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Message par david50 le Lun 16 Sep 2013 - 15:00

...


Dernière édition par david50 le Jeu 12 Mai 2016 - 19:54, édité 4 fois

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Message par Invité le Lun 16 Sep 2013 - 15:28

Et bienvenu alors David50. Smile 
Fais ta place par ici? J'espère que tu trouvera ce qui te conviens.

Bonne installation. Smile 

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Bienvenue

Message par Arkange le Jeu 31 Oct 2013 - 12:03

Je te la souhaite relativement tard car, même si j'arrive pour cela en deuxième position, il s'est déjà écoulé un mois et demi depuis ta présentation. Une bienvenue tardive donc mais qui n'est pas une bienvenue de convenance puisque c'est à travers la lecture de quelques-uns de tes posts que j'ai appris ton existence, et que c'est produit en moi l'envie de t'écrire qu'il semblait bien – si on considère valide l'hypothèse que le QI et ce forum ne sont pas sans lien avec leur définition – que tu ne t'étais pas trompé d'endroit en t'inscrivant ici.

Une petite question : Quand tu écris que tu « soupçonnes quand même une précocité », c'est de l'humour ou bien du doute érigé en valeur absolue ?  

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Message par david50 le Dim 5 Jan 2014 - 23:35

Bonsoir,

J'avais totalement délaissé mon fil de présentation, c'est vous dire à quel point j'avais le désir de m'exposer!
D'ailleurs le peu que j'avais alors écris me semble aujourd'hui de trop, alors j’efface.
@Arkange : Pardon d'avoir ignoré ta question; réponse B.

Je vous quitte une petite semaine. La modo peut'elle rendre actif mon autoban? (Je sais, aucune volonté!).

J'espère revenir dans de meilleures dispositions. Il y a ici un certains nombres de personnes pour lesquelles j'ai fini par éprouver de la sympathie, je pense qu'elle se reconnaîtrons (oui oui, même toi Fata  Wink  ).
Pour ce qui est des autres, ben allez, ce n'est pas si grave, n'en faisons pas toute une histoire...

A bientôt

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Message par Fata Morgana le Lun 6 Jan 2014 - 10:29

Bonne semaine ! On t'attend !

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Message par david50 le Lun 13 Jan 2014 - 1:44

Nuages,

Nuages... J'ai conscience du ciel aujourd'hui, car il y a des jours où je ne le regarde pas, mais le sens plutôt – vivant comme je le fais à la ville, et non dans la nature qui l'inclut. Nuages... Ils sont aujourd'hui la réalité principale, et me préoccupent comme si le ciel se voilant était l'un des grands dangers qui menacent mon destin. Nuages... Ils viennent du large vers le château Saint-Georges, de l'Occident vers l'Orient, dans un désordre tumultueux et nu, teinté parfois de blanc, en s'effilochant pour je ne sais quelle avant-garde ; d'autres plus lents sont presque noirs, lorsque le vent bien audible tarde à les disperser ; noirs enfin d'un blanc sale lorsque, comme désireux de rester là, ils noircissent de leur passage plus que de leur ombre le faux espace que les rues prisonnières entrouvrent entre les rangées étroites des maisons.
Nuages... J'existe sans le savoir, et je mourrai sans le vouloir. Je suis l'intervalle entre ce que je suis et ce que je ne suis pas, entre ce que je rêve et ce que la vie a fait de moi, je suis la moyenne arbitraire et charnelle entre des choses qui ne sont rien – et moi je ne suis pas davantage. Nuages... Quelle angoisse quand je sens, quel malaise quand je pense, quelle inutilité quand je veux ! Nuages... Ils passent encore, certains sont énormes, et comme les maisons ne permettent pas de voir s'ils sont moins grands qu'il semble, on dirait qu'ils vont s'emparer du ciel tout entier, d'autres sont d'une taille incertaine, il s'agit peut-être de deux nuages réunis, ou d'un seul qui va se séparer en deux – ils n'ont plus de signification, là-haut dans le ciel las ; choses puissantes, balles irrégulières de quelque jeu absurde, toutes amassées d'un seul côté, esseulées et froides.
Nuages... Je m'interroge et m'ignore moi-même. Je n'ai rien fait d'utile, ne ferai jamais rien que je puisse justifier. Ce que je n'ai pas perdu de ma vie à interpréter confusément des choses inexistantes, je l'ai gâché à faire des vers en prose, dédiés à des sensations intransmissibles, grâces auxquelles je fais mien l'univers caché. Je suis saturé de moi-même, objectivement, subjectivement. Je suis saturé de tout, et du tout de tout. Nuages... Ils sont tout, dislocation des hauteurs, seules choses réelles aujourd'hui entre la terre, nulle, et le ciel, qui n'existe pas ; lambeaux indescriptibles de l'ennui pesant que je leur impose ; brouillard condensé en menaces de couleur absente ; boules de coton sale d'un hôpital dépourvu de murs. Nuages... Ils sont comme moi, passage épars entre ciel et terre, au gré d'un élan invisible, avec ou sans tonnerre, égayant le monde de leur blancheur ou l'obscurcissant de leurs masses noires, fictions de l'intervalle et de la dérive, ils sont loin du bruit de la terre, mais sans le silence du ciel. Nuages... Ils continuent de passer, ils passent toujours, ils passeront éternellement, enroulant et déroulant leurs écheveaux blafards, étirant confusément leur faux ciel dispersé.

