Racontes moi, inventes moi des histoires simples de la simple vie

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Re: Racontes moi, inventes moi des histoires simples de la simple vie

Message par I am so sure le Lun 12 Sep 2016 - 19:25

— Le bateau ne peut pas durer, grogna-t-il. Ses jointures bâillent déjà. Si c'était seulement un canot avec avirons, nous l'aurions tiré de là ; mais un baquet percé, rien à faire. Findlayson Sahib, nous coulons. 
— Accha ! Je m'en vais. Viens-t'en aussi. 
En esprit, Findlayson s'était déjà échappé du bateau, et il planait en cercles dans l'air, en quête d'un endroit où poser la plante de son pied. Son corps — il rougissait vraiment de sa sotte impuissance — restait à l'arrière du bateau, dans l'eau jusqu'aux genoux. 
« Comme c'est ridicule ! Se disait-il en lui-même du haut de son aire ; ça — c'est Findlayson — architecte du pont de Kashi. Le
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pauvre être va se noyer par-dessus le marché. Se noyer si près du bord. J'y suis, j'y suis déjà sur le bord, moi. Pourquoi ne vient-il pas ? » 
À son profond dégoût, il se retrouva l'âme rejointe au corps, et ce corps en train de gargouiller et de suffoquer en eau profonde. La souffrance qui résulta de cette réunion fut atroce, mais cependant nécessaire pour lutter et sauver le corps. Il eut conscience de se cramponner désespérément à du sable humide et de faire des enjambées prodigieuses comme on fait en rêve pour ne pas perdre pied dans l'eau bouillonnante, jusqu'au moment où il se hissa hors de l'étreinte du fleuve et tomba, pantelant, sur la terre humide. 
— Ce n'est pas pour cette nuit, lui dit Peroo à l'oreille. Les dieux nous ont protégés. 
Le Lascar posait avec circonspection ses pieds qui bruissaient parmi les souches desséchées. 
— C'est quelque île à indigo de l'an dernier, continua-t-il. Nous ne trouverons pas d'hommes ici ; mais prenez bien garde, Sahib : la crue a fait sortir tous les serpents à cent milles à la ronde. Voici venir les éclairs, sur les pas du vent. Maintenant nous allons y voir ; mais marchez avec précaution. 
Findlayson planait loin, bien loin, au-dessus de la crainte des serpents, ou même de toute émotion purement humaine. Sa vue, après qu'il se fut frotté les yeux pour en chasser l'eau, prit une netteté extraordinaire ; il foula le sol, lui parut-il, à gigantesques pas qui franchissaient des mondes à la fois. Quelque part dans la nuit des temps, il avait construit un pont, — un pont sur d'infinies étendues de mers étincelantes — mais le déluge l'avait balayé, ne laissant que cette île sous le ciel pour Findlayson et son compagnon, seuls survivants de la race des hommes. 
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D'incessants éclairs, fourchus et bleus, montraient tout ce qu'il y avait à voir sur l'étroit lopin de terre cerné par l'inondation, un buisson d'épines, un bouquet de bambous qui pliaient et craquaient au vent, et un pipal gris et noueux qui jetait son ombre sur un petit sanctuaire hindou, dont le dôme faisait flotter un pavillon rouge en loques. Le saint homme dont c'était la résidence d'été l'avait depuis longtemps abandonnée, et les intempéries avaient fendu l'image barbouillée de rouge du dieu. Les deux hommes trébuchèrent, les membres et les yeux également alourdis, sur les cendres d'un âtre de briques, et se laissèrent tomber sous l'abri des branches, tandis que la pluie et le fleuve rugissaient de concert. 
Les souches de l'indigo craquèrent, et une odeur d'étable passa dans l'air, tandis qu'un grand taureau brahmane, tout dégouttant d'eau, se frayait du poitrail sa route jusqu'à l'arbre. Les éclairs révélèrent la marque en trident de Shiva sur son flanc, l'insolence du mufle et de la bosse, les yeux phosphorescents comme des yeux de cerf, le front couronné d'une guirlande de soucis détrempés, et le fanon soyeux qui touchait presque terre. On entendait derrière lui d'autres bêtes monter à travers le fourré, du bord de la rivière gonflée, des bruits de pieds pesants et d'haleines profondes. 
— En voici d'autres que nous, dit Findlayson, la tête appuyée au tronc de l'arbre, le regard coulé entre ses paupières mi-closes et le cœur tout à fait à l'aise. 
— Sûrement, dit Peroo d'une voix épaisse, et non des moindres. 
— Qui sont-ils donc ? Je ne distingue pas. 
— Les dieux. Qui seraient-ce ? Regardez ! 
— Ah, c'est vrai ! Les dieux sans doute… les dieux.
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Findlayson sourit, tandis que sa tête tombait sur sa poitrine. Peroo avait éminemment raison. Après la crue, qui pouvait demeurer encore en vie dans le pays, sinon les dieux qui l'avaient faite — les dieux que son village invoquait — les dieux qui sont dans la bouche comme sur le chemin de tous les hommes ? Il ne pouvait pas plus lever la tête que remuer un doigt dans l'extase léthargique où il était plongé, et Peroo souriait d'un air absent à la foudre. 
Le taureau s'arrêta près de l'autel, la tête basse au ras de la terre humide. Un perroquet vert parmi les branches lissa ses ailes mouillées et cria contre le tonnerre, tandis que le cercle dessiné sous l'arbre s'emplissait d'ombres bestiales et mouvantes. Aux talons du taureau marchait un daim noir — un daim comme Findlayson, aux jours lointains de sa vie terrestre, en eût pu voir en rêve — un daim au chef royal, au dos d'ébène, au ventre d'argent, aux cornes droites et luisantes. À côté de lui, la tête au ras du sol, ses yeux verts comme des braises dans ses orbites caves, la queue fouettant sans trêve l'herbe morte, panse pleine et mufle pesant, une tigresse venait. 
Le taureau se coucha près de l'autel, et d'un bond jaillit de l'ombre un monstrueux singe gris, qui s'assit comme un homme à la place de l'idole abattue, tandis que la pluie s'égrenait en joyaux des poils de son col et de ses épaules. 
D'autres ombres allaient et venaient en arrière du cercle, parmi lesquelles un homme ivre qui brandissait un épieu et un flacon. Alors un beuglement rauque s'éleva de terre : 
— La crue diminue déjà, prononça-t-il. Heure par heure l'eau tombe, leur pont tient encore ! 
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« Mon pont, se dit Findlayson à lui-même. Ce doit être une bien vieille histoire à présent. Qu'est-ce que les dieux ont à faire avec mon pont ? » 
Ses yeux chavirèrent dans l'ombre d'où partait le rugissement. Un crocodile femelle — le Mugger du Gange, au nez camus, qui hante les gués — rampa dans la boue jusque devant les bêtes, en faisant siffler furieusement sa queue de droite et de gauche. 
— Ils l'ont fait trop solide pour moi. De toute la nuit je n'ai arraché qu'une poignée de planches. Les murs tiennent ! Les tours tiennent ! Ils ont enchaîné ma crue et mon fleuve n'est plus libre. O immortels, levez ce joug ! Rendez-moi mon flot libre de rive à rive ! C'est moi, Gunga, la Mère, qui parle. Justice des dieux ! J’invoque la justice des dieux ! 
— Qu'avais-je dit ? Murmura Peroo. C'est bien un conseil des dieux. Nous savons maintenant que le monde a péri, sauf vous et moi, Sahib. 
Le perroquet cria et battit de nouveau des ailes, et la tigresse, les oreilles couchées, miaula férocement. 
Quelque part, dans l'ombre, une grande trompe, des défenses luisantes se balançaient lentement, et un gargouillement sourd rompit le silence qui venait de tomber. 
— Nous sommes ici, dit une voix grave, nous autres les puissants. Nous ne sommes qu'un, et nombreux, pourtant Shiva, mon père, est ici, avec Indra. Kali a déjà parlé, Hanuman écoute aussi. 
— Kashi n'a pas de Kotwal ce soir, cria l'homme à la bouteille, en jetant son épieu à terre, tandis que l'île retentissait de l'aboiement des chiens. Qu'on lui accorde la justice des dieux !
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— Vous n'avez pas bougé lorsqu'ils polluaient les eaux ! Cria le grand crocodile. Vous n'avez pas fait un signe quand mon fleuve s'est trouvé pris au piège des murailles. Je n'avais de recours qu'en ma force et voici qu'elle a failli — la force de la Mère Gunga — devant leurs tours de garde. Que pouvais-je faire ? J'ai tout essayé. Est-ce fini maintenant, puissances immortelles ? 
— J'ai apporté la mort ; j'ai mené le mal tacheté de hutte en hutte parmi leurs travailleurs, et ils n'ont pas cessé malgré cela. (Un âne aux naseaux fendus, au poil usé, boiteux, les jambes en ciseaux, couvert de plaies, sortit de l'ombre clopin-clopant.) Je leur ai soufflé la mort par mes narines et ils n'ont point cessé. 
Peroo aurait voulu bouger, mais la torpeur de l'opium le clouait sur place. 
— Bah ! dit-il, en crachant. C'est Mata — la petite vérole. Le Sahib a-t-il un mouchoir à se mettre sur le visage ? 
— Pauvre secours ! Ils me nourrirent un mois de cadavres que je rejetais sur mes grèves de sable, mais leur œuvre continuait. Ce sont des démons et des fils de démons ! Et vous avez abandonné la Mère Gunga seule aux dérisions de leurs chariots à feu ! La justice des dieux sur les bâtisseurs de ponts ! 
Le taureau rumina un instant et répondit avec lenteur. 
— Si la justice des dieux atteignait tous ceux qui raillent les choses saintes, que d'autels désertés il y aurait sur la terre, ô Mère ! 
— Mais ceci dépasse la moquerie, dit la tigresse, en projetant en avant une patte aux griffes roides. Tu sais, Sahib, et vous de même, Immortels, vous savez ; vous savez qu'ils ont profané
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Gunga. Sûrement, une telle offense relève du Destructeur. Qu'Indra juge. 
