Les textes fondateurs de ma (votre) pensée

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Les textes fondateurs de ma (votre) pensée

Message par Fata Morgana le Sam 4 Mar 2017 - 16:54

Alors que Dji-Gung traversait une contrée située au nord du fleuve Han, il aperçut un vieil homme qui travaillait à son potager. Il avait creusé une rigole d'irrigation. Le vieil homme descendait lui-même au fond du puit, y remplissait d'eau un seau qu'il remontait dans ses bras et qu'il versait dans la rigole. Bien qu'il peinât énormément, il n'arrivait qu'à peu de résultats.
Dji-Gung lui dit:
- Il existe un moyent grâce auquel tu pourrais, sans te fatiguer, remplir cent rigoles en un seul jour. N'aimerais-tu pas
l'apprendre ?
A ces mots le jardinier se redressa, le regarda et lui dit:
- Et quel est ce moyen ?
Dji-Gung lui répondit:
- Tu prends une perche de bois, lestée à l'arrière et légère à l'avant. De cette façon on peut tirer de l'eau si vite qu'on dirait une source.
A ce moment la colère empourpra le visage du vieil homme et il dit:

- J'ai entendu mon maître d'école dire que celui qui utilise une machine accomplit son travail machinalement. Celui qui fait son travail machinalement finit par avoir le cœur d'une machine et celui qui porte en son sein le cœur d'une machine perd sa simplicité. Celui qui a perdu sa simplicité devient incertain dans les mouvements de son âme. L'incertitude dans les mouvements de l'âme est une chose contraire à l'honnèteté.
Ce n'est pas que je ne connaisse pas les choses dont tu me parles: j'aurais honte de les utiliser.

Tchouang Tseu

*


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Re: Les textes fondateurs de ma (votre) pensée

Message par Fata Morgana le Sam 4 Mar 2017 - 17:03

C'est une œuvre hardie que d'avoir crée l'homme, cet être aux yeux indiscrêts et à la langue bavarde, destiné à écouter ce qui ne le concerne pas, à l'odorat inquisiteur et qui mesurera jusqu'à tous les excès de la faculté appréhensive du toucher.
Est-ce bien lui, Ô Créateur, que tu es décidé à laisser libre de tout souci, lui qui dans son audace doit contempler les beaux mystères de la nature ?
Les hommes examineront les racines des plantes et ils examineront les qualités des sucs. Ils scruteront la nature des pierres et ils ouvriront par le milieu ceux des vivants qui n'ont point de raison. Que dis-je, ils dissèqueront leurs semblables dans le désir d'examiner comment ils ont été formés.
Ils rechercheront même quelle nature se cache plus au fond des sanctuaires les plus inaccessibles. Ils poursuivront la réalité jusqu'en haut, avides d'apprendre par leurs observations quel est l'ordre établi du mouvement céleste.
Et alors, n'est-ce pas jusqu'au ciel qu'armés d'une audace indiscrête vont se porter ces malheureux ?

(Accusation du démon Momus) Koré Kosmou. Hermès Trimégiste.
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Re: Les textes fondateurs de ma (votre) pensée

Message par Fata Morgana le Sam 4 Mar 2017 - 17:16

Nombreuses furent assurément, à ce qu'on rapporte, les observations que fit Thamous à Theuth, dans l'un et l'autre sens au sujet de chaque art, et dont une relation détaillée serait bien longue. Mais quand on en fut aux lettres de l'écriture:
- Voilà dit Theuth, la connaissance , Ô roi qui procurera aux Égyptiens plus de science et de souvenirs, car le défaut de mémoire et le manque de science ont trouvé leur remède !"
A quoi le roi répondit:

- Ô Theuth, découvreur de talents sans égal, autre est celui qui est capable de mettre à jour les procédés d'un art, autre est celui qui est à même d'en apprécier le lot de dommages ou d'utilité pour les hommes appelés à s'en servir !
Et voilà maintenant que toi, en ta quallité de père des lettres, tu te plais à doter ton enfant d'un pouvoir contraire à celui qu'il possède. Car cette invention, en dispensant les hommes d'exercer leur mémoire, produira l'oubli dans l'âme de ceux qui en ont acquis la connaissance; en tant que confiants dans l'écriture, ils chercheront au-dehors, grâce à des caractères étrangers et non point au-dedans et grâce à eux-mêmes le moyen de se ressouvenir, en conséquence ce n'est point pour la mémoire, mais pour le processsus du ressouvenir que tu as trouvé un remède.
Quant à la science, c'en est l'illusion et non la réalité que tu procures à tes élêves: lorsqu'en effet avec toi, ils auront réussi, sans enseignement, à se pourvoir d'une information abondante, ils se croiront compétents en une quantité de choses, alors qu'ils sont pour la plupart, incompétents, insupportables en outre dans leur commerce, parce qu'au lieu d'être savants, c'est savants d'illusions qu'ils sont devenus.

