Le petit monde désenchanté d'Athénaïs

Page 3 sur 4 Précédent  1, 2, 3, 4  Suivant

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas

Re: Le petit monde désenchanté d'Athénaïs

Message par Athénaïs le Ven 16 Juil 2010 - 20:29

Effectivement Bluecat, je me suis penchée sérieusement sur la question... Et j'ai fait un choix, celui d'être libre et maître de moi-même... J'en assume les conséquences et je veilles, tant bien que mal, à ce que mes crises affectes le moins possible mon entourage puisqu'ils ne sont pas responsable de mes choix. Ce qu'il faut savoir toutefois, c'est que cette souffrance ne refait surface que de manière épisodique... En temps normal, je suis quelqu'un de sociable et d'assez "déconneur"... J'ai encore piqué un fou rire cet après-midi, non simulé je tiens à le préciser, fou rire qui à retentit dans les couloirs de la BNF... J'ai entraîné au passage plusieurs de mes collègues... On s'est retrouvés à 4 ou 5 à se bidonner comme des malades devant d'autres collègues parfaitement médusés....

Les textes que j'écris quand je vais mal ne sont pas uniquement le reflet d'une souffrance mais sont surtout la manifestation d'une activité cérébrale intense que j'intériorise. Je l'intériorise parce que je ne peux pas la partager avec mon entourage qui ne peut ni entendre ce que j'ai à dire, ni suivre le cour de mes réflexions et n'a pas la capacité d'argumenter. Et parfois, faut que ça sorte. Ma tête, c'est un peu une cocotte minute...! Mais paradoxalement, je suis dotée d'une personnalité très forte et très solide, ce qui permet d'équilibrer la balance. Accepter mes crises, accepter de les vivre me paraît plus sage que de les contrer en les intériorisant. Cela ferait beaucoup plus de dégâts... Extérioriser, c'est évacuer. Et évacuer, c'est se libérer. Quand je sais qu'une crise va se produire, je prend des précautions. Je sécurise mon environnement. Je prépare du papier, un crayon et je m'allonge pour attendre que ça passe... Et quelques heures plus tard, je reprend le cours de ma vie.

Rassure-toi, tu es très clair dans ce que tu exprimes. Mais la souffrance n'induit pas chez moi d'autres souffrances. Une fois que j'ai jeté sur le papier ce qui me torture, c'est terminé. Parfois, je retravailles mes textes à tête reposée. Je les étoffes, je vérifie mes références, je rajoute une idée de ci et de là mais ces "relectures" sont plutôt un plaisir pour moi. Oui, je sais, c'est paradoxal... Mais c'est le principe même de la réflexion philosophique... et j'ai un besoin vital, d'aucun diront névrotique, de cette activité réflexive. Sans elle, je ne suis rien. Disons que dans mon cas, l'accouchement est difficile !!!

Tu semble vouloir lire un texte écrit dans une phase dite "positive". C'est textes sont bien différents des précédents. Ce sont des textes narratifs, descriptifs, un peu comme le serait un conte. C'est un fragment du monde imaginaire dans lequel je vis. Je vais essayer de t'en trouver un qui soit joli...

Athénaïs albino

Athénaïs
Zèbre régulier
Zèbre régulier

Messages : 59
Date d'inscription : 31/10/2009
Age : 38
Localisation : Paris

Revenir en haut Aller en bas

Re: Le petit monde désenchanté d'Athénaïs

Message par bluecat le Ven 16 Juil 2010 - 20:55

oui, je veux bien découvrir le petit monde enchanté d'Athénaïs Wink

bluecat
Vieux de la vieille
Vieux de la vieille

Messages : 3953
Date d'inscription : 08/05/2010
Age : 37
Localisation : Bruxelles

Revenir en haut Aller en bas

Re: Le petit monde désenchanté d'Athénaïs

Message par Athénaïs le Ven 16 Juil 2010 - 21:27

Ok d'accord !!!! Alors en guise d'introduction au texte qui va suivre voici quelques photos des deux manoirs qui m'ont inspirés.