Fernando Pessoa, Le livre de l'intranquillité

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Message par Tigrabelle le Lun 13 Jan 2014 - 13:26

Merci, quel éblouissement!
J aime ses poèmes païens, je ne connaissais pas ce texte.

Oui, merci!

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Message par david50 le Lun 13 Jan 2014 - 20:10

De rien Bienbanale !

Pessoa, un auteur immense et une vie fascinante!

Je l'ai déjà collé quelque part sur le forum, mais puisque tu es amateur voilà ce que je pense être son plus beau texte :

Je ne suis rien
Jamais je ne serai rien.
Je ne puis vouloir être rien.
Cela dit, je porte en moi tous les rêves du monde.

Fenêtres de ma chambre,
de ma chambre dans la fourmilière humaine unité ignorée
(et si l’on savait ce qu’elle est, que saurait-on de plus ?),
vous donnez sur le mystère d’une rue au va-et-vient continuel,
sur une rue inaccessible à toutes les pensées,
réelle, impossiblement réelle, précise, inconnaissablement précise,
avec le mystère des choses enfoui sous les pierres et les êtres,
avec la mort qui parsème les murs de moisissure et de cheveux blancs les humains,
avec le destin qui conduit la guimbarde de tout sur la route de rien.

Je suis aujourd’hui vaincu, comme si je connaissais la vérité;
lucide aujourd’hui, comme si j’étais à l’article de la mort,
n’ayant plus d’autre fraternité avec les choses
que celle d’un adieu, cette maison et ce côté de la rue
se muant en une file de wagons, avec un départ au sifflet venu du fond de ma tête,
un ébranlement de mes nerfs et un grincement de mes os qui démarrent.

Je suis aujourd’hui perplexe, comme qui a réfléchi, trouvé, puis oublié.
Je suis aujourd’hui partagé entre la loyauté que je dois
au Bureau de Tabac d’en face, en tant que chose extérieurement réelle
et la sensation que tout est songe, en tant que chose réelle vue du dedans.

J’ai tout raté.
Comme j’étais sans ambition, peut-être ce tout n’était-il rien.
Les bons principes qu’on m’a inculqués,
je les ai fuis par la fenêtre de la cour.
Je m’en fus aux champs avec de grands desseins,
mais là je n’ai trouvé qu’herbes et arbres,
et les gens, s’il y en avait, étaient pareils à tout le monde.
Je quitte la fenêtre, je m’assieds sur une chaise. À quoi penser ?

