Bonsoir à tous, partage, émotion et Internets

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Bonsoir à tous, partage, émotion et Internets

Message par DamienJd le Mar 9 Avr 2013 - 22:17

Suite à quelques pérégrinations télématiques sur le sujet des surdoués, me voilà à baguenauder gaiement sur ce forum où s'ébattent ce que je ressens être comme mes semblables.

Moi c'est Damien, j'ai 25 ans et je viens de la riante bourgade du Mans, ville de province bourrée de charme mais ô combien limitée pour ma curiosité insatiable.

J'ai appris à lire tout seul à l'âge de 2 ans...en regardant les Chiffres et les Lettres. Arrivé en maternelle, je tombe sur une de ces harpies qui ne conçoivent pas qu'un gosse puisse s'ennuyer et poser des questions. Par chance, une psychologue qui passait par là m'a fait passer un test, et le diagnostic est tombé : surdoué, QI de 142. Mes parents, sachant cela, ont toujours voulu me laisser libre de mes choix de vie, mais paradoxalement avaient sans doute des attentes démesurées liées à une obsession du regard extérieur. Je saute donc une classe, n'ai jamais vraiment appris à travailler, mais ai passé une enfance somme toute heureuse, bien que rêveuse et solitaire. Je dévorais les Tintin et Gaston Lagaffe, lisais le dictionnaire et rêvais de participer à Questions pour un Champion (je n'ai toujours pas renoncé à cette ambition Very Happy), mes parents m'ont fait découvrir Pagnol et San Antonio, une invitation à la rêverie et aux calembours foireux. Ah, aussi j'avais l'impression d'être un phénomène de foire pour l'entourage familial et amical de mes parents, je connaissais toutes les capitales de tous les pays du monde à 6 ans, d'où les sempiternelles questions "Damien, quelle est la capitale de la Moldavie?".

Avec mes camarades, je n'ai pas le souvenir d'avoir eu de gros conflits. Certains devaient me prendre pour quelqu'un de bizarre, mais je n'ai jamais eu à souffrir de leur attitude. Je me rappelle aussi avoir été attiré, très tôt, vers la gent féminine. J'aimais séduire et regarder les filles, et j'étais prêt à tout pour entrapercevoir un soutien-gorge, une culotte, un string.

Mais dès mon entrée au collège, gros carnage. Je deviens vite la tête de turc de tout le monde, mes résultats s'en ressentent et mes parents (surtout ma mère) ont des attitudes excessives, je les "déçois". Je recherchais la reconnaissance perdue de mes parents chez mes camarades, qui s'amusaient à me faire chialer, et mes notes baissaient. Putain de cercle vicieux. Je retourne chez un psy, rebelote, mais ça n'aura servi à rien, puisque je le "manipulais. Je tente donc de baisser mes standards, de faire le branleur, et ça va un tout petit peu mieux. Suite à une histoire abracadabrantesque (une SEGPA qui ira m'accuser de viol parce que je l'aurai éconduite, un directeur qui me pousse à bout pour me faire avouer ce que je n'ai pas fait), je change de collège en 4ème, dans une structure privée. Et là, c'est mon attitude de branleur couplée à une certaine arrogance qui me fait devenir le bouc émissaire de ma classe. Mais bizarrement, je garde un excellent souvenir de ces deux années, où j'ai eu l'impression d'avoir affaire à des professeurs certes sévères (voire psychorigides) mais qui croyaient en moi. Je me considère d'ailleurs comme chanceux, car j'ai toujours bénéficié de la bienveillance des professeurs partout où je suis passé, mis à part un ou deux connards que je méprise ardemment. Je finis même en finale régionale des Dicos d'Or, cette bienheureuse dictée malheureusement décédée.

Avec un semblant de confiance en moi, j'aborde le lycée, un établissement sinistre rempli de beaufs. Et ce fut la déprime. Je suis toujours le bouc émissaire, mais de façon bien plus larvée et insidieuse. On ne se moque pas de moi ouvertement, mais on m'ignore, je traverse les journées de cours comme un spectre, bourré d'inhibitions. Je me cherche, je me déteste, je me renferme, il m'arrive même d'amener un couteau de cuisine au lycée avant de prendre ma main pour une sculpture sur bois. Toujours ce fameux besoin de reconnaissance. Les cours ne m'intéressent pas, tout me paraît vide et artificiel. Moi qui voulait faire L, mes résultats me font intégrer la première STT, classe bâtarde s'il en est, repaire des kékés et autres putafranges aux cheveux bicolores. Je redouble cette classe alors que j'avais les moyens de passer (je me demande encore pourquoi j'ai fait ça, ou alors j'ai bien une explication : je voulais repartir de zéro avec une nouvelle classe) mais je rencontre un mastodonte camerounais, un puits de culture, qui m'apprends les bases de la confiance en soi. Maladroitement, j'attaque ce que je nommerais ma "période beauf". Je commence à plaire aux filles, j'ai même eu ce que j'appelle ma première fois, en vacances, avec une italienne rencontrée 2 heures auparavant (sur la machine à laver de la buanderie de l'hôtel, ma vie est improbable, c'est ce qui lui donne tout son sel), je rencontre ma première vraie petite amie au lycée (ça durera 2 ans), et avec elle je découvre le plaisir d'une relation. Avoir des amis, sortir, les boîtes de nuit, voir la famille, être accueilli avec bienveillance, et l'amour inconditionnel.