Château de la Reine Blanche, Coye la Fôret (Oise)



Manoir de Lady Mond, Plestin les Grèves (Côtes d'Armor)



Manoir de Lady Mond, Plestin les Grèves (Côtes d'Armor)



Manoir de Lady Mond, Plestin les Grèves (Côtes d'Armor)

Athénaïs
Zèbre régulier
Zèbre régulier

Messages : 59
Date d'inscription : 31/10/2009
Age : 38
Localisation : Paris

Revenir en haut Aller en bas

Re: Le petit monde désenchanté d'Athénaïs

Message par Athénaïs le Ven 16 Juil 2010 - 21:27

C’était une petite île aux contours ondoyant qui contrastait avec le paysage marin chaotique. Les éléments déchainés se fracassaient sur des écueils verticaux, des lames de roche hérissaient l’horizon. Pourtant, ce confetti de terre verdoyant semblait presque épargné par le cataclysme ambiant. Au milieu de l’ilot s’élevait une curieuse demeure. Curieuse par son style mais surtout par sa présence improbable dans une atmosphère aussi accidentée et tourmentée. Comment avait-on réussi à construire une structure aussi complexe tant par son architecture que par sa décoration dans un lieu aussi hostile et éloigné de toute civilisation ? On y accédait depuis une île voisine beaucoup plus étendue mais il fallait souvent s’y reprendre à plusieurs fois avant de pouvoir accosté sur Kantolioù, l’île aux chandelles. Elle devait son nom à une légende raconté sur l’île voisine qui disait qu’à la nuit tombée, on pouvait voire briller une chandelle à chacune des fenêtres de l’improbable demeure. D’autres racontaient qu’on avait vu briller un cercle de chandelles avant que la demeure n’apparaisse comme par enchantement. Mais ce n’était que des légendes. Il n’en restait pas moins que la demeure était bien réelle et que son incongruité continuait à déranger les générations successives d’insulaires voisins.

Cette demeure semblait sortir d’un vieux tableau ou d’une de ces miniatures que nous nous plaisons tant à admirer dans les manuscrits moyenâgeux. Elle aurait certes mieux trouvée sa place, un soir, au coucher du soleil, dans une campagne solitaire. Cette jolie et riante demeure ressemblait à un logis du moyen âge restauré, tant l’imitation était exacte. Son style n’était pas celui des édifices religieux du treizième siècle dont la principale qualité doit être une grandeur sévère. Sa décoration était plus ornée, de la fin du quinzième siècle, à ce moment de transition où le gothique épanoui et fleuri s’allie aux fantaisies de la Renaissance qui commence, et se prête aux exigences modernes de distributions intérieure, aussi bien qu’au plus vifs caprices de l’imagination.

La façade de briques dessinant des losanges des deux couleurs, les tourelles aux angles, les cheminées, rondes comme de petites colonnes, se déroulant en spirales, le sommet du toit finement découpé, les gargouilles, monstres fantastiques allongeant leurs cols comme pour regarder dehors, le porche voûté couvrant un perron à élégante balustrade ; voilà l’aspect extérieur, un ensemble noble et varié, non uniforme et pourtant harmonieux.

Personne n’a jamais pénétré à l’intérieur. Et pour cause. C’est un peu comme si l’on avait fait entrer le château de Chambord dans une valise. Un peu comme si l’on sortait des objets disproportionnés d’une sacoche de voyage. L’étendue des pièces, leur distribution, l’ouverture des portes et des fenêtres, les détails de la décoration, tout semble démesurés. Les pièces sont ou plus petites ou beaucoup plus grandes ; il n’y a pas là, à proprement dire, un salon, un boudoir, une salle à manger, mais il y a un oratoire, des galeries, une librairie : l’oratoire, voûté, à nervures qui se croisent, avec de fines colonnettes, des personnages accroupis aux retombées de arcs, est pavé de briques vernissées et peintes de fleurons délicats ; la bibliothèque, les galeries, avec des plafonds divisés en compartiments qui étincellent de pourpre, d’azur et d’or ; des fenêtres à croisées de pierre, de larges baies qui laissent entrées pleinement le jour à travers les meneaux fleuronnés ; dans une vaste salle, une des grandes cheminées au manteau soutenu par de nobles cariatides, est fouillé, sculpté, chargé de cent personnages, véritable tableau de pierre, et de légers escaliers à vis, et de petits retraits éclairés par une étroite fenêtre qui ne laisse voire guère que le ciel, et où l’on irait rêver, si l’on avait de la tristesse dans l’âme.

Athénaïs
Zèbre régulier
Zèbre régulier

Messages : 59
Date d'inscription : 31/10/2009
Age : 38
Localisation : Paris

Revenir en haut Aller en bas

Re: Le petit monde désenchanté d'Athénaïs

Message par bluecat le Sam 17 Juil 2010 - 20:05

la suite, la suite! ça me donne envie d'aller vivre là Smile la bibliothèque m'a l'air comme dans mes propres rêves ...

bluecat
Vieux de la vieille
Vieux de la vieille

Messages : 3953
Date d'inscription : 08/05/2010
Age : 37
Localisation : Bruxelles

Revenir en haut Aller en bas

Re: Le petit monde désenchanté d'Athénaïs

Message par Athénaïs le Mer 21 Juil 2010 - 20:18

@ bluecat: j'aimerais arriver à la terminer la description de la bibliothèque mais dans ma tête, elle est protéiforme.... drunken

