Fifrelin

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Re: Fifrelin

Message par ADR le Ven 15 Juil 2016 - 16:16

Théorie du complot en Italien!

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Re: Fifrelin

Message par Fifrelin le Ven 15 Juil 2016 - 17:03

Pourquoi venir polluer mon beau sujet plein de morceau d'un homme que je recompose avec des choses dont je me fiche ? Sad

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Re: Fifrelin

Message par ADR le Ven 15 Juil 2016 - 19:07

Quelle réaction catastrophée...
Demande à la modération de le supprimer si ça te chagrine tant!

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Re: Fifrelin

Message par Fifrelin le Ven 15 Juil 2016 - 19:42

Ha ha, non, ce n'est pas le problème.

Disons que tout ce qui touche de près ou de loin à la politique m’apparaît toujours impur, particulièrement en ce jour, et à côté de mes morceaux choisis préférés.
Le sujet m'intéresse assez peu également, je n'ai pas besoin qu'un site m'explique que le complot est toujours possible, je garde un esprit critique en toute circonstance.
Je ne suis pas des moutons qui crie au complot systématiquement, mais je ne suis pas non plus des moutons qui empêchent de douter sur les versions dites "officielles" des choses...

De toute façon, savoir la vérité, dans les cas où c'est possible (pas pour cette affaire, en tout cas pour le moment), ce n'est pas très important.

Débusquer la vérité pour les autres ne sert à rien. Pour faire de la vérité un contre pouvoir, il faut que les individus accèdent à l'esprit critique, à la découverte de la vérité. Sinon, c'est une dictature de l'esprit contre une autre.

Il faut empêcher les causes qui mènent au terrorisme comme celles qui mènent aux opérations sous faux drapeau (coucou Rainbow Warrior, coucou petits flacons comme preuve irréfutable qu'il faut aller péter les couilles à Saddam).
Traiter les causes des maladies plutôt que les symptômes.
On ne guérira pas les douleurs d'hier soir, on ne ramènera pas les victimes.

Une seule chose est sûre : les responsables sont dans le camp de la destruction, du chaos, contre ceux qui sont dans le camp de l'humanité épanouie.
Et même le camp de la destruction n'existe pas par hasard.

Puisque je veux lutter, je ne pointe pas du doigt, j'essaye d'être quotidiennement une partie de la solution au problème.

Jiddu Krishnamurti a écrit:Mais si vous ne postulez aucun dogme, vous vous trouvez face à face avec la réalité de ce qui est. Alors « cela qui est » est la pensée, le plaisir, la douleur et la peur de la mort. Lorsque l’on comprend la structure de la vie quotidienne – avec ses compétitions, son avidité, ses ambitions, ses luttes pour le pouvoir – on voit, non seulement l’absurdité des théories, des sauveurs, des gourous, mais on peut trouver une fin à la douleur, une fin à toute la structure que la pensée a élaborée.

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Re: Fifrelin

Message par Fifrelin le Lun 18 Juil 2016 - 21:35

Avec ces petits fragments, en fouillant les livres, je cherche à recomposer un homme qui serait moi.

Fifrelin : fragment de semelle n°6 :
(Henri Barbusse, extrait de Clarté, 1919.)
Ce roman n'est plus réédité et difficile à trouver d'occasion.


Qui parlera? Voir, et puis parler... Parler, c'est la même chose que voir, mais c'est plus. La parole éternise la vision. Nous ne portons pas de lumière ; nous sommes des choses d'ombre, puisque le soir nous ferme les yeux, et que, pour nous diriger lorsque le jour n'est plus, nous tendons les mains ; nous ne rayonnons que de paroles ; la vérité se construit par la bouche des hommes. Le vent des paroles, qu'est-ce? C'est notre souffle : Pas toutes les paroles, car il en est d'artificielles et de calquées qui ne font pas corps avec le parleur, mais les paroles profondes, les cris. Dans le cri humain, on sent l'effort de la source. Le cri sort de nous ; il est aussi vivant qu'un enfant. Le cri passe et fait l'appel de la vérité partout au elle se trouve, le cri ramasse le cri.

Il y a une voix basse et sans fin, qui aide ceux qui ne se voient pas et ne se verront pas, et fait qu'ils sont ensemble : les livres; le livre qu'on choisit, le préféré, qu'on ouvre, et qui vous attendait !

