L'automne

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Re: L'automne

Message par Aube le Lun 7 Nov 2016 - 17:18

Je connais peu de sensations aussi difficiles à décrire que celle ressentie après avoir refermé un livre.

Il semble que la magie continue d'opérer dans l'esprit du lecteur, le submergeant d'émotions contradictoires dont la force s'estompe peu à peu à mesure que le réel reprend ses droits.

Toutefois, ce qui reste ne cesse jamais de compter. Cet ultime vestige de la lumière de chaque livre, de chaque personnage, de chaque moment, de chaque idée, subsiste comme une petite lueur d'automne qui traverse chaque hiver plus ou moins intacte.

Après un livre lu, rien n'est changé, tout est changé.

Relire, c'est encore une autre histoire.
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Re: L'automne

Message par Aube le Ven 16 Déc 2016 - 14:40

L'automne prend fin.

La lumière change et la nuit s'installe en pleine journée. Les survivants de la saison des pluies, de la lumière déclinante et des arbres pudiques qui rougissent d'être déshabillés vont aborder, en apnée, en bout de course, les "fêtes".

Le respect invite les gens à ne pas préciser Noël lors de leurs voeux, pour ne pas heurter - sans doute - ceux qui ne croient plus que les cadeaux arrivent par magie, ou plus vraisemblablement ceux qui ne sont pas chrétiens. Pourtant, c'est un leurre : où que nous regardions, un lampion, un chocolat, un jouet et le regard brillant des enfants nous le hurlent en choeur : Noël est là.

Tous aux abris ?

Toujours au pluriel, mentionne-t-on les fêtes, à croire qu'on les multiplie. Le réveillon, le jour de Noël, le Boxing Day, la Saint-Sylvestre, et on peut même pousser jusqu'à l'Épiphanie. Malgré tout, le climax de la déprime, le zénith de l'angoisse, le summum de l'appréhension, c'est le 24 au soir, bien sûr.

Soirée de tous les dangers, célébrée dans bien des familles, redoutée de la plupart. Les mères sont à l'agonie dans la préparation artificielle du bonheur de leurs enfants, et de l'image offerte en pâture à l'entourage familial, les oncles sont prêts à régler leurs comptes une fois la bûche consommée, les piques ressortent au moment de partir. On rêve, on pleure, on hurle intérieurement. Extérieurement, le sourire est obligatoire, défense d'être malheureux, on vous dit !

Les solitaires culpabilisent, les vieux souvenirs remontent, et on se souvient peut-être qu'on aimait Noël étant enfant. Mais force est de constater que même en portant quelques fragments de son enfance, la magie n'existe pas davantage que le Père-Noël, et aucun cadeau de la vie n'est gratuit.

Où est la famille parfaite qui s'affiche partout sur nos écrans ?

Être adulte à Noël, c'est savoir que la promesse de l'aube n'a pas été tenue.

Pourtant, l'on court, on s'affaire, on dépense, on consomme, on offre, on espère. Gâter vos enfants pardonnera-t-il votre suffisance de l'année ?
Les bonnes résolutions pour 2017 feront-elles oublier le saccage que vous avez fait de 2016 ? Ce sont des autruches en chocolat qu'on devrait nous servir, cela nous ressemblerait.

Le plus joli, fin décembre, c'est la nuit qui masque les visages ternes et invite les lampadaires à éclairer des morceaux de ville, c'est la neige qui atténue le bruit et couvre les rues sales d'un manteau de beauté.

Pourtant j'aime la triste ivresse de cette ambiance douce-amère, et j'y ai été heureux par le passé. Mais le passé est davantage rempli de fantômes que de vieillards souriants vêtus de rouge.

Et les enfants n'ont pas toujours, hélas, été sages.

Joyeux Noël !
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Re: L'automne

Message par Invité le Ven 16 Déc 2016 - 19:27

Merci pour tous ces textes, Aube, j'aime beaucoup ta façon d'écrire Smile

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Re: L'automne

Message par psydonyme le Ven 16 Déc 2016 - 21:35

Pour quelqu'un qui suit le rythme des saisons, en plein ralentissement, c'était un délice de te lire ce soir Aube.
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Re: L'automne

Message par Aube le Dim 18 Déc 2016 - 17:09

Je suppose qu'un délice de me lire vaut mieux qu'un délire de mots lisses !

