«Nous vivons dans l’oubli de nos métamorphoses» - Paul Eluard

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Message par Ours de la MAZ le Ven 17 Juin 2016 - 11:50

N'est-ce pas !

Ne pas hésiter à lire l'article de vulgarisation de Wikipedia. La somatisation du syndrome est saisissante pour qui doute un peu de l'avoir subi.

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Message par Mag le Ven 17 Juin 2016 - 12:02

Ouaip !!
Me rappelle comme cela avait fait bouger des choses de ma structure à l'époque où elle a été postée "ailleurs",
pas tant dans mon passé à l'ed nat dont j'avais vu "l'exceptionalité particulière", que dans mon expérience des "mutations sociétales" depuis environ 10 ans...
les codes inversés, le parler à l'envers, et la glorification du mal, décidément m'a fait mal au ventre...

pris beaucoup de temps ce matin à le détendre histoire de continuer des mots croisés plutôt que des maux croisés Wink

Pour toi l'Ours (bon je sais on t'a déjà fait le coup du Michka Pété de rire )

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Message par Ours de la MAZ le Ven 17 Juin 2016 - 17:20

Pour l'esthétique et les mots.
A regarder en plein écran... que c'est beau cette mer en arrière plan !
Merci à la "sourcière"

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Message par Ours de la MAZ le Sam 18 Juin 2016 - 12:02

.../...
La fleur répondit : “Malheureux ! Crois-tu que je m'ouvre à seule fin d'être vue ? Je m'ouvre pour moi, parce que cela me plaît, et non pour les autres. Exister et m'ouvrir : voilà ma joie.”
Irvin Yalom


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Source Facebook/L'échappée belle - Photo.... de moi....
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Message par Ours de la MAZ le Lun 20 Juin 2016 - 14:56

"Pour provoquer d’« heureux hasards », il faut se relier au « soi », cultiver le détachement et être prêt à accepter le changement. Il faut également sortir de ses habitudes, se mettre en position de réceptivité. Le lâcher-prise permet à l’intuition de fonctionner. Enfin, il faut développer la confiance. Car la confiance permet à la foi d’entrer dans sa vie. La foi est un état d’esprit qui ouvre la connexion.

Confiance, lâcher-prise et détachement sont trois processus mentaux qui, travaillés, ouvrent une connexion à des états spirituels créateurs alimentant les voies non causales. Le déterminisme diminue, les probabilités « acausales » augmentent et, comme par hasard, des coïncidences vont avoir lieu, nous apportant ce que l’on souhaite… Les physiciens vont devoir accepter que nos intentions modifient l’espace-temps." - Philippe Guillemant

J'ai assisté à la conférence dont le lien suit : http://www.kaizen-magazine.com/pour-provoquer-dheureux-hasards-il-faut-se-relier-au-soi/

Étonnant personnage, directeur d'un labo du CNRS et animant des conférences où se mêlent intimement, foi, raison, aléatoire et univers quantique.
Bien que le mot foi m'irrite, je suis obligé de reconnaitre qu'il n'y a, au bout du bout du raisonnement logique, qu'un acte de confiance, qu'un axiome, qu'un... pour sortir de l'argumentation relative et atteindre un élément d'absolu, qui s'impose à nous.
Suivre un tel raisonnement, accepter de cheminer, sans nécessairement l’adopter béatement, reste très enrichissant et apaisant en regard des effets anxiogènes de la toute puissance de notre orgueil.
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Message par Ours de la MAZ le Lun 20 Juin 2016 - 15:35

Quand ce système brutal qu'on essaie d'apprivoiser
Nous aura vidé de nos âmes et de nos dernières bonnes idées
Il nous restera ça  

Quand les mythos d'en haut auront fait élire les chiens
Que la culture et l'ouverture seront des souvenirs lointains
Il nous restera ça  

Quand on sera tous endormis par les discours des marchands de sable
Et qu'on aura qu'nos utopies pour raconter nos propres fables
Il nous restera ça
Il nous restera ça  

Quelques papiers griffonnés, quelques rimes à enrichir
A la face d'un monde hanté par un futur sans avenir
On pourra dire qu'on a tenté d's'ouvrir un peu une veine
Pour faire couler une encre honnête, avoir mal pour être soi même
On essaiera d'se souvenir pourquoi on a commencé ça
Retrouver l'urgence d’écrire le plus important c'est ça
Être soi même malgré tout, naïf, décidé, bavard
On absorbera les mots en trop sur un bout de papier buvard
On essaiera de se souvenir qu'on a fait ça sans calculer  
On a noirci sans rougir tout c'qu'on trouvait d'immaculé
Comme un réflexe dérisoire c'était bon quand j'y pense
On a rempli des pages comme tu t'es rempli la panse
Certains diront qu'ça sert à rien mais qui pourra nous raisonner
On sera toujours plus d'un à continuer de faire raisonner
Quelques cordes vocales têtues qui ne feront pas leur age
Tels des poètes torse nu un peu perdus dans l'orage
Dans la tempête où le chiffre a pris l'dessus sur le verbe
On se sent bien à nos places un peu comme un poisson dans l'herbe
Personne ne peut l'cacher on a la rime anachronique
Dans ce monde de 4G on cherche les cabines téléphoniques
Sans réseau, sans raison comme le roseau nous plions
Hors fuseau, hors saison, nos dernières forces nous trions
Pour arroser encore la source qu'on n'laissera pas tarir
Et même les deux pieds dans l'eau on entendra encore nos rires
On entendra encore nos joies, on entendra encore les cris
Ceux des vrais, ceux des enfants qui nous font croire à l'envie
L'envie d'regarder au d'ssus voir qu'y a encore des étages
Et qu'ils pourront y grimper avec en poche cet héritage
Ces quelques mots ces quelques textes qui nous aident à penser
Qu'on n'a pas fait tout ça pour rien, qu'y aura une trace du passé
Il leur restera ça ces quelques moments choisis
Dans ce monde de brutes, quelques grammes de poésie

Tels des poètes torse nu un peu perdus dans l'orage, dans la tempête où le chiffre a pris l'dessus sur le verbe - Grand Corps Malade
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Message par Mag le Lun 20 Juin 2016 - 17:29

oui sortir de la logique du raisonnement sur la foi, porter simplement attention au ressenti de "cet acte de confiance" c'est redécouvrir la vibration de vie de la petite enfance, celle qui fait sourire les bébés...
Merci Ours de la Maz pour ces partages Very Happy
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Message par Ours de la MAZ le Mer 22 Juin 2016 - 8:54

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Message par Ours de la MAZ le Mer 22 Juin 2016 - 19:38

A la fin de chaque crise, je reviens penaud à ce texte, déplorant et implorant dans un même souffle, une solution.
Et comme dit dans ce texte, ces consolations impossibles sont autant de consommation de vie, voire de sa propre vie.

Quand la crise arrive, c'est un ressort, tendu à l'extrême par toutes ces petites choses des semaines passées, qui se détend brutalement. Alors, c'est comme si quelqu'un dans ma tête tirait une chasse d'eau sous pression, m'entrainant à l'égout, moi et ceux que j'aime et bien sur celles que j'aime le plus. Je suis infréquentable. Tôt ou tard je noierai cette compagne bienveillante et sincère, celle que je ne connais pas encore comme j'ai noyé cette autre dont j'ai tant aimé les mots et ce que nous commencions à partager.

