Fifrelin

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Fifrelin

Message par Fifrelin le Sam 13 Fév 2016 - 16:53

Bonjour, je suis Fifrelin.

J'ai une âme de joueur de flûte, mais quand je vais pour charmer les rats, c'est moi qui me fracasse dans la rivière.
Les villageois me repêchent et chantent Oh Du lieber Augustin et je rétorque que ce n'est pas mon prénom.

Car je me prénomme Fifrelin. Ou Fennimore, ou Lothaire.

Fennimore, j'aime bien. C'est un prénom bâtard, entre Pfennig et Penny. Entre no more et nicht mehr.  
Enfin ça fait fauché, ça fait Fifrelin.  
Un être de peu.

Prêt à s'envoler à la première bourrasque, au premier poste frontière.

Je suis de ces gens qui n'iront pas voir le Danube, car Balbec toisera toujours Cabourg. Ce qui est tache à jamais ce qui peut être.
La nuit je rêve de voyages. Je convole. De Transsibériens en Orient-Express, du Darjeeling d'Anderson aux trains ronflants de réfugiés, de la paille plein les cheveux.  

Sans un sou en poche et le cœur qui tinte de menue monnaie. Léger, enfin.

Comme si le monde était inscrit dans les Rhénanes d'Apollinaire, brodé dans les vues naïves du gamin que je fus.

Enfin, il faudra tout de même se lever. Tabasser le coq électronique et kikerikiter dans ses godasses pour 9 heures de turbin. Une journée à la chaîne, à encanner mon usure dans le fer blanc du quotidien.
Les images moches dans ma télé. Je fermerai les yeux quand on montrera Vienne.

Bah quoi, tout est tellement décevant.

J'ai encore 28 ans. C'est un âge chouette et une période terrible. J'ai peur.
J'ai la peau froide, le cœur lourd et de l'argent sur mon compte.

Mais tout au fond, je reste Fifrelin, au nom qui sonne comme un grelot.


Rock ist weg, Stock ist weg,
Augustin liegt im Dreck,
oh, du lieber Augustin, alles ist hin.



Bienvenue à moi. Vous avez le droit de m'ignorer.

I love you




Dernière édition par Fifrelin le Sam 13 Fév 2016 - 17:07, édité 1 fois

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Re: Fifrelin

Message par Invité le Sam 13 Fév 2016 - 17:02



Bienvenue Smile

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Re: Fifrelin

Message par Invité le Lun 15 Fév 2016 - 1:19

Bienvenue également ! Smile

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Re: Fifrelin

Message par licorneau le Lun 15 Fév 2016 - 3:13

Bienvenu Fifrelin.
A toi de profiter du fofo.

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Re: Fifrelin

Message par Fifrelin le Lun 15 Fév 2016 - 11:23

Merci à vous trois ! Smile

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Re: Fifrelin

Message par Fifrelin le Mer 11 Mai 2016 - 15:39

Kikoo.

Souvent je me demande ce que je fais ici.
A part le troll.
Et le Caliméro.
Qu'est-ce qui me lie à vous ?






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Re: Fifrelin

Message par utilisateurdebase le Mer 11 Mai 2016 - 16:13

hey salut Smile

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Re: Fifrelin

Message par Fifrelin le Lun 4 Juil 2016 - 17:25

TOUS LES MATINS JE DOIS RECOMPOSER UN HOMME

Spoiler:
Encore frissonnant
Sous la peau des ténèbres
Tous les matins je dois
Recomposer un homme
Avec tout ce mélange
De mes jours précédents
Et le peu qui me reste
De mes jours à venir.
Me voici tout entier,
Je vais vers la fenêtre.
Lumière de ce jour,
Je viens du fond des temps,
Respecte avec douceur
Mes minutes obscures,
Epargne encore un peu
Ce que j'ai de nocturne,
D'étoilé en dedans
Et de prêt à mourir
Sous le soleil montant
Qui ne sait que grandir.

