Phobie administrative

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Re: Phobie administrative

Message par ªr¿Zeb le Mer 10 Déc 2014 - 21:10

Mmm... faire comme si c'était pour quelqu'un d'autre, les paperasses. Je pense que c'est une bonne piste à creuser, techniquement parlant, mais c'est un coup à faire un dédoublement de personnalité, ça, non?

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Re: Phobie administrative

Message par Invité le Mer 10 Déc 2014 - 21:16

je ne pense pas, c'est plutôt dans une logique de "détachement" ou de "mise à distance".


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Re: Phobie administrative

Message par AlexisL le Jeu 11 Déc 2014 - 0:12

Punaise, je pourrais tous vous citer tellement je vous comprends !
J'ai ce comportement qu'avec l'administratif, ma santé (là par contre je m'inquiète énormément) et (ne vous moquez pas) avec les coiffeurs. C'est complètement con, mais il me faut un temps fou pour prendre un RDV, ça a le temps de pousser là haut. ..

Et pourtant à côté de ces choses simples, je peux sans appréhension aborder des choses qui rebute la majorité des gens.

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Re: Phobie administrative

Message par Invité le Jeu 11 Déc 2014 - 11:49

AlexisL a écrit:Punaise, je pourrais tous vous citer tellement je vous comprends !
J'ai ce comportement qu'avec l'administratif, ma santé (là par contre je m'inquiète énormément) et (ne vous moquez pas) avec les coiffeurs. C'est complètement con, mais il me faut un temps fou pour prendre un RDV, ça a le temps de pousser là haut. ..

Et pourtant à côté de ces choses simples, je peux sans appréhension aborder des choses qui rebute la majorité des gens.

Hello, tu saurai "modéliser" le comportement en question ? si "modéliser" veut bien dire "décortiquer" Smile

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Re: Phobie administrative

Message par exitpain le Jeu 11 Déc 2014 - 14:39

.


Dernière édition par exitpain le Sam 27 Déc 2014 - 13:55, édité 1 fois

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Re: Phobie administrative

Message par Thomvlm le Jeu 11 Déc 2014 - 18:21

Je n'ai plus de carte vitale valable depuis plus de 2 ans Winner
Ma procrastination n'est pas seule responsable de cet état : j'avais demandé une nouvelle carte à deux reprises il y a plus d'un an, sans résultat. L'absence de conséquence dommageable jusqu'ici ne m'a pas poussé à aller redemander. Je suis tout de même parvenu à regarder les horaires d'ouverture du bureau le plus proche et il n'est pas impossible que je m'y rende avant la fin de l'année. Ou en janvier Razz

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Re: Phobie administrative

Message par nathanaelle le Ven 12 Déc 2014 - 8:58

Very Happy Very Happy Very Happy
ça fait du bien de lire ces témoignages !
De mon côté, je rate un battement cardiaque à chaque fois que j'ouvre la boîte aux lettres et que j'y vois des grandes enveloppes A4, des dossiers à remplir, ou l'en-tête des impôts, annonciateur d'errances administratives dans les limbes d'un château de Kafka dont je n'ai jamais compris le mode d'emploi (et ne parlons pas de Pôle Emploi, de ses compléments de dossier, de ses rendez-vous...). J'ai la hantise des dossiers à remplir, je n'arrive pas à me concentrer dessus, je n'y comprends rien... Alors que, paradoxalement, je peux écrire un courrier ou une lettre de motivation en 5 minutes, à partir du moment où les consignes sont claires ou si c'est un projet personnel Shocked Idem, j'ai abattu des mémoires de centaines de pages à la fac, et je tremble devant les courriers Caf ou Sécu, avec force identifiants toujours perdus... Du coup, au quotidien, je charge mon partenaire d'être le "paperassier du couple" Razz
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Re: Phobie administrative

Message par Invité le Ven 12 Déc 2014 - 11:29

Thomvlm a écrit:Je n'ai plus de carte vitale valable depuis plus de 2 ans Winner
Ma procrastination n'est pas seule responsable de cet état : j'avais demandé une nouvelle carte à deux reprises il y a plus d'un an, sans résultat. L'absence de conséquence dommageable jusqu'ici ne m'a pas poussé à aller redemander. Je suis tout de même parvenu à regarder les horaires d'ouverture du bureau le plus proche et il n'est pas impossible que je m'y rende avant la fin de l'année. Ou en janvier Razz