Que sais-je de ce que je serai, moi qui ne sais pas ce que je suis ?
Être ce que je pense ? Mais je crois être tant et tant !
Et il y en a tant qui se croient la même chose qu’il ne saurait y en avoir tant!
Un génie ? En ce moment
cent mille cerveaux se voient en songe génies comme moi-même
et l’histoire n’en retiendra, qui sait ?, même pas un ;
du fumier, voilà tout ce qui restera de tant de conquêtes futures.
Non, je ne crois pas en moi.
Dans tous les asiles il y a tant de fous possédés par tant de certitudes !
Moi, qui n’ai point de certitude , suis-je plus assuré, le suis-je moins ?
Non, même pas de ma personne…
En combien de mansardes et de non-mansardes du monde
n’y a-t-il à cette heure des génies-pour-soi-même rêvant ?
Combien d’aspirations hautes, lucides et nobles -
oui, authentiquement hautes, lucides et nobles -
et, qui sait peut-être réalisables…
qui ne verront jamais la lumière du soleil réel et qui
tomberont dans l’oreille des sourds ?
Le monde est à qui naît pour le conquérir,
et non pour qui rêve, fût-ce à bon droit, qu’il peut le conquérir.
J’ai rêvé plus que jamais Napoléon ne rêva.
Sur mon sein hypothétique j’ai pressé plus d’humanité que le Christ,
j’ai fait en secret des philosophies que nul Kant n’a rédigées,
mais je suis, peut-être à perpétuité, l’individu de la mansarde,
sans pour autant y avoir mon domicile :
je serai toujours celui qui n’était pas né pour ça ;
je serai toujours, sans plus, celui qui avait des dons ;
je serai toujours celui qui attendait qu’on lui ouvrît la porte
auprès d’un mur sans porte
et qui chanta la romance de l’Infini dans une basse-cour,
celui qui entendit la voix de Dieu dans un puits obstrué.
Croire en moi ? Pas plus qu’en rien…
Que la Nature déverse sur ma tête ardente
son soleil, sa pluie, le vent qui frôle mes cheveux ;
quant au reste, advienne que pourra, ou rien du tout…

Esclaves cardiaques des étoiles,
nous avons conquis l’univers avant de quitter nos draps,
mais nous nous éveillons et voilà qu’il est opaque,
nous nous éveillons et voici qu’il est étranger,
nous franchissons notre seuil et voici qu’il est la terre entière,
plus le système solaire et la Voie lactée et le Vague Illimité.

(Mange des chocolats, fillette ;
mange des chocolats !
Dis-toi bien qu’il n’est d’autre métaphysique que les chocolats,
dis-toi bien que les religions toutes ensembles n’en apprennent
pas plus que la confiserie.
Mange, petite malpropre, mange !
Puissé-je manger des chocolats avec une égale authenticité !
Mais je pense, moi, et quand je retire le papier d’argent, qui d’ailleurs est d’étain,
je flanque tout par terre, comme j’y ai flanqué la vie.)
Du moins subsiste-t-il de l’amertume d’un destin irréalisé
la calligraphie rapide de ces vers,
portique délabré sur l’Impossible,
du moins, les yeux secs, me voué-je à moi-même du mépris,
noble, du moins, par le geste large avec lequel je jette dans le mouvant des choses,
sans note de blanchisseuse, le linge sale que je suis
et reste au logis sans chemise.