Parallèlement, j'ai eu une passion dévorante pour le football depuis la coupe du monde 98, j'ai donc pris une licence au club local. J'étais là aussi un paria, puis petit à petit, les gens ont appris à me connaître. J'étais toujours une source de moquerie, mais j'apprenais à chambrer de même, et ces gens sont devenus des potes. De piètres amis, mais des potes avec qui j'ai commencé à sortir. Et tandis que je restais, au lycée, avec ma copine et ses amies, j'allais souvent en boîte avec mes potes, et malgré mon look de kéké de campagne (maillots moulants fluo, crète gélifiée, collier de barbe M.Pokora, et même une ceinture à affichage digital, que j'ai gardée en relique, comme pour me dire "vois jusqu'où le mauvais goût t'a mené), je m'aperçois d'une chose que j'ai toujours voulu : je plaisais. Et ceci amenant cela, j'ai flirté plusieurs fois. Ma relation commençant à m'agacer, un pote avec qui je m'étais brouillé a tout cafardé à cette jeune fille tandis que j'étais parti en vacances, me donnant l'occasion rêvée pour rompre. Je n'ai pas toujours été très classe.

Ayant obtenu mon bac sans réviser, je me retrouve en BTS Commerce International. Là où je côtoyais des gens d'un milieu populaire, je me retrouve avec des "classe moyenne", et ma grosse erreur est d'avoir voulu jouer les kékés dès le départ, alors que je voulais (maladroitement) m'intégrer. Patatras, je me retrouve encore bouc émissaire de ma classe, qui m'humilie publiquement. Je me sens mal, je ne mange plus, je redouble mon année. Ce sera la fin de ma "période beauf" pour entrer de plein pied dans ma période "gentil garçon émasculé". Pendant ce temps j'ai retrouvé une copine, une fille qui était folle de moi mais dont je me suis vite rendu compte que je n'avais rien en commun. J'ai fini par l'appeler "erreur de casting", je la trompe car trop couard pour dire clairement que je ne voulais plus d'elle, puis on se sépare. Je me retrouve dans une classe quasi-exclusivement féminine où l'on me tolère, même si l'on me trouve "collant, curieux, vicieux" aux dires d'une d'entre elles. Je me comportais comme un gentil garçon, sympa mais un peu lourd. Impossible de séduire dans ces conditions, mais j'ai bien aimé la période. Je pars en stage en Allemagne, dans une région magnifique, deux mois idylliques. Puis à mon retour, en seconde année, je sors avec ma "filleule" de première année. Une autre zèbre sans doute, à la vie compliquée, mais horriblement lunatique, colérique. Le gentil garçon en moi veut tout faire bien, mais elle joue avec moi comme un chaton avec une pelote de laine. Je tombe en dépression, chope une maladie bénigne mais qui met un temps fou à partir, mes parents (qui sont largués depuis le collège) me font la guerre, je rate des cours, je sèche, elle m'humilie parfois publiquement, je réussis à repartir pour mes épreuves de BTS mais comme un con, je panique devant mon écrit de synthèse, j'ai 3.5 et je rate mon BTS. Avec un 10, je l'aurais eu.

A ce moment, deux solutions : soit je reste dans mon coin à me lamenter sur mon sort, soit je me sors les doigts, fais une 4ème année et reprend du poil de la bête. Surtout que je me suis découvert une ambition : aller en Ecole de Commerce. Enfin côtoyer des gens qui soutiennent la comparaison, me frotter aux meilleurs, changer de statut social, conquérir. C'est là que je deviens un "connard cynique".

Je tiens tête à ma copine, n'hésitant pas à lui balancer un bon "ferme ta gueule" quand elle dépasse les bornes. Et ça marche, le rapport de forces est désormais inversé. Et surtout, pour cette 4ème année, je me retrouve dans une classe dans laquelle était ma copine et qui la détestait cordialement. Je savais donc que je ne serais pas en odeur de sainteté, et au lieu de vouloir à tout prix plaire à tout le monde et être intégré, je décide de m'en foutre. Je vais aux cours, je parle aux gens s'ils me parlent, mais je me contrefous de leur avis. Ca aura été la meilleure année scolaire de ma vie, et la plupart des gens de l'époque sont encore mes amis aujourd'hui, et ils m'acceptent avec bienveillance malgré nos différences.