Athénaïs
Zèbre régulier
Zèbre régulier

Messages : 59
Date d'inscription : 31/10/2009
Age : 38
Localisation : Paris

Revenir en haut Aller en bas

Re: Le petit monde désenchanté d'Athénaïs

Message par bluecat le Jeu 22 Juil 2010 - 13:50

haa! moi je vois une pièce haute de plafond, avec fenêtres placées en hauteur (pr avoir de la lumière sans être vu de l'extérieur), lambris sur les murs, feu ouvert et des bouquins jusqu'au plafond (avec galerie, échelle et tout) drunken

bluecat
Vieux de la vieille
Vieux de la vieille

Messages : 3953
Date d'inscription : 08/05/2010
Age : 37
Localisation : Bruxelles

Revenir en haut Aller en bas

Re: Le petit monde désenchanté d'Athénaïs

Message par V.O le Jeu 22 Juil 2010 - 14:32

Merci de partager ton monde... encore flower

V.O
Zébré et vacciné
Zébré et vacciné

Messages : 1018
Date d'inscription : 10/02/2010
Age : 43
Localisation : Nord - Blayais, au pays des asperges et du vin

Revenir en haut Aller en bas

Re: Le petit monde désenchanté d'Athénaïs

Message par Athénaïs le Jeu 22 Juil 2010 - 17:36

Exclamation Le texte qui suit à été écrit après ma lecture du roman de Goethe et après avoir vécue l'expérience d'une "affinités électives". Je me suis servie du net pour pousser plus avant ma compréhension de l'oeuvre de Goethe. Il est donc possible que des formulations qui m'ont marquées apparaissent ça et là dans mon texte. Écrit en décembre 2008, il m'est impossible d'identifier ce qui relève de ma propre inspiration de ce qui tient de l'influence... Et puis quant une formulation est claire, je ne vois pas l'intérêt de la reformuler.... Les mots appartiennent à tous.... Arrow Cela dit, à part deux ou trois formulations, le reste est bien de ma plume....

Pourquoi en plusieurs parties? Parce que ce texte est long...

AFFINITÉS ÉLECTIVES PARTIE 1:

D’une manière générale, et bien qu’il soit difficile de généraliser ce type de processus, on retrouve toujours un aspect essentiel, caractéristique, dans le travail introspectif auquel se livre un individu : la recherche d’un absolu. La recherche « d’un absolu » et non pas « de l’absolu » puisque chaque quête est unique dans la complexité qu’elle entretient avec l’activité réflexive de l’individu qui la mène. Toutefois, si aucune émulation ne vient renouveler notre mode d’analyse, notre esprit s’enferme dans une spirale réflexive stérile. Le regard extérieur d’un tiers est fondamental car il enrichit et ouvre des perspectives nouvelles qui nous permettent d’avancer dans notre quête. Sans lui, notre activité psychique glisse inexorablement vers un narcissisme délétère qui nous éloigne de notre but.

Chaque nouvelle rencontre induit le façonnage d’une nouvelle identité. Nos précédentes rencontres ne perdent pas de leur valeur pour autant. Nous changeons et la rencontre d’un individu est un moteur qui génère la mise en place d’une nouvelle personnalité et de ses aspirations propre. L’équation se complique sensiblement lorsque la rencontre d’autrui est vécue comme une « affinité élective » car elle implique des effets irréversibles aussi bien en ce qui concerne l’individu dans sa singularité que dans les relations que celui-ci avait engagées avant cette rencontre.