(Toi qui consoles, qui n’existes pas et par là même consoles,
ou déesse grecque, conçue comme une statue douée du souffle,
ou patricienne romaine, noble et néfaste infiniment,
ou princesse de troubadours, très- gente et de couleurs ornée,
ou marquise du dix-huitième, lointaine et fort décolletée,
ou cocotte célèbre du temps de nos pères,
ou je ne sais quoi de moderne – non, je ne vois pas très bien quoi -
que tout cela, quoi que ce soit, et que tu sois, m’inspire s’il se peut !
Mon coeur est un seau qu’on a vidé.
Tels ceux qui invoquent les esprits je m’invoque
moi-même sans rien trouver.
Je viens à la fenêtre et vois la rue avec une absolue netteté.
Je vois les magasins et les trottoirs, et les voitures qui passent.
Je vois les êtres vivants et vêtus qui se croisent,
je vois les chiens qui existent eux aussi,
et tout cela me pèse comme une sentence de déportation,
et tout cela est étranger, comme toute chose. )

J’ai vécu, aimé – que dis-je ? j’ai eu la foi,
et aujourd’hui il n’est de mendiant que je n’envie pour le seul fait qu’il n’est pas moi.
En chacun je regarde la guenille, les plaies et le mensonge
et je pense : « peut-être n’as-tu jamais vécu ni étudié, ni aimé, ni eu la foi »
(parce qu’il est possible d’agencer la réalité de tout cela sans en rien exécuter) ;
« peut-être as-tu à peine existé, comme un lézard auquel on a coupé la queue,
et la queue séparée du lézard frétille encore frénétiquement ».

J’ai fait de moi ce que je n’aurais su faire,
et ce que de moi je pouvais faire je ne l’ai pas fait.
Le domino que j’ai mis n’était pas le bon.
On me connut vite pour qui je n’étais pas, et je n’ai pas démenti et j’ai perdu la face.
Quand j’ai voulu ôter le masque
je l’avais collé au visage.
Quand je l’ai ôté et me suis vu dans le miroir,
J’avais déjà vieilli.
J’étais ivre, je ne savais plus remettre le masque que je n’avais pas ôté.
Je jetai le masque et dormis au vestiaire
comme un chien toléré par la direction
parce qu’il est inoffensif -
et je vais écrire cette histoire afin de prouver que je suis sublime.

Essence musicale de mes vers inutiles,
qui me donnera de te trouver comme chose par moi créée,
sans rester éternellement face au Bureau de Tabac d’en face,
foulant aux pieds la conscience d’exister,
comme un tapis où s’empêtre un ivrogne,
comme un paillasson que les romanichels ont volé et qui ne valait pas deux sous.

Mais le patron du Bureau de Tabac est arrivé à la porte, et à la porte il s’est arrêté.
Je le regarde avec le malaise d’un demi-torticolis
et avec le malaise d’une âme brumeuse à demi.
Il mourra, et je mourrai.
Il laissera son enseigne, et moi des vers.
À un moment donné mourra aussi l’enseigne, et
mourront aussi les vers de leur côté.
Après un certain temps mourra la rue où était l’enseigne,
ainsi que la langue dans laquelle les vers furent écrits.
Puis mourra la planète tournante où tout cela s’est produit.
En d’autres satellites d’autres systèmes cosmiques, quelque chose
de semblable à des humains
continuera à faire des genres de vers et à vivre derrière des manières d’enseignes,
toujours une chose en face d’une autre,
toujours une chose aussi inutile qu’une autre,
toujours une chose aussi stupide que le réel,
toujours le mystère au fond aussi certain que le sommeil du mystère de la surface,
toujours cela ou autre chose, ou bien ni une chose ni l’autre.

Mais un homme est entré au Bureau de Tabac (pour acheter du tabac ?)
et la réalité plausible s’abat sur moi soudainement.
Je me soulève à demi, énergique, convaincu, humain,
et je vais méditer d’écrire ces vers où je dis le contraire.
J’allume une cigarette en méditant de les écrire
et je savoure dans la cigarette une libération de toutes les pensées.
Je suis la fumée comme un itinéraire autonome, et je goûte, en un moment sensible et compétent,
la libération en moi de tout le spéculatif
et la conscience de ce que la métaphysique est l’effet d’un malaise passager.

Ensuite je me renverse sur ma chaise
et je continue à fumer
Tant que le destin me l’accordera je continuerai à fumer.

