Racontes moi, inventes moi des histoires simples de la simple vie

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Message par I am so sure le Lun 12 Sep 2016 - 20:24

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Les bâtisseurs de ponts 
Le moins que pût attendre Findlayson, des travaux publics, c'était la Croix de l'Empire indien. Il rêvait de l'Étoile des Indes. Même ses amis lui assuraient qu'il méritait mieux. Depuis trois ans il endurait froid, chaud, déceptions, manque d'aises, dangers et maladies, sans parler d'une responsabilité quasi trop lourde pour une seule paire d'épaules ; et chaque jour, tout ce temps-là, le grand pont de Kashi sur le Gange avait grandi par ses soins. Maintenant, avant trois mois, si tout allait bien, Son Excellence le vice-roi ouvrirait le pont en grande cérémonie, un prélat le bénirait, le premier train chargé de soldats passerait dessus et il y aurait des discours. 
Findlayson, ingénieur civil, assis dans son trolley sur une ligne volante qui courait le long d'un des revêtements principaux — les môles gigantesques bardés de pierre luisaient sur une longueur de trois milles au nord comme au sud de part et d'autre du fleuve — se permit, pour la première fois, d'envisager la fin proche. Approches comprises, son œuvre mesurait un mille trois quarts de longueur ; c'était un pont en poutres de fer, assemblées au boulon Findlayson, et porté par vingt-sept piles de briques. Chacune de ces piles comportait vingt-quatre pieds de diamètre, un faîte de grès rouge d'Agra, et s'enfonçait à quatre-vingts pieds sous les sables mouvants du Gange. Dessus, passait la voie ferrée, large de quinze pieds ; plus haut encore, une route charretière de dix-huit pieds, flanquée de trottoirs. À chaque bout montaient des tours de brique rouge, percées de meurtrières pour la mousqueterie et d'embrasures pour les gros canons, et l'on achevait d'exhausser jusqu'au pied de leur masse accroupie la rampe de la route. Sur la terre crue des levées en construction grouillaient des centaines d'ânes minuscules qui grimpaient sous des sacs de matériaux du fond de l'abîme artificiel béant à leurs pieds, et des bruits de sabots, le cliquetis des bâtons d'âniers, des chocs mous de gravats jetés et qui roulent emplissaient l'air brûlant de l'après-midi. Le fleuve était très bas, et, tachant la
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blancheur éblouissante du sable entre les trois piles centrales, des supports provisoires de traverses croisées, remplies de boue à l'intérieur et crépies de boue au-dehors, s'élevaient, destinés à soutenir les dernières fermes au fur et à mesure qu'on les rivait là-haut. 
Au-dessus du peu d'eau profonde laissée par la sécheresse, une grue voyageait d'avant et d'arrière le long de ses rails, jetant d'un coup les pièces de fer à leur place, ronflant, culant et grognant comme un éléphant dans un chantier de bois. Les riveurs par centaines fourmillaient sur le treillage latéral et le toit de fer de la voie, se balançaient à des échafauds invisibles sous le ventre des fermes, pendaient en grappes à la gorge des piles, chevauchaient à hauteur des trottoirs la saillie des élançons ; leurs pots à feu et les jets de flammes qui répondaient à chaque coup de marteau ne mettaient guère qu'une touche de jaune pâle dans l'éblouissement du soleil. À l'est, à l'ouest, au nord et au sud, les trains de ballast roulaient et sifflaient à grand bruit le long des remblais, menant le fracas des trucks chargés de pierre brune et blanche jusqu'au moment où, chevilles poussées, s'abattaient les planches latérales et où, dans un tonnerre qui s'achevait en grognement, quelques milliers de tonnes de matériaux de plus s'ajoutaient à la prison du fleuve. 
Findlayson, ingénieur civil, se tourna sur son trolley et couvrit du regard cette campagne dont il avait changé l'aspect à sept milles à la ronde. Il regarda en arrière la cité bourdonnante de ses cinq mille ouvriers, en amont et en aval de la perspective de maçonnerie et de sables, par-dessus le fleuve jusqu'aux piles les plus éloignées, à peine distinctes dans la buée, en l'air vers les tours de garde, — celles-là, lui seul en connaissait la force, — et il vit avec un soupir de contentement que son ouvrage était bon. Son pont se dressait là devant lui en plein soleil, il y manquait à peine quelques semaines de travail aux fermes des trois piles centrales — son pont, fruste encore et laid comme le péché originel, mais pukka, durable — assez pour subsister encore lorsque tout souvenir de l'architecte, qui sait, même de
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l'admirable boulon Findlayson, aurait péri. En somme, l'œuvre était fait. Hitchcock, son adjoint, arrivait au galop le long de la ligne sur un petit poney de Kaboul à queue fouaillante, qui à force d'habitude eût trotté sans se faire prier sur une claie, et fit à son chef un signe de tête complice. 
— Fini, ou tout comme, dit-il avec un sourire. 
— J'y pensais, répondit l'ancien. Ce n'est pas un mauvais bout de besogne pour deux hommes, dites ? 
— Un… et demi. Dieu, quel blanc-bec je faisais quand je suis arrivé aux chantiers ! 
Hitchcock se sentait très vieux d'expérience acquise dans les nombreuses occasions des trois dernières années ; elles lui avaient enseigné le commandement et la responsabilité. 
— C'est vrai que vous étiez quelque peu poulain alors, dit Findlayson. Je me demande comment cela vous ira de reprendre le travail de bureau une fois cette besogne terminée. 
— Horreur ! dit le jeune homme. (Son œil, à mesure, suivit celui de Findlayson, et il murmura Smile Est-ce assez bien fichu ? 
« Je pense que nous monterons en grade de conserve, se dit Findlayson à lui-même. Tu es une trop bonne recrue pour qu'on te laisse à un autre. Blanc-bec tu étais, adjoint tu es. Adjoint personnel tu seras, et à Simla, si je tire quelque honneur de ceci ! » 
À vrai dire, tout le faix du travail avait pesé sur Findlayson et son adjoint, ce jeune homme qu'il avait choisi à cause de son inexpérience, afin de le rompre à ses propres besoins. Il y avait là cinquante entrepreneurs de travaux — ajusteurs et riveurs
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européens, empruntés aux ateliers des chemins de fer, avec peutêtre vingt subordonnés ou métis pour diriger, dirigés eux-mêmes, les équipes d'ouvriers — mais nul mieux que ces deux-là, en leur confiance mutuelle, ne savait le peu de confiance qu'il fallait accorder aux subalternes. Ils avaient essuyé maintes fois l'épreuve de crises soudaines — glissements de chaînes, bris de poulie, accidents aux grues, sans compter le courroux du fleuve — mais nulle de ces occurrences n'avait mis en lumière parmi ceuxlà un homme auquel Findlayson et Hitchcock eussent fait l'honneur de le soumettre au travail opiniâtre qu'ils s'imposaient à eux-mêmes. Findlayson se remémora les choses depuis le commencement : les calculs préalables de plusieurs mois ruinés d'un coup lorsque le gouvernement de l'Inde, au dernier moment, avait ajouté deux pieds à la largeur de la construction, sans doute avec l'idée qu'un pont cela se découpe dans du papier, réduisant ainsi à néant un demi-acre au moins d'épures — de sorte que Hitchcock, novice en matière de déceptions, avait mis sa tête dans ses mains et pleuré ; les retards désespérants avant la signature des contrats en Angleterre, les correspondances fastidieuses où miroitaient les offres de grosses commissions dans le cas où se conclurait une adjudication, une seule, de caractère douteux ; la guerre qui suivit le refus ; à l'autre bout, l'obstruction prudente et polie qui avait suivi la guerre, si bien que le jeune Hitchcock, ajoutant un mois de congé à un autre et empruntant dix jours à Findlayson, avait dépensé ses pauvres petites économies d'un an à courir à Londres, où, comme il l'affirmait lui-même et comme devaient le prouver les adjudications, il avait mis la crainte de Dieu au cœur d'un homme dont la puissance était telle qu'il ne craignait que le Parlement, ce dont il se vanta jusqu'au moment où Hitchcock l'entreprit à sa propre table… et où il se mit à craindre aussi le pont de Kashi et tous ceux qui parlaient en son nom. Puis il y eut le choléra qui vint, une nuit, au village près des travaux du pont ; et après le choléra, la petite vérole. Quant à la fièvre, elle ne les quitta jamais. Hitchcock s'était vu nommer magistrat de première classe avec droit de fouet, pour le plus grand bien de la communauté, et Findlayson l'observait exerçant ses pouvoirs avec modération, apprenant ce qu'on peut excuser et ce qu'il faut punir. Ce fut une longue, très longue rêverie ; elle
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mêlait orages, crues soudaines, la mort sous toutes les formes, rappels de fureurs enrayées lorsque les bureaux poussaient à la frénésie l'esprit qui sait l'urgence d'autres soins ; sécheresse, hygiène, administration, naissances, mariages, décès, rixes dans le village entre vingt castes ennemies, arguments, remontrances, persuasion, et les désespoirs mornes sur lesquels on se couche, heureux que son fusil soit démonté dans sa boîte. Derrière tout cela montait la silhouette noire du pont de Kashi, — plaque par plaque, boulon par boulon, portée par portée — et chaque pile en rappelait Hitchcock, l'homme à tout faire, dont le chef avait senti le dévouement coude à coude, sans lassitude, depuis le premier moment jusqu'à la fin que voilà. 
Ainsi le pont était l'ouvrage de deux hommes — à moins de compter Peroo, comme Peroo se fût certainement compté luimême. C'était un Lascar, un Kharva de Bulsar, qui avait roulé tous les ports entre Rockhampton et Londres, et qui, arrivé au grade de serang sur les bateaux de la British India, mais fatigué de revues, de rassemblements et de porter des habits propres, avait quitté son poste et gagné l'intérieur des terres, où les hommes de son calibre étaient sûrs d'un emploi. Habitué aux leviers, expert à la manœuvre des poids lourds. Peroo valait le prix qu'il lui eût plu de fixer à ses services ; mais c'est la coutume qui règle les gages des contremaîtres, et il s'en fallait de maints écus d'argent que Peroo fût payé à sa valeur. Ni rapides, ni vertige ne lui faisaient peur ; et, en sa qualité d'ex-serang, il savait montrer de l'autorité. Nulle pièce de fer, si grosse ni si mal placée, que Peroo ne pût inventer un palan pour soulever — quelque arrangement boiteux, mal torché, équipé à renfort de bavardage immodéré jusqu'au scandale, mais parfaitement adapté à la besogne urgente. C'était Peroo qui avait sauvé la ferme de la pile 7, quand le câble de fer neuf se coinça dans l'œil de la grue et que l'énorme masse, penchant dans ses sangles, menaça de glisser obliquement. Les ouvriers indigènes perdirent alors la tête et poussèrent de grands cris, et Hitchcock eut le bras droit cassé par la chute d'un T de fonte, après quoi il boutonna son bras dans son veston, s'évanouit, puis revint à lui et dirigea tout quatre heures durant, jusqu'au moment où Peroo, du haut de la grue, déclara :
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« Tout va bien », et que la ferme oscillante prit lentement sa place. Il n'y avait personne comme Peroo, serang, pour amarrer, nouer et boucler, pour régler la marche des petites machines de service, pour hisser astucieusement une locomotive du fond d'un déblai où elle avait roulé ; pour se dévêtir et plonger au besoin afin de voir comment les blocs de béton autour des piles résistaient à l'effort de la Mère Gunga, ou pour s'aventurer en amont par une nuit de mousson et faire son rapport sur l'état des revêtements des berges. Il lui arrivait d'interrompre sans pudeur les conseils de Findlayson et d'Hitchcock, après quoi son étonnant anglais, ou son sabir plus étonnant encore, moitié portugais moitié anglais, ne suffisait plus et il devait prendre une ficelle pour montrer les nœuds qu'il recommandait. Il gouvernait son escouade de préposés aux palans — toute une parenté mystérieuse, venue de Kutch Mandvi, hommes ramassés à des mois d'intervalle et triés scrupuleusement. Aucune considération de famille ou de race n'eût induit Peroo à conserver sur le rôle des salaires des bras faibles ou une tête peu solide : « Mon honneur est l'honneur du pont, disait-il à l'homme sur le point d'être congédié. Que m'importe ton honneur à toi ? Va-t'en travailler sur un steamer. Tu n'es bon qu'à ça. » 
Le petit groupe de huttes où il habitait avec son équipe entourait la demeure aux murs troués d'un prêtre de mer — un prêtre qui, sans avoir jamais mis le pied sur l'Eau Noire, avait été choisi comme directeur spirituel par deux générations de gens de mer, tous à l'épreuve des missionnaires des ports aussi bien que de ces religions où des agences sans discrétion embrigadent les matelots le long de la Tamise. Le prêtre des Lascars n'avait rien à faire avec leur caste, ni même, à vrai dire, avec quoi que ce fût. Il mangeait les offrandes de son église, il fumait, puis redormait encore, « car, disait Peroo qui l'avait remorqué depuis la côte sur une distance de huit cents milles, c'est un très saint homme. Il ne s'occupe pas de ce que vous mangez tant que vous ne mangez pas de bœuf, et c'est une bonne chose, car à terre nous adorons Shiva, nous autres Kharvas ; mais en mer, sur les bateaux des compagnies, nous obéissons strictement aux ordres de Burra
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Malum (le premier maître), et sur ce pont nous observons ce que dit Findlayson Sahib ». 
Findlayson Sahib avait, ce jour-là, donné l'ordre de débarrasser de son échafaudage la tour de garde de la rive droite, et Peroo s'occupait avec ses compagnons à délier et à descendre les perches de bambou et les madriers aussi promptement qu'ils eussent jamais expédié le chargement d'un caboteur. 
De son trolley il pouvait entendre le sifflet d'argent du serang, de même que le grincement et les chocs des poulies. Peroo se tenait sur le faîtage de la tour, vêtu de la dungaree bleue de son ancien métier, et comme Findlayson lui faisait signe de prendre garde, parce que sa vie n'était pas de celles qu'on pût exposer à la légère, il empoigna la dernière perche et, la main en abat-jour sur les yeux, à la manière des marins, répondit par le long cri plaintif de la vigie au gaillard d'avant : « Ham Dekhta hai » (Je veille). Findlayson se mit à rire, puis soupira. 
Depuis des années il n'avait pas vu un steamer, et il se sentait le mal du pays. Au moment où son trolley passait sous la tour, Peroo descendit par une corde, comme un singe, et cria : 
— Cela marche maintenant, Sahib. Notre pont est fait ou peu s'en faut. Que dira, pensez-vous, la Mère Gunga quand les rails passeront dessus ? 
— Elle n'a guère parlé jusqu'ici. Ce n'est point la Mère Gunga qui nous a jamais retardés. 
— Elle prend toujours son temps ; et d'ailleurs il y a eu du retard tout de même. Le Sahib a-t-il oublié la crue de l'automne dernier, quand les chalands à pierre ont coulé sans prévenir, ou sans prévenir au moins plus d'une journée d'avance ? 
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— Oui, mais il n'y a qu'une grande inondation qui pourrait nous faire du mal à cette heure. Les brise-lames d'ouest tiendront bon. 
— La Mère Gunga mange de gros morceaux. Il y aura toujours de la place pour quelques pierres de plus sur les revêtements. C'est ce que je dis au Chota1 Sahib (il voulait dire Hitchcock) et il s'en moque. 
— Peu importe, Peroo. Une autre année tu pourras bâtir un pont à ta mode à toi. 
Le Lascar grimaça un sourire. 
— Alors, ce ne sera pas de cette façon, avec de la maçonnerie sombrée sous l'eau, comme le Quetta sombra. Ce que j'aime, ce sont les ponts sus… sus…pendus, qui volent d'une rive à l'autre, avec un grand marchepied, comme une planche à décharger. Il n'y a pas d'eau qui puisse abîmer cela. Quand le Lord Sahib2 vient-il pour ouvrir le pont ? 
— Dans trois mois, quand il fera plus frais. 
— Oh ! Oh ! Il est comme le Burra Malum. Il dort en dessous pendant qu'on fait l'ouvrage. Puis il arrive sur le gaillard d'arrière, touche du doigt, et dit : « Voici qui n'est pas propre ! Sacré jiboonwallah ! » 
— Mais le Lord Sahib ne me traite pas de sacré jiboonwallah, Peroo. 
                                       1 Petit, par opposition à Burra (grand). 2 Le vice-roi.
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— Non, Sahib ; mais il ne monte pas sur le pont avant que tout l'ouvrage soit fini. Même que le Burra Malum du Nerbudda disait une fois à Tuticorin… 
— Bah ! Va ! Je suis occupé. 
— Et moi, donc ! dit Peroo sans se troubler. Puis-je prendre le petit canot maintenant et nager le long des môles ? 
— Pour les retenir avec tes mains ? Ils sont, je pense, suffisamment solides. 
— Non, Sahib. C'est ainsi. En mer, sur l'Eau Noire, nous avons de la place pour danser de haut en bas sans prendre garde. Ici nous n'avons pas de place du tout. Regardez, nous avons mis la rivière dans un dock, nous l'avons fait courir entre deux murs de pierre. 
Findlayson sourit au « nous ». 
— Nous lui avons mis un mors et une bride. Elle n'est pas comme la mer avec une plage molle à battre. C'est la Mère Gunga… aux fers. 
Sa voix baissa d'un ton. 
— Peroo, tu as couru le monde du haut en bas plus encore que moi. Dis la vérité maintenant. Combien, au fond du cœur, crois-tu à la Mère Gunga ? 
— Je crois tout ce que notre prêtre dit ; Londres est Londres, Sahib, Sydney est Sydney, et Port-Darwin est Port-Darwin. La Mère Gunga est aussi la Mère Gunga, et quand je reviens sur ses
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rives je le sais et j'adore. À Londres j'ai fait poojah3 au grand temple sur les bords du fleuve en l'honneur du Dieu qui l'habite… Oui, je ne prendrai pas les coussins dans le canot. 
Findlayson enfourcha son cheval et trotta jusqu'au hangar d'un bungalow qu'il partageait avec son adjoint. L'endroit lui était devenu un véritable « home » depuis trois années. Il avait grillé dans les chaleurs, sué par les pluies, et frissonné de fièvre sous le chaume grossier ; le plâtre contre la porte était couvert de dessins ébauchés et de formules, et l'usure qui traçait comme un chemin de factionnaire sur la natte de la véranda montrait où il s'était promené seul. Il n'y a pas de journée de huit heures pour le travail d'un ingénieur, et c'est en bottes et en éperons qu'il prenait avec Hitchcock leur repas du soir : en fumant leurs cigares ils écoutaient le bourdonnement du village, tandis que les équipes remontaient du lit du fleuve et que les lumières commençaient à scintiller. 
— Peroo est allé visiter les môles avec votre canot. Il a pris deux neveux avec lui, et il se prélasse à l'arrière, comme un commodore, dit Hitchcock. 
— C'est très bien. Il a quelque chose en tête. On croirait, n'estce pas, que dix ans sur les bateaux de la British India devraient lui avoir fait passer le plus clair de ses principes religieux ? 
— C'est ce qui est arrivé, dit Hitchcock en riant. Je l'ai surpris l'autre jour à tenir des discours parfaitement athées à leur gros vieux guru. Peroo niait l'efficacité de la prière et proposait au guru de s'embarquer avec lui pour assister à une tempête en mer et voir s'il pourrait arrêter une mousson. 
— N'importe, si on lui enlevait son guru, vous le verriez filer comme la flèche. Il me débitait à l'instant tout un chapelet à                                        3 Révéré.
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propos de prières au dôme de Saint-Paul pendant qu'il était à Londres. 
— Il m'a raconté que, la première fois qu'il entra dans la chambre des machines d'un steamer, quand il était petit, il fit sa prière au cylindre à basse pression. 
— Pas si bête, en somme. Pour le moment, il est en train de rendre favorables ses propres dieux et il veut savoir ce que la Mère Gunga pensera du pont qui l'enjambe. Qui est là ? 
Une ombre obscurcit le cadre de la porte, et on mit un télégramme dans la main de Hitchcock. 
— La Mère Gunga devrait avoir l'habitude. Ce n'est rien. Sans doute la réponse de Ralli à propos des nouveaux rivets… Bon Dieu ! 
Hitchcock sauta sur ses pieds. 
— Qu'est-ce que c'est ? dit son ancien. (Et il prit le télégramme.) Le voilà donc l'avis de la Mère Gunga, dit-il en lisant. Du calme, jouvenceau. On nous a mâché la besogne. Voyons, Muir télégraphie il y a une demi-heure : Crue de la Ramgunga. Ouvrez l'œil. Bien, cela nous donne — une, deux, — neuf heures et demie avant que l'eau atteigne Melipur Ghaut, plus sept, qui fait seize et demie jusqu'à Latodi, c'est-à-dire quinze heures avant qu'elle nous arrive. 
— Le diable de cet égout à neige de Ramgunga ! Findlayson, cela survient deux mois avant qu'on pût rien prévoir, et la rive gauche est encore couverte de matériaux. Deux grands mois trop tôt ! 
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— Voilà pourquoi cela arrive. Je ne connais les rivières indiennes que depuis vingt-cinq ans, et je n'ai pas encore la prétention de comprendre. Voici un autre télégramme. (Findlayson ouvrit l'enveloppe.) C'est de Cockran, cette fois, du canal du Gange : « Fortes pluies ici. Mauvais. » Il aurait pu faire l'économie du dernier mot. Eh bien, nous n'avons pas besoin d'en savoir plus. Nous allons mettre les équipes à l'ouvrage toute la nuit pour débarrasser le lit du fleuve. Vous prendrez la rive Est et vous vous arrangerez pour me rencontrer au milieu. Ramassez tout ce qui flotte en amont du pont : nous avons bien assez d'épaves comme cela au fil du courant sans laisser les chalands à pierre faire bélier contre les piles. Avez-vous quelque chose sur la rive Est à quoi parer encore ? 