Je commence encore à en avoir marre de ma copine, et attend le moment de son départ en stage pour 4 mois pour enfin me libérer. Je l'aime moins et la ressens comme un boulet, mais je n'ai pas encore le cran de la quitter, sachant que ça donnera lieu à des réactions explosives auxquelles je ne veux pas encore me soumettre. Je développe une attitude sans émotions ("si j'avais su maîtriser mes émotions, je n'aurais pas raté mon BTS. Le cerveau doit primer") et je passe les concours, ça aura été une des périodes les plus appréciées de ma vie. Je deviens certes lourd avec les filles, trop insistant, mais je suis heureux dans cette apparence "petit con de droite". C'est drôle, car dans ma vie, je n'ai jamais été aussi heureux que lorsque j'étais con. J'arrive enfin à mon rêve : je suis accepté au programme Bachelor de l'ESSEC. L'état de grâce. Je drague et conclus à tout va. Mais le retour de bâton sera violent.

Problèmes de fric (je gère très mal mon argent et me retrouve lourdement endetté), ma copine a vent de mes exactions et lance une rumeur odieuse via facebook, un Weekend d'Intégration qui tourne à l'humiliation, et me voilà paria. Je me rend compte que je préfère l'ambiance de l'école aux cours, que je sèche allégrement. L'école m'emmerde. Mais surtout, une fille a le malheur de tomber amoureuse de moi, et ne voyant que mon intérêt, je lui mens et la fait atrocement souffrir. Ma copine l'apprenant, elles se détestent cordialement. C'est un épisode dont j'ai encore honte aujourd'hui et qui m'a fait prendre une décision radicale : désormais, je serai toujours 100% honnête avec les demoiselles, quitte à les blesser au départ. Je réapprends l'empathie.

Auparavant, je me suis mis à écrire sur un blog pour raconter ma vie d'arbitre de football. Le blog, Arbitres Acculés, développe un ton acerbe et plaît autant qu'il agace dans cette micro-communauté que sont les arbitres. Un match se déroule très mal, et malgré le fait que l'on me disait "prometteur", j'arrête tout avant d'entrer en Ecole de Commerce, je ne supportais plus les attaques permanentes, la mauvaise foi ambiante, la bêtise du groupe face à un individu esseulé. Il y a une part de masochisme dans l'arbitrage. J'ai appris plus tard que des arbitres de Ligue 1 suivaient ce blog, j'en suis encore très honoré. Quelques mois plus tard, je reprends ce blog pour en faire ma tribune perso, où je me construis un personnage acerbe, qui aime dégommer ce qui lui déplaît et encenser ce qu'il adore. Je découvre donc la blogo/twittosphère parisienne, et me fais le serment de pénétrer ce milieu, pour rencontrer des gens qui me ressemblent, qui m'interpellent et me font rire.

Pendant ce temps, je me refais une santé financière, décide de refaire un semestre et quitte enfin ma copine-harpie. Nous sommes deux fautifs dans l'histoire, ça m'aura appris à assumer mes décisions malgré la tempête. Pendant ce temps là, je réussis à pénétrer la twitto-blogosphère parisienne, vais dans les soirées, rencontre du beau monde, et je suis repéré par une station de TV locale pour animer une chronique "sniper" hebdomadaire dans une émission culturelle. Un rêve. Je tiens 2 mois, je me fais virer pour un article puéril et mal écrit qui a des répercussions dantesques. Mais le virus de l'écriture ne me lâche plus, j'ai foule de projets : un roman, une émission sur le Web qui ne verra finalement pas le jour, des critiques ciné/médias sur un site communautaire, les études de Commerce que je lâche par désintérêt. Je me remets à avoir le goût de lire, j'ose déplaire et m'affirmer, j'ai envie de bâtir. Pêle-mêle, d'aider mon club de foot à grandir, de faire carrière à la TV, animer un match de football, écrire un roman, apprendre la danse de salon (ça va paraître ridicule, mais j'adorerais participer à Danse avec les Stars. J'aime le concept autant qu'il m'a fait aimer la danse), j'aime être sous le feu des projecteurs mais souvent je me sens comme un imposteur, comme si je n'avais aucune légitimité. Les études me barbent. J'ai été déçu par le milieu que je voulais intégrer. J'ai envie de faire plein de choses, mais pas envie de choisir. Le travail salarié me barbe et je passe mon temps à m'ennuyer. Mais en même temps, je suis fier d'avoir tracé mon chemin, bien que sinueux.

Je suis ici car j'ai parcouru votre forum suite à des recherches sur les surdoués, pour avoir la réponse à certaines questions que je me posais. J'y ai découvert une communauté bienveillante, diverse, et c'est un plaisir d'être parmi vous Smile




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Re: Bonsoir à tous, partage, émotion et Internets

Message par Invité le Mar 9 Avr 2013 - 22:25

quelle histoire ! bienvenue sunny

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Re: Bonsoir à tous, partage, émotion et Internets

Message par Gasta le Jeu 9 Mai 2013 - 22:49

Je lis ce soir seulement ton fil. Une présentation détaillée pleine de sincérité où tu n'hésites pas à te montrer tel que tu te vois. Bienvenue sur ce forum ! Smile

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Re: Bonsoir à tous, partage, émotion et Internets

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