Enchanté de vous découvrir (et moi-même, peut-être aussi)

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Message par ⚡ Foxy Charlie ⚡ le Mer 19 Juin 2013 - 22:47

Un petit coucou par ici, parce que j'arrête pas de te croiser au gré de mes lectures, et que tu me plais bien!

Bisous

Dis donc, t'aimes le cinéma toi?

⚡ Foxy Charlie ⚡
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Re: Enchanté de vous découvrir (et moi-même, peut-être aussi)

Message par Ainaelin le Mer 19 Juin 2013 - 22:58

Hello, Charlie la renarde (et ses trois drôles de dames ?). Merci pour la bise. Smile

Concernant le cinéma, j'aime bien en théorie, mais suis rarement satisfait et trouve ça très cher. Mais surtout, je ne tiens pas en place, passif, pendant le temps d'un film. Du moins, c'est très dur alors il faut que le film soit passionant, ce qui n'arrive quasiment jamais. Chez moi, je m'interrompts toutes les deux minutes, c'est pourquoi je ne regarde plus de film, je mettrais des jours Laughing

Mais sinon, j'aime bien quand même, oui. Ange
Pourquoi, tu voulais m'inviter ?

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Re: Enchanté de vous découvrir (et moi-même, peut-être aussi)

Message par Anubis le Mer 19 Juin 2013 - 23:23

et toi ainaelin, à moin que tu soit déjà dans ma liste, accepterais tu d'y etre....????

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Re: Enchanté de vous découvrir (et moi-même, peut-être aussi)

Message par Ainaelin le Mer 19 Juin 2013 - 23:28

Quelle liste ? Question

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Re: Enchanté de vous découvrir (et moi-même, peut-être aussi)

Message par Invité le Jeu 20 Juin 2013 - 1:14

Comme beaucoup de gens ici, je tombe souvent sur tes posts, et j'avoue que tu es toujours très juste! Tu es même bienveillant. 

J'espère avoir l'occasion d'échanger avec toi sur le forum Smile 

Bonsoir, bonsoir. ( Je le met 2 fois, car j'ai oublié de commencer par ça... Et la flemme de cliquer en haut pour le rajouter Smile , mais au final me justifier m'aurai pris 5 fois plus de temps.... ) Bref... Je m'égare.

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Re: Enchanté de vous découvrir (et moi-même, peut-être aussi)

Message par Ainaelin le Jeu 20 Juin 2013 - 8:38

Mici Embarassed

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La liste des amis!(va dans ton profil,dans amis... j'ai fait une demande pour que l'on soit ami)à toi d'accepter ou pas...c plus symbolique qu'autre chose...je ne t'en voudrait pas si tu refuses....big bisous

Message par Anubis le Jeu 20 Juin 2013 - 13:15

Ainaelin a écrit:Quelle liste ? Question

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Re: Enchanté de vous découvrir (et moi-même, peut-être aussi)

Message par Fa le Jeu 20 Juin 2013 - 14:25

+1 Ailem
Courbette

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Re: Enchanté de vous découvrir (et moi-même, peut-être aussi)

Message par Uccen le Jeu 20 Juin 2013 - 15:03

Et bien que de compliments, même à peine formulés...
je n'en  rajouterai pas, puisque ça te met mal à l'aise, et tu as bien raison (ouais enfin je sais pas où est la raison mais j'approuve).

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Re: Enchanté de vous découvrir (et moi-même, peut-être aussi)

Message par Ainaelin le Jeu 20 Juin 2013 - 15:05

Courbette (ouais, c'est bien, ça, comme réponse, ça a l'air serein)

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Re: Enchanté de vous découvrir (et moi-même, peut-être aussi)

Message par Ainaelin le Mer 26 Juin 2013 - 1:01

 



(pas trouvé la version de Reggiani)

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Re: Enchanté de vous découvrir (et moi-même, peut-être aussi)

Message par Ainaelin le Mer 26 Juin 2013 - 9:36

Quelques textes, écrits au fil des années et dans diverses circonstances, pour d'autres parfois, pour moi d'autres fois, pour exprimer ou illustrer une émotion, un ressenti ou une idée loufoque, pour participer à des réunions "littéraires" à la façon du Cercle des Poètes disparus quand j'étais ado. Bref, un peu de tout, pas toujours très bon, mais que j'aime bien quand même. Smile

Les années d'écriture ne sont données qu'à titre indicatif, vu que je ne les ai pas toujours écrites sur mes textes, je peux me tromper d'un ou deux ans.

Tous mes écrits sont publiés ici sous licence libre (open license).

Poème - 31/08/2009:
Mon âme est un champ de bataille
Où s'affrontent peurs et désirs.
Dans le tumulte des cris
vibrent les assauts de l'Amour,
Exultent les affres du Doute.
L'orage gronde, le sang coule,
Les morts jonchent mon coeur las.
Et toujours, battant la chamade,
la cavalerie de mes terreurs abat mes espoirs.
Dans ce chaos, le soleil terne se couche,
faible rayon agonisant au loin,
qui se débat dans son propre chaos.
Impuissant, je le vois s'éteindre
et se relever, chaque jour, indomptable,
sa lumière pourtant affaiblie par ses nuages
et je ne puis l'aider.
L'Homme ne peut vivre sans lumière
Mais je n'ai aucune lumière en moi,
pour éclairer son coeur.
Mon soleil lutte pour survivre,
chaque jour plus fort
chaque jour affaibli
et je regarde la Terre,
immobile, indécis.
Son sort m'indiffère.
Que signifie la Terre sans la lumière?
Mes bras ne luttent plus,
mon crâne s'affaisse, et je me couche.
Je regarde le soleil s'éteindre une nouvelle fois,
se relèvera-t-il demain ?
Comment atteindre le soleil
quand nous n'avons que jambes?
Comment dissiper les nuages
quand on n'a pas d'ailes ?
Las! Fi de mes doutes !
Au diable mes terreurs !
Je me relève et brandis mon rire aux dieux !
Je vivrai et la lumière renaîtra !
Le soleil veut vivre
Et il nous éclairera tous de son rire bienveillant
Sa clarté rayonnera dans le monde,
Les doutes seront bannis,
Et demain, elle trouvera enfin sa paix.
Et je pourrais peut-être vivre
dans l'ombre de mon soleil...

détournement - 15/03/2013, trois semaines avant de découvrir ma zébritude:
J'ai pas d'succès dans mes affaires,
j'ai pas d'succès dans mes amours,
et j'ai même pas de secrétaire.

J'ai mon bureau au rez-d'chaussée,
d'où je vois la ville à ras-d'terre
d'où je contrôle ma vie virtuelle

J'passe la moitié d'ma vie sur l'net
Entre youporn et des forums
je voyage souvent dans ma tête

J'ai ma résidence secondaire
dans tous les sites web de la terre
j'peux plus supporter ma misère

Au moins es-tu heureux
J'suis pas heureux mais j'en ai l'air
j'ai perdu le sens de la fête
depuis qu'j'ai le ventre à l'envers

J'ai tout raté, j'en suis pas fier
pourtant je n'ai qu'un seul regret
J'suis pas qui j'aurais voulu être

Qu'est-ce que tu veux, mon vieux ?
Dans la vie on fait ce qu'on peut...
pas ce qu'on veut !


J'aurais voulu être un mari
pour la voir faire son numéro
quand son corps se pose sur ma piste
avec mes doigts le long d'son dos !

J'aurais voulu être un chanteur
Pour pouvoir crier qui je suis
J'aurais voulu être un auteur
Pour pouvoir inventer ma vie (bis)

J'aurais voulu être un loveur
Pour tous les jours toucher sa peau
et pour pouvoir paraître beau
A ses beaux yeux de couleur (bis)

J'aurais voulu être un bon père
et avec elle, faire une famille
avoir le courage d'être moi-même
et vivre avec tous ceux que j'aime (bis)

j'aurais voulu être un artiste
pour pouvoir dire pourquoi j'existe...

Le femme du charpentier et les trois dragons - été 2010 je crois - inachevé:
La Femme du Charpentier et les Trois Dragons

Alors, Erik le charpentier est marié à Héléna la femme du charpentier. Ils s'aiment comme des charpentiers (ou des femmes de charpentiers, mais bon, tu saisis l'essentiel). Un jour Erik tombe malade, lui qui était fort comme trois boeufs (rien à voir avec les trois dragons, n'y vois pas d'indice ou de symbolisme pourri, c'est une pure coïncidence). Héléna est très triste, alors elle va voir le guérisseur du village proche. Celui-ci se déplace jusqu'à la cahute du couple, observe un peu le malade, lui tâte le corps et les parties intimes (à l'insu de la plupart des habitants, Stan le guérisseur est homosexuel), mais avoue finalement son impuissance à guérir le charpentier de cette maladie inconnue. Devant le désespoir d'Héléna, Stan, qui est un homme bon, lui conseille d'aller voir la sorcière Brenda, mais d'y aller en secret, et de ne dire à personne que c'est lui qui le lui a coseillé.

Héléna se met donc en route le lendemain matin, la sorcière habitant à quelque distance de là...

Pendant que Stan s'occupe du bien-être d'Erik (sans témoin), Héléna s'en va donc d'un pas rapide à travers champs en direction de la forêt proche. Elle remarque les regards de biais des paysans, les têtes qui se détournent, les murmures échangés derrière une main, et n'imagine que trop bien les ragots proférés, des histoires de malédiction, d'enfer et et autres vileries ! Ecoeurée, elle serre les poings et presse le pas, laissant bientôt les rangs de cultures pour des prés vallonnés. Elle ne s'arrête pas à la mi-journée, grignotant un quignon de pain en continuant sa route, priant ses dieux pour la santé de son aimé, et atteint en milieu d'après-midi les premiers arbres du sombre Bois des Dragons, ainsi nommé à cause de la légende du Chevalier Philippe, jadis occis par un clan entier de dragons, après qu'il eut la mauvaise idée de spromettre à sa belle une omelette de leurs oeufs.

Héléna n'avais jamais aperçu le moindre dragon et n'accordait aucun crédit à cette légende, le-dit chevalier s'étant plus probablement tordu le cou en fuyant une bande de brigands ou en glissant de cheval. A l'orée du bois, cependant, elle ralentit le pas, rendue nerveuse malgré elle par la réputation inquiétante du bois et le silence mystérieux qui planait tout à coup. La brume qui s'élevait lentement autour d'elle lui fit presque rebrousser chemin, mais la pensée de son Erik fit bondir son coeur, et elle poussa un cri de défi avant de s'élancer brusquement en direction des arbres torturés.


Le Bois des Dragons était une grande forêt très humide, qui se transformait même en marécages vaseux à deux journées de cheval. Le Bois avait une triste réputation. Outre les brigands susmentionnés, il grouillait de personnages tous plus étranges et patibulaires les uns que les autres, qui n'étaient les bienvenus nulle part ailleurs. La brume omniprésente toute l'année lui conférait de plus une aura mystérieuse et fantômatique, source de bien des histoires terrifiantes racontées au coin du feu par des voyageurs à l'imagination enfiévrée. La brume déformait bien entendu les contours de toute chose, mais aussi les bruits des animaux et des autres créatures qui peuplaient la région, celui du vent entre les feuilles des arbres, et celui des signaux des habitants magiques du Bois. C'est ainsi qu'Héléna crut entendre un grognement guttural qui n'était pourtant que le sifflement d'avertissement d'un petit troll à ses compagnons, annonçant qu'une nouvelle victime allait entrer dans la Zone. Héléna sursauta au son de ce qu'elle croyait être un monstre digne d'un film de dinosaures japonais et, ne voyant rien, courut dans la direction opposée, trébucha contre une racine à moitié enterrée et invisible dans les brumes, et dévala la petite pente qui permettait d'entrer dans la Zone.

La Zone était le terrain de jeu des Trolls. Ils s'y battaient, torturaient les voyageurs avec des bâtons de plume qui les faisaient mourir de rire lorsqu'ils étaient appliqués à certains points précis de l'anatomie, comme la plante des pieds, le dessous de l'articulation des épaules, les côtes, le cou, ou encore l'arrière du genou, ce dernier point étant particulièrement sensible chez les représentantes de la gent féminine. C'était également un creux où la terre était plus humide que dans le reste du Bois environnant, le fond en était vaseux et était accessoirement la demeure sous-marine, ou plutôt sous-boueuse, de Fumet. Mais nous reviendrons à Fumet un peu plus tard. Pour l'instant, Héléna se trouve cul-par-dessus-tête, sonnée et à moitié couverte de boue, elle s'est foulée la cheville, et elle croit être poursuivie par un godzilla vert sorti de nulle part. Pourquoi vert ? Je l'ignore. Peut-être parce qu'à ce moment-là de l'histoire, elle pense que le vert est la couleur la plus horrible qu'elle puisse imaginer, mais ce n'est pas important. Je vous prie de garder vos questions pour la fin de l'histoire, vous me perturbez.

Héléna se releva tant bien que mal...

*zen, restons zen !*
*inspiration profonde - expiration totale.
Et rebelote, 5 fois, c'est à vous maintenant*
Reprenons. Tranquillement.

Héléna se relève tant bien que mal, essuie la boue de ses yeux et regarde autour d'elle, en tentant de conserver son équilibre dans la vase trompeuse. Les grognement gutturaux se font plus nombreux autour d'elle, elle croit entendre des ricanements, mais ne distingue rien à travers la vapeurs grisâtres qui l'enveloppent. Quelque chose effleure sa cheville, mais elle ne voit rien. Puis, tout s'accélère. Elle sent un mouvement contre son épaule, mais sa main ne rencontre que le vide, sa robe de toile se soulève, mais rien ne se trouve à ses pieds et le tissu retombe. On lui tire le bras, on la soulève par les cheveux, elle pousse un cri, se débat, sent des petites mains la soutenir dans les airs, la palper, la pincer, la relâcher sans prévenir...
... et elle se retrouve de nouveau dans la mare, étourdie et légèrement essouflée, le coeur battant la chamade. Effrayée, elle demande à la forêt : "Qui êtes-vous ? Que me voulez-vous ?" Seul le silence lui répond. Alors, la bonne Héléna décide qu'elle en a assez, elle se lève furibonde, ramasse le premier bâton assez solide qu'elle trouve et, armée de de ce Durandal ligneux, commence à grimper hors du creux, ne cessant sa progression que pour fouetter l'air de son arme dès qu'elle sent un mouvement près d'elle. Bien qu'elle ne ressente aucun choc, elle entend plusieurs exclamations surprises, et sans doute un ou deux grognements de douleur, et c'est avec le sentiment satisfait d'avoir emporté une petite victoire qu'elle atteint l'arête du creux. Et c'est également à ce moment qu'un hurlement terrible résonne en-dessous d'elle, et que les créatures qui l'entourent cessent subitement leurs jacassements. Un silence de mort succède à l'agitation précédente, et Héléna, pétrifiée, ne peut qu'assister impuissante à l'apparition d'une ombre gigantesque semblant surgir de la vase où elle gisait quelques minutes auparavant, une ombre qui la domine de plusieurs pieds.