On vérifiera Smile

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Re: Phobie administrative

Message par Invité le Ven 12 Déc 2014 - 12:49

C'est surtout que les choses administratives... c'est mortellement nul... x( alors la procrastination guette Laughing

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Re: Phobie administrative

Message par AlexisL le Ven 12 Déc 2014 - 21:18

zabgirl a écrit:
Hello, tu saurai "modéliser" le comportement en question ?  si "modéliser" veut bien dire "décortiquer" Smile

Je crois que ce qui colle le plus à mon comportement est ce qu'a dit FA :
Fa a écrit:
Le terme de "phobie" est peut-être mal choisi. Néanmoins, lorsque je passe jour après jour devant ma boite aux lettres sans l'ouvrir et en culpabilisant de ne pas le faire, c'est quand même pas l'énergie que ça me coûte qui m'empêche de tendre la main... il doit bien y avoir un blocage d'ordre psychologique quelque part. Ou quand, plutôt que de procrastiner de payer mes impôts (ce que je fais aussi, remarque), je procrastine éternellement de passer un simple coup de fil qui régulariserait ma situation CPAM et me soulagerait facilement de ce poids (alors qu'il ne semble pas y avoir là la peur de devoir payer quoi que ce soit).

Pour moi, ça n'est pas une phobie car je n'ai pas peur. Je dirais que c'est comme une sorte de paraplégie de la volonté. J'ai assez de volonté pour soulever des montagnes, mais j'en ai plus aucune quand il s'agit des points évoqués précédemment.

Pour ce qui est de ma santé, je ne réagit pas tout de suite lorsque j'ai des soucis. Par exemple, j'ai eu une baisse de la vue et j'ai mis plusieurs mois avant de consulter. Cet exemple est bénin, il y a plus grave comme le fait que je suis parfois pris de palpitations et j'ai jamais rien fait. La dernière fois que j'ai vu un médecin généraliste doit remonter à plus de 7 ans, ça serait pas idiot de faire un bilan, alors pourquoi je ne le fait pas ? Je ne suis pas capable de l'expliquer mais je pense que ça à un lien avec le fait que je n'ai pas peur de la mort, en tout cas pas autant que la majorité des gens et donc ça ne l'effraie pas plus que ça d'avoir des palpitations. En revanche j'ai peur du fait de ne pas avoir peur de la mort (un peu tordu...)

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Re: Phobie administrative

Message par Invité le Sam 13 Déc 2014 - 10:56

ok je comprends et je pense ou je fais un peu pareil.

Je ne passe pas ma vie chez le médecin non plus, ce qui ne le perturbe pas plus que ça en fait Smile donc...
Sans aller trop loin évidemment, si tu te connais pour les choses basiques de santé, tu te dépatouilles. Ce que je fais, je sais ce que je peux avoir régulièrement et ce que j'ai à prendre dans ce cas donc...

Pour le stratif et le courrier, beaucoup d'hommes sont comme cela et pas forcément parce qu'ils sont surdoués si ça peut apporter au débat. Je sais qu'en tout cas, deux choses : un gars qui ne s'occupe pas de son stratif régulièrement ne fait que me rappeler d'ex potes qui se retrouvant seuls et ayant laissé cette partie à leur femme, copine etc, se retrouver avec le stress de et de et de et le stratif en plus à apprendre d'un coup d'un seul

pour avoir eu d'énormes gros soucis (je pense tout est devenu relatif pour moi Smile beaucoup plus jeune, je m'astreins à une régularité devenue facile, mais c'est peut être parce que jeune... et qu'il fallait se retrouver à ces extrêmes que je fais désormais comme je l'ai indiqué.

le classement est au fond simple et si tu utilises des tableurs, tu sais toujours où tu en es.

ça n'empêche le fait que je peux jongler, laisser trainer mais en connaissance de cause afin qu'en cas d'énormes problématiques comme ça a été le cas ces 7 dernières années (et pas de mon fait bref) à aucun moment je ne me retrouve dépassée...