(Si j’épousais la fille de ma blanchisseuse,
peut-être que je serais heureux.)
Là-dessus je me lève. Je vais à la fenêtre.

L’homme est sorti du bureau de tabac (n’a-t-il pas mis la
monnaie dans la poche de son pantalon?)
Ah, je le connais: c’est Estève, Estève sans métaphysique.
(Le patron du bureau de tabac est arrivé sur le seuil.)
Comme mû par un instinct sublime, Estève s’est retourné et il m’a vu.
Il m’a salué de la main, je lui ai crié: « Salut Estève ! », et l’univers
s’est reconstruit pour moi sans idéal ni espérance, et le
patron du Bureau de Tabac a souri.

FERNANDO PESSOA
Álvaro de Campos, 15 janvier 1928.

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Message par david50 le Mar 14 Jan 2014 - 1:16


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Message par david50 le Mar 14 Jan 2014 - 1:18

"Quelqu'un a dit que le sommeil équivaut à l'espérance : admirable intuition de l'importance effrayante du sommeil – et tout autant de l'insomnie ! Celle-ci représente une réalité si colossale que je me demande si l'homme ne serait pas un animal inapte au sommeil. Pourquoi le qualifier d'animal raisonnable alors qu'on peut trouver, en certaines bêtes, autant de raison qu'on veut ? En revanche, il n'existe pas, dans tout le règne animal, d'autre bête qui veuille dormir sans le pouvoir. Le sommeil fait oublier le drame de la vie, ses complications, ses obsessions; chaque éveil est un recommencement et un nouvel espoir. La vie conserve ainsi une agréable discontinuité, qui donne l'impression d'une régénération permanente. Les insomnies engendrent, au contraire, le sentiment de l'agonie, une tristesse incurable, le désespoir. Pour l'homme en pleine santé - à savoir l'animal - il est futile de s'interroger sur l'insomnie : il ignore l'existence d'individus qui donneraient tout pour un assoupissement, des hantés du lit qui sacrifieraient un royaume pour retrouver l'inconscience que la terrifiante lucidité des veilles leur a brutalement ravie. Le lien est indissoluble entre l'insomnie et le désespoir. Je crois bien que la perte totale de l'espérance ne se conçoit pas sans le concours de l'insomnie. Le paradis et l'enfer ne présentent d'autre différence que celle-ci : on peut dormir, au paradis, tout son saoul; en enfer, on ne dort jamais. Dieu ne punit-il pas l'homme en lui ôtant le sommeil pour lui donner la connaissance ? N'est-ce pas le châtiment le plus terrible que d'être interdit de sommeil ? Impossible d'aimer la vie quand on ne peut dormir."

Sur les cimes du désespoir, 1932. Cioran.

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Message par david50 le Mar 14 Jan 2014 - 2:27

Cioran a vue juste! mon chat vient de rentrer, il s'est installé dans le fauteuil en face du mien, a tourné un peu en rond en faisant sa petite pelote, enfin il a préparé sa couche à la manière des chats vous voyez ce que je veux dire, s'est couché et s'est endormi, là il ronfle! Salaud!

Bon je vais me décider à aller affronter mon lit, on verra bien!

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Message par Zwischending le Mar 14 Jan 2014 - 2:35

Bonne expédition Smile
- c'est un peu bête de poster cela, mais je tournais moi-même en rond face à mon clavier pour remercier des extraits de Pessoa... alors voilà... merci Smile -

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Message par david50 le Mar 14 Jan 2014 - 10:25

De rien zwizwi  Wink 

Je me suis joué une espèce de pièce de théâtre dadaiste une bonne partie de la nuit! J'ai quand même réussi à arracher deux heures de sommeil! Je suis en pleine forme!  Sleep 

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Message par Invité le Mar 14 Jan 2014 - 11:46

Salut David,

Je n'ai pas pris le temps de te dire que tu avais posté de très beaux textes, entre Cioran et Pessoa.
Je connais ces deux auteurs, évidemment, qui ne les connaît pas.
Mais je n'ai rien lu d'eux.
Le livre de l'intranquillité est dans mes projets d'achats depuis un petit moment.