— Un ponton, un grand ponton avec sa grue. L'autre grue sur le ponton raccommodé, avec les rivets de la route charretière de la vingtième à la vingt-troisième pile — deux lignes de construction et un arc-boutant tournant. Les piles s'arrangeront comme elles pourront, dit Hitchcock. 
— Très bien ! Remontez tout ce qui vous tombera sous la main. Nous allons donner à l'équipe quinze minutes de plus pour avaler son dîner. 
Tout près de la véranda pendait un gros gong de nuit qui ne servait qu'en cas d'inondation ou d'incendie dans le village. Hitchcock avait demandé un cheval frais et galopait déjà sur la route vers son côté de pont quand Findlayson, s'armant du bâton enveloppé de chiffons, se mit à frapper à grands coups traînés, de manière à faire rendre au métal son plein tonnerre. 
Le dernier grondement n'était pas éteint que depuis longtemps tous les gongs de nuit du village avaient repris le tocsin. À cela vint s'ajouter le rauquement des conques dans les petits temples, le battement des tambours et des tam-tams, tandis que du quartier européen, où habitaient les riveurs, le clairon de Mac Cartney, instrument de persécution les dimanches et jours de
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fête, brayait un boute-selle désespéré. Les machines qui rentraient l'une après l'autre le long des môles après leur journée se mirent à siffler ensemble jusqu'à ce qu'on répondît à leurs sifflets de la rive opposée. Puis le gros gong sonna trois fois pour dire qu'il s'agissait d'inondation et non d'incendie ; conques, tambours et sifflets répétèrent l'avertissement, et le village tout entier frémit au bruit mat de pieds nus courant sur la terre molle. La consigne, en tout cas, enjoignait de se rendre au lieu de la tâche commencée et d'y attendre les instructions. Un flot d'équipes se rua dans le crépuscule ; des hommes s'arrêtaient pour nouer un pagne ou rattacher une sandale ; des contremaîtres criaient des ordres à leurs subordonnés comme ceux-ci couraient ou s'arrêtaient auprès des hangars d'outils pour y prendre des barres et des pioches ; des locomotives rampaient sur leurs rails jusqu'au moyeu dans la cohue dont le torrent cuivré se déversait dans le lit noir de la rivière, des formes couraient sur les pilotis, grouillaient en essaim le long des treillages, pendaient en grappe autour des grues ; puis tout resta là sans bouger, chaque homme à sa place. 
Alors le battement d'alarme du gong donna l'ordre de ramasser toutes choses et de les porter plus haut que la ligne des hautes eaux, et les lampes fusantes s'allumèrent par centaines dans la trame de la fonte, tandis que les riveurs commençaient la nuit de besogne qu'ils avaient pour gagner de vitesse la crue en chemin. Les fermes des trois piles centrales — celles qui reposaient sur les supports de traverses — n'étaient pas, il s'en fallait, en position. Elles réclamaient autant de boulons qu'on pouvait leur en mettre, car la crue balayerait assurément les supports, et la masse métallique viendrait porter sur les faîtes de pierre si l'on n'en fixait pas les extrémités. Cent leviers à la fois pesèrent sur les traverses de la ligne provisoire qui desservait les piles inachevées. Elle fut soulevée par sections, chargée sur des trucks et remontée sur la rive au-dessus du niveau de la crue par des locomotives soufflantes. Les hangars d'outils sur les sables fondirent en un clin d'œil sous l'assaut d'armées vociférantes, et avec eux s'évanouirent ballots d'approvisionnements entassés, caisses à rivets cerclées de fer, pinces, ciseaux à froid, pièces de rechange
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pour machines à river, pompes et chaînes de réserve. La grosse grue devait partir la dernière, car c'est elle qui servait à hisser tout le matériel jusqu'au maître ouvrage du pont. On sema les blocs de béton qui chargeaient la flottille de chalands dans les creux d'eau profonde, pour protéger les piles ; après quoi les bateaux vides eux-mêmes, poussés à la gaffe sous le pont, furent rangés en aval. C'est là que le sifflet de Peroo sonna le plus clair, car le premier coup du gros gong avait ramené le canot à toute vitesse, et Peroo avec ses gens, nus jusqu'à la ceinture, peinaient de concert pour l'honneur et le bon renom plus précieux que la vie. 
— Je savais bien qu'elle parlerait ! Cria-t-il. Je le savais, moi, mais le télégraphe nous a prévenus. O fils d'un lit innombrable — enfants d'indicible abjection — sommes-nous donc ici pour faire semblant ? 
Findlayson craignait surtout pour les chalands. Mac Cartney, avec ses équipes, fixait les extrémités des trois fermes douteuses, mais des bateaux en dérive, en cas de crue à haut étiage, pouvaient compromettre les tabliers, et dans les canaux resserrés par la chaleur se pressait une véritable flotte. 
— Range-les en arrière du remous de la tour de garde ! Cria-t-il d'en haut à Peroo. Il y aura morte-eau là ; amène-les en aval du pont. 
— Accha ! (Très bien !) Oui, je sais. Nous sommes à les amarrer avec du filin d'acier. Eh ! Écoutez le Chota Sahib. Il travaille dur. 
De l'autre côté de la rivière venait un sifflement lointain, presque continu, de locomotives, sur une basse grondante de pierres écroulées. Hitchcock, au dernier moment, ajoutait quelques centaines de trucks de pierre de Tarakee aux revêtements et aux digues.
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— Le pont jette un défi à la Mère Gunga, dit Peroo en riant. Mais, quand elle va parler, je sais qui criera le plus fort. 
Pendant des heures les ouvriers nus travaillèrent, parmi les cris et les appels, sous les lumières. Il faisait une nuit chaude, sans lune, obscurcie vers sa fin par des nuages et une rafale soudaine qui rembrunit Findlayson. 
— Elle bouge ! dit Peroo un peu avant l'aube. La Mère Gunga se réveille ! Écoutez ! 
Il trempa sa main dans l'eau, par-dessus le bordage d'un chaland, et le flot gémit contre l'obstacle. Une petite vague heurta d'une claque sèche une pile en passant. 
— Six heures avant le temps prévu, dit Findlayson en s'épongeant le front avec rage. Maintenant nous ne pouvons plus compter sur rien. Il vaut mieux faire sortir tout le monde du lit de la rivière. 
Le gros gong retentit de nouveau, suivi pour la seconde fois par la ruée des pieds nus sur la terre et le fer sonore ; le fracas des outils cessa. Dans le silence les hommes entendaient le petit bâillement de l'eau rampante comme elle recouvrait le sable altéré. 
L'un après l'autre chaque contremaître cria à Findlayson, posté au pied de la tour de garde, que son secteur du lit du fleuve était débarrassé, et quand la dernière voix s'éteignit, Findlayson, à grands pas, s'avança sur le pont jusqu'au point où les tôles de la voie définitive faisaient place au planchéiage provisoire qui réunissait les trois piles centrales. Là il rencontra Hitchcock. 
— Tout est nettoyé de votre côté ? demanda Findlayson.
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Son chuchotement résonna dans la boîte treillagée. 
— Oui, et le canal de l'Est s'emplit. Nous sommes complètement dépassés dans nos calculs. Quand la tuile nous tombera-t-elle ? 
— Impossible à dire. Ça monte aussi vite que ça peut. Regardez ! 
Findlayson désigna du doigt le plancher à ses pieds. Le sable, en bas, torride et souillé par des mois de travail, commençait à crépiter et siffler. 
— Quels ordres ? demanda Hitchcock. 
— Faire l'appel — le compte des vivres — se tourner les pouces — et prier pour le pont. C'est tout, je crois. Bonsoir, ne risquez pas votre vie à tenter de rien repêcher en aval. 
— Oh, je serai aussi prudent que vous !… Bon Dieu, comme elle monte ! Et voici la pluie pour de bon ! 
Par le même chemin Findlayson regagna sa rive, rabattant devant lui les derniers riveurs de Mac Cartney. Les équipes s'étaient répandues le long des berges maçonnées, sans souci de la pluie froide de l'aube, et là elles attendaient l'inondation. Peroo seul tenait ses hommes rassemblés en arrière du retrait de la tour de garde, où se trouvaient les chalands amarrés en proue et en poupe à l'aide de haussières, de câbles de fer et de chaînes. 
Une plainte perçante courut le long de la ligne, achevée en hurlement, un cri mêlé de surprise et d'effroi ; la surface du fleuve blanchit d'une rive à l'autre entre les revêtements de pierre, et dans le lointain les môles disparurent sous des panaches d'écume.
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La Mère Gunga d'un coup montait à fleur de rives, et un mur d'eau couleur chocolat l'annonçait en avant. Un grincement aigu domina le rugissement de l'eau : c'était la plainte des fermes retombées sur leurs amorces, tandis que la trombe du flot, emportant les soutiens de traverses, faisait le vide sous leur ventre de fer. On entendit les chalands gémir et moudre leurs bordages dans le tourbillon qui se forma au revers de la culée, et leurs moignons de mâts montaient plus haut, plus haut, contre la ligne terne du ciel. 
— Avant qu'elle fût enfermée entre ces murailles nous savions de quoi elle était capable. Maintenant qu'elle est ainsi garrottée, Dieu seul sait ce qu'elle va faire ! dit Peroo en surveillant le furieux tumulte des eaux au pied de la tour de garde. Ohé ! Lutte donc ! Frappe dur ! Ainsi les femmes usent leur force. 
Mais la Mère Gunga ne voulait pas lutter selon les désirs de Peroo. Aucune autre muraille d'eau ne suivit le premier mascaret ; la rivière se souleva d'un seul coup, comme un serpent qui boit en été, rognant et tripotant tout le long des digues, et gonflée en arrière des piles à tel point que Findlayson lui-même se mit à recalculer mentalement la résistance de son œuvre. 
Quand le jour vint, le village béa de stupeur. 
— Dire que la nuit dernière, s'écrièrent les hommes en se tournant l'un vers l'autre, c'était comme une ville dans le lit de la rivière ! Voyez maintenant ! 
Et ils se reprirent à regarder et à s'émerveiller de l'eau profonde, de l'eau torrentielle qui léchait maintenant la gorge des piles. La rive opposée se voilait d'une buée de pluie où s'évanouissait la perspective du pont ; des remous et des brisants marquaient seuls la place des jetées d'amont, et en aval, la rivière captive, une fois libre de lisières, s'élargissait à l'horizon comme une mer. Alors commencèrent à descendre très vite et roulés par
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le flot, des hommes et du bétail mort, pêle-mêle, avec, par intervalle, un toit de chaume qui fondait soudain au toucher d'une pile. 
— Grosse crue, dit Peroo. 
Et Findlayson fit signe que oui. Il n'en souhaitait pas davantage. Son pont résisterait à l'épreuve présente, mais il n'en faudrait pas beaucoup plus, et si, par quelques chances sur mille, il y avait un défaut dans les endiguements, la Mère Gunga emporterait à la mer son honneur entre autres épaves. Le pire, c'est qu'il n'y avait rien à faire qu'à rester tranquille, et Findlayson resta donc immobile sous son caoutchouc jusqu'à ce que son casque se réduisît en pulpe sur sa tête et que ses bottes disparussent dans la boue par-dessus les chevilles. Sans tenir compte du temps écoulé, car la rivière se chargeait de marquer les heures, pouce par pouce et pied par pied le long de l'endiguement, il écoutait, transi, affamé, les chalands tourmenter leurs chaînes, le tonnerre étouffé de l'eau sous les piles, les cent bruits divers qui se mêlent dans la grande voix de l'inondation. Une fois, un serviteur ruisselant lui apporta des aliments, mais il ne pouvait pas manger ; une autre fois, il crut entendre corner vaguement une locomotive de l'autre côté du fleuve, et alors il sourit. 
La catastrophe du pont léserait sans doute gravement son adjoint, mais Hitchcock était jeune, avec le gros œuvre de son existence encore devant lui. Tandis que, pour Findlayson, un tel malheur emportait tout — tout ce qui vaut d'être vécu d'une vie énergique. Les hommes de son bord diraient… Il se rappelait ce qu'il avait dit lui-même, son ton de pitié condescendante quand les grands réservoirs de Lockhart avaient crevé, crevé en informe débâcle de briques et de fange, et que Lockhart, tout ressort viril brisé dans sa poitrine, en était mort. Il se rappelait ce qu'il avait dit lui-même quand le grand raz de marée avait emporté le pont de Sumao, et il se souvint du visage du pauvre Hartopp trois semaines plus tard, quand la honte l'eut marqué. Son pont avait
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deux fois la taille de celui de Hartopp, et il portait le boulon Findlayson aussi bien que la nouvelle culée — la culée boulonnée Findlayson. Il ne s'agissait pas de raisons ni d'excuses dans son service. Le gouvernement peut-être pourrait prêter l'oreille, mais les gens du métier le jugeraient d'après son pont, selon qu'il serait debout ou par terre. Il repassa ses devis mentalement, plaque par plaque, portée par portée, brique par brique, pile par pile, se remémorant, comparant, estimant et recalculant, de peur qu'il n'y eût quelque erreur, et souvent durant les longues heures, parmi les volées de formules qui dansaient et tournaient devant lui, il sentit une crainte glacée le mordre au cœur. De son côté, ses chiffres ne faisaient point question ; mais qui pouvait connaître l'arithmétique de la Mère Gunga ? À l'instant même où il équilibrait tout à coups de table de multiplication, la rivière forait peut-être des trous à la base de quelqu'un de ces piliers de quatrevingts pieds qui portaient sa réputation. Un domestique vint de nouveau lui apporter à manger, mais il avait la bouche sèche et ne put que boire avant de revenir à ses décimales. Et la rivière montait toujours. Peroo, sous le couvert d'un surtout de natte, accroupi à ses pieds, observait tantôt sa physionomie, tantôt celle du fleuve, mais ne disait rien. 
À la fin, le Lascar se leva et pataugea dans la boue vers le village, non sans avoir pris soin de laisser un séide à la garde des bateaux. 
Il revint tout de suite, poussant devant lui de la façon la plus irrévérencieuse le prêtre de sa foi — un vieil homme obèse dont la barbe grise fouettait le vent en mesure avec le lambeau détrempé qui volait sur son épaule. Onques vit-on si lamentable guru. 
— À quoi servent les offrandes et les petites lampes à pétrole et le grain mûr, cria Peroo, si tu ne peux rien faire que rester le derrière dans la boue ? Voilà longtemps que tu as affaire à des dieux repus et bienveillants. Maintenant qu'ils sont en colère, parle-leur ! 
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— Qu'est-ce qu'un homme devant le courroux des dieux ? Geignit le prêtre, en s'accoudant sous la violence des rafales. Laisse-moi aller au temple, et là je prierai. 
— Fils de porc, prie ici ! Alors, toujours du poisson salé, de la poudre de cari, des oignons séchés, et rien en échange. Appelle à haute voix ! Dis à la Mère Gunga que c'est assez. Demande-lui de rester tranquille pour la nuit. Je ne sais pas prier, mais j'ai servi sur les bateaux de la compagnie, et quand les hommes n'obéissaient pas à mes ordres, je… 
Un moulinet du câble de fer termina la phrase, et le prêtre, échappant à son disciple, s'enfuit vers le village. 
— Gros pourceau ! dit Peroo. Après tout ce que nous avons fait pour lui ! Quand la crue aura baissé je m'occuperai de nous trouver un nouveau guru. Findlayson Sahib, voici qu'il va faire nuit, et depuis hier on n'a rien mangé. Soyez raisonnable, Sahib. Nul homme ne peut supporter de veiller tard ni de penser beaucoup avec le ventre vide. Couchez-vous, Sahib. La rivière fera ce qu'elle fera. 
— Le pont m'appartient ; je ne peux pas le quitter. 
— Le tiendras-tu donc debout avec tes mains ? dit Peroo en riant ; j'étais inquiet de mes chalands et de mes bigues avant que la crue arrive. Maintenant nous sommes dans les mains des dieux. Le Sahib ne mange ni ne dort ? Qu'il prenne ceci, alors. Ceci vaut à la fois la viande et le meilleur toddy, et tue toute fatigue outre la fièvre qui suit la pluie. Je n'ai rien mangé d'autre aujourd'hui. 
Il tira de sa ceinture trempée une petite tabatière d'étain et la fourra dans la main de Findlayson, en disant : 
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— Non, n'ayez pas peur. Ce n'est que de l'opium, du pur opium de Malwa. 
Findlayson fit tomber dans sa main deux ou trois des pilules brun foncé, et, sachant à peine ce qu'il faisait, les avala. À tout prendre la drogue préservait de la fièvre — la fièvre qui l'envahissait et montait de la boue — et il avait vu ce que Peroo pouvait faire dans l'étuve des brouillards d'automne sous l'influence d'une prise à la boîte d'étain. 
Peroo fit un signe de tête. Ses yeux brillaient. 
— D'ici peu… d'ici peu le Sahib s'apercevra qu'il pense de nouveau. Moi aussi, je vais… 
Il plongea les doigts dans la précieuse boîte, réassujettit sur sa tête son imperméable et s'accroupit pour regarder les bateaux. Il faisait trop noir à présent pour rien voir au-delà de la première pile et la nuit semblait avoir accru la vigueur de la rivière. Findlayson se tenait le menton sur la poitrine tout pensif. Il restait au sujet de l'une des piles — la septième — un point qu'il n'avait pas complètement éclairci. Les chiffres ne voulaient pas se dessiner nettement à l'œil, sauf un par un et à d'énormes intervalles de temps. Un son plein et harmonieux, pareil à la note la plus grave d'un tuba, emplissait ses oreilles, note ensorcelante à laquelle sa pensée, lui sembla-t-il, s'attardait des heures. Puis Peroo surgit à son coude, criant des choses à propos d'une haussière d'acier rompue et de chalands en dérive. Findlayson vit la flottille s'ouvrir et s'égailler en éventail dans un cri prolongé de fils de fer distendus. 
— Un arbre les a heurtés. Ils s'en iront tous, cria Peroo. La haussière principale a cédé. Que fait le Sahib ? 
Un plan immensément complexe se traça en un éclair dans l'esprit de Findlayson. Il vit les cordes courir d'un bateau à l'autre
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en lignes droites, à angles droits — chacune marquée en traits de feu pâle. Mais il y en avait une qui était la maîtresse corde. Il la voyait bien. Qu'il pût une bonne fois la saisir et il était absolument et mathématiquement certain que la flottille en désordre se rassemblerait d'elle-même dans le bras mort derrière la tour de garde. Mais pourquoi Peroo s'accrochait-il désespérément à sa ceinture, tandis qu'ils descendaient le talus ? 
Il fallait écarter le Lascar, doucement, sans colère, parce qu'il fallait sauver les bateaux, et, de plus, démontrer l'extrême facilité du problème si ardu d'apparence. Et alors — mais cela ne présentait pas la moindre importance — un câble de fil de fer lui glissa entre les doigts, avec une sensation de brûlure, la haute berge disparut, et, avec elle, lentement dispersés, tous les facteurs du problème. Il était assis parmi l'ombre pluvieuse — assis dans un bateau qui pirouettait comme une toupie, et Peroo se tenait debout au-dessus de lui. 
— J'avais oublié, dit lentement le Lascar, que pour les gens à jeun et qui n'y sont pas accoutumés l'opium est pire que le vin le plus fort. Ceux qui meurent au sein de Gunga vont aux dieux. Toutefois, je n'ai nul désir de me présenter devant de si grands personnages. Le Sahib sait-il nager ? 
— Quel besoin ? Il sait voler… voler aussi vite que le vent, répondit une voix pâteuse. 
— Il est fou ! Murmura Peroo. Dire qu'il m'a jeté de côté comme un paquet de bouses de vache ! Eh bien, il ne connaîtra pas sa mort. Le bateau ne pourra pas tenir une heure ici, même s'il ne touche rien. Il n'est pas bon de contempler la mort d'un œil clair. 
Il puisa de nouveau au contenu de la boîte d'étain, s'accroupit au fond de l'esquif tournoyant, les yeux fixés à travers la brume sur le néant qui était là. Une chaude langueur envahit Findlayson,
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l'ingénieur en chef, à qui son devoir défendait de quitter son poste. Les lourdes gouttes de pluie le frappaient de mille petits chocs tintinnabulants, et tout le poids du temps, depuis que le temps existe, pesait sur ses paupières. Il concevait et percevait sa sécurité parfaite, car l'eau était si solide qu'on pouvait sans crainte marcher dessus, et qu'en se tenant debout immobile, les jambes écartées pour conserver l'équilibre — c'était le point essentiel — on serait porté au bord avec aisance et vélocité. Mais un meilleur plan encore lui vint à l'esprit. Il suffisait à l'âme d'un effort de volonté pour projeter le corps sur la rive comme le vent pousse un papier, pour l'enlever sur le bord comme un cerfvolant. Après cela — le bateau tournoyait vertigineusement — supposons que le vent prenne par en dessous le corps délivré. S'élèverait-il comme un cerf-volant et piquerait-il la tête la première sur les sables lointains, ou bien oscillerait-il sans gouverne à travers toute l'éternité ? Findlayson s'agrippa au platbord comme pour s'ancrer à sa place, car il lui semblait qu'il allait prendre son vol avant d'avoir arrêté tous ses plans. L'opium a plus d'effet sur l'homme blanc que sur le noir. Peroo ne ressentait qu'une indifférence facile et résignée en ce qui concernait les accidents.


