Reforme du système de notation

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Re: Reforme du système de notation

Message par Pieyre le Jeu 18 Déc 2014 - 13:46

Cette notion de constante macabre est critiquable à de nombreux titres. Je m'étonne que l'article de Wikipédia ne développe pas davantage une telle critique.

Je cite dans la définition :
La notion de la constante macabre désigne le fait qu'il existerait de manière répandue dans le système éducatif un pourcentage constant de mauvaises notes, quel que soit le niveau véritable des étudiants par rapport aux connaissances réellement requises.
Autrement dit, les notes se répartiraient à peu près en courbe de Gauss : beaucoup de notes moyennes, pas trop mauvaises ou bonnes sans plus, et aux extrémités, quelques très bonnes ou très mauvaises notes. La répartition en courbe de Gauss peut être naturelle, mais le problème ne réside pas dans la variance mais la moyenne, qui sera fréquemment réajustée à une valeur égale ou inférieure à la moitié de la note maximale, sans forcément de corrélation avec le niveau de compétence des étudiants.
Déjà le terme de macabre est orienté (avec de plus une connotation qui est souvent l'indice des constructions de mauvaise foi). Dans la mesure où la répartition type que l'on vise est symétrique, s'il y a un pourcentage constant de mauvaises notes, il y en aussi un pourcentage constante de bonnes. Pour désigner le phénomène, il faudrait donc trouver un terme neutre relativement à la valeur des notes.

Ce qui caractérise ce phénomène en effet, c'est qu'il y aurait une propension chez l'enseignant, ou dans l'établissement, à reconsidérer la moyenne en fonction du niveau de la classe (ou de l'établissement), et non pas en fonction d'un critère correspondant à un groupe plus large.
A contratrio, les sujets du baccalauréat sont désormais nationaux (de mon temps dans chaque région il y avait des sujets différents), et il faut donc évaluer les élèves sur une base nationale. De même, lorsqu'on prépare des élèves à un concours, c'est en fonction du niveau exigé pour ce concours qu'on note les élèves et non de leur niveau relatif dans la classe.

En dehors de ces cas, où l'enseignant n'a pas grande marge de manœuvre, comment peut-on expliquer ce phénomène de renormalisation relative du niveau ? Cela me paraît assez simple. Il s'agit de considérer uniquement la classe pour faire progresser les élèves, en se basant sur la moyenne des notes.
À tort ou à raison, on considère souvent que la moyenne correspond à un objectif à dépasser raisonnablement. À vrai dire, cela pourrait aussi être la médiane, mais une telle notion est sans doute moins manifeste. On fixe donc la moyenne de sorte que le plus grand nombre d'élèves pourra se proposer de dépasser cette valeur. S'il y a peu d'élèves notés en dessous, c'est peu incitatif; de même s'il y en peu notés au-dessus. Il est donc question de motiver avant tout les élèves moyens (relativement au niveau de la classe) et pas de défavoriser les plus faibles (ni par ailleurs les plus forts).
Maintenant, contrairement à ce qui est indiqué sur Wikipédia, on peut aussi jouer sur l'écart-type. Le but implicite (je ne dis pas que ce soit conscient chez tous les enseignants) c'est de concentrer le plus possible les élèves autour de la moyenne de sorte qu'ils soient incités à se situer au-dessus.

Malgré tout, on se soucie aussi des élèves qui s'écartent de la moyenne, d'un côté comme de l'autre. Ainsi il m'est arrivé d'appliquer ce précepte entendu auparavant, sans doute lors de ma scolarité, qui consiste à noter de façon sévère les meilleurs élèves et bienveillante les moins bons, de sorte qu'on traque les imperfections chez les premiers et les indices de compréhension ou de bonne volonté chez les seconds. Cette fois, il ne s'agit plus pour l'élève d'être du bon côté de la moyenne mais de s'en détacher le plus possible ou de ne pas la perdre de vue.