Le daim répondit sans bouger. 
— Depuis combien de temps ce mal dure-t-il ? 
— Trois années, suivant la manière de compter des hommes, dit le Mugger, tapi tout contre terre. 
— La Mère Gunga meurt-elle donc dans une année qu'elle soit si impatiente de tirer sa vengeance ? La mer profonde était hier encore à la place où elle coule, et la mer à nouveau la couvrira demain, au gré dont les dieux mesurent ce que les hommes appellent le temps. Qui peut dire : « Demain ce pont sera debout encore ? » dit le daim. 
Il y eut un long silence et, dans l'éclaircie de l'orage, la pleine lune monta derrière les arbres ruisselants. 
— Prononce alors, dit la rivière d'un ton de sourde rancune. J'ai proclamé ma honte. La crue retombe. Je n'en puis plus. 
— Pour ma part (c'était la voix du grand singe assis dans le temple), il me plaît assez de regarder faire ces hommes, me souvenant que moi aussi j'ai construit un pont, un grand pont, au temps de la jeunesse du monde. 
— On dit encore, grogna le tigre, que ces hommes sont issus des restes de tes armées, Hanuman ; partant, tu serais complice… 
— Ils besognent comme mes armées firent dans Lanka, et ils croient durable le fruit de leurs travaux. Indra demeure trop
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haut ; mais toi, Shiva, tu sais s'ils ont couvert la face du pays du réseau de leurs chars à feu. 
— Oui, je sais, dit le taureau. Leurs dieux les ont instruits en cette matière. 
Un rire courut à la ronde. 
— Leurs dieux ! Que savent-ils, leurs dieux ? Ils sont nés d'hier et ceux qui les ont faits sont à peine refroidis, s'écria le Mugger. Demain leurs dieux mourront. 
— Oh ! dit Peroo. La Mère Gunga parle d'or. J'ai dit cela au Padre Sahib qui prêchait sur le Mombassa, et il a demandé au Burra Malum de me mettre aux fers pour grave insolence. 
— Assurément ils font ces choses pour complaire à leurs dieux, dit de nouveau le taureau. 
— Pas tout à fait, articula l'éléphant avec lenteur. C'est pour le profit de mes mahajuns — de mes gras usuriers qui m'honorent à chaque nouvelle année et dessinent mon image en tête de leurs livres de comptes. Je regarde par-dessus leur épaule à la lueur des lampes, et je vois que les noms dans les livres sont ceux d'hommes habitant des contrées lointaines — car toutes les villes sont reliées ensemble par les chars à feu, et l'argent va et vient promptement, et les livres de comptes deviennent aussi gros que… moi-même. Et moi qui suis Ganesh de la Bonne Fortune, je bénis mes peuples. 
— Ils ont changé l'aspect de cette terre — qui est la mienne. Ils ont tué sur mes bords et bâti des villes nouvelles, dit le Mugger. 
— Ce n'est qu'un peu de boue qui change de place. Que la boue fouille la boue, s'il plaît à la boue, répondit l'éléphant.
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— Mais ensuite ? dit le tigre. Ensuite ils verront que la Mère Gunga ne peut venger aucune insulte, et ils se détacheront d'elle, et plus tard de nous tous, un par un. À la fin, Ganesh, on nous délaissera sur nos autels vides. 
L'homme ivre se mit debout en chancelant et hoqueta avec véhémence au front des dieux assemblés : 
— Kali ment. Ma sœur ment. Mon épieu est aussi le Kotwal de Kashi. C'est lui qui tient le compte de mes pèlerins. Quand le temps vient d'honorer Bhairon — ce temps-là, c'est toujours — les chars à feu se mettent en marche l'un après l'autre et chacun porte mille pèlerins. Ils ne viennent plus à pied, mais roulent sur des roues, et mon honneur s'en accroît. 
— Gunga, j'ai vu ton lit, à Prayag, noir de pèlerins, dit le singe, en se penchant en avant, et sans le char à feu ils seraient venus moins vite et moins nombreux, souviens-t'en. 
— Ils viennent toujours à moi, poursuivit Bhairon d'une voix épaisse. Jour et nuit il me prie, le petit peuple, du bord des champs et des routes. Qui vaut Bhairon aujourd'hui ? Que parlet-on ici de fois qui changent ? Est-ce pour rien que mon bâton est le Kotwal de Kashi ? Il tient le compte et il dit que jamais il n'y eut autant d'autels qu'aujourd'hui, et que le char à feu sert leur culte comme il sied. Bhairon suis-je… Bhairon du bas peuple, et le premier en ces jours parmi les immortels. Mon épieu dit aussi… 
— Paix, toi ! Beugla le taureau. Le culte des écoles est le mien, et l'on y parle avec sagesse ; on y discute pour savoir si je suis un ou multiple ; mon peuple se plaît à ces choses ; mais vous savez du moins, vous autres, qui je suis. Kali, mon épouse, tu le sais également. 
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— Oui, je le sais, dit la tigresse, qui courba la tête. 
— Je suis plus grand que Gunga même. Car vous savez ce qui inclina les esprits des hommes à nommer Gunga sainte entre tous les fleuves. Qui meurt dans cette eau — vous connaissez la croyance des hommes — vient à nous sans châtiment, et Gunga sait que le char à feu lui a conduit par vingtaines des fidèles tous jaloux d'une telle fin, et Kali sait qu'elle a tenu ses plus belles fêtes parmi les pèlerinages que nourrit le chariot à feu. Qui donc, à Pooree4, sous la statue du dieu, frappa mille victimes en un jour et une nuit, puis, attachant le fléau derrière les roues des chars à feu, le fit courir d'un bout du pays à l'autre ? Qui donc, sinon Kali ? Avant les chars à feu, la tâche était plus dure. Les chars à feu t'ont grandement servie, ô mère d'extermination. Mais je parle pour mes propres autels, moi qui ne suis pas Bhairon du petit peuple, mais Shiva. Les hommes vont ça et là, fabriquant des mots et racontant des histoires au sujet des dieux étrangers, et j'écoute. Les croyances se succèdent parmi mon peuple dans les écoles, et je suis sans colère ; car, lorsque les mots sont dits et qu'on est las des légendes nouvelles, c'est à Shiva que les hommes reviennent à la fin. 
— Il dit vrai, murmura Hanuman. C'est à Shiva et aux autres qu'ils retournent, ô Mère. Je me glisse de temple en temple dans le Nord, où ils adorent un dieu et son prophète, et bientôt mon image régnera seule dans leurs sanctuaires. 
— Est-ce tout ? Dit le daim, en tournant lentement la tête. Je suis ce dieu-là, et son prophète aussi. 
— Il est vrai, Père, dit Hanuman. Et quand je vais au Sud, moi, le plus ancien des dieux, des dieux selon la connaissance qu'en peuvent avoir les hommes, je n'ai qu'à toucher les autels de la
                                       4 Jaggernauth.
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nouvelle foi pour qu'on sculpte avec douze bras l'image de la femme que nous savons, cependant ils la nomment Marie. 
— Est-ce tout, frère ? dit la tigresse. Je suis cette femme. 
— Il est vrai, ma sœur, et quand je vais à l'Ouest parmi les chars à feu et que j'apparais sous nombre de formes devant les bâtisseurs de ponts, à cause de moi ils changent de foi et montrent ainsi leur sagesse. Oh ! Oh ! C’est moi le bâtisseur de ponts, oui, certes, — de ponts entre ceci et cela, et dont chacun mène sans faute à nous pour finir. Apaise-toi, Gunga. Ni ces hommes, ni ceux qui les suivent ne songent à te railler. 
— Suis-je seule, donc, puissances immortelles ? Faut-il aplanir mes flots, de peur, par malchance, d'emporter leurs murailles ? Indra séchera-t-il mes sources dans la montagne et me pliera-t-il à ramper humblement entre leurs quais ? Faut-il que je m'enfonce dans le sable de crainte de les offenser ? 
— Et tout cela pour une pauvre barre de fer avec le char à feu dessus. Vraiment, la Mère Gunga est toujours jeune ! dit Ganesh l'éléphant. Un enfant n'aurait pas parlé plus à l'étourdie. Que la boue fouille la boue avant de retourner à la boue. Je sais que mes fidèles deviennent riches et me louent ; Shiva disait que les docteurs des écoles n'oublient point ; Bhairon est content de la foule du bas peuple, et Hanuman rit. 
— Sûrement je ris, dit le singe. Mes autels sont en petit nombre auprès de ceux de Ganesh ou de Bhairon, mais les chars à feu m'apportent de nouveaux adorateurs de par-delà l'Eau Noire — les hommes qui vénèrent pour Dieu le travail. Je cours devant eux en leur faisant signe, et ils suivent Hanuman. 
— Donne-leur tout l'ouvrage qu'ils désirent, alors, dit la rivière. Construis une digue en travers de ma crue et rejette l'eau sur le
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pont. Jadis tu montras ta force, à Lanka, Hanuman. Penche-toi et soulève mon lit. 
— Qui donne la vie peut la reprendre. (Le singe, du bout de son doigt maigre, grattait la fange.) Qui profiterait d'un tel massacre ? Ils mourraient en grand nombre. 
À ce moment on entendit sur l'eau un lambeau de chanson d'amour telle que les jeunes garçons en chantent en gardant leur bétail par les midis torrides de l'arrière-printemps. Le perroquet cria de joie, la tête basse, en marchant de côté sur sa branche, tandis que montait la chanson ; et au milieu d'un cercle blanc de lune, apparut, debout, le jeune pâtre, le favori de Gopis, celui qu'appellent en rêve les vierges et les mères avant l'enfantement — Krishna le Bien-Aimé. Il se baissa pour rattacher sa longue chevelure mouillée, et le perroquet voleta jusqu'à son épaule. 
— Danser et chanter, chanter et danser, hoqueta Bhairon, voilà qui te met en retard pour le conseil, frère. 
— Et puis ? dit Krishna, riant et jetant la tête en arrière. Vous ne pouvez pas faire grand-chose sans moi, ni Karma que voici. (Il caressa le plumage du perroquet et rit encore.) Que faites-vous là tous assis à délibérer ? J'ai entendu la Mère Gunga gronder dans l'ombre, et c'est pourquoi je suis venu promptement d'une hutte où je dormais à l'abri. Et qu'avez-vous fait à Karma qu'il soit si mouillé et se taise si longtemps ? Et que fait la Mère Gunga ici ? Les cieux sont-ils pleins qu'il vous faille venir patauger dans la boue comme des bêtes ? Karma, qu'ont-ils ? 
— Gunga crie vengeance sur les bâtisseurs du pont, et Kali la soutient. Maintenant elle somme Hanuman d'engouffrer le pont, afin que sa gloire resplendisse, cria le perroquet. J'attendais ici, sachant que tu viendrais, ô mon maître ! 
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— Et les immortels se sont tus ? Gunga et la Mère des Supplices leur ont-ils donc fermé la bouche ? Personne n'a-t-il parlé pour mon peuple ? 
— Non, dit Ganesh, en posant un pied après l'autre d'un air gêné. J'ai dit : Ce n'est que de la boue qui s'amuse ; pourquoi l'écraser ? 
— Il me plaisait de les voir à l'œuvre… certes, dit Hanuman. 
— Que m'importait la colère de Gunga ? dit le taureau. 
— Je suis Bhairon des populaces, et mon épieu que voici est Kotwal de tout Kashi. J'ai parlé pour le bas peuple. 
— Toi ? 
Les yeux du jeune dieu étincelèrent. 
— Ne suis-je pas aujourd'hui dans leur bouche le premier des dieux ? répliqua Bhairon sans vergogne. Pour l'amour du petit peuple j'ai dit… beaucoup de sages paroles que j'ai oubliées depuis… mais mon épieu que voici… 
Krishna se retourna avec impatience, vit le Mugger à ses pieds et, s'agenouillant, passa un bras autour du cou visqueux et froid. 
— Mère, dit-il avec douceur, regagne ton fleuve. L'affaire ne te concerne pas. Quel mal ton honneur peut-il souffrir de cette poussière vivante ? Tu leur as rajeuni leur glèbe chaque année, et c'est ta crue qui nourrit leur force. Puis, ils finissent toujours par venir à toi. Quel besoin de les frapper à présent ? Aie pitié, mère, ce n'est que pour un temps. 
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— Si ce n'est que pour un temps…, commença la bête lente. 
— Sont-ils donc des dieux ? répliqua Krishna en riant, les yeux dans les yeux ternes de la Rivière. Sois-en certaine, c'est seulement pour peu de temps. Les immortels t'ont exaucée, bientôt justice sera faite. Va donc à présent, Mère, retourne à tes flots. Hommes et bétail couvrent les eaux… les berges croulent… les villages fondent à cause de toi. 
— Mais le pont… le pont tient toujours. 
Le Mugger disparut en grondant parmi les broussailles, tandis que Krishna se levait. 
— C'est fini, dit la tigresse d'une voix mauvaise. Il n'y a plus de justice à attendre des immortels. Vous avez traité Gunga comme un jouet et comme une risée ; elle demande pourtant à peine quelques vies. 
— Il s'agit de mon peuple à moi — de mon peuple qui dort làbas sous les toits de feuilles du village — des jeunes filles et des jeunes gens qui chantent pour elle dans l'ombre — de l'enfant qui naîtra ce matin — de celui qui fut conçu ce soir, dit Krishna. Et quand tout sera fait, où donc le profit ? Demain les reverrait à l'œuvre. Oui, si nous balayions le pont d'un bout à l'autre, ils recommenceraient. Écoute-moi ! Bhairon est toujours ivre ; Hanuman nargue ses fidèles avec de nouvelles énigmes… 
— Non, elles sont très vieilles, dit le singe en riant. 
— Shiva entend le bavardage des écoles et les rêves des saints hommes ; Ganesh ne pense qu'à ses marchands pansus ; mais moi… je vis avec ceux-là qui sont mon peuple, je vis sans demander de présents, comblé pourtant à toute heure. 
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— Certes, tu es tendre pour les tiens, dit la tigresse. 
— Ils m'appartiennent. Les vieilles femmes rêvent de moi, en se tournant dans leur sommeil ; les jeunes filles épient mon visage et guettent mes pas en allant remplir leurs cruches au fleuve. Je marche avec les jeunes hommes qui attendent aux portes quand la nuit tombe, et je hèle les barbes blanches pardessus mon épaule. Vous le savez bien. Immortels, que seul de nous tous j'erre continuellement sur la terre et ne prends nul plaisir dans nos cieux tant qu'une tige verte croît ici, ou que deux voix au crépuscule murmurent dans les moissons hautes. Sans doute, vous êtes sages, mais vous vivez loin, oubliant d'où vous vîntes. Je n'oublie pas ainsi. Et les chars à feu nourrissent vos temples ? Dites-vous. Les chars à feu débarquent mille pèlerinages aux lieux où naguère il n'en venait que dix ? Oui. Pour aujourd'hui, c'est vrai. 
— Mais demain ils sont morts, frère, dit Ganesh. 
— Paix ! dit le taureau, tandis que Hanuman se penchait de nouveau. Et demain, bien-aimé… que fais-tu de demain ? 
— Ceci, rien que ceci. J'entends un mot nouveau qui glisse de bouche en bouche parmi les gens de peu — un mot qu'homme ni Dieu ne peut saisir — un funeste mot — un petit mot qui court nonchalamment parmi le populaire, et qui dit (nul ne sait qui l'a lancé d'abord) qu'ils sont las de vous sur la terre, de vous, dieux immortels. 
Les dieux, tous ensemble, eurent un rire assourdi. 
— Et puis, bien-aimé ? Dirent-ils. 
—Et pour cacher cette lassitude, ceux-ci, les gens de mon peuple, t'apporteront d'abord, à toi, Shiva, et à toi de même,
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Ganesh, de plus riches offrandes et un plus grand tumulte d'adoration. Mais le mot fait son chemin, et, dans la suite, ils paieront moins de redevances à vos brahmanes moins repus. Puis ils oublieront vos autels, mais si lentement que nul homme ne pourra dire de quelle manière son oubli commença. 
— Je savais… je savais ! J'ai dit cela aussi, mais ils n'ont pas voulu m'entendre, dit la tigresse. Nous aurions dû tuer… nous aurions dû tuer ! 
— Il est trop tard maintenant. Il aurait fallu tuer au commencement, quand les hommes de l'autre côté de l'eau n'avaient encore rien appris aux nôtres. Mon peuple à présent voit leur ouvrage et s'en va songeant. Et ce n'est pas seulement à leurs dieux qu'ils songent. Ils songent aux chars à feu et aux autres choses que les bâtisseurs de ponts ont faites, et, quand vos prêtres tendent les mains à l'aumône, on leur donne peu, en rechignant. Sans doute, c'est le début, cela en affecte un ou deux, cinq ou dix… car, moi qui vais et viens parmi mon peuple, je connais leurs cœurs. 
— Et la fin, bouffon des dieux ? Quelle sera la fin ? demanda Ganesh. 
— La fin ramènera ce qui fut au principe, ô pesant fils de Shiva ! La flamme mourra sur les autels et la prière sur les lèvres jusqu'à ce que vous redeveniez de petits dieux — des dieux de la jungle, des dieux-poupées en chiffons, des fétiches à clouer aux troncs d'arbres ou aux portes, comme vous étiez au commencement. Telle est, sera la fin, Ganesh, pour toi et pour Bhairon — Bhairon des populaces. 
— C'est très loin, grommela Bhairon. En outre, ce n'est pas vrai. 
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— Tant de femmes ont baisé Krishna… Elles lui ont conté ces choses pour consoler leurs propres cœurs à cause des cheveux gris venus, et il nous a répété l'histoire, dit le taureau tout bas. 
— Leurs dieux sont venus et nous les avons changés. J'ai pris la femme et lui ai donné douze bras. Ainsi nous déformerons leurs dieux, dit Hanuman. 
— Leurs dieux ! Il s'agit bien de leurs dieux, homme ou femme, en une ou trois personnes. Il s'agit du peuple. Ce sont eux qui se transforment, et non les dieux des bâtisseurs de ponts, dit Krishna. 
— Ainsi soit-il. J'ai fait adorer à un homme le char à feu sur place, immobile et fumant : il ignorait que c'était moi qu'il adorait, moi-même, dit Hanuman le singe. Ils ne feront que changer un peu le nom de leurs dieux. Je mènerai comme autrefois les bâtisseurs de ponts ; Shiva sera vénéré dans les écoles par tels qui suspectent et méprisent leur prochain ; Ganesh aura ses mahajuns et Bhairon les âniers, les pèlerins et les marchands de jouets. Ils ne feront guère, ô bien-aimé, que changer les noms, et, quant à cela, c'est mille fois que nous l'avons vu. 
— Évidemment ils ne feront que changer les noms, répéta Ganesh. 
Mais une sorte de malaise semblait troubler les dieux. 
— Ils changeront les noms et davantage. Moi seul ils ne peuvent me tuer, tant que s'étreindront la vierge et l'adolescent, tant que le printemps suivra les pluies. O dieux, ce n'est point vainement que j'ai couru la terre. Mon peuple à cette heure ignore ce qu'il sait : mais moi qui vis avec lui, je lis dans son cœur. Grands rois, le commencement de la fin est déjà né. Les chars à feu clament les noms de nouveaux dieux et ce ne sont point les
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anciens sous des syllabes nouvelles. Buvez à présent et mangez gloutonnement ! Baignez vos visages aux fumées des autels avant qu'ils se glacent. Digérez vos offrandes, écoutez cymbales et tambours, ô maîtres célestes, tant qu'il demeure encore des hymnes et des fleurs. 
Selon le temps comme le comptent les hommes, la fin est lointaine, mais, selon notre mesure à nous, c'est ce soir. J'ai dit. 
Le jeune dieu se tut, et longuement, en silence, ses frères se contemplaient. 
— Je n'avais jamais entendu ces choses, chuchota Peroo à l'oreille de son compagnon. Et pourtant je me suis demandé parfois, tout en huilant les cuivres dans la chambre des machines du Goorkha, si nos prêtres étaient si sages… si sages. Le jour vient, Sahib. Ils partiront à l'aurore. 
Une lumière jaune s'élargit dans le ciel et le ton du fleuve changea sous la fuite des ténèbres. Soudain l'éléphant poussa un son de trompette, comme sous un aiguillon humain. 
— Qu'Indra juge. Père de toutes choses, parle ! Qu'en est-il de ce que nous venons d'entendre ? En vérité, Krishna ment-il ? Ou bien… 
— Vous le savez, dit le daim en se mettant sur pied. Vous connaissez l'énigme des dieux. Quand Brahma cessera son rêve, les cieux et l'enfer et la terre disparaîtront. Soyez tranquilles, Brahma rêve toujours. Les rêves viennent et passent et la nature des rêves change, mais Brahma rêve toujours. Krishna a couru trop longtemps la terre ; pourtant je l'aime davantage pour l'histoire qu'il nous a contée. Les dieux changent, bien-aimé… tous, sauf un seul ! 
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— Oui, tous en effet, sauf un seul, celui qui met l'amour au cœur des hommes, dit Krishna, en secouant sa ceinture. Vous n'aurez point longtemps à attendre avant de connaître si je mens. 
— Sans doute encore peu de temps, comme tu le dis, et nous saurons. Regagne tes huttes, bien-aimé, va jouer encore avec les jeunes choses, car Brahma rêve toujours. Allez, mes enfants ! Brahma rêve… et jusqu'à ce qu'il s'éveille les dieux ne mourront point. 
*** 
— Où sont-ils allés ? dit le Lascar, frappé de crainte, en grelottant un peu de froid. 
— Dieu sait ! dit Findlayson. 
Le fleuve et l'île apparaissaient maintenant en plein jour, et sous le pipal la terre humide ne gardait empreinte de sabot ni de patte. Seul un perroquet criait dans les branches et s'ébrouait des ailes en faisant pleuvoir des averses de gouttes. 
— Debout ! Nous voilà tout engourdis de froid ! L'effet de l'opium dure-t-il encore ? Peux-tu bouger, Sahib ? 
Findlayson se mit tant bien que mal sur pied et se secoua. Sa tête tournait et lui faisait mal, mais l'opium avait accompli son œuvre, et, tout en s'aspergeant le front avec l'eau d'une mare, l'ingénieur en chef du pont de Kashi se demandait comment il avait fait pour échouer sur cette île, quelles chances de retour lui gardait ce jour-là, et, surtout, de quelle manière s'était comporté son ouvrage. 
– 45 –
— Peroo, j'ai oublié beaucoup de choses. J'étais au pied de la tour à surveiller le courant ; et alors… Est-ce que la crue nous a emportés ? 
— Non. Les bateaux ont brisé leurs amarres, Sahib et (puisque le Sahib avait oublié l'opium, Peroo décidément ne le lui rappellerait pas) en s'efforçant de les rattacher — il m'a semblé du moins, mais il faisait noir — une corde a atteint le Sahib et l'a précipité sur un bateau. Considérant que c'est nous deux, avec Hitchcock Sahib, qui avons pour ainsi dire construit ce pont, je suis monté aussi sur le bateau, qui est venu s'échouer à califourchon, peut-on dire, sur la pointe de cette île, et, en se brisant, nous a jetés à terre. J'ai poussé de grands cris quand le bateau a quitté le quai et Hitchcock Sahib va sans doute venir nous chercher. Quant au pont, il est trop mort d'hommes en le bâtissant pour qu'il puisse tomber. 
Un soleil ardent, qui fit monter du sol détrempé la forte odeur de la terre, avait suivi l'orage, et dans cette vive lumière le souvenir ne trouvait plus de place pour les rêves de la nuit. Findlayson regarda attentivement en amont, à travers le flamboiement de l'eau mouvante, au point d'en avoir mal aux yeux. 
Le Gange ne montrait point trace de rives et beaucoup moins encore de silhouette de pont. 
— Nous avons dérivé bas, dit-il. C'est merveilleux que nous ne nous soyons pas noyés cent fois. 
— C'est la moindre des merveilles de cette nuit, car nul homme ne meurt avant son temps. J'ai vu Sydney, j'ai vu Londres et vingt grands ports, mais (Peroo regarda le dôme humide et dépeint au pied du pipal) jamais homme n'a vu ce que nous vîmes ici. 
— Quoi ?
– 46 – 
— Le Sahib a-t-il oublié ? Ou bien sommes-nous les seuls, nous autres hommes noirs, à voir les dieux ? 
— J'ai eu la fièvre. (Findlayson continuait à sonder avec inquiétude l'horizon du fleuve.) Il m'a semblé que l'île était pleine de bêtes et d'hommes qui parlaient, mais je ne me rappelle pas bien. Un bateau pourrait se tirer de ce courant-ci, je pense, à présent. 
—Oh ! Oh ! Alors, c'est vrai. » Quand Brahma cesse de rêver, les dieux meurent. » Maintenant je sais, oui-da, ce qu'il voulait dire. Une fois, déjà, le guru m'en avait dit autant, mais alors je ne comprenais pas. Maintenant je suis plus sage. 
— Quoi ? dit Findlayson par-dessus son épaule. 
Peroo continua comme se parlant à lui-même : 
— Il y a six, sept, dix moussons, j'étais de quart sur le gaillard d'avant du Rewah — le plus grand bateau de la compagnie — et il vint un grand tufan5, l'eau battait, noire et verte, et je me tenais ferme aux garde-corps, suffoquant sous les vagues. Je pensai alors aux dieux — à ceux que nous avons vus cette nuit. (Il leva les yeux avec curiosité vers le dos de Findlayson, mais le blanc regardait la rivière débordée.) Oui, je dis bien : à ceux que nous avons vus cette nuit, et j'appelai leur secours sur ma tête. Et pendant que je priais, sans perdre de vue la mer, vint une vague qui me jeta la tête la première sur l'anneau de la grande ancre de bossoir ; le Rewah monta, monta toujours, en donnant de la bande sur bâbord, l'eau se retira de sous l'étrave, et je restai là, sur le ventre, tenant l'anneau, et l'œil plongeant dans ces grands abîmes. Alors je pensai, face à face avec la mort : si je lâche prise, je me noie, et il n'y aura plus pour moi de Rewah ni de petite                                        5 Typhon.
– 47 –
place auprès des cuisines où l'on cuit le riz, ni de Bombay, ni de Calcutta, ni même de Londres. » Comment être sûr, dis-je, que les dieux que je prie m'écouteront jamais ? » Tandis que je me demandais cela, le Rewah baissa le nez comme un marteau tombe, et toute la mer se rua sur nous et me traîna à reculons le long du gaillard d'avant et du haut du gaillard sur le pont (dans la chute, même, je m'abîmai très fort la jambe contre la pompe), mais je ne mourus pas, et j'ai vu les dieux. Ils sont favorables aux vivants — mais aux morts… Eux-mêmes l'ont dit. Aussi, en arrivant au village, je battrai le guru pour lui apprendre à parler en énigmes qui n'en sont pas. Quand Brahma cesse de rêver, les dieux s'en vont. 
— Regarde en amont. Le soleil m'aveugle. Vois-tu de la fumée là-bas ? 
Peroo s'abrita les yeux de la main et regarda. 
— Voilà un homme intelligent et qui fait vite ; Hitchcock Sahib ne se serait pas confié à un bateau à rames. Il a emprunté le canot à vapeur du Rao Sahib, et il vient nous chercher. J'ai toujours dit qu'on aurait dû avoir une chaloupe à vapeur pour le service des chantiers du pont. 
La frontière du Rao de Baraon commençait à moins de dix milles du pont, et Findlayson comme Hitchcock avaient passé une bonne partie de leurs maigres loisirs à jouer au billard et à chasser le daim en compagnie du jeune prince. Resté cinq ou six ans sous la coupe d'un précepteur anglais à goûts sportifs, il s'occupait pour l'instant à gaspiller royalement les revenus accumulés durant sa minorité par le gouvernement de l'Inde. Son bateau à vapeur, avec ses lisses plaquées d'argent, sa tente de soie rayée et ses ponts d'acajou, était un jouet nouveau que Findlayson avait trouvé horriblement encombrant les jours où le Rao visitait les travaux du pont. 
– 48 –
— C'est de la chance, murmura Findlayson. 
Mais il restait inquiet tout de même dans l'attente de nouvelles du pont. 
La somptueuse cheminée peinte en bleu et blanc descendait promptement la rivière. On pouvait voir Hitchcock à l'avant, armé d'une lorgnette, les joues d'une pâleur inaccoutumée. Alors Peroo héla, et le canot se dirigea vers la pointe d'aval de l'île. Le Rao Sahib, en costume de chasse et turban de sept couleurs, fit signe affablement de sa main royale, et Hitchcock appela. Mais il n'avait pas besoin de poser de questions, car la première demande de Findlayson fut pour son pont. 
— Tout parfait ! Du diable si je comptais vous revoir jamais, Findlayson. Vous êtes à sept koss en aval. Oui, pas une pierre n'a bougé nulle part ; mais comment allez-vous ? J'ai emprunté son canot au Rao Sahib et il a bien voulu venir. Sautez dedans. 
— Ah, Finlinson, ça va bien, eh ? Ça été une calamité tout à fait sans précédent la nuit dernière, eh ? Mon palais royal aussi fait eau comme le diable, et les récoltes vont manquer dans tout mon pays. Maintenant, faites-nous démarrer, Hitchcock. Je… je n'entends rien aux machines à vapeur. Vous êtes mouillé ? Vous avez froid, Finlinson ? J'ai des choses à manger, ici, et vous allez boire un bon coup. 
— Je vous suis on ne peut plus obligé. Rao Sahib. Je crois que vous m'avez sauvé la vie. Comment Hitchcock ?… 
— Oh ! Oh ! Il avait les cheveux tout droits sur la tête. Il est venu à cheval me trouver au milieu de la nuit et m'a réveillé dans les bras de Morphée. Cela m'avait tout à fait affecté, Finlinson ; de sorte que je suis venu aussi. Mon grand-prêtre est fort en colère en ce moment. Nous allons revenir vite, mister Hitchcock. On m'attend à midi quarante-cinq au temple métropolitain, où nous
– 49 –
consacrons une nouvelle idole quelconque. Sans quoi je vous aurais demandé de passer la journée avec moi. C'est assommant, ces cérémonies religieuses, Finlinson, eh ? 
Peroo, que l'équipage connaissait bien, avait pris possession de la barre et ramenait adroitement le canot debout au courant. Mais tout en gouvernant il maniait mentalement deux pieds de filin d'acier à moitié détordu, et le dos sur lequel il tapait, c'était celui de son guru.
– 50 

–Kipling (les faiseurs de ponts)

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Re: Racontes moi, inventes moi des histoires simples de la simple vie

Message par I am so sure le Lun 3 Oct 2016 - 16:09



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L’histoire du lion et de son reflet
Nous sommes certains que vous êtes déjà passé par une situation ou un problème qui est devenu une obsession, l’air que vous respirez, la nourriture que vous mangez, et les vêtements que vous portez.
Tout tourne autour de cet inconvénient, et il est présent à chaque seconde dans vos pensées et vos émotions.
Voici une belle histoire, avec une morale qui vous fera penser à la manière dont vous pouvez affronter vos problèmes.
Il était une fois, un lion qui vivait dans un désert. Le vent y soufflait beaucoup, c’est pourquoi l’eau des mares où buvaient habituellement tous les animaux, n’était jamais calme.


Les puissantes rafales provoquaient des vagues sur les mares et on ne pouvait jamais voir son reflet en elles.
Un jour, le lion s’aventura dans la forêt où il a avait pour habitude de chasser et de jouer lors de ses temps libres, jusqu’à ce qu’il se sente fatigué et assoiffé.
A la recherche d’eau, il arriva à une mare qui contenait le liquide plus frais et paisible que personne n’avait jamais pu imaginer. 
Le lion s’approcha donc de la mare, étira son cou et essaya de boire une bonne gorgée. Soudain, il vit son propre reflet et prit peur, pensant qu’il s’agissait d’un autre lion qui se trouvait en face de lui. 
“Cette eau doit appartenir à un autre lion, mieux vaut que je m’en aille d’ici, en faisant attention» pensa l’animal. Il partit mais la soif le fit revenir à nouveau à la mare. Il vit de nouveau la tête d’un lion impressionnant à la grande crinière, qui le regardait depuis la superficie de l’eau.




Le lion de cette histoire s’est caché afin d’attendre le moment opportun pour faire fuir cet autre lion. Comme il était habitué à marquer son territoire ou à démontrer qu’il était le maître, il ouvrit son gosier et fit un terrible rugissement.
Mais aussitôt qu’il montra ses dents, bien sûr, la bouche de l’autre lion s’ouvrit également, et notre lion eut peur de cette horrible et dangereuse vision. 
Le lion s’éloigna plusieurs fois mais à chaque fois il reprenait son courage à deux mains, revenait vers la mare et vivait la même expérience.
Après un long moment, pourtant, il était si assoiffé et désespéré qu’il décida : «Avec ou sans lion, je boirai dans cette mare!”. Et aussitôt que le lion mit son visage dans l’eau… l’autre lion disparut ! 
L’angoisse, l’anxiété et la dépression ne tardent pas à apparaître quand les problèmes sont là. On a tendance à rester paralysé et on ne sait pas comment agir.
Parfois, il est important de s’éloigner du problème, de prendre un peu de distance et de demander de l’aide, bien qu’il soit difficile de prendre cette décision.
L’une des clés pour résoudre un problème est de travailler à «la première étape». Ensuite, vous déciderez de la marche à suivre.
Mais si vous ne réussissez pas à monter la première marche, vous n’arriverez jamais en haut de l’escalier. Il est normal que, quand nous nous confrontons à un projet et qu’il reste tout à faire, les peurs et les insécurités se multiplient.


Ainsi, il est nécessaire de se créer des opportunités et de ne pas espérer que tout nous tombe du ciel. Il est également important d’éliminer tous les obstacles matériels et psychologiques qui nous empêchent d’avancer.
Pensez que le problème est justement que vous ne savez pas comment l’affronter. Il est normal d’avoir peur, de vouloir éviter la situation, de désirer de tout son coeur que les choses changent ou s’améliorent etc.
Peut-être que c’est le moment de vous transformer un peu plus en lion et de découvrir la différence entre essayer et se décider. 
Quand vous essayez, il est plus facile d’abandonner, et quand vous doutez, il est plus probable d’échouer.
A l’inverse, le fait de réaliser quelque chose et de voir les changements vous permettra de vous sentir capable d’aller de l’avant et vous stimulera pour dépasser une nouvelle étape ou monter une nouvelle marche.


C’est vous qui décidez quelle posture adopter. Vous êtes prêt à être le roi de la jungle ?

En savoir plus sur http://nospensees.fr/lhistoire-lion-de-reflet/#sBAiU1D2AqtOU0ZD.99

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Re: Racontes moi, inventes moi des histoires simples de la simple vie

Message par I am so sure le Dim 9 Oct 2016 - 12:50

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Le moine et la glace au chocolat, un conte bouddhiste sur l’ego
Bien souvent, les gens considèrent l’ego comme étant la cause de l’orgueil ou de la souffrance qu’une personne peut ressentir face à une situation non désirée. Mais…qu’est-ce que l’ego, au juste ? Et comment ce dernier peut-il influer négativement sur notre bonheur ?
Du point de vue de la psychologie occidentale, c’est la représentation que l’on se fait de nous-même. En revanche, du point de vue du bouddhisme, l’ego est une activité, une tendance récurrente à laquelle on peut s’identifier avec tout ce qui maintient cette représentation que l’on croit véritable et à laquelle on croit correspondre.
Découvrez le conte bouddhiste qui suit, et vous verrez à quel point cette identification nous éloigne du monde, à quel point elle nous apporte souffrance et insatisfaction, tout en fomentant la compétitivité.






«Le bonheur n’est pas une chose qu’il faut obtenir. Ce désir naît de la sensation d’être incomplet. Qui donc ressent cette sensation d’être incomplet ? Découvrez-le. Vous êtes heureux quand vous dormez profondément. Maintenant vous ne l’êtes plus. Qui s’est interposé entre ce bonheur et ce malheur ? L’ego. Cherchez con origine et découvrez que le Bonheur, c’est vous-même.»

-Ramana Maharshi-







Une épreuve pour l’ego qui a le goût du chocolat


Cela faisait déjà trois ans que Joel avait rejoint une des plus anciennes communautés bouddhistes du Tibet, où il voulait être ordonné afin de devenir un moine exemplaire.
Tous les jours, à l’heure du dîner, il demandait à son maître si le lendemain serait célébrée la cérémonie de son ordination. «Tu n’es pas encore prêt, d’abord tu dois travailler sur ton humilité et dominer ton ego», lui répondait son maître.
Mon ego ? Le jeune ne comprenait pas pourquoi le maître lui parlait de son ego. Il pensait qu’il méritait d’évoluer dans son parcours spirituel, puisqu’il méditait sans répit et qu’il lisait tous les jours les enseignements de Bouddha.
Un jour, le maître trouva une façon de montrer à son disciple qu’il n’était pas encore prêt. Avant de commencer la session de méditation, il annonça : «Celui qui méditera le mieux gagnera en guise de récompense une glace au chocolat».





image: http://nospensees.fr/wp-content/uploads/2016/09/Helado-chocolate.jpg

Après une brève agitation, les jeunes de la communauté se mirent à méditer. Joel voulait être celui qui méditerait le mieux parmi tous ses compagnons. «Ainsi, je montrerai au maître que je suis prêt pour l’ordination. Et je mangerai une glace«, conclut le disciple.

Le jeune bouddhiste essaye de méditer


Joel parvenait à se concentrer sur sa respiration, mais en même temps, il visualisait une énorme glace au chocolat qui allait et venait comme sur une balançoire. «Ce n’est pas possible, je dois arrêter de penser à la glace, sinon un autre l’aura à ma place«, se répétait-il.
Au prix de gros efforts, Joel réussissait à méditer pendant quelques minutes, au cours desquelles il ne pensait qu’au rythme de sa respiration, mais à un moment donné, il lâchait, et imaginait alors un des autres moines en train de manger la glace au chocolat. «Malédiction ! Je dois être le gagnant !», pensait le jeune, angoissé.

image: http://nospensees.fr/wp-content/uploads/2016/09/Nin%CC%83o-dubista-con-una-vela-meditando.jpg

Quand la session prit fin, le maître expliqua que tous avaient bien médité, sauf celui qui avait trop pensé à la glace, et autrement dit au futur. Joel se redressa avant de dire :
– Maître, j’ai pensé à la glace. Je l’avoue. Mais, comment avez-vous pu deviné que c’est moi qui y ai le plus pensé ?

L’ego se découvre


– Je ne peux pas le savoir. Mais je peux en revanche voir que tu t’es senti tellement concerné que tu t’es levé et que tu as essayé de doubler tes compagnons. C’est ainsi, cher Joel, qu’agit l’ego : il se sent attaqué, remis en question, offensé…et il essaie d’avoir raison ainsi que de réussir à être supérieur aux autres.

Ce jour-là, Joel apprit qu’il lui restait encore un long chemin à parcourir. Il travailla alors sur son humilité et sur les pulsions de son ego. Il vécut dans le présent, et n’essaya plus de doubler les autres.
Ainsi, avec du travail et de la patience, le grand jour arriva ; le maître vint sonner à sa porte pour lui annoncer qu’il était enfin prêt à être ordonné, et à atteindre ce qu’il convoitait tant.
Le temple était vide. Il n’y avait qu’une petite estrade, où il trouva…une glace au chocolat, qu’il mangea, reconnaissant, sans ressentir de déception, suite à quoi il fut ordonné.

image: http://nospensees.fr/wp-content/uploads/2016/09/Nin%CC%83o-budista-comiendo-helado-de-chocolate.jpg



L’humilité récompensée


Nous avons tous notre glace au chocolat à nous ; une chose que l’on convoite. Le problème, c’est qu’à force de trop y penser, on ne profite plus du présent.













Généralement, on confond nos réussites avec notre valeur, et on s’identifie à elles. L’ego se charge de nous pousser à vouloir doubler les autres, et à nous offenser dès que quelqu’un nous signale la moindre erreur.





Si on arrive à détecter notre ego et à le désactiver, automatiquement, on ne ressent plus le besoin de critiquer les autres, de nous disputer avec eux, de rivaliser avec eux ou de les juger. On abandonne ainsi le rôle de victime, et la souffrance qu’implique le fait de ne pas répondre aux demandes de notre ego…et ainsi, on parvient à manger notre glace au chocolat en toute tranquillité !










En savoir plus sur http://nospensees.fr/moine-glace-chocolat-conte-bouddhiste-lego/#8x0wAoSWKtXUbq6E.99

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Re: Racontes moi, inventes moi des histoires simples de la simple vie

Message par I am so sure le Sam 22 Oct 2016 - 16:55

Adaptée de mon expression favorite du 50ème siècle avant Jean Claude Brossard : "alors là ça va chier dans la colle"

c'est l'histoire d'un tube qui fait : Uhu. 

Et voilà elle est finie l'histoire Smile

Epices tout Smile et surtout le cul rit Smile Ben oui on se refait pas, on avance, c'est une évidence.

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Re: Racontes moi, inventes moi des histoires simples de la simple vie

Message par I am so sure le Jeu 27 Oct 2016 - 23:01

Ceci n'est pas du vol, c'est un emprunt là :

http://www.zebrascrossing.net/t25322p1050-tiger-crossing#1181735

par Phar@on Aujourd'hui à 21:31



Deux tigres convoitaient un grand morceau de fromage. Chacun disait qu’il lui appartenait parce qu’il avait été le premier à le voir.


Ils étaient sur le point de se battre. Déjà leurs griffes acérées brillaient sous le soleil. La mort attendait patiemment que l’un des deux trépasse quand soudain, un renardarriva sur l’aire du combat. Aussitôt, les tigres se tournèrent vers ce visiteur inattendu et lui demandèrent de trancher leur différend.

« Cher renard, habitant de la jungle, pouvons-nous faire appel à votre grande sagacité ? Voulez-vous s'il vous plaît nous donner un conseil sage et nous nous soumettrons à n'importe quel jugement que vous nous donnerez ».

Après avoir longuement expliqué au renard le motif de la querelle, ce dernier, l’air sagace déclara :

« O, vous les plus rapides de tous les prédateurs de la jungle, je vous remercie de votre confiance en me demandant d’arbitrer votre querelle. Soyez certains que j'agirai le plus impartialement du monde ».

Le renard s’est alors assis devant les deux tigres querelleurs et a commencé les débats. Après la vérification des faits et l'audition des arguments des deux parties, il s’est adressé aux demandeurs de la façon suivante ainsi :

"O, grands tigres, j'ai écouté votre affaire et assurément, il peut être dit beaucoup de choses de chaque côté. Cependant, il me paraît juste de couper ce morceau de fromage en deux parts égales et d’en remettre un morceau à chacun d’entre vous. »

Les deux tigres se sont regardés puis ont acquiescé en disant : « Sage renard ta décision est vraiment juste et nous acceptons ton jugement ».

Le renard, qui comme chacun le sait, est très rusé continua de la sorte : « Mais pour arriver à un résultat plus juste et plus équitable encore, je dois moi-même diviser le fromage en deux parts égales et vous les donner afin que vous ne commenciez pas à vous battre à nouveau. Apportez-moi une balance et un couteau pointu. »

Les tigres pensaient que c'était une idée très sage de laisser diviser le fromage par le renard et apportèrent à la hâte une balance et un couteau de cuisine bien affûté.

Le renard à l’aide de ce couteau coupa le fromage en deux parties d’un seul coup. Il mit chaque partie sur un plateau de la balance et constata qu’un des plateaux n’était pas à la même hauteur que l’autre. « Mmmmmmm », dit le renard « il me semble que les deux moitiés ne sont pas égales du tout. » Il prit le morceau le plus lourd et en coupa une tranche afin de le rendre semblable à l’autre. Il mangea la tranche qu’il venait de couper et reposa les morceaux sur les plateaux de la balance.

Il regarda à nouveau les plateaux. Le morceau dont il avait pris une tranche était maintenant plus léger que l'autre. Le renard secoua la tête et dit : « Nah! Cela ne va pas. Les deux pièces ne semblent pas être égales. » Les tigres étaient bien d’accord avec cette observation. Le renard prit le morceau le plus lourd et coupa une tranche afin de le rendre semblable à l’autre. Il mangea la tranche qu’il venait de couper et reposa les morceaux sur les plateaux de la balance. 

Cela continua pendant près d’une heure. Petit à petit, le renard mangeait les tranches qu’il ôtait de la pièce de formage la plus lourde. Lorsque les morceaux de fromage devinrent minuscules, les tigres se regardèrent avec stupéfaction. Ils s’étaient engagés à respecter la décision du renard, ils ne pouvaient donc rien dire mais n’en pensaient pas moins.

Il ne restait plus à présent qu’un seul minuscule morceau de fromage dans un des plateau de la balance. Le rusé renard le mit dans sa bouche et jeta au loin la balance et le couteau avant de disparaître dans les bois.

Les deux tigres se rendirent compte mais un peu tard qu'ils avaient été bernés. Ils avaient été bien idiots de s’être disputés pour morceau de fromage qu'ils auraient pu amicalement diviser et manger.

La morale de cette histoire : il ne faut pas se battre pour des petites choses, mais les partager avec nos semblables car lorsqu’un litige survient, c'est toujours un troisième larron qui en profite !

Dans la série les anciennes histoires des vieilles momies, c'est d'ailleurs un pharaon qui me l'a raconté et ça parle d'un temps que les moins de 20 ans devraient se remettre à connaître....  Razz

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Re: Racontes moi, inventes moi des histoires simples de la simple vie

Message par I am so sure le Mar 15 Nov 2016 - 23:21

https://vimeo.com/191132915

The girl and the cloud

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Re: Racontes moi, inventes moi des histoires simples de la simple vie

Message par I am so sure le Mer 16 Nov 2016 - 17:00


Ajoutée le 31 juil. 2013
Daniel a recueilli un jeune goéland et se substitue à sa mère pour lui apprendre à se nourrir et à voler !

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Re: Racontes moi, inventes moi des histoires simples de la simple vie

Message par I am so sure le Sam 19 Nov 2016 - 17:35

UN CONTE TRADITIONNEL SUR LE BONHEUR ET LE PARTAGE : LA SOUPE AUX CAILLOUX

Jeff | juin 20, 2016 | Histoires à raconter, Livres jeunesse, Pour les enfants | Pas de commentaire



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Facebook[url=https://twitter.com/intent/tweet?text=Un conte traditionnel sur le bonheur et le partage %3A la soupe aux]Twitter[/url]








Il existe de très nombreuses versions de ce conte intitulé « La soupe aux cailloux ». Celle que je vous présente aujourd’hui  nous transporte en plein coeur de la Sibérie, sur les traces d’une mystérieuse babouchka qui connait le secret du bonheur…
Elle est extraite du livre « Histoires pour vivre heureux ».

En plein cœur de la Sibérie, au nord de la très grande Russie, vivait une vieille babouchka qui connaissait le secret du bonheur.
Depuis des années, cette babouchka allait de village en village pour dévoiler son secret à qui voulait bien l’entendre. Alors qu’elle traversait un village encore inconnu, elle frappa à toutes les portes afin de trouver un lit pour la nuit. Mais personne ne lui ouvrit.
– Ces gens restent chez eux, ils ne savent pas être heureux, se dit-elle. Voilà un endroit pour moi !
La babouchka commença par ramasser du petit bois pour allumer un feu. Puis elle alla remplir sa gamelle au puits et la posa dessus.
Un petit garçon s’approcha d’elle :
–  Que faites-vous ?
–  Je fais une soupe aux cailloux, répondit-elle. D’ailleurs j’aurais besoin de trois
grosses pierres rondes. Sais-tu où en trouver ?
 

Le petit garçon fila chercher trois belles pierres, qu’il lui tendit.
 

–  Ces pierres feront une excellente soupe, dit-elle en les plongeant dans l’eau. Dommage qu’on ne puisse pas en faire beaucoup dans cette gamelle…
–  Ma mère a une grosse marmite ! dit le garçon. Je vais la chercher !
Alors qu’il prenait la marmite, sa mère lui demanda ce qu’il faisait.
–  Il y a une babouchka sur la place du village. Elle fait une soupe aux cailloux…


–  Une soupe aux cailloux ? songea-t-elle. J’aimerais bien voir ça !
La mère suivit son fils sur la place du village. Puis, intrigués par la scène, les villageois sortirent un à un de chez eux.
–  Évidemment, précisa la babouchka, la vraie soupe aux cailloux doit être assaisonnée avec du sel et du poivre, mais je n’en ai pas…
–  Moi, j’en ai ! dit un villageois.
Et il disparut avant de revenir avec du sel, du poivre et d’autres épices de la région.
La babouchka goûta la soupe :
–  La dernière fois que j’ai eu des pierres de cette forme, j’y ai ajouté quelques carottes, c’était délicieux !
–  Des carottes ? demanda une autre femme. Je crois que j’en ai une ou deux chez moi. Je vais voir…
Et la femme revint avec un panier rempli de carottes… ainsi que deux beaux choux, qu’elle se pressa de jeter dans la marmite.
–  Hum, soupira la babouchka. Quel dommage que je n’aie pas d’oignons, ce serait si bon !
–  Oh oui ! dit un fermier. Je cours en chercher !
Et petit à petit, chacun apporta de quoi enrichir la soupe. Quand l’un avait à cœur de donner, le suivant donnait plus encore. Poireaux, tomates, saucisses, lard fumé…. La soupe dégageait à présent une délicieuse odeur. Enfin, la babouchka déclara :
– La soupe est prête !
Tous se réunirent alors autour d’une grande table, apportant avec eux pains et boissons. Quel festin ! Au village, on n’avait jamais vu ça !
Après le repas, chants et danses se prolongèrent jusque tard dans la nuit. Le village avait retrouvé le bonheur et la joie, grâce à trois cailloux et une vieille, vieille babouchka.
Source : « Histoires pour vivre heureux » de Bénédicte Jeancourt  (Auteur) Julia Chausson  (Illustration) disponible sur :
http://papapositive.fr/bienfaits-de-pratique-musicale-memorisation-lecture-dyslexie/

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Re: Racontes moi, inventes moi des histoires simples de la simple vie

Message par I am so sure le Jeu 24 Nov 2016 - 13:34


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Re: Racontes moi, inventes moi des histoires simples de la simple vie

Message par I am so sure le Jeu 24 Nov 2016 - 13:36

La richesse, la sagesse ou la beauté?
Pendant un cours d'archéologie à l'université, l'éminent professeur Mabuse présente à ses élèves une très vieille lampe à huile découverte en Asie Mineure. Au moment où il saisit la lampe, un génie en sort et d'une voix grave et assurée il dit:
"Professeur Mabuse, je t'apparais ici et maintenant pour te récompenser de ton comportement désintéressé et exemplaire. Je vais t'accorder un voeu parmi trois propositions. Tu choisiras sans pouvoir revenir en arrière, et ensuite je disparaîtrais à jamais. Les trois souhaits que je te propose sont: une richesse infinie, une sagesse infinie, ou une beauté infinie." Le génie laisse au professeur quelques secondes pour réfléchir puis il lui demande:
"Voilà, je t'écoute, quel est ton choix?"
Sûr de lui et sans l'ombre d'une hésitation, le professeur Mabuse répond:
"Je choisis l'infinie sagesse"
"Eh bien c'est fait!" répond le génie en s'évanouissant dans un nuage de fumée et de lumière.
Maintenant, toutes les têtes des étudiants de l'amphi se tournent vers le professeur. Les élèves sont médusés. Ils attendent que leur prof dont le visage apparaît auréolé d'un halo de lumière leur parle.
"Professeur, dites quelque chose" lance quelqu'un.
Et le professeur répond:
"J'aurais du choisir l'argent."
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Re: Racontes moi, inventes moi des histoires simples de la simple vie

Message par I am so sure le Jeu 1 Déc 2016 - 18:36

En ce temps-là, tout le monde vit très heureux et échange d’inépuisables chaudoudoux.
Les chaudoudoux symbolisent l’amour, la bienveillance, la confiance, la gentillesse, l’altruisme et autres émotions agréables. Bref, tout ce qui alimente le bonheur.
Les chaudoudoux s’échangent librement. Ils sont en quantité illimitée dans cet environnement fertile et chaleureux.
Ils sont indispensables à la bonne santé. Un manque de chaudoudoux peut déclencher des maux, de la déprime et même la mort !
Lorsqu’on a besoin d’un chaudoudoux, il suffit de le demander, tout simplement.
Mais une personne n’est pas contente d’assister à cette débauche de bonheur : la sorcière Belzépha.
Elle éprouve de la colère car plus personne ne lui achète de philtres ni de potions. Alors, elle va glisser quelques gouttes de poison verbal dans l’oreille de Thimothée : « vois-tu tous les chaudoudoux que Marguerite (sa femme) donne à Charlotte (sa fille) ? tu sais, si elle continue comme cela, il n’en restera plus pour toi ! »
La sorcière distille donc du doute et de la peur dans l’esprit des individus. Ceux-ci vont entrainer de la suspicion, de l’avarice, de la jalousie, des reproches et des plaintes. Ces émotions désagréables se répandent peu à peu tant et si bien que les gens n’échangent bientôt presque plus de chaudoudoux, de crainte d’en manquer.
L’optimisme et l’innocence laissent place au pessimisme et à la tristesse. Pour compenser et soigner leur mal-être, les habitants achètent des philtres. La sorcière se frotte les mains : les affaires reprennent !
Cependant, la situation se dégrade progressivement. L’absence de chaudoudoux provoque de nombreux décès, ce qui alarme la machiavélique et vénale Belzépha. Un mort ne consomme plus rien, en effet… Elle fomente alors un nouveau plan : elle distribue à chacun un sac qui ressemble beaucoup à un sac de chaudoudoux mais qui contient en réalité des froids-piquants. Ces froids-piquants ne font plus mourir les gens mais les rendent froids et hargneux.

Pour survivre, certains doivent travailler dur pour payer des chaudoudoux que personne ne leur offre…ils y sacrifient leur liberté.
Mais un jour, une femme gaie et épanouie arrive et se met à distribuer des chaudoudoux sans crainte d’en manquer. Les enfants l’aiment beaucoup et l’imitent. Les adultes, inquiets de ce gaspillage, votent une loi pour « protéger les enfants ». Mais ceux-ci continuent tout-de-même, n’écoutant que leur coeur et suivant le chemin de leur joie.
 
Faisons le choix de la bienveillance et de l’amour
« Le conte chaud et doux des chaudoudoux » est inspirant quant aux possibilités que nous avons d’être heureux. Sachons éviter les pièges et la désinformation médiatique, du matérialisme,  pour faire des choix que nous dicte notre coeur dans l’intérêt du plus grand nombre. Je crois que c’est cela le plus important : comprendre que nous avons le choix et que nous avons une influence sur le monde par nos décisions et nos actions dans un sens ou dans l’autre. Et puis, les enfants, dans leur innocence et leur absence de jugement nous montrent la voie de cet amour inconditionnel. Alors, distribuons sans compter des chaudoudoux et demandons-en quand nous en avons besoin. 
 
Voic quelques citations inspirantes qui rejoignent le thème de ce magnifique conte :
 
« Aimer les autres n’a rien à voir avec eux. Aimer les autres est une qualité de son propre coeur. »
Ayya Khema
 
« Ne laissez personne venir à vous et repartir sans être plus heureux. »
Mère Teresa
 
« Je ne suis pas surpris d’entendre que dans les cultures qui pensent en termes de besoins humains, il y a beaucoup moins de violence que celles où l’on s’entre-étiquette de « bons » ou « mauvais » et où l’on soutient que les « mauvais » doivent être punis. La violence-qu’elle soit verbale, psychologique ou physique, qu’elle se manifeste au sein de la famille, entre des tribus ou entre des nations-émane d’un mode de pensée qui attribue la cause du conflit aux torts de l’adversaire et d’une incapacité à admettre sa propre vulnérabilité ou celle de l’autre- c’est à dire à percevoir ce qu’on peut ressentir, craindre, désirer, etc. »
Marshall B. Rosenberg
 
« Le bonheur est quelque chose qui se multiplie quand il se divise. »
Paulo Coelho
 
« Le bonheur, c’est d’être heureux, ce n’est pas de faire croire aux autres qu’on l’est. »
Jules Renard
 
« On ne voit bien qu’avec le coeur, l’essentiel est invisible pour les yeux. »
Saint Exupery
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Re: Racontes moi, inventes moi des histoires simples de la simple vie

Message par I am so sure le Sam 3 Déc 2016 - 15:13

Un scorpion voulait passer sur la rive opposée d'une petite rivière, mais n'étant pas un animal amphibie, il ne sait comment faire.


Voici qu'il aperçoit une charmante grenouille qui prend le frais sur le bord.



Il l'interpelle :
"Eh, toi la grenouille, prend-moi sur ton dos et emmène-moi de l'autre côté de la rivière",
"sûrement pas" rétorque t-elle "si je te prends sur mon dos, tu vas me piquer avec ton aiguillon venimeux",
"enfin, grenouille, réfléchis, si je te pique, nous allons sombrer tous les deux au fond de la rivière, et si tu meurs, je meurs. Donc, pourquoi ferais-je ça ?"

La grenouille, convaincue, prend le scorpion sur son dos et ce curieux attelage se met en route pour passer sur l'autre rive.



Et voilà qu'au milieu du ruisseau, le scorpion, pique la grenouille qui, au fur et à mesure que le venin l'envahit, se sent lentement sombrer avec le scorpion toujours solidement accroché sur elle.


Incrédule elle le questionne, tandis qu'elle coule et sens progressivement ses forces l'abandonner :


"Mais, pourquoi ? pourquoi ? Tu m'avais pourtant promis et nous allons mourrir tous les deux, pourquoi as-tu fait ça ?
"Je sais, je sais, mais tu me connais... Si j'ai fait ça, c'est... parce que c'est dans ma nature..."



Morale de la fable : Combien de scorpions détruisent ce qu'ils ont créé et, ce faisant, se détruisent eux-mêmes ? Je livre ce questionnement à votre sagacité.

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Re: Racontes moi, inventes moi des histoires simples de la simple vie

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