Dernière édition par I am so sure le Mer 28 Juin 2017 - 19:19, édité 1 fois

I am so sure
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Re: Racontes moi, inventes moi des histoires simples de la simple vie

Message par I am so sure le Lun 12 Sep 2016 - 20:25

Spoiler:

— Le bateau ne peut pas durer, grogna-t-il. Ses jointures bâillent déjà. Si c'était seulement un canot avec avirons, nous l'aurions tiré de là ; mais un baquet percé, rien à faire. Findlayson Sahib, nous coulons. 
— Accha ! Je m'en vais. Viens-t'en aussi. 
En esprit, Findlayson s'était déjà échappé du bateau, et il planait en cercles dans l'air, en quête d'un endroit où poser la plante de son pied. Son corps — il rougissait vraiment de sa sotte impuissance — restait à l'arrière du bateau, dans l'eau jusqu'aux genoux. 
« Comme c'est ridicule ! Se disait-il en lui-même du haut de son aire ; ça — c'est Findlayson — architecte du pont de Kashi. Le
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pauvre être va se noyer par-dessus le marché. Se noyer si près du bord. J'y suis, j'y suis déjà sur le bord, moi. Pourquoi ne vient-il pas ? » 
À son profond dégoût, il se retrouva l'âme rejointe au corps, et ce corps en train de gargouiller et de suffoquer en eau profonde. La souffrance qui résulta de cette réunion fut atroce, mais cependant nécessaire pour lutter et sauver le corps. Il eut conscience de se cramponner désespérément à du sable humide et de faire des enjambées prodigieuses comme on fait en rêve pour ne pas perdre pied dans l'eau bouillonnante, jusqu'au moment où il se hissa hors de l'étreinte du fleuve et tomba, pantelant, sur la terre humide. 
— Ce n'est pas pour cette nuit, lui dit Peroo à l'oreille. Les dieux nous ont protégés. 
Le Lascar posait avec circonspection ses pieds qui bruissaient parmi les souches desséchées. 
— C'est quelque île à indigo de l'an dernier, continua-t-il. Nous ne trouverons pas d'hommes ici ; mais prenez bien garde, Sahib : la crue a fait sortir tous les serpents à cent milles à la ronde. Voici venir les éclairs, sur les pas du vent. Maintenant nous allons y voir ; mais marchez avec précaution. 
Findlayson planait loin, bien loin, au-dessus de la crainte des serpents, ou même de toute émotion purement humaine. Sa vue, après qu'il se fut frotté les yeux pour en chasser l'eau, prit une netteté extraordinaire ; il foula le sol, lui parut-il, à gigantesques pas qui franchissaient des mondes à la fois. Quelque part dans la nuit des temps, il avait construit un pont, — un pont sur d'infinies étendues de mers étincelantes — mais le déluge l'avait balayé, ne laissant que cette île sous le ciel pour Findlayson et son compagnon, seuls survivants de la race des hommes. 
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D'incessants éclairs, fourchus et bleus, montraient tout ce qu'il y avait à voir sur l'étroit lopin de terre cerné par l'inondation, un buisson d'épines, un bouquet de bambous qui pliaient et craquaient au vent, et un pipal gris et noueux qui jetait son ombre sur un petit sanctuaire hindou, dont le dôme faisait flotter un pavillon rouge en loques. Le saint homme dont c'était la résidence d'été l'avait depuis longtemps abandonnée, et les intempéries avaient fendu l'image barbouillée de rouge du dieu. Les deux hommes trébuchèrent, les membres et les yeux également alourdis, sur les cendres d'un âtre de briques, et se laissèrent tomber sous l'abri des branches, tandis que la pluie et le fleuve rugissaient de concert. 
Les souches de l'indigo craquèrent, et une odeur d'étable passa dans l'air, tandis qu'un grand taureau brahmane, tout dégouttant d'eau, se frayait du poitrail sa route jusqu'à l'arbre. Les éclairs révélèrent la marque en trident de Shiva sur son flanc, l'insolence du mufle et de la bosse, les yeux phosphorescents comme des yeux de cerf, le front couronné d'une guirlande de soucis détrempés, et le fanon soyeux qui touchait presque terre. On entendait derrière lui d'autres bêtes monter à travers le fourré, du bord de la rivière gonflée, des bruits de pieds pesants et d'haleines profondes. 
— En voici d'autres que nous, dit Findlayson, la tête appuyée au tronc de l'arbre, le regard coulé entre ses paupières mi-closes et le cœur tout à fait à l'aise. 
— Sûrement, dit Peroo d'une voix épaisse, et non des moindres. 
— Qui sont-ils donc ? Je ne distingue pas. 
— Les dieux. Qui seraient-ce ? Regardez ! 
— Ah, c'est vrai ! Les dieux sans doute… les dieux.
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Findlayson sourit, tandis que sa tête tombait sur sa poitrine. Peroo avait éminemment raison. Après la crue, qui pouvait demeurer encore en vie dans le pays, sinon les dieux qui l'avaient faite — les dieux que son village invoquait — les dieux qui sont dans la bouche comme sur le chemin de tous les hommes ? Il ne pouvait pas plus lever la tête que remuer un doigt dans l'extase léthargique où il était plongé, et Peroo souriait d'un air absent à la foudre. 
Le taureau s'arrêta près de l'autel, la tête basse au ras de la terre humide. Un perroquet vert parmi les branches lissa ses ailes mouillées et cria contre le tonnerre, tandis que le cercle dessiné sous l'arbre s'emplissait d'ombres bestiales et mouvantes. Aux talons du taureau marchait un daim noir — un daim comme Findlayson, aux jours lointains de sa vie terrestre, en eût pu voir en rêve — un daim au chef royal, au dos d'ébène, au ventre d'argent, aux cornes droites et luisantes. À côté de lui, la tête au ras du sol, ses yeux verts comme des braises dans ses orbites caves, la queue fouettant sans trêve l'herbe morte, panse pleine et mufle pesant, une tigresse venait. 
Le taureau se coucha près de l'autel, et d'un bond jaillit de l'ombre un monstrueux singe gris, qui s'assit comme un homme à la place de l'idole abattue, tandis que la pluie s'égrenait en joyaux des poils de son col et de ses épaules. 
D'autres ombres allaient et venaient en arrière du cercle, parmi lesquelles un homme ivre qui brandissait un épieu et un flacon. Alors un beuglement rauque s'éleva de terre : 
— La crue diminue déjà, prononça-t-il. Heure par heure l'eau tombe, leur pont tient encore ! 
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« Mon pont, se dit Findlayson à lui-même. Ce doit être une bien vieille histoire à présent. Qu'est-ce que les dieux ont à faire avec mon pont ? » 
Ses yeux chavirèrent dans l'ombre d'où partait le rugissement. Un crocodile femelle — le Mugger du Gange, au nez camus, qui hante les gués — rampa dans la boue jusque devant les bêtes, en faisant siffler furieusement sa queue de droite et de gauche. 
— Ils l'ont fait trop solide pour moi. De toute la nuit je n'ai arraché qu'une poignée de planches. Les murs tiennent ! Les tours tiennent ! Ils ont enchaîné ma crue et mon fleuve n'est plus libre. O immortels, levez ce joug ! Rendez-moi mon flot libre de rive à rive ! C'est moi, Gunga, la Mère, qui parle. Justice des dieux ! J’invoque la justice des dieux ! 
— Qu'avais-je dit ? Murmura Peroo. C'est bien un conseil des dieux. Nous savons maintenant que le monde a péri, sauf vous et moi, Sahib. 
Le perroquet cria et battit de nouveau des ailes, et la tigresse, les oreilles couchées, miaula férocement. 
Quelque part, dans l'ombre, une grande trompe, des défenses luisantes se balançaient lentement, et un gargouillement sourd rompit le silence qui venait de tomber. 
— Nous sommes ici, dit une voix grave, nous autres les puissants. Nous ne sommes qu'un, et nombreux, pourtant Shiva, mon père, est ici, avec Indra. Kali a déjà parlé, Hanuman écoute aussi. 
— Kashi n'a pas de Kotwal ce soir, cria l'homme à la bouteille, en jetant son épieu à terre, tandis que l'île retentissait de l'aboiement des chiens. Qu'on lui accorde la justice des dieux !
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— Vous n'avez pas bougé lorsqu'ils polluaient les eaux ! Cria le grand crocodile. Vous n'avez pas fait un signe quand mon fleuve s'est trouvé pris au piège des murailles. Je n'avais de recours qu'en ma force et voici qu'elle a failli — la force de la Mère Gunga — devant leurs tours de garde. Que pouvais-je faire ? J'ai tout essayé. Est-ce fini maintenant, puissances immortelles ? 
— J'ai apporté la mort ; j'ai mené le mal tacheté de hutte en hutte parmi leurs travailleurs, et ils n'ont pas cessé malgré cela. (Un âne aux naseaux fendus, au poil usé, boiteux, les jambes en ciseaux, couvert de plaies, sortit de l'ombre clopin-clopant.) Je leur ai soufflé la mort par mes narines et ils n'ont point cessé. 
Peroo aurait voulu bouger, mais la torpeur de l'opium le clouait sur place. 
— Bah ! dit-il, en crachant. C'est Mata — la petite vérole. Le Sahib a-t-il un mouchoir à se mettre sur le visage ? 
— Pauvre secours ! Ils me nourrirent un mois de cadavres que je rejetais sur mes grèves de sable, mais leur œuvre continuait. Ce sont des démons et des fils de démons ! Et vous avez abandonné la Mère Gunga seule aux dérisions de leurs chariots à feu ! La justice des dieux sur les bâtisseurs de ponts ! 
Le taureau rumina un instant et répondit avec lenteur. 
— Si la justice des dieux atteignait tous ceux qui raillent les choses saintes, que d'autels désertés il y aurait sur la terre, ô Mère ! 
— Mais ceci dépasse la moquerie, dit la tigresse, en projetant en avant une patte aux griffes roides. Tu sais, Sahib, et vous de même, Immortels, vous savez ; vous savez qu'ils ont profané
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Gunga. Sûrement, une telle offense relève du Destructeur. Qu'Indra juge. 
Le daim répondit sans bouger. 
— Depuis combien de temps ce mal dure-t-il ? 
— Trois années, suivant la manière de compter des hommes, dit le Mugger, tapi tout contre terre. 
— La Mère Gunga meurt-elle donc dans une année qu'elle soit si impatiente de tirer sa vengeance ? La mer profonde était hier encore à la place où elle coule, et la mer à nouveau la couvrira demain, au gré dont les dieux mesurent ce que les hommes appellent le temps. Qui peut dire : « Demain ce pont sera debout encore ? » dit le daim. 
Il y eut un long silence et, dans l'éclaircie de l'orage, la pleine lune monta derrière les arbres ruisselants. 
— Prononce alors, dit la rivière d'un ton de sourde rancune. J'ai proclamé ma honte. La crue retombe. Je n'en puis plus. 
— Pour ma part (c'était la voix du grand singe assis dans le temple), il me plaît assez de regarder faire ces hommes, me souvenant que moi aussi j'ai construit un pont, un grand pont, au temps de la jeunesse du monde. 
— On dit encore, grogna le tigre, que ces hommes sont issus des restes de tes armées, Hanuman ; partant, tu serais complice… 
— Ils besognent comme mes armées firent dans Lanka, et ils croient durable le fruit de leurs travaux. Indra demeure trop
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haut ; mais toi, Shiva, tu sais s'ils ont couvert la face du pays du réseau de leurs chars à feu. 
— Oui, je sais, dit le taureau. Leurs dieux les ont instruits en cette matière. 
Un rire courut à la ronde. 
— Leurs dieux ! Que savent-ils, leurs dieux ? Ils sont nés d'hier et ceux qui les ont faits sont à peine refroidis, s'écria le Mugger. Demain leurs dieux mourront. 
— Oh ! dit Peroo. La Mère Gunga parle d'or. J'ai dit cela au Padre Sahib qui prêchait sur le Mombassa, et il a demandé au Burra Malum de me mettre aux fers pour grave insolence. 
— Assurément ils font ces choses pour complaire à leurs dieux, dit de nouveau le taureau. 
— Pas tout à fait, articula l'éléphant avec lenteur. C'est pour le profit de mes mahajuns — de mes gras usuriers qui m'honorent à chaque nouvelle année et dessinent mon image en tête de leurs livres de comptes. Je regarde par-dessus leur épaule à la lueur des lampes, et je vois que les noms dans les livres sont ceux d'hommes habitant des contrées lointaines — car toutes les villes sont reliées ensemble par les chars à feu, et l'argent va et vient promptement, et les livres de comptes deviennent aussi gros que… moi-même. Et moi qui suis Ganesh de la Bonne Fortune, je bénis mes peuples. 
— Ils ont changé l'aspect de cette terre — qui est la mienne. Ils ont tué sur mes bords et bâti des villes nouvelles, dit le Mugger. 
— Ce n'est qu'un peu de boue qui change de place. Que la boue fouille la boue, s'il plaît à la boue, répondit l'éléphant.
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— Mais ensuite ? dit le tigre. Ensuite ils verront que la Mère Gunga ne peut venger aucune insulte, et ils se détacheront d'elle, et plus tard de nous tous, un par un. À la fin, Ganesh, on nous délaissera sur nos autels vides. 
L'homme ivre se mit debout en chancelant et hoqueta avec véhémence au front des dieux assemblés : 
— Kali ment. Ma sœur ment. Mon épieu est aussi le Kotwal de Kashi. C'est lui qui tient le compte de mes pèlerins. Quand le temps vient d'honorer Bhairon — ce temps-là, c'est toujours — les chars à feu se mettent en marche l'un après l'autre et chacun porte mille pèlerins. Ils ne viennent plus à pied, mais roulent sur des roues, et mon honneur s'en accroît. 
— Gunga, j'ai vu ton lit, à Prayag, noir de pèlerins, dit le singe, en se penchant en avant, et sans le char à feu ils seraient venus moins vite et moins nombreux, souviens-t'en. 
— Ils viennent toujours à moi, poursuivit Bhairon d'une voix épaisse. Jour et nuit il me prie, le petit peuple, du bord des champs et des routes. Qui vaut Bhairon aujourd'hui ? Que parlet-on ici de fois qui changent ? Est-ce pour rien que mon bâton est le Kotwal de Kashi ? Il tient le compte et il dit que jamais il n'y eut autant d'autels qu'aujourd'hui, et que le char à feu sert leur culte comme il sied. Bhairon suis-je… Bhairon du bas peuple, et le premier en ces jours parmi les immortels. Mon épieu dit aussi… 
— Paix, toi ! Beugla le taureau. Le culte des écoles est le mien, et l'on y parle avec sagesse ; on y discute pour savoir si je suis un ou multiple ; mon peuple se plaît à ces choses ; mais vous savez du moins, vous autres, qui je suis. Kali, mon épouse, tu le sais également. 
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— Oui, je le sais, dit la tigresse, qui courba la tête. 
— Je suis plus grand que Gunga même. Car vous savez ce qui inclina les esprits des hommes à nommer Gunga sainte entre tous les fleuves. Qui meurt dans cette eau — vous connaissez la croyance des hommes — vient à nous sans châtiment, et Gunga sait que le char à feu lui a conduit par vingtaines des fidèles tous jaloux d'une telle fin, et Kali sait qu'elle a tenu ses plus belles fêtes parmi les pèlerinages que nourrit le chariot à feu. Qui donc, à Pooree4, sous la statue du dieu, frappa mille victimes en un jour et une nuit, puis, attachant le fléau derrière les roues des chars à feu, le fit courir d'un bout du pays à l'autre ? Qui donc, sinon Kali ? Avant les chars à feu, la tâche était plus dure. Les chars à feu t'ont grandement servie, ô mère d'extermination. Mais je parle pour mes propres autels, moi qui ne suis pas Bhairon du petit peuple, mais Shiva. Les hommes vont ça et là, fabriquant des mots et racontant des histoires au sujet des dieux étrangers, et j'écoute. Les croyances se succèdent parmi mon peuple dans les écoles, et je suis sans colère ; car, lorsque les mots sont dits et qu'on est las des légendes nouvelles, c'est à Shiva que les hommes reviennent à la fin. 
— Il dit vrai, murmura Hanuman. C'est à Shiva et aux autres qu'ils retournent, ô Mère. Je me glisse de temple en temple dans le Nord, où ils adorent un dieu et son prophète, et bientôt mon image régnera seule dans leurs sanctuaires. 
— Est-ce tout ? Dit le daim, en tournant lentement la tête. Je suis ce dieu-là, et son prophète aussi. 
— Il est vrai, Père, dit Hanuman. Et quand je vais au Sud, moi, le plus ancien des dieux, des dieux selon la connaissance qu'en peuvent avoir les hommes, je n'ai qu'à toucher les autels de la
                                       4 Jaggernauth.
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nouvelle foi pour qu'on sculpte avec douze bras l'image de la femme que nous savons, cependant ils la nomment Marie. 
— Est-ce tout, frère ? dit la tigresse. Je suis cette femme. 
— Il est vrai, ma sœur, et quand je vais à l'Ouest parmi les chars à feu et que j'apparais sous nombre de formes devant les bâtisseurs de ponts, à cause de moi ils changent de foi et montrent ainsi leur sagesse. Oh ! Oh ! C’est moi le bâtisseur de ponts, oui, certes, — de ponts entre ceci et cela, et dont chacun mène sans faute à nous pour finir. Apaise-toi, Gunga. Ni ces hommes, ni ceux qui les suivent ne songent à te railler. 
— Suis-je seule, donc, puissances immortelles ? Faut-il aplanir mes flots, de peur, par malchance, d'emporter leurs murailles ? Indra séchera-t-il mes sources dans la montagne et me pliera-t-il à ramper humblement entre leurs quais ? Faut-il que je m'enfonce dans le sable de crainte de les offenser ? 
— Et tout cela pour une pauvre barre de fer avec le char à feu dessus. Vraiment, la Mère Gunga est toujours jeune ! dit Ganesh l'éléphant. Un enfant n'aurait pas parlé plus à l'étourdie. Que la boue fouille la boue avant de retourner à la boue. Je sais que mes fidèles deviennent riches et me louent ; Shiva disait que les docteurs des écoles n'oublient point ; Bhairon est content de la foule du bas peuple, et Hanuman rit. 
— Sûrement je ris, dit le singe. Mes autels sont en petit nombre auprès de ceux de Ganesh ou de Bhairon, mais les chars à feu m'apportent de nouveaux adorateurs de par-delà l'Eau Noire — les hommes qui vénèrent pour Dieu le travail. Je cours devant eux en leur faisant signe, et ils suivent Hanuman. 
— Donne-leur tout l'ouvrage qu'ils désirent, alors, dit la rivière. Construis une digue en travers de ma crue et rejette l'eau sur le
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pont. Jadis tu montras ta force, à Lanka, Hanuman. Penche-toi et soulève mon lit. 
— Qui donne la vie peut la reprendre. (Le singe, du bout de son doigt maigre, grattait la fange.) Qui profiterait d'un tel massacre ? Ils mourraient en grand nombre. 
À ce moment on entendit sur l'eau un lambeau de chanson d'amour telle que les jeunes garçons en chantent en gardant leur bétail par les midis torrides de l'arrière-printemps. Le perroquet cria de joie, la tête basse, en marchant de côté sur sa branche, tandis que montait la chanson ; et au milieu d'un cercle blanc de lune, apparut, debout, le jeune pâtre, le favori de Gopis, celui qu'appellent en rêve les vierges et les mères avant l'enfantement — Krishna le Bien-Aimé. Il se baissa pour rattacher sa longue chevelure mouillée, et le perroquet voleta jusqu'à son épaule. 
— Danser et chanter, chanter et danser, hoqueta Bhairon, voilà qui te met en retard pour le conseil, frère. 
— Et puis ? dit Krishna, riant et jetant la tête en arrière. Vous ne pouvez pas faire grand-chose sans moi, ni Karma que voici. (Il caressa le plumage du perroquet et rit encore.) Que faites-vous là tous assis à délibérer ? J'ai entendu la Mère Gunga gronder dans l'ombre, et c'est pourquoi je suis venu promptement d'une hutte où je dormais à l'abri. Et qu'avez-vous fait à Karma qu'il soit si mouillé et se taise si longtemps ? Et que fait la Mère Gunga ici ? Les cieux sont-ils pleins qu'il vous faille venir patauger dans la boue comme des bêtes ? Karma, qu'ont-ils ? 