Une affinité élective se distingue des autres relations intersubjectives en cela qu’elle révèle à deux individus qu’il existe une étroite concordance dans la nature de leurs introspections et des aspirations qui en résultent. Comment savoir si nous sommes en présence d’une affinité élective et comment décrire les émotions qui président à ce type de rencontre ? Spinoza est, sur ce point, très précis. Dans la troisième partie de son Ethique, intitulée De l’origine de la nature des sentiments, on pourra lire ce qui suit dans la scolie de la proposition 52 : « Mais si ce que nous admirons est la sagesse (prudentia) d’un homme, son travail (industria) ou quelque chose de ce genre, comme par là même nous considérons que cet homme l’emporte beaucoup sur nous, alors l’admiration se nomme Vénération (Vénératio). (…) » Cette admiration est à la base de toute affinité élective en cela qu’elle sert de base à toute émulation. Si l’on poursuit notre lecture de Spinoza, voici comment l’auteur décrit le principe de l’émulation : « L’émulation (aemulatio) est le désir d’une chose qui naît en nous de ce que nous imaginons que d’autre ont le même désir. » Toujours d’après le philosophe, « si nous imaginons que quelqu’un pour qui nous n’avons éprouvé aucun sentiment, affecte de joie une chose semblable à nous, nous serons affectés d’amour pour lui. » On pourrait conclure ainsi l’enchaînement, « si nous admirons la sagesse, le travail, etc., d’un homme que nous aimons, notre Amour sera par la même plus grand (…). » Et si ce « même désir » est celui d’atteindre un absolu identique, l’amour qui en découle est d’autant plus puissant car enfin, qui pourrait consciemment refuser de marcher accompagné, même pour un temps seulement, dans les ténèbres qui mènent vers notre absolu. Autant il nous est possible de marcher dans la lumière, d’avoir une vie sociale aux côtés de nos congénères même si cela nous répugne, autant cela devient parfaitement impossible quand il s’agit de notre cheminement intérieur, celui de l’ombre. Il n’est pas question ici de ces amours chargés de niaiseries qui conjuguent le verbe aimer à toutes les personnes du singuliers et du pluriel comme pour mieux se convaincre de combler des vides ; il s’agit plutôt de l’alliance de deux penseurs qui décuplent ainsi leur puissance réflexive dans le cadre d’une considération réciproque. Si le terme d’«affinités électives » est principalement associé au roman de Goethe, on pourrait élargir son concept en imaginant qu’il s’agit donc d’un processus qui permet à deux consciences animées par des réflexions plurales d’entamer, à partir d’un rapport d’attraction, un échange s’organisant autour d’influences réciproques, de choix identiques, de convergence de vues et d’une mutuelle compréhension. Toutefois, même animé par des objectifs visant l’élévation spirituelle, l’homme n’en est pas moins homme et obéit à sa nature, plus facilement encore si cette dernière accroît considérablement ces facultés psychiques.

L’idée d’attirance irrépressible et de préférence sélective produit des altérations qui forment évènement. Fulgurante, s’inscrivant dans une immédiateté n’admettant aucun ajournement, ce type de relation se développe sur fond d’exclusion des autres relations possibles. Une attirance spontané et irrépressible, permet la combinaison d’individus jusqu’ici séparés car investi dans d’autres relations. Aucun pronostic n’est à priori possible. L’analyse rationnelle est inopérante, car les affinités électives se révèlent seulement au contact, par l’expérience. La raison est impuissante à anticiper comme à endiguer le cours de ces affinités. Souvent passionnelles, toujours (…), les obstacles que la raison pourrait dresser contre elles là renforcent.

Athénaïs
Zèbre régulier
Zèbre régulier

Messages : 59
Date d'inscription : 31/10/2009
Age : 38
Localisation : Paris

Revenir en haut Aller en bas

Re: Le petit monde désenchanté d'Athénaïs

Message par DiDi le Jeu 22 Juil 2010 - 21:31

Merci Athénaïs I love you

DiDi
Zèbre fidèle
Zèbre fidèle

Messages : 166
Date d'inscription : 24/02/2010
Age : 29

Revenir en haut Aller en bas

Re: Le petit monde désenchanté d'Athénaïs

Message par Prosopeion le Ven 23 Juil 2010 - 13:57

Je suis curieux de la lire la suite... Very Happy

Prosopeion
Zébré et vacciné
Zébré et vacciné

Messages : 1054
Date d'inscription : 04/06/2010

Revenir en haut Aller en bas

Re: Le petit monde désenchanté d'Athénaïs

Message par Athénaïs le Ven 23 Juil 2010 - 17:26

@ Prosopeion: Je m'en voudrais de te faire attendre... La suite donc suit... Very Happy

Athénaïs
Zèbre régulier
Zèbre régulier

Messages : 59
Date d'inscription : 31/10/2009
Age : 38
Localisation : Paris

Revenir en haut Aller en bas

Re: Le petit monde désenchanté d'Athénaïs

Message par Athénaïs le Ven 23 Juil 2010 - 17:29

AFFINITÉS ÉLECTIVES PARTIE 2:

Goethe organise sont récit autour d’une analogie chimique : l’attirance de certaines substances pour d’autres est qualifiée d’ « affinité élective » dans le vocabulaire technique des chimistes. Je ne peux m’empêcher de penser à une de ces affinités chimiques, propre à mon métier : celle de l’or et du mercure. La tradition populaire, à tort, accorde à l’or la propriété d’être inaltérable : mis en contact, l’or et le mercure s’agglomère rendant le métal précieux aussi fragile et cassant que du verre. Pourtant, il est possible de rendre à l’or ses facultés originel : chauffé jusqu'à la limite de son point de fusion, le mercure s’évapore. Une fois refroidit, l’or a retrouvé ses propriétés mais le mercure, en s’évaporant, à définitivement disparu. Il ne retrouvera jamais sa forme originelle. L’inhalation répétée des vapeurs de mercure sont mortelles pour l’homme : c’est pourquoi cette technique est proscrite des ateliers bien que toujours pratiquée.