Fumet est grand. Très grand. Selon les standards trolls, il est gigantesque. Même ramené à une échelle humaine, sa taille dépasse celle des géants de légende. Mais Fumet n'est ni troll, ni humain. A vrai dire, personne ne sait ce qu'il est, car il est unique (à ce sujet, tous ceux qui pensaient qu'il s'agissait du premier dragon me doivent une glace. Sorbet cassis ou noix de coco, s'il vous plaît). Dépourvu de membres inférieurs, Fumet rampe tel un serpent, grimpe aux arbres assez solides pour porter son poids tel King Kong dans ses meilleurs jours, nage avec la vivacité d'un nageur olympique, et posséde de surcroît quatre longs tentacules qui lui permettent de saisir ses proies et de les étouffer avant de les engloutir dans son immense gueule plus grande qu'un destrier. Sa musculature sinueuse transparaît sous sa peau écailleuse (pour l'apparence, je me suis un peu inspiré des Phaerimms des Royaumes Oubliés pour ceux qui connaissent, mais l'analogie s'arrête là). Cependant, la caractéristique princi_pale de fumet est, comme vous vous en doutez, son odeur. Fumet est le surnom ironique que les Trolls lui ont donné, car même les Trolls jugent son odeur nauséabonde. Il faut savoir qu'un Troll aime généralement la laideur, la saleté et les mauvaises odeurs. Tout ce que nous autres humains estimont de pestilentiel est considéré comme un luxe rare chez les Trolls. Alors je vous laisse imaginer l'odeur dégagée par la créature, et l'état de la pauvre Héléna à l'apparition de cette créature. La forte volonté de la femme défaille un instant et elle tombe à genoux, submergée par une odeur écoeurante et oppressante de menthe fraîche, qui la saisit à la gorge. Elle sent vaguement que sa chute a brisé l'immobilisme absolu autour d'elle et que les créatures invisibles sont en train de fuir, au plus vite, même si elle entend, nettement cette fois, des rires gras et cruels.
Fumet tend un tentacule vers l'humaine et lui saisit une cheville avant qu'elle ne puisse réagir, puis la pend au-dessus de sa gueule, la tête en bas, pendant que la pauvre femme tente maladroitement de cacher ses parties intimes, découvertes par l'attraction de sa robe vers le sol selon les lois immuables de la gravité. Elle espère que personne ne la verra ainsi, avant de se reprendre et de prier avec ferveur pour l'arrivée immédiate d'un sauveur en armure maniant l'épée avec bravoure.

Mais nul n'arrive. Comme le dit la sagesse populaire, il faut toujours garder la première impression.


******************
La fin n'a jamais été écrite, mais j'ai rapidement couché sur clavier quelques mots la résumer :

Fumet est plutôt gentil comme "monstre", même s'il est moche. J'imagine qu'il lui fait un cadeau ridicule qui va l'aider dans sa quête (un objet non identifié mais malodorant utilisé par la sorcière dans une quelconque potion), puis elle s'en va rencontrer un groupe de brigands, elle s'enfuit et est cachée par un vieil ermite ou un truc du genre. Puis elle arrive chez la sorcière qui ne l'aide qu'en échange d'un truc impossible à obtenir, mais qui s'avère être le truc malodorant offert par Fumet.

Après une ou deux péripéties supplémentaires, elle rencontre les trois dragons qui ne sont autres que Fumet, la Sorcière et l'Ermite dans leur forme réelle, et elle peut sauver son beau charpentier, qui décide de faire son coming out avec le guérisseur du village.
Sa femme, pour le moins dépitée, retourne dans la forêt auprès de la sorcière et devient son apprentie, ou termine dans sa marmite, je n'ai pas décidé.

Ridicule ! - réunion littéraire aux environs de 1995 - Thème "le ridicule":
Je vous mets au défi de le dire. Je sais que vous n'oserez pas. Il faut du courage pour le dire. Ou de l'inconscience. Car il faut être soit très courageux, bien plus que je ne le suis, ou alors totalement fou, pas plus que je ne le suis, pour affirmer une telle chose. On s'expose par trop en l'admettant. Toujours est-il que vous devez écouter mon histoire avant de dire quoi que ce soit. La voici donc…

«Il était une fois il y a très, très longtemps, lorsque le monde était plus jeune, une jeune orpheline nommée Natacha. Brune aux yeux de biche, elle aurait eu un succès certain auprès des garçons, en aurait-elle connu, tellement elle était jolie et gentille. Cependant, à la mort de ses parents, c'était sa vilaine tante Marjorie qui l'avait élevée. Or, la vieille Marjorie vivait seule au plus profond de la forêt, ne poussant que rarement jusqu'au village et interdisant à Natacha de l'accompagner. Pour ajouter à son malheur, les animaux de la forêt n'étaient pas aussi intelligents que ceux des contes, et ils ne lui témoignaient aucune affection. Natacha était bien malheureuse… La pauvre enfant n'avait donc pour compagnie que ses rêves et ses livres de contes. Elle rêvait de rencontrer un prince Elfe et de partir avec lui. Elle s'était même affublée d'un nom Elfe: Mallúva, ce qui signifiait “Boucles d'Or“.»
«Un jour que sa méchante tante était partie au village, Natacha avait reçu pour ordre d'aller ramasser des champignons dans la forêt, après avoir nettoyé la chaumière, bien entendu. Alors qu'elle se penchait pour en ramasser, une petite voix aiguë se fit entendre: “Hé! ça va pas, la tête! Tu ne veux pas me manger, quand-même?“ Une petite créature difforme sortit de derrière le champignon qu'elle s'était apprêtée à arracher. Afin de se mettre au niveau de Natacha, elle fit battre ses petites ailes grisâtres et s'envola jusqu'à atteindre la même hauteur que les yeux de l'enfant. L'être ne mesurait pas plus de quinze centimètres, avait les yeux totalement noirs, sans pupille ni iris, une petite bouche tordue et pointue, et des oreilles semblables à la bouche. Son corps ressemblait à une racine torturée d'arbre mort, n'était la couleur, d'un gris cendré triste comme la mort.»
Effrayée, la petite fille balbutia: “Qui… qu… qui êtes-vous?"
La voix criarde lui répondit:
“Un Elfe. Et toi, petite humaine, comment t'appelles-tu?“
"Vous ne pouvez pas être un Elfe!“ s'exclama-t-elle, indignée. “Les Elfes sont tous grands et merveilleusement beaux; ce sont tous des princes ou des rois, et ils sont bons! Vous, vous êtes petit et moche, et vous n'avez pas l'air gentil. Et en plus vous mentez!“
“Mais qui t'as mis dans la tête que nous étions grands et beaux. Et surtout gentils! Ce ne sont que des racontars d'Humains. Nous avons toujours été petits et moches, et nous aimons rire des blagues que nous faisons aux Humains.“
Natacha s'écria: “Non! Non! Tu mens! C'est pas vrai! Non! C'est pas vrai!“ Elle semblait prête à fondre en larmes. Sous l'effet de la colère, elle commença à se transformer en loup! La petite créature, visiblement terrifiée, se mit à virevolter autour de la bête, dont les yeux injectés de sang la suivaient partout. Le loup prit la parole:
“Je suis le loup et je te mangerai, espèce de menteur!“
L'Elfe, pris de panique un instant plus tôt, se calma instantanément.
“J'ai déjà entendu ça quelque part. Comment as-tu dit que tu t'appelais?“
“Je ne te l'ai pas encore dit, mais mon nom est Mallúva, ce qui signifie ‘Boucles d'Or’ en Elfique.“
“Je dois confondre avec autre chose. Une histoire de capuchon rouge, avec un loup, aussi. Passons. Pourquoi ce nom? Tes poils sont bruns, pas blonds.“
“Ben, je sais pas, moi. Parce que ça m'est venu à l'esprit et que j'ai trouvé ça joli comme nom.“
“Et pourquoi tu te transformes en loup?“
“Je sais pas non plus. C'est venu comme ça, à l'instant. Je savais même pas que je pouvais le faire il y a cinq minutes. Mais ça me fait peur, car normalement, seuls les serviteurs du ‘Noir Ennemi du Monde’ peuvent faire ça.“
“Qui c'est, celui-là?“
“C'est le maître du Mal, voyons! Ne me dites pas que vous n'en avez jamais entendu parler! Le Diable lui-même le sert! Les Elfes l'ont combattu de nombreux siècles durant. On l'appelle aussi Mord-gosses ou quelque-chose comme ça!“
“Ah, oui! Je crois savoir à quoi tu fais référence. Mais le Diable n'est pas son serviteur. Ce sont deux mythologies différentes, tu sais, qui n'ont rien à voir.“
“Mais si, puisqu'ils existent tous les deux.“
L'Elfe prit un air désespéré et leva les yeux au ciel, comme pour y quérir un conseil.
Le loup poursuivit: “Pendant qu'on y est, je trouve que vous ressemblez beaucoup aux créatures maléfiques qui essayent de tuer Aaricia, la femme de Thorgal. Vous êtes donc une créature maléfique, donc une créature du Noir Ennemi du Monde. Je dois donc vous tuer, car vous ne pouvez pas vivre et continuer à répandre le mal.“
“Attends, attends!“ hurla la créature, effrayée. “Tu oublies qu'en tant qu'être-garou, tu sers également le Noir Ennemi du Monde. Nous sommes donc alliés. Si tu me tues, tu devras rendre des comptes au Maître.“
“Il est habitué. Adieu!“
“Attends encore une dernière minute. Connais-tu le révérend Dodgson? Il a écrit des livres aussi absurde que ce dialogue, sinon plus. Un truc à propos d'un miroir et d'une jeune fille, aussi. Je suis sûr que tu aimerais le lire.“
En disant ceci, il avait sorti un miroir de nulle part.
“Tu vois ce miroir? Il vient tout droit du livre, bien que je l'aie rapetissé pour pouvoir le transporter. Mais il a les mêmes pouvoirs, à une exception près.“
Le loup, curieux, s'enquerra: “Quels pouvoirs, et de quel livre parles-tu?“
“Regarde: je mets le miroir contre cet arbre, et je rentre dedans, comme s'il s'agissait d'une porte… et je disparais!“
De fait, on n'entendait plus que la voix de l'Elfe. Le miroir aussi avait disparu.
La voix reprit: “Puisque tu as essayé de me tuer, tu vas subir le poids de ma vengeance. Car je sais que tu ne peux pas te retransformer. Ah, oui! J'oubliais. Seuls les Elfes peuvent comprendre tes grognements…“
«Lorsque la tante de Natacha rentra chez elle, sa nièce n'était pas encore rentrée chez elle. Il y avait en revanche des traces de loup près de la chaumière. Elle s'enfuit jusqu'au village où elle reçut l'assistance des habitants pour venger sa nièce qui, croyait-elle, avait été tuée par le loup. Après trois jours de recherche, la Bête fut enfin massacrée et l'enfant vengée. La tante hérita de la fortune des parents qu'elle avait gardé secret, car la petite n'était pas encore majeure, et vécut heureuse jusqu'à la fin de ses jours.»

Et voilà mon histoire! Alors, maintenant, dites-le si vous l'osez. Dites que vous l'avez aimée! Applaudissez, même. Alors vous aurez une idée de ce qu'est le ridicule…

Une journée de rêve - 1996:
Elle s'appelait Aurélie, et elle était merveilleuse, tant au niveau physique que spirituel.
Et pourtant, je ne la regretterai pas longtemps; ne soyez pas étonnés, je ne pourrais pas la regretter longtemps. Ce serait trop dur.

* * *

Tout a commencé un jour de février, alors que je me rendais en bus à mes cours, à l'université. Je ne la remarquai pas tout de suite (vous savez ce que c'est, la routine s'installant, on ne remarque même plus son entourage), mais cherchai une place assise. Ce n'est qu'après l'avoir trouvée que je regardai autour de moi, avide de dévorer les jolies filles du regard. Avide d'esthétique, de beauté. Elle était assise à quelques pas de moi, les yeux pointés vers ses chaussures, en un regard empreint de néant. Je ne sais pourquoi, j'éprouvai un court instant un sentiment de détresse, comme si je m'étais, l'espace d'une seconde, retrouvé dans un monde étranger, sombre, confus, désespéré.
A partir du moment où elle pénétra dans mon univers, celui-ci cessa d'être mien. Il passa sous le contrôle de quelqu'un d'autre: cette jeune créature à l'air frêle, presque trop éthérée pour être vraie.

Pour l'heure, elle était immobile, telle une statue de marbre; elle ne semblait ni respirer, ni même vivre. Si Rodin avait voulu un pendant féminin à son Penseur, peut-être l'aurait-il imaginé ainsi; il l'aurait nommé La Jeune Fille Perdue dans ses Pensées ou quelque chose d'approchant.
Peut-être.
Soudain, elle parut s'éveiller de son monde de ténèbres. Elle eut un petit sursaut, d'abord, puis elle regarda autour d'elle, telle une pauvre bête traquée, effarée. Son regard glissa sur moi sans qu'elle me remarquât puis, son tour d'horizon achevé, elle sembla comprendre où elle se trouvait, poussa un léger soupir, prit un livre dans son sac et commença à le lire. Personne ne parut remarquer le petit papier qui s'en alla voltiger sous une banquette voisine. Je me levai donc, allai m'accroupir près de la banquette en question, ramassai le morceau de papier, qui s'avéra n'être qu'une feuille de brouillon, le tendis à sa propriétaire et dis, sur mon ton le plus grandiloquent!
-Excusez mon impardonnable audace, mademoiselle; je vois que vous êtes en train de lire ce qui ne peut être qu'un chef-d'œuvre de la littérature, mais permettez-moi de vous déranger un court instant afin de vous remettre un pli de la plus haute importance, à moi remis par les mains même de la Providence.

D'abord surprise, elle sourit -Oh! Quel inoubliable sourire, malgré l'infinie tristesse qu'il reflétait- en reconnaissant sa feuille.
-Oh! Merci, dit-elle doucement en reprenant son bien. Puis, elle se remit à lire, déjà oublieuse de mon existence.
Gêné, je restai là à me dandiner, ne sachant trop si je devais aller jusqu'au bout ou planter là cette -trop?- belle indifférente. Ayant toujours aimé l'eau, je décidai finalement de m'y jeter.
-Me permettrez-vous de vous tenir compagnie? Le temps passerait ainsi de façon plus agréable.
-Si vous voulez, dit-elle en me regardant droit dans les yeux.
Je dois avouer que de voir ses yeux me fit un choc. Ils étaient d'une couleur noisette pour laquelle on avait dû utiliser les plus belles noisettes du Multivers.. Ils scintillaient malgré le manque de lumière. De plus, leur immensité lui donnait un air d'adorable innocence, que ne démentissait pas sa voix, faite toute de douceur et de bonté.

C'est ainsi que je fis la connaissance d'Aurélie. J'appris qu'elle avait quinze ans -six de moins que moi- et qu'elle était au lycée, en section scientifique. Elle aurait voulu se tourner vers les arts, en particulier la littérature, mais ses parents, riches, et très bourgeois, considéraient cette voie comme dépassée et sans avenir. Pour ma part, j'étais étudiant et je redoublais ma licence d'anglais, voie que j'avais choisie par pure facilité, ayant de la famille en Ulster, et parlant couramment la langue de Yeats et de Jack London.
Nous discutâmes longtemps, de sorte que je ratai ma station, et Aurélie la sienne, de façon tout à fait consciente. Elle semblait ne jamais vouloir s'arrêter de parler, ou de m'écouter, comme si elle découvrait un monde nouveau, celui de l'amitié, du rire franc et heureux. Car elle était heureuse, c'était indéniable, et j'en étais heureux, comme jamais je ne l'avais été.

Lorsque le bus parvint enfin au terminus, nous descendîmes, et allâmes nous promener dans le quartier, où elle n'était jamais venue. C'était pourtant un quartier animé et pittoresque, situé à quelques minutes de bus de chez elle, mais ses parents le trouvaient sans doute trop animé pour acceuillir leur fille. Il était d'ailleurs étonnant qu'ils la laissent prendre le bus, mais elle m'expliqua que son père avait eu un accident de voiture la veille, et que leur seconde voiture était chez le garagiste à cause d'un problème de frein. La mort dans l'âme, donc, ils avaient accepté de la laisser prendre le bus; seule, car elle avait refusé tout accompagnement, ayant rêvé qu'un événement merveilleux se produirait durant le trajet. Evénement qu'elle ne voulait pas partager avec ses geôliers de parents.

