette fois-ci, gerbe d’étincelles.
Le cheval tirait sur sa bride pour s’éloigner du bord et il entrainait le Prince qui tentait de le calmer vers l’entrée du plateau.

Le destrier se calma mais frémissait de tous ses muscles.
Il donnait des coups d’encolure au Prince qui le flattait.
Le cheval se mit à faire la révérence, insistait, incitait le Prince à remonter en selle, ce que l’intéressé fit.
Au moment de volter, le cheval renâcla et refusa de bouger, orienté vers le précipice.

Le Prince était perplexe ; il n’avait jamais vu tel comportement chez un cheval.
Celui-ci fit un pas en avant.
Nouvelle gerbe d’étincelles dont certaines vinrent se coller aux chausses du Prince et y laisser des marques brillantes.
Le prince entendit dans la brise ou se remémora les dernières paroles de sa deuxième marraine : « Suis ton Intuition, et tu ne seras jamais perdu… ».
Illumination !

« En avant, mon brave ! Tu as l’air de savoir où tu vas ! » dit le Prince à sa monture.

Le cheval se cabra un peu et s’élança vers le bord du plateau en direction du vide. L’espace était court mais l’animal prit rapidement de la vitesse.

Le roulement de tonnerre des sabots monta vers le plafond étoilé de cette basilique céleste plus fort que mille cloches lancées à toute volée.

Les étincelles sous les sabots du destrier se condensaient formant route pavée lumineuse en direction de… de quoi ?

Le cavalier et sa monture ne s’arrêteraient pas ;
qu’importe le bord du précipice, la route les emmenait au-delà, vers une destination plus élevée que n’importe quelle montagne...

Je suis Prince des Étoiles,

Je suis le Dragon Renaissant,

Je suis Géant d’Amour,

Je suis le Dragon de la Vie,

Je suis Prince de mes Étoiles futures et je suis déjà heureux de les accueillir,

Je suis Roi de ce Royaume des Étoiles et je chevauche le Dragon !


Perceval regarda sans ciller la trainée lumineuse monter vers les cieux et disparaitre.

Qui peut savoir la sagesse qui se cache derrière les étoiles du regard d’un chat ?

Un battement de queue. Le petit fauve se demandait par combien les souris du château avaient pu se multiplier.
Le chemin serait long vers son panier chaud et douillet.
Il trouverait bien quelque lapin grassouillet sur la route ; cette agréable perspective lui mit la queue en panache et il se mit en marche d’un pas léger.

Oui, la route serait longue malgré tout…

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Re: Prince des Etoiles... (Livre II, Chapitre 1)

Message par Lyse le Ven 24 Nov 2017 - 20:48

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Re: Prince des Etoiles... (Livre II, Chapitre 1)

Message par Kiwi44 le Lun 11 Déc 2017 - 21:07

Le vent d’automne a balayé les larmes du Géant avec les dernières feuilles.
Le Géant prend conscience de cette multitude qui s’agite à ses pieds.
Combien parmi eux lèveraient les yeux vers lui ? 100 ?
Parmi ces 100, combien entendraient son message d’amour ? 10 ?
Parmi ces 10, combien ne seraient pas effrayées ? Une seule peut-être ? Pourrait-elle l’accepter tel qu’il est ?

Le Roi dormit mal cette nuit-là. Il s’était levé plusieurs heures avant l’aube, habillé chaudement pour affronter le froid de cette nuit qui annonçait toutes les rigueurs d’un hiver difficile et était monté à sa tour d’observation. Il aimait plonger son regard dans les courses des étoiles, parfois pour leur beauté simple, parfois d’un œil plus savant pour en percer les mystères.

Ce soir-là était de ceux qui touchaient à la perfection pour ce genre d’observation.
Rapidement, il prit ses repères dans la voute céleste.

Ce n’était pas une période de l’année à étoile filante, et pourtant, une, d’une lueur intense, traversa le ciel de nord au sud, partant du Dragon et filant vers Orion, le Chasseur. Le nord, et ses montagnes, vers là s’était dirigé le Prince.
Une étoile filante hors saison, c’était déjà exceptionnel, mais traversant le Dragon, d’après les astrologues royaux, c’était le signe d’un grand bouleversement.

Le Roi réfléchissait encore aux conséquences éventuelles de cet évènement, lorsqu’une deuxième étoile filante, partie du Lynx, traversa aussi le Dragon.
Chose étrange, une rémanence de sa trace resta suspendue dans les cieux, juste à hauteur de l’œil du Dragon, parle nacrée, une larme, qui scintilla doucement, puis disparut.