*

En parlant de ralentissement, voilà qu'un beau jour je passais presque par hasard devant ce sympathique panneau :



L'espace d'un moment de grâce, au milieu de la luxuriante végétation des lieux où le silence n'était perturbé que par quelques oiseaux qui tentaient de communiquer (pour se dire quoi, d'ailleurs ?), il me sembla que l'idée était bonne. Qui que tu sois, personnage inconnu ou illustre, voire consortium éclairé, je t'ai remercié pour cette initiative, cette injonction salvatrice, destinée à nous faire réaliser qu'il était important de protéger les grenouilles autant que nous-même.

Mais comment faire ?

Ralentir pour être soi, vivre calmement, en accord avec la nature, en harmonie avec une planète qui - si elle avait un esprit (et des yeux) - nous regarderait avec autant de stupéfaction que de maternalisme, et nous voyant nous agiter en vain, éphémères fourmis que nous sommes, et pourtant bouffis d'importance et d'ego ?

Comment faire pour ralentir et assumer de devenir alors marginal au sein d'une société qui promeut l'accélération ?

Oser ne jamais céder à la tentation de l'amélioration tant qu'on en a pas pris toute la réelle mesure.

Savoir que le succès amoureux, la réussite professionnelle, l'argent comme moyen et le bonheur comme objectif sont autant de leurres dans lesquels s'engouffrent de nombreux humains - et avec le sourire !

Toutefois, ralentir est déjà un luxe, du genre qui échappe à ceux qui n'ont d'autres choix que la course pourtant bien vaine entre le marteau et l'enclume.

*

L'hiver approche. Alors que l'automne était porteur du doux espoir coloré de la mélancolie, l'hiver sera comme toujours impitoyable et triste. Par chance, j'ai pris la fuite, mais je suis avec vous, ou vous êtes avec moi, ou tout cela en même temps, Ô inconnu(e)s en tout genre qui lisez, ou ne lisez pas. Ici, la chaleur vient souvent des mots, puissent-ils être nombreux pour la communauté Z qui devra se serrer un peu pour éviter que le froid - et tout ce qui l'accompagne - vienne y planter ses crocs acérés.
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Re: L'automne

Message par Aube le Jeu 29 Déc 2016 - 11:18

Miracle de Noël : nous y avons survécu.

Bon, ce n'est pas le cas de tout le monde, et l'actualité a souligné la mort de Carrie Fischer suivie, le lendemain, de celle de sa mère Debbie Reynolds.
Plus nombreux sont les anonymes disparus ces jours-là, mais n'entrons pas dans un post pathos, pas plus que nous n'entreront docilement dans cette douce nuit, comme se plaisait à le répéter à l'envi le Dr. Brand dans Interstellar.

C'est désormais le 31 soir, le fameux réveillon de la Saint-Sylvestre. Sylvestre Ier, en passant (et d'après les précieuses informations accessibles à tous sur wikipedia), fut le 33e pape, du 31 janvier 314 au 31 décembre 335. Avec autant de 3 (la trinité !) associés à lui, pas étonnant qu'il ait fini canonisé...
Bref, en guise de canons, nous aurons les feux d'artifice et les coups à boire, soirée de tous les excès d'alcool (pas le meilleur), de musique (ou plutôt de bruit), de bonnes résolutions (qu'on s'empressera de ne pas tenir), de sexe (avec un peu n'importe qui, mais ça porte chance pour l'année qui vient, d'après des amis italiens) et de pseudo-faste quelque peu décadent. Tout cela pour quoi ? Pour célébrer (rayer les mentions inutiles) la fin attendue de 2016 ou le début espéré de 2017.

Souhaitons-nous tout le bonheur du monde (chose possible à condition de partir vivre en ermite sans aucune connexion avec le monde extérieur), une santé de fer, des amours épanouies et tout, et tout.

Le souhait, la promesse, l'espoir, le rêve, autant d'armes contre la morosité concrète, le doute qui ronge, le poids du quotidien et "la vie de détails".