Je lui fis donc découvrir la ville, qu'elle ne connaissait que superficiellement ou par des cartes pour touristes. Ce fut un journée de rêve. A la mi-journée, j'achetai deux pizzas, que nous dévorâmes, sans finesse mais avec appétit. Ayant fait part de ma surprise à propos de sa profonde méconnaissance de la ville, je lui en demandai la raison, ce à quoi elle répondit qu'elle était retenue prisonnière par ses parents, afin de la protéger des monstres tels que moi, prêts à se jeter sur une pauvre jeune fille sans défense, pour lui faire Dieu-sait-quoi, avant de la kidnapper et de demander une rançon exorbitante à ses parents. Nous rîmes de bon cœur à cette représentation de ses parents qu'elle avait faite. Je voulus la prendre dans mes bras, en un geste d'affection, mais la peur de la choquer alors que, pour la première fois, elle découvrait ce qu'était la vie, retint mon geste. Elle avait besoin d'amour, c'était évident, et pourtant je ne pouvais lui offrir cet amour dont mon cœur débordait déjà pour elle. Les sentiments de frustration et de tristesse que j'éprouvais auraient presque gâté le bonheur que je ressentais alors, si Aurélie n'avait été si heureuse à mes côtés. Elle était ma joie, ma félicité, ma vie, ma richesse.

Mais tout a une fin, et le soir venu, il fallut bien la ramener chez elle. Elle ne voulait pas y retourner. Elle imagina les scénarios les plus hallucinants, issus de ses diverses lectures, dans lesquels nous nous enfuyions, loin, avant de refaire notre vie, heureux et libres…
Je finis toutefois par lui faire entendre raison; après tout, je n'avais pas d'argent, et ses parents la feraient rechercher partout, alerteraient les journeaux; rapidement, des témoins raconteraient nous avoir vus ensemble, dans le bus ou la pizzeria; notre signalement serait diffusé partout, et nous finirions tôt ou tard par être rattrapés. Il n'y avait aucun espoir.
Je lui promis cependant de la revoir le plus souvent possible, et lui donnai mon numéro de téléphone à cet effet. Elle me donna le sien également, après m'avoir fait jurer de ne l'utiliser qu'en cas d'extrême urgence, sa famille étant très protectrice à son égard.

A sa demande, je la laissai rentrer toute seule, car elle voulait que ses parents me laissent en dehors des disputes que ne manquerait pas de créer la nouvelle de sa journée d'absence au lycée. Sans compter qu'elle rentrait bien après l'heure limite de six heures tapantes, puisqu'il était déjà sept heures moins le quart.
Je la suivis malgré tout, ayant un mauvais pressentiment. Deux voitures de police stationnaient devant le luxueux immeuble où elle habitait. Alors qu'elle débouchait de l'obscurité d'une ruelle, un homme surgit d'une des voitures et s'élança vers elle, tout en criant son nom. Il était d'âge mûr, grand, bien bâti et possédant une certaine élégance, rehaussée par un costume sur mesure. Elle s'arrêta à sa vue, et demeura silencieuse. Lorsqu'il parvint à son niveau, il lui prit les épaules en disant quelque chose. S'ensuivit une série de gestes et d'attitudes exprimant tour à tour la surprise, le désarroi, l'agacement, et la colère pour finir. Il lui prit fermement la main et tenta de la ramener de force vers la maison.Mais elle lui résista, de toute la force de sa volonté, avec toute l'énergie accumulée par cette journée de liesse.

Mon cœur bondissait dans ma poitrine, et je brûlai de courir au secours de l'adolescente, mais je savais que ce serait un mauvais service que je lui rendrais, car cet homme, sans doute son père, avait raison. Il lui faudrait encore supporter la rigueur de ses parents quelque temps, avant de se libérer, lorsqu'elle serait prête à affronter la vie. Attendre au moins jusqu'à ses dix-huit ans, pas avant. Ce serait prématuré de partir maintenant. Il n'en sortirait rien de bon. Voilà ce qu'était la voie de la raison.
Cependant, l'amour n'a que faire de la raison. Pendant que je tergiversais, ils s'étaient éloignés et avaient traversés la rue, la force de l'homme ayant finalement eu raison de la volonté de la jeune fille. Je me décidai enfin à aller l'aider. Je hurlai son prénom de toute la force de mes poumons, tout en courant dans leur direction. Cela suffit à détourner l'attention de l'homme, qui laissa échapper la main de sa captive, laquelle se précipita dans ma direction, sans faire plus attention à rien de ce aui l'entourait.
De ce qui se produisit ensuite, ma mémoire n'a retenu que quelques fugitives impressions: l'horrible rictus sur le visage terrifié d'une femme à la porte de l'immeuble cossu, un appel de phare, un crissement de pneu, puis un bruit mat, suivi de celui d'un corps tombant lourdement sur la chaussée.

Aurélie avait cessé de vivre.
Je le sus avant même d'entendre un des policiers dire ce simple mot, après l'avoir examinée:
-Morte.
Aurélie morte, l'univers qu'elle avait contrôlé en moi s'écroula. Il n'avait vécu que le temps d'une merveilleuse journée. Je ne pouvais, je ne voulais pas le remplacer. Or, sans univers onirique, sans monde intérieur dans lequel nous réfugier, comment pourrions-nous vivre?
Ma réponse est: on ne peut pas.
Vous qui lisez ces lignes, sachez qu'il est déjà trop tard pour moi, que je ne vis déjà plus, si ce n'est dans quelque monde lointain, dans lequel Aurélie et moi nous somes retrouvés, heureux et libres.
Heureux, surtout.

Paris, le dimanche 18 août 1996 (1e version en février 1996)

Un kilo de regrets ou un kilo de remords, lequel est le plus lourd ? - Réunion littéraire vers 1995:
La silhouette se mouvait rapidement le long des murs silencieux, petite forme sombre aux contours troubles à la lumière de la lune gibbeuse. Elle tourna à droite et disparut à la vue de Corinne, qui n'avait osé appeler. Il fallait que tout se passe dans le plus grand secret. Personne ne devait savoir ni les voir. Ce soir, ils le faisaient: le grand saut.
Elle tenta de rattraper Hervé, si c'était bien lui. Lorsqu'elle arriva au coin de la rue, il avait déjà disparu. Elle s'arrêta net, tendant l'oreille dans l'attente du moindre bruit pouvant indiquer la direction qu'il avait prise. Mais seuls le chuintement du vent et sa propre respiration lui parvenaient. Elle ne distinguait nul mouvement dans les parages, si ce n'est la vapeur produite par son souffle dans la froideur de l'hiver. «Dommage qu'il n'ait pas neigé» pensa-t-elle. Cela lui aurait permis de le repérer à ses traces. Mais le temps était sec depuis plusieurs jours. Elle s'interrogea un moment, puis secoua la tête.
«Après tout, qu'est-ce que ça peut faire où il est, du moment qu'il est à l'heure au rendez-vous?»
Elle reprit donc son voyage discret vers le bois. Elle atteignit bientôt le lieu en question, le Bosquet des Druides. Personne ne savait plus pourquoi on l'appelait ainsi; sans doute avait-il été un lieu de rendez-vous de ces anciens prêtres gaulois. Ce n'était plus maintenant qu'un bosquet de ronces, que la plupart des gens évitaient car, situé à l'écart des chemins empruntés, il avait été le lieu de nombreuses agressions envers des voyageurs isolés dans les temps passés. Une bande de bandits l'avaient même élu comme leur repaire un siècle auparavant. Cependant, lorsque Corinne et ses amis désiraient se rencontrer sans témoin, c'était au Bosquet qu'ils se rendaient.
Elle dévala la pente qui menait à la petite caverne et écarta les branchages qui en dissimulaient l'entrée. Personne n'était encore là. Parfait! Elle allait leur réserver une petite surprise. Agréable, pour une fois. Elle se dépêcha d'allumer un feu avec des branches sèches qui traînaient là depuis la réunion précédente, et sortit des ustensiles de cuisine, ainsi que quelques boîtes de conserve, de son sac. Alors qu'elle était concentrée sur sa cuisine, un bruit à l'entrée la fit sursauter: quelqu'un se tenait à la lueur de la lune et l'observait. Il, ou elle, était emmitouflé dans une grande cape de cuir dont la capuche lui dissimulait le visage, et demeurait immobile et silencieux. Elle sentait les yeux qui la scrutaient en détail.
«Qui êtes-vous?« demanda-t-elle au bout de quelques secondes de malaise. L'être se mit en branle dans sa direction, avançant lentement et lourdement. Elle se leva en saisissant une branche enflammée.
«Je vous préviens que mes amis ne vont pas tarder à arriver. Si vous me voulez du mal, ça risque surtout d'aller mal pour vous…»
«Eh! Du calme, c'est qu'moi! J'voulais juste te faire peur, ça va!» Il retira son capuchon, laissant ainsi apparaître le visage souriant de Thierry, l'ami d'Hervé.
«Où as-tu dégoté ce truc-là?» interrogea-t-elle en désignant la cape.
«Dans le grenier de ma grand-mère. Je suis allé la voir la semaine dernière. C'est un vieux truc qui a appartenu à un de ses aïeux, je crois. Personne n'est encore là?»
«Non. J'ai cru voir Hervé en arrivant, mais il a tourné à un moment et il a disparu. J'ai pas cherché à comprendre et je suis arrivée ici.»
Il s'assit pendant qu'elle l'observait. Il lui sourit, elle lui rendit son rayon de soleil. Elle l'avait toujours trouvé charmant, avec ses cheveux longs et mal coiffés et son allure dégingandée, impression qu'elle pensait réciproque. Ils restèrent un instant à se dévisager ainsi, jusqu'à ce qu'il dise: «Tu ne trouve pas que ça sent le brûlé?»
Elle poussa un cri de dépit en se précipitant vers la poêle. Ses petits pois étaient tout carbonisés, tout comme l'ustensile. Sa mère n'allait pas être contente!
A ce moment arriva Hervé, accompagné de Christine, sa cousine.
«Bon, on va pouvoir enfin commencer!» s'exclama Corinne, impatiente, après les salutations.
«Ouais!» répondit le chœur de trois voix.
«Pouah! Qu'est-ce que c'est que cette mixture?» demanda Hervé.
«C'était des petits pois jusqu'à l'arrivée de Thierry»
Alors qu'ils se préparaient, Christine eut un moment d'hésitation. Thierry le remarqua, et lui demanda ce qui n'allait pas. Elle jeta un coup d'œil inquiet en direction d'Hervé, puis dit d'une petite voix: «Je ne suis plus tout à fait sûre de vouloir le faire. On pourrait nous voir, et là, je te dis pas la réputation au village, ni ce que je vais me prendre quand mon père le saura. J'ai peur.»
Thierry lui sourit pour la consoler. «Il ne faut pas avoir peur de ça. Ce qu'il faut craindre, c'est ce que tu penseras plus tard, quand tu seras grande. Si tu ne le fais pas maintenant, tu ne pourras plus te regarder en face, car tu n'auras pas eu le courage de faire ce que nous, on aura fait. Crois-moi, à choisir entre un kilo de remords à montrer un moment aux parents et un kilo de regrets à porter toute ma vie, je ne réfléchis pas longtemps, je prends le premier; j'ai les épaules frêles, moi. Et puis, pense à ce qu'on dira de nous à l'école.»
Requinquée, Christine finit de se déshabiller, et suivit les autres hors de la grotte.
Cette nuit-là, ils firent ce qui allait se graver dans leur mémoire toute leur vie. Car ils firent le grand plongeon du haut de la Falaise du Corbeau. Trente-cinq mètres de haut, trois mètres de largeur, et pas beaucoup plus de profondeur., avec des rochers tout autour. Cette nuit-là Corinne se fit la plus grande frayeur de sa vie, et s'en sortit indemne. Mais jamais elle n'avait pu oublier les mots de Thierry.
Et si un accident s'était produit? Le poids du remords n'aurait-il pas été le plus lourd à porter?

Parler n'est pas comprendre - réunion littéraire:
S'il était une chose que Lisa aimait faire, c'était se prélasser au soleil en écoutant parler ceux qui l'entouraient, fussent-ils sa famille, des amis ou de parfaits inconnus. Ce qu'elle appréciait dans cette situation, c'est que cela lui permettait une certaine distance par rapport au dialogue. Elle pouvait ainsi bien rire de ce que disaient les interlocuteurs, de leur énervement, des idioties qu'ils proféraient, et de tout ce qui rend une conversation intéressante, c'est-à-dire l'implication des participants, qui amène souvent du piment et du pittoresque à une conversation autrement banale.
Ce jour-là, Lisa, étendue de tout son long sur une plage méditerranéenne, bronzant son petit corps dodu dont elle avait toujours eu honte, ses yeux noisette fermés au soleil, écoutait la discussion entre Michel, son frère aîné, Kathy, la meilleure amie de celui-ci, et Jean, le fiancé de Kathy. La conversation semblait tourner autour de la rupture entre Michel et sa copine, Elodie. Kathy reprochait à Michel de ne pas avoir assez cherché à comprendre les désirs et les attentes d'Elodie, d'avoir été trop égoïste, et de ne pas avoir su interpréter les nombreux indices que celle-ci avait semés en un vain espoir de compréhension. Kathy comparait en fait sa propre relation avec Jean, bien évidemment supposée idéale, et la relation entre Michel et Elodie, qu'elle présentait comme une parodie de couple, ce qui exaspérait ce dernier, qui n'avait jamais supporté les critiques, surtout justifiées. Jean, débonnaire, se contentait d'approuver vaguement de la tête les affirmations de Kathy, semblant en réalité se désintéresser totalement de la discussion, à moins qu'il n'osât pas contredire son amie en public. Son regard bleu se perdait sur la vaste étendue de promontoires liquides dans lesquels se jetaient les enfants, et s'attardait souvent sur les silhouettes graciles des jeunes femmes qui se promenaient sur le sable, ou jouaient au volley-ball en riant aux éclats.
Lisa entrouvrit un instant les yeux pour l'observer. Sans être athlétique, il possédait un beau corps, auquel il manquait toutefois un peu d'aisance et de grâce. Son visage fin laissait transparaître une gentillesse peu commune, que confirmait son éternel sourire. Elle avait toujours envié son fiancé à Kathy, depuis trois ans qu'elle le connaissait, et avait même tenté de le séduire au début, sans succès. Elle avait cependant l'impression qu'il la regardait d'un nouvel œil depuis le début des vacances. L'effet de la promiscuité, sans doute…
Alors que la conversation se faisait plus passionnée, Jean se leva et, sans un mot, s'approcha de Lisa.
-Ils m'ennuient, c'est pas croyable; ça te dérange pas qu'on aille nager?
-Oh, non, pas du tout. J'allais pas tarder à y aller, de toute façon.
Et ils allèrent vivement s'amuser, sans remarquer le regard narquois de Michel, qui dit à Kathy: «A mon avis, t'as intérêt à appliquer tes jolies théories rapidement à ton copain, si tu ne veux pas qu'il les essaye avec ma sœur…» Kathy sourit, sûre d'elle et des sentiments de Jean, avant de poursuivre sa démonstration. Lisa et Jean, pendant ce temps, parlaient et se découvraient, simplement.
Deux mois plus tard, Jean annonça à Kathy la rupture de leurs fiançailles, en raison du manque de dialogue dans leur couple. Il lui reprocha en particulier sa trop grande assurance, son désagréable penchant pour la discussion à sens unique, son manque d'écoute de ses désirs à lui. Il lui rappela également la discussion qu'elle avait eue sur la plage avec Michel. Pourquoi n'appliquait-elle pas ses préceptes à elle-même. Ce même jour, il avait trouvé quelqu'un qui le comprenait, qui l'écoutait et qui lui parlait d'égal à égal; bref, quelqu'un qui le respectait. Pendant deux mois, il avait essayé de sauver son amour pour Kathy, mais elle n'avait pas su interpréter les nombreux indices qu'il avait semés en un vain espoir de compréhension. Maintenant, il allait voir ailleurs, recommencer de zéro.
Il avait compris qu'un couple, comme un dialogue, demande l'implication de deux partis.