Il en est de même pour deux êtres touchés par des « affinités électives » : l’agglomération de leurs esprits, unis dans un même mouvement intérieur, les rends fragiles. L’émulation spirituelle porté à son paroxysme peu seul les libérés l’un de l’autre. Ainsi, tandis que l’un des deux retrouvera sa tranquillité intérieure, l’autre s’y brûlera les ailes pour mieux chuter. Bien que conscient de ces néfastes conséquences, l’exercice demeure diablement séduisant probablement parce qu’il n’en existe pas d’autre aussi captivant et efficace lorsqu’on recherche l’incandescence de l’esprit. Comme pour les vapeurs de mercure, s’investir à plusieurs reprises dans ce type de relation mène plus sûrement aux portes du cimetière qu’à celles de la chapelle. Il s’agit d’un opium puissant duquel il est difficile de décrocher dès lors que l’on à goûter à ses subtilités et voluptés. Les « affinités électives » occasionnent des mouvements spirituels d’une intensité telle, qu’ils balaient tous sur leur passage, provoquant aussi bien l’enthousiasme que le désespoir, obéissant en cela à un des premiers principe de l’alchimie : toute force positive en implique une autre, négative mais d’égale puissance, la médaille et son revers.

Malgré tout, rare sont ceux qui ont les capacités d’interférer favorablement dans le cercle vertueux de la « méta-pensée » : la encore, le narcissisme n’est jamais bien loin puisque seul un individu qui s’inscrit dans la même recherche peut prétendre à jouer le rôle de modérateur. Encore faut-il qu’il soit en mesure de maîtriser la force générée par ce type d’échange car la rencontre d’autrui est toujours le début d’une aventure intérieur, a mis chemin entre introspections et échanges, riche de découverte en bien comme en mal. Spinoza explique d’ailleurs qu’il n’y a pas de bien ou de mal absolus, l’un comme l’autre étant étroitement liés aux êtres et aux ensembles qu’ils composent. On pensera aux deux héros des Envoûtés de Gombrowicz, Maya et Walczak, fascinés par le mal, la violence et la destruction et qui voient leur relation ainsi analysée par un tiers :

« - S’il a tué, c’est que moi aussi j’aurais pu tuer, répétait-elle fébrilement, nous possédons des natures identiques ! Je le sais. S’il est comme ça, c’est que je le suis aussi… et c’est vrai !
[…]
- (…) Votre aventure pourrait s’expliquer le plus simplement du monde dans les faits et par la psychologie. Si vraiment il vous ressemble tant, la raison de votre néfaste influence réciproque devient claire. Vous êtes vous-même d’un tempérament extrêmement vif, passionné et agressif. Que cette nature en rencontre une qui lui soit proche et son impétueuse énergie s’en trouve multipliée : il vous excite, vous l’excitez à votre tour et c’est un véritable cercle vicieux. Cette force constitue en elle-même un trésor inestimable. Mais si elle n’est pas tournée vers le bien, elle se transforme en élément destructeur. (…)
»

Aussi cruel que ce la puisse paraître, la souffrance psychologique qu’engendre inéluctablement une affinité élective est nécessaire puisqu’elle génère des réactions qui affectent la conscience et fournit ainsi matière à l’analyse de notre auto-conscience. La souffrance psychologique et l’introspection qui en résulte sont à l’origine de toute réflexion axée sur les problèmes les plus importants de la philosophie. La boucle se trouve ainsi bouclée et justifie la prise de risques.

Faut-il lutter contre les affinités électives ? Les décortiquer pour mieux les rationaliser ? Poser ces questions revient à se demander si l’on veut vivre et se savoir exister ou pas. Elles sont au cœur de la vie, elle sont la vie, son but, son moteur et probablement sa seule raison d’être. Les tempêtes qu’elles provoquent valent-elles le coup d’être vécues ? Je pense que oui. Je sais que oui. Il n’y a rien de plus beau qu’une tempête.

Athénaïs
Zèbre régulier
Zèbre régulier

Messages : 59
Date d'inscription : 31/10/2009
Age : 38
Localisation : Paris

Revenir en haut Aller en bas

Re: Le petit monde désenchanté d'Athénaïs

Message par highschool2005 le Lun 26 Juil 2010 - 16:02

Bonjour Athénaïs !

Bienvenue ! Moi aussi je trouve les gens très superficiels. Depuis très longtemps.