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Message par david50 le Mer 15 Jan 2014 - 0:23

- Vous aimez les enfants ?
- Oui, répondit Kirillov, avec, du reste, une certaine indifférence.
- Donc, la vie aussi, vous l’aimez ?
- Oui, la vie aussi, je l’aime, pourquoi ?
- Si vous avez décidé de vous suicider.
- Et alors ? Pourquoi sur le même plan ? La vie, c’est une chose ; ça, autre chose. La vie, elle existe, la mort – pas du tout.
- Vous avez commencé à croire à la vie éternelle dans l’avenir ?
- Non, pas dans l’avenir, la vie éternellement dans le présent. Il y a des minutes, vous touchez des minutes, et, le temps, d’un seul coup, il s’arrête, et il existe dans l’éternité.
- Vous espérez en arriver à une minute de ce genre ?
- Oui.
- Dans notre temps à nous, je doute que ce soit possible, répliqua, là aussi, sans la moindre ironie, Nikolaï Vsévolodovitch, d’une voix lente et comme pensive. Dans l’Apocalypse, l’ange jure que le temps n’existera plus.
- Je sais. C’est très juste, ce qu’il y a dedans ; très clair, très précis. Quand l’homme tout entier aura atteint le bonheur, alors, le temps n’existera plus – parce que ce ne sera plus la peine. Une idée très juste.
- Et où pourra-t-on le fourrer, le temps ?
- Nulle part, le temps ce n’est pas un objet, c’est une idée. Il s’éteindra dans l’esprit.
- Vieux lieux communs philosophiques, les mêmes depuis le début des siècles, marmonna Stavroguine avec une sorte de regret dédaigneux.
- Les mêmes, toujours ! Les mêmes, depuis le début des siècles, et jamais aucun autre, jamais ! reprit Kirillov, les yeux luisants comme si cette idée contenait presque en elle-même sa victoire.
- Vous êtes très heureux, semble-t-il, Kirillov ?
- Oui, très heureux, répondit celui-ci, comme s’il donnait là encore une réponse des plus banales.
- Mais, récemment, vous étiez si affecté, vous en vouliez à Lipoutine ?
- Hum… maintenant, je ne dis plus rien. Je ne savais pas encore, à ce moment-là, que j’étais heureux. Vous avez vu une feuille – sur un arbre, une feuille ?
- Oui.
- J’en ai vu une, l’autre jour, une jaune, encore un peu de vert, un peu moisie déjà, sur les bords. Le vent qui la portait. J’avais dix ans, l’hiver, exprès, je fermais les yeux et je m’imaginais une feuille – verte, brillante, avec ses nervures, et le soleil qui brille. J’ouvrais les yeux, je n’y croyais pas, parce que c’était très bien, et je les refermais.
- Qu’est-ce que c’est ? une allégorie ?
- Non… pourquoi ? Pas une allégorie, non, je dis une feuille, tout simplement, juste une feuille. Une feuille, c’est bien. Tout est bien.
- Tout ?
- Tout. L’homme est malheureux parce qu’il ne sait pas qu’il est heureux. Ca, c’est tout, tout ! Celui qui réussit à le savoir, il devient heureux, tout de suite, à l’instant même.

Fedor Dostoïevski. Les Démons

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Message par david50 le Mer 15 Jan 2014 - 0:35


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Message par david50 le Mer 15 Jan 2014 - 11:23


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Message par david50 le Mer 15 Jan 2014 - 11:25

Le clown et son alter ego.

Où t'en vas-ti ?

— Je né sais pas.

D'où viens-ti ?

— Je né sais pas non plis !

Où t'es-ti donc, là-bas ou ici ?