— Gunga crie vengeance sur les bâtisseurs du pont, et Kali la soutient. Maintenant elle somme Hanuman d'engouffrer le pont, afin que sa gloire resplendisse, cria le perroquet. J'attendais ici, sachant que tu viendrais, ô mon maître ! 
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— Et les immortels se sont tus ? Gunga et la Mère des Supplices leur ont-ils donc fermé la bouche ? Personne n'a-t-il parlé pour mon peuple ? 
— Non, dit Ganesh, en posant un pied après l'autre d'un air gêné. J'ai dit : Ce n'est que de la boue qui s'amuse ; pourquoi l'écraser ? 
— Il me plaisait de les voir à l'œuvre… certes, dit Hanuman. 
— Que m'importait la colère de Gunga ? dit le taureau. 
— Je suis Bhairon des populaces, et mon épieu que voici est Kotwal de tout Kashi. J'ai parlé pour le bas peuple. 
— Toi ? 
Les yeux du jeune dieu étincelèrent. 
— Ne suis-je pas aujourd'hui dans leur bouche le premier des dieux ? répliqua Bhairon sans vergogne. Pour l'amour du petit peuple j'ai dit… beaucoup de sages paroles que j'ai oubliées depuis… mais mon épieu que voici… 
Krishna se retourna avec impatience, vit le Mugger à ses pieds et, s'agenouillant, passa un bras autour du cou visqueux et froid. 
— Mère, dit-il avec douceur, regagne ton fleuve. L'affaire ne te concerne pas. Quel mal ton honneur peut-il souffrir de cette poussière vivante ? Tu leur as rajeuni leur glèbe chaque année, et c'est ta crue qui nourrit leur force. Puis, ils finissent toujours par venir à toi. Quel besoin de les frapper à présent ? Aie pitié, mère, ce n'est que pour un temps. 
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— Si ce n'est que pour un temps…, commença la bête lente. 
— Sont-ils donc des dieux ? répliqua Krishna en riant, les yeux dans les yeux ternes de la Rivière. Sois-en certaine, c'est seulement pour peu de temps. Les immortels t'ont exaucée, bientôt justice sera faite. Va donc à présent, Mère, retourne à tes flots. Hommes et bétail couvrent les eaux… les berges croulent… les villages fondent à cause de toi. 
— Mais le pont… le pont tient toujours. 
Le Mugger disparut en grondant parmi les broussailles, tandis que Krishna se levait. 
— C'est fini, dit la tigresse d'une voix mauvaise. Il n'y a plus de justice à attendre des immortels. Vous avez traité Gunga comme un jouet et comme une risée ; elle demande pourtant à peine quelques vies. 
— Il s'agit de mon peuple à moi — de mon peuple qui dort làbas sous les toits de feuilles du village — des jeunes filles et des jeunes gens qui chantent pour elle dans l'ombre — de l'enfant qui naîtra ce matin — de celui qui fut conçu ce soir, dit Krishna. Et quand tout sera fait, où donc le profit ? Demain les reverrait à l'œuvre. Oui, si nous balayions le pont d'un bout à l'autre, ils recommenceraient. Écoute-moi ! Bhairon est toujours ivre ; Hanuman nargue ses fidèles avec de nouvelles énigmes… 
— Non, elles sont très vieilles, dit le singe en riant. 
— Shiva entend le bavardage des écoles et les rêves des saints hommes ; Ganesh ne pense qu'à ses marchands pansus ; mais moi… je vis avec ceux-là qui sont mon peuple, je vis sans demander de présents, comblé pourtant à toute heure. 
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— Certes, tu es tendre pour les tiens, dit la tigresse. 
— Ils m'appartiennent. Les vieilles femmes rêvent de moi, en se tournant dans leur sommeil ; les jeunes filles épient mon visage et guettent mes pas en allant remplir leurs cruches au fleuve. Je marche avec les jeunes hommes qui attendent aux portes quand la nuit tombe, et je hèle les barbes blanches pardessus mon épaule. Vous le savez bien. Immortels, que seul de nous tous j'erre continuellement sur la terre et ne prends nul plaisir dans nos cieux tant qu'une tige verte croît ici, ou que deux voix au crépuscule murmurent dans les moissons hautes. Sans doute, vous êtes sages, mais vous vivez loin, oubliant d'où vous vîntes. Je n'oublie pas ainsi. Et les chars à feu nourrissent vos temples ? Dites-vous. Les chars à feu débarquent mille pèlerinages aux lieux où naguère il n'en venait que dix ? Oui. Pour aujourd'hui, c'est vrai. 
— Mais demain ils sont morts, frère, dit Ganesh. 
— Paix ! dit le taureau, tandis que Hanuman se penchait de nouveau. Et demain, bien-aimé… que fais-tu de demain ? 
— Ceci, rien que ceci. J'entends un mot nouveau qui glisse de bouche en bouche parmi les gens de peu — un mot qu'homme ni Dieu ne peut saisir — un funeste mot — un petit mot qui court nonchalamment parmi le populaire, et qui dit (nul ne sait qui l'a lancé d'abord) qu'ils sont las de vous sur la terre, de vous, dieux immortels. 
Les dieux, tous ensemble, eurent un rire assourdi. 
— Et puis, bien-aimé ? Dirent-ils. 
—Et pour cacher cette lassitude, ceux-ci, les gens de mon peuple, t'apporteront d'abord, à toi, Shiva, et à toi de même,
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Ganesh, de plus riches offrandes et un plus grand tumulte d'adoration. Mais le mot fait son chemin, et, dans la suite, ils paieront moins de redevances à vos brahmanes moins repus. Puis ils oublieront vos autels, mais si lentement que nul homme ne pourra dire de quelle manière son oubli commença. 
— Je savais… je savais ! J'ai dit cela aussi, mais ils n'ont pas voulu m'entendre, dit la tigresse. Nous aurions dû tuer… nous aurions dû tuer ! 
— Il est trop tard maintenant. Il aurait fallu tuer au commencement, quand les hommes de l'autre côté de l'eau n'avaient encore rien appris aux nôtres. Mon peuple à présent voit leur ouvrage et s'en va songeant. Et ce n'est pas seulement à leurs dieux qu'ils songent. Ils songent aux chars à feu et aux autres choses que les bâtisseurs de ponts ont faites, et, quand vos prêtres tendent les mains à l'aumône, on leur donne peu, en rechignant. Sans doute, c'est le début, cela en affecte un ou deux, cinq ou dix… car, moi qui vais et viens parmi mon peuple, je connais leurs cœurs. 
— Et la fin, bouffon des dieux ? Quelle sera la fin ? demanda Ganesh. 
— La fin ramènera ce qui fut au principe, ô pesant fils de Shiva ! La flamme mourra sur les autels et la prière sur les lèvres jusqu'à ce que vous redeveniez de petits dieux — des dieux de la jungle, des dieux-poupées en chiffons, des fétiches à clouer aux troncs d'arbres ou aux portes, comme vous étiez au commencement. Telle est, sera la fin, Ganesh, pour toi et pour Bhairon — Bhairon des populaces. 
— C'est très loin, grommela Bhairon. En outre, ce n'est pas vrai. 
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— Tant de femmes ont baisé Krishna… Elles lui ont conté ces choses pour consoler leurs propres cœurs à cause des cheveux gris venus, et il nous a répété l'histoire, dit le taureau tout bas. 
— Leurs dieux sont venus et nous les avons changés. J'ai pris la femme et lui ai donné douze bras. Ainsi nous déformerons leurs dieux, dit Hanuman. 
— Leurs dieux ! Il s'agit bien de leurs dieux, homme ou femme, en une ou trois personnes. Il s'agit du peuple. Ce sont eux qui se transforment, et non les dieux des bâtisseurs de ponts, dit Krishna. 
— Ainsi soit-il. J'ai fait adorer à un homme le char à feu sur place, immobile et fumant : il ignorait que c'était moi qu'il adorait, moi-même, dit Hanuman le singe. Ils ne feront que changer un peu le nom de leurs dieux. Je mènerai comme autrefois les bâtisseurs de ponts ; Shiva sera vénéré dans les écoles par tels qui suspectent et méprisent leur prochain ; Ganesh aura ses mahajuns et Bhairon les âniers, les pèlerins et les marchands de jouets. Ils ne feront guère, ô bien-aimé, que changer les noms, et, quant à cela, c'est mille fois que nous l'avons vu. 
— Évidemment ils ne feront que changer les noms, répéta Ganesh. 
Mais une sorte de malaise semblait troubler les dieux. 
— Ils changeront les noms et davantage. Moi seul ils ne peuvent me tuer, tant que s'étreindront la vierge et l'adolescent, tant que le printemps suivra les pluies. O dieux, ce n'est point vainement que j'ai couru la terre. Mon peuple à cette heure ignore ce qu'il sait : mais moi qui vis avec lui, je lis dans son cœur. Grands rois, le commencement de la fin est déjà né. Les chars à feu clament les noms de nouveaux dieux et ce ne sont point les
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anciens sous des syllabes nouvelles. Buvez à présent et mangez gloutonnement ! Baignez vos visages aux fumées des autels avant qu'ils se glacent. Digérez vos offrandes, écoutez cymbales et tambours, ô maîtres célestes, tant qu'il demeure encore des hymnes et des fleurs. 
Selon le temps comme le comptent les hommes, la fin est lointaine, mais, selon notre mesure à nous, c'est ce soir. J'ai dit. 
Le jeune dieu se tut, et longuement, en silence, ses frères se contemplaient. 
— Je n'avais jamais entendu ces choses, chuchota Peroo à l'oreille de son compagnon. Et pourtant je me suis demandé parfois, tout en huilant les cuivres dans la chambre des machines du Goorkha, si nos prêtres étaient si sages… si sages. Le jour vient, Sahib. Ils partiront à l'aurore. 
Une lumière jaune s'élargit dans le ciel et le ton du fleuve changea sous la fuite des ténèbres. Soudain l'éléphant poussa un son de trompette, comme sous un aiguillon humain. 
— Qu'Indra juge. Père de toutes choses, parle ! Qu'en est-il de ce que nous venons d'entendre ? En vérité, Krishna ment-il ? Ou bien… 
— Vous le savez, dit le daim en se mettant sur pied. Vous connaissez l'énigme des dieux. Quand Brahma cessera son rêve, les cieux et l'enfer et la terre disparaîtront. Soyez tranquilles, Brahma rêve toujours. Les rêves viennent et passent et la nature des rêves change, mais Brahma rêve toujours. Krishna a couru trop longtemps la terre ; pourtant je l'aime davantage pour l'histoire qu'il nous a contée. Les dieux changent, bien-aimé… tous, sauf un seul ! 
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— Oui, tous en effet, sauf un seul, celui qui met l'amour au cœur des hommes, dit Krishna, en secouant sa ceinture. Vous n'aurez point longtemps à attendre avant de connaître si je mens. 
— Sans doute encore peu de temps, comme tu le dis, et nous saurons. Regagne tes huttes, bien-aimé, va jouer encore avec les jeunes choses, car Brahma rêve toujours. Allez, mes enfants ! Brahma rêve… et jusqu'à ce qu'il s'éveille les dieux ne mourront point. 
*** 
— Où sont-ils allés ? dit le Lascar, frappé de crainte, en grelottant un peu de froid. 
— Dieu sait ! dit Findlayson. 
Le fleuve et l'île apparaissaient maintenant en plein jour, et sous le pipal la terre humide ne gardait empreinte de sabot ni de patte. Seul un perroquet criait dans les branches et s'ébrouait des ailes en faisant pleuvoir des averses de gouttes. 
— Debout ! Nous voilà tout engourdis de froid ! L'effet de l'opium dure-t-il encore ? Peux-tu bouger, Sahib ? 
Findlayson se mit tant bien que mal sur pied et se secoua. Sa tête tournait et lui faisait mal, mais l'opium avait accompli son œuvre, et, tout en s'aspergeant le front avec l'eau d'une mare, l'ingénieur en chef du pont de Kashi se demandait comment il avait fait pour échouer sur cette île, quelles chances de retour lui gardait ce jour-là, et, surtout, de quelle manière s'était comporté son ouvrage. 
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— Peroo, j'ai oublié beaucoup de choses. J'étais au pied de la tour à surveiller le courant ; et alors… Est-ce que la crue nous a emportés ? 
— Non. Les bateaux ont brisé leurs amarres, Sahib et (puisque le Sahib avait oublié l'opium, Peroo décidément ne le lui rappellerait pas) en s'efforçant de les rattacher — il m'a semblé du moins, mais il faisait noir — une corde a atteint le Sahib et l'a précipité sur un bateau. Considérant que c'est nous deux, avec Hitchcock Sahib, qui avons pour ainsi dire construit ce pont, je suis monté aussi sur le bateau, qui est venu s'échouer à califourchon, peut-on dire, sur la pointe de cette île, et, en se brisant, nous a jetés à terre. J'ai poussé de grands cris quand le bateau a quitté le quai et Hitchcock Sahib va sans doute venir nous chercher. Quant au pont, il est trop mort d'hommes en le bâtissant pour qu'il puisse tomber. 
Un soleil ardent, qui fit monter du sol détrempé la forte odeur de la terre, avait suivi l'orage, et dans cette vive lumière le souvenir ne trouvait plus de place pour les rêves de la nuit. Findlayson regarda attentivement en amont, à travers le flamboiement de l'eau mouvante, au point d'en avoir mal aux yeux. 
Le Gange ne montrait point trace de rives et beaucoup moins encore de silhouette de pont. 
— Nous avons dérivé bas, dit-il. C'est merveilleux que nous ne nous soyons pas noyés cent fois. 
— C'est la moindre des merveilles de cette nuit, car nul homme ne meurt avant son temps. J'ai vu Sydney, j'ai vu Londres et vingt grands ports, mais (Peroo regarda le dôme humide et dépeint au pied du pipal) jamais homme n'a vu ce que nous vîmes ici. 
— Quoi ?
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— Le Sahib a-t-il oublié ? Ou bien sommes-nous les seuls, nous autres hommes noirs, à voir les dieux ? 
— J'ai eu la fièvre. (Findlayson continuait à sonder avec inquiétude l'horizon du fleuve.) Il m'a semblé que l'île était pleine de bêtes et d'hommes qui parlaient, mais je ne me rappelle pas bien. Un bateau pourrait se tirer de ce courant-ci, je pense, à présent. 
—Oh ! Oh ! Alors, c'est vrai. » Quand Brahma cesse de rêver, les dieux meurent. » Maintenant je sais, oui-da, ce qu'il voulait dire. Une fois, déjà, le guru m'en avait dit autant, mais alors je ne comprenais pas. Maintenant je suis plus sage. 
— Quoi ? dit Findlayson par-dessus son épaule. 
Peroo continua comme se parlant à lui-même : 
— Il y a six, sept, dix moussons, j'étais de quart sur le gaillard d'avant du Rewah — le plus grand bateau de la compagnie — et il vint un grand tufan5, l'eau battait, noire et verte, et je me tenais ferme aux garde-corps, suffoquant sous les vagues. Je pensai alors aux dieux — à ceux que nous avons vus cette nuit. (Il leva les yeux avec curiosité vers le dos de Findlayson, mais le blanc regardait la rivière débordée.) Oui, je dis bien : à ceux que nous avons vus cette nuit, et j'appelai leur secours sur ma tête. Et pendant que je priais, sans perdre de vue la mer, vint une vague qui me jeta la tête la première sur l'anneau de la grande ancre de bossoir ; le Rewah monta, monta toujours, en donnant de la bande sur bâbord, l'eau se retira de sous l'étrave, et je restai là, sur le ventre, tenant l'anneau, et l'œil plongeant dans ces grands abîmes. Alors je pensai, face à face avec la mort : si je lâche prise, je me noie, et il n'y aura plus pour moi de Rewah ni de petite                                        5 Typhon.
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place auprès des cuisines où l'on cuit le riz, ni de Bombay, ni de Calcutta, ni même de Londres. » Comment être sûr, dis-je, que les dieux que je prie m'écouteront jamais ? » Tandis que je me demandais cela, le Rewah baissa le nez comme un marteau tombe, et toute la mer se rua sur nous et me traîna à reculons le long du gaillard d'avant et du haut du gaillard sur le pont (dans la chute, même, je m'abîmai très fort la jambe contre la pompe), mais je ne mourus pas, et j'ai vu les dieux. Ils sont favorables aux vivants — mais aux morts… Eux-mêmes l'ont dit. Aussi, en arrivant au village, je battrai le guru pour lui apprendre à parler en énigmes qui n'en sont pas. Quand Brahma cesse de rêver, les dieux s'en vont. 
— Regarde en amont. Le soleil m'aveugle. Vois-tu de la fumée là-bas ? 
Peroo s'abrita les yeux de la main et regarda. 
— Voilà un homme intelligent et qui fait vite ; Hitchcock Sahib ne se serait pas confié à un bateau à rames. Il a emprunté le canot à vapeur du Rao Sahib, et il vient nous chercher. J'ai toujours dit qu'on aurait dû avoir une chaloupe à vapeur pour le service des chantiers du pont. 
La frontière du Rao de Baraon commençait à moins de dix milles du pont, et Findlayson comme Hitchcock avaient passé une bonne partie de leurs maigres loisirs à jouer au billard et à chasser le daim en compagnie du jeune prince. Resté cinq ou six ans sous la coupe d'un précepteur anglais à goûts sportifs, il s'occupait pour l'instant à gaspiller royalement les revenus accumulés durant sa minorité par le gouvernement de l'Inde. Son bateau à vapeur, avec ses lisses plaquées d'argent, sa tente de soie rayée et ses ponts d'acajou, était un jouet nouveau que Findlayson avait trouvé horriblement encombrant les jours où le Rao visitait les travaux du pont. 
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— C'est de la chance, murmura Findlayson. 
Mais il restait inquiet tout de même dans l'attente de nouvelles du pont. 
La somptueuse cheminée peinte en bleu et blanc descendait promptement la rivière. On pouvait voir Hitchcock à l'avant, armé d'une lorgnette, les joues d'une pâleur inaccoutumée. Alors Peroo héla, et le canot se dirigea vers la pointe d'aval de l'île. Le Rao Sahib, en costume de chasse et turban de sept couleurs, fit signe affablement de sa main royale, et Hitchcock appela. Mais il n'avait pas besoin de poser de questions, car la première demande de Findlayson fut pour son pont. 
— Tout parfait ! Du diable si je comptais vous revoir jamais, Findlayson. Vous êtes à sept koss en aval. Oui, pas une pierre n'a bougé nulle part ; mais comment allez-vous ? J'ai emprunté son canot au Rao Sahib et il a bien voulu venir. Sautez dedans. 
— Ah, Finlinson, ça va bien, eh ? Ça été une calamité tout à fait sans précédent la nuit dernière, eh ? Mon palais royal aussi fait eau comme le diable, et les récoltes vont manquer dans tout mon pays. Maintenant, faites-nous démarrer, Hitchcock. Je… je n'entends rien aux machines à vapeur. Vous êtes mouillé ? Vous avez froid, Finlinson ? J'ai des choses à manger, ici, et vous allez boire un bon coup. 
— Je vous suis on ne peut plus obligé. Rao Sahib. Je crois que vous m'avez sauvé la vie. Comment Hitchcock ?… 
— Oh ! Oh ! Il avait les cheveux tout droits sur la tête. Il est venu à cheval me trouver au milieu de la nuit et m'a réveillé dans les bras de Morphée. Cela m'avait tout à fait affecté, Finlinson ; de sorte que je suis venu aussi. Mon grand-prêtre est fort en colère en ce moment. Nous allons revenir vite, mister Hitchcock. On m'attend à midi quarante-cinq au temple métropolitain, où nous
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consacrons une nouvelle idole quelconque. Sans quoi je vous aurais demandé de passer la journée avec moi. C'est assommant, ces cérémonies religieuses, Finlinson, eh ? 
Peroo, que l'équipage connaissait bien, avait pris possession de la barre et ramenait adroitement le canot debout au courant. Mais tout en gouvernant il maniait mentalement deux pieds de filin d'acier à moitié détordu, et le dos sur lequel il tapait, c'était celui de son guru.
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–Kipling (les faiseurs de ponts)