Avant, je ne connaissais guère les livres. Maintenant, j'aime ce qu'ils font. J'en ai réuni le plus que j'ai pu. Ils sont là, sur des rayons, avec leurs titres immenses, leurs contenus réguliers et profonds, ils sont là, tout autour de moi, rangés comme des maisons.

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Re: Fifrelin

Message par Fifrelin le Mer 20 Juil 2016 - 8:32

Avec ces petits fragments, en fouillant les livres, je cherche à recomposer un homme qui serait moi.

Fifrelin : fragment de semelle n°7 :
(Louis Aragon, extrait de Aurélien, 1944.)


Il y a une passion si dévorante qu'elle ne peut se décrire. Elle mange qui la contemple. Tous ceux qui s'en sont pris à elle s'y sont pris. On ne peut l'essayer, et se reprendre. On frémit de la nommer : c'est le goût de l'absolu. On dira que c'est une passion rare, et même les amateurs frénétiques de la grandeur humaine ajouteront : malheureusement. Il faut s'en détromper. Elle est plus répandue que la grippe, et si on la reconnait mieux quand elle atteint les coeurs elevés, elle a des formes sordides qui portent ses ravages chez les gens ordinaires, les esprits secs, les tempéraments pauvres. Ouvrez la porte, elle entre et s'installe. Peu lui importe le logis, sa simplicité. Elle est l'absence de résignation. Si l'on veut, qu'on s'en félicite, pour ce qu'elle a pu faire faire aux hommes, pour ce que ce mécontentement a su engendrer de sublime. Mais c'est ne voir que l'exception, la fleur monstrueuse, et même alors regardez au fond de ceux qu'elle emporte dans les parages du génie, vous y trouverez ces flétrissures intimes, ces stigmates de la dévastation qui sont tout ce qui marque son passage sur des individus moins privilégiés du ciel.

Qui a le goût de l'absolu renonce par là même à tout bonheur. Quel bonheur résisterait à ce vertige, à cette exigence toujours renouvelée ? Cette machine critique des sentiments, cette vis a tergo du doute, attaque tout ce qui rend l'existence tolérable, tout ce qui fait le climat du coeur. Il faudrait donner des exemples pour être compris, et les choisir justement dans les formes basses, vulgaires de cette passion pour que par analogie on pût s'élever à la connaissance des malheurs héroïques qu'elle produit.

On sait que le tabès, chez les hommes de l'intelligence, évolue avec rapidité vers les centres nerveux supérieurs, alors que chez la brute ou le végétatif, il se développe plus lentement, et préfère s'en prendre aux centres moteurs. Ce tabès moral dont je parle, lui aussi, suivant les sujets se spécialise : il se porte à ce qui est l'habileté, la manie, l'orgueil, du malheureux qu'il accable. Il brisera la voix du chanteur, jettera de maigreur le jockey à hôpital, brûlera les poumons du coureur à pied ou lui forcera le cœur. Il mènera par une voie étrange la ménagère à l'huile des fous, à, force de propreté, par l'obstination de polir, de nettoyer, qu'elle mettra sur un carreau de sa cuisine, jamais parfait, tandis que le lait file, la maison brûle, ses enfants se noient. Ce sera aussi, sans qu'on la reconnaisse, la maladie de ceux qui n'aiment rien, qui à toute beauté, toute folie opposent le non inhumain, qui vient de même du goût de l'absolu. Tout dépend d'où l'on met cet absolu. Ce peut être dans l'amour, le costume ou la puissance, et vous avez Don Juan, Biron, Napoléon. Mais aussi l'homme aux yeux fermés que vous croisez dans la rue et qui ne parle à personne. Mais aussi l'étrange clocharde qu'on aperçoit le soir sur les bancs près de l'Observatoire, à ranger des chiffons incroyables. Mais aussi le simple sectaire, qui empoisonne la vie de sécheresse. Celui qui meurt de délicatesse et celui qui se rend impossible de grossièreté. Ils sont ceux pour qui rien n'est jamais assez quelque chose.

Le goût de l'absolu... Les formes cliniques de ce mal sont innombrables, ou trop nombreuses pour qu'on se jette à les dénombrer. On voudrait s'en tenir à la description d'un cas. Mais sans perdre de vue sa parenté avec mille autres, avec des maux apparemment si divers, qu'on les croirait sans lien avec le cas considéré, parce qu'il n'y a pas de microscope pour en examiner le microbe, et que nous ne savons pas isoler ce virus que, faute de mieux, nous appelons le goût de absolu...