Quelques chattes de plus, et le monde est heureux - Réunion littéraire:
-Mélanie, Michel! Venez voir, vite!
C'était la voix de notre père, Gérard. Elle venait du jardin. J'entendis les pas précipités de ma sœur dans le couloir, puis dans les escaliers. Toujours à accourir aux pieds des parents, celle-là. Pauvre fille. Pour ma part, je montai le son de ma chaîne laser et tentai de me reconcentrer sur le roman que j'essayai désespérément de lire depuis trois heures. L'appel se fit de nouveau entendre, plus pressant, plus impérieux que le premier, transperçant mes défenses sonores:
-Mais dépêchez-vous, bon-sang! Moule va mettre bas!
Je me redressai vivement. Moule était ma chatte, ou plutôt l'avait été quelques années auparavant Je l'avais alors nommée ainsi en hommage à toutes les chattes de la terre. Lorsqu'elle était morte, j'avais pleuré autant que Zeus le fait à chaque violent orage, tant et si bien que mes parents, pensant bien faire, m'avaient acheté une nouvelle chatte. Indigné par cette usurpation, j'avais rejeté l'intruse, et ne manquai jamais de le lui faire sentir dès qu'elle apparaissait dans mon champ de vision. C'était bien entendu une attitude puérile, et j'en étais bien conscient, mais je n'y pouvais rien, c'était plus fort que moi. Cependant, un changement s'était produit récemment: elle était grosse. Ce fait avait bouleversé mon attitude à son égard. J'étais aux petits soins avec elle, comme jamais je ne l'avais été avec la "vraie" Moule. Celle-ci n'avait jamais été grosse. Pourtant, on l'avait mise en compagnie de nombreux chats, et ils avaient copulés, mais elle était restée stérile. C'était la première fois que j'entendais parler d'une chatte stérile et c'était tombé sur ma Moule! C'est pourquoi j'en avais tellement voulu à celle qui lui avait succédée, de peur qu'elle fasse mieux que Moule. Et c'est ce qui s'était passé. Mais en fin de compte, la peur de l'humiliation s'était muée en fierté. Finalement, une Moule allait donner le jour à des bébés. C'était ce que j'avais toujours voulu. et j'en étais plus que satisfait, heureux.
Je me ruai hors de ma chambre et dévalai les escaliers jusqu'au jardin. Mon père avait fabriqué une sorte de grande niche sur la véranda, afin de protéger Moule du soleil, et il était agenouillé près de la chatte. Les petits n'étaient pas encore tous sortis. Pour le moment, il n'y avait que deux boules de poils humides, que leur mère léchait; une troisième en sortit au moment où j'arrivais. Les trois étaient aussi noires que leur mère. C'était émouvant de les voir entr'ouvrir les yeux, à la recherche de la tétée, et de se mouvoir maladroitement vers le sein offert. Lorsque la dernière boule de poils, la septième, fut sortie, mon père prit la parole:
-ça, c'est pas commun!
- Quoi?
-Les sept sont des femelles!
-C'est génial! m'exclamai-je. Sept chattes de plus sur terre. ça va faire sept heureux de plus! Je connais pleins de personnes qui en veulent, des femelles!

Le dire sans le dire - 1996 (ouais, j'étais amoureux à l'époque):
Et maintenant? Que dois-je faire? Le plus dur est passé, il est vrai, mais le plus facile ne l'est pas tant que cela. Je suis en train d'en faire la crispante expérience.
En réalité, c'est la parole qui me manque. Non que je ne sache quoi dire, bien au contraire ; je ne sais tout simplement pas comment le dire. Oh! Je pourrais bien entendu faire le clown, comme d'habitude lorsque je n'ai rien à dire; mais là, j'ai quelque chose à dire. Quelque chose de très important. Pour moi, du moins. Cette histoire pourrait bien se révéler être un tournant dans ma vie. Mais pour cela, il ne faut pas que je fasse de gaffe. Je dois être extrêmement attentif à ce que dis, et là est toute la difficulté, car je suis plutôt du genre instinctif, sans organisation. Or là, dans ce domaine précis, mon instinct me fait défaut, et ce, depuis longtemps. Trop longtemps pour que je le laisse une fois de plus à la manœuvre. Je ne veux plus échouer à cause de ma mauvaise approche de la situation.
Le dire sans le dire. Faire comprendre indirectement, par le biais de subtilités ambiguës, de phrases "qui n'ont pas l'air", mais qui sont. Ne rien montrer avant d'être sûr. C'est là la leçon de la vie, celle que je dois apprendre, malgré moi.
En effet, mon esprit se révolte contre de telles hérésies, car dans ce domaine, la confiance doit être totale, on doit tout se dire. Or, ces phrases qui n'ont l'air de rien sont en fait des mensonges. Et je me refuse à mentir. à jouer de ces subtilités de cour. Certains de mes amis ont réussi grâce à leurs méthodes faites toute de subtilité. D'autres ont, comme moi, échoué par leur manque de méthode et leur langage direct, croyant que le langage du cœur ne saurait être mal reçu; que la sincérité était payante dans ce domaine au moins, lorsque partout ailleurs le mensonge gouverne le monde.
Fatale erreur. Là aussi, l'apparence et la "subtilité" sont tout. Le langage diplomatique est roi. Je me suis donc efforcé de me faire une raison. Le dire sans le dire. Là est le secret. Il faut que je m'enfonce cela dans le crâne.
Mon esprit erre dans les méandres de l'incertitude et du doute, mes ennemis jurés. Je dois revenir à la réalité. La douce réalité...
Le plus dur est fait: elle est assise à mes côtés. Elle a presque fini de lire ma nouvelle. ça va donc être à moi d'agir, de parler. Ce serait trop bête, quand j'y pense, d'avoir réussi à obtenir un rendez-vous, et de ne pas en être plus avancé après.
Je lui demande ce qu'elle en a pensé. Elle me répond qu'elle l'a adorée dans son ensemble, surtout la fin, mais qu'elle trouvait quand même le ton un peu trop mièvre. Enfin non, elle n'a pas dit 'mièvre', elle a dit 'sentimental'. Un peu trop sentimental. Je lui réponds que le personnage est un garçon très 'sentimental'. Et qu'on peut vraisemblablement penser que la jeune fille a appris l'amour dans des poèmes romantiques exaltant ce sentiment à l'extrême. D'où une semi-condamnation de ma part, et par la mort des deux jeunes amoureux, de ce sentimentalisme exacerbé. Et une condamnation totale, bien que plus discrète, de la rigidité des parents, véritable cause de la tragédie.
-Rien que du très classique, en fin de compte, finis-je.
Un petit silence s'installe, pendant qu'un petit chat sauvage finit de s'abreuver à la rivière, en contrebas. Pauvre bête, elle a l'air bien maigrichon. Il faut dire que près de la ville, il n'y a pas de gibier, et que lui et ses congénères ne sont pas bien accueillis en ville en ce moment. L'Ulster n'est plus autonome, et l'IRA est plus active que jamais, en cette fin d'année 1972. Parviendra-t-elle à nous libérer de ces infâmes Anglais, qui sont unanimement détestés ici? Je l'espère.
Pendant que mes pensées s'égarent, le silence se prolonge, car Gwenhafra aussi se tait. Le chat a disparu, et le paysage est magnifique de cette solitude. Pas une âme pour nous déranger. Nous sommes seuls au monde.
Par le biais de subtilités ambiguës, faire comprendre sans rien dire.
Je romps le silence.
-Tu sais, Gwen, je viens de comprendre quelque chose.
Mon cœur bat à tout rompre, mes pensées se brouillent, j'hésite, je cherche mes mots, qui ne viennent pas, qui se refusent à moi.
-Eh ben. Tu sais, quand... quand on dit qu'on aimerait que... que le temps s'arrête, par exemple. Ben, en fait, c'est parce que euh... on ne sait pas quoi dire. Ou plutôt, on ne sait pas comment le dire. Parce que euh... on veut dire quelque chose, mais on ne sait pas trop... comment le dire, quoi.
Mes mains sont si moites qu'on croirait que je viens de passer quelques heures dans une forêt tropicale. Ma gorge est nouée à tel point que je suis obligé de l'éclaircir presque à chaque phrase que j'arrive péniblement à articuler. Et mon cœur bat tellement fort que j'entends à peine ce que je dis, d'autant plus qu'à cause de l'émotion, je me sens faible, et que ma voix doit s'en ressentir; c'est à peine plus qu'un murmure. Je me demande un instant si je ne vais pas m'évanouir. Mais je continue, bravement.
-Ben, parce que c'est euh... comment dire?... (je respire profondément)... c'est euh... c'est quelque chose à dire, ou plutôt à ne pas dire... Enfin, à ne pas dire directement, tu vois. Alors euh... on cherche des chemins de traverse, en quelque sorte. Et moi, je cherchais un de ces chemins, pour te faire comprendre que je suis en train de vivre un moment merveilleux, près de toi. Que quand je suis comme ça, là, à côté de toi, seul avec toi, je me sens bien. Non, mieux que bien. Je me sens heureux. Et pour ne pas te brusquer, je voulais te le dire de façon détournée, et tout ce que j'ai trouvé, ça a été: "J'aimerais que cet instant se prolonge toute ma vie." J'ai compris, enfin, ce que signifiait cette phrase, que j'ai toujours trouvée stupide, car cet instant qu'on aimerait voir prolongé peut très bien être surpassé par d'autres, et qu'il est d'autant plus idiot de vouloir quoi que ce soit quand on sait que ce n'est pas possible. Désirer l'impossible est inutile et n'amène qu'à la frustration, alors que le futur peut réserver tant de moments idylliques qu'il faudrait être un imbécile pour s'en priver. Enfin, c'est ce que je pensais que cette phrase voulait dire, avant, et c'est pourquoi je la trouvais bête. Mais maintenant, j'ai compris la raison d'être de cette phrase. Elle n'est qu'un prétexte de diplomate. Pour dire: "Je t'aime."
Pendant que je faisais mon discours, elle a gardé le silence. Je lui ai pris la main (je ne sais comment mon cœur a pu soutenir le choc), et elle l'a accepté, à ma grande surprise, et à mon ineffable émerveillement.
Mais lorsque j'ai fini de parler, elle est encore restée muette. Elle a regardé par terre, en se mordillant la lèvre. Cette fois, preuve de l'inconstance de cet organe, mon cœur a cessé de battre. Et le doute, affreux, s'est insinué en moi, qui y suis si vulnérable. Puis, après un long moment, de torture et d'intense agonie pour moi, elle a pris la parole.

*
* *

Ailleurs, en un autre lieu, en un autre temps, un autre jeune homme, qui, lui, n'avait pas encore fait le plus dur, se posait la question éternelle:
Comment faire?
Oui, comment faire? Il faut que j'obtienne un rendez-vouz, c'est le premier pas, le plus dur. Après, certes, ce ne sera pas facile non plus, mais il n'y a que le premier pas qui coûte. Je dois la voir seule à seul, et pas à la va-vite, dans le métro, comme d'habitude. Elle me dira ce qu'elle a pensé de ma nouvelle, puis on verra ce qui se passera. Mais surtout, ne pas oublier:
Le dire sans le dire. Faire comprendre indirectement, par le biais de subtilités ambiguës, de phrases "qui n'ont pas l'air", mais qui sont. Ne rien montrer avant d'être sûr.
Le dire sans le dire. Oui, là est le secret de la séduction.

Paris, le Jeudi 24 octobre 1996

The Rock - exercice littéraire en fac d'anglais - je m'étais amusé à centrer le récit autour de chansons, surtout de Simon & Garfunkel et des Beatles. Au final, c'est très maladroit:
Cynthia stood in front of me, gazing at the troubled water below us. Her eyes were drenched with both tears and rain, and her brown hair no longer floated on her shoulders in a fine mist as it used to. It was a deep and dark December and she was alone. She did not move. Neither did I. I had just told her I wanted to leave her. I sought to live alone for some time in order to think over our relationship and test our love; I needed it and it would be good for her as well. But she did not seem to hear what I said. She only stared at the water with gloomy, despaired eyes and I could not utter any single word of comfort. I put my arm over her shoulders but she repelled it. I withdrew.

When I reached our home, a feeling of melancholy surged in my chest. However I turned the lock and went directly to the bedroom where my suitcase lay. Then I left a note that I hoped would say more, and I stepped outside: I was free!

I wandered down empty streets, when I met my friend Reynald who asked me round. Therefore I slept at his house. He lived in a comfortable large house where his numerous -and changing- friends and girlfriends ceaselessly came and went. I soon found a pretty young girl with charming green eyes and I no longer slept alone. Time went by in a cheerful way as quickly as the girls did. But as Spring arrived, so did the first troubles. I did not know how much I had loved Cynthia, nor how much I still loved her.
The first sign was a nightmare where it was she who left me crying in the night and falling over the bridge into the rough water below.
From that night on, I saw Cynthia everywhere; each face I looked at was hers; when I kissed a girl, she changed into Cynthia. It was not a long time before I were alone again, but it was only the beginning of a hard period. One of memories: of her fingers running down my cheeks, then my neck and along my chest; of her lips as gentle and sweet as a fruit; of her honey hair I used to smooth in a slow move; of her laughter and her cute smile when we joked; and of our endless dreamy nights when we walked past the trees of Brittany.
Madness penetrated insidiously into my mind. I could constantly hear her voice saying: "See whatÊ's become of you! You're nothing without me; and I'm nothing without you. We can't be separated. We are One! Oh! Please, please return..."
But I was too ashamed to come back now. I had to wait and waiting was torture. I did not eat anymore.

One day, though, during the following winter, I saw a familiar figure, standing upon our bridge. I yelled her name, but only a whisper broke out from my mouth. I had no strength, no energy. Yet, I dragged myself along the bridge on a freshly fallen shroud of snow: "I was neither a Rock, nor an Island," I said in a harsh voice. "I felt pain and I cried." She did understand what I meant. She too was skinny, but her smile had not lost any of its charming comeliness. She opened her arms.

Monday, October the 27th 1996

Childhood Lost - exercice en fac d'anglais:
The mad yell of Dainty Duncan -as he is called here- is still echoing along the gloomy empty corridors. Poor thing! The Scot is too young and squeamish to stand the rough existence we all share here. Now, like all the prisoners, I am on the lookout. The guards ought to be calming him down in two minutes. Indeed I hear them striding along, insulting us and swearing. Well, that is done; except for the ScotÕs moanings, silence has once again filled the dark corridors. The other wretches are striving to get a little rest. I can return to my own memories which his yells had interrupted. My eyes keep gazing at the slovenly wall in front of me as I remember a time when happiness and unselfishness were not unknown to me.

I was then called Derek, and my dear younger sister was Kay. We lived near Omagh, in Northern Ireland, where the scenery was a real wonder: cheerful meadows with proud hills and running brooks, vales of green and skies of blue. I well remember a small waterfall below which we used to shower and swim. Our parents, Keith and Fiona, were as kind as can be, and we loved them dearly. Together, we led a lovely carefree life.

It was a bright Spring day when my life changed radically to the most dreadful pits. My father had gone to Belfast on the eve, and my sister was at school. I was going back home sooner than I ought to because my teacher was missing. When I opened the entrance door, Fiona was not there. As I went upstairs, though, I heard chuckles, and sighs, and groans of sexual pleasure from our parentsÕ bedroom. I skulked to the door, opened it stealthily ajar, and peeped inside. The sight of my naked mother in the hold of a workmate of hers left me aghast. I dared not breathe. I felt forlorn. But I soon plucked up courage, helped in this by anger, and went silently downstairs to my fatherÕs study. Meanwhile, I neither thought nor saw anything, except a hallucinative sword that hanged above the bookcase in the study. It reminds me now of McBeth gazing at an imaginary dagger leading him to his victimÕs room. But here, it led me to the real sword. When I faced it, I clenched it and tiptoed upstairs once more. In so doing, I glimpsed a photograph in the living-room. It had been taken at their wedding and beneath, she had written: ÒTrue, for better or for worse; for ever I will love you.Ó

I was now before the door; I heard her laughing. The same laughter Daddy used to hear before. I became mad with rage, and kicked violently at the door, which rammed loudly against the wall. I rushed at them and thrust the sword into the manÕs belly. His eyes bulged and he uttered a death rattle. I slowly removed the sword and slashed it through his neck; then I cleft his skull and his body, again and again.

At first, Fiona -can I still call her my mother?- yelled like a hysteric, but she soon shut her mouth and no longer uttered the least sound. I went on striking until jaded. Only then did I awake from my trance, and I vomitted upon the corpses. Then I realised I had slain her too.

I kept watch over the dead until Kay came from school. She was younger than me but she did not panic. At once she called the police. I was arrested but I remained shocked, and I did not say one single word throughout the trial; for I am mute now -and I do not want to speak either- and I have never spoken since. My father was overtaken and baffled by the events; he committed suicide after my sentence to twenty-five yearsÕ imprisonment. I have never heard of my sister since the murder.

As for myself, I know I will never be carefree anymore. I lost carefreeness and happiness that Spring day and I have lost my youth between those gloomy walls full of murderers and madmen.
But I am not an adult, and I will never be. I dislike them, for they are the real murderers. They killed Derek and they killed his mother. I, number 76805, have only killed a woman who had been my mother, an empty soulless body, which did not love us.
I will not miss her.

Saturday, October the 19th 1996


Dernière édition par Ainaelin le Mer 26 Juin 2013 - 9:57, édité 1 fois

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Re: Enchanté de vous découvrir (et moi-même, peut-être aussi)

Message par Free le Mer 26 Juin 2013 - 9:50

j'ai juste lu le premier poème, le détournement and the very last story,
tu es au courant que les droits sur tes textes appartiennent désormais à forum actif ? Twisted Evil

ps et non la 42ème réponse c'était de l'impro Razz

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Re: Enchanté de vous découvrir (et moi-même, peut-être aussi)

Message par Ainaelin le Mer 26 Juin 2013 - 9:56

Présentation du récit:
Voici un nouveau récit, écrit conjointement avec un ami il y a quelques années, suite à une partie de jeu de rôle en solo (il était unique joueur) que j'avais masterisée. L'action se passe dans les Royaumes Oubliés, un monde lié au jeu de rôle Dungeons & Dragons, dans l'année 1373 CV, également appelée l'année des Dragons Rénégats.

Pour ceux qui ne connaissent pas le monde des Royaumes Oubliés, voici son site Wiki en français en guise d'introduction, et de point de référence pour certains noms (comme les dieux, l'organisation du Zhentarim, etc.).

Voici également un petit résumé :

Les Royaumes Oubliés est un monde créé par Ed Greenwood lorsqu'il a
commencé à faire des parties de jeu de rôle pour ses amis dans les années 1970.
Le monde a été choisi par la société TSR (créatrice du fameux Dungeons &
Dragons) où Greenwood travaillait, dans les années 80 comme l'un des mondes
principaux du jeu, et il a connu un énorme succès auprès des fans.  Monde à l'origine
proche des Terres du Milieu de Tolkien, il s'en est éloigné au fur et à mesure
que l'esprit de D&D (incursions dans des "dongeons" et combat contre des
monstres dans le principal but de gagner du pouvoir et des trésors) se
renforçait.
A l'instar du monde de Tolkien, il s'agit d'un monde médiéval-fantastique dans
lequel la magie est présente. Plusieurs races parcourent ses terres, et le Bien
et le Mal, ainsi que le Chaos et la Loi, sont une réalité pour les habitants de
ce monde et non un symbole ou une représentation de certaines valeurs morales.
Certaines races sont maléfiques ou bénéfiques de façon inhérente (dragons,
démons, anges, etc.), d'autres de façon culturelle (Elfes noirs, Orcs, Elfes de
la Lune, Halflings, etc.).
Les mois sont des mois lunaires de 30 jours divisés en séries de 10 jours, appelées décades (ou "tendays" en anglais). chaque année porte également un nom (comme ici l'année des Dragons Rénégats). Des jours sacrés séparent certains mois, comme la journée de "Greengrass" (littéralement, "herbe verte") qui sépare le mois de Tarsakh (Avril) du mois de Myrtul (Mai).


Les Dieux :

Nombreux sont les dieux des Royaumes. Contrairement à nos dieux terriens, les dieux des Royaumes ont une influence directe sur le destin des habitants des Royaumes. Leurs prêtres possèdent des pouvoirs magiques puissants et des capacités redoutables, mais les dieux-même peuvent dans certains cas fouler le sol dans le corps d'n de leurs avatars, ou aider et conseiller certains Elus qui accompliront directement leur volonté dans les Royaumes. Tel est par exemple le cas de Mystra, déesse de la magie, qui possède bon nombre d'Elus, parmi lesquels on peut compter le célèbre Elminster, ou la reine d'Aglarond.
Chaque dieu correspond à certains concepts, symboles (de la mort à la vie, en passant par la nature, la royauté, les animaux, l'argent, la tyrannie, la magie, l'illusion, la connaissance, la musique, etc.).

Voici quelques dieux dont les noms apparaissent dans ce récit :

Bane : dieu de la tyrannie, de la Peur, des Conflits et de la Haine. Maléfique. Son élu dirige l'organisation du Zhentarim.

Cyric : dieu du meurtre, du mensonge, des complots, de la tromperie, des illusions et du chaos. Maléfique. Ancien mortel assassin. Ancien dieu du zhentarim, avant la renaissance de Bane. Brièvement dieu des morts avant que Kelemvor ne lui prenne le titre.

Kelemvor : dieu de la mort et des morts. Neutre (ni maléfique, ni bénéfique). Ancien mortel, ennemi de Cyric.

Kossuth : dieu du feu purificateur et des flammes. Neutre.

Mystra : Déesse de la magie. Bénéfique. Ancienne mortelle ayant remplacé l'ancienne Mystra (alors Neutre), à la mort de celle-ci.

Tymora : déesse de la chance et de la bonne fortune, protectrice des aventuriers. Bénéfique.

Nations et régions :

Les Vaux : nom donné à une région principalement forestière divisée en
plusieurs petites nations indépendantes. Les Valiens sont principalement des
fermiers et des bûcherons vivant en petites communautés farouchement
indépendantes, mais qui s'unissent contre les nombreux envahisseurs qui
convoitent leurs riches territoires. Région anciennement sous domination
elfique (royaume de Cormanthor), elle a été peu à peu abandonnée sous les avancées des royaumes humains.
Récemment envahie par des Elfes noirs (également appelés Drow), le coeur
de la forêt est devenu très dangereux depuis quelques années.
Le Valbrume (ou Val Brumeux) est un de ces Vaux, ainsi nommé pour les
brumes très denses qui se lèvent fréquemment dans la région. Le bourg nommé le
Gué d'Ashaba en est la capitale.
Valombre est un des plus fameux des Vaux, car il abrite le mage le plus
connu et le plus puissant des Royaumes (un peu le Merlin des Royaumes), le
fameux Elminster, ainsi que de nombreux autres héros.
Valdague est un Val assez malchanceux, car il a été envahi pendant de nombreuses années par les armées du Zhentarim (voir plus bas). Il n'a regagné son indépendance que très récemment.

Château-Zhentil : ville commerçante et militaire située au nord des Vaux,
soumise à l'autorité du Zhentarim. Le Zhentarim est à l'origine une
organisation commerçante et militaire dirigée par le Haut Prêtre de Bane,
dieu de la Tyrannie (voir plus bas). Organisation puissante ayant soumis toute
la région au nord des Vaux au cours des derniers siècles. Elle convoite la
richesse des Vaux, tant au niveau des ressources naturelles que de sa situation
géographique centrale. Elle est aujourd'hui considérée comme une nation dont
Château-Zhentil serait la capitale, mais dont les tentacules s'étendent à
travers presque tous les Royaumes. Tous les habitants de la ville de Château-Zhentil ne sont pas maléfiques, mais beaucoup ont vécu toute leur vie là-bas, et ne connaissent pas d'autre vie que la brutalité quotidienne et la loi du plus fort.

Aglarond : pays d'origine d'Avanil, le héros de notre histoire. Nation
lointaine de l'Est, en guerre avec Thay depuis plusieurs siècles. Pour le côté "Feux de l'amour", la reine d'Aglarond est une puissante mage un peu folle et impulsive, et est l'amante d'Elminster (voir plus haut). Elle voue une haine farouche aux Sorciers Rouges de Thay.

Thay : Pays dirigé par une caste de sorciers esclavagistes réputés pour
leur cruauté et leur fourberie. Ennemi ancestral de l'Aglarond. Il va sans dire que tout ce qui se rapporte à Thay est vu avec extrêmement de méfiance à travers le reste des Royaumes.

Sembie : Nation située au sud des Vaux, très portée sur le commerce. Tout a un
prix là-bas, et l'apparence est souvent différente de la réalité. La corruption
y est notoire, mais discrète et acceptée dans les moeurs. Elle convoite
également depuis longtemps les richesses des Vaux.


Autres concepts :

Aventuriers : caste de personnages qui recherchent l'aventure, et qui passent leur temps à braver les dangers de ce monde, à combattre des monstres, des ennemis de leurs dieux ou de leur bourse, afin de gagner pouvoirs et trésors (et parfois, accessoirement, de sauver la veuve et l'orphelin).

Art et Pouvoir. Le Pouvoir est le nom communément donné à la puissance magique lié au divin et aux dons des dieux à leurs fidèles.
L'Art est la magie utilisée par les Mages qui manipulent la matière présente partout dans le monde. Les deux utilisent en réalité la Toile créée par Mystra.

Ménestrels : organisation informelle regroupant des aventuriers dont le but est de lutter pour la liberté de tous, et donc de protéger les peuples libres des sombres desseins d'organisations maléfiques comme le Zhentarim ou les Sorciers Rouges de Thay.

Je posterai les chapitres au fur et à mesure... Et maintenant, place à...
L'artefact des Zhents:

L'Artefact des Zhents


Mara Stonar n'avait jamais eu aussi peur de sa vie que lors de cette fuite effrénée hors de la ravine. Elle avait déjà frôlé la mort plus d'une fois au cours de sa vie, et n'en avait pas peur.
En théorie.
Cependant, lorsque les flèches la frôlèrent et qu'elle entendit l'incantation magique dans son dos, elle poussa un cri de terreur qui contredisait toutes ses belles convictions sur la bravoure et l'héroïsme. Elle savait qu'il ne lui restait plus longtemps à vivre, et l'explosion de flammes qui l'entoura l'instant d'après le lui confirma. Elle se tordit de douleur dans le brasier infernal, hurlant la souffrance de sa chair brûlée avant de s'effondrer, vaincue. Lathandre, Dieu du soleil et de la vie, l'acceptera-t-il dans son Royaume, elle qui mourait ainsi misérablement dans l'ombre du camp zhent? L'expédition avait bien mal tourné, l'Artefact resterait en possession du Zhentarim et les Vaux pâtiraient de leur échec. Elle qui avait quitté sa Sembie natale pour refaire sa vie dans ces Vaux où la liberté et l'indépendance primaient sur l'économie et les lois restrictives, elle qui avait toute sa vie admiré l'acharnement des Valiens à préserver leur liberté malgré les nombreux ennemis qui les entouraient, elle aura finalement été l'instrument indirect de la chute finale des Vaux, et ses compagnons et elle auront été les premières victimes de l'armée zhent. Un sanglot s'étrangla dans sa gorge calcinée et elle sombra dans le néant.


****

Mara Arhezo était arrivée le jour de la fête de la mi-été 1371 au Gué d'Ashaba, après avoir quité sa soeur, ses frères et leurs parents suite à une dispute, bien décidée à repartir de zéro et à accomplir ses rêves d'indépendance. Plus personne ne lui dirait jamais plus comment faire sa vie dorénavant. Le Val Brumeux semblait idéal pour cette nouvelle vie qui s'offrait à elle. Les opportunités y étaient nombreuses pour qui avait un esprit entrepreneur et la volonté d'y arriver, les gens y étaient ouverts et accueillants, la terre riche et prospère, la forêt plus mystérieuse que jamais, malgré le départ des Elfes les décennies précédentes. De nombreux mystères entouraient cette forêt magique, mais ce n'était pas son problème.

Au Gué, elle rencontra Brund Stonar, un bûcheron d'une communauté voisine qui parvint à la convaincre de rejoindre ce petit hameau en construction fort d'une cinquantaine d'âmes, Greenroof. Dès qu'elle approcha du hameau, elle sut qu'une page de sa vie venait de se tourner et qu'un nouveau chapitre commençait ici, à Greenroof, aux côtés de cet homme frustre mais généreux qui, d'un simple regard souriant, lui procurait une chaleur qu'aucun feu ne saurait créer en elle.

Comme tout nouvel arrivant au Val Brumeux, elle dut participer à la défense du Val en rentrant dans la milice. Son pas léger, son oeil acéré, et une bonne coordination manuelle lui permirent de se créer une bonne réputation d'éclaireur lors des patrouilles qui se multiplièrent l'année suivante. En effet, les Drow ne laissaient pas les Valiens tranquilles, et nombreux furent les voyageurs malchanceux à disparaître dans la nuit. Mais rien ne pouvait entraver son bonheur, et elle épousa Brund lors des festivités de Greengrass 1372. Ce mariage aurait dû lui permettre de cesser son travail à la milice, mais elle insista pour continuer, d'autant que les Drow ne cessaient pas les attaques ni les raids dans la région. Ils attaquèrent même directement le hameau une nuit, mais des aventuriers de passage aidèrent les habitants à repousser l'assaut. Les aventuriers participèrent ensuite à la reconstruction de Greenroof avant de repartir, à une exception près.

A peine trois tendays après l'assaut Drow, un voyageur fit son apparition un soir, et demanda à parler au Conseil du village. Le lendemain matin, le Conseil convoqua les miliciens présents au hameau et laissa l'étranger présenter sa requête.

La convocation des Chemises Noires

Cela faisait un mois qu'Avanil était à Greenroof.

Après l'assaut des Drows ses compagnons d'alors étaient repartis, lui était resté pour étudier le livre de sorts de feu le magicien du village. Comme le voulait la loi de ce village, en tant que "nouvel habitant" il devait faire partie des Chemises Noires, la milice locale. Les patrouilles l'avaient ralenti dans son étude et retardaient son départ qu'il savait inévitable, mais elles lui avaient permis de rencontrer des gens uniques avec chacun une histoire particulière. Rapidement il s'était pris d'affection pour la plupart d'entre eux, qu'il retrouvait souvent le soir à la taverne, et il était ravi que les Drows ne se manifestent plus depuis des tendays, rendant les patrouilles presque aussi inoffensives qu'un pique-nique en forêt.
Lorsque son étude fut finie, Avanil resta au hameau en attendant de trouver l'emploi ou l'aventure qui le conduirait ailleurs.