— Entré les deux, entré les deux je souis.

Alors, qui t'es-ti ?

— Je né sais pas, je né sais pas, je né sais plis !

Jean Tardieu

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Message par Harpo le Mer 15 Jan 2014 - 12:31

Un portrait en citations, cela dit beaucoup au final. Pessoa, Cioran, Tardieu, The Smiths, Nick Cave, plus une signature de David Lynch, j'aime. Bon, c'est pas très lumineux hein...

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Message par david50 le Mer 15 Jan 2014 - 13:13

Harpo a écrit:c'est pas très lumineux hein...

C'est vrai, mais comme a écrit Cioran :

“Dans un monde sans mélancolie, les rossignols se mettraient à roter.“

Merci de ta visite Harpo  Wink 

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Message par david50 le Mer 15 Jan 2014 - 23:36

"A l'origine, la forme du labyrinthe s'est inspirée de celle des boyaux. Autrement dit, le principe du labyrinthe existe à l'intérieur de toi. Et il correspond à un labyrinthe extérieur à toi.
-C'est une métaphore ?
-Exactement. Une métaphore à double sens. Ce qui extérieur à toi, c'est la projection de ce qui est intérieur, et l'intérieur est la projection de l'extérieur. Souvent, quand tu mets les pieds dans un labyrinthe extérieur, c'est que tu entres aussi dans un labyrinthe intérieur. Dans la plupart des cas, c'est très dangereux."

Kafka sur le rivage. Haruki Murakami

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Message par david50 le Jeu 16 Jan 2014 - 0:07


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Message par david50 le Jeu 16 Jan 2014 - 0:40



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Message par david50 le Jeu 16 Jan 2014 - 10:47

Il m'arrive un truc très bête!
Il y a deux jours, j'en suis arrivé à remettre mon mode de vie actuel en question. Je pensais encore il y a quelque mois avoir atteint une sorte d'équilibre. Une vie tranquille de père au foyer, nourri de l'amour des siens, de sa bibliothèque et de sa médiathèque, presque auto-suffisant, débarrassé de quasi tout les liens sociaux que je jugeais toxiques et inutiles, famille élargie, pseudo amitiés nostalgiques, entreprise...
Hors dés que je mets un peu la tête dehors (sur ZC par exemple, cet ersatz de vie sociale)  force est de constater que le monde et moi sommes toujours en compte! Pris d'une sorte d'élan maniaque, il y a deux jours donc, je me convaincs de ne plus fuir, de redescendre de ma montagne, et autant y aller franco, en reprenant un job par exemple!
Cela n'a pas duré longtemps avant de retomber, deux petites heures, juste le temps de créer un profil APEC, de sélectionner une offre, d'envoyer CV et lettre de motivation...

Et ce matin en ouvrant mon mail :"Votre candidature a retenu toute notre attention (...) entretien de recrutement le 22 janvier à 10:30 ..."  Neutral 

Jusqu'ici cela va encore, je peux toujours décliner (étant revenu à la raison), mais voilà que ma femme rentre dans la pièce et que je lui fais part de la chose. Elle explose de joie! Cinq ans que je suis persuadé qu'elle a elle aussi trouvé son équilibre dans cette situation, qu'elle n'exprime aucun désaccord, et je comprends, en un instant qu'il n'en est rien!

J'ai confirmé ma présence à l'entretien et je suis complètement déboussolé. Je sais que je peux être assez bon pour décrocher ce job, le masque est toujours à disposition, dans le même temps je sais ou cela m'a mené dans le passé, la perspective de me retrouver dans la même situation est hyper anxiogène! Mais c'est peut-être aussi l'occasion de régler certaines choses, de me réaliser sur un autre plan.
Et maintenant que j'ai vu, la décevoir m'angoisse tout autant!

Merde, merde et encore merde ...

david50
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Message par Fata Morgana le Jeu 16 Jan 2014 - 10:50

Si ça paye bien ?

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