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Re: Reforme du système de notation

Message par Caracol le Jeu 18 Déc 2014 - 22:33

Puisqu'on nous empêche de tourner en rond. Je suis aller chercher une source à cette étude. Bien que si j'avais su en trouver une, l'argument une ne fait raison aurait pu être amené. Ca a le mérite de me faire fouiller. Je trouve le post de cet enseignant intéressant, cf plus bas. Il requestionne la dimension environnementale dans le processus d'évaluation.

Des liens donc pour ceux qui souhaitent approfondir ou confronter leur idée. Je reste très sceptique sur l'auto-évaluation mais requestionne mon avis.

http://ww2.ac-poitiers.fr/meip/spip.php?article248&debut_page=1
http://bertgim.free.fr/evaluation/La%20constante%20macabre.pdf

zen_78 Profil : Habitué Posté le 19-12-2010 à 13:12:41 answerPrévenir les modérateurs en cas d'abus Je ne vois pas ce que vous voulez dire par "être confronté à la constante macabre". Pour ce que j'en ai compris (mais j'avoue ne pas avoir lu l'ouvrage), il s'agit d'une pratique à la limite du conscient, qui consiste à noter les élèves sur un certain empan de notes, en constituant de fait trois groupes : les forts, les moyens et les faibles. Ce que j'en pense : la division en 3 tiers des classes est plutôt le fait du mode de constitution habituel desdites classes. On nous enjoint de constituer des classes hétérogènes (les classes "de niveau" sont interdites). Donc, au moment de construire les listes d'élèves, on fait des groupes (élèves en réussite, élèves moyens +, moyens -, en difficulté) qu'on essaie de répartir aussi "bien" que possible. Chaque classe part, au départ, avec groupe supposé fort, un groupe supposé faible, et un "ventre mou". On fait aussi en fonction des binômes qui ont fonctionné l'année d'avant (on ne sépare pas des élèves dont la synergie est particulièrement intéressante) et on sépare les groupes qui ont dysfonctionné. Tout cela est bien sûr spéculatif, et on a chaque année des surprises ... Les élèves grandissent pendant l'été, certains élèves se retrouvent avec des camarades qui vont leur "faire du bien" et des groupes délétères vont se constituer. On travaille sur de l'humain, et la constitution des classes n'est pas une science exacte. Parfois, certaines associations fonctionnent très bien, et l'ensemble de la classe est prise dans une spirale positive, et parfois, c'est l'inverse. En ce qui concerne la notation ... Pour ma part, réfléchissant beaucoup sur l'évaluation, j'ai essayé de mettre en place cette année, avec ma classe de 6ème, une évaluation par compétences, qui donne lieu à une seule note trimestrielle, calculée par mon ordinateur à partir des résultats aux évaluations proposées en cours de trimestre (système utilisé en primaire : Acquis, En Cours d'Acquisition (+ ou -), Non Acquis). Le résultat en ce qui concerne la note trimestrielle est assez étonnant : comme toujours, mes moyennes (français) sont très proches de celles données par mon collègue d'histoire géo, qu'on parle de la moyenne de classe (aux alentours de 12) ou des moyennes individuelles des élèves (qui s'étalent de 7,5 à 16,5 : cette classe un peu particulière comporte une toute petite tête de classe et beaucoup d'élèves "dys" ou en difficulté). Et comme dans les évaluations notées, il y a des items globalement réussis par la classe, et d'autres globalement ratés (je vous rassure : je me remets en cause quand c'est globalement raté !). Enfin, pour moi, la "constante macabre" est plutôt la résultante du mode de constitution des classes. --------------- Maman pas parfaite de deux enfantastiques (fille 2001 et gars 2004) a écrit:
De doctissimo

[url=http://www.cairn.info/resume.php?ID_ARTICLE=RIPS1_050_0115]http://www.cairn.info/resume.php?ID_ARTICLE=RIPS1_050_0115

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Re: Reforme du système de notation

Message par Groustpitchal le Jeu 18 Déc 2014 - 23:05

Question complexe.
Pas le temps d'en parler ce soir, mais le sujet m'intéresse - évidemment, je suis prof.