Hier, j'ai concrétiser le premier acte juridique de mon divorce. Cela passait par un ordre de virement. Il y avait un formulaire à remplir. J'en ai utilisé 3 pour, au final, rendre à l'employée de La Banque Postale un torchon de ratures.
Et la machine s'est déclenchée. J'ai quitté la réalité et j'ai plongé dans le noir, aboyant des mots acides en direction de mes plus proches, n'épargnant de ma vindicte que ceux qui m'indiffèrent.
Le dernier sentiment qui m'est resté aura été la douleur narcissique d'avoir hier, concrétiser la fin d'un illusion conjugale, familiale et territoriale qui aura duré 35 ans.
Se savoir, au moins partiellement, inhumain me terrorise, me glace.
"Le cœur a ses raisons que la raison ignore" (approx.). Alors je sais qu'à nouveau j'aimerai. Mais quel sera le sens du mot "aimer". Pour être tout à fait honnête je préfèrerai dire "je te désire", "je désire ta présence". Mais tôt ou tard, un nouvel effondrement se produira.

Je suis fatigué de moi-même.


Notre besoin de consolation est impossible à rassasier (1952) - Stig DAGERMAN (1923-1954)


"Je suis dépourvu de foi et ne puis donc être heureux, car un homme qui risque de craindre que sa vie soit une errance absurde vers une mort certaine ne peut être heureux. Je n’ai reçu en héritage ni dieu, ni point fixe sur la terre d’où je puisse attirer l’attention d’un dieu : on ne m’a pas non plus légué la fureur bien déguisée du sceptique, les ruses de Sioux du rationaliste ou la candeur ardente de l’athée. Je n’ose donc jeter la pierre ni à celle qui croit en des choses qui ne m’inspirent que le doute, ni à celui qui cultive son doute comme si celui-ci n’était pas, lui aussi, entouré de ténèbres. Cette pierre m’atteindrait moi-même car je suis bien certain d’une chose : le besoin de consolation que connaît l’être humain est impossible à rassasier.

En ce qui me concerne, je traque la consolation comme le chasseur traque le gibier. Partout où je crois l’apercevoir dans la forêt, je tire. Souvent je n’atteins que le vide mais, une fois de temps en temps, une proie tombe à mes pieds. Et, comme je sais que la consolation ne dure que le temps d’un souffle de vent dans la cime d’un arbre, je me dépêche de m’emparer de ma victime.

Qu’ai-je alors entre mes bras ?
Puisque je suis solitaire : une femme aimée ou un compagnon de voyage malheureux.
Puisque je suis poète : un arc de mots que je ressens de la joie et de l’effroi à bander.
Puisque je suis prisonnier : un aperçu soudain de la liberté.
Puisque je suis menacé par la mort : un animal vivant et bien chaud, un cœur qui bat de façon sarcastique.
Puisque je suis menacé par la mer : un récif de granit bien dur.

Mais il y a aussi des consolations qui viennent à moi sans y être conviées et qui remplissent ma chambre de chuchotements odieux :
Je suis ton plaisir – aime-les tous !
Je suis ton talent – fais-en aussi mauvais usage que de toi-même !
Je suis ton désir de jouissance – seuls vivent les gourmets !
Je suis ta solitude – méprise les hommes !
Je suis ton aspiration à la mort – alors tranche !

Le fil du rasoir est bien étroit. Je vois ma vie menacée par deux périls : par les bouches avides de la gourmandise, de l’autre par l’amertume de l’avarice qui se nourrit d’elle-même. Mais je tiens à refuser de choisir entre l’orgie et l’ascèse, même si je dois pour cela subir le supplice du grill de mes désirs. Pour moi, il ne suffit pas de savoir que, puisque nous ne sommes pas libres de nos actes, tout est excusable. Ce que je cherche, ce n’est pas une excuse à ma vie mais exactement le contraire d’une excuse : le pardon. L’idée me vient finalement que toute consolation ne prenant pas en compte ma liberté est trompeuse, qu’elle n’est que l’image réfléchie de mon désespoir. En effet, lorsque mon désespoir me dit : Perds confiance, car chaque jour n’est qu’une trêve entre deux nuits, la fausse consolation me crie : Espère, car chaque nuit n’est qu’une trêve entre deux jours.

Mais l’humanité n’a que faire d’une consolation en forme de mot d’esprit : elle a besoin d’une consolation qui illumine. Et celui qui souhaite devenir mauvais, c’est-à-dire devenir un homme qui agisse comme si toutes les actions étaient défendables, doit au moins avoir la bonté de le remarquer lorsqu’il y parvient.

Personne ne peut énumérer tous les cas où la consolation est une nécessité. Personne ne sait quand tombera le crépuscule et la vie n’est pas un problème qui puisse être résolu en divisant la lumière par l’obscurité et les jours par les nuits, c’est un voyage imprévisible entre des lieux qui n’existent pas. Je peux, par exemple, marcher sur le rivage et ressentir tout à coup le défi effroyable que l’éternité lance à mon existence dans le mouvement perpétuel de la mer et dans la fuite perpétuelle du vent. Que devient alors le temps, si ce n’est une consolation pour le fait que rien de ce qui est humain ne dure – et quelle misérable consolation, qui n’enrichit que les Suisses !

Je peux rester assis devant un feu dans la pièce la moins exposée de toutes au danger et sentir soudain la mort me cerner. Elle se trouve dans le feu, dans tous les objets pointus qui m’entourent, dans le poids du toit et dans la masse des murs, elle se trouve dans l’eau, dans la neige, dans la chaleur et dans mon sang. Que devient alors le sentiment humain de sécurité si ce n’est une consolation pour le fait que la mort est ce qu’il y a de plus proche de la vie – et quelle misérable consolation, qui ne fait que nous rappeler ce qu’elle veut nous faire oublier !

Je peux remplir toutes mes pages blanches avec les plus belles combinaisons de mots que puisse imaginer mon cerveau. Étant donné que je cherche à m’assurer que ma vie n’est pas absurde et que je ne suis pas seul sur la terre, je rassemble tous ces mots en un livre et je l’offre au monde. En retour, celui-ci me donne la richesse, la gloire et le silence. Mais que puis-je bien faire de cet argent et quel plaisir puis-je prendre à contribuer au progrès de la littérature – je ne désire que ce que je n’aurai pas : confirmation de ce que mes mots ont touché le cœur du monde. Que devient alors mon talent si ce n’est une consolation pour le fait que je suis seul – mais quelle épouvantable consolation, qui me fait simplement ressentir ma solitude cinq fois plus fort !

Je peux voir la liberté incarnée dans un animal qui traverse rapidement une clairière et entendre une voix qui chuchote : Vis simplement, prends ce que tu désires et n’aie pas peur des lois ! Mais qu’est-ce que ce bon conseil si ce n’est une consolation pour le fait que la liberté n’existe pas – et quelle impitoyable consolation pour celui qui s’avise que l’être humain doit mettre des millions d’années à devenir un lézard !

Pour finir, je peux m’apercevoir que cette terre est une fosse commune dans laquelle le roi Salomon, Ophélie et Himmler reposent côte à côte. Je peux en conclure que le bourreau et la malheureuse jouissent de la même mort que le sage, et que la mort peut nous faire l’effet d’une consolation pour une vie manquée. Mais quelle atroce consolation pour celui qui voudrait voir dans la vie une consolation pour la mort !

Je ne possède pas de philosophie dans laquelle je puisse me mouvoir comme le poisson dans l’eau ou l’oiseau dans le ciel. Tout ce que je possède est un duel, et ce duel se livre à chaque minute de ma vie entre les fausses consolations, qui ne font qu’accroître mon impuissance et rendre plus profond mon désespoir, et les vraies, qui me mènent vers une libération temporaire. Je devrais peut-être dire : la vraie car, à la vérité, il n’existe pour moi qu’une seule consolation qui soit réelle, celle qui me dit que je suis un homme libre, un individu inviolable, un être souverain à l’intérieur de ses limites.

Mais la liberté commence par l’esclavage et la souveraineté par la dépendance. Le signe le plus certain de ma servitude est ma peur de vivre. Le signe définitif de ma liberté est le fait que ma peur laisse la place à la joie tranquille de l’indépendance. On dirait que j’ai besoin de la dépendance pour pouvoir finalement connaître la consolation d’être un homme libre, et c’est certainement vrai. A la lumière de mes actes, je m’aperçois que toute ma vie semble n’avoir eu pour but que de faire mon propre malheur. Ce qui devrait m’apporter la liberté m’apporte l’esclavage et les pierres en guise de pain.

Les autres hommes ont d’autres maîtres. En ce qui me concerne, mon talent me rend esclave au point de pas oser l’employer, de peur de l’avoir perdu. De plus, je suis tellement esclave de mon nom que j’ose à peine écrire une ligne, de peur de lui nuire. Et, lorsque la dépression arrive finalement, je suis aussi son esclave. Mon plus grand désir est de la retenir, mon plus grand plaisir est de sentir que tout ce que je valais résidait dans ce que je crois avoir perdu : la capacité de créer de la beauté à partir de mon désespoir, de mon dégoût et de mes faiblesses. Avec une joie amère, je désire voir mes maisons tomber en ruine et me voir moi-même enseveli sous la neige de l’oubli. Mais la dépression est une poupée russe et, dans la dernière poupée, se trouvent un couteau, une lame de rasoir, un poison, une eau profonde et un saut dans un grand trou. Je finis par devenir l’esclave de tous ces instruments de mort. Ils me suivent comme des chiens, à moins que le chien, ce ne soit moi. Et il me semble comprendre que le suicide est la seule preuve de la liberté humaine.

Mais, venant d’une direction que je ne soupçonne pas encore, voici que s’approche le miracle de la libération. Cela peut se produire sur le rivage, et la même éternité qui, tout à l’heure, suscitait mon effroi est maintenant le témoin de mon accession à la liberté. En quoi consiste donc ce miracle ? Tout simplement dans la découverte soudaine que personne, aucune puissance, aucun être humain, n’a le droit d’énoncer envers moi des exigences telles que mon désir de vivre vienne à s’étioler. Car si ce désir n’existe pas, qu’est-ce qui peut alors exister ?

Puisque je suis au bord de la mer, je peux apprendre de la mer. Personne n’a le droit d’exiger de la mer qu’elle porte tous les bateaux, ou du vent qu’il gonfle perpétuellement toutes les voiles. De même, personne n’a le droit d’exiger de moi que ma vie consiste à être prisonnier de certaines fonctions. Pour moi, ce n’est pas le devoir avant tout mais : la vie avant tout. Tout comme les autres hommes, je dois avoir droit à des moments où je puisse faire un pas de côté et sentir que je ne suis pas seulement une partie de cette masse que l’on appelle la population du globe, mais aussi une unité autonome.

Ce n’est qu’en un tel instant que je peux être libre vis-à-vis de tous les faits de la vie qui, auparavant, ont causé mon désespoir. Je peux reconnaître que la mer et le vent ne manqueront pas de me survivre et que l’éternité se soucie peu de moi. Mais qui me demande de me soucier de l’éternité ? Ma vie n’est courte que si je la place sur le billot du temps. Les possibilités de ma vie ne sont limitées que si je compte le nombre de mots ou le nombre de livres auxquels j’aurai le temps de donner le jour avant de mourir. Mais qui me demande de compter ? Le temps n’est pas l’étalon qui convient à la vie. Au fond, le temps est un instrument de mesure sans valeur car il n’atteint que les ouvrages avancés de ma vie.

Mais tout ce qui m’arrive d’important et tout ce qui donne à ma vie son merveilleux contenu : la rencontre avec un être aimé, une caresse sur la peau, une aide au moment critique, le spectacle du clair de lune, une promenade en mer à la voile, la joie que l’on donne à un enfant, le frisson devant la beauté, tout cela se déroule totalement en dehors du temps. Car peu importe que je rencontre la beauté l’espace d’une seconde ou l’espace de cent ans. Non seulement la félicité se situe en marge du temps mais elle nie toute relation entre celui-ci et la vie.

Je soulève donc de mes épaules le fardeau du temps et, par la même occasion, celui des performances que l’on exige de moi. Ma vie n’est pas quelque chose que l’on doive mesurer. Ni le saut du cabri ni le lever du soleil ne sont des performances. Une vie humaine n’est pas non plus une performance, mais quelque chose qui grandit et cherche à atteindre la perfection. Et ce qui est parfait n’accomplit pas de performance : ce qui est parfait œuvre en état de repos. Il est absurde de prétendre que la mer soit faite pour porter des armadas et des dauphins. Certes, elle le fait – mais en conservant sa liberté. Il est également absurde de prétendre que l’homme soit fait pour autre chose que pour vivre. Certes, il approvisionne des machines et il écrit des livres, mais il pourrait tout aussi bien faire autre chose. L’important est qu’il fasse ce qu’il fait en toute liberté et en pleine conscience de ce que, comme tout autre détail de la création, il est une fin en soi. Il repose en lui-même comme une pierre sur le sable.

Je peux même m’affranchir du pouvoir de la mort. Il est vrai que je ne peux me libérer de l’idée que la mort marche sur mes talons et encore moins nier sa réalité. Mais je peux réduire à néant la menace qu’elle constitue en me dispensant d’accrocher ma vie à des points d’appui aussi précaires que le temps et la gloire.

Par contre, il n’est pas en mon pouvoir de rester perpétuellement tourné vers la mer et de comparer sa liberté avec la mienne. Le moment arrivera où je devrai me retourner vers la terre et faire face aux organisateurs de l’oppression dont je suis victime. Ce que je serai alors contraint de reconnaître, c’est que l’homme a donné à sa vie des formes qui, au moins en apparence, sont plus fortes que lui. Même avec ma liberté toute récente je ne puis les briser, je ne puis que soupirer sous leur poids. Par contre, parmi les exigences qui pèsent sur l’homme, je peux voir lesquelles sont absurdes et lesquelles sont inéluctables. Selon moi, une sorte de liberté est perdue pour toujours ou pour longtemps. C’est la liberté qui vient de la capacité de posséder son propre élément. Le poisson possède le sien, de même que l’oiseau et que l’animal terrestre. Thoreau avait encore la forêt de Walden – mais où est maintenant la forêt où l’être humain puisse prouver qu’il est possible de vivre en liberté en dehors des formes figées de la société ?

Je suis obligé de répondre : nulle part. Si je veux vivre libre, il faut pour l’instant que je le fasse à l’intérieur de ces formes. Le monde est donc plus fort que moi. A son pouvoir je n’ai rien à opposer que moi-même – mais, d’un autre côté, c’est considérable. Car, tant que je ne me laisse pas écraser par le nombre, je suis moi aussi une puissance. Et mon pouvoir est redoutable tant que je puis opposer la force de mes mots à celle du monde, car celui qui construit des prisons s’exprime moins bien que celui qui bâtit la liberté. Mais ma puissance ne connaîtra plus de bornes le jour où je n’aurai plus que le silence pour défendre mon inviolabilité, car aucune hache ne peut avoir de prise sur le silence vivant.


Telle est ma seule consolation. Je sais que les rechutes dans le désespoir seront nombreuses et profondes, mais le souvenir du miracle de la libération me porte comme une aile vers un but qui me donne le vertige : une consolation qui soit plus qu’une consolation et plus grande qu’une philosophie, c’est-à-dire une raison de vivre. "


Dernière édition par Ours de la MAZ le Ven 24 Juin 2016 - 19:03, édité 1 fois (Raison : quelques faotes et oublis...)
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Message par siamois93 le Jeu 23 Juin 2016 - 22:00

Mag j'ai vraiment beaucoup ri avec ta video.

Mr Ours... merci pour tout ce courage que tu nous montre. Ta liberté c'est très important.
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Message par Ours de la MAZ le Jeu 23 Juin 2016 - 22:14

Je ne sais pas quelle liberté tu évoques.
Ou peut-être si.
Celle qui s’acquière quand on se rapproche de ce dont tu m'as parlé un jour, ou du moins le sens que j'en ai retenu, me rapprocher d'une sorte d'aleph, point sans dimension qui les contient toutes en même temps, centre et périphérie en un même lieu, origine et finalité dans le même geste.

Essayer d'aller "à l'os".
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Message par siamois93 le Jeu 23 Juin 2016 - 22:48

oui, jusqu'à la moelle .
Le temps n'est pas un ennemi, il faut le ralentir.
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Message par Mag le Jeu 23 Juin 2016 - 22:52

Tant mieux Siamois (coucou !) tu me voie ravie de ton rire Very Happy

point sans dimension qui les contient toutes en même temps, centre et périphérie en un même lieu, origine et finalité dans le même geste.
... le fameux point zéro, l'instant présent dans le ressenti, la méditation du squelette...
tant d'approches différentes et de mots en provenance pour dire cette clé fondamentale qui ouvre "les portes de la perception" et nous libère de ses constructions mentales... de leur émotionnel attitré...
cette sorte d'"arrêt sur image" qui est loin d'être statique, où peu à peu se développe la connaissance et non pas le savoir mais plus le "ça voir" !
la difficulté à mettre ça en pratique dans la société occidentale autrement que dans la paysanerie (j'ai pas dit l'agriculture) l'artisanat, l'artisterie la cuisine le jardinage la photo... l'écriture le chant la danse inspirée...

bref... lâcher la bête et la voir se sacrer,
inspirer l'esprit et le voir se manifester humblement...

dur de refaire nos structures mères défectueuses quand on a été si blessé lors de nos premières manifestations de cet état que je crois que tout bébé connait... mais jouable, oui c'est toujours là, à l'intérieur, à disposition... juste être là... peu à peu ça se classe quitte à faire des cases pour ça

ah oui mais les cases c'est fait pour caser pas pour suivre l'oiseau du temps  scratch

c'est trop bizarre cette vie humaine  Pété de rire


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Message par siamois93 le Jeu 23 Juin 2016 - 23:04

J'aime l'image du phénix qui renait de ses cendres.
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Message par Mag le Ven 24 Juin 2016 - 8:06

Ouai... "on" me l'a faite celle là aussi Rolling Eyes
encore faut il que ce soit un Phénix qui brûle et pas un moineau !
D'où l'intérêt d'apprendre à faire circuler le chi dans la moelle, tout en appelant un chat un chat et de se plonger dans une nature hors ondes wifi pour découvrir la vitesse supersonique du temps intérieur au ralenti...
...Rougit
bon je devrais arrêter de lire et de poster au café du matin sur les fils des "copains" au lieu de mettre en pratique ces inspirations : les créneaux de beau temps sont impénétrables et mouvementés par ces tempsquicourentpas Perplexe
Belle journée !
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Message par Ours de la MAZ le Ven 24 Juin 2016 - 9:24

A force d’attendre… (1975)

A force d’attendre
j’oublie qui j’attends
Oiseau ou femme
blessure ou bûcher

je scrute la plante
j’exige son secret
avec des gestes humbles
des mots qui apaisent

vague me parvient
cette rumeur de métamorphose
qui travaille mes mains
au plus obscur

j’épelle ton visage
O futur inscrit
dans le pas d’aujourd’hui
dans l’absence éprouvée

dans le silex d’un cri
qui résonne au fond
dans cette humide patrie
des regards et des mots

Ce peu de mort
qu’obstinément je fouille
repousse mes limites
jusqu’au soleil du fenouil

jusqu’à ce mystère
vivant aérien
Un merle qui retient
le monde dans son chant

Au miroir sévère
je ne déserte pas
la cendre dans la voix
doucement prolifère.

***

André Laude (1936-1995) – Le bleu de la nuit crie au secours (1975)

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Message par Le Don qui Chante le Ven 24 Juin 2016 - 9:52

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Message par Ours de la MAZ le Ven 24 Juin 2016 - 21:08

Oui, je sais. Vous connaissez, nous connaissons tous.
Et si ce soir c'éait : Merde à la sinistrose ! Sinistrexit !



Eh, lancez la vidéo. C'est presqu'une prescription médicale !
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Message par Nox Borealis le Ven 24 Juin 2016 - 21:40

Salut rebienvenue mais vu que jsuis un semi-nouveau est-ce que je suis légitime, chouette photo Wink c'est toi qui l'a prise? ;p
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Message par Ours de la MAZ le Sam 25 Juin 2016 - 19:39

"Ces corps mêlés, qui, se tordant, se pâmant, s'abîment dans des excès de volupté, vont à l'opposé de la mort, qui les vouera, plus tard, au silence de la corruption.
En effet, l'érotisme est lié à la naissance, à la reproduction qui sans fin répare les ravages de la mort."
Georges Bataille / "Les larmes d'Eros" via Collisions/Facebook

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Message par Ours de la MAZ le Dim 26 Juin 2016 - 11:11

«Nous vivons dans l’oubli de nos métamorphoses» - Paul Eluard - Page 3 Img_8410

Ile du Levant, un jour de pluie.
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Message par Mag le Dim 26 Juin 2016 - 11:29

Beau !
mais ça fait plutôt Ile du gisant
et merci pour la prescription j'ai bien dansé Very Happy
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Message par Pythie le Dim 26 Juin 2016 - 20:43

.


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Message par siamois93 le Mar 28 Juin 2016 - 13:49

Je viens de voir que Boris Cyrulnik est directeur d'enseignement à l'université de Toulon, au dos de son livre «Ivres paradis, bonheurs héroïques». Quelques pages sur les héros et les résistants, ce qui les différencie, voir ce qui les oppose, m'ont décidé à acheter ce livre.
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Message par Ours de la MAZ le Mer 29 Juin 2016 - 16:02

Divorce, second round !