Merci pour ton texte sur l'affinité élective. Je ne suis pas sure de tout comprendre, ou plutôt de vouloir comprendre.

Mon passage préféré :
"L’idée d’attirance irrépressible et de préférence sélective produit des altérations qui forment évènement. Fulgurante, s’inscrivant dans une immédiateté n’admettant aucun ajournement, ce type de relation se développe sur fond d’exclusion des autres relations possibles. Une attirance spontané et irrépressible, permet la combinaison d’individus jusqu’ici séparés car investi dans d’autres relations. Aucun pronostic n’est à priori possible. L’analyse rationnelle est inopérante, car les affinités électives se révèlent seulement au contact, par l’expérience. La raison est impuissante à anticiper comme à endiguer le cours de ces affinités. Souvent passionnelles, toujours (…), les obstacles que la raison pourrait dresser contre elles là renforcent."

Le coeur a ses raisons que la raison ne connait pas ?

highschool2005
Zèbre fidèle
Zèbre fidèle

Messages : 100
Date d'inscription : 25/07/2010
Age : 30
Localisation : Bordeaux

Revenir en haut Aller en bas

Re: Le petit monde désenchanté d'Athénaïs

Message par Athénaïs le Mer 28 Juil 2010 - 12:23

LES ARTISANS DE LA CONSCIENCE

Nous formons une société secrète sans vraiment le savoir, hors du temps et du monde, loin de ceux qui commercent et s’entre-tue dans une ignorance affligeante car consentie, replié dans nos bibliothèques, traquant les oublis, les confins du temps, les mœurs passionnées et les zones d’ombre, souvent seul, parfois accompagné mais toujours solitaire, nous sommes des artisans de la conscience.

La conscience est la faculté psychologique de percevoir sa propre existence ou ses états de conscience : il faut pouvoir être conscient de la conscience. Cette dernière se transforme alors en auto-conscience, conscience de soi qui ne voit autre chose qu’elle–même. Epurée, transparente, elle est la conscience exemplaire, celle qui produit la lucidité. Cette activité réflexive est à l’origine d’une mise en abyme où la pensée se met à "se réfléchir elle-même". Cette sorte de cercle vertueux crée une "méta-pensée". Une fois que la prise de conscience des réactions qui affectent la conscience a eut lieu et qu’elle est définitivement acquise à un processus de mise en abîme, reste à déterminer l’usage que nous pouvons en faire.

Quel est le but de ce « travail introspectif » ? Dans ces Méditations métaphysiques, Descartes nous montre l’unique voie possible : nous devons soumettre notre conscience à sa propre inspection, c’est à dire à l’introspection. L’esprit cherchera à se comprendre lui-même comme sujet pensant : réfléchir sur soi pour se connaître davantage dans l’espoir que ce processus d’auto-connaissance nous mène vers cet inconnu sans nom dont il est bien difficile de déterminer la nature mais qui constitue notre absolu. Il est difficile de dire qui, jusqu'à aujourd’hui, est parvenu à atteindre cet absolu : notre conscience peut-elle avoir d’autre activité que l’auto-clarification perpétuelle des pensées ? Pourra-t-elle achever une fois pour toutes son auto-clarification ou bien la clarté restera-t-elle toujours comme un désir bloqué au stade de projet, sans cesse souhaitée, jamais assouvie ?

Dans la troisième partie de son Ethique, Spinoza écrit ceci : « L’homme ne se connaît lui-même que par les affections de son corps et leurs idées. Donc, lorsque l’esprit peut se considérer lui-même, par la même il passe, par l’hypothèse, à une perfection plus grande, c’est à dire qu’il est affecté de joie, et d’une joie d’autant plus grande qu’il peut s’imaginer lui-même et imagine sa puissance d’agir plus distinctement. » Ce qui différencie l’homme de l’animal réside dans sa capacité à user de sa capacité réflexive. Le choix qui est fait d’atteindre un niveau de conscience supérieure est loin d’être évident tant il est vrai que ce difficile exercice est épuisant. De fait, rare sont ceux qui font de l’introspection une règle de vie et de la conscience supérieure, leur unique idéal. On peut difficilement blâmer ceux qui se contente du minimum nécessaire à leur survie puisqu’il ne sont même pas conscient d’ « être » et encore moins de leur capacité à « se réfléchir ». Dans son tout premier livre, Sur les cimes du désespoir, Cioran à écrit : « Une constatation que je peux vérifier, à mon grand regret, à chaque instant : seuls sont heureux ceux qui ne pensent jamais, autrement dit ceux qui ne pensent que le stricte minimum nécessaire pour vivre. » Ce qui ne nous empêche pas pour autant de reconnaître le fait que l’égalité des hommes se limite à la dignité humaine, pour ne jamais atteindre celui de la conscience et de sa capacité introspective.