Pour terminer ce post, j'emprunte les mots d'un autre (Jacques Higelin), en lui souhaitant, ainsi qu'à vous, que 2017 soit meilleur que 2016, mais mon lucide petit doigt me dit que ce n'est pas gagné d'avance...

"Mais déjà le ciel blanchit. Esprits je vous remercie de m'avoir si bien reçu. Cocher lugubre et bossu, déposez-moi au manoir et lâchez le crucifix. Décrochez-moi ces gousses d'ail qui déshonorent mon portail, et me chercher - sans retard - l'ami qui soigne et guérit la folie qui m'accompagne, et jamais ne m'a trahi : Champagne !"
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Re: L'automne

Message par Nawd le Jeu 29 Déc 2016 - 19:35

PS : se souvenir d'ouvrir un topic sur nos meilleures et nos pires bonnes résolutions.
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Re: L'automne

Message par psydonyme le Jeu 29 Déc 2016 - 23:28

Et nous voici la saison de l'hibernation, moment idéal pour ne rien faire.
Le ralentissement n'est qu'un passage. Le papillon a bien été une larve un jour...



Je dois avouer que je trouverais plus joli de partager un moment ou ne rien faire avec des personnes aimées plutôt qu'une orgie un peu dégueulasse. Au théâtre, les moments de silence donnent de la place à autrui, mais aussi de l'intensité aux mots et aux gestes. C'est le moment d'en profiter !
Glandons joyeusement ;-)




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Re: L'automne

Message par Aube le Lun 2 Jan 2017 - 21:07

Psydonmye, l'hibernation, ou de la semi-hibernation en compagnie restreinte (mais de qualité) sont en effet des options très tentantes. D'ailleurs, ne serait-ce pas plutôt de l'hivernation ?

L'un ou l'autre se dit ou se disent, comme disait Vaugelas (célèbre grammairien que tout le monde feint de connaître en citant une unique phrase (prononcée, paraît-il, sur son lit de mort :"Je m'en vais ou je m'en vas, l'un ou l'autre se dit ou se disent", mais, soyons honnête, sa postérité se résume surtout au nom donné à quelques lycées savoyards.)

Bref !

Qu'on hiberne ou qu'on hiverne, le mot ne cache pas la chose : l'hiver est là. Avec un grand H (voire plusieurs, car il en faut pour couper tant de bois.)

Certes, je le vis surtout par procuration, ce glacial hiver qui apporte la nuit. Mais je le connais bien, donc pas besoin d'y être pour le ressentir. Fourbe qu'il est, il a essayé de m'avoir par surprise l'an dernier, alors que je m'étais enfui.

Et puis l'hiver, ce n'est pas grand chose : du froid, du gris et de la nuit, autant d'instants parfaits pour se réchauffer, se colorer, s'éclairer. La lumière vacillante au fond d'une vallée enneigée est merveilleuse, même lorsqu'elle est imaginaire. Le signe d'un "autre".

Quoi qu'il en soit, ce topic continuera de s'appeler Automne, en toute saison. Et puis c'est toujours l'automne quelque part sur la planète, aussi courte que soit cette période de transition dans les contrées qui ne ressemblent pas aux nôtres.
N'approchons pas trop rapidement, toutefois, de l'automne des idées.

*

Il m'arrive souvent de dire que les voeux, quand ils ne sont pas de pure forme familiale, sociale ou professionnelle, apportent davantage à ceux qui les envoient qu'à ceux qui les reçoivent. Je n'aime d'ailleurs pas en recevoir, encore moins sous forme collective, traduite en trois langues pour toute la clique des amis Facebook. Des messages individuels bienveillants, passe encore, mais le "regarde comme je pense à toi" masque parfois (souvent ?) un "et toi penses-tu à moi ?" fébrile.

Soyons rassurés : nous pensons ! Donc nous sommes.

Puisse cette nouvelle année vous apporter ce qui vous manque et vous délester de ce qui vous encombre. Au moins un peu (ainsi, il en restera pour l'an prochain) !
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Re: L'automne

Message par Aube le Jeu 5 Jan 2017 - 4:28

Qu’est-ce qu’on attend ?

La formulation est un peu lourde, mais reste plus audible que : « Qu’attend-t-on ? », correcte mais un peu douloureuse à entendre (et bien plus encore à prononcer pour la plupart des locuteurs étrangers, qui craignent nos folles voyelles).
Vous allez me dire qu’on s’en fiche, étant à l’écrit. Vous peut-être, moi pas !

Qu’est-ce qu’on attend, donc ? La groupie du pianiste, dit-on, passe ses nuits à l’attendre (lui, le pianiste) pour un mot, pour un geste tendre. On dit même qu’elle fout toute sa vie en l’air, mais ça, c’est une autre histoire.
Tous les autres gens, qui ne sont les groupies d’aucun pianiste, attendent pourtant aussi quelque chose. Les prochaines vacances, un nouveau travail, de trouver l’amour, l’anniversaire du petit dernier, un nouvel album de Stromae, un mariage, un déménagement, une soirée à venir, d’avoir du temps, de faire un régime, de devenir millionnaire, le retour du printemps, de se lancer dans un projet, que sorte enfin le sixième tome du Trône de Fer, la guérison, le prochain Star Wars, l’année nouvelle, la prochaine saison des Experts (si si, je vous assure, alors que selon toute vraisemblance, elle sera identique aux précédentes), le divorce de son amant, d’être plus mince, que la paix (ou la guerre) arrive, les prochaines élections, de trouver enfin le bonheur, la délivrance d’une mort certaine, une prochaine vie moins injuste.

Autant de choses, qui sont souvent hors de notre contrôle, ou qui sont au contraire soigneusement régulées tout en étant extérieures, et qui toutes qui nous font repousser le moment d’oser (oser changer, oser avancer, oser oser), et nous retiennent donc dans notre zone de confort, nos habitudes, nos amitiés lassantes ou toxiques, notre couple anxiogène ou plan-plan, notre célibat apaisant, notre famille envahissante, notre emploi utile, et tout notre mode de vie qu’on se croit pourtant obligé de justifier auprès des autres.

Attendre un Deus ex machina, dont on nous apprend qu’il intervient toujours, à un moment ou un autre, pour tout chambouler, ou au contraire attendre le prochain battement du cœur invisible de la routine, qui nous permet de survivre dans un monde rendu ainsi moins effrayant ?
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Re: L'automne

Message par Aube le Dim 4 Juin 2017 - 17:46

L'heure de partir.

Quitter un paysage familier. Ne plus voir ces boutiques où je n'allais pas trop, les terrasses où je ne m'installais plus, ne plus croiser les visages inconnus posés sur les corps typiques - par leur forme et leurs vêtements - des gens de mon quartier.
Dix-sept ans après, alors que tout a changé et que rien n'a vraiment changé, c'est moi qui déménage. Dix-sept ans !

En voyant encore les choses et les gens (dans cet ordre) ces jours-ci, je constate encore leur matière et leur essence, mais tous ces éléments, qui matérialisent l'habitude, sont en train de devenir, de façon perceptible, des souvenirs. Le parc et la mairie, le square juste à côté, la petite place et les ruelles, la grande statue, de l'autre côté, la station de métro, le Monoprix, le restaurant japonais, qui était autrefois un traiteur chinois (mais ne nous y trompons pas, ce sont les mêmes : la seule différence, c'est la fille de la patronne, que j'ai connue écolière et qui a désormais l'âge que j'avais en arrivant ici), cette église, ces bancs, ces pavés, ces trottoirs, toutes ces petites choses qui ont leur propre histoire et me renvoient à la mienne, les choses vécues, les plus belles et les plus laides, celles du bonheur en vapeur et du malheur solide, et tout appartenant à un passé proche ou lointain.

Je laisserai derrière quelques meubles et beaucoup de poussière, de l'usé et de l'inutile, de l'obsolète et de l'inadapté. Quelle légèreté s'annonce, au moment de la (re)découverte d'un nouvel espace ! Une autre perspective, une autre vue, d'autres couleurs, d'autres sons, d'autres odeurs, une autre lumière.

Et, de cette lumière-ci, j'emporterai des images et des souvenirs partagés. Les fantômes, au contraire, resteront là où ils sont. Je les saluerai en partant.
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