Platon. Phêdre


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Re: Les textes fondateurs de ma (votre) pensée

Message par Fata Morgana le Sam 4 Mar 2017 - 17:26

Ceux qui suivent l'Étoile doivent quant à eux apprendre une leçon une fois pour toute: Ne pas consulter Hérode ni les prêtres et les scribes à Jérusalem, mais suivre l'Étoile qu'il avaient vue en orient et qui "marchera devant eux".
Les lueurs de l'Étoile et l'effort pour comprendre leur message sont suffisants.
Car Hérode comme principe anti-révélateur est, lui aussi, éternel. Le temps de noël n'est pas seulement celui de la Nativité, il est aussi le temps du massacre des enfants de Bethléem, le temps où l'intelligence autonome est poussée à tuer, c'est à dire repousser dans l'inconscient toutes les tendres fleurs de la spiritualité qui menacent son autonomie absolue.
Que ceux qui suivent l'Étoile le fassent entièrement et sans réserve ! Qu'ils ne cherchent pas, une fois l'Étoile devant leurs yeux, de confirmation, ou de sanction scientifique, ou ce qui serait pire encore, qu'ils n'attendent pas de la science qu'elle les dirige !
Qu'ils suivent l'Étoile au-dessus d'eux et rien d'autre. Noblesse oblige.

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Re: Les textes fondateurs de ma (votre) pensée

Message par Fata Morgana le Dim 5 Mar 2017 - 10:46

"L'action brise le cercle. Si vous n'aviez jamais vu un homme nager, vous me diriez peut-être que nager est une chose impossible, attendu que pour nager, il faudrait commencer par se tenir dans l'eau, et par conséquent savoir nager déjà.
Le raisonnement me clouera toujours en effet à la terre ferme. Mais si tout bonnement je me jette à l'eau sans avoir peur, je me soutiendrai d'abord sur l'eau tant bien que mal en me débattant contre elle, et peu à peu je m'adapterai à ce nouveau milieu: j'apprendra à nager.
Si l'on accepte franchement le risque, l'action tranchera peut-être le nœud que le raisonnement a noué et ne dénouera pas.
Celui qui se jette à l'eau, n'ayant jamais connu que la résistance de la terre ferme, se noierait tout de suite s'il ne se débattait pas contre la fluidité du nouveau milieu; force lui est de se cramponner à ce que l'eau lui présente encore de solidité.
A cette condition seulement on finit par s'accomoder au fluide dans ce qu'il a d'inconsistant.
Ainsi pour notre pensée quand elle s'est décidée à faire le saut.

Mais il faut qu'elle sorte,
C'EST A DIRE QU'ELLE SORTE DE SON MILIEU. JAMAIS LA RÉFLEXION EN RÉFLECHISSANT SUR SES POUVOIRS N'ARRIVERA A LES ÉTENDRE.

Ainsi vous pourrez spéculer aussi intelligemment que vous voudrez sur le mécanisme de l'intelligence, vous n'arriverez jamais par cette méthode, à les dépasser.

Vous obtiendrez du plus compliqué, mais non pas du supérieur, ou même simplement du différent.

Il faut brusquer les choses et, par un acte de volonté pousser l'intelligence hors de chez elle."

Henri Bergson. L'Évolution Créatrice


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Re: Les textes fondateurs de ma (votre) pensée

Message par Stauk le Dim 5 Mar 2017 - 11:04

Dites à votre fils de cesser d'essayer de remplir votre tête avec la science, car remplir votre cœur d'amour est suffisant.
R. Feynman

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Re: Les textes fondateurs de ma (votre) pensée

Message par Fata Morgana le Dim 5 Mar 2017 - 11:06

Bienvevue Stauk. Et Feynman aussi.
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Re: Les textes fondateurs de ma (votre) pensée

Message par Shazz le Dim 5 Mar 2017 - 14:46

(Sur la Connaissance de Soi)
Et un homme dit : "Parle-nous de la Connaissance de Soi".
Et il répondit, en disant :
Votre coeur connaît en silence les secrets des jours et des nuits.
Mais vos oreilles ont soif d'entendre la résonance de cette connaissance enfouie dans votre coeur.
Vous voudriez connaître en paroles ce que vous avez toujours connu en pensée.
Vous aimeriez toucher du doigt le corps nu de vos rêves.
Et c'est bien qu'il en soit ainsi.
La source cachée de votre âme doit fuser puis ruisseler en murmurant vers la mer ;
Et les trésors de vos infinies profondeurs pourraient dès lors étinceler dans votre regard.
Mais ce n'est point avec une balance que vous pouvez estimer votre trésor inconnu ;
Et ce n'est ni avec une perche ou une sonde que vous parviendrez à explorer le fond de votre connaissance.
Car le moi est une mer sans limite et sans mesure.
Ne dites pas : "J'ai trouvé la vérité", mais plutôt : "J'ai trouvé une vérité".
Ne dites pas : "J'ai trouvé le chemin de l'âme". Dites plutôt : "J'ai rencontré l'âme marchant sur mon chemin".
Car l'âme passe par tous les chemins.
L'âme ne suit pas une seule voie, ni ne croît comme un roseau.
L'âme se déploie plutôt, tel un lotus aux innombrables pétales".