Ce que je peux dire d'ores et déjà, c'est que les élèves (en tout cas les miens !) sont dans leur grande majorité très attachés aux notes.
Question type : "combien j'ai eu m'sieur ?!"
Je vous garantis que les notes les motivent vachement !
Dernière précision : je bosse en ZEP (futures REP)(on change de nom tous les 4-5 ans)(ça permet d'annuler les bonus de ceux qui ont cru qu'en restant plusieurs années dans un établissement classé ceci-cela, ils gagneraient des points pour muter vers des cieux plus cléments; manque de bol, juste au moment où ils vont avoir un max de points, le ceci-cela se change en truc machin et on remet les compteurs à zéro !)(mais c'est une autre question).


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Re: Reforme du système de notation

Message par trilary le Ven 19 Déc 2014 - 11:07

je suis parents d'élèves et je n'oublie pas que j'ai été élève.
Alors je n'ai pas vécu le côté stigmatisant de la mauvaise note parce-que je n'en avais pas; en revanche les bonnes notes me rassuraient sur moi-même et me donnaient confiance parce que je me considérais comme assez con (enfin du moins j'avais régulièrement de gros doutes).
Ce que je sais c'est que les instits des tout-petits, qui fonctionnent avec les sourires verts et les grimaces rouges, séparent eux aussi la classe en les "à l'aise", les "moyens-sans problèmes", et les "en difficulté". Les enfants en font eux-mêmes autant.
Pour les collégiens, ça permet effectivement d'avoir une évaluation du niveau plus objective, et moins sensible au "celui là avec son arrogance, je le remets à sa place" ou au "qu'il est mignon avec ses bo-zieux" (pardon les profs, je sais que vous faites de votre mieux dans un métier difficile à notre époque, bla-bla, bla-bla. J'en suis consciente). Mais surtout ça permet de réagir dès les premières baisses de régime ou de motivation. C'est quand même un indicateur important du niveau comme de l'investissement. Et même des coups de fatigue ou autres soucis.
Mais surtout ça permet de valoriser les efforts. Quand je remonte les bretelles du gamin qui m'a ramené un bulletin-pas-fier, et qu'il me promet de se reprendre, lui comme moi sommes encouragés par chaque indice qui remonte. C'est la récompense, la juste rétribution d'un travail assidu, et c'est ce qui le justifie. Je suis heureuse de le voir fier du résultat d'une leçon apprise. C'est beaucoup plus que le reflet d'un niveau de connaissances en hausse.
Au passage je dis Merci Pronote, le pire outil de flicage et de harcèlement familial pour certains (mais ne l'auraient-ils pas été tout autant sans ce dispositif? les parents harceleurs existaient avant internet), mais pour moi un véritable allié qui me donne une vraie place dans la scolarité de mes petits collégiens.

@Groustpitchal
j'ignorais que le changement de dénomination remettait les compteurs à zéro: sacrée arnaque et drôle de système!

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Re: Reforme du système de notation

Message par Bleuenn le Ven 19 Juin 2015 - 23:13

Un système de notation est nécessaire pour voir ce qui a été acquis ou pas (du moins, sur ce qui a été évalué!).
A mon sens, en théorie, ça devrait permettre de revenir sur les points non acquis mais sur une classe de 30 élèves, ce n'est pas possible, on est d'accord (quoiqu'en petit groupe, ça pourrait être faisable).
Je crois qu'il y a un souci au niveau du sens donné aux notes: si on a 10/20, on a acquis 50 % de la notion évaluée (pas du cours, de la notion évaluée de telle façon) ce qui est différent d'avoir acquis 50 % du contenu du cours.

Je me souviens que sur mes bulletins de primaire ou de grande section, il y avait des mentions "acquis", "en cours d'acquisition", "non acquis" avec à chaque fois le détail. Mais là encore sur une classe de 30 élèves, c'est plus dur... quoique!