Contrairement à la démarche de Descartes, il n’est pas question d’user de ce processus pour savoir ce que nous sommes : Dieu est mort, Nietzsche est vivant. Nous sommes le produit de mutations biologiques comme tout ce qui vie sur cette planète. Et si la science permet de retracer fidèlement la chronologie des faits qui ont conduits à l’apparition de la vie humaine, rien ne vient expliquer la complexité du principe de la vie et de ses corolaires : sa partie matérielle, le corps, et sa partie immatérielle, la pensée. Quelque soit l’étendue des connaissances scientifiques, elles demeurent limitées et ne peuvent tout expliquer. Tous les scientifiques s’accordent à dire que lorsque la science à atteint ses limites et qu’elle ne parvient plus à remplir son office explicatif, toute les hypothèses doivent être envisagées y compris celles qui défient l’esprit le plus logique, rationnel et méthodique.

Demeure une question : quel est cet absolu qui hante ces lignes ? En ce qui me concerne, il procède d’une intuition qui pressent l’existence d’une puissance, d’une force, peut importe finalement le nom qu’on lui donne, et que celle-ci est à l’origine de toute chose. Il s’agit donc de parvenir à en déterminer la nature afin d’en maîtriser les secrets bien que leur appréhension soit réservée à un petit nombre d'initiés. La conscience humaine ainsi que sa capacité réflexive procède de cette force et il nous faut par tous les moyens parvenir à en saisir l’essence. On pensera à l’évangile de Thomas, un des manuscrits de Nag Hammadi : « Jésus disait : que celui qui cherche, soit toujours en quête jusqu'à ce qu’il trouve et quand il aura trouvé, il sera dans le trouble, ayant été troublé, il s’émerveillera, il règnera sur le Tout. (…) Ses disciples disaient : enseigne-nous le lieu où tu es. Il est nécessaire que nous le cherchions. Il leur dit : que celui qui a des oreilles, entende ! Il y a de la lumière à l’intérieur d’un homme de lumière, et il illumine le monde entier. S’il n’illuminait pas, quelles ténèbres ! ». Affranchi des dogmes et des croyances en tous genres qui la dénature, cette quête ne peut se départir totalement d’une certaine forme de mysticisme : cette attitude philosophique est davantage fondée sur le sentiment et l'intuition que sur la connaissance rationnelle mais c’est elle qui sert de moteur à notre quête. Paradoxalement, le seul chemin qui mène vers cet absolu est donc celui de la connaissance universelle puisqu’elle seule peut agir sur les êtres et les choses, cette envie de tout apprendre et de tout connaître demeure notre seul et unique guide. Une volonté s’inscrivant dans un schéma spirituel atemporelles, étranger au monde mais s’en nourrissant, l’intime conviction de jouir d’une faculté exceptionnelle en regard du petit nombre d’entre nous qui en sont dotés, la responsabilité qui nous incombe d’en faire usage et, de préférence, le plus éclairé possible, la certitude immuable du bien fondé de notre quête, tous ceci nous permet d’avancer chaque jour un peu plus, lentement mais surement.

Athénaïs
Zèbre régulier
Zèbre régulier

Messages : 59
Date d'inscription : 31/10/2009
Age : 38
Localisation : Paris

Revenir en haut Aller en bas

Re: Le petit monde désenchanté d'Athénaïs

Message par DiDi le Mer 28 Juil 2010 - 18:10

Merci pour tes textes, je les grignottes sans aucune autre forme de procès ( oui ce mélange de mots me paraît aussi curieux Razz ) Like a Star @ heaven

DiDi
Zèbre fidèle
Zèbre fidèle

Messages : 166
Date d'inscription : 24/02/2010
Age : 29

Revenir en haut Aller en bas

Re: Le petit monde désenchanté d'Athénaïs

Message par corail déraille le Jeu 29 Juil 2010 - 21:34

Enchanté Athénaïs,
j'admire l'aisance avec laquelle tu mets en mots tes songes et tes reflexions, "affinités électives" me réfere à l'amour passionnel, c'est destructeur mais tentant. Je te ressens comme "une artiste maudite" contemporaine, en tout cas je suis receptive à ce que tu partage,et je te félicite et te remercie. C'est à travers tes textes que je fais ta connaissance et j'en redemande...

corail déraille
Nouveau venu
Nouveau venu

Messages : 9
Date d'inscription : 29/07/2010
Age : 32

Revenir en haut Aller en bas

Re: Le petit monde désenchanté d'Athénaïs

Message par b&w le Lun 2 Aoû 2010 - 7:30

Athenaïs, y aura-t-il une suite aux "artisans de la conscience" ?