Khalil Gibran- Le prophète
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Re: Les textes fondateurs de ma (votre) pensée

Message par Invité le Dim 5 Mar 2017 - 15:09

Yahweh parla encore à Job du sein de la tempête et dit:
Ceins tes reins, comme un homme; Je vais t'interroger, et tu m'instruiras.
Veux-tu donc anéantir ma justice, me condamner afin d'avoir droit?
As-tu un bras comme celui de Dieu, et tonnes-tu de la voix comme lui?
Pare-toi de grandeur et de magnificence, revêts-toi de gloire et de majesté;
épanche les flots de ta colère, d'un regard abaisse tout superbe.
D'un regard fais plier tout superbe, écrase sur place les méchants;
cache-les tous ensemble dans la poussière, enferme leur visage dans les ténèbres.
Alors, moi aussi, je te rendrai l'hommage, que ta droite peut te sauver.
Vois Béhémoth, que j'ai créé comme toi: il se nourrit d'herbe, comme le boeuf.
Vois donc, sa force est dans ses reins, et sa vigueur dans les muscles de ses flancs!
Il dresse sa queue comme un cèdre; les nerfs de ses cuisses forment un solide faisceau.
Ses os sont des tubes d'airain, ses côtes sont des barres de fer.
C'est le chef-d'oeuvre de Dieu; son Créateur l'a pourvu d'un glaive.
Les montagnes produisent pour lui du fourrage autour de lui se jouent toutes les bêtes des champs.
Il se couche sous les lotus, dans le secret des roseaux et des marécages.
Les lotus le couvrent de leur ombre, les saules du torrent l'environnent.
Que le fleuve déborde, il ne craint pas; il serait calme, si le Jourdain montait à sa gueule.
Est-ce en face qu'on pourra le saisir, avec des filets, et lui percer les narines?
Tireras-tu Léviathan avec un hameçon, et lui serreras-tu la langue avec une corde?
Lui passeras-tu un jonc dans les narines, et lui perceras-tu la mâchoire avec un anneau?
T'adressera-t-il d'ardentes prières, te dira-t-il de douces paroles?
Fera-t-il une alliance avec toi, le prendras-tu toujours à ton service?
Joueras-tu avec lui comme avec un passereau, l'attacheras-tu pour amuser tes filles?
Les pêcheurs associés en font-ils le commerce, le partagent-ils entre les marchands?
Cribleras-tu sa peau de dards, perceras-tu sa tête du harpon?
Essaie de mettre la main sur lui: souviens-toi du combat, et tu n'y reviendras plus.

Voici que le chasseur est trompé dans son attente; la vue du monstre suffit à le terrasser.
Nul n'est assez hardi pour provoquer Léviathan: qui donc oserait me résister en face?
Qui m'a obligé, pour que j'aie à lui rendre? Tout ce qui est sous le ciel est à moi.
Je ne veux pas taire ses membres, sa force, l'harmonie de sa structure.
Qui jamais a soulevé le bord de sa cuirasse? Qui a franchi la double ligne de son râtelier?
Qui a ouvert les portes de sa gueule? Autour de ses dents habite la terreur.
Superbes sont les lignes de ses écailles, comme des sceaux étroitement serrés.
Chacune touche sa voisine; un souffle ne passerait pas entre elles.
Elle adhèrent l'une à l'autre, elles sont jointes et ne sauraient se séparer.
Ses éternuements font jaillir la lumière, ses yeux sont comme les paupières de l'aurore.
Des flammes jaillissent de sa gueule, il s'en échappe des étincelles de feu.
Une fumée sort de ses narines, comme d'une chaudière ardente et bouillante.
Son souffle allume les charbons, de sa bouche s'élance la flamme.
Dans son cou réside la force, devant lui bondit l'épouvante.
Les muscles de sa chair tiennent ensemble; fondus sur lui, inébranlables.
Son coeur est dur comme la pierre, dur comme la meule inférieure.
Quand il se lève, les plus braves ont peur, l'épouvante les fait défaillir.
Qu'on l'attaque avec l'épée, l'épée ne résiste pas, ni la lance, ni le javelot, ni la flèche.
Il tient le fer pour de la paille, l'airain comme un bois vermoulu.
La fille de l'arc ne le fait pas fuir, les pierres de la fronde sont pour lui un fêtu,
la massue, un brin de chaume; il se rit du fracas des piques.
Sous son ventre sont des tessons aigus: on dirait une herse qu'il étend sur le limon.
Il fait bouillonner l'abîme comme une chaudière, il fait de la mer un vase de parfums.
Il laisse après lui un sillage de lumière, on dirait que l'abîme a des cheveux blancs.
Il n'a pas son égal sur la terre, il a été créé pour ne rien craindre.
Il regarde en face tout ce qui est élevé, il est le roi des plus fiers animaux.


Le livre de Job

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