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Message par Invité le Mar 26 Avr 2016 - 23:37

Le sylphe

Ni vu ni connu
Je suis le parfum
Vivant et défunt
Dans le vent venu !

Ni vu ni connu
Hasard ou génie ?
À peine venu
La tâche est finie !

Ni lu ni compris ?
Aux meilleurs esprits
Que d’erreurs promises !

Ni vu ni connu,
Le temps d’un sein nu
Entre deux chemises !

Paul Valéry

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Message par Invité le Mer 27 Avr 2016 - 22:09


Le dormeur

Laissez-moi dormir, encore... C'est la trêve
pendant de longs combats promise au dormeur ;
je guette dans mon coeur la lune qui se lève,
bientôt il ne fera plus si sombre dans mon coeur.

Ô mort provisoire, douceur qui nous achève,
mesure de mes cimes, très juste profondeur,
limbes de tout mon sang, et innocence des sèves,
dans toi, à sa racine, ma peur même n'est pas peur.

Mon doux seigneur Sommeil, ne faites pas que je rêve,
et mêlez en moi mes ris avec mes pleurs ;
laissez-moi diffus, pour que l'interne Ève
ne sorte de mon flanc en son hostile ardeur.

Rainer Maria Rlike

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Message par Invité le Ven 29 Avr 2016 - 14:58

Sonnet :

Glabre de la vaisselle et tressé du bonnet,

Un paltoquet chétif au cou mélancolique

Et long se préparait, quotidienne colique,

À prendre un autobus le plus souvent complet.

L’un vint, c’était un dix ou bien peut-être un S.

La plate-forme, hochet adjoint au véhicule,

Trimbalait une foule en son sein minuscule

Où des richards pervers allumaient des londrès*.

Le jeune girafeau, cité première strophe,

Grimpé sur cette planche entreprend un péquin

Lequel, proclame-t-il, voulait sa catastrophe,

Pour sortir du pétrin bigle une place assise

Et s’y met. Le temps passe. Au retour un faquin

À propos d’un bouton examinait sa mise.

Queneau. Exercices de style.

Je découvre. C'est jouissif !

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Message par [Alhuile] le Jeu 19 Mai 2016 - 23:50

Bien que légère bride, en pleine course,
Freine souvent un destrier fougueux,
Bien rarement le mors de la raison
Fait reculer le feu libidineux
Quand le plaisir est là...

"Orlando furioso"
L'Arioste
Chant XI

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Message par [Alhuile] le Ven 20 Mai 2016 - 17:24

"Le poème cette hésitation prolongée entre le son et le sens. "
Paul Valéry.
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Message par [Alhuile] le Jeu 26 Mai 2016 - 19:32

Rien n'est précaire comme vivre
Rien comme être n'est passager
C'est un peu fondre comme le givre
Et pour le vent être léger
J'arrive où je suis étranger
Un jour tu passes la frontière
D'où viens-tu mais où vas-tu donc
Demain qu'importe et qu'importe hier
Le coeur change avec le chardon
Tout est sans rime ni pardon
Passe ton doigt là sur ta tempe
Touche l'enfance de tes yeux
Mieux vaut laisser basses les lampes
La nuit plus longtemps nous va mieux
C'est le grand jour qui se fait vieux
Les arbres sont beaux en automne
Mais l'enfant qu'est-il devenu
Je me regarde et je m'étonne
De ce voyageur inconnu
De son visage et ses pieds nus
Peu a peu tu te fais silence
Mais pas assez vite pourtant
Pour ne sentir ta dissemblance
Et sur le toi-même d'antan
Tomber la poussière du temps
C'est long vieillir au bout du compte
Le sable en fuit entre nos doigts
C'est comme une eau froide qui monte
C'est comme une honte qui croît
Un cuir à crier qu'on corroie
C'est long d'être un homme une chose
C'est long de renoncer à tout
Et sens-tu les métamorphoses
Qui se font au-dedans de nous
Lentement plier nos genoux
Ô mer amère ô mer profonde
Quelle est l'heure de tes marées
Combien faut-il d'années-secondes
À l'homme pour l'homme abjurer
Pourquoi pourquoi ces simagrées
Rien n'est précaire comme vivre
Rien comme être n'est passager
C'est un peu fondre comme le givre
Et pour le vent être léger
J'arrive où je suis étranger.

Louis Aragon.
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Message par [Alhuile] le Ven 27 Mai 2016 - 8:27

"Les poètes n'ont pas la pudeur de ce qu'ils vivent : ils l'exploitent."  
F. Nietzsche
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Message par [Alhuile] le Mar 31 Mai 2016 - 19:25

Donne-moi quelque chose qui ne meure pas, Bobin / Boubat

Dire : cette vie est un jardin de roses, c’est mentir.
Dire : cette vie est un champ de ruines, c’est mentir.
Dire : je sais les horreurs de cette vie et je ne me lasserai jamais d’en débusquer les merveilles, c’est faire son travail d’homme et vous le savez bien : ce genre de travail n’est jamais fini.

http://www.tant-qu-il-y-a-les-mains-des-hommes.com/Extraits_des_textes.html
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Message par [Alhuile] le Jeu 2 Juin 2016 - 19:43

Le Cimetière marin (1920)

Ce toit tranquille, où marchent des colombes,
Entre les pins palpite, entre les tombes;
Midi le juste y compose de feux
La mer, la mer, toujours recommencée
Ô récompense après une pensée
Qu’un long regard sur le calme des dieux ! *

Quel pur travail de fins éclairs consume
Maint diamant d’imperceptible écume,
Et quelle paix semble se concevoir!
Quand sur l’abîme un soleil se repose,
Ouvrages purs d’une éternelle cause,
Le Temps scintille et le Songe est savoir.

Stable trésor, temple simple à Minerve,
Masse de calme, et visible réserve,
Eau sourcilleuse, OEil qui gardes en toi
Tant de sommeil sous un voile de flamme,
Ô mon silence!. . . Édifice dans l’âme,
Mais comble d’or aux mille tuiles, Toit!

Temple du Temps, qu’un seul soupir résume,
À ce point pur je monte et m’accoutume,
Tout entouré de mon regard marin;
Et comme aux dieux mon offrande suprême,
La scintillation sereine sème
Sur l’altitude un dédain souverain.

Comme le fruit se fond en jouissance,
Comme en délice il change son absence
Dans une bouche où sa forme se meurt,
Je hume ici ma future fumée,
Et le ciel chante à l’âme consumée
Le changement des rives en rumeur.

Beau ciel, vrai ciel, regarde-moi qui change!
Après tant d’orgueil, après tant d’étrange
Oisiveté, mais pleine de pouvoir,
Je m’abandonne à ce brillant espace,
Sur les maisons des morts mon ombre passe
Qui m’apprivoise à son frêle mouvoir.

L’âme exposée aux torches du solstice,
Je te soutiens, admirable justice
De la lumière aux armes sans pitié!
Je te tends pure à ta place première,
Regarde-toi!. . . Mais rendre la lumière
Suppose d’ombre une morne moitié.

Ô pour moi seul, à moi seul, en moi-même,
Auprès d’un coeur, aux sources du poème,
Entre le vide et l’événement pur,
J’attends l’écho de ma grandeur interne,
Amère, sombre, et sonore citerne,
Sonnant dans l’âme un creux toujours futur!

Sais-tu, fausse captive des feuillages,
Golfe mangeur de ces maigres grillages,
Sur mes yeux clos, secrets éblouissants,
Quel corps me traîne à sa fin paresseuse,
Quel front l’attire à cette terre osseuse?
Une étincelle y pense à mes absents.

Fermé, sacré, plein d’un feu sans matière,
Fragment terrestre offert à la lumière,
Ce lieu me plaît, dominé de flambeaux,
Composé d’or, de pierre et d’arbres sombres,
Où tant de marbre est tremblant sur tant d’ombres;
La mer fidèle y dort sur mes tombeaux!

Chienne splendide, écarte l’idolâtre!
Quand solitaire au sourire de pâtre,
Je pais longtemps, moutons mystérieux,
Le blanc troupeau de mes tranquilles tombes,
Éloignes-en les prudentes colombes,
Les songes vains, les anges curieux!

Ici venu, l’avenir est paresse.
L’insecte net gratte la sécheresse;
Tout est brûlé, défait, reçu dans l’air
À je ne sais quelle sévère essence. . .
La vie est vaste, étant ivre d’absence,
Et l’amertume est douce, et l’esprit clair.

Les morts cachés sont bien dans cette terre
Qui les réchauffe et sèche leur mystère.
Midi là-haut, Midi sans mouvement
En soi se pense et convient à soi-même. . .
Tête complète et parfait diadème,
Je suis en toi le secret changement.

Tu n’as que moi pour contenir tes craintes!
Mes repentirs, mes doutes, mes contraintes
Sont le défaut de ton grand diamant. . .
Mais dans leur nuit toute lourde de marbres,
Un peuple vague aux racines des arbres
A pris déjà ton parti lentement.

Ils ont fondu dans une absence épaisse,
L’argile rouge a bu la blanche espèce,
Le don de vivre a passé dans les fleurs!
Où sont des morts les phrases familières,
L’art personnel, les âmes singulières?
La larve file où se formaient les pleurs.

Les cris aigus des filles chatouillées,
Les yeux, les dents, les paupières mouillées,
Le sein charmant qui joue avec le feu,
Le sang qui brille aux lèvres qui se rendent,
Les derniers dons, les doigts qui les défendent,
Tout va sous terre et rentre dans le jeu!

Et vous, grande âme, espérez-vous un songe
Qui n’aura plus ces couleurs de mensonge
Qu’aux yeux de chair l’onde et l’or font ici?
Chanterez-vous quand serez vaporeuse?
Allez! Tout fuit! Ma présence est poreuse,
La sainte impatience meurt aussi!

Maigre immortalité noire et dorée,
Consolatrice affreusement laurée,
Qui de la mort fais un sein maternel,
Le beau mensonge et la pieuse ruse!
Qui ne connaît, et qui ne les refuse,
Ce crâne vide et ce rire éternel!

Pères profonds, têtes inhabitées,
Qui sous le poids de tant de pelletées,
Êtes la terre et confondez nos pas,
Le vrai rongeur, le ver irréfutable
N’est point pour vous qui dormez sous la table,
Il vit de vie, il ne me quitte pas!

Amour, peut-être, ou de moi-même haine?
Sa dent secrète est de moi si prochaine
Que tous les noms lui peuvent convenir!
Qu’importe! Il voit, il veut, il songe, il touche!
Ma chair lui plaît, et jusque sur ma couche,
À ce vivant je vis d’appartenir!

Zénon! Cruel Zénon! Zénon d’Êlée!
M’as-tu percé de cette flèche ailée
Qui vibre, vole, et qui ne vole pas!
Le son m’enfante et la flèche me tue!
Ah! le soleil. . . Quelle ombre de tortue
Pour l’âme, Achille immobile à grands pas!

Non, non!. . . Debout! Dans l’ère successive!
Brisez, mon corps, cette forme pensive!
Buvez, mon sein, la naissance du vent!
Une fraîcheur, de la mer exhalée,
Me rend mon âme. . . Ô puissance salée!
Courons à l’onde en rejaillir vivant.

Oui! Grande mer de délires douée,
Peau de panthère et chlamyde trouée,
De mille et mille idoles du soleil,
Hydre absolue, ivre de ta chair bleue,
Qui te remords l’étincelante queue
Dans un tumulte au silence pareil,

Le vent se lève!. . . Il faut tenter de vivre!
L’air immense ouvre et referme mon livre,
La vague en poudre ose jaillir des rocs!
Envolez-vous, pages tout éblouies!
Rompez, vagues! Rompez d’eaux réjouies
Ce toit tranquille où picoraient des focs!

Paul Valéry


*Ce vers est l'épitaphe qu'on peut lire sur sa tombe à Sète.
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Message par [Alhuile] le Lun 6 Juin 2016 - 10:01

La terre est bleue comme une orange
Jamais une erreur les mots ne mentent pas
Ils ne vous donnent plus à chanter
Au tour des baisers de s'entendre
Les fous et les amours
Elle sa bouche d'alliance
Tous les secrets tous les sourires
Et quels vêtements d'indulgence
À la croire toute nue.

Les guêpes fleurissent vert
L'aube se passe autour du cou
Un collier de fenêtres
Des ailes couvrent les feuilles
Tu as toutes les joies solaires
Tout le soleil sur la terre
Sur les chemins de ta beauté.

Paul Eluard 1929
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Message par Ryuzaki L le Mer 15 Juin 2016 - 2:04

Mélancolie

Quoi de plus étrange que la condition humaine
On vogue au gré du vent, on rencontre des personnes
Souvent insipides, qui rarement nous comprennent,
Qui un jour nous déçoivent, et tôt ou tard nous abandonnent.

On tente de gagner des richesses à foison.
Avec une ardeur fougueuse on affronte le quotidien.
On obtient un métier, on trouve une passion.
Mais si on demeure seul, tout cela est vain.

Puis on tombe amoureux, on effleure le ciel
Et de cette éphémère félicité on se délècte
On oublie qu'un jour il faudra que tout s'arrête
Il faudra renoncer et recommencer de plus bel

Le destin est régi par un enfant cruel
Qui après t'avoir fait poussé des ailes
Les arrache aussitôt comme à un moucheron
Et se rit de ta souffrance et de tes jurons

J'avais à l'époque une croyance sincère
en l'amitié pour la vie, en l'amour véritable
Mais goûter à la désillusion ineffable
M'a permis de voir que ce ne sont que chimères

Je ne t'en veux pas de m'avoir brisé le cœur,
Mais de m'avoir volé à jamais mon innocence.
Le cœur guérit mais j'ai perdu cette lueur,
Dans mon regard, qui donnait à ma vie un sens.
Ryuzaki L
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Message par Invité le Mer 22 Juin 2016 - 9:25

La poésie a le pouvoir d'une philosophie qui s'affranchirait de la rhétorique. Christian Bobin est de ce monde là. Il y a dans ces mots une musique affranchie du solfège, une logique affranchie des mathématiques, une science affranchie de l'expérimentation, une religion affranchie de son église.
Et c'est parce qu'il en est affranchi qu'il nous en rapproche.
C'est parce qu'il en est affranchi qu'il nous donne à en voir leurs essences.
Bobin distille la Vie comme un alambic.  drunken
"Les gens qui nous sauvent ne savent pas qu'ils nous sauvent." a-t-il écrit.
Bobin m'a sauvée.

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Message par Invité le Mer 22 Juin 2016 - 16:04

"Il va tête nue. La mort, le vent, l'injure il reçoit tout de face sans jamais ralentir son pas. A croire que ce qui le tourmente n'est rien en regard de ce qu'il espère. A croire que la mort n'est guère plus qu'un vent de sable. A croire que vivre est comme il marche - sans fin."
L'homme qui marche. Ch Bobin.

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Message par Invité le Mer 22 Juin 2016 - 16:34

Mais c'est qu'elle est amoureuse, la Josiane !

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Message par Invité le Mer 22 Juin 2016 - 18:36

Bobin distille la Vie comme un alambic.
Superbement bien exprimé. Courbette

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Message par Invité le Ven 24 Juin 2016 - 10:29

A force d’attendre
j’oublie qui j’attends
Oiseau ou femme
blessure ou bûcher

je scrute la plante
j’exige son secret
avec des gestes humbles
des mots qui apaisent

vague me parvient
cette rumeur de métamorphose
qui travaille mes mains
au plus obscur

j’épelle ton visage
O futur inscrit
dans le pas d’aujourd’hui
dans l’absence éprouvée

dans le silex d’un cri
qui résonne au fond
dans cette humide patrie
des regards et des mots

Ce peu de mort
qu’obstinément je fouille
repousse mes limites
jusqu’au soleil du fenouil

jusqu’à ce mystère
vivant aérien
Un merle qui retient
le monde dans son chant

Au miroir sévère
je ne déserte pas
la cendre dans la voix
doucement prolifère.

***

André Laude (1936-1995) – Le bleu de la nuit crie au secours (1975)

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Message par Invité le Mar 16 Aoû 2016 - 10:32

Le temps de finir la bouteille
J'aurai rallumé un soleil
J'aurai réchauffé une étoile
J'aurai reprisé une voile
J'aurai arraché des bras maigres
De leurs destins mille enfants nègres
En moins de deux, j'aurai repeint
En bleu le cœur de la putain
J'aurai renfanté mes parents
J'aurai peint l'avenir moins grand
Et fait la vieillesse moins vieille
Le temps de finir la bouteille
Le temps de finir la bouteille
J'aurai touché la double paye
J'aurai ach'té un cerf-volant
Pour mieux t'envoler, mon enfant
Un lit doux et un abat-jour
Pour mieux l'éteindre mon amour
Dans une heure, un litre environ
J'aurai des lauriers sur le front
Je s'rai champion, j'aurai cassé
La grande gueule du passé
Ca s'ra enfin demain la veille
Le temps de finir la bouteille
Le temps de finir la boutanche
Et vendredi sera dimanche
J'aurai planté des îles neuves
Sur les vagues de la mère veuve
J'aurai dilué la lumière
Dans la perfusion de grand-mère
J'aurai agrandi la maison
Pour y loger tes illusions
J'aurai trouvé du pain qui rime
Avec des pièces d'un centime
Rire et pleurer, ce s'ra pareil
Le temps de finir la bouteille
Le temps de finir la bouteille
Et chiche que la poule essaye
De voler plus haut qu'un gerfeau
Chiche que le vrai devient le faux
Que j'abolis le noir, le blanc,
La prochaine guerre et celle d'avant
Les adjudants de syndicats
La soutane des avocats
Les carnets bleus du tout-Paris
Le dernier-né du dernier cri
La force, le sang et l'oseille
Le temps de tuer la bouteille
Le temps de tuer la bouteille
[Le temps de finir la bouteille
Je t'aurai recollé l'oreille
Van Gogh et tué le corbeau
Qui se perche sur ton pinceau
Encore un pleur, encore un verre
La rue marchera de travers
Le vent poussera mon voilier
Je serai près de vous à lier
Tout au bout de la ville morte
Des loups m'attendront à la porte
J'voudrais qu'mes couplets les effrayent
Le temps de tuer la bouteille


Allain Leprest.
Hier, hommage lui était rendu pour l'anniversaire de sa mort. Il s'est suicidé le 15/08/2011. Méconnu, malconnu de son vivant, on parle de lui maintenant comme le "Rimbaud" du XX e siècle.

Le texte qui me l'a fait découvrir et dont je ne me lasse pas :


J'enfume, j'aboie, je crépite
Je change en colliers les pépites
Je rends tous les astres envieux
Qu'a dit le feu


Je caresse, je noie, je lèche
Je m'éponge, me bois, me pêche
Je porte le ciel sur mon dos
Qu'elle a dit l'eau


Je brûle la peau des forêts
M'est arrivé de dévorer
Le grain d'un épi de cheveux
Qu'a dit le feu


J'ai dessiné un million d'îles
J'ai ressuscité des fossiles
J'ai inventé les caniveaux
Qu'elle a dit l'eau


J'effraie, je brûle, j'incandescente
D'une ville, je fais des cendres
En lui adressant mes bons vœux
Qu'a dit le feu


Rien qu'une goutte sur tes bûches
Un petit crachat de ma cruche
Un pleur et je te fais la peau
Qu'elle a dit l'eau


On crie mon nom au pas de tir
J'ai conduit des gens au martyr
En arrachant leur moindre aveu
Qu'a dit le feu


J'irrigue, je fais plus mon âge
Je rudoie parfois les barrages
J'écris des chansons pour Léo
Qu'elle a dit l'eau


Je suis rouge, je sens le pain
J'ai mis cent étoiles au tapin
En fait, je fais ce que je veux
Qu'a dit le feu


J'illumine les aquarelles
J'ai inventé les arcs-en-ciel
Et le pompon des matelots
Qu'elle a dit l'eau


Tu brilles pas par tes arguments
Mais pardonne-moi si je mens
Quand je suis feu doux, je suis bleu
Qu'a dit le feu


Je ne suis pas une lumière
Et moi qu'on appelle la mer
Je suis que l'écho d'un ruisseau
Qu'elle a dit l'eau


Le soleil est tombé en larmes
Quand l'eau y a déclaré sa flamme
C'est la première fois que je pleus
Qu'a dit le feu


Cent fleuves ont replié leurs bras
Sous les pluies mouillées de leurs draps
La nature a bien du culot
Qu'elle a dit l'eau



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Message par Invité le Mer 2 Nov 2016 - 10:42

Demain, dès l’aube, à l’heure où blanchit la campagne,
Je partirai. Vois-tu, je sais que tu m’attends.
J’irai par la forêt, j’irai par la montagne.
Je ne puis demeurer loin de toi plus longtemps.

Je marcherai les yeux fixés sur mes pensées,
Sans rien voir au dehors, sans entendre aucun bruit,
Seul, inconnu, le dos courbé, les mains croisées,
Triste, et le jour pour moi sera comme la nuit.

Je ne regarderai ni l’or du soir qui tombe,
Ni les voiles au loin descendant vers Harfleur
Et quand j’arriverai, je mettrai sur ta tombe
Un bouquet de houx vert et de bruyère en fleur.


Victor Hugo


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Message par Invité le Lun 14 Nov 2016 - 20:23

Je Ne Suis Qu'un Cri
Guy Thomas
Chanté par Jean Ferrat.


Je ne suis pas littérature
Je ne suis pas photographie
Ni décoration ni peinture
Ni traité de philosophie

Je ne suis pas ce qu'on murmure
Aux enfants de la bourgeoisie
Je ne suis pas saine lecture
Ni sirupeuse poésie

Je ne suis qu'un cri

Non je n'ai rien de littéraire
Je ne suis pas morceaux choisis
Je serais plutôt le contraire
De ce qu'on trouve en librairie

Je ne suis pas livre ou bréviaire
Ni baratin ni théorie
Qu'on range entre deux dictionnaires
Ou sur une table de nuit

Je ne suis qu'un cri

Je n'ai pas de fil à la patte
Je ne viens pas d'une écurie
Non je ne suis pas diplomate
Je n'ai ni drapeau ni patrie

Je ne suis pas rouge écarlate
Ni bleu ni blanc ni cramoisi
Je suis d'abord un cri pirate
De ces cris-là qu'on interdit

Je ne suis qu'un cri

Je ne suis pas cri de plaisance
Ni gueulante de comédie
Le cri qu'on pousse en apparence
Pour épater la compagnie

Moi si j'ai rompu le silence
C'est pour éviter l'asphyxie
Oui je suis un cri de défense
Un cri qu'on pousse à la folie

Je ne suis qu'un cri

Pardonnez si je vous dérange
Je voudrais être un autre bruit
Etre le cri de la mésange
N'être qu'un simple gazouillis

Tomber comme un flocon de neige
Etre le doux bruit de la pluie
Moi je suis un cri qu'on abrège
Je suis la détresse infinie

Je ne suis qu'un cri

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Message par izo le Lun 14 Nov 2016 - 20:56

La mort parfois nous frôle les cheveux,
   nous dépeigne
   et n’entre pas.

    Est-ce une grande pensée qui l’arrête ?
   Ou peut-être pensons-nous
   quelque chose de plus grand que la pensée même ?

Roberto Juarroz
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Message par izo le Lun 14 Nov 2016 - 21:01

et un autre ?

Le centre n’est pas un point.
Sinon il serait facile de l’atteindre.
Il n’est pas même la réduction d’un point à son infini.

Le centre est une absence
de point, d’infini et même d’absence
et ne s’atteint que par l’absence.

Regarde-moi après t’en être allé,
bien que je reste là quand je m’en vais

Le centre m’a appris maintenant à ne pas être en un lieu,
mais plus tard le centre sera ici.
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Message par Invité le Lun 21 Nov 2016 - 20:40

Le bonheur disait-il,
C'est une affaire d'agilité
Des mains et de l'esprit.
Les âmes maladroites, on le sait,
Sont malheureuses dans la vie.
Et peu importe que les gestes
Distordus, mensongers
Soient une source de tourments.
Dans les orages et les tempêtes,
Au coeur du quotidien fade et figé,
Dans les plus lourdes des pertes
Et quand la tristesse t'inonde,
Paraître simple et souriant
Est l'art le plus sublime au monde.

Sergueï Essénine.

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Message par PJ le Lun 30 Jan 2017 - 20:25



Tenez, ici Rémi Gaillard philosophe sur Jean de la Fontaine.
( presque pas ) hors sujet.

PS : j'aime ce fil de conversation, autrement, malgré mon approche avec de l'humour.
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Message par PJ le Lun 30 Jan 2017 - 20:52

Merci vercors! de me faire découvrir ce poème dans la section-rubrique-boîte chatbox du forum :

La nuit de décembre

LE POÈTE

Du temps que j'étais écolier,
Je restais un soir à veiller
Dans notre salle solitaire.
Devant ma table vint s'asseoir
Un pauvre enfant vêtu de noir,
Qui me ressemblait comme un frère.

Son visage était triste et beau :
A la lueur de mon flambeau,
Dans mon livre ouvert il vint lire.
Il pencha son front sur sa main,
Et resta jusqu'au lendemain,
Pensif, avec un doux sourire.

Comme j'allais avoir quinze ans
Je marchais un jour, à pas lents,
Dans un bois, sur une bruyère.
Au pied d'un arbre vint s'asseoir
Un jeune homme vêtu de noir,
Qui me ressemblait comme un frère.

Je lui demandai mon chemin ;
Il tenait un luth d'une main,
De l'autre un bouquet d'églantine.
Il me fit un salut d'ami,
Et, se détournant à demi,
Me montra du doigt la colline.

A l'âge où l'on croit à l'amour,
J'étais seul dans ma chambre un jour,
Pleurant ma première misère.
Au coin de mon feu vint s'asseoir
Un étranger vêtu de noir,
Qui me ressemblait comme un frère.

Il était morne et soucieux ;
D'une main il montrait les cieux,
Et de l'autre il tenait un glaive.
De ma peine il semblait souffrir,
Mais il ne poussa qu'un soupir,
Et s'évanouit comme un rêve.

A l'âge où l'on est libertin,
Pour boire un toast en un festin,
Un jour je soulevais mon verre.
En face de moi vint s'asseoir
Un convive vêtu de noir,
Qui me ressemblait comme un frère.

Il secouait sous son manteau
Un haillon de pourpre en lambeau,
Sur sa tête un myrte stérile.
Son bras maigre cherchait le mien,
Et mon verre, en touchant le sien,
Se brisa dans ma main débile.

Un an après, il était nuit ;
J'étais à genoux près du lit
Où venait de mourir mon père.
Au chevet du lit vint s'asseoir
Un orphelin vêtu de noir,
Qui me ressemblait comme un frère.

Ses yeux étaient noyés de pleurs ;
Comme les anges de douleurs,
Il était couronné d'épine ;
Son luth à terre était gisant,
Sa pourpre de couleur de sang,
Et son glaive dans sa poitrine.

Je m'en suis si bien souvenu,
Que je l'ai toujours reconnu
A tous les instants de ma vie.
C'est une étrange vision,
Et cependant, ange ou démon,
J'ai vu partout cette ombre amie.

Lorsque plus tard, las de souffrir,
Pour renaître ou pour en finir,
J'ai voulu m'exiler de France ;
Lorsqu'impatient de marcher,
J'ai voulu partir, et chercher
Les vestiges d'une espérance ;

A Pise, au pied de l'Apennin ;
A Cologne, en face du Rhin ;
A Nice, au penchant des vallées ;
A Florence, au fond des palais ;
A Brigues, dans les vieux chalets ;
Au sein des Alpes désolées ;

A Gênes, sous les citronniers ;
A Vevey, sous les verts pommiers ;
Au Havre, devant l'Atlantique ;
A Venise, à l'affreux Lido,
Où vient sur l'herbe d'un tombeau
Mourir la pâle Adriatique ;

Partout où, sous ces vastes cieux,
J'ai lassé mon coeur et mes yeux,
Saignant d'une éternelle plaie ;
Partout où le boiteux Ennui,
Traînant ma fatigue après lui,
M'a promené sur une claie ;

Partout où, sans cesse altéré
De la soif d'un monde ignoré,
J'ai suivi l'ombre de mes songes ;
Partout où, sans avoir vécu,
J'ai revu ce que j'avais vu,
La face humaine et ses mensonges ;

Partout où, le long des chemins,
J'ai posé mon front dans mes mains,
Et sangloté comme une femme ;
Partout où j'ai, comme un mouton,
Qui laisse sa laine au buisson,
Senti se dénuder mon âme ;

Partout où j'ai voulu dormir,
Partout où j'ai voulu mourir,
Partout où j'ai touché la terre,
Sur ma route est venu s'asseoir
Un malheureux vêtu de noir,
Qui me ressemblait comme un frère.