ça rejoint au fond aussi ton idée de ne pas avoir crainte de mourir que je n'ai pas non plus, ainsi que celle d'être malade si je peux encore lire, écrire, m'occuper (un bric à brac perso lol) mais je ne voudrai pas que ça se passe "mal" à savoir en mode "dépassé" par ce que je n'appelle pas le stratif mais le "pratique".

lire ce post m'a rappelée l'époque où je traînais la dessus sans m'en rendre compte, en fait je passais mon temps à faire autre chose mais toujours l'esprit encombré par "il faudra que je fasse ça, que je regle ça" donc en fait j'étais toujours "dedans". le fait d'avoir les choses à jour même pas forcément parfaitement me laisse une place incroyable dans la tête.

Est ce que sur votre ordi tout est dérangé, pas à jour aussi ?

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Re: Phobie administrative

Message par Invité le Sam 13 Déc 2014 - 11:37

Pour moi ce n'est pas une phobie, c'est juste que je déteste ça, je le fais, mais à reculons.

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Re: Phobie administrative

Message par ªr¿Zeb le Sam 13 Déc 2014 - 14:48

Il semblerait en tout cas que dans le cas des phobies, les thérapies comportementales fonctionnent assez bien. Il s'agit en gros de s'exposer de manière graduelle à l'objet de ladite phobie, en concertation avec un thérapeute.
Bien que ma hantise des tâches administratives ne m'ait jamais causé de réels ennuis (à peine quelques euros inutilement dépensés et des nuits blanches à tenter de savoir où j'ai bien pu mettre mon dernier avis d'imposition pour remplir la déclaration annuelle...), je pense bientôt essayer de m'en débarrasser. Smile
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Re: Phobie administrative

Message par Invité le Sam 13 Déc 2014 - 14:59

ªr¿Zeb a écrit:Il semblerait en tout cas que dans le cas des phobies, les thérapies comportementales fonctionnent assez bien. Il s'agit en gros de s'exposer de manière graduelle à l'objet de ladite phobie, en concertation avec un thérapeute.
Bien que ma hantise des tâches administratives ne m'ait jamais causé de réels ennuis (à peine quelques euros inutilement dépensés et des nuits blanches à tenter de savoir où j'ai bien pu mettre mon dernier avis d'imposition pour remplir la déclaration annuelle...), je pense bientôt essayer de m'en débarrasser. Smile

Tu penses déménager en Suisse ?

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Re: Phobie administrative

Message par ªr¿Zeb le Sam 13 Déc 2014 - 16:51

Yep!
mdr, non! jamais de la vie! J'ai trop peur des marmottes...
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Re: Phobie administrative

Message par Invité le Sam 13 Déc 2014 - 18:16

Very Happy

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Re: Phobie administrative

Message par Invité le Jeu 5 Fév 2015 - 13:05

J'ai dû me déclarer à l'URSSAF il y a quelques mois parce que je suis auteur jeunesse et que ça correspond à un statut d'entrepreneur.
J'ai reçu des papiers avec des sigles, des papiers de mutuelles voulant que j'assure mes salariés (?), des tracts publicitaires, d'autres formulaires (du style formulaire B38 avec petite case A49 en haut à droite...).

J'ai annulé mon inscription à l'URSSAF à cause de l'angoisse que tout ce courrier dans ma boîte aux lettres générait.

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Re: Phobie administrative

Message par Sélène-Nyx le Jeu 5 Fév 2015 - 13:34


Very Happy

Perso, j'ai dû inscrire une personne que je prends (depuis début Janvier), pour faire deux heures de ménage/semaine: je lui ai demandé de le faire à ma place (elle a l'habitude), y'en avait pour 5 minutes, mais j'n'ai pas pu ...
(Pourtant, j'ai l'habitude de faire des trucs plus compliqués sur le net, mais, là, c'est administratif ... et, en plus, j'n'ai pas vraiment de bons souvenirs avec l'URSSAF, j'envoyais toujours mes papiers (dont règlements de factures) toujours en retard ...)

J'ignore comment on peut vaincre cette angoisse, Marion, mais c'est moche de devoir remettre en cause ton emploi d'entrepreneur pour des conneries de paperasses ... Essaie d'en parler à un psy, il y a peut-être des solutions ... comme pour les autres phobies ...
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Re: Phobie administrative

Message par Kadjagoogoo le Jeu 5 Fév 2015 - 14:01

Suce ces p'tits Bleus ! a écrit:Pour moi ce n'est pas une phobie, c'est juste que je déteste ça, je le fais, mais à reculons.
Tiens, je ferai exactement le même commentaire la prochaine fois que l'on me demandera pourquoi j'ai quitté l'école précocement - question récurrente, hélas. Sauf que dans mon cas, à un moment, j'ai plus pu même y aller à reculons... Non désolé

Sélène-Nyx a écrit:J'ignore comment on peut vaincre cette angoisse, Marion, mais c'est moche de devoir remettre en cause ton emploi d'entrepreneur pour des conneries de paperasses ... Essaie d'en parler à un psy, il y a peut-être des solutions ... comme pour les autres phobies ...
Je me demande dans quelle mesure cela n'est pas inexorable et inéluctablement lié au fameux syndrome de l'autosabotage si prégnant chez les zèbres. Perplexe

Je sors là de la Maison du Rhône, où je suis enfin allé rencontrer un agent administratif chargé de m'aider à obtenir un RSA le temps que je retrouve mon boulot. Je remettais cette fatalité depuis des mois, ce qui a d'ailleurs choqué l'agent en question. Je lui ai piteusement expliqué que je m'en faisais une montagne (de paperasse, de justificatifs à fournir, etc.) et une honte doublée d'une culpabilité - là encore, deux syndromes typiquement zébriques... mouais
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Re: Phobie administrative

Message par Mag le Jeu 5 Fév 2015 - 14:41

C'est surtout typiquement français ! Et de pire en pire depuis plus de 30 ans...
Avec humour :
http://www.contrepoints.org/2015/02/04/196732-voila-pourquoi-je-nembaucherai-pas-marcel
Billet d'humeur
Voilà pourquoi je n’embaucherai pas Marcel
Publié le 4 février 2015 dans Économie générale, Travail & emploi
Et le problème, c’est que nous sommes cinq millions de petits artisans dans ce pays qui n’embaucherons pas Marcel…

Andreas Moe at camp Starum credits Municipal archives of Trondheim (CC BY 2.0), publié d’abord sur Flickr
Par Jacques Clouteau.


Mon nom est Alcide Repart, j’ai 53 printemps au compteur de ma vie. Après de nombreuses années passées en Autralie, je suis revenu voici quelques mois afin de reprendre la petite entreprise de mon père, qui était fabricant de brouettes. Chacun se souvient de ce célèbre slogan des années 1960 : « Quand toutes les autres s’arrêtent, seule la brouette Repart… »
En fin d’année 2014, j’ai mis au point une nouvelle brouette, plus légère et plus stable, avec laquelle je pense augmenter mon revenu, qui sinon demeurera bien modeste. Si les ventes suivent, je ne pourrai pas assumer seul la fabrication, et il me faudra embaucher un compagnon dans l’atelier. J’avais pensé demander à Marcel, qui est un brave gars du village et qui recherche justement du travail. Mais ne connaissant rien aux lois françaises, car je suis resté longtemps loin du pays, j’ai parlé avec des amis artisans, je suis allé à la chambre des métiers, j’ai consulté internet, et je vais vous expliquer pourquoi je n’embaucherai pas Marcel.

Je pensais donner à Marcel 100 euros par jour, s’il me fabrique quatre brouettes. Enfin moi je peux en construire quatre, parce que je ne compte pas mes heures. Mais j’ai appris qu’une loi interdisait de faire travailler un employé plus de sept heures. Alors je ne comprends pas pourquoi Marcel, travaillant moins que moi, et fabriquant donc moins, gagnerait plus que moi sans avoir aucune responsabilité.
Voilà pourquoi je n’embaucherai pas Marcel, parce que, voyez-vous, je suis constructeur de brouettes, pas philanthrope.
Ces 100 euros journaliers, je comptais lui donner chaque vendredi soir, à l’issue de la semaine de travail, comme le faisait mon père autrefois, soit 500 euros tout rond s’il travaillait du lundi au vendredi, et 400 euros si la semaine compte un jour férié. Mais j’ai appris que désormais, on devait payer les salariés chaque mois, ce qui est totalement niais vu que, chacun le sait bien, les mois n’ont pas le même nombre de jours et sont semés de jours fériés… Ce n’est peut-être pas la faute de Marcel, mais en tous cas pas de la mienne. Je ne vois pas pourquoi je lui donnerais la même somme en février qu’en janvier, car mon père m’a toujours appris qu’à tout salaire doit d’abord correspondre un travail.

Voilà pourquoi je n’embaucherai pas Marcel, parce que, voyez-vous, je suis constructeur de brouettes, pas une banque chargée de compenser les bosses du calendrier.

Je croyais aussi qu’il suffisait de lui donner cet argent, et de le déclarer aux Impôts, pour être en règle avec la loi. Mais j’ai appris qu’il fallait écrire un bulletin, avec une bonne vingtaine de lignes, et prendre à Marcel, sur l’argent que je lui dois, un certain pourcentage, pour aller le donner à une palanquée d’organismes divers aux noms exotiques : Urssaf, pôle emploi, etc. Sur les 500 euros hebdomadaires que je comptais donner à Marcel, une fois servis ces organismes, il lui en restera moins de la moitié. J’ai objecté qu’alors, il ne pourrait pas vivre. On m’a répondu que certes il ne vivrait pas bien du tout, mais que par contre il était assuré contre tous les accidents de la vie : la maladie, la vieillesse, les coupures de doigts, la maternité (pour ceux qui n’ont pas suivi, Marcel est un mâle…), le chômage, la petite et la grande vérole (la petite c’est en standard, mais la grande c’est avec supplément), la grippe espagnole, et même le décès…
Alors j’ai dit que tout ça était idiot, puisque Marcel pouvait très bien s’assurer lui-même pour ce qu’il voulait et que sa vie privée ne me regardait pas. En outre son grand-père possède un joli vignoble, donc il ne sera jamais dans le besoin en cas de chômage car il héritera bientôt de cette vigne. En outre, sa grand-mère va lui léguer deux ou trois maisons qu’il pourra louer, donc cotiser pour la retraite ne servira à rien. Et cotiser pour le décès ne veut rien dire non plus puisqu’il est célibataire et que s’il meurt il ne pourra toucher cet argent.
Et enfin j’ai argué que je ne comprenais rigoureusement rien à leurs paperasses et que j’avais autre chose à faire le soir, après avoir assemblé mes quatre brouettes, que de remplir des papiers et faire des chèques pour des risques qui ne me concernaient pas. On m’a méchamment répondu que c’était comme ça la solidarité en France depuis la guerre et que c’était pas autrement, et que si je ne payais pas tout ça on me traînerait devant une cour de justice et on me prendrait cet argent de force.

Voilà pourquoi je n’embaucherai pas Marcel, parce que, voyez-vous, je suis constructeur de brouettes, pas scribouillard et redistributeur d’argent. Et que la nuit, j’ai besoin de me reposer. Et que, pour avoir donné un travail à quelqu’un de mon village, je ne veux pas courir le risque de finir devant un tribunal.

J’ai toutefois demandé ce qui se passerait, si j’étais assez fou pour m’occuper de ces problèmes, au cas où Marcel se trouverait immobilisé par une brutale lombalgie après avoir riveté toute la journée. Avec un tel montant de cotisations, je ne doutais pas que Marcel fut choyé comme un prince, et que ladite assurance me fournirait pronto un Marcel bis pour continuer le travail. On m’expliqua alors que Marcel percevrait 80% de son salaire, puisque ce n’était pas de sa faute s’il était sans revenu, mais que moi, par contre, je devrais fournir les 20% restant, soit quasiment 300 euros par mois, jusqu’à ce que le Rhône se jette dans l’Euphrate, au nom d’une mystérieuse convention signée autrefois par une secte très occulte qu’on appelle partenaires sociaux. J’objectais que si Marcel avait une lombalgie, ce n’était pas ma faute non plus et que son assurance n’avait qu’à s’en occuper (c’est d’ailleurs à ça que ça sert, une assurance…). Et que si moi, je devais construire encore plus de brouettes pour payer ces 300 euros, c’est moi qui aurais la colonne vertébrale en quenouille. On me rétorqua alors que je n’aurais droit à rien du tout, vu que la colonne vertébrale d’un patron, c’était son problème à lui et pas celui de la solidarité nationale.

Voilà pourquoi je n’embaucherai pas Marcel, parce que, voyez-vous, je suis constructeur de brouettes, pas assureur ni réassureur. Et que si je travaille, comme la majorité des gens, c’est pour moi et ma famille, et pas pour les autres.

Je me suis aussi inquiété de ce que je ferais de Marcel si mes brouettes ne se vendent plus un jour et si je dois me séparer de lui. On m’a alors imprimé un document décrivant par le menu la procédure de licenciement. Je l’ai lue trois fois, avant d’abandonner. J’ai seulement compris que Marcel serait payé à ne rien faire un certain nombre de mois, et que l’argent pour le payer à ne rien faire sortirait de ma poche, alors même que je n’aurais plus de rentrées. Et pour pimenter la sauce, il faudrait que je lui verse une indemnité de licenciement, au moment où l’entreprise n’aurait plus d’argent, et moi les poches vides et plus de boulot…
J’ai objecté que si les clients ne veulent plus de mes brouettes, ce n’est bigrement pas ma faute, et que s’ils ne les achètent plus, je n’ai donc plus de trésorerie, donc je ne vois pas, sauf à puiser dans mes économies, comment je pourrais rémunérer Marcel, qui ne fabrique plus, avec de l’argent que je n’ai pas. On m’a rétorqué qu’un contrat c’est un contrat, et que je dois le respecter et qu’un patron se doit de fournir à ses salariés un minimum de sécurité. À quoi j’ai répondu ne pas comprendre comment je pourrais fournir à Marcel une sécurité que moi je n’aurais jamais… Je leur susurrais aussi que si je voulais embaucher Marcel, c’était pour lui donner un travail, pas pour lui assurer un salaire…

Voilà pourquoi je n’embaucherai pas Marcel, parce que, voyez-vous, je suis constructeur de brouettes, pas nounou sociale.

Un monsieur, se prétendant contrôleur du travail, avec des mains bien trop blanches pour savoir vraiment ce qu’était le travail, est venu visiter l’atelier de mon père. Il a poussé des cris de choucas en rut devant l’emboutisseuse, hurlant qu’elle n’était pas aux normes, et que si je mettais un employé devant cette machine, j’irais droit en prison. J’ai répondu que mon père avait travaillé 40 ans sur cette machine vénérable, et qu’il était seulement mort d’être trop vieux. Que de toute façon je n’avais pas le premier sou pour acquérir une nouvelle emboutisseuse, et qu’il y avait mille autres possibilités pour se blesser dans un atelier que d’aller mettre la main sous cette satanée machine.

Voilà pourquoi je n’embaucherai pas Marcel, parce que, voyez-vous, je suis constructeur de brouettes, pas ange gardien.

Puis un jour, quelques mois après mon retour en France, un gentil courrier m’a annoncé que j’allais devoir, moi aussi, donner plus de la moitié de mon bénéfice, après avoir rémunéré Marcel, afin de bénéficier d’une protection sociale contre une montagne de calamités (curieux le lapsus légal qui vous fait « bénéficier » de choses diverses avec votre propre bénéfice…). J’ai décliné l’invitation, puisque j’avais, durant ma vie dans le Pacifique, économisé suffisamment pour être à l’abri. On m’a répondu que la protection, dans le doux pays de France, n’était pas une option personnelle, mais obligatoire, sous peine des pires sanctions financières et même de la prison.

Voilà pourquoi je ne vais sans doute pas continuer l’entreprise, et donc pourquoi je n’embaucherai pas Marcel, parce que, voyez-vous, je suis constructeur de brouettes, pas un coffre-fort où vont puiser des gens que je ne connais pas pour me garantir des choses dont je n’ai nul besoin.

À cet instant de mes réflexions sur l’avenir de cette petite entreprise familiale, j’ai regardé l’allure des bâtiments où créchaient ces gens qui voulaient ma peau, je les ai trouvés tristes et laids. J’ai regardé la tête des employés de ces machines bureaucratiques auxquelles je m’adressais, je les ai trouvés déprimés et déprimants. J’ai regardé les imprimés que j’avais reçus, je les ai trouvés illisibles et incompréhensibles. Et j’ai pensé à mon grand-père et à mon père, fiers de leurs brouettes et heureux de satisfaire leurs clients. J’ai pensé au rêve que j’avais, en revenant en France, de retrouver ce bonheur simple durant une dizaine d’années, avant de goûter aux joies de la pêche à la ligne. Je me suis demandé pour quelles obscures raisons j’irais me crever le derrière pour faire vivre cette armée de parasites et entretenir un système qui est à l’absolu opposé de mes valeurs les plus sacrées. Parce que, voyez-vous, le travail a toujours été pour moi synonyme de bonheur. Et ce bonheur-là, tous ces organismes en ont fait un bagne…

Le problème dans tout ça, c’est que nous sommes cinq millions de petits artisans dans ce pays qui n’embaucherons pas Marcel… C’est ballot, n’est-ce pas… Mais après tout est-ce vraiment un problème ? Ne pas embaucher Marcel, ça fera plein de boulot pour les assistantes sociales, les pôlemployistes, les distributeurs de revenus minima, et bien sûr les fabricants de brouettes chinoises… Et la France, vue d’Australie, passera encore un peu plus pour le dernier pays communiste d’Europe de l’ouest.

Quant à Marcel, il se demandera longtemps pourquoi je ne l’ai pas embauché. Il se trouvera bien quelques bonnes âmes pour lui susurrer que les patrons sont tous les mêmes, ils préfèrent se dorer la pilule dans le Pacifique que de jouer en France un rôle social de solidarité. Je n’ai jamais voulu jouer de rôle social, moi, parce que, voyez-vous, je suis un simple constructeur de brouettes… Et les autres, là-haut, les hauts fonctionnaires qui savent tout sur tout alors qu’ils n’ont jamais travaillé de toute leur vie (dans le sens où mon père entendait le mot « travail »), ils se demanderont longtemps pourquoi je suis reparti. Pas le temps de leur expliquer… Si à Bac+20 ils n’ont toujours pas compris, il est définitivement trop tard…
Dans quelques jours, je vais cesser de riveter des brouettes et je vais repartir dans le bush australien. Je vais fermer la porte du vieil atelier, qui a fait vivre ma famille pendant deux générations, et jeter la clé dans la rivière. J’aime toujours ce pays où je suis né, mais je n’ai pas le courage d’apprendre à devenir aussi abruti que ceux qui le dirigent aujourd’hui.


Dernière édition par Mag le Jeu 5 Fév 2015 - 14:53, édité 1 fois
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Re: Phobie administrative

Message par Invité le Jeu 5 Fév 2015 - 14:43

Assez bizarrement, je me reconnais dans pas mal de vos témoignages.

Je paie toujours à temps, mais pour ce qui est de faire valoir mes droits, c'est autre chose. Il n'y a que dans ces cas là que je procrastine.
A l'opposé, quand je travaillais, tout était fait dans les temps, voire même avec anticipation.

Aujourd'hui, une assurance complémentaire me doit une somme monstrueuse. Je remet la rédaction d'un courrier, de jour en jour.

Pour ce qui est de l'ouverture de la boite aux lettres, je fais ça le matin et jamais l'am pour pouvoir régler le problème dans la journée si il y en a un.


Kadjagoogoo a écrit:
Je me demande dans quelle mesure cela n'est pas inexorable et inéluctablement lié au fameux syndrome de l'autosabotage si prégnant chez les zèbres. Perplexe


Je pense qu'en l'occurence, l'autosabotage relève d'une peur de la déception d'une réponse négative à une demande, quand bien même il ne s'agit que d'envoyer un justificatif et que le dossier est bien ficelé.
Ce n'est qu'une hypothèse bien sûr, mais je crois préférer rester avec la certitude, voir même parfois de l'espoir plutôt que de risquer la déception. C'est nul, j'en conviens. C'est encore cette fichue tendance à me réfugier dans les rêves en niant la réalité, fusse t elle avantageuse.

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Re: Phobie administrative

Message par Amazinc le Jeu 5 Fév 2015 - 19:34

La phobie administrative peut ruiner une vie.  Depuis que la complexité que génère cette société a entrainé que nos vies ne tiennent qu'à des rouages administratifs. Il s'agit de la combattre ou pour d'autres plus chanceux de déléguer.

L'administratif est une machinerie sans âme qui a cette fâcheuse tendance d'éteindre l' élan vital. Elle n'est pas un outil de gestion , elle est un outil de transformation des humains. Nos existences s'y "moulent". Hors de tout processus administratif , vous etes loin d'etre marginaux , vous etes MORTS.

Si vivre est en soi déja un métier , c'est majoritairement à cause de l'administratif.

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Re: Phobie administrative

Message par Invité le Jeu 5 Fév 2015 - 21:29

Sélène-Nyx a écrit:
 
    J'ignore comment on peut vaincre cette angoisse, Marion, mais c'est moche de devoir remettre en cause ton emploi d'entrepreneur pour des conneries de paperasses ... Essaie d'en parler à un psy, il y a peut-être des solutions ... comme pour les autres phobies ...

Je ne suis pas vraiment entrepreneur, sauf pour l'administration. J'écris des poèmes et des livres pour enfants...mais je n'emploie personne. Je me contente d'envoyer mes textes aux éditeurs.
C'est là que le bât blesse : pour l'URSSAF, auteur ou illustrateur = (auto)entrepreneur avec obligation de prendre une mutuelle pour assurer mes futurs salariés. albino
Alors que je ne gagne pour l'instant vraiment pas de quoi vivre avec mes écrits. Je me fais plaisir et j'ai de la chance quand un éditeur me publie à ses frais.

Si vivre est en soi déja un métier , c'est majoritairement à cause de l'administratif.

J'avais eu comme sujet, en philo : "L'inhumain".
Le professeur attendait que nous parlions de... l'administration.
On n'y avait pas pensé. Nous étions jeunes.

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Re: Phobie administrative

Message par ªr¿Zeb le Jeu 5 Mar 2015 - 21:47

Exact, Licorneau....

Il s'avère que l'ouverture du courrier est bien moins pénible le matin avec une bonne tête dans le cul. L'endormissement matinal tend à anesthésier les angoisses. Et effectivement, en cas de problème, ça permet d'y faire face pendant les heures ouvrables plutôt que de se taper une nuit blanche.

Bon, reste que même comme ça je n'ouvre que le strict nécessaire et continue d'empiler méthodiquement les courriers que je suppose moins essentiels.
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Re: Phobie administrative

Message par Invité le Jeu 5 Mar 2015 - 22:16

Kadjagoogoo a écrit:
Je me demande dans quelle mesure cela n'est pas inexorable et inéluctablement lié au fameux syndrome de l'autosabotage si prégnant chez les zèbres. Perplexe

Ah oui...on m'en a fait la remarque il n'y a pas si longtemps, il y a un mois je dirais.
"Oui, mais toi, dès que tu atteins ton objectif, tu t'en détournes !"

Comment dire ? scratch
Et puis voilà : en bas de la colline, avant de la gravir, on a de l'espoir. On s'imagine toutes les jolies choses qu'il doit y avoir au sommet ou de l'autre côté.
Une fois qu'on tombe sur la paperasse ou que les ennuis commencent... Sleep drunken scratch elephant

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Re: Phobie administrative

Message par Hugues le Ven 6 Mar 2015 - 0:26

La flemme c'est une vraie maladie, bon je paye mes factures en avance comme ca je suis tranquil, bon sauf quand je n'ai pas l'argent car mon boss est encore plus flemmard que moi et que je doive demander a son épouse Very Happy

Sinon oué la grosse flemme niveau déclaration imports, CAF, sécu qui sont toujours en retard.

Je suis juste pas doué pour la ponctualité mais je gère bien mes comptes.

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