Le Roi en était encore à s’étonner de ces deux prodiges successifs, quand il sentit plutôt qu’entendit une présence, un léger bruit comme le carillon de cristaux de givre tombant au sol.
Il connaissait cette présence… si familière….
Alors qu’il se tournait, il entendit sa Voix, chaude comme une pluie d’été, légère et gaie comme un vol de martinets au Printemps :
« Non, Doux Roi, ne Te retourne pas. Il n’est pas encore écrit que tes yeux puissent à nouveau se porter sur Moi. »
« Es-tu venue m’annoncer quelque mauvaise nouvelle à propos de mon Fils ? »
« Non, rassure-toi, Il va bien. Son Destin va le mener sur bien des chemins, certains qu’il empruntera seul, d’autres où Il sera bien accompagné. Je veille toujours sur lui… »
« Reviendra-t-il guéri de sa fièvre amoureuse ? »

La deuxième Marraine partit d’un rire sincère et moqueur à la fois :
« Guéri ? Encore eusse-t-il fallu qu’il soit malade… Ses façons d’aimer ne sont pas une maladie, même si cela peut faire souffrir. Trop confondent encore impermanence avec inconstance et inconséquence… Toi, plus que quiconque, devrait connaître un des principes fondamentaux de l’amour… »
« Lesquels ? » demanda le Roi.
« L’Amour au sens large, est multidimensionnel et infini. On peut aimer en quantité infinie, d’une infinité de façon, une infinité d’êtres. »
« C’est vrai, je le sais déjà… Mais alors, pourquoi es-Tu là ?»
« Pour te signifier ton Destin… »
« Rien que ça ? » ironisa le Roi.

La marraine ne releva pas et poursuivit :
« Oui, tu as toi aussi de nouveaux chemins qui s’ouvrent devant, certains s’ouvrent sur un Avenir incertain, d’autres te ramèneront vers un passé heureux. A l’instar du Prince, ces chemins, tu les parcourras seul ou non… »
« Avec quelqu’un ? »
« Parfois oui, parfois non. Je vois une Flamme chaude et brillante, mais enfermée dans un écrin de glace noire… »
« Devrais-je la libérer ? A la force de pouvoir de cet amour que j’ai reçu de Dragon agonisant ? »
« Ce n’est pas le seul pouvoir dont tu disposes, et cela n’a jamais été le cas. Tu ne peux pas la libérer, mais tu peux la persuader, lui montrer qu’elle peut se libérer elle-même… et d’elle-même !»
« Mais je suis prisonnier en mon château… »
« Ce château, tu l’as construit, tu peux le détruire… »
« Mais ma chaine noire… »
« D’aucuns, maintenant, n’y prêteront même plus attention… »
Les dernières paroles de la marraine s’éparpillèrent dans le vent du petit matin….

Je suis ce Roi solitaire
Je suis le Dragon dont le Feu bienveillant caresse monts et vallées
Je suis le Géant éveillé
Je suis Prince des Étoiles
Et surtout
Je suis Libre
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Re: Prince des Etoiles... (Livre II, Chapitre 1)

Message par Kiwi44 le Lun 8 Jan 2018 - 14:45

L’Hiver était maintenant bien présent.

Le Géant était bien insensible aux rigueurs de cette saison ; le froid, le vent, que lui importait…
Ce qu’Il ressentait avait une toute autre cause.
Il observait distraitement tous ces petits êtres affolés affairés à leurs tâches quotidiennes ; Il les percevait sous forme de pétillements lumineux de teintes variables suivant leurs états d’âme.
Le Géant connaissait la variété de ces teintes et pouvait en saisir toutes les nuances… si banales, terriblement banales, sans jugement, ni mépris… Quoique, certaines avaient, II ne savait quoi, quelque chose, en plus ou en moins…

Le Roi savait sa maisonnée compétente. Il n’eut aucun mal à organiser son départ, son pèlerinage comme il l’appelait parfois. Certains travaux de réaménagement du Château pouvaient maintenant se poursuivre sans sa supervision.
On lui mit à disposition spontanément un attelage complet digne de son rang pouvant lui apporter un minimum de confort lors de son voyage. Il refusa, ce n’était pas l’esprit de ce périple. Ne serait-ce qu’un cheval ? Pas plus. Une bonne paire de bottes suffirait ainsi qu’un sac à dos rempli en pertinence et bon sens…
Le voyage du Roi s’était peu  à peu  précisé dans son esprit ; il savait vouloir renouer avec certaines personnes perdues de vue, retourner dans certaines régions qui l’avaient marqué, construit, revivre certaines expériences et en gouter de nouvelles.