Qui donc es-tu, toi que dans cette vie
Je vois toujours sur mon chemin ?
Je ne puis croire, à ta mélancolie,
Que tu sois mon mauvais Destin.
Ton doux sourire a trop de patience,
Tes larmes ont trop de pitié.
En te voyant, j'aime la Providence.
Ta douleur même est soeur de ma souffrance ;
Elle ressemble à l'Amitié.

Qui donc es-tu ? - Tu n'es pas mon bon ange,
Jamais tu ne viens m'avertir.
Tu vois mes maux (c'est une chose étrange !)
Et tu me regardes souffrir.
Depuis vingt ans tu marches dans ma voie,
Et je ne saurais t'appeler.
Qui donc es-tu, si c'est Dieu qui t'envoie ?
Tu me souris sans partager ma joie,
Tu me plains sans me consoler !

Ce soir encor je t'ai vu m'apparaître.
C'était par une triste nuit.
L'aile des vents battait à ma fenêtre ;
J'étais seul, courbé sur mon lit.
J'y regardais une place chérie,
Tiède encor d'un baiser brûlant ;
Et je songeais comme la femme oublie,
Et je sentais un lambeau de ma vie
Qui se déchirait lentement.

Je rassemblais des lettres de la veille,
Des cheveux, des débris d'amour.
Tout ce passé me criait à l'oreille
Ses éternels serments d'un jour.
Je contemplais ces reliques sacrées,
Qui me faisaient trembler la main :
Larmes du coeur par le coeur dévorées,
Et que les yeux qui les avaient pleurées
Ne reconnaîtront plus demain !

J'enveloppais dans un morceau de bure
Ces ruines des jours heureux.
Je me disais qu'ici-bas ce qui dure,
C'est une mèche de cheveux.
Comme un plongeur dans une mer profonde,
Je me perdais dans tant d'oubli.
De tous côtés j'y retournais la sonde,
Et je pleurais, seul, loin des yeux du monde,
Mon pauvre amour enseveli.

J'allais poser le sceau de cire noire
Sur ce fragile et cher trésor.
J'allais le rendre, et, n'y pouvant pas croire,
En pleurant j'en doutais encor.
Ah ! faible femme, orgueilleuse insensée,
Malgré toi, tu t'en souviendras !
Pourquoi, grand Dieu ! mentir à sa pensée ?
Pourquoi ces pleurs, cette gorge oppressée,
Ces sanglots, si tu n'aimais pas ?

Oui, tu languis, tu souffres, et tu pleures ;
Mais ta chimère est entre nous.
Eh bien ! adieu ! Vous compterez les heures
Qui me sépareront de vous.
Partez, partez, et dans ce coeur de glace
Emportez l'orgueil satisfait.
Je sens encor le mien jeune et vivace,
Et bien des maux pourront y trouver place
Sur le mal que vous m'avez fait.

Partez, partez ! la Nature immortelle
N'a pas tout voulu vous donner.
Ah ! pauvre enfant, qui voulez être belle,
Et ne savez pas pardonner !
Allez, allez, suivez la destinée ;
Qui vous perd n'a pas tout perdu.
Jetez au vent notre amour consumée ; -
Eternel Dieu ! toi que j'ai tant aimée,
Si tu pars, pourquoi m'aimes-tu ?

Mais tout à coup j'ai vu dans la nuit sombre
Une forme glisser sans bruit.
Sur mon rideau j'ai vu passer une ombre ;
Elle vient s'asseoir sur mon lit.
Qui donc es-tu, morne et pâle visage,
Sombre portrait vêtu de noir ?
Que me veux-tu, triste oiseau de passage ?
Est-ce un vain rêve ? est-ce ma propre image
Que j'aperçois dans ce miroir ?

Qui donc es-tu, spectre de ma jeunesse,
Pèlerin que rien n'a lassé ?
Dis-moi pourquoi je te trouve sans cesse
Assis dans l'ombre où j'ai passé.
Qui donc es-tu, visiteur solitaire,
Hôte assidu de mes douleurs ?
Qu'as-tu donc fait pour me suivre sur terre ?
Qui donc es-tu, qui donc es-tu, mon frère,
Qui n'apparais qu'au jour des pleurs ?

LA VISION

- Ami, notre père est le tien.
Je ne suis ni l'ange gardien,
Ni le mauvais destin des hommes.
Ceux que j'aime, je ne sais pas
De quel côté s'en vont leurs pas
Sur ce peu de fange où nous sommes.

Je ne suis ni dieu ni démon,
Et tu m'as nommé par mon nom
Quand tu m'as appelé ton frère ;
Où tu vas, j'y serai toujours,
Jusques au dernier de tes jours,
Où j'irai m'asseoir sur ta pierre.

Le ciel m'a confié ton coeur.
Quand tu seras dans la douleur,
Viens à moi sans inquiétude.
Je te suivrai sur le chemin ;
Mais je ne puis toucher ta main,
Ami, je suis la Solitude.

Alfred de MUSSET (1810-1857)

De fait, grâce à toi vercors! me revient l'envie de me pencher sur la poésie.
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Message par PJ le Mar 14 Fév 2017 - 19:23



Dernière édition par PJ le Jeu 25 Mai 2017 - 11:34, édité 1 fois
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Message par PJ le Jeu 25 Mai 2017 - 18:16

http://poesie.webnet.fr/home/index.html
J'aime particulièrement aller dans la partie "Les grands classiques" et mettre un "Poème au hasard" en cliquant sur le bouton qui le permet.
Alors je découvre et lis selon le besoin de joie en moi et je fais le test selon la méthode de rangement de Marie Kondo : si lorsque je rentre en contact avec le texte - avec la souris - je suis heureux je le lis.
Sinon - lorsque je déprime au contact - je passe au prochain poème.


Dernière édition par PJ le Mar 30 Mai 2017 - 16:21, édité 7 fois
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Message par Invité le Jeu 25 Mai 2017 - 18:59

Paul VERLAINE   (1844-1896)

Mon rêve familier

Je fais souvent ce rêve étrange et pénétrant
D'une femme inconnue, et que j'aime, et qui m'aime
Et qui n'est, chaque fois, ni tout à fait la même
Ni tout à fait une autre, et m'aime et me comprend.

Car elle me comprend, et mon coeur, transparent
Pour elle seule, hélas ! cesse d'être un problème
Pour elle seule, et les moiteurs de mon front blême,
Elle seule les sait rafraîchir, en pleurant.

Est-elle brune, blonde ou rousse ? - Je l'ignore.
Son nom ? Je me souviens qu'il est doux et sonore
Comme ceux des aimés que la Vie exila.

Son regard est pareil au regard des statues,
Et, pour sa voix, lointaine, et calme, et grave, elle a
L'inflexion des voix chères qui se sont tues

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Message par Invité le Dim 21 Jan 2018 - 12:51

Trèfle


Dernière édition par Hiémale le Mer 24 Jan 2018 - 15:58, édité 1 fois

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Message par Godzilla le Dim 21 Jan 2018 - 12:57

Variations sur Marilou (S. Gainsbourg)

Dans son regard absent
Et son iris absinthe
Tandis que Marilou s'amuse à faire des vol
Utes de sèches au menthol
Entre deux bulles de comic-strip
Tout en jouant avec le zip
De ses Levi's
Je lis le vice
Et je pense à Caroll Lewis.

Dans son regard absent
Et son iris absinthe
Tandis que Marilou s'évertue à faire des vol
Utes de sèches au menthol
Entre deux bulles de comic-strip
Tout en jouant avec son zip
A entrebailler ses Levi's
Dans son regard absent et son iris

Absinthe dis-je je lis le vice
De baby doll
Et je pense à Lewis
Caroll.

Dans son regard absent
Et son iris absinthe
Quand crachent les enceintes
De la sono lançant
Accord de quartes et de quintes
Tandis que Marilou s'esquinte
La santé s'éreinte
A s'envoyer en l'air...

Lorsqu'en un songe absurde
Marilou se résorbe
Que son coma l'absorbe
En pratiques obscures
Sa pupille est absente
Mais son iris absinthe
Sous ses gestes se teinte
D'extases sous-jacentes
A son regard le vice
Donne un côté salace
Un peu du bleu lavasse
De sa paire de Levi's
Et tandis qu'elle exhale
Un soupir au menthol
Ma débile mentale
Perdue en son exil
Physique et cérébral
Joue avec le métal
De son zip et l'atoll
De corail apparaît
Elle s'y coca-colle
Un doigt qui en arrêt
Au bord de la corolle
Est pris près du calice
Du vertige d'Alice
De Lewis Caroll.

Lorsqu'en songes obscurs
Marilou se résorbe
Que son coma l'absorbe
En des rêves absurdes
Sa pupille s'absente
Et son iris absinthe
Subrepticement se teinte
De plaisirs en attente
Perdue dans son exil
Physique et cérébral
Un à un elle exhale
Des soupirs fébriles
Parfumés au menthol
Ma débile mentale
Fais tinter le métal
De son zip et Narcisse
Elle pousse le vice
Dans la nuit bleue lavasse
De sa paire de Levi's
Arrivée au pubis
De son sexe corail
Ecartant la corolle
Prise au bord du calice
De vertigo Alice
S'enfonce jusqu'à l'os
Au pays des malices
De Lewis Caroll.

Pupille absente iris
Absinthe baby doll
Ecoute ses idoles
Jimi Hendrix Elvis
Presley T-Rex Alice
Cooper Lou Reed les Roll
Ing Stones elle en est folle
Là-dessus cette Narcisse
Se plonge avec délice
Dans la nuit bleu pétrole
De sa paire de Levi's
Elle arrive au pubis
Et très cool au menthol
Elle se self contrôle
Son petit orifice
Enfin poussant le vice
Jusqu'au bord du calice
D'un doigt sex-symbole
S'écartant la corolle
Sur fond de rock-and-roll
S'égare mon Alice
Au pays des malices
De Lewis Caroll.
Godzilla
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