Ce jour-là, il fut convoqué dans la grande salle de l'auberge, où l'attendaient quelques-uns de ses nouveaux amis. Il y avait là Condar Crownshield, l'archétype du nain buveur, rieur et bagarreur dans l'âme, Gorstar Dundragon, un jeune homme de Waterdeep d'à peine 20 ans installé récemment avec sa jeune épouse et son bébé, Mara Stonar, une superbe Sembienne mariée à un Valien, Wilimac Bramblefoot, le hobbit tailleur toujours de bonne humeur et toujours prêt à trouver une excuse pour éviter le danger, Kosef Dotsk, un colosse du nord aussi gentil que silencieux et Jastena, une jeune demi-elfe rêvant d'aventure. Tous de bons compagnons.
Un voyageur arrivé la veille était assis en face d'eux et sur leur droite se tenait le conseil.
Après avoir salué et échangé quelques mots avec ses camarades, Avanil prit place et attendit.

Des paysans pour sauver les Vaux

Karnor dévisagea froidement les nouveaux venus, tentant d'évaluer leur utilité dans la quête qu'il avait entreprise. Il soupira intérieurement. Il ne pouvait pas se permettre d'être difficile étant donné le peu de succès qu'il avait eu dans son recrutement jusqu'à présent. Maudits soient les Drow! A cause d'eux, les Valiens étaient plus méfiants que jamais et refusaient de perdre le moindre homme dans une quête risquée et sans fondement vérifiable. De plus, la rumeur s'était répandue qu'il avait fait son apprentissage en Thay, et il était acceuilli d'un ton glacé partout où il allait. A croire que les Valiens préféraient la présence du Zhentarim à l'un des leurs! Il fulminait encore en repensant à la façon dont les gardes d'Essembra l'avaient maltraité.

Prenant conscience de la colère qui commençait à se peindre sur son visage, il força ses muscles à se décrisper et écouta les derniers mots du chef du Conseil local, une dame âgée nommée Nadina. Malgré leur méfiance à son égard, les membres du Conseil avaient accepté de demander à leurs miliciens s'ils voulaient partir en mission. C'était bien plus qu'il ne l'avait espéré, mais il ne fallait pas s'attendre à des miracles : en cas d'affrontement, aucun d'eux ne serait capable de lutter sur un pied d'égalité contre des Zhents entraînés. Plus que jamais, la discrétion était de mise, ce qui n'était pas pour lui plaire. Il ferait avec, que le Seigneur des Flammes le protège, et les Vaux avec!

C'était à son tour de parler, et il expliqua le but de sa visite, comment il avait appris que les Zhents comptaient mettre la main sur un Artefact d'une grande puissance, dont ils comptaient se servir pour enfin réaliser leur ancien rêve de conquête des Vaux. Lui-même ignorait tout des pouvoirs de cet artefact, mais l'espion Zhent qu'il avait surpris sur la route avait dit la vérité avant de mourir, il en était persuadé. Personne ne pouvait mentir sous la torture et l'influence de Kossuth, mais il préféra garder le secret sur la manière dont il avait eu ces informations.

Il tenta de rassurer les hommes et femmes qui se trouvaient devant lui, leur promettant que le but était de voler l'artefact au nez et à la barbe du Zhent et qu'ils éviteraient tout affrontement. Il espérait sincèrement que ce serait possible : éviter des morts inutiles serait l'idéal. Mais entre la vie d'une demi-douzaine de personnes et la liberté de ses chers Vaux, il n'hésiterait pas une seconde. La Guerre en tuerait des centaines, voire des milliers. Mais ces paysans ne seraient sans doute pas d'accord avec lui, et il avait besoin d'eux, alors il prit son ton le plus rassurant pour calmer leurs craintes et les convaincre de le rejoindre dans sa quête pour le bien des Vaux.

S'ensuivit une discussion entre les membres de la milice, tous n'étant pas enclins à suivre un étranger dans une mission au mieux hasardeuse et dangereuse. Un Halfling en particulier ne cessait de geindre. Karnor dut se retenir de se lever et de le faire taire d'un bon coup de poing entre les deux yeux. Cela aurait pour seule conséquence d'arrêter net tout recrutement ici, et il se retrouverait seul contre l'armée du Zhent à tenter de voler un objet vieux de plusieurs siècles. Quelle farce! Le genre de farce dont leur ancien dieu était friand, adepte de la tromperie et du mensonge. Prince du Mensonge, l'avait-on surnommé, Cyric le Noir, que les flammes le consument! Leur nouveau dieu n'était guère mieux, seigneur de la cruauté, de la haine et de toutes les tyrans.

Les paysans semblaient s'être mis d'accord. Karnor fut surpris que le Halfling vienne magré ses jérémiades. Seul un des hommes avait reculé, arguant qu'il était marié et père. Comme si la guerre aurait pitié de ses enfants lorsqu'elle taperait à sa porte! Tout compte fait, la journée s'annonçait bien, avec 6 nouveaux compagnons, dont deux belles femmes. L'Humaine en particulier était magnifique, mais il l'avait entendu parler de son mari. Quelle pitié qu'une telle femme fut mariée à son âge! Karnor aurait bien partagé sa couche. Mais les Dieux en avaient décidé autrement, et c'était sans doute mieux ainsi. Il devait se concentrer sur la récupération de l'Artefact. Seul cela comptait. Il quitta la salle, et entendit la doyenne rappeler les miliciens derrière lui. Elle comptait sans doute les mettre en garde contre lui, comme les autres avant elle. Il se demandait parfois si son voyage au temple de Kossuth à Thay ne l'avait pas plus desservi qu'autre chose. En tout cas, cela avait certainement ruiné sa réputation dans son Valdague natal!

En faisant ses derniers préparatifs, il repensa à la bande d'handicapés qu'il allait traîner avec lui, essayant de jauger leur utilité. Le Nain avait l'air d'être une grande gueule, mais les siens étaient généralement utiles sur un champ de bataille. Si seulement il pouvait se taire de temps en temps, il ferait un allié précieux au cas où les choses devaient dégénérer. Le Halfling semblait inutile au premier abord, mais ces créatures savaient toujours se faire discrètes lorsque c'était nécessaire, et il pourrait se révéler essentiel pour s'infiltrer dans le camp zhent et récupérer l'Artefact, au cas où ils l'auraient déjà récupéré. Un des hommes portait à la fois une épée et une sacoche à composantes de sorts. Il devait s'agir de l'Aventurier dont le Conseil lui avait parlé. Un mage qui savait se battre, semblait-il, et qui avait participé à la défense du village lors d'un raid drow 3 tendays plus tôt. Un allié capital, ça. L'Art était toujours le bienvenu dans une mission de ce type. Les autres formaient un ramassis de jeunes coureurs des bois et de bûcherons. Habitués à courir la forêt, ils feraient de bons éclaireurs et de piètres combattants. Karnor était persuadé, malgré lui, que tout cela se finirait dans un bain de sang. Que Kossuth les protège si cela devait arriver!

L'heure du départ arriva enfin, et ils se mirent en route en direction du Gué d'Ashaba, à une bonne journée de marche du hameau. De là, ils rejoindraient le village de Valombre, où Karnor essaierait une dernière fois de recruter des volontaires, puis ils se rendraient aux mines abandonnées où les troupes zhentes effectuaient leurs recherches. Une fois là, ils auraient besoin de toute l'aide que la Dame de la Fortune, Tymora au sourire providentiel voudrait bien leur apporter.

Mauvaises mines

Le seigneur Trystemine Amcathra de Valombre avait bien porté son prénom lorsque Bran lui avait relaté ce qu'il avait pu voir pendant son dernier voyage au Nord de la forêt de Cormanthor.
Des rumeurs avaient attiré son attention sur des mouvements de troupes dans la région entre Château-Zhentil et la forêt elfique, et il avait décidé d'aller voir par lui-même ce que les Zhentilars préparaient cette fois-ci. Il avait été atterré de constater que les rumeurs étaient en-dessous de la réalité et qu'une véritable armée se réunissait à l'ouest de Yûlash, tournée vers les Vaux. Il s'était précipité rendre compte de la situation au seigneur de Valombre, que la nouvelle avait rendu soucieux. Après avoir écouté attentivement le rapport de Bran, et lui avoir posé plusieurs questions précises sur le nombre et le type d'unités de l'armée, Trystemine avait congédié Bran en le remerciant chaleureusement et en lui fournissant une récompense en espèces sonnantes et trébuchantes.

En attendant de repartir en exploration, le jeune coureur des bois buvait une bière en ruminant ses pensées à l'auberge du Vieux Crâne, réputée à travers tout le pays pour son excellente bière, sa tenancière dynamique et son ambiance joyeuse. Mais Bran n'avait pas le coeur à faire la fête ce soir-là. Il ne tourna même pas la tête à l'entrée d'un groupe de voyageurs. Il ne parvenait pas à effacer de sa mémoire les scènes de guerre qu'il avait pu vivre dans sa vie : les enfants massacrés, les vieillards piétinés, les hommes et les femmes mutilés ou carbonisés par des sorts meurtriers. Des scènes de destruction, de mort et de misère, souvent suivies pour les survivants par des périodes de famine et de maladie enrayées à grande peine par les prêtres. Des scènes d'horreur qu'il avait fui récemment après l'invasion de sa terre natale par les Orques du roi Obould, mais qu'il allait bientôt retrouver sur sa terre d'adoption, ces magnifiques Vaux, recouverts d'une forêt féérique, ancienne et mystérieuse, qu'il avait rapidement appris à aimer plus encore que les montagnes de son enfance. Une forêt que les Elfes avaient aidé à grandir, la façonnant à leur image tout en en conservant la nature sauvage et majestueuse. Cette forêt que d'autres Elfes, plus sombres de peau et de coeur, arpentaient impunément aujourd'hui, et que le Zhentarim comptait bientôt envahir, détruire, brûler. Sans compter toutes ces histoires de dragons fous-furieux qui auraient attaqué des villes isolées, des navires ou des caravanes de marchands, un peu partout dans les Royaumes.

Il secoua la tête à cette vision de flammes décimant toute trace de vie et regarda autour de lui. Un homme parlait. Un des nouveaux arrivants. Il parlait du Zhentarim, ce qui fit sursauter Bran, qui s'approcha pour écouter les paroles de l'homme. Un Valien, d'après son accent, au visage dur semblant avoit été taillé à la hache, avec un regrd perçant et brûlant d'un feu glacé. Un homme dangereux, pensa Bran, et le ton de sa voix n'infirmait en rien cette impression. Il était en train de dire qu'un Artefact allait aider les Zhents à conquérir les Vaux, qu'il fallait récupérer cet artefact à tout prix et qu'il était à la recherche de volontaires pour cette tâche délicate. Le seigneur Amcathra ne l'avait pas écouté et il fallait une fois de plus que des hommes se lèvent d'eux-même pour assurer leur survie.

L'homme n'aurait pas dû mentionner le refus du seigneur Amcathra, songea Bran. Les habitants de Valombre aimaient leur seigneur et lui faisait grandement confiance, d'autant qu'il avait été conseillé par un des Elus de Mystra, le seigneur Bâton Noir, un Ménestrel des plus influents, ce qui valait son poids par ici. Comme il fallait s'y attendre, personne ne se porta volontaire pour une mission hasardeuse à laquelle le seigneur avait opposé un refus net. De plus, l'homme ne semblait pas y croire lui-même. Il savait déjà que les hommes d'ici ne le suivraient pas. Une note de désespoir se fit entendre dans ses derniers mots, et cela finit de convaincre Bran. L'homme ne mentait pas. Il était réellement convaincu que le Zhent effectuait des recherches au nord du Valdague. Bran s'avança.


*******************************************************

Après deux jours de voyage, ils arrivèrent sur le lieu de recherches du Zhentarim, une mine désaffectée dans les collines à la frontière entre Valombre et Valdague, mais le lieu était désert. Une troupe de Zhents avait effectivement campé en ce lieu, mais semblait être partie un ou deux jours plus tôt. Une rapide fouille confirma qu'un ancien tombeau avait été caché dans la mine et vidé de son contenu récemment. Le groupe partit à la poursuite de la troupe de Zhents.

L'attaque des Zhents

Les bruits des poursuivants Zhents se perdaient au loin dans la nuit. Avanil était seul.

Quelques heures plus tôt, le petit groupe avait trouvé le camp du détachement zhent dont ils avaient suivi les traces depuis la tombe où l'Artefact était sensé être. Suivre une centaine d'hommes, une vingtaine de chevaux et deux chariots n'avait pas été très difficile pour Avanil et Bran, mais trouver un moyen de leur reprendre l'Artefact semblait une tâche impossible. La ruse était leur seule chance, mais pour tromper la vigilance des mages et des prêtres il leur fallait un maximum d'informations. Les membres les plus discrets du groupe furent donc envoyés en reconnaissance.

A peine arrivés, les Zhents avaient entouré leur camp d'une palissade mobile qu'ils transportaient dans leurs chariots. Elle n'était pas profondément ancrée dans le sol mais rendait l'observation et l'infiltration nettement plus difficile. La seule entrée était bien gardée, et les Zhents faisaient des rondes autour. Le camp semblait dirigé par une guerrière à l'air dur et il devait bien y avoir une demi-douzaine de prêtres et de mages au minimum.
Lorsque le soir vint et qu'une dizaine de Zhents sortit du camp, Avanil craignit qu'ils n'aient été découverts. Heureusement il n'en était rien et la patrouille se dirigea ailleurs, semblant transporter quelque chose. Refroidis par l'idée d'avoir été découverts, les éclaireurs rejoignirent le groupe dans une petite ravine pour y étudier la situation.

Leur options étaient limitées. Avanil pouvait se déguiser magiquement pour prendre l'apparence de la commandante zhente mais il lui faudrait compter sur la chance pour ne pas être trahi par son comportement ou par un sortilège de détection. Ils pouvaient aussi empoisonner la nourriture, qui était rationnée et stockée dans les chariots, mais il leur faudrait d'abord se procurer du poison et attendre qu'il fasse effet, et chaque jour le détachement se rapprochait de l'armée zhente au nord. Ils avaient aussi envisagé de détruire les réserves de nourriture mais avaient abandonné l'idée, estimant que les Zhents formeraient une troupe d'élite pour ramener l'Artefact et qu'il serait alors hors d'atteinte. Restaient les chevaux, groupés à l'intérieur du camp, qu'ils espéraient pouvoir affoler pour créer la confusion. Avanil pourrait se déguiser magiquement en Zhent, entrer dans le camp, attacher un morceau de la palissade à un cheval puis les lancer au galop. Le bout de palissade ne manquerait pas de tomber et le camp serait dans le chaos au moins quelques instants. Il ne resterait plus qu'à prier Tymora pour que ça suffise à reprendre l'Artefact dans la tente de la commandante. C'était ça ou rien.

Et ce fut rien.

Soudain, ils entendirent des bruits de pas furtifs qui les encerclaient puis une voix de femme exigea leur reddition. Les Zhents les avaient débusqués ! Se rendre était hors de question car cela signifiait mourir ou laisser l'Artefact au Zhentarim. D'un regard, les compagnons décidèrent de fuir et s'élancèrent dans la direction opposée à la voix, à l'exception de Karnor qui incanta. Avanil reconnut un Cercle de Protection contre le Mal, dont il fut surpris d'être la cible, puis entendit Karnor leur crier de fuir et de rester près d'Avanil. A peine s'étaient-ils élancés que les flèches fusèrent, fauchant Wilimac et Jastena en plein élan. Avanil aurait voulu les aider, mais s'arrêter ne servirait qu'à se faire capturer ou tuer et n'aiderait en rien les pauvres malheureux dont la capture était désormais inévitable. Il devait fuir pour sauver ceux qui survivraient. L'instant d'après, alors qu'ils n'avaient pas encore fait 10 mètres, d'autres incantations se firent entendre et la nuit fit place à un terrible brasier. Un des magiciens zhents leur avait lancé une Boule de Feu ! Dans des cris de souffrance, tous les compagnons d'Avanil s'écroulèrent sur le sol, inertes. S'ils n'avaient pas été tués sur le coup, ils n'en avaient plus pour longtemps. Seul Bran, qui s'était écarté, y échappa. Les Zhents étaient trop forts, fuir était impossible. Avanil abattit alors sa dernière carte et incanta à son tour. Bientôt, un épais brouillard le dissimula à la vue du monde extérieur.