Dernière édition par I am so sure le Sam 3 Juin 2017 - 23:25, édité 1 fois
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Re: Racontes moi, inventes moi des histoires simples de la simple vie

Message par I am so sure le Lun 3 Oct 2016 - 17:09

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L’histoire du lion et de son reflet
Nous sommes certains que vous êtes déjà passé par une situation ou un problème qui est devenu une obsession, l’air que vous respirez, la nourriture que vous mangez, et les vêtements que vous portez.
Tout tourne autour de cet inconvénient, et il est présent à chaque seconde dans vos pensées et vos émotions.
Voici une belle histoire, avec une morale qui vous fera penser à la manière dont vous pouvez affronter vos problèmes.
Il était une fois, un lion qui vivait dans un désert. Le vent y soufflait beaucoup, c’est pourquoi l’eau des mares où buvaient habituellement tous les animaux, n’était jamais calme.

Les puissantes rafales provoquaient des vagues sur les mares et on ne pouvait jamais voir son reflet en elles.
Un jour, le lion s’aventura dans la forêt où il a avait pour habitude de chasser et de jouer lors de ses temps libres, jusqu’à ce qu’il se sente fatigué et assoiffé.
A la recherche d’eau, il arriva à une mare qui contenait le liquide plus frais et paisible que personne n’avait jamais pu imaginer. 
Le lion s’approcha donc de la mare, étira son cou et essaya de boire une bonne gorgée. Soudain, il vit son propre reflet et prit peur, pensant qu’il s’agissait d’un autre lion qui se trouvait en face de lui. 
“Cette eau doit appartenir à un autre lion, mieux vaut que je m’en aille d’ici, en faisant attention» pensa l’animal. Il partit mais la soif le fit revenir à nouveau à la mare. Il vit de nouveau la tête d’un lion impressionnant à la grande crinière, qui le regardait depuis la superficie de l’eau.



Le lion de cette histoire s’est caché afin d’attendre le moment opportun pour faire fuir cet autre lion. Comme il était habitué à marquer son territoire ou à démontrer qu’il était le maître, il ouvrit son gosier et fit un terrible rugissement.
Mais aussitôt qu’il montra ses dents, bien sûr, la bouche de l’autre lion s’ouvrit également, et notre lion eut peur de cette horrible et dangereuse vision. 
Le lion s’éloigna plusieurs fois mais à chaque fois il reprenait son courage à deux mains, revenait vers la mare et vivait la même expérience.
Après un long moment, pourtant, il était si assoiffé et désespéré qu’il décida : «Avec ou sans lion, je boirai dans cette mare!”. Et aussitôt que le lion mit son visage dans l’eau… l’autre lion disparut ! 
L’angoisse, l’anxiété et la dépression ne tardent pas à apparaître quand les problèmes sont là. On a tendance à rester paralysé et on ne sait pas comment agir.
Parfois, il est important de s’éloigner du problème, de prendre un peu de distance et de demander de l’aide, bien qu’il soit difficile de prendre cette décision.
L’une des clés pour résoudre un problème est de travailler à «la première étape». Ensuite, vous déciderez de la marche à suivre.
Mais si vous ne réussissez pas à monter la première marche, vous n’arriverez jamais en haut de l’escalier. Il est normal que, quand nous nous confrontons à un projet et qu’il reste tout à faire, les peurs et les insécurités se multiplient.

Ainsi, il est nécessaire de se créer des opportunités et de ne pas espérer que tout nous tombe du ciel. Il est également important d’éliminer tous les obstacles matériels et psychologiques qui nous empêchent d’avancer.
Pensez que le problème est justement que vous ne savez pas comment l’affronter. Il est normal d’avoir peur, de vouloir éviter la situation, de désirer de tout son coeur que les choses changent ou s’améliorent etc.
Peut-être que c’est le moment de vous transformer un peu plus en lion et de découvrir la différence entre essayer et se décider. 
Quand vous essayez, il est plus facile d’abandonner, et quand vous doutez, il est plus probable d’échouer.
A l’inverse, le fait de réaliser quelque chose et de voir les changements vous permettra de vous sentir capable d’aller de l’avant et vous stimulera pour dépasser une nouvelle étape ou monter une nouvelle marche.

C’est vous qui décidez quelle posture adopter. Vous êtes prêt à être le roi de la jungle ?

En savoir plus sur http://nospensees.fr/lhistoire-lion-de-reflet/#sBAiU1D2AqtOU0ZD.99


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Re: Racontes moi, inventes moi des histoires simples de la simple vie

Message par I am so sure le Dim 9 Oct 2016 - 13:50

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Le moine et la glace au chocolat, un conte bouddhiste sur l’ego
Bien souvent, les gens considèrent l’ego comme étant la cause de l’orgueil ou de la souffrance qu’une personne peut ressentir face à une situation non désirée. Mais…qu’est-ce que l’ego, au juste ? Et comment ce dernier peut-il influer négativement sur notre bonheur ?
Du point de vue de la psychologie occidentale, c’est la représentation que l’on se fait de nous-même. En revanche, du point de vue du bouddhisme, l’ego est une activité, une tendance récurrente à laquelle on peut s’identifier avec tout ce qui maintient cette représentation que l’on croit véritable et à laquelle on croit correspondre.
Découvrez le conte bouddhiste qui suit, et vous verrez à quel point cette identification nous éloigne du monde, à quel point elle nous apporte souffrance et insatisfaction, tout en fomentant la compétitivité.





«Le bonheur n’est pas une chose qu’il faut obtenir. Ce désir naît de la sensation d’être incomplet. Qui donc ressent cette sensation d’être incomplet ? Découvrez-le. Vous êtes heureux quand vous dormez profondément. Maintenant vous ne l’êtes plus. Qui s’est interposé entre ce bonheur et ce malheur ? L’ego. Cherchez con origine et découvrez que le Bonheur, c’est vous-même.»
-Ramana Maharshi-






Une épreuve pour l’ego qui a le goût du chocolat


Cela faisait déjà trois ans que Joel avait rejoint une des plus anciennes communautés bouddhistes du Tibet, où il voulait être ordonné afin de devenir un moine exemplaire.
Tous les jours, à l’heure du dîner, il demandait à son maître si le lendemain serait célébrée la cérémonie de son ordination. «Tu n’es pas encore prêt, d’abord tu dois travailler sur ton humilité et dominer ton ego», lui répondait son maître.
Mon ego ? Le jeune ne comprenait pas pourquoi le maître lui parlait de son ego. Il pensait qu’il méritait d’évoluer dans son parcours spirituel, puisqu’il méditait sans répit et qu’il lisait tous les jours les enseignements de Bouddha.
Un jour, le maître trouva une façon de montrer à son disciple qu’il n’était pas encore prêt. Avant de commencer la session de méditation, il annonça : «Celui qui méditera le mieux gagnera en guise de récompense une glace au chocolat».




image: http://nospensees.fr/wp-content/uploads/2016/09/Helado-chocolate.jpg
Après une brève agitation, les jeunes de la communauté se mirent à méditer. Joel voulait être celui qui méditerait le mieux parmi tous ses compagnons. «Ainsi, je montrerai au maître que je suis prêt pour l’ordination. Et je mangerai une glace«, conclut le disciple.

Le jeune bouddhiste essaye de méditer


Joel parvenait à se concentrer sur sa respiration, mais en même temps, il visualisait une énorme glace au chocolat qui allait et venait comme sur une balançoire. «Ce n’est pas possible, je dois arrêter de penser à la glace, sinon un autre l’aura à ma place«, se répétait-il.
Au prix de gros efforts, Joel réussissait à méditer pendant quelques minutes, au cours desquelles il ne pensait qu’au rythme de sa respiration, mais à un moment donné, il lâchait, et imaginait alors un des autres moines en train de manger la glace au chocolat. «Malédiction ! Je dois être le gagnant !», pensait le jeune, angoissé.
image: http://nospensees.fr/wp-content/uploads/2016/09/Nin%CC%83o-dubista-con-una-vela-meditando.jpg
Quand la session prit fin, le maître expliqua que tous avaient bien médité, sauf celui qui avait trop pensé à la glace, et autrement dit au futur. Joel se redressa avant de dire :
– Maître, j’ai pensé à la glace. Je l’avoue. Mais, comment avez-vous pu deviné que c’est moi qui y ai le plus pensé ?

L’ego se découvre


– Je ne peux pas le savoir. Mais je peux en revanche voir que tu t’es senti tellement concerné que tu t’es levé et que tu as essayé de doubler tes compagnons. C’est ainsi, cher Joel, qu’agit l’ego : il se sent attaqué, remis en question, offensé…et il essaie d’avoir raison ainsi que de réussir à être supérieur aux autres.
Ce jour-là, Joel apprit qu’il lui restait encore un long chemin à parcourir. Il travailla alors sur son humilité et sur les pulsions de son ego. Il vécut dans le présent, et n’essaya plus de doubler les autres.
Ainsi, avec du travail et de la patience, le grand jour arriva ; le maître vint sonner à sa porte pour lui annoncer qu’il était enfin prêt à être ordonné, et à atteindre ce qu’il convoitait tant.
Le temple était vide. Il n’y avait qu’une petite estrade, où il trouva…une glace au chocolat, qu’il mangea, reconnaissant, sans ressentir de déception, suite à quoi il fut ordonné.
image: http://nospensees.fr/wp-content/uploads/2016/09/Nin%CC%83o-budista-comiendo-helado-de-chocolate.jpg


L’humilité récompensée


Nous avons tous notre glace au chocolat à nous ; une chose que l’on convoite. Le problème, c’est qu’à force de trop y penser, on ne profite plus du présent.












Généralement, on confond nos réussites avec notre valeur, et on s’identifie à elles. L’ego se charge de nous pousser à vouloir doubler les autres, et à nous offenser dès que quelqu’un nous signale la moindre erreur.




Si on arrive à détecter notre ego et à le désactiver, automatiquement, on ne ressent plus le besoin de critiquer les autres, de nous disputer avec eux, de rivaliser avec eux ou de les juger. On abandonne ainsi le rôle de victime, et la souffrance qu’implique le fait de ne pas répondre aux demandes de notre ego…et ainsi, on parvient à manger notre glace au chocolat en toute tranquillité !









En savoir plus sur http://nospensees.fr/moine-glace-chocolat-conte-bouddhiste-lego/#8x0wAoSWKtXUbq6E.99


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Re: Racontes moi, inventes moi des histoires simples de la simple vie

Message par I am so sure le Sam 22 Oct 2016 - 17:55

Spoiler:
Adaptée de mon expression favorite du 50ème siècle avant Jean Claude Brossard : "alors là ça va chier dans la colle"

c'est l'histoire d'un tube qui fait : Uhu. 

Et voilà elle est finie l'histoire Smile

Epices tout Smile et surtout le cul rit Smile Ben oui on se refait pas, on avance, c'est une évidence.


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Re: Racontes moi, inventes moi des histoires simples de la simple vie

Message par I am so sure le Ven 28 Oct 2016 - 0:01

Spoiler:
Ceci n'est pas du vol, c'est un emprunt là :

http://www.zebrascrossing.net/t25322p1050-tiger-crossing#1181735

par Phar@on Aujourd'hui à 21:31



Deux tigres convoitaient un grand morceau de fromage. Chacun disait qu’il lui appartenait parce qu’il avait été le premier à le voir.

Ils étaient sur le point de se battre. Déjà leurs griffes acérées brillaient sous le soleil. La mort attendait patiemment que l’un des deux trépasse quand soudain, un renardarriva sur l’aire du combat. Aussitôt, les tigres se tournèrent vers ce visiteur inattendu et lui demandèrent de trancher leur différend.
« Cher renard, habitant de la jungle, pouvons-nous faire appel à votre grande sagacité ? Voulez-vous s'il vous plaît nous donner un conseil sage et nous nous soumettrons à n'importe quel jugement que vous nous donnerez ».
Après avoir longuement expliqué au renard le motif de la querelle, ce dernier, l’air sagace déclara :
« O, vous les plus rapides de tous les prédateurs de la jungle, je vous remercie de votre confiance en me demandant d’arbitrer votre querelle. Soyez certains que j'agirai le plus impartialement du monde ».
Le renard s’est alors assis devant les deux tigres querelleurs et a commencé les débats. Après la vérification des faits et l'audition des arguments des deux parties, il s’est adressé aux demandeurs de la façon suivante ainsi :
"O, grands tigres, j'ai écouté votre affaire et assurément, il peut être dit beaucoup de choses de chaque côté. Cependant, il me paraît juste de couper ce morceau de fromage en deux parts égales et d’en remettre un morceau à chacun d’entre vous. »
Les deux tigres se sont regardés puis ont acquiescé en disant : « Sage renard ta décision est vraiment juste et nous acceptons ton jugement ».
Le renard, qui comme chacun le sait, est très rusé continua de la sorte : « Mais pour arriver à un résultat plus juste et plus équitable encore, je dois moi-même diviser le fromage en deux parts égales et vous les donner afin que vous ne commenciez pas à vous battre à nouveau. Apportez-moi une balance et un couteau pointu. »
Les tigres pensaient que c'était une idée très sage de laisser diviser le fromage par le renard et apportèrent à la hâte une balance et un couteau de cuisine bien affûté.
Le renard à l’aide de ce couteau coupa le fromage en deux parties d’un seul coup. Il mit chaque partie sur un plateau de la balance et constata qu’un des plateaux n’était pas à la même hauteur que l’autre. « Mmmmmmm », dit le renard « il me semble que les deux moitiés ne sont pas égales du tout. » Il prit le morceau le plus lourd et en coupa une tranche afin de le rendre semblable à l’autre. Il mangea la tranche qu’il venait de couper et reposa les morceaux sur les plateaux de la balance.
Il regarda à nouveau les plateaux. Le morceau dont il avait pris une tranche était maintenant plus léger que l'autre. Le renard secoua la tête et dit : « Nah! Cela ne va pas. Les deux pièces ne semblent pas être égales. » Les tigres étaient bien d’accord avec cette observation. Le renard prit le morceau le plus lourd et coupa une tranche afin de le rendre semblable à l’autre. Il mangea la tranche qu’il venait de couper et reposa les morceaux sur les plateaux de la balance. 
Cela continua pendant près d’une heure. Petit à petit, le renard mangeait les tranches qu’il ôtait de la pièce de formage la plus lourde. Lorsque les morceaux de fromage devinrent minuscules, les tigres se regardèrent avec stupéfaction. Ils s’étaient engagés à respecter la décision du renard, ils ne pouvaient donc rien dire mais n’en pensaient pas moins.
Il ne restait plus à présent qu’un seul minuscule morceau de fromage dans un des plateau de la balance. Le rusé renard le mit dans sa bouche et jeta au loin la balance et le couteau avant de disparaître dans les bois.
Les deux tigres se rendirent compte mais un peu tard qu'ils avaient été bernés. Ils avaient été bien idiots de s’être disputés pour morceau de fromage qu'ils auraient pu amicalement diviser et manger.
La morale de cette histoire : il ne faut pas se battre pour des petites choses, mais les partager avec nos semblables car lorsqu’un litige survient, c'est toujours un troisième larron qui en profite !
Dans la série les anciennes histoires des vieilles momies, c'est d'ailleurs un pharaon qui me l'a raconté et ça parle d'un temps que les moins de 20 ans devraient se remettre à connaître....  Razz


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Re: Racontes moi, inventes moi des histoires simples de la simple vie

Message par I am so sure le Mar 15 Nov 2016 - 23:21

Spoiler:
https://vimeo.com/191132915

The girl and the cloud


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Re: Racontes moi, inventes moi des histoires simples de la simple vie

Message par I am so sure le Mer 16 Nov 2016 - 17:00

Spoiler:

Ajoutée le 31 juil. 2013
Daniel a recueilli un jeune goéland et se substitue à sa mère pour lui apprendre à se nourrir et à voler !


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Re: Racontes moi, inventes moi des histoires simples de la simple vie

Message par I am so sure le Sam 19 Nov 2016 - 17:35

Spoiler:
UN CONTE TRADITIONNEL SUR LE BONHEUR ET LE PARTAGE : LA SOUPE AUX CAILLOUX
Jeff | juin 20, 2016 | Histoires à raconter, Livres jeunesse, Pour les enfants | Pas de commentaire
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Facebook[url=https://twitter.com/intent/tweet?text=Un conte traditionnel sur le bonheur et le partage %3A la soupe aux]Twitter[/url]
Il existe de très nombreuses versions de ce conte intitulé « La soupe aux cailloux ». Celle que je vous présente aujourd’hui  nous transporte en plein coeur de la Sibérie, sur les traces d’une mystérieuse babouchka qui connait le secret du bonheur…
Elle est extraite du livre « Histoires pour vivre heureux ».

En plein cœur de la Sibérie, au nord de la très grande Russie, vivait une vieille babouchka qui connaissait le secret du bonheur.
Depuis des années, cette babouchka allait de village en village pour dévoiler son secret à qui voulait bien l’entendre. Alors qu’elle traversait un village encore inconnu, elle frappa à toutes les portes afin de trouver un lit pour la nuit. Mais personne ne lui ouvrit.
– Ces gens restent chez eux, ils ne savent pas être heureux, se dit-elle. Voilà un endroit pour moi !
La babouchka commença par ramasser du petit bois pour allumer un feu. Puis elle alla remplir sa gamelle au puits et la posa dessus.
Un petit garçon s’approcha d’elle :
–  Que faites-vous ?
–  Je fais une soupe aux cailloux, répondit-elle. D’ailleurs j’aurais besoin de trois
grosses pierres rondes. Sais-tu où en trouver ?
 

Le petit garçon fila chercher trois belles pierres, qu’il lui tendit.
 

–  Ces pierres feront une excellente soupe, dit-elle en les plongeant dans l’eau. Dommage qu’on ne puisse pas en faire beaucoup dans cette gamelle…
–  Ma mère a une grosse marmite ! dit le garçon. Je vais la chercher !
Alors qu’il prenait la marmite, sa mère lui demanda ce qu’il faisait.
–  Il y a une babouchka sur la place du village. Elle fait une soupe aux cailloux…

–  Une soupe aux cailloux ? songea-t-elle. J’aimerais bien voir ça !
La mère suivit son fils sur la place du village. Puis, intrigués par la scène, les villageois sortirent un à un de chez eux.
–  Évidemment, précisa la babouchka, la vraie soupe aux cailloux doit être assaisonnée avec du sel et du poivre, mais je n’en ai pas…
–  Moi, j’en ai ! dit un villageois.
Et il disparut avant de revenir avec du sel, du poivre et d’autres épices de la région.
La babouchka goûta la soupe :
–  La dernière fois que j’ai eu des pierres de cette forme, j’y ai ajouté quelques carottes, c’était délicieux !
–  Des carottes ? demanda une autre femme. Je crois que j’en ai une ou deux chez moi. Je vais voir…
Et la femme revint avec un panier rempli de carottes… ainsi que deux beaux choux, qu’elle se pressa de jeter dans la marmite.
–  Hum, soupira la babouchka. Quel dommage que je n’aie pas d’oignons, ce serait si bon !
–  Oh oui ! dit un fermier. Je cours en chercher !
Et petit à petit, chacun apporta de quoi enrichir la soupe. Quand l’un avait à cœur de donner, le suivant donnait plus encore. Poireaux, tomates, saucisses, lard fumé…. La soupe dégageait à présent une délicieuse odeur. Enfin, la babouchka déclara :
– La soupe est prête !
Tous se réunirent alors autour d’une grande table, apportant avec eux pains et boissons. Quel festin ! Au village, on n’avait jamais vu ça !
Après le repas, chants et danses se prolongèrent jusque tard dans la nuit. Le village avait retrouvé le bonheur et la joie, grâce à trois cailloux et une vieille, vieille babouchka.
Source : « Histoires pour vivre heureux » de Bénédicte Jeancourt  (Auteur) Julia Chausson  (Illustration) disponible sur :
http://papapositive.fr/bienfaits-de-pratique-musicale-memorisation-lecture-dyslexie/


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Re: Racontes moi, inventes moi des histoires simples de la simple vie

Message par I am so sure le Jeu 24 Nov 2016 - 13:34

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Re: Racontes moi, inventes moi des histoires simples de la simple vie

Message par I am so sure le Jeu 24 Nov 2016 - 13:36

Spoiler:

La richesse, la sagesse ou la beauté?
Pendant un cours d'archéologie à l'université, l'éminent professeur Mabuse présente à ses élèves une très vieille lampe à huile découverte en Asie Mineure. Au moment où il saisit la lampe, un génie en sort et d'une voix grave et assurée il dit:
"Professeur Mabuse, je t'apparais ici et maintenant pour te récompenser de ton comportement désintéressé et exemplaire. Je vais t'accorder un voeu parmi trois propositions. Tu choisiras sans pouvoir revenir en arrière, et ensuite je disparaîtrais à jamais. Les trois souhaits que je te propose sont: une richesse infinie, une sagesse infinie, ou une beauté infinie." Le génie laisse au professeur quelques secondes pour réfléchir puis il lui demande:
"Voilà, je t'écoute, quel est ton choix?"
Sûr de lui et sans l'ombre d'une hésitation, le professeur Mabuse répond:
"Je choisis l'infinie sagesse"
"Eh bien c'est fait!" répond le génie en s'évanouissant dans un nuage de fumée et de lumière.
Maintenant, toutes les têtes des étudiants de l'amphi se tournent vers le professeur. Les élèves sont médusés. Ils attendent que leur prof dont le visage apparaît auréolé d'un halo de lumière leur parle.
"Professeur, dites quelque chose" lance quelqu'un.
Et le professeur répond:
"J'aurais du choisir l'argent."
Auteur inconnu


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Re: Racontes moi, inventes moi des histoires simples de la simple vie

Message par I am so sure le Jeu 1 Déc 2016 - 18:36

Spoiler:

En ce temps-là, tout le monde vit très heureux et échange d’inépuisables chaudoudoux.
Les chaudoudoux symbolisent l’amour, la bienveillance, la confiance, la gentillesse, l’altruisme et autres émotions agréables. Bref, tout ce qui alimente le bonheur.
Les chaudoudoux s’échangent librement. Ils sont en quantité illimitée dans cet environnement fertile et chaleureux.
Ils sont indispensables à la bonne santé. Un manque de chaudoudoux peut déclencher des maux, de la déprime et même la mort !
Lorsqu’on a besoin d’un chaudoudoux, il suffit de le demander, tout simplement.
Mais une personne n’est pas contente d’assister à cette débauche de bonheur : la sorcière Belzépha.
Elle éprouve de la colère car plus personne ne lui achète de philtres ni de potions. Alors, elle va glisser quelques gouttes de poison verbal dans l’oreille de Thimothée : « vois-tu tous les chaudoudoux que Marguerite (sa femme) donne à Charlotte (sa fille) ? tu sais, si elle continue comme cela, il n’en restera plus pour toi ! »
La sorcière distille donc du doute et de la peur dans l’esprit des individus. Ceux-ci vont entrainer de la suspicion, de l’avarice, de la jalousie, des reproches et des plaintes. Ces émotions désagréables se répandent peu à peu tant et si bien que les gens n’échangent bientôt presque plus de chaudoudoux, de crainte d’en manquer.
L’optimisme et l’innocence laissent place au pessimisme et à la tristesse. Pour compenser et soigner leur mal-être, les habitants achètent des philtres. La sorcière se frotte les mains : les affaires reprennent !
Cependant, la situation se dégrade progressivement. L’absence de chaudoudoux provoque de nombreux décès, ce qui alarme la machiavélique et vénale Belzépha. Un mort ne consomme plus rien, en effet… Elle fomente alors un nouveau plan : elle distribue à chacun un sac qui ressemble beaucoup à un sac de chaudoudoux mais qui contient en réalité des froids-piquants. Ces froids-piquants ne font plus mourir les gens mais les rendent froids et hargneux.
Pour survivre, certains doivent travailler dur pour payer des chaudoudoux que personne ne leur offre…ils y sacrifient leur liberté.
Mais un jour, une femme gaie et épanouie arrive et se met à distribuer des chaudoudoux sans crainte d’en manquer. Les enfants l’aiment beaucoup et l’imitent. Les adultes, inquiets de ce gaspillage, votent une loi pour « protéger les enfants ». Mais ceux-ci continuent tout-de-même, n’écoutant que leur coeur et suivant le chemin de leur joie.
 
Faisons le choix de la bienveillance et de l’amour
« Le conte chaud et doux des chaudoudoux » est inspirant quant aux possibilités que nous avons d’être heureux. Sachons éviter les pièges et la désinformation médiatique, du matérialisme,  pour faire des choix que nous dicte notre coeur dans l’intérêt du plus grand nombre. Je crois que c’est cela le plus important : comprendre que nous avons le choix et que nous avons une influence sur le monde par nos décisions et nos actions dans un sens ou dans l’autre. Et puis, les enfants, dans leur innocence et leur absence de jugement nous montrent la voie de cet amour inconditionnel. Alors, distribuons sans compter des chaudoudoux et demandons-en quand nous en avons besoin. 
 
Voic quelques citations inspirantes qui rejoignent le thème de ce magnifique conte :
 
« Aimer les autres n’a rien à voir avec eux. Aimer les autres est une qualité de son propre coeur. »
Ayya Khema
 
« Ne laissez personne venir à vous et repartir sans être plus heureux. »
Mère Teresa
 
« Je ne suis pas surpris d’entendre que dans les cultures qui pensent en termes de besoins humains, il y a beaucoup moins de violence que celles où l’on s’entre-étiquette de « bons » ou « mauvais » et où l’on soutient que les « mauvais » doivent être punis. La violence-qu’elle soit verbale, psychologique ou physique, qu’elle se manifeste au sein de la famille, entre des tribus ou entre des nations-émane d’un mode de pensée qui attribue la cause du conflit aux torts de l’adversaire et d’une incapacité à admettre sa propre vulnérabilité ou celle de l’autre- c’est à dire à percevoir ce qu’on peut ressentir, craindre, désirer, etc. »
Marshall B. Rosenberg
 
« Le bonheur est quelque chose qui se multiplie quand il se divise. »
Paulo Coelho
 
« Le bonheur, c’est d’être heureux, ce n’est pas de faire croire aux autres qu’on l’est. »
Jules Renard
 
« On ne voit bien qu’avec le coeur, l’essentiel est invisible pour les yeux. »
Saint Exupery
http://papapositive.fr/le-conte-chaud-et-doux-des-chaudoudoux-contient-la-recette-du-bonheur/


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Re: Racontes moi, inventes moi des histoires simples de la simple vie

Message par I am so sure le Sam 3 Déc 2016 - 15:13

Spoiler:

Un scorpion voulait passer sur la rive opposée d'une petite rivière, mais n'étant pas un animal amphibie, il ne sait comment faire.


Voici qu'il aperçoit une charmante grenouille qui prend le frais sur le bord.



Il l'interpelle :

"Eh, toi la grenouille, prend-moi sur ton dos et emmène-moi de l'autre côté de la rivière",
"sûrement pas" rétorque t-elle "si je te prends sur mon dos, tu vas me piquer avec ton aiguillon venimeux",

"enfin, grenouille, réfléchis, si je te pique, nous allons sombrer tous les deux au fond de la rivière, et si tu meurs, je meurs. Donc, pourquoi ferais-je ça ?"

La grenouille, convaincue, prend le scorpion sur son dos et ce curieux attelage se met en route pour passer sur l'autre rive.




Et voilà qu'au milieu du ruisseau, le scorpion, pique la grenouille qui, au fur et à mesure que le venin l'envahit, se sent lentement sombrer avec le scorpion toujours solidement accroché sur elle.



Incrédule elle le questionne, tandis qu'elle coule et sens progressivement ses forces l'abandonner :



"Mais, pourquoi ? pourquoi ? Tu m'avais pourtant promis et nous allons mourrir tous les deux, pourquoi as-tu fait ça ?

"Je sais, je sais, mais tu me connais... Si j'ai fait ça, c'est... parce que c'est dans ma nature..."




Morale de la fable : Combien de scorpions détruisent ce qu'ils ont créé et, ce faisant, se détruisent eux-mêmes ? Je livre ce questionnement à votre sagacité.


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Re: Racontes moi, inventes moi des histoires simples de la simple vie

Message par I am so sure le Ven 23 Déc 2016 - 16:14

Spoiler:
Accueil
Culture G







La véritable histoire du sapin de Noël !







Que seraient les fêtes de fin d’année sans tout le décorum qui les entourent ? Les décorations, les cadeaux, le Père Noël ou encore… le sapin de Noël !
Mais au fait, pourquoi plaçons-nous un arbre au beau milieu de notre salon ? Et pour quelle raison prenons-nous autant de soin à l’embellir ? Quand on y réfléchit, c’est une coutume un peu étrange…
C’est en tout cas la question que je me suis posé cette année en décorant le mien  Une bonne occasion d’investiguer avant de vous faire partager mes découvertes !

Les origines du sapin de Noël





Pour commencer, il faut savoir que la tradition de décorer un arbre date de bien avant l’émergence du christianisme.
En effet, les égyptiens déjà voyaient dans les arbres demeurant continuellement verts (sapins, conifères, joncs…) un signe du triomphe des dieux sur l’hiver. Symboles du renouveau de la vie dans une saison associée à la mort, des joncs étaient décorés le jour du solstice d’hiver en l’honneur de Ra, le dieu du soleil.
Les romains, eux, envisageaient le solstice dans le cadre de la célébration des Saturnales (Saturnalia), une fête honorant le dieu de l’agriculture Saturne.
Ils exprimaient ainsi leur attente du Printemps et de ses températures plus clémentes, plus propices aux plantations. Durant cette période, ils ornaient l’intérieur de leurs maisons de larges branches de sapins. Pour eux, cela signifiait que tout serait bientôt vert et florissant à nouveau.
En Europe du Nord, les druides décoraient leurs temples pour célébrer la vie éternelle. En Scandinavie, les Vikings croyaient que le sapin était une plante spéciale que leur avait donné leur dieu, Balder.
Mais le fait de décorer un sapin comme nous le connaissons aujourd’hui remonte véritablement au Moyen Âge.

Le sapin, de symbole païen à emblème religieux





Au Moyen Âge, le sapin était mis en scène dans des pièces de théâtre en plein air pendant la période de l’Avent. Basées sur l’histoire d’Adam et Eve, ces pièces introduisaient un arbre du Jardin d’Éden orné de pommes pour symboliser la tentation d’Eve.
L’arbre en question, vous l’aurez deviné, était un conifère pour représenter la fertilité et le renouveau de la vie.
Plus tard, au 16ème siècle en Allemagne, les gens avaient pour coutume d’accrocher des pommes, des bonbons dorés, du papier de couleur ou encore des roses à des branches d’arbres.
On dit que Martin Luther (père du protestantisme), inspiré par les étoiles scintillant à travers les branches d’un sapin, aurait été le premier à placer des chandelles sur l’arbre de Noël.
L’histoire ne dit pas le nombre d’incendies que cette initiative occasionna 

Le sapin de Noël consacré par la reine Victoria





Toutes ces péripéties nous amènent à l’an 1846.
Cette année là, la famille royale et en particulier la reine Victoria et le prince Albert passent Noël dans leur château de Windsor. C’est ici qu’ils se font immortaliser en dessin devant un somptueux sapin de Noël.


La reine Victoria et son époux le prince Albert devant leur sapin de Noël (Windsor, Angleterre, 1848).

Victoria, alors extrêmement populaire, finit d’ancrer l’arbre de Noël parmi les traditions incontournables de la fin d’année.
La coutume traverse l’Atlantique courant 19ème siècle. Les immigrants allemands débarquant en Pennsylvanie continuent à décorer leurs sapins à Noël, comme ils avaient l’habitude de le faire chez eux.
C’est aussi à cette époque (milieu du 19ème siècle) qu’a explosé la production de décorations de Noël. La première guirlande lumineuse a été conçue en 1882 par Edward Johnson, un associé du fameux inventeur Thomas Edison.
En 1895, un sapin décoré de guirlandes lumineuses fut érigé à la Maison Blanche. Cela fit connaître cette décoration au grand public qui l’adopta progressivement.
Nous voilà arrivés au terme de la longue histoire du sapin de Noël ! J’espère qu’elle vous a plu, et je vous souhaite de belles et heureuses fêtes de fin d’année !







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Re: Racontes moi, inventes moi des histoires simples de la simple vie

Message par I am so sure le Sam 29 Avr 2017 - 17:51

Spoiler:

[size=52]J28 – Le complexe d’Icare[/size]

par [size=15]Sébastien Rutés
15 MARS 2017[/size]

“Footbologies” : les mythes et les représentations propres à un championnat de football analysés journée après journée de Ligue 1.

Icare fut peut-être le premier, mais assurément pas le dernier à avoir cru toucher le soleil avant de chuter. La tradition regorge de mises en garde contre les excès de l’ambition, mais dans la société du tout-est-possible et du crois-en-toi, il ne reste guère que le football pour rappeler au quotidien les dangers de cette vieille hybris grecque qui nourrissait la tragédie. « C’est à nous d’y croire » fait office de mantra pour les footballeurs, mais la réalité se rappelle parfois au jeu, et qu’elle n’est pas toujours que le produit de leurs désirs.
Non –s’insurge parfois le football, cet apôtre habituel des possibles–, les vœux pieux ne suffisent pas. Mais l’on a en vu assez se réaliser pour se prendre à croire à un parti-pris : les miracles existent, mais ne dépendent pas des millions investis. Dans le cas du Paris Saint-Germain, l’ironie est à la (dé)mesure de l’ambition du projet qatari : plus dure sera la chute. Les caprices du sort valent ceux des milliardaires du Golfe. En le réduisant à quelques combinaisons annuelles, le football donne du sens au réel, en dépit des lois de probabilités. Éliminé de la Ligue des Champions par le FC Barcelone en 2013, 2015 et encore cette saison, le club de la capitale va certainement remettre en cause les mérites de la méthode Coué et –pourquoi pas– se convertir au déterminisme. Privilège rare cependant, le club de la capitale a la chance de pouvoir mettre un nom sur son destin : le FC Barcelone.
De nouveau en rade au terminus des prétentieux, le Paris Saint-Germain aura le temps de méditer une autre leçon inspirée par le scénario des deux rencontres, et que la sagesse populaire a résumée de façon variée : « il ne faut pas vendre la peau de l’ours avant de l’avoir tué », « un tiens vaut mieux que deux tu l’auras » ou « mieux vaut tenir que courir », encore que dans le cas de Paris, peut-être aurait-il mieux valu continuer à courir au match retour. En d’autres termes : cette « fragilité de toutes les possessions » dont parlait Guy Debord à propos des Stances sur la mort de son père de l’Espagnol Jorge Manrique, qu’il a traduites. Cette vanité des honneurs chère aux poètes baroques, cette égalité finale entre les « rois puissants » et les « bergers » à l’heure du jugement dernier, c’est celle d’Aragon : « rien n’est jamais acquis à l’homme, ni sa force / ni sa faiblesse ni son cœur ». À quoi les joueurs parisiens rajouteront : « ni son score ».
Car, comme dans ces vanités flamandes qui rappellent toujours à l’homme la futilité des plaisirs, et qu’il va mourir –tempus fugitmemento mori et tutti quanti–, les Silva, Verratti et consorts ont paru jouer tout le match retour (6-1) non pas avec un ballon mais avec un crâne, le genre de crâne qui vous fixe de ses orbites noires et vous sonde jusqu’aux tréfonds de l’âme : to be or not to be ? Les joueurs de Paris se sont évertué à repousser cette macabre balle plutôt qu’à la conserver, effrayés par cette question dont ils connaissaient la réponse : non, ils n’étaient pas à la hauteur, malgré l’ampleur du score du match aller (4-0). Définitivement : not to be ! En psychanalyse, le complexe d’Icare s’accompagne généralement d’une forte présence de l’enfant intérieur, autrement dit adolescence perpétuelle, et parfois d’un complexe d’Œdipe : les ailes d’Icare ne sont pas les siennes, son génie de père les a fabriquées pour lui, il sait qu’elles ne sont que prêtées, usurpées en quelque sorte, et qu’il n’a rien fait pour les mériter. Et malgré ses ambitions ou peut-être à cause d’elles, seul dans le ciel immense, Icare a peur…
Mais fi de psychologie facile : pourquoi le Paris Saint-Germain a-t-il joué la peur au ventre alors qu’un tel score n’avait jamais été renversé de toute l’histoire de la compétition ? Ces quatre buts dans son escarcelle n’auraient-ils pas dû lui insuffler courage et certitudes ? Trop bien apprise, la leçon du lièvre et de la tortue, celle du corbeau et du renard ? Ou est-ce tout simplement que seul celui qui possède a peur de perdre ? La voilà, la vraie leçon de vie de ce huitième de finale :  l’argent ne fait pas le bonheur, et les buts non plus. L’escarcelle pleine, on a peur de se faire détrousser : la bourse ou la vie ! Icare fait demi-tour, retour en Crète, à papa, à la forteresse de Minos, au labyrinthe et au monstre qui y est tapi : les vieux démons sont de retour. On se recroqueville, on recule. On se barricade au lieu d’aller de l’avant, de prendre des risques, de jouer au ballon, de prendre son envol. Finalement, le club de la capitale est à l’image du pays : un pays riche obsédé par la peur de perdre ce qu’il a, qui se persuade qu’il est pauvre, se referme sur lui-même, campe devant son but, défense à cinq, la stratégie du bus protectionniste, le catenaccio social, et finira probablement –ce qui devait arriver arriva– par encaisser six buts au bout des arrêts de jeu.
Atterrissage à la Icare en vue…
Sébastien Rutés
http://delibere.fr/j28-le-complexe-dicare/


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Re: Racontes moi, inventes moi des histoires simples de la simple vie

Message par I am so sure le Sam 29 Avr 2017 - 19:16

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Re: Racontes moi, inventes moi des histoires simples de la simple vie

Message par I am so sure le Mar 2 Mai 2017 - 23:25

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Re: Racontes moi, inventes moi des histoires simples de la simple vie

Message par I am so sure le Sam 13 Mai 2017 - 15:54

Spoiler:
L'impassibilité
Par aligastia le 7 Mars 2010 à 09:21
"Près de Tokyo vivait un grand samouraï, déjà âgé, qui se
consacrait désormais à enseigner le bouddhisme Zen aux jeunes.

Malgré son âge, on murmurait qu'il était encore capable
d'affronter n'importe quel adversaire.

 Un jour arriva un guerrier réputé pour son manque total de
scrupules.

Il était célèbre pour sa technique de provocation :

il attendait que son adversaire fasse le premier mouvement.

Doué d'une intelligence rare pour profiter des erreurs commises,
il contre-attaquait avec la rapidité de l'éclair. Ce jeune et
 impatient guerrier n'avait jamais perdu un combat.

Comme il connaissait la réputation du samouraï, il était venu pour
le vaincre et accroître sa gloire.

 Tous les étudiants étaient opposés à cette idée, mais le
vieux Maître accepta le défi.
 
Il se réunirent tous sur une place de la ville et le jeune
guerrier commença à insulter le "vieux Maître".

Il lui lança des pierres, lui cracha au visage, cria toutes
les offenses connues - y compris à ses ancêtres.
 
Pendant des heures, il fit tout pour le provoquer, mais le vieux
resta impassible.

A la tombée de la nuit, se sentant épuisé et humilié, l'impétueux
guerrier se retira.
 
Dépités d'avoir vu le Maître accepter autant d'insultes et
de provocations, les élèves questionnèrent le Maître :
 
 - Comment avez-vous pu supporter une telle indignité ?

 - Pourquoi ne vous êtes-vous pas servi de votre
sabre, même sachant que vous alliez perdre le combat,
au lieu d'exhiber votre lâcheté devant nous tous ?

 - Si quelqu'un vous tend un cadeau et que vous ne
 l'acceptez pas, à qui appartient le cadeau ? Demanda le samouraï.

 >  A celui qui a essayé de le donner, répondit un des disciples.
 
 >  Cela vaut aussi pour l'envie, la rage et les insultes,
dit le Maître.

 > Lorsqu'elles ne sont pas acceptées, elles appartiennent
toujours à celui qui les porte dans son coeur."
"Quand on vous injurie, on vous
agresse verbalement, on vous méprise,
la meilleure arme est d'ignorer
comme si vous n'entendez rien,
ne voyez rien de son auteur.

Il sera déstabilisé et recevra
comme un "boomerang" ses paroles
en plein figure."
http://manifester.kazeo.com/histoires-a-mediter-c27410700


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Re: Racontes moi, inventes moi des histoires simples de la simple vie

Message par I am so sure le Ven 26 Mai 2017 - 13:20

Spoiler:
« Laisser être »
septembre 2013 par Jean-Yves LeloupTextes inédits
TEXTEPUBLEU « Laisser être ›› annonce, depuis Plotin, Eckhart et jusqu’à Heidegger, un certain art ou une certaine « saveur ›› de vivre…

« La Grâce, c’est de s’oublier ››, disait Bernanos.

Celui qui s’est laissé lui-même n’a plus en lui de lien pour l’attacher aux choses et ce détachement total se révèle être la condition même pour que le monde, les choses, les personnes nous apparaissent tels qu’ils sont, dans leur « essentiel déploiement ››.

Par le « laisser être ›› nous sommes invités à nous mouvoir autrement au milieu de ce qui nous entoure, sans volonté de puissance ou de possession : sans ego.

Lâcher prise, laisser être ce qui est, tel que cela est, ce n’est pas une attitude passive ou indifférente au sens ordinaire, c’est refuser de faire de toute chose un « avoir ››, un objet. C’est restituer le monde à son essentielle liberté et nous ouvrir à la possibilité « d’être avec ›› sans le dominer, sans le posséder.

Le regard délivré de désirs et d’interprétations devient voyant ; il perçoit les êtres dans leur identité suprême et passagère. Laisser l’autre être l’autre, ne plus l’accabler de désirs ou de conseils mais écouter l’union et la différence.

Laisser être l’oiseau : ne plus prendre son vol.

Laisser être la rose : la voir avec des yeux de rosée…

Laisser être plutôt que saisir, contempler plutôt que comprendre, tel est le travail de la pensée quand elle est sans effort et tranquille ; travail du miroir plutôt que du filet, elle voit tout et ne cherche rien à retenir.

L’attitude première de la pensée est l’Écoute, le déploiement premier de l’être est la Parole.

Écoute et Parole sont un unique événement, ils sont l’un « pour ›› l’autre comme le ciel est « pour ›› la terre, la terre est « pour ›› le ciel.

Ce « pour ››, n’est pas un « pourquoi ››, mais l’évidence d’une réciprocité et de l’espace qui la rend possible.

Écouter – laisser être ce qui se donne, dans le dit ou dans le geste.

Parler – laisser être ce qui se donne, dans le dit ou dans le geste.

La Parole et l’Écoute ont ce « laisser être ›› en partage. Le « laisser être ›› est la condition pour qu’ils soient « Un ››.

Mais y a-t-il une écoute vierge de toute projection et interprétation ? Y a-t-il une parole vierge de toute projection et interprétation ?

Mais pourquoi faudrait-il « totalement ›› s’effacer ? ll n’y aurait plus alors d’œuvre possible.

ll suffit d’être ouvert, de laisser être ce qui se dit et ce qui s’entend en acceptant les limites de l’instrument dont le désir infini serait de transmettre l’lnfini. Laisser être nos limites, celles des mots et celles de nos attentions.

Demeure l’lntention – demeure l’amitié.

En effet, nulle « entente ›› possible sans ce « laisser être ›› de l’Écoute et de la Parole. C’est lorsqu’il vient à manquer qu’on ne s’ « entend ›› plus.

Saint Augustin dit : « Je suis le premier auditeur de ce que je dis ››…

J’écoute aussi ce que l’autre entend ; son oreille me parle…

Elle m’invite à cesser d’être ceci ou cela, de penser ceci ou cela…

Elle me donne de « laisser être ››… l’Être ainsi.

© Jean-yves Leloup
Le pélerin ne sait pas toujours où il va, mais le chemin, lui, le sait.
juillet 2016 par Jean-Yves Leloup
TEXTEPUBLIEART

Le pèlerin ne sait pas toujours où il va, mais le chemin, lui, le sait.

DÉCRYPTAGE PAR ANGÉLINE ROMAGGI

Quand on entre dans la dimension spirituelle, on ne sait plus ni d’où on vient ni ou on va. Il n’y a plus que l’instant, nous dit Jean-Yves Leloup. On sait qu’on vient de l’infini, on fait l’expérience du fini, et on retourne à l’infini. » Mais alors, dans cette dimension hors de l’espace et du temps, à quoi correspond le chemin ? « Chacun a à devenir ce qu’il est. L’homme n’est pas un être, il est un peut-être, un champ de possibilités. »

Tout serait-il donc possible ? « L’être humain est un mélange de nature et d’aventure. Avec de l‘argile comme avec au marbre, on peut faire un pot de chambre ou une vénus de Milo. Tout dépend de l’orientation que l’on donne à ses déterminismes. « Ainsi, le chemin est directement connecté à nos processus de connaissance de soi. « Un programme intérieur est là, en nous, comme une partition de musique, mais il n’est pas complètement pré-établi, tout dépend de notre façon de jouer avec nos particules. C’est là le mystère de notre liberté. » Pour Jean-Yves Leloup, la religion a justement pour but de rappeler à l’homme qu’il est aux commandes de sa vie.
« Aucun Dieu ne tient une arme, c’est notre propre main. Dans toute religion ou tout parti, il est essentiel de se demander si cela nous rend plus vivants, plus libres, plus intelligents, et plus aimants » L’épanouissement doit ainsi être au cœur de nos actions.
« L’enfer c’est l’enfermement. Dans le moi, dans le connu, dans ce que je crois être la vérité. Il faut garder l’esprit dans « l’ouvert”. » Cheminer, c’est donc se remettre en doute, questionner perpétuellement le réel et notre comportement. « Dieu n’est pas la réponse à nos questions, mais la question à nos réponses. On s’en sert souvent comme d’un bouche-trou à nos interrogations, alors qu‘il questionne justement nos réponses scientifiques et philosophiques »

Aujourd’hui, deux modes de vie sont possibles : consommer ou communier « Comme au Paradis, je peux communier avec l’Être à travers les êtres, un paysage, un visage. Ou alors je peux tomber dans un état de consommation de l’autre, de la terre, de la matière. Et qui dit consommer, dit consumer » Mais alors, comment retrouver, au-delà de la consommation, la communion ? « En réalisant que l‘important n’est pas la quantité, mais la qualité par laquelle on communie avec l’Être. Et cela suppose que les choses ne soient plus des idoles que l’on accumule. » Se nourrir, faire une rencontre, apprendre quelque chose, deviennent ainsi de précieux moments de communion avec la vie. « Arrive un moment où l’on en a marre de consommer et où l’on revient à l‘essentiel. On mange moins de nourriture mais on la savoure. On a moins de relations, mais on les appondit. C’est là qu’on se rend compte que l‘on est plus riche de ce que l’on donne que de ce que l’on a. »

Et. Lorsqu’on entre dans cet état de reliance à la vie, il arrive que des signes viennent nous guider. « L’invisible englobe le visible. Ces signes prouvent que la lumière est là.
Le premier enseignement de Jésus est la métanoïa, qui signifie passer au-delà du mental En arrêtant de vivre sans cesse dans les mots et les représentations, nous revenons à la réalité, à la présence des choses. Nous ne projetons plus nos idées, mais regardons simplement. » La sagesse n’est ainsi pas seulement théorique, mais sensorielle. « Rien ne sert d’accumuler les livres, une seule citation peut suffire à communier avec la pensée de l’auteur… » Et peut-être même à entrevoir le paradis !
Revue Inexploré – N°31 – ÉTÉ 2016
http://www.jeanyvesleloup.eu/laisser-etre/


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Re: Racontes moi, inventes moi des histoires simples de la simple vie

Message par I am so sure le Ven 26 Mai 2017 - 14:28

Spoiler:

Mr Top, Mr Bof et moi
La scène se passe dans une petite salle où des étudiants, qui ont répondu à une annonce pour un travail temporaire, doivent remplir un questionnaire portant sur l’estime de soi. Alors qu’un premier étudiant est en train de remplir son questionnaire, arrive dans la pièce un autre étudiant qui vient lui aussi se présenter pour remplir le formulaire. Dans une première condition expérimentale, c’est Mr Top qui entre en scène. Il s’agit en fait d’un complice des expérimentateurs qui, pour l’occasion, se présente sous un visage particulièrement avantageux : il est séduisant, habillé en costume, se tient bien, parle très correctement, adopte un comportement assuré. Bref, il en impose.
Dans une seconde condition, c’est Mr Bof qui fait son apparition. Cette fois, le compère est mal habillé, mal rasé, ne se tient pas droit et donne l’impression d’être peu motivé par le poste. Quand ils sont mis en présence de Mr Top ou Mr Bof, les sujets qui remplissent le questionnaire changent de jugement sur eux-mêmes. En présence de Mr Top, leur estime de soi diminue. À l’inverse, Mr Bof induit une comparaison sociale descendante qui va améliorer l’estime de soi du sujet.
Que démontre cette expérience ? Certes, le niveau d’estime de soi est très variable d’un individu à l’autre. Certains vont sans cesse se dévaloriser et se trouver nuls, d’autres feront montre d’une fierté et d’une autosatisfaction qui frisent la pédanterie. Mais l’estime de soi est également fortement influencée par le contexte, notamment par les comparaisons sociales à l’œuvre dans nos confrontations à autrui. Voilà ce que met en évidence l’expérience « Mr Top, Mr Bof et moi ».
La vidéo de cette expérience (réalisée par Nicole Dubois, professeure de psychologie sociale à l’université Nancy-II, et inspirée de l’expérience de Stan Morse et Kenneth Gergen, 1970) peut être visualisée sur le site http://www.canal-u.tv/

https://www.scienceshumaines.com/se-comparer-aux-autres_fr_26770.html


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Re: Racontes moi, inventes moi des histoires simples de la simple vie

Message par I am so sure le Dim 28 Mai 2017 - 13:28

Spoiler:
Scènes de vie
DUEL D’OMBRES PUBLICATIONS ET PRESSE PROCHAINEMENT ALAIN FOIX ARCHIVES RSS FEED
ARISTOCHATS, CHARLIE PARKER, FLÛTE TRAVERSIÈRE, JUPITER, SAXOPHONE, TÉNOR
Les chats, la flûte, le saxophone et moi
In Chronique des matins calmes on 27 octobre 2012 at 10:22
Je suis tombé amoureux d’un saxophone. Il s’appelle Jupiter, c’est sa marque, et c’est un ténor. Amoureux de sa forme, de sa taille, de sa couleur dorée, de sa peau rutilante. Je le prends à pleines mains, je l’embrasse à pleine bouche. Mes doigts parcourent avec sensualité ses clefs douces et subtiles, dociles aussi. J’aime sentir la vibration de ses basses sur ma poitrine et sur ma cuisse, ses hurlements d’aigus qui me font frémir de plaisir dans des montées d’octave. J’aime sentir sa puissance lorsque sa colonne d’air m’emporte tout entier dans les bas-fonds d’un Stormy Weather où mon âme se renverse, et ses caresses lorsqu’il m’apaise dans le lit de douceur d’un Blueberry Hill. Cet instrument si viril en apparence et si féminin en sa nature profonde, me fait vivre une passion nouvelle. Nous faisons corps comme si nous étions depuis toujours destinés l’un à l’autre. Et cependant je le maîtrise à peine. Pour tout dire je pense que c’est lui qui m’apprivoise. Il m’apparaît plein de mystère, de ce mystère dont je sais bien que je n’aurai jamais fini de creuser les arcanes. C’est le début d’une passion que je soupçonne dévorante. Je le couche dans son étui et admire ses formes sur son drap noir. Je le reprends dans mes bras, l’accroche à mon cou, mords son bec de mes incisives supérieures, pousse ma lippe sous son anche et la titille de ma langue.

J’ai parfois une pensée pour ma flûte traversière au bec d’argent que je délaisse quelque part sur une étagère. Et je suis traversé du sentiment de trahison, une vague culpabilité. Cette bonne vieille flûte qui m’accompagne depuis mon adolescence. Une grande tendresse pour elle, mais j’ai le sentiment qu’il s’agissait entre nous deux moins de passion que d’une profonde amitié et complicité d’enfance.

Je me souviens de ce jour où je fis sa connaissance. J’avais quinze ans et j’ai traversé le terrain vague qui séparait mon immeuble de Bondy Nord du conservatoire de Bobigny. On y prêtait des instruments aux jeunes gens désargentés mais désireux d’apprendre. Je voulais être Miles Davis. Alors j’ai demandé une trompette. Hélas, la dernière venait de partir. Pensant à Charlie Parker dit « The Bird », j’ai alors demandé un saxophone. Il n’y en avait plus depuis belle lurette. Il ne restait qu’une flûte, alors faisant contre mauvaise fortune bon coeur, je suis reparti avec et suis devenu flûtiste. J’étais heureux de toute manière d’avoir un instrument à moi et de jouer de la musique. Elle sut se faire aimer. Je sus la faire chanter et elle me berça de Bach et de Mozart, de Haydn et Vivaldi pendant de longues années jusqu’à ce mois de juillet dernier où tout à coup, passant devant la boutique d’un luthier d’Avignon, la beauté rutilante d’un saxophone Selmer m’arrêta net, faisant remonter en moi ce vieux démon de midi, cet appétit de jazz.

Glisser de la flûte traversière au saxophone ténor n’a rien en apparence de compliqué puisque les clefs et les doigtés se ressemblent comme des frères. Et cependant, on passe dans un tout autre monde. La musique est un dédale où l’on apprend l’oiseau. Tous ses chemins mènent à Icare. Mais chaque chemin perd son homme à sa manière. Celui du saxophone me conduira ailleurs, dans mon ailleurs, un autre ailleurs que celui de la flûte.

Chose étrange, lorsque je joue dans mon bureau, je vois venir les chats du voisinage qui, dans mon jardin s’aventurent sous ma fenêtre, se collent à la porte vitrée. Mon saxophone serait-il un chat ou un appeau à chats ? Ses miaulements auraient-ils quelque résonnance singulière parlant à l’ouïe de ces félins ? Ma flûte jamais n’attira les oiseaux.

J’observe le vieux chat noir et blanc, malin et sage qui reste d’habitude à bonne distance de moi mais ne semble pas me craindre outre mesure, le chat voyou tout blanc qui fait régner la terreur dans les parages et se frotte parfois aux griffes du vieux sage jaloux de sa domination. Le petit roux craintif est là aussi. Ce n’est pas cette fois-ci ma jolie chatte Kiara, cette petite bourgeoise enroulée au coin de ma cheminée qui les attire, mais bien mon saxophone ténor. Une pensée me traverse tout à coup l’esprit : Les Aristochats ! Me voilà plongé dans un dessin animé. L’inventeur de cette comédie musicale pour chats de gouttière était-il lui-même saxophoniste ? Ceci expliquerait cela. Je décide de m’en enquérir quand tout à coup, une autre image me vient. Je me revois à vingt ans chantant et jouant à minuit sous les fenêtres de ma bien-aimée un air de West-side Story en compagnie d’acolytes éméchés. Serais-je moi- même un Cat? Décidément, les voies du saxophone ténor sont impénétrables.


https://alainfoix.com/2012/10/27/2235/


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Re: Racontes moi, inventes moi des histoires simples de la simple vie

Message par I am so sure le Mar 30 Mai 2017 - 13:22

Spoiler:

La vie d’Arthur Rimbaud, ou l’anatomie d’une autodestruction.

Accueil » La vie d’Arthur Rimbaud, ou l’anatomie d’une autodestruction.

27 Jan Publié par Victor Pascal dans Littérature, Poésie | Comments
Un beau matin de l’année 1854, le 20 Octobre plus précisément, naît Jean Nicolas Arthur Rimbaud ou l’ « Homme aux semelles de vent », de Frédéric Rimbaud et Marie Catherine Vitalie Cuif. Le jeune homme, dès son plus jeune âge, s’illustre par ses succès scolaires et son caractère rebelle – il écrit, alors âgé de 7 ans, « A mort dieu ! » sur un mur d’église. Alors que ses réussites semblent lui promettre un avenir radieux, son professeur de quatrième, M. Perette, pressent déjà toute la complexité du garçon  : « Il finira mal. En tout cas, rien de banal ne germera dans sa tête : ce sera le génie du Bien ou du Mal. »

A 16 ans, Rimbaud commet sa première fugue. L’année suivante, en 1871, lors d’une nouvelle escapade, il fait la connaissance à Paris de Paul Verlaine à qui il avait envoyé ses poèmes. Ce dernier, de dix ans son aîné, lui avait alors adressé l’invitation suivante : « Venez, chère grande âme, on vous appelle, on vous attend« . Aussitôt Rimbaud accourt, avec, pour tout bagage, quelques poèmes et son talent. En octobre 1871, lors du premier dîner des parnassiens, auquel il est convié, il fait la lecture de son Bateau Ivre. Le « nourrisson des muses » fascine, enchante et soulève l’enthousiasme de la communauté des poètes parisiens. Pourtant en quelques mois, le jeune poète passe de mode, et devient même la bête noire des artistes de Saint-Germain des Près, lassés de son orgueil, de son mépris et de son insolence.