Je ne sais pas qui a gagné aux points, il n'y a pas eu de KO, du moins physique.
Résumer une longue vie que l'on croyait commune à 3 paraphes et 3 signatures dont 2 sur pad.
Un théâtre d'illusions, de châteaux en Espagne, de désirs et de refoulements, de négociation et de "comme il faut", de Vesouls.
35 ans de combat contre moi même, contre le réveil, contre la nuit, contre la fatigue.
Une presque éternité de bonne figure, bon mari, bon père, bon emprunteur, bon bosseur, bon payeur, de "tu as toujours été très généreux" (-j'te nique pas mais j'te nique quand même) accepté par lâcheté muée en dignité.

Tout cela dans 5 feuilles de papier et un acte numérique.

Ah l'orgueil du vivant en prend un bon coup.
Divorcer tard, quand on a essayé d'être honnête, con mais honnête, c'est une mort. Il ne restera rien, rien que des survivants, ni pierre tombale, ni casier ni urne, ni columbarium (d'ailleurs tant mieux parce que moi cela m'évoque plus les étrons que les casiers à poussières d'ex-vivants)..., rien, un vague souvenir. L'histoire balaie tout cela comme une péripétie, une agitation brownienne noyée dans la probabilité quantique.

Surprenant. Dans l'indifférence de l'incompatibilité neutre entre 2 êtres, j'ai cru que les cases notaire et avocat ne seraient que formalités...
Je les ai pris en pleine gueule. En pleine gueule avec les questions subsidiaires :  A quoi bon d'avoir tant donné et tant reçu, à quoi bon croire que c'est encore possible pour un jour, une semaine, un mois, un an... Plus ?

Hum, c'est vraiment pas un truc que je vous souhaite.





Spoiler:
Qu'as-tu fais de tes plaisirs ?
Qu'as-tu fais de tes poisons ?
Qui te fait jouir ?
Qui te procure l'abandon ?
Qui te fais frémir ?
Qui te donne des illusions ?
Qui vois-tu pour l'avenir ?
Qui vois-tu monter au front ?

Refrain :
Où sont passés nos rêves ?
Sont-ils trop lourds pour que je les soulève ?
Où sont passés nos rêves ?
Quand on sent le soir, monter la fièvre


Qui vas-tu applaudir aux prochaines élections ?
Qui vas-tu choisir ? As-tu un jour trouver le bon ?
Quand as-tu fais construire ?
Qui a fait couler le béton ?
Les loups vont revenir, il n'y a plus de saisons

Refrain :
Où sont passés nos rêves ?
Sont-ils trop lourds pour que je les soulève ?
Où sont passés nos rêves ?
Quand on sent le soir, monter la fièvre

...

L'avenir est tellement brillant
Qu'on peut même plus se voir dedans
Où sont passés nos rêves ?
Quand on sent le soir monter la fièvre
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Message par Ours de la MAZ le Mer 29 Juin 2016 - 16:27

Passez nuages
pauvres heures
grosses nuées porteuses
de crépitantes
gifles froides
défilez
indigentes journées
années lugubres
périclitez
projets infimes
sombrez
passions naines
étiolez-vous
désirs
et surtout ne revenez
jamais

***

Jean-Pierre Georges (né à Chinon en 1949) - Passez nuages (1999)

Source : Beauty will save the World
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Message par Invité le Mer 29 Juin 2016 - 16:32

5 feuilles de papier et un acte numérique, c'est beaucoup quand il suffit de tourner une page.

Qu'en dirait Dabrowski ?

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Message par Ours de la MAZ le Mer 29 Juin 2016 - 16:47

Dabrowski, je ne sais pas.
Deleuze et Spinoza, si.

Et ce texte m'émeut particulièrement ce soir. Je le séquence pour le rendre plus lisible.


Spinoza : passions tristes et passions joyeuses - transcription de son cours.

http://www.univ-paris8.fr/deleuze/article.php3?id_article=44 - Médiapart


"Il y a des passions qui augmentent ma puissance d’agir. Ce sont les passions de joie.
Il y a des passions qui diminuent ma puissance d’agir. Ce sont les passions de tristesse.

Les unes comme les autres sont des passions.
Pourquoi ? Les unes comme les autres sont des passions puisque je ne possède pas ma puissance d’agir. Même quand elle augmente, je ne la possède pas.
Bon.
Donc, je suis pleinement encore dans le "premier genre" de connaissance.
Ça c’est la première étape, vous voyez. Distinction des passions joyeuses et des passions tristes.
J’ai les deux, pourquoi ?
Parce que les passions tristes, c’est l’effet sur moi de la rencontre avec des corps qui ne me conviennent pas. C’est-à-dire qui ne se composent pas directement avec mon rapport.
Et les passions joyeuses c’est l’effet sur moi de ma rencontre avec des corps qui me conviennent, c’est-à-dire ceux qui composent leur rapport avec mon rapport.

Deuxième étape : lorsque j’éprouve des passions joyeuses, vous voyez, les passions joyeuses, elles sont toujours dans le "premier genre" de connaissance.
Mais lorsque j’éprouve des passions joyeuses, effet de rencontre avec des corps qui conviennent avec le mien, lorsque j’éprouve des passions joyeuses, ces passions joyeuses augmentent ma puissance d’agir.

Ça veut dire quoi ? Ça veut dire qu’elles m’induisent, elles ne me déterminent pas, elles m’induisent, elles me donnent l’occasion. Elles me donnent l’occasion, elles m’induisent à former la notion commune. Notion commune à quoi ? Notion commune aux deux corps : le corps qui m’affecte et mon corps. Vous voyez, ça c’est une deuxième étape.


Première étape : les passions joyeuses se distinguent des passions tristes parce que les passions joyeuses augmentent ma puissance d’agir, tandis que les passions tristes la diminuent.
Deuxième étape : ces mêmes passions joyeuses m’induisent à former une notion commune, commune au corps qui m’affecte et à mon propre corps.
Question subordonnée à cette deuxième étape : et pourquoi est ce que les passions tristes ne m’induisent pas à former des notions communes ? Spinoza est très fort, il peut le démontrer mathématiquement : parce que, lorsque deux corps disconviennent, lorsque des corps ne conviennent pas, s’ils ne conviennent pas ce n’est jamais par quelque chose qui leur est commun. Si deux corps disconviennent c’est par leurs différences, ou leurs oppositions, et non pas par un quelque chose qui leur serait commun.

En d’autres termes, les passions tristes, réfléchissez bien parce que c’est très... là, il y a un passage théorique à comprendre, mais c’est très pratique en fait.
Les passions tristes c’est l’effet sur mon corps d’un corps qui ne convient pas avec le mien, c’est-à-dire qui ne compose pas son rapport avec mon propre rapport. Dès lors, la passion triste, elle est l’effet sur mon corps d’un corps qui est saisi sous l’aspect où il n’a rien de commun avec le mien.
Ce même corps, si vous arrivez à le saisir sous l’aspect où il a quelque chose de commun avec le vôtre, à ce moment là, il ne nous affecte plus d’une passion triste. Tant qu’il vous affecte d’une passion triste, c’est parce que vous saisissez cet autre corps comme incompatible avec le vôtre.

Donc, Spinoza peut très bien dire : seules les passions joyeuses, et non les passions tristes, m’induisent à former une notion commune. Vous vous rappelez que les notions communes, ce n’est pas du tout des choses théoriques. C’est des notions extrêmement pratiques. C’est des notions pratico - éthiques. Faut pas du tout en faire... ça on ne comprend rien si on en fait des idées mathématiques.

Donc, voilà que la passion joyeuse qui est l’effet sur moi d’un corps qui convient avec le mien, m’induit à former la notion commune aux deux corps. Je dirai, à la lettre, pour rendre compte de cette deuxième étape : les passions joyeuses se doublent de notions communes. Or, les notions communes, elles sont nécessairement adéquates. On l’a vu, je ne reviens pas là-dessus.

Donc, vous voyez par quel cheminement, alors qu’on avait tendance à se dire : "mais jamais on ne pourra sortir du premier genre de connaissance". Il y a un cheminement, mais c’est une ligne très brisée.

Si j’ai pris conscience de la différence de nature entre les passions joyeuses et les passions tristes, je m’aperçois que les passions joyeuses me donnent le moyen de dépasser le domaine des passions. Ce n’est pas que les passions sont supprimées. Elles sont là, elles resteront. Le problème de Spinoza ce n’est pas de faire disparaître les passions, c’est, comme il le dit lui-même, qu’elles n’occupent finalement que la plus petite partie relative de moi-même."
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Message par zelle le Mer 29 Juin 2016 - 21:27

Je me souviens de ton début de parcours en 2012 où tu évoquais ce projet de divorce, et les difficultés.

Je me souviens aussi que tu parlais aussi de tes enfants. C'est donc la partie qui reste sans doute.

Bon courage.

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Message par Ours de la MAZ le Mer 29 Juin 2016 - 21:52

C'est exact.
4 ans plus tard, les enfants ont grandit et il n'en reste plus qu'une dans la région, encore pour une année.
Et il est aussi exact que le temps court appartient au raisonnement et le temps long au sentiment. Les horloges ne vont pas à la même vitesse.
Quitte à n'en pas bénéficier, j'ai souhaité ne pas gaspiller les sacrifices consentis pour la "maison familiale". Qui sait, elle aura peut-être un sens pour mes enfants plus tard. Il aura fallu trouvé le bon compromis.

Sous peu, je connaitrais la date du tribunal. Ce sera alors le dernier round.
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Message par zion le Mer 29 Juin 2016 - 22:02

Tu verras ca va allez! Fais un effort, ne desespere pas !

Ah ! Youston me dis a l’oreillette que c’est deja ce que vous faites! Si on ne fais pas l’erreur de sacraliser les moments de fatigues !
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Message par Ours de la MAZ le Dim 3 Juil 2016 - 9:20

"Le silence est le degré le plus élevé de la parole.
Si tu vas dans le désert, ce n'est pas pour te conforter dans ton identité mais pour la perdre.
Tu deviens toi-même vide, tu deviens toi-même silence.
Si tu en réchappes, c'est que le silence lui-même se sera mis à parler.
Le désert est propice aux théophanies."

Christian Dubuis Santini sur Facebook
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Message par Invité le Ven 15 Juil 2016 - 13:33

Tu vas bien ? Et tes proches ?

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Message par Ours de la MAZ le Ven 15 Juil 2016 - 18:38

RAS, tout va bien.
Effectivement, j’aurais été dans le sud, j'aurais pu y être avec Majorette et son mari.
Merci.
Et même un peu plus qu'une politesse de "merci", qui va tant à la boulangère qu'au politique. Merci d'une permanence sensible.
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Message par Ours de la MAZ le Ven 15 Juil 2016 - 18:40

Lentement tu t'en vas par les rues insomniaques;
Sur ton front attristé le rayon s'est éteint
Qui conviait à l'amour, aux lumineux sommets.
A ta main frissonne un flambeau consumé.
Traînant parmi les morts ton aile fracassée,
Et te voilant les yeux d'un coude ensanglanté
A nouveau tu t'éloignes, à nouveau abusée,
Derrière toi, hélas, se referme la nuit.

Vladimir Nabokov – A la liberté (To liberty, 1917)

SOURCE / BEAUTY WILL SAVE THE WORLD
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Message par Invité le Ven 15 Juil 2016 - 23:30

Me voila rassurée Very Happy
Tu es en vacances ? Je te croyais déjà rentré.
Profite bien alors . Bisous

Joli cet hymne à la liberté.

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Message par Ours de la MAZ le Lun 18 Juil 2016 - 19:45

Lettre (réponse) de Céline à François Mauriac
"Monsieur,

Vous venez de si loin pour me tendre la main qu’il faudrait être bien sauvage pour ne pas être ému par votre lettre. Que je vous exprime d’abord toute ma gratitude un peu émerveillée par un tel témoignage de bienveillance et de spirituelle sympathie.

Rien cependant ne nous rapproche, rien ne peut nous rapprocher : vous appartenez à une autre espèce, vous voyez d’autres gens, vous entendez d’autres voix. Pour moi, simplet, Dieu c’est un truc pour penser mieux à soi-même et pour ne pas penser aux hommes, pour déserter en somme superbement.

Vous voyez combien je suis argileux et vulgaire !

Je suis écrasé par la vie, je veux qu’on le sache avant d’en crever, le reste je m’en fous, je n’ai que l’ambition d’une mort peu douloureuse mais bien lucide et tout le reste c’est du yoyo.

Bien sincèrement je vous prie,
Destouches Céline. 14 janvier 1933"

Le 27 mai 1894 naissait Louis-Ferdinand Céline, l’écrivain le plus polémique de la littérature française du XXème siècle. Dans cette lettre qu’il adresse à François Mauriac, l’auteur n’a alors pas quarante ans et n’a publié que Voyage au bout de la nuit quelques mois avant. Une lettre finement ciselée, révélatrice d’un choc des cultures.
Source : http://www.deslettres.fr/


Postée ici, car, depuis la lecture du Voyage au bout de la nuit, dont la qualité a été martelée par F.Lucchini à grand renfort de média et de lectures, Céline est devenu pour moi comme un grand frère désespéré, voire nihiliste et qui, le talent mis à part, ressemble à ce que je suis au fond de moi.
Mais aussi, parce que j'admire l'époustouflante capacité à construire un texte littéraire avec des faits très ordinaires, banals, veules quelque fois. Il y a en lui cette capacité de sublimer le côté obscur de nos vies (oui, je dis bien nos vies) comme certains photographes ou cinéastes savent imager le laid, la nuit, la fange, la ruine et la pauvreté pour en faire une œuvre que l'on qualifie pudiquement d'humaniste et en tout cas "vitale".
Je pense au cinéma italien bien sûr, aux maîtres du cinéma noir français ("Salauds d'pauvres" disait Gabin dans la traversée de Paris), à Michel Audiard, mais aussi aux photos présentes sur ce site, images de la grande dépression aux Etats Unis : http://photogrammar.yale.edu/map/

Et enfin, postée ici, car je pense très souvent à quelqu'un, avec une vie très éloignée de la mienne et probablement très incompatible, mais avec qui nous sommes liés par au moins trois éléments et fort probablement plus. Je pense à lui souvent, mais je ne sais pas comment le lui dire. Alors, en évoquant Céline, c'est peut-être une manière indirecte de lui témoigner ma sympathie.
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Message par Ours de la MAZ le Mar 19 Juil 2016 - 21:57

"Je ne suis pas mon corps.
Il m’est étranger, ennemi.
Pire encore est l’âme,
et non plus avec elle je ne m’identifie.

J’observe de loin
les grossières acrobaties de ce couple,
avec détachement, ironie –
avec dégoût parfois.

Et cependant je pense que leur absence
serait bienfait plus que douleur :
cela et d’autres choses... Mais tandis qu’ainsi je pense,
qui suis-je, moi, et où ?"

Margherita Guidacci – Madame X (1970)
Source : Beauty will save the world

Désintégration, dissociation, défaite.
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Message par Ours de la MAZ le Mer 20 Juil 2016 - 8:31

"Il s'est éloigné – je me suis éloignée –
non par mépris (notre orgueil est infernal bien entendu)
mais parce qu'on est étrangère
on est d'ailleurs,
eux ils se marient,
ils se reproduisent,
ils partent en vacances,
ils ont des horaires,
ils ne s'effraient pas de la ténébreuse
ambiguïté du langage
(Ce n'est pas la même chose de dire Bonne nuit et de dire Bonne nuit)"

Alejandra Pizarnik – Salle de psychopathologie (Sala de psicopatología, 1971)
Source : Beauty will save the world

Est-il nécessaire de préciser que j'y lis ce que j'ai vécu et vis encore lors de moments d'enthousiasme et d'égarement.
Qui que soit l'autre, il faut au moins être capable de partager.
Or partager sous entend la maîtrise ou du moins la conscience, je dirai l'usufruit de son être propre...

A défaut, l'histoire est une impasse et désormais avant même qu'elle ne s'écrive.
Ces deux textes se répondent en fait si fortement...

Vertige.
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Message par Ours de la MAZ le Jeu 21 Juil 2016 - 15:18

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Message par Mag le Jeu 21 Juil 2016 - 20:09

Pffff... c'est malin Rolling Eyes


( Pété de rire )
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Message par Ours de la MAZ le Ven 22 Juil 2016 - 18:48

De jour en jour, s’installe en moi  l’évidence d’une suite de vie solitaire. Et cette évidence est presque rassurante. Comme une blessure dont il ne reste que la cicatrice, la contracture, la gêne, la mélancolie emplit une vie personnelle, dont l’intérêt demeure très abstrait. Elle l'emplit d’une sorte de présence et concrétise le lien avec la réalité.

Combien de m² me faudra-t-il, quel aménagement dois-je prévoir, où et avec quel moyens vivre demain ? Quel planning de vie dois-je mettre en place, vers quelles associations caritatives et artistiques dois-je me tourner ? Et l’activité physique pour rester le plus autonome possible, que faire, comment quand, …

Par certains côtés, j’ai abandonné la lutte contre moi, contre les autres ; d’ailleurs je devrais penser les choses non en terme de lutte mais en terme de conjugaison et pourtant, c’est bien le mot lutte qui me vient en première intention. Ce n’est pas naturel pour moi de « relationner » ;  tant pis, je ne saurai pas apprendre – au fond il s’agit peut-être d’une peur viscérale de l’autre, voire de moi-même.
Pourtant j’ai bien cru aimer et plus d’une fois encore. Mais à l’évidence, ce ne devait pas être cela. Plus d’une fois aussi, on m’a aimé, mais je n’en ai pas compris les termes et les limites et cela s’est gâché ; j’ai souffert autant que j’ai fait souffrir.
Je suis allé jusqu’à fréquenter les sites de rencontres, jusqu’à tenter des messages : OkCupid, Elite rencontre, Zeetic, … certaines annonces  m’ont attirées, j’y ai répondu. Mais plus je me sens en confiance, moins ma parole est claire, comme si les barrières abaissées, les sentiments et affects prenaient l’allure d’un torrent indomptable.
Dans une naïve espérance, J’avais ouvert une fiche Zeetic, mais j’ai fini par en demander le verrouillage.
Je suis retourné roder récemment dans cette section du forum. L’idée de tenter à nouveau ma chance m’a titiller un instant, mais j’en ai assez d’avoir mal.

Alors, j’ai eu envie de changer mon avatar. Je le trouve désormais plus représentatif.
D’un ours « champêtre » au réveil d’une sieste, surpris par la visite inopinée d’un photographe, je suis passé à un ours solitaire, observant un lac sans limite, dominé par une montagne volcan.
Je reste ici, trompant la solitude, jetant par moment une pierre dans ce lac, histoire que quelques vaguelettes en agitent la surface.

Surveillant tout de même ce volcan, peut-être se manifestera-t-il un jour prochain.
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Message par Mag le Ven 22 Juil 2016 - 22:06

Je le trouve très beau cet avatar...
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Message par Ours de la MAZ le Sam 23 Juil 2016 - 9:33

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«Nous vivons dans l’oubli de nos métamorphoses» - Paul Eluard - Page 3 Cieux_11

Hier
Source : https://www.flickr.com/photos/claude-benard/
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Message par Mag le Sam 23 Juil 2016 - 9:48

Rhôo le chanceux qui peut voir le soleil se coucher depuis une montagne en plus qui a un super appareil ! Grrrr suis jalouse ! M'en fiche, na, on a les mêmes "flocons" Wink
Belle journée !
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Message par Ours de la MAZ le Sam 23 Juil 2016 - 12:36

Ours de la MAZ a écrit:.../...
Je reste ici, trompant la solitude, .../...

Erreur sémantique : trompant la monotonie !
On est seul quand on se pense altérité d'un autre. La solitude se définit en fait par l'absence d'autre.
"Miss you", je manque toi.
Mais si "toi" n'existe pas ou n'est pas révélé à la conscience ou n'est pas intervenu dans ma vie, alors, je ne manque de rien.

Il me semble qu'en réalité, j'ai souvent fait l'erreur.
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Message par Ours de la MAZ le Sam 23 Juil 2016 - 12:42

"Le nègre, comme l'homosexuel dessinent un frontière qui délimite ce que j'appelle le "rève blanc"." - Ta-Nehisi Coates - Le racisme mis à nu in Philosophie Magazine / Mai 2016.

Comment définit-on la frontière entre soi et les autres ?
Qu'est-ce que l'altérité ?
L'autre voire l'étrange voire l'étranger sont ils des mots rassurants et pleutres qui cloisonnent la différence et définissent en retour ce que l'on croit être ?

Complément
----------------------------------


La couleur de peau, la relation intime à l'autre... et si l'on changeait les critères ?
Par exemple : l'obésité, la nudité, la tribu alimentaire, le QI, la neurotypicité, .... cela marche de la même manière ?


Dernière édition par Ours de la MAZ le Sam 23 Juil 2016 - 16:38, édité 1 fois
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Message par Ours de la MAZ le Sam 23 Juil 2016 - 13:57

" Photographs turn the present into past, make contingency into destiny. Whatever their degree of “realism,” all photographs embody a “romantic” relation to reality.

I am thinking of how the poet Novalis defined Romanticism: to make the familiar appear strange, the marvelous appear commonplace. The camera’s uncanny mechanical replication of persons and events performs a kind of magic, both creating and de-creating what is photographed. To take pictures is, simultaneously, to confer value and to render banal.

Photographs instigate, confirm, seal legends. Seen through photographs, people become icons of themselves. Photography converts the world itself into a department store or museum-without-walls in which every subject is depreciated into an article of consumption, promoted into an item for esthetic appreciation.

Photography also converts the whole world into a cemetery. Photographers, connoisseurs of beauty, are also — wittingly or unwittingly — the recording-angels of death. The photograph-as-photograph shows death. More than that, it shows the sex-appeal of death. "

Susan Sontag

https://fr.wikipedia.org/wiki/Susan_Sontag

Photographier : est-ce adhérer au monde en le mémorisant ou l'éloigner en le confiant dans l'altérité ?
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Message par Mag le Dim 24 Juil 2016 - 15:19

Bon ben salut Very Happy
désolée de t'avoir dérangé dans ta monotonie Wink

Téléportation
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Message par Ours de la MAZ le Dim 24 Juil 2016 - 19:00

Ours de la MAZ a écrit:"Le nègre, comme l'homosexuel dessinent un frontière qui délimite ce que j'appelle le "rève blanc"." - Ta-Nehisi Coates - Le racisme mis à nu in Philosophie Magazine / Mai 2016.

"Mon Jeannot adoré,

Je suis arrivé à t’aimer si fort (plus que tout au monde) que je me suis donné l’ordre de ne t’aimer que comme un papa et je voudrais que tu saches que ce n’est pas parce que je t’aime moins mais davantage.

J’ai eu peur – à en mourir – de vouloir trop, de ne pas te laisser libre et de t’accaparer comme dans la pièce. Et puis j’ai eu peur de souffrir atrocement si tu tombais amoureux et que tu ne veuilles pas me faire de peine. Je me suis dit que si je te laissais libre tu me raconterais tout et que je serais moins triste que si tu devais me cacher la moindre chose. Je ne peux pas dire que cette décision ait été très dure à prendre – parce que mon adoration est mêlée de respect – elle a un caractère religieux, presque divin – et que je te donne tout ce que j’ai en moi. Mais j’ai la crainte que tu t’imagines qu’il existe entre nous quelque réserve, quelque malaise – et c’est pourquoi je t’écris au lieu de te parler, du fond de mon âme.

Mon Jeannot, je te le répète, tu es tout pour moi. L’idée de te gêner, de prendre barre sur ta merveilleuse jeunesse serait atroce. J’ai pu te donner de la gloire et c’est le seul vrai résultat de cette pièce, le seul résultat qui compte et qui me réchauffe.

Pense – tu rencontrerais quelqu’un de ton âge que tu me cacherais ou que tu t’empêcherais d’aimer par crainte de me désespérer – je m’en voudrais jusqu’à ma mort. Sans doute vaut-il mieux me priver d’une petite part de mon bonheur et gagner ta confiance et devenir assez brave pour que tu te sentes plus libre qu’avec un papa ou une maman. Tu as bien dû deviner mes scrupules et mes angoisses. Tu es un petit Jeannot malin, qui sait bien des choses. Seulement il fallait que je t’explique mon attitude, pour que tu ne puisses pas une seconde croire qu’il existe l’ombre d’une ombre entre nous. Je te jure que je suis assez propre et assez haut pour n’avoir aucune jalousie et pour m’obliger à vivre d’accord avec le ciel de nos prières. Ce ciel nous a tant donné qu’il doit être mal de lui demander davantage. Je crois que des sacrifices trouvent leur récompense, ne me gronde pas, mon bel ange. Je vois dans ton regard que tu sais que personne ne t’aime plus que moi – et j’aurais honte de mettre à ta route ensoleillée le plus petit obstacle. Mon Jeannot adore-moi comme je t’adore et console-moi. Serre-moi contre ton cœur. Aide-moi à être un saint, à être digne de toi et de moi. Je ne vis que par toi."

Lettre de Cocteau à Jean Marais


"21 janvier 1926

Je suis réduite à une chose qui a besoin de Virginia. J’ai composé une belle lettre pour toi dans les heures d’insomnies cauchemardesques de la nuit et voilà que tout m’a quitté : tu me manques, simplement, d’une manière désespérément humaine. Toi, avec toutes tes lettres non-muettes, tu n’écrirais jamais une formule aussi élémentaire que celle-là ; peut-être même serais-tu incapable de la ressentir. Et pourtant, je crois que tu éprouveras la sensation d’un petit vide. Mais tu l’envelopperais dans une tournure si exquise qu’elle perdrait un peu de sa trivialité. Avec moi, au contraire, c’est plutôt à l’état brut : tu me manques plus encore que je n’aurais pu l’imaginer, et je m’étais pourtant faite à l’idée que tu me manquerais énormément. Si bien que cette lettre n’est en réalité qu’un cri de douleur. C’est incroyable comme tu m’es devenue essentielle. Je suppose que tu es accoutumée à ce que les gens te disent de telles choses. Soit maudite, créature pourrie-gâtée ; je ne te ferai pas le moins du monde m’aimer plus en m’offrant ainsi à toi – Mais, oh ma chère, je ne parviens pas à rester spirituelle et effrontée avec toi : je t’aime trop pour cela. Trop sincèrement. Tu n’as pas idée de l’arrogance que je peux afficher envers les personnes que je n’aime pas. J’ai élevé cette discipline au niveau d’art. Mais toi, tu as fait s’écrouler mes lignes de défense. Et, à vrai dire, je ne t’en veux même pas.

Quoiqu’il en soit, je ne t’importunerai plus à ce sujet.

Nous avons redémarré, et le train ballote de nouveau. Je vais devoir attendre les gares pour t’écrire – heureusement, elles sont nombreuses, le long de la plaine de Lombardie.

Venise. Les gares étaient nombreuses, mais je ne m’attendais pas à ce que l’Orient-Express les ignore. Et nous voilà désormais à Venise pour dix minutes seulement – un temps bien misérable pour tenter d’écrire. Même pas le temps d’acheter un timbre italien, cette lettre partira donc de Trieste.

Les cascades en Suisse étaient gelées en d’épais rideaux de glace iridescente suspendus à la roche ; que c’était charmant. Et l’Italie toute recouverte de neige.

Nous sommes sur le point de repartir. Je risque de devoir attendre Trieste, demain matin. Pardonne-moi, je t’en prie, de t’écrire une lettre si misérable.

V."

Lettre de Vita Sackville-West à Virginia Woolf


Source : http://www.deslettres.fr/


Inquiétudes, sentiments et dévotions amoureuses.
En quelques jours, se sont retrouvés 3 personnes que j'ai aimées follement : nouvelles en vidéo, souvenir de disparition et éloignement. Certains jours, il faut s'éloigner un peu de la réalité.

«Nous vivons dans l’oubli de nos métamorphoses» - Paul Eluard - Page 3 20160710

Ernest Pignon Ernest - Eglise abbatiale St Pons - Nice


Dernière édition par Ours de la MAZ le Lun 25 Juil 2016 - 18:25, édité 1 fois
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Message par Ours de la MAZ le Lun 25 Juil 2016 - 18:15

A celles et ceux de ce monde et d'ailleurs :

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