Pourtant, si divers que soient les déguisement du mal, il peut se dépister à un symptôme commun à toutes les formes, fût-ce aux plus alternantes. Ce symptôme est une incapacité totale pour le sujet d'être heureux. Celui qui a le goût de absolu peut le savoir ou l'ignorer, être porté par lui à la tête des peuples, au front des armées, ou en être paralysé dans la vie ordinaire, et réduit à un négativisme de quartier ; celui qui a le goût de l'absolu peut être un innocent, un fou, un ambitieux ou un pédant, mais il ne peut pas être heureux. De ce qui ferait son bonheur, il exige toujours davantage. Il détruit par une rage tournée sur elle-même ce qui serait son contentement. Il est dépourvu de la plus légère aptitude au bonheur. J'ajouterai qu'il se complaît dans ce qui le consume. Qu'il confond sa disgrâce avec je ne sais quelle idée de la dignité, de la grandeur, de la morale, suivant le tour de son esprit, son éducation, les moeurs de son milieu. Que le goût de l'absolu en un mot ne va pas sans le vertige de l'absolu. Qu'il s'accompagne d'une certaine exaltation, à quoi on le reconnaîtra d'abord, et qui exerçant toujours au point vif, au centre de la destruction, risque de faire prendre à des yeux non prévenus le goût de l'absolu pour le goût du malheur. C'est qu'ils coïncident, mais le goût du malheur n'est ici qu'une conséquence. Il n'est que le goût d'un certain malheur. Tandis que l'absolu, même dans les petites choses, garde son caractère d'absolu.

Les médecins peuvent dire de presque toutes les maladies du corps comment elles commencent, et d'où vient ce qui les introduit dans l'organisme, et combien de jours elles couvent, et tout le secret travail qui précède leur éclosion. Mais nous en sommes encore à l'alchimie des sentiments, ces folies non reconnues, que porte en lui l'homme normal. Les lentes semailles du caractère, les romanciers le plus souvent en exposent sans les expliquer l'histoire, remontant à l'enfance, à l'entourage, faisant appel à hérédité, à la société, à cent principes divers. Il faut bien dire qu'ils sont rarement convaincants, ou n'y parviennent que par des hypothèses heureuses, qui n'ont pas plus de valeur que leur bonheur n'en a. Nous pouvons seulement constater qu'il y a des femmes jalouses, des assassins, des avares, des timides. Il nous faut les prendre formés, quand la jalousie, la furie meurtrière, la timidité, l'avarice nous présentent des portraits différenciés, des portraits saisissants.

D'où lui venait ce goût de l'absolu, je n'en sais rien. Bérénice avait le goût de l'absolu.

C'est sans doute ce qu'avait vaguement senti Edmond Barbentane quand il avait dit de sa cousine que c'était l'enfer chez soi. Que savait-il d'elle ? Rien vraiment. Mais il arrive que les hommes devinent les femmes, par un instinct animal, une expérience de mâle qui vaut bien cette divination féminine dont on nous rebat les oreilles. Aurélien, d'abord éveillé par cette expression surprenante, qui cadrait si mal avec la femme qu'il avait tout d'abord aperçue, l'avait oubliée, quand s'était établi entre Bérénice et lui un rapport plus important que les jugements d'un tiers. Ainsi s'approchait-il du gouffre, après avoir été tenté par le gouffre, ne sachant plus qu'il en était un. Et leur roman, le roman d'Aurélien et de Bérénice était dominé par cette contradiction dont leur première entrevue avait porté le signe : la dissemblance entre la Bérénice qu'il voyait et la Bérénice que d'autres pouvaient voir, le contraste entre cette enfant spontanée, gaie, innocente et l'enfer qu'elle portait en elle, la dissonance de Berénice et de son ombre. Peut-être était-ce là ce qui expliquait ses deux visages, cette nuit et ce jour qui paraissaient deux femmes différentes. Cette petite fille qui s'amusait d'un rien, cette femme qui ne se contentait de rien.

Car Bérénice avait le goût de l'absolu.

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Message par Fifrelin le Jeu 21 Juil 2016 - 8:19

Avec ces petits fragments, en fouillant les livres, je cherche à recomposer un homme qui serait moi.

Fifrelin : fragment de semelle n°8 :
(Lothaire Fifrelin, 2013.)

Sursaut


Combien d'années comme un feu qui s'éteint ?
Demain Novembre sonne
son glas d'habitude
Bienheureux les sourds
qui n'entendent pas encore

Je pense à cette fille
l'automne à sa robe
fuselant
comme le chaume offre la tige

Elle fut précoce
à s'alanguir on dit
que c'est pour ça qu'elle
liseronne
qu'en vain elle fouille les livres
gribouille
tricote anti horaire, ressasse
les choses
(Je crois même qu'elle s'en fait
des mantras
quand dans la glace
Om mani padme hum
elle voit mourir
How many faded homes
le tardillon
How many nights alone...
de son sourire)

Elle ne confie qu'à ceux qui passent
c'est la pudeur des sédentaires
Octobre en fuite
L'envol des grues m'a semblé lourd

Je chausse mes brodequins trempés
Faux voyageur
et faux départ
je bois
toutes les tasses
que mes lacets ont bu

L'envol des grues tombe sur les âmes
comme une toux de clairons
C'est l'annonce

Novembre
spectre en draps noirs
est de retour

Je suis comme elle mais en silence
Le même que vous.
Mais en silence.

Froids depuis si longtemps
la colère ne bout plus
dans le moindre ventre
l'image d'un feu
papier glacé
nuances de gris

C'est tout ce qu'on peut offrir

Ca, et un gouffre
un gouffre où jeter
notre propre gouffre

L'espace des bras
nos bruits raisonnent
jusqu'à se taire
en lassitude

Je ne vois de braises que ce qu'on en trace
des boucles de fusain
en fait
les brûlures du froid

Des mots
Des fantasmes
Un poème

Trois fois rien.

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Re: Fifrelin

Message par Fifrelin le Mer 17 Aoû 2016 - 7:32

Fifrelin : fragment de semelle n°9 :
(Lettre d'Albert Camus à son ami René Char.)

Albert Camus à René Char a écrit:
[Paris] 26 octobre 1951

Mon cher René,

Je suppose que vous avez maintenant reçu L'Homme révolté. La sortie en a été un peu retardée par des embarras d'imprimerie. Naturellement, je réserve pour votre retour un autre exemplaire, qui sera le bon. Bien avant que le livre soit sorti, les pages sur Lautréamont, parues dans les Cahiers du Sud, ont suscité une réaction particulièrement sotte et naïve, et qui se voulait méchante de Breton. Décidément, il n'en finira jamais avec le collège. J'ai répondu, sur un autre ton, et seulement parce que les affirmations gratuites de Breton risquaient de faire passer le livre pour ce qu'il n'était pas. Ceci pour vous tenir au courant de l'actualité bien parisienne, toujours aussi frivole et lassante, comme vous le voyez.

Je le ressens de plus en plus, malheureusement. D'avoir expulsé ce livre m'a laissé tout vide, et dans un curieux état de dépression « aérienne ». Et puis une certaine solitude... Mais ce n'est pas à vous que je peux apprendre cela. J'ai beaucoup pensé à notre dernière conversation, à vous, à mon désir de vous aider. Mais il y a en vous de quoi soulever le monde. Simplement, vous recherchez, nous recherchons le point d'appui. Vous savez du moins que vous n'êtes pas seul dans cette recherche. Ce que vous savez peut-être mal c'est à quel point vous êtes un besoin pour ceux qui vous aiment et, qui sans vous, ne vaudraient plus grand chose. Je parle d'abord pour moi qui ne me suis jamais résigné à voir la vie perdre de son sens, et de son sang. A vrai dire, c'est le seul visage que j'aie jamais connu à la souffrance. On parle de la douleur de vivre. Mais ce n'est pas vrai, c'est la douleur de ne pas vivre qu'il faut dire. Et comment vivre dans ce monde d'ombres ? Sans vous, sans deux ou trois êtres que je respecte et chéris, une épaisseur manquerait définitivement aux choses. Peut-être ne vous ai-je pas assez dit cela, mais ce n'est pas au moment où je vous sens un peu désemparé que je veux manquer à vous le dire. Il y a si peu d'occasions d'amitié vraie aujourd'hui que les hommes en sont devenus trop pudiques, parfois. Et puis chacun estime l'autre plus fort qu'il n'est, notre force est ailleurs, dans la fidélité. C'est dire qu'elle est aussi dans nos amis et qu'elle nous manque en partie s'ils viennent à nous manquer. C'est pourquoi aussi, mon cher René, vous ne devez pas douter de vous, ni de votre œuvre incomparable : ce serait douter de nous aussi et de tout ce qui nous élève. Cette lutte qui n'en finit plus, cet équilibre harassant (et à quel point j'en sens parfois l'épuisement !) nous unissent, quelques-uns, aujourd'hui. La pire chose après tout serait de mourir seul, et plein de mépris. Et tout ce que vous êtes, ou faites, se trouve au-delà du mépris.

Revenez bien vite, en tous cas. Je vous envie l'automne de Lagnes, et la Sorgue, et la terre des Atrides. L'hiver est déjà là et le ciel de Paris a déjà sa gueule de cancer. Faites provisions de soleil et partagez avec nous.

Très affectueusement à vous

A.C.

Amitiés aux Mathieu, aux Roux, à tous

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Message par Saltymbanque le Sam 20 Aoû 2016 - 8:08

j'aime beaucoup ce puzzle.

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Re: Fifrelin

Message par Fifrelin le Dim 21 Aoû 2016 - 9:47

Saltymbanque a écrit:j'aime beaucoup ce puzzle.

Smile

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Re: Fifrelin

Message par Fifrelin le Lun 29 Aoû 2016 - 17:35

Fifrelin : fragment de semelle n°10 :
Mon Frère Le Carso, Scipio Slataper


Mon âme s'était coagulée sous l'égouttement de la vie acide, rageuse, négatrice, qui avait corrodé mon front, creusé mes rides et mes orbites.
Je ne voyais plus la réalité, et je me heurtai sans le savoir à des angles aigus, si bien que les autres me crurent un héros. Je marchais le long de la route déjà tracée, dans le dégoût de moi-même, souhaitant que quelqu'un me bâtonnât à mort.
Une fois même, je décidai de me suicider, mais devant mon miroir je ne pus tuer l'être malignement ironique qui me regardait. La femme qui m'aimait ne détourna pas son visage, mais elle se pendit nerveusement à mon cou et de toute son âme, tenta de me donner un baiser ; mais ses lèvres n'adhérèrent pas aux miennes.
A présent, je suis calme et je voyage dans les express.
Non, non, ce ne fut pas là ma vie, mais je me trouve pourtant inquiet et dérouté. J'ai trouvé des camarades, des amis, avec eux j'ai travaillé ; mais je suis moins intelligent qu'eux. Je ne sais rien dire qui puisse les convaincre. Eux, au contraire, savent discuter et démontrer qu'il faut être persuadé de telle ou telle vérité. Moi je ne suis qu'indécision et contradiction. Il faut se taire et se préparer.
Mais pourquoi ont-ils parfois des crises d'abattement où ils désespèrent de tout ? Celui qui prétend réformer les autres n'a pas le droit d'être faible. Il faut marcher droit devant soi. Accueillir la vie avec amour même lorsqu'elle est lourde. Il faut obéir à son devoir. Eux sont plus intelligents que moi, plus cultivés et plus las.
C'est peut-être que je suis d'une ville jeune et que dans mon passé il y a les buissons du Carso. Je ne suis pas triste, parfois je m'ennuie : alors je me couche et je dors comme une bête qui a besoin d'un temps de léthargie. Je ne suis pas un raffineur. J'ai confiance en moi et dans la loi. J'aime la vie.
Mais les dissertations d'art et de littérature m'ennuient. Je suis un peu étranger à leur monde, et j'en ai de la peine, mais je ne puis me surmonter. J'aime davantage parler avec les gens ordinaires et m'intéresser à leurs intérêts. Il se peut que toute ma vie soit une vaine recherche d'humanité, mais la philosophie et l'art ne me contentent, ni ne me passionnent suffisamment. La vie est plus ample, plus riche. J'ai envie de connaître d'autres pays, d'autres hommes. C'est que je ne suis en rien supérieur aux autres et que la littérature est un métier triste et aride.

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Re: Fifrelin

Message par Fifrelin le Mar 22 Nov 2016 - 9:56

Fifrelin : fragment de semelle n°11 :
Microfractures, Carlo Bordini


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