Le hasard (le hasard ?) fit que ses pas le menèrent en direction de sa province natale. Au fil de sa route, le Roi traversait incognito des villages qu’il reconnaissait, d’autres qu’il ne reconnaissait pas.
L’Hiver était bien présent dans cette région côtière, mais la proximité de la mer en adoucissait la dureté. Il en résultait malgré tout un supplément de vent et de pluie, surtout de vent en l’occurrence…

Ce soir-là, Il avait établi son campement au bord d’une rivière. Il avait réussi à allumer un feu envers et contre toutes les rafales qui s’acharnaient à vouloir l’éteindre…
Le creux dans lequel le Roi s’était niché lui permettait d’être à l’abri du vent et  de recueillir toute la chaleur de son feu. Le bruit du vent restait le plus gênant pour se reposer. Il allait et venait en intensité faisant craquer les branches des arbres environnants. Il lui sembla même que les arbres se parlaient et se répondaient au gré des bourrasques. Son esprit fatigué se mit même à entendre des murmures dans les bruits des branches et des troncs qui grinçaient, la lumière de son feu inspirait des ombres mouvantes dans le sous-bois.

Le vent gagna encore en intensité, les murmures se transformèrent en gémissements, les ombres en présence, les craquements en… des bruits de pas précipités ?
Le Roi n’en était pas à sa première confrontation avec le surnaturel : son esprit s’éveilla totalement, et il se redressa, tous sens aux aguets…
Le vent tourbillonnait maintenant autour de lui, soulevait les feuilles, puis retomba… d’un seul coup…. Plus aucun bruit hormis le crépitement du feu, ni mouvement aux alentours. Il se serait cru dans un salon de son château ; il ressentait même une certaine chaleur.

« Qui es-tu ? ». Derrière le Roi, une petite voix bien impérieuse, un chuchotement mais très clair. Il se retourna lentement, pour se retrouver face à un petit bout de femme bien improbable en cet endroit. Une jeune femme, à peine plus qu’une jeune fille, vêtue d’une tunique verte et brune, complètement inadaptée à l’hiver, des brindilles et des feuilles dans les cheveux comme si elle venait de se rouler par terre, deux yeux du bleu d’une agate, un regard qui appuyait bien sa question…

« Qui es-tu ? » répéta-t-elle sur le même ton…
Des êtres comme elle, le Roi en avait déjà entendu parler. Les légendes  les nomment de diverses façons, nymphes, dryades, esprit des eaux et des forêts. Beaucoup d’appellations mais peu de témoignages autres que spéculations et vantardises. Ne voulant pas irriter une puissance qui pouvait être aussi fantasque que la Nature même, le Roi en appela à son calme intérieur et répondit doucement et distinctement quant à  son nom et son rôle en ce royaume.

La présence n’exprima son agacement que par un soupir et répéta sa question, cette fois-ci en en détachant bien les mots : « Qui – es – tu ? ».
Le Roi s’en trouva un peu désarçonné ; il pensait avoir satisfait à la condition. Et si la question pouvait avoir un autre sens pour cet être d’un autre monde ?
« Je suis ici et maintenant, avec toi… » répondit-il…
Cette réponse eut l’heur de plaire à la jeune femme, appelons-la comme ça… Un sourire d’une fraicheur de Printemps illumina son visage.

« Cela fait des siècles que je t’observe… » dit-elle
‘Des siècles ?’, remarqua  le Roi. Cela ne faisait que quelques heures qu’il était là ; il ne comprenait pas sa pensée.
« Tu es un humain… intéressant… » poursuivit-elle.  Elle tournait autour du Roi en ramassant une brindille par ci, une herbe par là, tout en se rapprochant progressivement. Elle s’arrêta à deux pas du Roi, le bleu de ses yeux clairs planté dans le regard du Roi.
« Reviendras-tu ? » demanda-t-elle.
Intriguée et prudent, mais sincère dans sa réponse, le Roi répondit : « Oui ! »
Un dernier sourire, un clin d’œil et cette fée disparut dans un tourbillon de feuilles sèches…

Et l’Hiver resserra son étreinte…
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Re: Prince des Etoiles... (Livre II, Chapitre 1)

Message par Dr. Grey CEPHALINE le Mer 7 Mar 2018 - 17:01

John Donne a écrit:Go and catch a falling star,
   Get with child a mandrake root,
Tell me where all past years are,
   Or who cleft the devil's foot,
Teach me to hear mermaids singing,
Or to keep off envy's stinging,
           And find
           What wind
Serves to advance an honest mind.

If thou be'st born to strange sights,
   Things invisible to see,
Ride ten thousand days and nights,
   Till age snow white hairs on thee,
Thou, when thou return'st, wilt tell me,
All strange wonders that befell thee,
           And swear,
           No where
Lives a woman true, and fair.

If thou find'st one, let me know,
   Such a pilgrimage were sweet;
Yet do not, I would not go,
   Though at next door we might meet;
Though she were true, when you met her,
And last, till you write your letter,
           Yet she
           Will be
False, ere I come, to two, or three.*

*(s'il y a besoin d'une traduction, je suis là)
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