Jules Supervielle (La Fable du Monde)

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Re: Fifrelin

Message par Invité le Lun 4 Juil 2016 - 17:35





fifrelin est un escroc :

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Re: Fifrelin

Message par Parisette le Lun 4 Juil 2016 - 17:47

Bonjour Fifrelin,

Magnifique la voix de Léotard sur ce poème d'Aragon.
Quel pseudo de peu d'estime.
Du bist mehr wert als Pfifferling

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Re: Fifrelin

Message par Fifrelin le Lun 4 Juil 2016 - 19:34

Merci Parisette de t'être arrêtée par ici !
Et oui, Léotard / Aragon, sur une Rhénane qui rappelle celles d'Apollinaire, c'est une chose merveilleuse.

Mais ce pseudo, je l'arbore pour la première fois, je l'inaugure ici, et j'en suis très content, je trouve qu'il me va très bien.

Les fifrelins sont des êtres de la frugalité, donc de la discipline et de la joie.

C'est presque un pseudonyme écolo !

A bientôt Smile


Tulpa :

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Re: Fifrelin

Message par Saltymbanque le Lun 4 Juil 2016 - 22:33

tout comme ça que j'appellerai mes enfants Smile

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Re: Fifrelin

Message par Fifrelin le Mar 5 Juil 2016 - 6:33

Fennimore, Lothaire... Fifrelin ! A table !

Ouais, ça le fait.

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Re: Fifrelin

Message par Alaintuitif le Mar 5 Juil 2016 - 7:19

"Fichtre Alain !" elephant

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Re: Fifrelin

Message par Fifrelin le Mar 5 Juil 2016 - 13:23

La plus belle chanson du monde.


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Re: Fifrelin

Message par ADR le Mer 6 Juil 2016 - 14:44

Benvenuto!

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Re: Fifrelin

Message par Fifrelin le Mer 6 Juil 2016 - 15:12

Grazie mille Signora !

Vorrei regalarti una piccola storia scritta e disegnata da Gotlib.


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Re: Fifrelin

Message par Fifrelin le Jeu 7 Juil 2016 - 16:17

Fifrelin : fragment de semelle n°1 :

(Rainer Maria Rilke, extrait de son Journal de Westerwede et de Paris, 1902.)

17 novembre [1902]

Apostat de ses propres mains,
et oublié comme un animal mort, –
et toutes ces résistances étrangères
Et cette révolte contre moi, en moi.
Savoir s’il pourra sortir quelque chose de neuf
de réel et de vaste de tout cela, –
oh, mon cœur est appréhension infinie,
plus craintif que rêve et talisman.
Comme si elle n’est était pas de mon côté,
la vie est en perpétuelle révolte,
et je me souviens encore comment j’ai pris le large
et comme je désirais, enfant, m’en éloigner…
Et c’est resté ainsi des années
comme c’est devenu lors de mes timides débuts ;
sans secours et tristes sont ceux qui m’aiment
et les lointains me fixent, cruels.
Et je pars et je ne sais plus
j’ai oublié ce que je suis venu dire ;
tout le monde veut que je devienne
un batailleur et je suis un fiancé…

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Re: Fifrelin

Message par ADR le Jeu 7 Juil 2016 - 19:19

Grazie!
Ma non ho capito molto perche' sia divertente... semmai dovesse essere divertente Wink


(et donc tu ne saurais pas parler/écrire l'Italien?! Perplexe )

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Re: Fifrelin

Message par Fifrelin le Jeu 7 Juil 2016 - 19:37

ADR a écrit:Grazie!
Ma non ho capito molto perche' sia divertente... semmai dovesse essere divertente Wink

Indizio :
Spoiler:

(et donc tu ne saurais pas parler/écrire l'Italien?! Perplexe )

Si, un minimum, mais soit de façon très basique, soit en prenant pas mal de temps et avec l'aide d'un dico, voire même d'un bouquin de conjugaison italienne Wink

Mais ça va venir...

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Re: Fifrelin

Message par ADR le Jeu 7 Juil 2016 - 20:09

Fifrelin a écrit:
ADR a écrit:Grazie!
Ma non ho capito molto perche' sia divertente... semmai dovesse essere divertente Wink

Indizio :
Spoiler:

Sono ancora piu' persa di prima... sporgersi, nel senso di affezionarsi?!