                                                                                                                                                                                 Rimbaud âgé de 17 ans, photographié par Carjat



Puis à l’âge de vingt ans, Rimbaud , qui a publié deux ans auparavant Une saison en enfer, dit « Adieu » à la poésie. Il multiplie alors les voyages, les errances, et part chercher une improbable fortune en Abyssinie. Lorsqu’il meurt, atteint d’une tumeur cancéreuse au genou, en 1891, à l’âge de trente-sept ans , il semble avoir oublié son génie, et le peu de ceux qui l’entourent également.

« Le malheur a été mon dieu« , écrivait-il dans Une saison en enfer. Ce bouillonnement intérieur, cette tempête faisant rage dans ce crâne abîmé, l’a suivi depuis l’éveil de ses sens et de sa conscience, et l’a conduit dans les strates les plus profondes de l’esprit humain. Toute sa vie, ce malheur, causé par le saisissement d’une réalité infernale, l’a poursuivi jusqu’à sa mort – on peut le remarquer grâce aux correspondances qu’il a entretenues. Grâce au « dérèglement des sens » qu’il opérait à travers alcools, haschisch ou expériences sexuelles débridées, le jeune homme brillant est passé de modèle à fauteur de troubles. Se refusant « courbettes » et « génuflexions » aux normes sociétales, cherchant un épanouissement avec pour seul objectif se déclarer « voyant » et tirer la substance de son âme à travers la poésie, le but final de Rimbaud semble avoir été de débusquer le sens profond d’une réalité décevante et affreusement dérisoire.





Toute son œuvre, Arthur Rimbaud l’a écrite en six ans, entre l’âge de quinze et de vingt et un ans, puis il s’est tu à jamais. Ce silence, devenu mythe, ce mutisme poétique et quotidien reflète sans aucun doute l’impossibilité ou le renoncement d’un poète torturé à communiquer ses sentiments et ressentis. En six ans, c’est comme si toute l’absurdité de l’existence lui était apparue dans sa poésie, une vérité saisie entre deux bouteilles d’eau de vie à la Alfred Jarry, de nombreux épisodes délirants marqué de jeux avec sa propre matière fécale, ou autres provocations obscènes et blessantes vis à vis de ses pairs. Cet arrêt de l’écriture, soudain et pressenti dans sa poésie éclatante d’immaturité, signifie simplement le renoncement d’expliquer le schéma d’une existence illusoire, et également l’impossibilité de démontrer l’inexplicable à l’aide d’un outil si personnel qu’est la poésie. En six ans, Rimbaud a ouvert tant de portes tellement larges sur la présence d’une réalité enfouie dans celle que l’on perçoit, qu’il arrive parfois que l’on doute de leur légitimité. Mais ses écrits demeurent, et nous rappellent à chaque instant la complexité de la vie qui fourmille dans nos corps, et le paradoxe de l’existence, miracle passé dans une prison sans gardien ni barreaux.

A-t-il saisi ce qu’il voulait saisir ? A-t-il eu la vision du sens profond de ce qui l’entourait ? Ce jeune homme a-t-il, seul, compris la vie ? La réponse à ces questions figure dans ses poèmes, et chacun peut y voir ce qu’il désire appréhender : la réalité d’une strate supérieure au prosaïsme du monde, ou sa dimension purement illusoire. « Le talent, c’est le tireur qui atteint un but que les autres ne peuvent toucher ; le génie, c’est celui qui atteint un but que les autres ne peuvent même pas voir. » a écrit un jour Schopenhauer : Arthur Rimbaud était ces deux tireurs.



   Autoportrait en pied de Rimbaud à Harar, « dans un jardin de bananes », en 1883.



Son autodestruction, chérie et souhaitée, ne fut-elle pas une étape obligatoire dans l’affirmation de son talent ? La souffrance qu’il s’est infligée, avec laquelle il se mutilait en écrivant sur ce qui germait en lui, n’était-elle pas nécessaire pour entrevoir l’invisible ? Rimbaud incarne une génération artistique, et peut-être même humaine. Les tabous, ou plutôt verrous, imposés par les normes des sociétés occidentales furent explosés par la volonté du poète, et ce besoin irrépressible d’expérimenter les facettes de l’existence, bien trop précieuse et courte pour passer à côté. Ceci n’est que l’avis d’un humble jeune homme – et qui n’engage que lui, mais il semble à mes yeux que son autodestruction et l’anéantissement de son talent incarne paradoxalement son génie. Selon Nietzsche, « Il faut du chaos en soi-même pour accoucher d’une étoile qui danse. »; mourir, se tuer pour essayer de vivre, ne voilà pas la seule façon de se sentir vivant lorsque la réalité n’est plus suffisante ? La renaissance, ou plutôt la naissance, voilà en fait ce qu’était le véritable objectif de Rimbaud : naître spirituellement et métaphysiquement pour pallier à une naissance physique et matérielle sans grand intérêt. Ses dernier vers et sa prose en général laisse penser que cette tentative d’accouchement fut vaine; il reste seulement à espérer que ce grand personnage de la poésie française réussit à percevoir ce qui l’obsédait tant.



                                                                                                                                                                      Rimbaud à la mi-décembre 1875, rasé, par Ernest Delahaye.





« Oisive jeunesse

A tout asservie,

Par délicatesse

J’ai perdu ma vie. »

Derniers Vers (1872), Fêtes de la patience, Chanson de la plus haute tour
http://blog.culture31.com/2013/01/27/la-vie-darthur-rimbaud-ou-lanatomie-dune-autodestruction/

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7: Les affaires, le trafic - L'argent comme utopie
Actualité Culture  Livres
Par Jacques Attali et Olivier Le Naire et Thierry Gandillot, publié le 09/08/2004 à 00:00

Le 20 octobre 1854 naissait à Charleville un certain Arthur Rimbaud, qui allait bientôt, par son génie, révolutionner notre regard sur la poésie et la littérature. Cent cinquante ans après, L'Express rend hommage à l'auteur d'Une saison en enfer. Cette semaine, Jacques Attali va à la rencontre de l'homme d'argent

L'argent comme utopie
Face à l'argent, un écrivain doit faire un choix. Soit il cherche à vivre de sa plume, et alors il doit produire, même sans inspiration: ainsi firent les grands feuilletonistes. Soit il choisit de garder la liberté de ne pas écrire, et alors il doit trouver un autre métier lui assurant assez de confort matériel pour pouvoir écrire sans pour autant mobiliser toute son énergie. «J'aurai de l'or: oisif et brutal» Rimbaud  

Rimbaud n'échappe pas à ce dilemme. Hanté par la misère dans son enfance, incapable de gagner les moyens d'une vie d'errance poétique, il choisit d'y mettre fin pour tenter, en vain, de faire fortune, jusqu'à en mourir, au moment même où son oeuvre, enfin reconnue, aurait pu lui fournir de quoi devenir le rentier qu'il avait toujours rêvé d'être, et lui permettre de réaliser son idéal, tel que défini dans Une saison en enfer : «J'aurai de l'or: je serai oisif et brutal.»

Dès son plus jeune âge, Rimbaud découvre et maudit cette matière brute dont l'absence le force à rentrer à pied de Paris à Charleville, à gagner sa vie comme précepteur, à s'enrôler dans l'armée hollandaise puis américaine, à travailler dans un cirque; et même, et peut-être surtout, à renoncer à la publication des Illuminations, après en avoir mendié sans succès le financement à tout le monde, même à Verlaine. Très jeune témoin des combats de la Commune de Paris, «où tant de travailleurs meurent», il en glorifie les espérances, avec des accents hugoliens que l'on retrouve dans Le Forgeron : «Nous dorerons ton Louvre en donnant nos gros sous»; «le tas des ouvriers», «traînant sa veste sale», «l'immense populace», «nos taudis», «main [...] superbe de crasse». Il est si fasciné par l'argent qu'il le perd chaque fois qu'il en a, se le laisse voler par un cocher à Vienne.

La fortune ne vient pas. Alors que, pour beaucoup d'écrivains, comme Balzac ou Chateaubriand, l'argent est une obsession sédentaire (il leur faut gagner de quoi survivre dans le confort de leur bureau), pour d'autres, il est une exigence nomade. Ainsi chez Conrad, par exemple, l'argent permet le voyage et précède l'écriture. Chez Rimbaud, comme chez Beaumarchais, l'argent devient même le but du voyage et remplace l'écriture. Il devient une terre promise, une utopie.


C'est, d'abord, l'utopie du bonheur douillet, rêvé près de sa mère et de sa soeur: quand il n'a pas d'argent, c'est vers elles qu'il se tourne, ou vers la mère de Verlaine; quand il en a un peu, c'est à elles qu'il le confie et à elles qu'il dit ses rêves de fortunes futures.

C'est, aussi, l'utopie de la beauté pure, qu'il glorifie dans son oeuvre jusqu'à en faire une métaphore obsessionnelle. Il parle d' «Un gradin d'or, parmi les cordons de soie [...] je vois la digitale s'ouvrir sur un tapis de filigranes d'argent, d'yeux et de chevelures. Des pièces d'or jaune semées sur l'agate, des piliers d'acajou supportant un dôme d'émeraudes...» Et ailleurs: «Les chars d'argent et de cuivre. Les proues d'acier et d'argent battent l'écume.»

C'est, enfin, l'utopie du lointain eldorado, celui de la fortune. Et, à chaque voyage, il s'éloigne un peu plus de son pays, de sa langue, de la littérature, pour ne plus penser qu'à économiser l'essentiel de sa paie. Il travaille d'abord à l'improbable construction d'un palais pour le gouverneur britannique à Chypre: «[...] jusqu'ici je n'ai que deux cents francs par mois. Voici quinze jours que je suis payé, mais je fais beaucoup de frais: il faut toujours voyager à cheval; les transports sont excessivement difficiles, les villages très loin, la nourriture très chère. [...] Il a fallu que je m'achète matelas, couvertures, paletot, bottes, etc., etc. [...] Je suis donc, à présent, au service de l'administration anglaise: je compte être augmenté prochainement et rester employé jusqu'à la fin de ce travail, qui se finira probablement vers septembre. Ainsi, je pourrais gagner un bon certificat, pour être employé dans d'autres travaux qui vont probablement suivre, et mettre de côté quelques cents francs.»

Ces espoirs déçus, il part pour Aden rejoindre la maison Mazeran, Viannay, Bardey et Cie, spécialisée dans le commerce des peaux et du café. Dans cette région écrasée de chaleur et de violence, il va rester dix ans. En 1880, il décrit son projet à sa mère: «J'ai ici cinq mille francs, qui portent à la maison même 5% d'intérêt: je ne suis donc pas encore ruiné. Mon contrat avec la maison finit en novembre; c'est donc encore huit mois à 330 francs que j'ai devant moi, soit 2 500 francs environ, soit qu'à la fin de l'année j'aurai toujours au moins 7 000 francs en caisse, sans compter ce que je puis bricoler en vendant et achetant quelque peu pour mon compte. Après novembre, si l'on ne me rengage pas, je pourrai toujours faire un petit commerce, qui me rapportera 60% en un an. Je voudrais faire rapidement, en quatre ou cinq ans, une cinquantaine de mille francs; et je me marierai ensuite.» Mais la fortune ne vient pas; il note: «Notre vente de ce mois n'atteindra pas 200 thalaris, et par conséquent nos frais vont commencer à nous déborder.»

En octobre 1885, décidé à jouer le tout pour le tout, il quitte Bardey, se met à son compte et se lance dans un fumeux trafic d'armes où il espère revendre cinq fois plus cher à Ménélik II, roi du Choa, futur négus d'Ethiopie, des fusils démodés achetés à Liège. Malgré la mort de ses deux associés et l'interdiction du commerce d'armes, il réussit à traverser le désert et livre les armes au monarque, qui retient sur le prix de vente les dettes imaginaires de ses associés. Rimbaud rentre ruiné à Aden: «Je sors de l'opération avec une perte de 60% sur mon capital, sans compter vingt et un mois de fatigues atroces passés à la liquidation de cette misérable affaire.»

Espoir. Il est résigné à reprendre un emploi chez Bardey quand, en 1888, un autre commerçant de la région, M. Tian, lui offre de diriger son comptoir à Harar. Il y restera trois ans et écrit à sa mère et sa soeur le 21 janvier 1890: «Je fais des affaires avec ce monsieur Tian. [...] Ces affaires, au fond, ne seraient pas mauvaises si, comme vous le lisez, les routes n'étaient pas à chaque instant fermées par des guerres, des révoltes, qui mettent nos caravanes en péril. Ce monsieur Tian est un grand négociant de la ville d'Aden, et il ne voyage jamais dans ces pays-ci. Les gens du Harar ne sont ni plus bêtes, ni plus canailles que les nègres blancs des pays dits civilisés; ce n'est pas du même ordre, voilà tout. Ils sont même moins méchants, et peuvent, dans certain cas, manifester de la reconnaissance et de la fidélité. Il s'agit d'être humain avec eux.» Entêté, il ne veut pas revenir sans avoir atteint son utopie, même quand un ami parisien lui fait savoir que son oeuvre est enfin reconnue. Seule la maladie le ramènera à Marseille et à sa mère. A l'hôpital des pauvres, faute d'argent.

Une misère sans fin. L'argent rêvé, haï, envié, jalousé, l'argent qui circule, l'argent du voyage, de l'utopie déchirée... Au moment de mourir, il écrira encore à sa soeur Isabelle: «Notre vie est une misère, une misère sans fin. Pour quoi donc existons-nous?» Et puis encore: «Adieu mariage, adieu famille, adieu avenir! Ma vie est passée, je ne suis qu'un tronçon immobile.» Immobile, c'est-à-dire mort.

http://www.lexpress.fr/culture/livre/7-les-affaires-le-trafic-l-argent-comme-utopie_819829.html


Dernière édition par I am so sure le Sam 3 Juin 2017 - 23:24, édité 1 fois
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Re: Racontes moi, inventes moi des histoires simples de la simple vie

Message par izo le Mar 30 Mai 2017 - 15:36

Vitali cinq ans se jette dans la rivière certain de surnager, il coule. Son père Drimitri le rattrape in extremis. Une fois reposé sur le sable Vitali se principe à nouveau à l'eau parce qu'il croit en la seconde chance. Dimitri hurle et lui court après. Tout le monde lui court après. Mais Vitali frondeur court vite et atteint les premières vagues. Sur la plage sa maman sent son cœur s'arrêter de battre.
Il ne coule pas parce que papa est là encore mais maman sur la plage n'est plus qu'un corps inerte. Un attroupement rapidement composé autour de ce corps en partance happe le peu d'air restant. Un grand murmure étend ses voiles et étreint cette curieuse assemblée. DImitri ne comprend pas. VItali lui, a tout compris et voudrait se jeter encore dans l'eau pour se transformer en pierre. Il ne veut plus voir et ne plus rien entendre. Les cris d'un époux éploré sont en effet insupportables.
Fin de l'épisode 1.


Dernière édition par izo le Mar 30 Mai 2017 - 17:01, édité 1 fois
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Re: Racontes moi, inventes moi des histoires simples de la simple vie

Message par Invité le Mar 30 Mai 2017 - 16:33

il court vite à l'eau vitali  
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Re: Racontes moi, inventes moi des histoires simples de la simple vie

Message par I am so sure le Sam 3 Juin 2017 - 22:18

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LES COCKERS-PAPILLONS : MACHAON ET BELLE DAME

       Un conte........

    Dans le jardin ensoleillé , à l'heure où la chaleur endort , les fleurs dansent dans la lumière de l'été , sous la brise légère et parfumée  . Les fleurs vivantes , ces papillons multicolores qui virevoltent en butinant le pollen des buddléias , les fameux arbres à papillons .

Deux bébés cockers assis sur leur petit derrière s'émerveillent en admirant la grâce de ces danseurs ailés qui rivalisent de beauté et de couleurs . Un Vulcain se pavane , ouvrant et fermant ses ailes , tantôt de velours sombre puis somptueusement colorées . Deux Belles Dames aux tons plus orangés viennent voleter au-dessus du Vulcain , mais impassible , celui-ci continue son manège .

Soudain , surgissant à vive allure de l'horizon , un magnifique papillon jaune aux ailes marquetées de noir et de bleu , vient à son tour se poser sur l'arbuste fleuri ! Ses grandes ailes chatoyantes se terminent en queue d'hirondelle et son envergure est impressionnante ! Le Vulcain , véxé , s'envole , remplacé par un Paon , dont les ailes se parent d'ocelles semblables à ceux des plumes de l'oiseau paon , d'où son nom de Paon du Jour !

    Les deux bébés cockers n'ont d'yeux que pour le Machaon qui butine sur la plus haute fleur .

-  Maman , Maman , est-ce qu'on pourra voler nous aussi quand nous serons grands ?

-  J'en doute ! Les cockers ne volent pas , ils gambadent , courent , sautent , nagent ........mais désolée , ils ne volent pas !

-  Tu es sûre ? Sûre et certaine ?

-  Absolument ! Nous sommes trop lourds et nous n'avons pas d'ailes !!

 Comme ils sont tristes les deux bébés cockers ! Ce serait pourtant si bien de voler , d'être léger et de suivre la route des parfums dans l'air tiède de l'été .

Pelotonnés l'un contre l'autre sous le figuier dont les branches les protègent des ardeurs du soleil , ils se sont endormis en rêvant au majestueux Machaon aperçu non loin d'eux !

Leur Maman rassurée est allée près du bassin , laissant ses deux chiots faire tranquillement leur sieste .

 Dès que le bout de sa queue disparut derrière la pergola croulant sous les liserons bleus , le Machaon quitta sa fleur et voleta jusqu'aux deux bébés endormis ! Du bout de ses antennes , il toucha légèrement les deux chiots et se mit à parler un langage étrange, des sonorités mélodieuses qui coulaient sans fin comme le babillement d'un ruisseau sur des cailloux blancs , comme une musique à la fois douce , puis aigüe qui redescendait dans les graves .

Alors , les deux cockers ouvrirent leurs jolis yeux de bébés encore bleus , ils ne semblaient pas étonnés , et comme par magie , des ailes se mirent à pousser sur leur pelage blanc et orange !

Le petit garçon s'émerveilla de ses ailes de Machaon si chatoyantes, si légères et la petite fille sourit en déployant ses ailes de Belle Dame avec les damiers noirs et blancs aux extrémités !

Le Machaon continuait son chant, soudain il s'arrêta de parler, se remit à voleter autour des deux chiots transformés et les invita à le suivre !

Le démarrage fut un petit peu laborieux, puis soudain , le mécanisme des ailes se mit à fonctionner et nos deux B O s'envolèrent d'abord jusqu'au buddléia , puis , toujours suivant le Machaon , ils montèrent plus haut dans l'air parfumé , s'élevant au dessus des pins qui constituent les limites du jardin , ils partirent à la découverte des environs sous la houlette de leur guide !

C'était amusant , tout semblait petit et rapproché ! C'est ainsi qu'ils découvrirent le chien râleur qui les dérangeait tout le temps en vociférant ! C'était un vieux bulldog et il avait de quoi râler : il était attaché à sa niche avec une toute petite chaîne ! Pauvre vieux !

Ils poussèrent leur excursion jusqu'à la plage , puis , toujours suivant leur guide , ils survolèrent une prairie où se reposaient deux chevaux ! Sur le ruisseau bordé de roseaux , des libellules bleues et rouges les regardèrent passer . Comme c'était agréable de voler , ce n'était pas fatigant du tout et en fait , c'était merveilleux ! Puis ,  le Machaon les ramena près du figuier , dans leur jardin . Les deux chiots comprirent que l'aventure ailée touchait à sa fin !

Si comme les humains , ils avaient possédé une boîte à faire des images , ils auraient pu immortaliser l'instant , mais hélas , ce n'était pas le cas !!

Le Machaon reprit sa mélopée, retoucha de l'extrémité de ses antennes les deux Cockers-Papillons , puis il s'envola et disparut !

Quand ils ouvrirent les yeux , leurs ailes s'étaient également volatilisées ....mais il leur restait le merveilleux souvenir de leur balade : leur secret à tous les deux !

Qui pourrait les croire ? A-t-on déjà vu quelque part un Cocker-Papillon ?



Qui a pris la photo ????

Fin
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Re: Racontes moi, inventes moi des histoires simples de la simple vie

Message par I am so sure le Mer 28 Juin 2017 - 19:05

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