Je crois que le souci majeur, c'est le sens donné aux notes. Je me souviens que mes camarades n'écoutaient pas durant les corrections, parce que l'évaluation était passée. Tandis que moi, je me disais "bon, là, j'ai tout foiré, visiblement, je n'ai rien compris, c'est le moment ou jamais de profiter que le prof soit disposé à répondre avant de clore le chapitre.". Ca m'a beaucoup aidé en sciences (maths, physique, chimie et permis de remonter mon niveau en physique-chimie).
Quand j'avais 1, 5 en maths, j'en déduisais qu'il y avait un souci. Souvent, il y avait des erreurs de calcul bêtes et méchantes, donc là, c'est dommage mais tant pis. Mais bien souvent, j'avais tout compris de travers. Et en me faisant réexpliquer le cours, je refaisais vite fait les derniers exos pour voir si je trouvais la réponse avant que le prof donne la correction à la classe. J'avais souvent bon.

Je n'ai jamais pris les notes comme une sanction mais la possibilité de pointer du doigt ce que je ne maîtrisais pas. Et ça change le sens donné aux notes en permettant de ne pas se décourager!

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Re: Reforme du système de notation

Message par Runes le Lun 31 Aoû 2015 - 14:07

Le problème n'est pas dans la notation...mais dans la compétence des profs à faire passer un savoir (oh le vilain mot) et de l'intérêt de ce qui est enseigné...deux préalables bien difficiles à réunir à notre époque...et je ne parle pas de la lobotomisation des constructions cognitives transversales bi-alternatives des élèves en dehors du système scolaire et dans le système scolaire lui-même.

Quand le discours est vide de sens, le cerveau se remplit d'un vide vertigineux...

La vraie question est de savoir pourquoi on tient tellement à ce que les élèves n'apprennent plus rien et ne sachent plus...et cela dans tous les pays de la zone européenne.

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Re: Reforme du système de notation

Message par Circé le Lun 31 Aoû 2015 - 16:49

Pour avoir été prof dans une école où la politique était de ne pas donner de notes, je vais donner mon avis là-dessus.

Suite aux conseils de mes collègues (j'étais tout nouveau), le système que j'avais adopté était une annotation relative. C'est à dire une exigence par rapport au niveau observé de l'élève dans les évaluations et au fil de l'année. Un élève faible qui faisait moins de fautes qu'attendu se retrouvait avec un excellent (Et dans ces cas, je me le disais avec la voix de Mr. Burns), un bon élève qui faisait plus de fautes que d'habitude avait un correct ou un passable.

Pour moi, c'était quelque chose de compliqué par rapport à ma façon de fonctionner. Factuellement, je pouvais noter à contrecœur un devoir qui était médiocre "excellent" pour encourager l'élève. Alors, à mes yeux, si je percevais bien l'intention, ça n'en restait pas moins une trahison de la réalité.

Au-delà de ça, les élèves percevaient aussi très bien le subterfuge. "Pourquoi je n'ai qu'excellent et pas parfait ?" ou encore "Pourquoi il a excellent et moi bien alors qu'il a fait plus de fautes que moi ?". Au final, l'annotation dénotée était tout de même perçue comme un jugement numérique et qualitatif par l'élève et par ses parents. J'ai l'impression qu'il n'y avait que mes collègues et l'institution qui se voilaient la face à ce propos.

Le problème effectif, c'est que le mode de fonctionnement de l'éducation que nous avons adopté repose sur un programme à acquérir, corrélé au fait que le niveau relatif doit être en constante progression (c'est à dire un meilleur taux d'accès aux études supérieures à terme). Avec un système de notation à valeur constante, on réalise qu'il est nécessaire de réduire l'exigence pour maintenir une croissance de ce niveau sans remettre en cause le système d'enseignement lui-même. A mon sens, s'attacher à la question de la valeur de la notation et de la nécessité ou non de la supprimer (ou au moins de la masquer), c'est se détourner d'un problème plus essentiel lié à l'enseignement moderne. L'expression consacrée est "l'arbre qui cache la forêt", je crois. Et cet arbre doit être vraiment énorme pour voiler quelque chose d'aussi gros. Un sequoia obèse.

Je ne sais pas si mes propos apporteront beaucoup au débat ; la question ne me touche plus du tout désormais, puisque j'ai eu la chance de quitter ce milieu pour lequel je n'étais probablement pas adapté. Smile

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Re: Reforme du système de notation

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