ADR a écrit:(et donc tu ne saurais pas parler/écrire l'Italien?! Perplexe )
Fifrelin a écrit:Si, un minimum, mais soit de façon très basique, soit en prenant pas mal de temps et avec l'aide d'un dico, voire même d'un bouquin de conjugaison italienne Wink

Mais ça va venir...

Tu ne me sembles pas avoir mis des années lumières pour taper tout cela Wink

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Re: Fifrelin

Message par Fifrelin le Lun 11 Juil 2016 - 16:58

Fifrelin : fragment de semelle n°2 :

Louis Ferdinand Céline a écrit:Nous voici encore seuls. Tout cela est si lent, si lourd, si triste... Bientôt je serai vieux. Et ce sera enfin fini. Il est venu tant de monde dans ma chambre. Ils ont dit bien des choses. Ils ne m'ont pas dit grand-chose. Ils sont partis. Ils sont devenus vieux, misérables et lents chacun dans un coin du monde.

Hier à huit heures Madame Bérenge, la concierge, est morte. Une grande tempête s'élève de la nuit. Tout en haut, où nous sommes, la maison tremble. C'était une douce et gentille fidèle amie. Demain on l'enterre rue des Saules. Elle était vraiment vieille, tout au bout de la vieillesse. Je lui ai dit dès le premier jour quand elle a toussé : "Ne vous allongez surtout pas !... Restez assise dans votre lit !" Je me méfiais. Et pus voilà... Et puis tant pis.

Je n'ai pas toujours pratiqué la médecine, cette merde. Je vais leur écrire qu'elle est morte Madame Bérenge à ceux qui m'ont connu, qui l'ont connue. Où sont-ils ?  

Je voudrais que la tempête fasse encore bien plus de boucan, que les toits s'écroulent, que le printemps ne revienne plus, que notre maison disparaisse.

Elle savait Madame Bérenge que tous les chagrins viennent dans les lettres. Je ne sais plus à qui écrire... Tous ces gens sont loin... Ils ont changé d'âme pour mieux trahir, mieux oublier, parler d'autre chose...

Vieille Madame Bérange, son chien qui louche on le prendra, on l'emmènera...

Tout le chagrin des lettres, depuis vingt ans bientôt, s'est arrêté chez elle. Il est là dans l'odeur de la mort récente, l'incroyable aigre goût... Il vient d'éclore... Il est là... Il rôde... Il nous connaît, nous le connaissons à présent. Il ne s'en ira plus jamais. IL faut éteindre le feu dans la loge. A qui vais-je écrire ? Je n'ai plus personne. Plus un être pour recueillir doucement l'esprit gentil des morts... pour parler après ça plus doucement aux choses... Courage pour soi tout seul !

Sur la fin ma vieille bignole, elle ne pouvait plus rien dire. Elle étouffait, elle me retenait par la main... Le facteur est entré. Il l'a vue mourir. Un petit hoquet. C'est tout. Bien des gens sont venus chez elle autrefois pour me demander. Ils sont repartis loin, très loin dans l'oubli, se chercher une âme. Le facteur a ôté son képi. Je pourrais moi dire toute ma haine. Je sais. Je le ferai plus tard s'ils ne reviennent pas. J'aime mieux raconter des histoires. J'en raconterai de telles qu'ils reviendront, exprès, pour me tuer, des quatre coins du monde. Alors ce sera fini et je serai bien content.

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Re: Fifrelin

Message par Fifrelin le Mar 12 Juil 2016 - 18:15

Fifrelin : fragment de semelle n°3 :

(Rainer Maria Rilke, extrait des Cahiers de Malte Laurids Brigge.)


C’est ridicule. Je suis assis dans ma petite chambre, moi, Brigge, âgé de vingt-huit ans, et qui ne suis connu de personne. Je suis assis ici et ne suis rien. Et cependant ce néant se met à penser et, à son cinquième étage, par cette grise après-midi parisienne, pense ceci :

Est-il possible, pense-t-il, qu’on n’ait encore rien vu, reconnu et dit de vivant ? Est-il possible qu’on ait eu des millénaires pour observer, réfléchir et écrire, et qu’on ait laissé passer ces millénaires comme une récréation pendant laquelle on mange sa tartine et une pomme ?

Oui, c’est possible.

Est-il possible que, malgré inventions et progrès, malgré la culture, la religion et la connaissance de l’univers, l’on soit resté à la surface de la vie ? Est-il possible que l’on ait même recouvert cette surface – qui après tout eût encore été quelque chose – qu’on l’ait recouverte d’une étoffe indiciblement ennuyeuse, qui la fait ressembler à des meubles de salon pendant les vacances d’été ?

Oui, c’est possible.

Est-il possible que toute l’histoire de l’univers ait été mal comprise ? Est-il possible que l’image du passé soit fausse, parce qu’on a toujours parlé de ses foules comme si l’on ne racontait jamais que des réunions d’hommes, au lieu de parler de celui autour de qui ils s’assemblaient, parce qu’il était étranger et mourant.

Oui, c’est possible.

Est-il possible que nous croyions devoir rattraper ce qui est arrivé avant que nous soyons nés ? Est-il possible qu’il faille rappeler à tous, l’un après l’autre, qu’ils sont nés des anciens, qu’ils contiennent par conséquent ce passé, et qu’ils n’ont rien à apprendre d’autres hommes qui prétendent posséder une connaissance meilleure ou différente ?

Oui, c’est possible.

Est-il possible que tous ces gens connaissent parfaitement un passé qui n’a jamais existé ? Est-il possible que toutes les réalités ne soient rien pour eux ; que leur vie se déroule et ne soit attachée à rien, comme une montre oubliée dans une chambre vide ?

Oui, c’est possible.

Est-il possible que l’on ne sache rien de toutes les jeunes filles qui vivent cependant ? Est-il possible que l’on dise : « les femmes », « les enfants », « les garçons » et qu’on ne se doute pas, que, malgré toute sa culture, l’on ne se doute pas que ces mots, depuis longtemps, n’ont plus de pluriel, mais n’ont qu’infiniment de singuliers.

Oui, c’est possible.

Est-il possible qu’il y ait des gens qui disent : « Dieu » et pensent que ce soit là un être qui leur est commun. Vois ces deux écoliers : l’un s’achète un couteau de poche, et son voisin, le même jour, s’en achète un identique. Et après une semaine ils se montrent leurs couteaux et il apparaît qu’il n’y a plus entre les deux qu’une lointaine ressemblance, tant a été différent le sort des deux couteaux dans les mains différentes.

« Oui, dit la mère de l’un, s’il faut que vous usiez toujours tout… »

Et encore : Est-il possible qu’on croie pouvoir posséder un Dieu sans l’user ?

Oui, c’est possible.

Mais si tout cela est possible, si tout cela n’a même qu’un semblant de possibilité, mais alors il faudrait, pour l’amour de tout au monde, il faudrait que quelque chose arrivât. Le premier venu, celui qui a eu cette pensée inquiétante, doit commencer à faire quelque chose de ce qui a été négligé ; si quelconque soit-il, si peu désigné, puisqu’il n’y en a pas d’autre. Ce Brigge, cet étranger, ce jeune homme insignifiant devra s’asseoir et, à son cinquième étage, devra écrire, écrire jour et nuit. Oui, il devra écrire, c’est ainsi que cela finira.

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Re: Fifrelin

Message par Fifrelin le Mer 13 Juil 2016 - 15:53

Fifrelin : fragment de semelle n°4 :

(Rainer Maria Rilke, extrait des Cahiers de Malte Laurids Brigge.)


L’ai-je déjà dit ? J’apprends à voir. Oui, je commence. Cela va encore mal. Mais je veux employer mon temps.


Je songe par exemple que jamais encore je n’avais pris conscience du nombre de visages qu’il y a. Il y a beaucoup de gens, mais encore plus de visages, car chacun en a plusieurs. Voici des gens qui portent un visage pendant des années. Il s’use naturellement, se salit, éclate, se ride, s’élargit comme des gants qu’on a portés en voyage. Ce sont des gens simples, économes ; ils n’en changent pas, ils ne le font même pas nettoyer. Il leur suffit, disent-ils, et qui leur prouvera le contraire ? Sans doute, puisqu’ils ont plusieurs visages, peut-on se demander ce qu’ils font des autres. Ils les conservent. Leurs enfants les porteront. Il arrive aussi que leurs chiens les mettent. Pourquoi pas ? Un visage est un visage.


D’autres gens changent de visage avec une rapidité inquiétante. Ils essaient l’un après l’autre, et les usent. Il leur semble qu’ils doivent en avoir pour toujours, mais ils ont à peine atteint la quarantaine que voici déjà le dernier. Cette découverte comporte, bien entendu, son tragique. Ils ne sont pas habitués à ménager des visages ; le dernier est usé après huit jours, troué par endroits, mince comme du papier, et puis, peu à peu, apparaît alors la doublure, le non-visage, et ils sortent avec lui.


Mais la femme, la femme : elle était tout entière tombée en elle-même, en avant, dans ses mains. C’était à l’angle de la rue Notre-Dame-des-Champs. Dès que je la vis, je me mis à marcher doucement. Quand de pauvres gens réfléchissent, on ne doit pas les déranger. Peut-être finiront-ils encore par trouver ce qu’ils cherchent.


La rue était vide ; son vide s’ennuyait, retirait mon pas de sous mes pieds et claquait avec lui, de l’autre côté de la rue, comme avec un sabot. La femme s’effraya, s’arracha d’elle-même. Trop vite, trop violemment, de sorte que son visage resta dans ses deux mains. Je pouvais l’y voir, y voir sa forme creuse. Cela me coûta un effort inouï de rester à ces mains, de ne pas regarder ce qui s’en était dépouillé. Je frémissais de voir ainsi un visage du dedans, mais j’avais encore bien plus peur de la tête nue, écorchée, sans visage.

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Re: Fifrelin

Message par Fifrelin le Ven 15 Juil 2016 - 14:04

Avec ces petits fragments, en fouillant les livres, je cherche à recomposer un homme qui serait moi.

Fifrelin : fragment de semelle n°5 :

(Boris Vian, extrait de L'Herbe Rouge.)


Dans quel sens, demanda aussitôt Monsieur Brul, vos études vous ont-elles formé ? Ne vous contentez pas de remonter à votre première enfance, je vous en prie. Quel fut le résultat de tout ce travail – car il y eut un travail de votre part, et une assiduité, peut-être extérieure, certaine ; or une régularité d’habitudes ne peut manquer d’agir sur un individu lorsqu’elle persiste un temps assez long.

– Assez long…, répéta Wolf. Quel calvaire ! Seize ans… seize ans le cul sur des bancs durs… seize ans de combines et d’honnêteté alternées. Seize ans d’ennui – qu’en reste-t-il ? Des images isolées, infimes… l’odeur des livres neufs le premier octobre, les feuilles que l’on dessinait, le ventre dégoûtant de la grenouille disséquée en travaux pratiques, avec son odeur de formol, et les derniers jours de l’année où l’on s’aperçoit que les professeurs sont des hommes parce qu’ils vont partir en vacances et que l’on est moins nombreux. Et toutes ces grandes peurs dont on ne sait plus la cause, les veilles d’examens… Une régularité d’habitudes… ça se bornait à cela… mais savez-vous, Monsieur Brul, que c’est ignoble d’imposer à des enfants une régularité d’habitudes qui dure seize ans ? Le temps est faussé, Monsieur Brul. Le vrai temps n’est pas mécanique, divisé en heures, toutes égales… le vrai temps est subjectif… on le porte en soi… Levez-vous à sept heures tous les matins… Déjeunez à midi, couchez-vous à neuf heures… et jamais vous n’aurez une nuit à vous… jamais vous ne saurez qu’il y a un moment, comme la mer s’arrête de descendre et reste, un temps, étale, avant de remonter, où la nuit et le jour se mêlent et se fondent, et forment une barre de fièvre pareille à celle que font les fleuves à la rencontre de l’Océan. On m’a volé seize ans de nuit, Monsieur Brul. On m’a fait croire, en sixième, que passer en cinquième devait être mon seul progrès… en première, il m’a fallu le bachot… et ensuite, un diplôme… Oui, j’ai cru que j’avais un but, Monsieur Brul… et je n’avais rien… J’avançais dans un couloir sans commencement, sans fin, à la remorque d’imbéciles, précédant d’autres imbéciles. On roule la vie dans des peaux d’ânes. Comme on met dans des cachets les poudres amères, pour vous les faire avaler sans peine… mais voyez-vous, Monsieur Brul, je sais maintenant que j’aurais aimé le vrai goût de la vie.

Monsieur Brul se frotta les mains sans rien dire, puis se tira les doigts et les fit craquer vigoureusement, chose désagréable pensa Wolf.

– Voilà pourquoi j’ai triché, conclut Wolf. J’ai triché… pour n’être que celui qui réfléchit dans sa cage, car j’y étais tout de même avec ceux qui restaient inertes… et je n’en suis pas sorti une seconde plus tôt. Certes, ils ont pu croire que je me soumettais, que je faisais comme eux, et cela satisfaisait mon souci de l’opinion d’autrui. – Pourtant, tout ce temps-là, je vivais ailleurs… j’étais paresseux et je pensais à autre chose.

– Écoutez, dit Monsieur Brul, je ne vois point de tricherie là-dedans. Paresseux ou non, vous êtes venu à bout de vos études, et dans un rang honorable. Que vous ayez pensé à autre chose n’implique en rien votre culpabilité.

– Ça m’a usé, Monsieur Brul, dit Wolf. Je hais les années d’études parce qu’elles m’ont usé. Et je hais l’usure.

Il frappa le bureau du plat de la main.

– Regardez, dit-il. Ce vieux bureau. Tout ce qui entoure les études est comme ça. Des vieilles choses sales, poussiéreuses. De la peinture qui tombe en croûtes malsaines. Des lampes pleines de poussière et de chiures de mouches. De l’encre partout. Des trous dans les tables tailladées au canif. Des vitrines avec des oiseaux empaillés, pleins de vers. Des salles de chimie qui empestent, des gymnases minables et mal aérés, du mâchefer dans les cours. Et des vieux professeurs idiots. Des gâteux. Une école de gâtisme. L’instruction… Et tout ça vieillit mal. Ça tourne en lèpre. Ça s’use à la surface et on voit ce qu’il y a dessous. Une matière moche.

Monsieur Brul parut se renfrogner légèrement et son long nez se plissa avec un soupçon de désapprobation.

– Nous nous usons tous…, dit-il.

– Oui certes, répondit Wolf ; pas tout à fait de cette façon. Nous nous exfolions… notre usure vient du centre. C’est moins laid.

– L’usure n’est pas une tare, dit Monsieur Brul.

– Si, répondit Wolf. On doit avoir honte de s’user.

– Mais, objecta Monsieur Brul, tout le monde en est là.

– Qu’importe, dit Wolf, si l’on a vécu. Mais que l’on commence par cela, voilà contre quoi je me suis dressé. Voyez-vous, Monsieur Brul, mon point de vue est simple : aussi longtemps qu’il existe un endroit où il y a de l’air, du soleil et de l’herbe, on doit avoir regret de ne point y être. Surtout quand on est jeune.

– Revenons à notre sujet, dit Monsieur Brul.

– Nous y sommes en plein, dit Wolf.

– N’avez-vous rien en vous que vous puissiez mettre à l’actif de vos études ?

– Ah…, dit Wolf… Monsieur Brul vous avez tort de me demander cela…

– Pourquoi ? dit Monsieur Brul. Moi, vous savez, ça m’est extraordinairement égal.

Wolf le regarda et l’ombre d’une déception de plus passa devant ses yeux.

– Oui, dit-il… excusez-moi.

– Cependant, dit Monsieur Brul, je dois le savoir.

Wolf fit oui avec sa tête et se mordit la lèvre inférieure avant de commencer.

– On ne vit pas impunément, dit-il, dans un temps compartimenté, sans en retirer le goût facile d’un certain ordre apparent. Et quoi de plus naturel, ensuite, que de l’étendre à ce qui vous entoure…

– Rien de plus naturel, dit Monsieur Brul, bien que vos deux affirmations soient en réalité caractéristiques de votre esprit propre et non de celui de tous, mais passons.

– J’accuse mes maîtres, dit Wolf, de m’avoir par leur ton et celui de leurs livres, fait croire à une immobilité possible du monde. D’avoir figé mes pensées à un stade déterminé (lequel n’était point défini, d’ailleurs sans contradictions de leur part) et de m’avoir fait penser qu’il pouvait exister un jour, quelque part, un ordre idéal.