Son séjour à Valbrume lui avait appris une chose entre autres : le brouillard pouvait s'avérer un allié précieux. Stoppant sa course, Avanil ne fit plus un bruit et rejoignit Mara qui était tombée près de lui. S'il ne pouvait en sauver qu'une, ce serait celle dont le mari attendait le retour. Elle était dans un tel état qu'il ne savait pas si elle était encore vivante, mais il ne voulut pas courir le risque de prendre le temps de s'en assurer. Il lui administra rapidement une petite potion de soins, tentant le tout pour le tout. Tymora devait veiller sur Mara : à l'instant même ou son dernier souffle allait la quitter, l'énergie vitale envahit Mara et elle rouvrit les yeux. Autour de lui, Avanil entendait les cris des Zhents qui le cherchaient se séparant pour couvrir toutes les zones. Il mit un doigt sur les lèvres de Mara pour lui indiquer de se taire et s'éloigna. Il ne pouvait rien faire de plus pour elle ni pour aucun de ses compagnons.

Les bruits de combat venant de la direction de Bran et de Karnor cessèrent alors qu'Avanil s'était rapproché d'un des bords de la zone d'effet de son Obscuring Mist, évitant les deux Zhents qui y avaient pénétré. La séparation des Zhents jouait en sa faveur, mais sa zone de brouillard avait été entourée d'un mur de feu par un magicien ennemi. Heureusement, les connaissances magiques d'Avanil lui permirent de réaliser que ce mur n'était qu'une illusion. Pris d'une inspiration subite, il vérifia qu'aucun Zhent ne regardait vers lui et se jeta dans le mur de feu ! Il était toujours dissimulé à la vue des Zhents, par l'illusion du feu cette fois, avait gagné quelques mètres et avec un peu de chance ses ennemis n'imagineraient pas une manœuvre si originale et audacieuse de sa part. Puis, ne voyant toujours aucun ennemi à proximité, il commença à s'éloigner dans la nuit à pas de loup, priant de toute son âme pour ne pas être repéré. Au bout d'une vingtaine de mètres, il accéléra le mouvement et prit la tangente par une déclivité dans les collines. Il était sauvé.

Les bruits des poursuivants Zhent se perdaient au loin dans la nuit. Avanil était seul et blessé.
Ses compagnons étaient morts ou prisonniers, les Zhents savaient maintenant qu'ils avaient été suivis et qu'un ennemi s'était enfui, l'Artefact était toujours en leur possession et leurs magiciens étaient trop puissants et trop nombreux.
Fatigué et démoralisé, Avanil réalisa qu'il n'y avait plus qu'une chose à faire…

Thaneera Sang Noir


C'était bien sa chance! Non seulement il avait été de sortie plus tôt dans la soirée, mais il fallait en plus qu'il fut de garde cette nuit. Caehr avait bien ri à l'appel du sergent Davor. Barvohn le soupçonnait d'avoir trafiqué le tableau des quarts à l'insu du sergent, mais il ne pouvait rien y faire. Davor ne supportait pas qu'on discute ses ordres, Barvohn le savait mieux que quiconque. Et il valait mieux ne pas se faire remarquer des officiers dans l'armée de Château-Zhentil... Une fois avait suffit, on ne lui pardonnerait pas une seconde erreur. Que la Dame du Destin prenne Caehr dans ses rêts, pour changer! Ca lui ferait les pieds, tiens.

Heureusement qu'il faisait bon, pour la saison. L'hiver avait été doux, il n'avait neigé qu'un mois, et le printemps prenait rapidement sa place. Et puis, la palissade derrière lui le protégeait un peu du vent glacé du nord. Il remonta cependant son col avec une grimace. La blessure que lui avait faite le guerrier plus tôt n'avait pas été complètement guérie par le prêtre, et son flanc le tirait légèrement. Il se demanda une fois de plus ce que cherchaient ces aventuriers pour espionner ainsi un camp zhent. Ils devaient en savoir savoir plus que lui sur le tombeau qu'ils avaient pillé, mais cela n'en faisait pas des aventuriers intelligents pour autant. Sinon, ils ne se seraient pas approchés autant du camp dirigé par Sang Noir.

Barvohn réprima un frisson qui n'avait rien à voir avec la température. Le Capitaine Sang Noir avait une réputation sinistre même à Château-Zhentil. Les rumeurs allaient bon train à son sujet, mais nul n'en savait énormément en réalité. Par exemple, d'où venait-elle? Certains disaient qu'elle venait de loin à l'ouest, par-delà la Mer des Epées. D'autres avançaient qu'elle était la fille d'un roi du sud, en Amn ou plus au sud encore. Ce qui était certain, c'est qu'elle n'était pas d'ici mais qu'elle s'était rapidement fait une place de choix dans la hiérarchie zhentilar, ce qui était rare pour un combattant qui ne maîtrisait ni le Pouvoir, ni l'Art. Cependant, ses capacités de combat n'avaient rien de naturel non plus. On murmurait que c'était elle que Fzoul avait envoyé assassiner le précédent maître du Zhent, le mage Manshoon que même le puissant Elminster craignait.

Mais Barvohn ne croyait pas à ces balivernes. Tout le monde savait que Fzoul avait humilié Manshoon en combat singulier, porté par la puissance de la Main Noire. Le frère de Barvohn avait même assisté à la scène. Et puis, Sang Noir aurait directement été promue Général au même titre que Darkhope si cela avait été le cas. Il est vrai que Darkhope la détestait et la considérait comme une dangereuse rivale. Il avait même entendu dire qu'elle avait organisé une tentative d'assassinat contre Thaneera Sang Noir, mais ce n'était qu'une rumeur de plus. Et puis, Thaneera Sang Noir n'était que capitaine d'une petite troupe de cent hommes, envoyée en mission de fouilles dans l'ancien fief du Zhent dans les Vaux, après tout. Elle n'était en rien une menace pour le général Darkhope.

Barvohn regrettait que leur expédition se fut résumée à des fouilles d'un tombeau abandonné du Valdague. Il aurait aimé retrouver la ville qu'il avait dû fuir quatre ans plus tôt. Il avait fait bon vivre loin de la hiérarchie oppressive de sa ville natale. Il s'était senti libre à l'époque, il s'était même marié à une femme du cru, bien qu'elle ait été réticente au début, et avait vécu heureux jusqu'à ce que ce maudit Randall Morn ne revienne d'entre les morts pour libérer son Val! Peuh! Comme si les habitants vivaient mal sous l'emprise du Zhent! La criminalité et le nombre de monstres errants avaient baissé sous l'égide des siens, et les marchands s'étaient tous félicités de la sécurité du Val par rapport à ce qu'ils avaient connus sous le seigneur précédent. Ils rechignaient bien entendu à payer le prix de cette sécurité, et il fallait parfois employer la force pour faire régner la loi, mais les Valiens dans l'ensemble s'étaient vite soumis à l'autorité et sa vie de garde avait été plutôt tranquille, si l'on exceptait les quelques brigands et rebelles qui tentaient un coup d'éclat ici et là. Les rebelles étaient comme les femmes : il fallait leur faire comprendre qui commandait. Une fois assommée, la femme fait ce qu'on lui demande. Et on recommence si elle n'a pas compris, jusqu'à ce qu'elle se soumette à l'autorité légitime du mari.

Resia avait tout de suite compris, il n'avait dû la battre qu'une fois en cinq ans, et elle lui avait porté deux beaux enfants. Il n'avait jamais su ce qu'elle était devenue après sa fuite lors de la débâcle de 69, et aurait donné cher pour le savoir. Elle n'avait pas répondu à ses lettres. Il imaginait qu'elle s'était remariée à un autre. Lui n'avait jamais pris une autre femme. Les Zhentes avaient trop mauvais caractère pour lui.

Tout à coup, un bruit proche le fit sursauter. Il scruta les ténèbres au-delà de la zone éclairée par les torches qui entouraient le camp, mais ne remarqua rien. Serait-ce l'homme qui s'était enfui plus tôt? Il serait bien fou de venir seul. Thaneera avait craché son venin de rage à l'annonce de sa fuite. Barvohn n'aimerait pas être le pauvre bougre si elle le retrouvait. Il l'avait vue, une fois, étrangler un homme à distance juste avec une corde faite d'ombre. L'homme n'avait rien fait d'autre que murmurer quelques mots que personne n'avait entendu. Sauf elle. Barvohn déglutit péniblement à ce souvenir et tenta de repérer de nouveau l'origine du bruit. Il distingua un mouvement sur sa droite et appela : "Qui va là?". Seul le silence lui répondit.
Soudain, une incantation magique se fit entendre. Pris de panique, il cria l'alerte et se précipita vers le lieu d'où venait la voix. L'homme de tout à l'heure se tenait là, apparemment surpris de la rapidité d'intervention de Barvohn. Il croyait peut-être qu'il avait affaire à un débutant? Agacé à cette pensée, Barvohn prit une voix menaçante et ordonna à l'homme de se rendre. D'autres gardes arrivaient déjà, et l'homme fut prestement désarmé et ligoté. On lui retira son équipement, son sac, ses potions, et Barvohn le conduisit en personne au Capitaine, accompagné de quelques hommes.

Se faire remarquer pour des bévues signifiait signer son arrêt de mort à Château-Zhentil. Mais se faire remarquer en arrêtant un homme convoité par vos supérieurs était au contraire une excellente chose. Barvohn pensa qu'il avait une chance de promotion, cette fois-ci. Caehr ne perdait rien pour attendre, il prendrait 2 quarts par jour pendant un mois!

Dans la gueule du dragon

Avanil fut conduit dans la tente de la commandante.
A l'intérieur, Mara et Karnor étaient là, ligotés. Avanil regretta amèrement que personne d'autre n'ait survécu. Il avait pourtant promis à Wilimac qu'ils ne prendraient pas de risques… Et Jastena, si jeune et rêvant d'aventure… Se forçant à mettre sa peine de côté pour le moment, Avanil revint au présent et ouvrit grand les yeux. Dans la tente se trouvaient aussi deux prêtres ou magiciens et bien sûr l'effrayante commandante zhente. Par Mystra, que son regard était mauvais ! La peur de mourir commença à envahir Avanil mais il se maîtrisa quand même le temps d'observer en détail la tente. Sa survie pouvait en dépendre. Il repéra ce qu'il cherchait : un coffre de facture exceptionnelle.
L'interrogatoire ne se passa pas bien. Luttant contre la panique qui le gagnait, Avanil répondait ce qui lui passait par la tête et ça n'avait pas l'air de convaincre son interlocutrice. Finalement, voyant qu'elle n'en tirerait rien même en le torturant, elle ordonna l'exécution des prisonniers. Ils furent conduits dehors.

Ils étaient à peine sortis de la tente avec leur escorte qu'un souffle de feu venu du ciel s'abattit près d'eux. Dans un bruit effrayant, la moitié du camp Zhent fut engloutie par les flammes, incinérant les soldats dans leur sommeil, les chevaux dans leur enclos et toute une partie de la palissade. Avanil regardait le camp Zhent, hébété. Un souffle de feu ?! Un dragon ?! Mais qu'est-ce que ce dragon… Ce n'était pas le moment de se poser des questions ! C'était le moment ou jamais d'agir !
"- Prends une arme et coupe mes liens !", ordonna-t-il.

***

Durant son adolescence, Avanil était insouciant à un point frisant presque l'inconscience. Il partait se balader dans le Yuirwood à la recherche de ces mystérieux demi-elfes sur un coup de tête, n'emportant ni eau ni nourriture ni même une arme en cas de problème. Sa foi en la protection que la Reine-Sorcière apportait à son royaume était sans bornes et il se pensait à l'abri de tout. Cette même insouciance l'amena à rejoindre l'armée Aglarondienne. Quoi de mieux que d'être un de ceux qui protégeaient le royaume ? Il serait un héros !

Ses dons hors du commun et son habitude de la nature le firent remarquer à l'académie et il intégra les "Eclairs de la Simbule", une compagnie d'élite spécialisée dans la lutte contre les Sorciers Rouges, en tant qu'éclaireur. Dire qu'il était fier aurait été très en dessous de la vérité. Mais ses premières expériences le firent vite déchanter.
Il ne s'était jamais intéressé à la magie, la trouvant dangereuse au mieux, comme tous les gens de son peuple, et lorsqu'il fit face aux Sorciers Rouges il réalisa à quel point ! Insouciant et plein d'assurance, il décida que, sa première mission de reconnaissance accomplie, il participerait à l'assaut en dépit des ordres. Pour lui, cela se résuma à une charge et une incantation ennemie : il rouvrit les yeux bien plus tard à l'hôpital de campagne. Comprenant qu'il n'était pas de taille et qu'il avait eu de la chance de s'en sortir, au contraire de nombre de ses camarades. Choqué et rongé par son incapacité à faire face aux Sorciers Rouges, il se concentra sur ses missions de reconnaissance. Mais même ces missions s'avéraient compliquées par la magie ennemie : parfois un grand bruit retentissait sous ses pieds sans aucune raison apparente, parfois les soldats ennemis étaient dirigés sur lui par un Sorcier Rouge alors qu'il avait évité leurs regards… Décidément, il lui fallait en apprendre plus sur la magie s'il voulait pouvoir la combattre. D'ailleurs, certains parmi les Eclairs la maîtrisaient et la plupart avaient de solides connaissances à son sujet.
Il suivit alors les cours de l'Académie de Magie de Velprintalar. A sa grande surprise, la magie n'était pas si compliquée ni si chaotique qu'elle en avait l'air quand on entendait les histoires à propos de la Simbule. Au contraire, c'était plutôt quelque chose de logique, de maîtrisable. Rapidement, il décida d'allier la pratique à la théorie.

A cette époque, un événement improbable eut lieu : Aglarond et Thay firent la paix ! De fait, les Eclairs de la Simbule se retrouvaient au chômage. Ils ne furent pas dissous pour autant, nul n'ayant vraiment confiance en cette paix de façade. Le temps passait et les Sorciers Rouges tenaient leur promesse. Progressivement, les Eclairs furent envoyés sur des missions spéciales, souvent hors d'Aglarond. Avanil sortit de l'Académie de Magie et retourna dans l'armée, mais il avait maintenant un objectif précis : protéger son royaume contre les Sorciers Rouges qui, il le savait, rompraient un jour le traité de paix. Pour cela il devait affronter la magie, or seuls les plus expérimentés des Eclairs se voyaient confier des missions spéciales. Lui était éclaireur avancé aux frontières de Thay mais cela ne menait à rien : les soldats de Thay prenaient un soin extrême à ne pas provoquer de conflits et on ne voyait plus de Sorciers Rouges. Avanil prit alors une décision difficile : il allait quitter l'armée et Aglarond pour chercher des maîtres pour parfaire ses connaissances magiques et martiales. Il n'était alors plus l'adolescent insouciant qu'il avait été mais un jeune homme prévoyant et prudent.