Bien à toi

b&w
Inconditionnel
Inconditionnel

Messages : 446
Date d'inscription : 18/06/2010
Age : 49
Localisation : 37

Revenir en haut Aller en bas

Re: Le petit monde désenchanté d'Athénaïs

Message par Invité le Mar 3 Aoû 2010 - 17:07

Merci B&W de m'avoir orienté sur ce post.

Merci Athenaîs pour le post sur les affinités électives.
quand on a connu cela on n'en sort jamais vraiment indemne, c'est une drogue qui détruit si on s'y accroche pour ressentir ce plaisir intense, cette volupté des sens...
mais elle détruit aussi lorsque l'on veut s'en sortir et se sevrer, car retourner ou se tourner vers la ''tranquillité fade des autres relations" peut faire regretter ces relations destructrices mais o combien vivantes et passionnantes...

Je vais le relire a tête reposée pour pouvoir l'imprégner et avoir une autre vision que celle que je m'étais imposée.

Invité
Invité


Revenir en haut Aller en bas

Re: Le petit monde désenchanté d'Athénaïs

Message par V.Lady le Mer 4 Aoû 2010 - 14:41

Merci à toi Athénaïs pour ces affinités électives.

Je ne saurais en dire davantage en ce lieu, je suis touchée.

V.Lady
Zébré et vacciné
Zébré et vacciné

Messages : 2238
Date d'inscription : 12/05/2010
Age : 41
Localisation : Nord vraiment au nord.

Revenir en haut Aller en bas

Re: Le petit monde désenchanté d'Athénaïs

Message par Athénaïs le Ven 6 Aoû 2010 - 8:55

@ Didi: C'est pas le tout de grignoter, faut digérer aussi et surtout, ne pas prendre de poid.... Ne pas manger trop gras, trop sucré, trop salé...

@ highschool2005, Corail déraille, Diana: L'amour est une drogue douce le plus souvent... Des scientifiques ont prouvé que décrocher d'un amour passionnel provoquait sur le corps humain les mêmes effets que sur un toxico qui décroche de la cocaïne... La passion est tentante, c'est sûr... Mais elle ne peut, par essence, s'inscrire dans la durée. La mort peut seule l'inscrire dans l'éternité... Pour ma part, j'aspire de plus en plus à la quiétude et à la simplicité sans exclure pour autant toute forme de passion.

@ b&w: Il n'y aura pas de suite aux "artisans de la conscience". Je ne ressent pas, pour le moment, le besoin de développer plus avant. Cela dit, aucun de mes points de vues ne sont figés... Ma pensée étant en perpétuel évolution, j'écrirais peut-être un nouveau texte qu'il faudra lire à la lumière du précédent....

@ La Laie: Je suis touchée que tu le sois...

albino

Athénaïs
Zèbre régulier
Zèbre régulier

Messages : 59
Date d'inscription : 31/10/2009
Age : 38
Localisation : Paris

Revenir en haut Aller en bas

Re: Le petit monde désenchanté d'Athénaïs

Message par b&w le Ven 6 Aoû 2010 - 9:08

Merci Athénaïs.

Et je suis touché par tes écrits.

b&w
Inconditionnel
Inconditionnel

Messages : 446
Date d'inscription : 18/06/2010
Age : 49
Localisation : 37

Revenir en haut Aller en bas

Re: Le petit monde désenchanté d'Athénaïs

Message par DiDi le Dim 17 Oct 2010 - 0:03

Anniversaire study

DiDi
Zèbre fidèle
Zèbre fidèle

Messages : 166
Date d'inscription : 24/02/2010
Age : 29

Revenir en haut Aller en bas

Re: Le petit monde désenchanté d'Athénaïs

Message par b&w le Dim 17 Oct 2010 - 7:40

Bon anniversaire Athénaïs Very Happy

b&w
Inconditionnel
Inconditionnel

Messages : 446
Date d'inscription : 18/06/2010
Age : 49
Localisation : 37

Revenir en haut Aller en bas

Re: Le petit monde désenchanté d'Athénaïs

Message par zheibr le Dim 17 Oct 2010 - 7:51


zheibr
Zébré et vacciné
Zébré et vacciné

Messages : 1507
Date d'inscription : 15/06/2010
Age : 48
Localisation : kornog don

Revenir en haut Aller en bas

Re: Le petit monde désenchanté d'Athénaïs

Message par Contenu sponsorisé Aujourd'hui à 15:43


Contenu sponsorisé


Revenir en haut Aller en bas

Page 3 sur 4 Précédent  1, 2, 3, 4  Suivant

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut

- Sujets similaires

 
Permission de ce forum:
Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum