Vos passages de livre préférés

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Re: Vos passages de livre préférés

Message par Bleuenn le Sam 20 Jan 2018 - 14:33

"Des années après la guerre, après les mariages, les enfants, les divorces, les livres, il était venu à Paris avec sa femme. Il lui avait téléphoné. C'est moi. Elle l'avait reconnu dès la voix. Il avait dit: je voulais seulement entendre votre voix. Elle avait dit: c'est moi, bonjour. Il était intimidé, il avait peur comme avant. Sa voix tremblait tout à coup. Et avec le tremblement, tout à coup, elle avait retrouvé l'accent de la Chine. Il savait qu'elle avait commencé à écrire des livres, il l'avait su par la mère qu'il avait revue à Saigon. Et aussi pour le petit frère, qu'il avait été triste pour elle. Et puis il n'avait plus su quoi lui dire. Et puis il le lui avait dit. Il lui avait dit que c'était comme avant, qu'il l'aimait encore, qu'il ne pourrait jamais cesser de l'aimer, qu'il l'aimerait jusqu'à sa mort. "

C'est la fin de L'amant de Marguerite Duras qui est, je crois, mon passage préféré.

Bleuenn

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Re: Vos passages de livre préférés

Message par Like a Frog le Lun 23 Juil 2018 - 1:52

Le 22 Juillet 1832, dans l'embouchure du Rio de la Plata, Darwin note, émerveillé : " Je viens de monter sur le pont; - la nuit offre un spectacle extraordinaire; - L'obscurité du ciel est traversée d'éclairs très lumineux. Le sommet de nos mâts et l’extrémité des vergues les plus hautes brillaient sous l'effet du fluide électrique qui couraient de l'un à l'autre". Darwin précise, dans une annotation, qu'il s'agit du feux de Saint-Elme.
Et il poursuit : "On aurait presque pu dessiner le contour de la girouette comme si on l'avait enduite de phosphore. Pour compléter ces feux d'artifice naturels, la mer était si étincelante qu'on aurait pu suivre les Manchots à la trace grâce à la trainée lumineuse de leur sillage."
(...) Depuis la lecture de ces lignes, il  a plus de trente ans, combien de fois ne l'ai-je pas rejoint sur ce pont, pour rêver en sa compagnie ! Car la vie nous bouscule si souvent et il importe alors de revenir à l’essentiel, à l'émerveillement. Ne serait-ce pas très beau, finalement, et très émouvant par-dessus tout, que l'un des plus éminents scientifique de tout les temps ait choisi, au crépuscule de sa vie, d'honorer le rêve et le mystère pour nous transmettre la question de la juste connaissance ?
(...) Et bien pour ma part, j'estime que nous aurions là un magnifique hommage à Darwin, un pied de nez à nos sociétés qui vendent leur âme à une science désormais pervertie, puisque la Science semble de plus en plus vouloir nous réduire tous à quelques formules standard et envisager toute particularité, toute originalité comme une déviance à traiter. En somme, nous aurions affaire à un bel acte de résistance poétique !

L'idée lui était venue de disséquer un de ses jours (...) Il pensa alors à cet échange téléphonique si délicat qu'il avait eu avec sa douce moitié, vers dix-neuf heures quarante-cinq, ce même mardi, à l’hôtel. Heureuse idée, car le scalpel ne rencontra là aucune résistance et la chair du jour s'ouvrit onctueusement sous la pression. Les humeurs quotidiennes se répandirent sur la table de la cuisine, les bonnes et les mauvaises prenant des chemins distincts. Il attendit que l’hémorragie s'achève pour terminer son travail, coupant d'abord vers le crépuscule et remontant ensuite vers l'aube. Le résultat fut décevant : de l’agréable mardi, il ne restait plus qu'un sac informe, éventré, sec. L'aube s'était racornie et gisait-là, comme une triste nuit sans lendemain.
Le crépuscule, pâli, était d'une blancheur cadavérique. Ce spectacle navrant le désespéra, mais il n’eut pas le temps d'éprouver le premier remords. Au-dessus de lui, le jour se déchira et, avant d'être éclipsé, il eu tout juste le temps d'apercevoir son propre sourire et ses yeux fascinés, au-delà d'une lame immense qui descendait vers lui.

Les pas perdus - Étienne Verhasselt

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Re: Vos passages de livre préférés

Message par Janvier le Ven 11 Jan 2019 - 18:22

(...) La fleur, l'étoile, la mort, la danse continue à se ressembler, et la ressemblance à mettre en déroute la terreur.
Clarté, finesse, agilité, impassibilité. Assieds-toi contre le mur, lis Job et Jérémie. Attends ton tour, chaque ligne lue est profitable. Chaque ligne du livre impardonnable.

D'un homme au comportement aristocratique, Frédéric Chopin, il a été dit que "rien ne l’ennuyait d'avantage que d'être cru sur la foi de ses manières très douces et sa courtoisie slave" : lamentation, hélas! toute moderne de l'homme bien né, dans un monde désormais barbare et d'où sont bannis les graves sous-entendus de la politesse, les inaccessibles pudeurs de la grâce : cauchemar horriblement littéral où tout a la valeur de ce qu'il parait.
Nous régressons, semble-t-il, vers une époque de pachydermes dont il serait déshonnête d'exiger que l'art du cristal leur soit familier : l'understatement ou la litote courtoise, par exemple, et son précieux complément, l'hyperbole noble, si chère à Shakespeare : qui est souvent une hyperbole renversés.
S'il existe encore un mandarin chinois, s'il possède toujours un palais de porcelaine, et s'il continue d'inviter des hôtes vénérables à honorer sa modeste maison, je crains qu'il ne doive s'attendre, pour toute réponse, qu'a un sérieux, condescendant et perplexe : "Mais allons, cher ami, ce n'est pas si mal!"

Ainsi est-il possible de devenir naturel au-delà de la technique, comme dans notre enfance nous le fûmes en deçà. Mais depuis longtemps l'homme semble muré dans sa technique comme un insecte dans l'ambre. Les chemins vers l'eau et le feu - et même vers la terre et l'air - lui sont désormais tous interdit. Des remparts se dressent autour de son jardin, où rien de nouveau ne peut croître - "si le vol d'un oiseau n'y laisse pas tomber une semence."

Les enfants ont des facultés mystérieuses, de présage et de correspondance.

Les impardonnables - Cristina Campo

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