– Eh bien, dit Monsieur Brul, c’est une croyance qui peut vous encourager, ne le pensez-vous pas ?

– Lorsque l’on s’aperçoit que l’on n’y accédera jamais, dit Wolf, et qu’il faut en abandonner la jouissance à des générations aussi lointaines que sont les nébuleuses du ciel, cet encouragement se résout en désespoir et vous précipite au fond de vous-même comme l’acide sulfurique précipite les sels de baryum. Ceci dit, pour rester dans la note scolaire. Encore, dans le cas du baryum, le précipité est-il blanc.

– Je sais, je sais, dit Monsieur Brul. Ne vous perdez pas dans des commentaires sans intérêt.
Wolf le regarda méchamment.

– Ça suffit, dit-il. Je vous en ai assez dit. Débrouillez-vous comme ça.

Monsieur Brul fronça le sourcil et ses doigts tapotèrent la table.

– Seize ans de votre vie, dit-il, et vous en avez assez dit. C’est tout ce que ça vous a fait. Vous traitez ça par-dessous la jambe.

– Monsieur Brul, dit Wolf en martelant ses mots, écoutez ce que je vais vous répondre. Écoutez bien. Vos études, c’est de la blague. C’est ce qu’il y a de plus facile au monde. On essaye de faire croire aux gens, depuis des générations, qu’un ingénieur, qu’un savant, c’est un homme d’élite. Eh bien, je rigole ; et personne ne s’y trompe, – sauf les prétendus hommes d’élite eux-mêmes – Monsieur Brul, c’est plus difficile d’apprendre la boxe que les mathématiques. Sinon, il y aurait plus de classes de boxeurs que de classes de calcul dans les écoles. C’est plus difficile de devenir un bon nageur que de savoir écrire en français. Sinon, il y aurait plus de maîtres baigneurs que de professeurs de français. Tout le monde peut être bachelier, Monsieur Brul… et d’ailleurs, il y a beaucoup de bacheliers, mais comptez le nombre de ceux qui sont capables de prendre part à des épreuves de décathlon. Monsieur Brul, je hais mes études, parce qu’il y a trop d’imbéciles qui savent lire : et ces imbéciles ne s’y trompent pas, qui s’arrachent les journaux sportifs et glorifient les gens du stade. Et mieux vaudrait apprendre à faire l’amour correctement que de s’abrutir sur un livre d’histoire.

Monsieur Brul leva une main timide.

– Ce n’est pas moi qui dois vous questionner là-dessus, dit-il. Ne sortez pas du sujet, encore une fois.

– L’amour est une activité physique aussi négligée que les autres, dit Wolf.

– Possible, répondit Monsieur Brul, mais on lui consacre en général un chapitre spécial.

– Bon, dit Wolf, n’en parlons plus. Vous savez maintenant ce que j’en pense, de vos études. De votre gâtisme. De votre propagande. De vos livres. De vos classes puantes et de vos cancres masturbés. De vos cabinets pleins de merde et de vos chahuteurs sournois, de vos normaliens verdâtres et lunettards, de vos polytechniciens poseurs, de vos centraux confits dans la bourgeoisie, de vos médecins voleurs et de vos juges véreux… bon sang… parlez-moi d’un bon match de boxe… c’est truqué aussi, mais au moins ça soulage.

– Ça ne soulage que par contraste, dit Monsieur Brul. S’il y avait autant de boxeurs que d’étudiants, on porterait en triomphe le premier du Concours général.

– Peut-être, dit Wolf, mais on a choisi de propager la culture intellectuelle. Tant mieux pour la physique… Et maintenant, si vous pouviez me foutre la paix, ça m’arrangerait singulièrement.
Il prit sa tête dans ses mains et cessa de regarder Monsieur Brul pendant quelques instants. Lorsqu’il releva les yeux, Monsieur Brul avait disparu et il se trouvait assis au milieu d’un désert de sable doré ; la lumière semblait sourdre de toutes parts et un vague bruit de vagues venait de derrière lui.

Fifrelin
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