***

Ce matin-là, comme tous les matins, Avanil n'avait pas préparé autant de sortilèges qu'il en était capable. Il considérait que garder une faculté d'adaptation pouvait s'avérer vital. Et à présent, seul dans la nuit face à une armée zhente, il s'en félicitait. Le grimoire du sage de Greenroof que le Conseil du hameau lui avait remis après la mort de ce dernier pendant l'assaut drow contenait une conjuration à laquelle il n'avait pas prêté plus attention que ça la première fois qu'il l'avait lue, mais ce soir elle allait être l'élément principal de son plan. Il allait invoquer un Serviteur Invisible, se laisser capturer pour retrouver les survivants et le moment venu il ferait intervenir le serviteur invisible. Les gardes ne le verraient pas, les magiciens devraient être particulièrement paranoïaques pour vouloir incanter une Détection de la Magie ou une Vision de l'Invisible, et il pourrait trancher des liens facilement au moment où il y aurait le moins de monde autour d'eux. Ils s'échapperaient ensuite à cheval.
Avanil prit le grimoire et, à la lumière d'un charbon magique, commença à mémoriser les manipulations magiques à opérer.

***

Les Zhents qui les escortaient avaient couru chercher un abri, les tentes brûlaient, les blessés criaient, les chevaux survivants étaient affolés... Le camp dans son ensemble était dans le chaos le plus total. Le serviteur magique prit une épée sur un cadavre et libéra Avanil. L'instant d'après la commandante sortit de sa tente en courant.
"- Toi tu ne t'enfuiras pas !" lança-t-elle avec colère en avisant Avanil qui s'était défait de ses liens, et elle l'attaqua en passant près de lui. Avanil bondit en arrière et la lame courbe de la Zhente n'entailla pas profondément sa chair. A son grand soulagement, la commandante continua sa course pour aller donner ses ordres.
"- Libère-les !". Avanil pointa du doigt Karnor et Mara à son serviteur invisible puis se rua dans la tente.
Le coffre était vide. A l'intérieur se trouvait seulement un réceptacle pour une épée. Regardant partout, Avanil trouva une épée sous la couche de la commandante. N'ayant pas le temps d'espérer mieux, il la prit et enfourna ce qui traînait de trésor et de potions sur la table dans son sac avant de ressortir. Les 3 compagnons se dirigèrent alors vers les chevaux. Tous avaient été carbonisés sauf deux. Karnor, qui était plus lourd, en prit un et Avanil et Mara l'autre. Ils s'élancèrent par la brèche dans la palissade créée par le souffle du dragon et les Zhents qui avaient fui la mort.

Cormanthor

Karnor jeta un coup d'oeil derrière lui. A la lumière des flammes qui parcouraient le camp zhent, il pouvait distinguer les silhouettes des soldats qui tentaient de se réorganiser à l'appel de leur chef. Du grand dragon rouge qui les avait attaqué, nulle trace dans le ciel étoilé.
La forêt de Cormanthor étendait sa masse sombre devant lui. Le cheval portant Avanil et Mara galopait derrière et semblait tenir le coup. Les Zhents trouveraient rapidement un moyen de les poursuivre, il ne fallait pas se leurrer. Atteindre la relative sécurité des sous-bois était une priorité. Une fois arrivés là, le groupe pourrait se faufiler et perdre leurs poursuivants, avec l'aide de Dame Fortune. Un bruit lointain le fit se retourner et maudire la Maîtresse de la Malchance, Beshaba la Noire : les Zhents avaient eux aussi trouvé des chevaux et s'étaient lancés à la poursuite des fuyards. Il fit signe à ses compagnons et fouetta les flancs de sa monture. Aucun d'eux n'était bon cavalier.

Il chercha dans sa mémoire un moyen magique de ralentir leurs poursuivants, mais se souvint amèrement que sa sacoche à composantes de sorts lui avait été retirée lors de sa capture. Son cheval fit un écart brusque pour éviter une dépression sur le sol, ce qui surprit Karnor et manqua de peu de le faire tomber. Etouffant un juron, il s'agrippa désespérément à la crinière du cheval et éperonna celui-ci une fois de plus. Leurs poursuivants avaient de la lumière pour éclairer leur chemin, semblait-il. Et ils gagnaient du terrain. Karnor serra les dents.

***

Ils finirent par atteindre les arbres avec de l'avance sur leurs ennemis. A l'abri des regards, ils s'arrêtèrent pour faire le point. Avanil prit la parole :
- Il faudrait peut-être envoyer les chevaux le long de la lisière pour entraîner les Zhents sur une fausse piste.
- C'est une bonne idée, répondit Karnor, mais les chevaux s'arrêterait rapidement, sans personne pour les pousser. Il faudrait que l'un d'entre nous les entraîne effectivement loin d'ici, pendant que les deux autres s'enfuiraient à pied avec l'Artefact à travers la forêt. On se retrouverait au village de Valombre, c'est le lieu sûr le plus proche, à deux petits jours de marche, je pense. J'irais bien, mais il faudrait que celui qui les entraîne connaisse les voies de la forêt, pour avoir une chance de les semer ensuite...
Après un bref regard pour Mara, Avanil acquiesca. "J'irai", dit-il, puis il entreprit de se débarrasser de ce qu'il portait, un sac et l'Epée, pour les remettre à Karnor. Celui-ci les saisit, salua Avanil en lui souhaitant bonne chance, et le regarda partir en serrant la machoire. Puis, il s'adressa à la jeune femme.
- Efface les traces rapidement et aussi bien que possible, puis enfoncons-nous dans les bois le plus discrètement possible. A partir d'ici, je te suis. Nous devons avoir quelques minutes tout au plus avant qu'ils n'arrivent ici.

Elle s'exécuta, pendant que Karnor retirait son armure tant bien que mal, et la dissimulait dans un fourré à quelque distance de là, hors de portée d'une Détection de la Magie inopportune. Puis, ils s'enfoncèrent dans la forêt enchantée...

***

Mara se sentait mal à l'aise, seule avec le prêtre de Kossuth. Il s'était montré dur et sans états-d'âmes pendant toute l'expédition, même dans le campement zhent. A l'annonce de la mort de leurs compagnons, il avait à peine haussé un sourcil et avait annoncé qu'ils n'étaient rien pour lui. Cela n'avait pas sonné faux, et même la capitaine zhent ne s'y était pas trompée. Elle les avait interrogés sur leurs intentions, et n'avait pas cru une seconde leur histoire de mercenaires volontaires, ni même celle d'éclaireurs des Vaux que Mara avait racontée, terrifiée. Un homme avait lancé un sort sur les deux prisonniers, mais Mara ignorait de quoi il s'agissait.
Karnor n'avait pas desserré la bouche de tout l'"entretien", sauf pour cracher au visage de la femme, ce qui lui avait valu quelques coups vicieux qui l'avaient fait retomber dans l'inconscience. Mara avait juste eu droit à un coup violent qui les avait envoyées rebondir, elle et la chaise à laquelle elle était ligotée, contre un coffre au sol. Elle avait goûté le sang et avait raconté l'histoire de mercenaires désireux de s'engager dans l'armée zhente, mais recherchant un moyen d'impressionner leurs futurs recruteurs. Quelques coups supplémentaires très douloureux l'avaient persuadée qu'elle allait mourir dans ce camp zhent, et la pensée de son mari lui donna le courage d'inventer une histoire plus probable, mais en vain.
La femme qui les interrogeait avait juste regardé l'homme qui avait lancé le sort et le non de celui-ci avait semblé l'apaiser. Cependant, ses yeux avaient lancé plus d'éclairs que jamais, et elle avait souri d'un air mauvais.
- Bien, tu ne sembles pas comprendre dans quelle situation tu te trouves, ma jolie. Alors, je vais t'expliquer. Cet homme est un prêtre du dieu de la terreur, Bane la Main Noire. Il sait exactement quand tu dis la vérité et quand tu mens. Moi, je n'ai pas toute la nuit devant moi, donc voilà ce que nous allons faire : je vais m'amuser un peu avec toi avec mon couteau. Lorsque j'aurais fini, il te soignera juste assez pour que tu ne perdes pas tout ton sang, et tu me diras tout ce que tu sais. Si ta réponse me plaît, tu auras droit à une mort rapide et sans douleur. Sinon, nous continuerons encore un peu. Crois-moi, je suis une experte, mais je n'ai plus que quelques minutes de patience.

Le bruit de déglutition émis par la gorge du prêtre noir avait fait comprendre à Mara que lui-même avait peur de sa chef. La jeune Valienne avait senti une main glacée parcourir sa colonne vertébrale, et la séance avait commencé. Elle venait d'être soignée lorsque Karnor s'était réveillé, puis Avanil était apparu dans la tente, ligoté et traîné par deux gardes.

***

Elle tenta de se concentrer sur les bruits de la forêt. Elle était dans un environnement familier, et cela la rassurait quelque peu. Le souvenir de la lame coupant ses chairs et lui vrillant les nerfs était encore vif dans sa mémoire, et elle dut réprimer plusieurs frissons. Elle était encore faible et de plus épuisée, malgré les soins magiques prodigués par Karnor, mais le temps n'était pas encore propice au repos. Le bruit de la poursuite s'était évanoui vers l'est, dans la direction prise par Avanil, et elle et Karnor s'enfonçaient en direction du sud-ouest, la direction de la sécurité de Valombre, s'ils réussissaient à survivre jusque là.
Cormanthor était une forêt mystérieuse. Habitée et travaillée par les Elfes pendant des millénaires, elle avait été évitée par les Humains pour de bonnes raisons, sauf en certains points où les Elfes les avaient autorisés à vivre. Cette partie de la forêt ne faisait pas partie de ces accords. De plus, depuis le départ des Elfes, des forces bien plus sombres avaient pris possession de Cormanthor, les Drow n'étant que la partie la plus connue de ces forces maléfiques. On parlait de bêtes gigantesques, de démons cruels et même de dragons! Mais se méfier de ces menaces était son quotidien depuis plus d'un an, et elle fit de son mieux pour contourner les menaces possibles.

A plusieurs reprises, en se retournant, elle surprit le regard du prêtre sur ses hanches ou ses formes féminines. Elle savait qu'elle lui faisait de l'effet et, bien qu'il n'avait jamais eu de propos déplacé à son égard,  craignait qu'il ne profite de leur solitude lorsqu'il se sentirait suffisamment en sécurité. Les paroles de la chef du Conseil de Greenroof étaient encore bien présentes dans sa mémoire, les mettant en garde contre cet homme qui avait étudié avec les Sorciers Rouges de Thay, des hommes d'une cruauté sans bornes, dirigeants d'un des rares pays où l'esclavagisme était non seulement autorisé, mais également une des principales ressources commerciales. Elle serra les dents et examina les traces au sol, à la lueur de la lune.

***

Karnor se réveilla au bruit des oiseaux. Il faisait jour. Il huma l'air et regarda autour de lui en se redressant. Mara dormait d'un sommeil agité à son côté, emmitouflée sous les feuillages. Il se gratta le torse, puis s'étira un peu avant de s'éloigner de quelques pas. Une pensée soudaine le fit se retourner vivement.
L'Epée était toujours là, entre Mara et sa couche à lui. La jeune femme avait été réticente à l'idée de dormir contre lui, mais le froid de cette fin d'hiver rendait nécessaire le partage de leur chaleur. Il avait placé l'Epée là autant pour assurer sa sécurité que pour rassurer le jeune femme.

Ils déjeunèrent de quelques baies trouvées par la coureuse des bois, puis se remirent en route. Au bout de quelques heures, ils finirent par arriver à la lisère de la forêt, puis aux premières habitations de Valombre. De là, il leur fut facile de trouver une patrouille et d'être amenés au village, où Avanil les attendait, sain et sauf.

Au final, Le Seigneur des Flammes leur avait souri, et la mission avait été un succès, malgré la mort de quelques compagnons. Il ne restait plus qu'à identifier l'Artefact et voir si on pouvait l'utiliser à l'avantage des Vaux ou s'il faudrait le détruire, mais les responsables des Vaux sauraient s'occuper de cette tâche.

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Re: Enchanté de vous découvrir (et moi-même, peut-être aussi)

Message par Ainaelin le Mer 26 Juin 2013 - 9:58

Free42 a écrit:tu es au courant que les droits sur tes textes appartiennent désormais à forum actif ? Twisted Evil

J'ai édité mon post. What a Face

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Re: Enchanté de vous découvrir (et moi-même, peut-être aussi)

Message par Free le Mer 26 Juin 2013 - 10:03

wow Shocked, je suis trop explosé ce matin pour tout lire,
(et j'ai plein d'autres trucs que je dois lire d'abord,
trop tard pour tes textes, j'ai tout copié-collé,
et vais publier tout cela en portugais via google translate haha ! Twisted Evil)

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Re: Enchanté de vous découvrir (et moi-même, peut-être aussi)

Message par Ainaelin le Mer 26 Juin 2013 - 10:11

Bah. I know. J'ai connu des gens qui enregistraient tout sur tout le monde sur les forums. Tu postais une photo, tu la retirais une minute plus tard, trop tard, le mec l'avait déjà enregistré sur son PC et te la resortais un an plus tard. Pareil pour des infos, des citations.

Il y a longtemps que je sais que le net n'oublie jamais, et je l'ai accepté. Tu remarqueras que je n'efface pas mes posts. Une fois que j'ai cliqué sur "envoyer", c'est pour la postérité, pour le pire ou le meilleur. Pas sûr

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Re: Enchanté de vous découvrir (et moi-même, peut-être aussi)

Message par Kalimsha le Mer 26 Juin 2013 - 10:20

Oh, de la bien belle lecture en perspective. Merci Ainealin.

Moi j’étais plutôt partie sur de la poilade ce matin, ici. Après la flood academy d'hier soir, c'est pas mal.

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Re: Enchanté de vous découvrir (et moi-même, peut-être aussi)

Message par Ainaelin le Mer 26 Juin 2013 - 10:25

Ouais, je préfère ne pas y aller. Ca le ferait pas d'éclater de rire dans mon bureau... Ange

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Re: Enchanté de vous découvrir (et moi-même, peut-être aussi)

Message par Ainaelin le Jeu 27 Juin 2013 - 21:05

Petite pensée pour NothingElseMatters. Si tu lis ceci en passant, sait-on jamais, j'espère que tu vas bien. Pour Toi

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Re: Enchanté de vous découvrir (et moi-même, peut-être aussi)

Message par Invité le Jeu 27 Juin 2013 - 21:28

Pour Toi(toujours pas de chocolat dans les smileys) pour ta présentation et tout et tout!

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Re: Enchanté de vous découvrir (et moi-même, peut-être aussi)

Message par Ainaelin le Jeu 27 Juin 2013 - 21:43

Merci, Alienne. Smile
Tiens, garde le smiley précieusement (tu peux dévorer les chocolats) :

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Re: Enchanté de vous découvrir (et moi-même, peut-être aussi)

Message par Ainaelin le Jeu 27 Juin 2013 - 23:31

Bon week-end, Zebras... Au dodo !


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Re: Enchanté de vous découvrir (et moi-même, peut-être aussi)

Message par Ainaelin le Mar 2 Juil 2013 - 19:26

Petit week-end de quelques jours, me voici de retour. 278 topics dans lesquels il y a eu des messages depuis ma dernière connexion. Il y en généralement entre 45 et 70% des topics que je suis., ça veut dire, en très approximatif, entre 110 et 190 topics à lire ce soir, plus ceux qui auront été postés entre-temps.


Elle est passionante, ma vie, n'est-ce pas ? Non ? Ah bon... Bublegum 

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Re: Enchanté de vous découvrir (et moi-même, peut-être aussi)

Message par Uccen le Mar 2 Juil 2013 - 19:50

Addiction.
Demande un résumé à mdlp.

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